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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 08:30

The rink doit son titre, aussi direct et laconique que les autres films de la série Mutual, à la deuxième bobine située sur des pistes de patinage. pourtant, l'essentiel de la première partie concerne un restaurant ou Chaplin est garçon, une première moitié strictement burlesque dans laquelle l'employé brille par sa compétence à établir la note d'un client abruti par son repas, en comptant les taches sur sa cravate, son costume, et son oreille... Le burlesque gentiment grossier domine cette première partie, entrecoupée http://3.bp.blogspot.com/_MWWJg9f2FB0/TLm4DGYTm2I/AAAAAAAABWk/jY8uHFaLf2U/s200/charlot+the+rink.jpgde sections durant lesquelles Eric Campbell, client du restaurant, drague effrontément Edna Purviance à la patinoire... et c'est là qu'après son travail Chaplin se rend, et sort Edna d'un mauvais pas, c'est à dire des griffes de l'autre homme. Comme le héros se fait passer pour un comte, elle l'invite à une fête sur patins, ou il se rendra, ainsi qu'un certain nombre de personnes, dont Campbell, et sa femme (Interprétée sans aucune finesse, et sans retenue non plus, par Henry Bergman).

 

Ce final est dominé par les prouesses de Chaplin, véritablement impressionnant dans son numéro de patins à roulettes... on le reverra sur cet ustensile dans Modern times. ce qui reviendra aussi dans ce film, c'est le ballet des portes de restaurant qui est esquissé ici, dans la première partie. Mais The rink est asse mal fichu, tout entier axé sur son final spectaculaire, qui est une fois de plus centré sur une poursuite réglée comme une horloge, à patins... Un moment hilarant qui donne le sentiment d'avoir un peu sauvé le film, parfois redondant, aux parties pas toujours bien cousues l'une à l'autre. Il fallait sortir un film par mois, et Chaplin s'accomodait mal de cette pression. Qu'importe: il lui reste quatre films à tourner avant d'en finir avec son contrat Mutual, quatre chefs d'oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 08:15

http://farm5.static.flickr.com/4011/4330290570_aa02fc7dd4.jpgC'est la quatrième fois, après A film johnnie (George Nichols, 1914), The masquerader (1914), et His new job (1915) que Chaplin joue avec le cinéma en train de se faire. Ce nouveau court métrage a trouvé son ancrage-prétexte dans un studio, ou Chaplin est un employé rodé et de longue date: on trouve cet indice de stabilité dans le travail qu'est la petite pipe de Chaplin. il y est doté d'un nom, bien que ce soit surtout pour les besoins d'un gag: il interprète l'assistant David d'un accessoiriste appelé... Goliath (Eric Campbell). les deux vont d'ailleurs, je tremble au moment de l'écrire tellement c'est exceptionnel, manifester une certaine complicité, mais vont surtout jouer la farce de l'assistant exploité de façon honteuse, et tout va se résoudre une fois de plus dans la violence...

 

L'intrigue est divisée en deux segments, qui ne se rejoignent qu'à deux reprises: d'un coté, on assiste à la vie du studio vue par ses petites mains, avec énormément de matériel lié aux coulisses du tournage des films, et une grève du personnel qui oblige Campbell et Chaplin a tout prendre en charge puisque ils sont les seuls à rester travailler. La grève va dégénérer avec bombe et tutti quanti; de l'autre coté, on voit une jeune aspirante actrice (Edna Purviance, plus ingénue que jamais) s'introduire dans le studio, déguisée en home, avec une salopette et une casquette. Elle croise le chemin de "David" avec lequel elle flirte, puis il la retrouve après qu'elle ait tenté d'empêcher les grévistes de poser la bombe: menacée, elle est "sauvée" par Chaplin.

 

Une foule de choses se passent durant ces 23 minutes, c'est fascinant. Un carton introductif, ajouté par les distributeurs actuels (David Shepard) nous dit que le film est une parodie de ce qui se passe à la Keystone. J'aurais dit ça de The masquerader, mais pour celui-ci, le studio représenté va au-delà de la fabrique de comédie, même si une grande séquence finale se situe autour de la sacro-sainte tarte à la crème... ce qui est intéressant, c'est bien sur de voir Chaplin évoluer en professionnel décalé dans un milieu qu'il dépeint si bien. Le documentaire de Kevin Brownlow et David Gill, Unknown Chaplin a d'ailleurs rendues publiques un grand nombre de chutes de ce film, des séquences entières ont été mises au rebut, tendant à prouver d'une part que Chaplin avait beaucoup de choses à montrer sur ce sujet, et d'autre part que la nécessité d'allonger ses films se faisaient déjà sentir...

 

La grève est intéressante aussi, parce que Chaplin et Campbell y manifestent la même camaraderie devant l'adversité que Chaplin et Conklin dans Modern times, devant un phénomène similaire, à la différence que dans le film ultérieur, les deux ouvriers participeront, contraints et forcés, au mouvement social. ici, ils ne participent pas, sans même se concerter. On est loin ici de l'image d'un Chaplin "socialiste", avec ces grévistes ridicules et poseurs de bombes... La place accordée à Campbell, qui n'est pas le méchant du film, tout en étant un sévère antagoniste, est toujours plus importante. Une scène les voit tous deux manifester la même réaction devant la jeune fille: "David" http://www.cadoganhall.com/chaplin/img/photos/bhndthescrn.jpgla débusque, et se moque de l'apparence féminine de ce qu'il croit être un garçon. Quand il se rend compte de la supercherie, il l'embrasse. Arrive Campbell, qui surprend ce qu'il croit être un baiser homosexuel: il reprend les mêmes mimiques que Chaplin, en en rajoutant trois tonnes. Voilà donc une allusion flagrante à l'homosexualité, pas vraiment empreinte de finesse, dans laquelle toutefois Chaplin réussit un peu, un tout petit peu, à victimiser son personnage sous cette grande brute de Campbell... vers la fin, lorsque les deux sont engagés dans le tournage d'une scène de bataille pâtissière, Chaplin se débrouille pour ne recevoir aucune tarte (Contrairement à ce que les chutes montrent!), et l'antagonisme profond entre l'accessoiriste et son assistant apparaît au grand jour.

 

Le final est fascinant, d'abord parce qu'il apporte de l'unité à ce qui aurait pu n'être qu'une série de sketches, ensuite parce qu'il laisse Edna et Charles seuls, après... la destruction du studio. On voit Campbell émerger d'une trappe (l'un des accessoires essentiels du film, pour une série de gags superbes), mais une bombe qui est au fond du trou explose. En l'absence de toute autre résolution, "Goliath" est donc mort... Le studio est en ruine, une fin logique: partout ou Chaplin travaille, l'herbe ne repousse pas. Un grand Chaplin, le dernier film de fiction qu'il tournera sur le cinéma (il s'essaiera au documentaire en 1918, avant d'abandonner le projet), cet art qu'il n'a pas fini d'aimer. Nous non plus, et c'est pour une large part à lui que nous le devons.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 10:38

Un prêteur sur gages, dans sa boutique, avec sa fille et ses deux employés. Voilà le point de départ de cette comédie, dans laquelle Chaplin renoue avec le burlesque méchant de ses années Keystone, mais sans pour autant négliger de raffiner la forme cinématographique. On a, au final, un festival de pantomime, et de bien belles performances d'acteur(s). Chaplin joue donc l'un des assistants, dont la principale activité reste la rivalité en tout qui l'oppose à l'autre employé, John Rand. Ces deux-là passent tout le court métrage à se chercher des poux, d'une façon violente, et sans compromission, et on s'aperçoit à la fin que cette rivalité est basée sur tout: leur place dans la boutique, leur agressivité naturelle, mais aussi la présence éventuelle de la fille du patron jouée par Edna Purviance.

http://www.doctormacro.com/Images/Chaplin,%20Charlie/Annex/NRFPT/Annex%20-%20Chaplin,%20Charlie%20(Pawnshop,%20The)_NRFPT_02.jpg

Chaplin construit sa comédie sur des saynètes, qui profitent largement de cette rivalité qui fait l'essentiel de la première bobine: la journée commence, et chacun des employés vaque à une occupation différente. comme Chaplin a en charge le grand nettoyage des étagères sur lesquelles sont entreposés les articles, il empêche l'autre de faire les comptes, et tous les accessoires deviennent bien vite des prétextes à coups. ce conflit se déplace ensuite dehors, puisque le patron (Henry Bergman, dont c'est le premier rôle important) leur demande de nettoyer la vitrine. Chaplin installe alors sa caméra à bonne distance de la scène et laisse faire. Les coups qui pleuvent sont tous prévus, répétés, mis en scène, c'est l'un des grands avantages de ce film, qui est percutant, au lieu d'être fatigant à force d'agressivité incontrôlée... une large part de ce travail de préparation des coups et des bosses doit-il quelque chose à la présence de Sidney Chaplin, assistant officieux de son frère, sur la plateau? Leur future scènes communes dans les films First National pousseraient dans ce sens...

 

http://img.listal.com/image/225682/936full-the-pawnshop-photo.jpgChaplin et les objets: il savait faire, et aimait beaucoup utiliser l'inanimé, on l' a vu avec One A.M. ici, bien sur, il a un grand nombre d'accessoires à sa disposition, dans une boutique ou on achète et on vent de tout. Donc la scène justement célèbre du réveil démonté, dépiauté, détruit, en présence d'un Albert Austin qui n'en revient pas, mais ne dit rien, est restée dans les annales. Sinon, on aperçoit vers la fin l'immense Eric Campbell, délesté de sa barbe délirante, mais avec une moustache; son arrivée, mélange subtil de menace et de grâce féline (mais oui!!), montre bien l'importance qu'il avait pris dans le dispositif que Chaplin mettait en place; il ici est présenté comme 'the crook', l'escroc, et vient proposer des affaires sans doute louches. sa présence est utile dans un premier temps, puisqu'elle justifie que Chaplin soit obligé pour remplacer le patron parti dans l'arrière-boutique, de se tenir à la caisse, et de recevoir ce pauvre Albert Austin dans la scène du réveil. Mais en plus, elle offre un enjeu à la fin de film lorsque le bandit se révèle un peu trop gourmand, conférant une unité bienvenue à l'ensemble du court métrage. Et un dernier plan voit tous les conflits arriver à terme, et Chaplin devenir un héros, le tout en 25 secondes. Décidément, Chaplin a bien changé depuis la Keystone.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:32

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/6/62/The_Count_%28film%29.jpgPrenant une fois de plus le contre-pied de son film précédent, Chaplin utilise une structure beaucoup plus complexe, des décors variés, une importante distribution et une figuration conséquente. Si on compare avec les autres films Mutual, on constate qu'il y a un lieu emblématique ici, avec son salon bourgeois doté d'un parquet ciré pour la danse, auquel Chaplin et Campbell vont faire honneur. pourtant, les cinq premières minutes sont un peu en trompe l'oeil: l'histoire à beau commencer chez un tailleur ou Chaplin est assistant, il ne s'appelle pas The tailor pour autant... Chaplin s'occupe d'une cliente pendant que dans l'arrière-boutique, Eric Campbell, affublé de sa plus belle fausse barbe, repasse. mais on apprend très vite que Chaplin n'est que l'employé, et Campbell le vrai tailleur, à plus forte raison lorsque celui-ci licencie son subalterne. Une fois seul, Campbell fouille les poches d'un costume, et trouve une lettre: adressé à Mrs Moneybags, un message du comte Broko pour lui dire qu'il ne pourra se rendre à une fête ou il devait rencontrer la fille de la millionnaire. C'est une deuxième indication du rang social dans une comédie qui en comporte beaucoup: Moneybags, bien sur, ce sont des "sacs d'argent", et Broko, ça vient de broke, c'est à dire fauché...

 

Les coïncidences, ça peut parfois aider: on retrouve Chaplin qui s'apprête à entrer dans une maison, par la porte de service: c'est celle de Mrs Moneybags, dont il fréquente la cuisinière; une fois de plus, Chaplin sépare la société en deux, et nous situe son personnage dans les coulisses. mais un quiproquo avec un autre flirt de la cuisinière force l'assistant tailleur à s'enfuir, par un monte-plats, et se retrouver.... dans la bonne société. Il tombe nez à nez avec Campbell, qui s'est invité en se faisant passer pour le comte Broko, et lui propose de participer à l'entourloupe en se faisant passer pour l'assistant. Chaplin inverse de lui-même le dispositif, et s'amuse comme un fou, en particulier avec Edna Purviance, qui joue Miss Moneybags...

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/ru/4/49/Count_1916_still_01.jpgIdentité falsifiée, une fête gâchée par l'intrusion d'indésirables, et quiproquos nombreux sur les personnages, avec l'arrivée de l'inévitable Leo White en vrai comte (il a manifestement changé d'avis, c'est sans doute pour cela qu'il n'avait pas posté sa lettre...), sont les ingrédients aisément reconnaissables de ce film, et tous proviennent en droite ligne de la Kesytone. Mais Chaplin, on l'a vu, les mêle avec bonheur à un commentaire social sur ce petit homme qui décide de lui-même de ne pas respecter les conventions, et va ensuite se comporter comme chez lui dans la bonne société ou son statut de comte lui confère un droit absolu de se comporter comme un butor... Et comme si ces éléments n'étaient pas suffisant, le film est empreint d'une bonne dose d'humour physique, les gags portant beaucoup sur l'agressivité, mais d'un genre bien plus raffiné. certains plans montrent un degré de précision très important. On est sur, pour avoir vu les chutes assemblées par Kevin Brownlow dans son Unknown Chaplin, que Chaplin à la Mutual travaillait énormément sur ses films, répétant prise après prise. Le film fini nous prouve que ce n'était pas en vain: The count est exactement à l'intersection entre le burlesque façon Chaplin, et la sophistication de ses longs métrages; il représente un grand millésime parmi ses films Mutual.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 16:22

Pour son quatrième film à la Mutual, Chaplin continue à brouiller les pistes et se diversifier, en réalisant ce qui est presque... un solo. Il interprète pour la première fois depuis longtemps un homme aisé qui rentre chez lui fortement imbibé, et veut se coucher. ce qui aurait du être anecdotique se transforme en une lutte acharnée contre les objets de la maison, qui ont une furieuse tendance à faire le contraire de ce qu'on attend d'eux. Forcément, le décor de ce film jouera un grand rôle, puisque comme les autres Mutual, Chaplin avait besoin de définir un prétexte à rebondissements. A l'escalator de The floorwalker succède un décor de maison, avec ses deux escaliers, son balancier menaçant en haut des marches, ses animaux empaillés et ses peaux de bêtes un peu partout, et bien sur rien n'est simple.

 

Le film présente un paradoxe propre à Chaplin: alors qu'il a si souvent interprété un vagabond qui s'adapte de façon inventive et décalée à toute situation ou presque, dès qu'il interprète un homme aisé comme ici, les objets les plus divers ne fonctionnent pas. On a soit un homme dénué de tout qui fait fonctionner son petit système D personnel, soit un monsieur auquel ses moyens permettent d'avoir accès à tout ce qu'il veut, mais qui n'est pas en mesure de s'en servir... L'art de la pantomime selon Chaplin est bien sur à l'oeuvre ici, avec son goût pour les rôles d'ivrogne, mais d'ivrogne qui possède, mais oui, une classe folle. tout porte à croire que le seul accessoire factice du costume de Chaplin soit ici sa moustache. même sa démarche, quoique altérée par l'abus de liquides, est naturelle.

 

le film est donc intéressant, mais soyons honnêtes, il en va de ce petit film dans lequel le héros met deux bobines de film à monter un escalier pour se coucher dans une baignoire, comme de ses précédentes incursions dans ses petits souvenirs du music hall Anglais, A night at the show en tête: ce n'est pas forcément ce qu'on veut voir. on pourra s'extasier, parler de cet extraordinaire sens de la précision, du timing de Chaplin, de sa faculté à doter les objets (et les animaux empaillés, symboles absolu du mauvais goût Californien dans toute sa splendeur) d'une vie propre: rien n'y fait, ce film est quand même un brin ennuyeux, non? Chaplin ne reviendra à cette formule que partiellement, dans la deuxième bobine de son court métrage First National Pay day, en 1922, qui le verra rentrer chez lui saoul, et soucieux de ne pas réveiller son dragon d'épouse. Pas un chef d'oeuvre non plus, du reste...

 

Pour finir, je 'explique sur le "presque" du premier paragraphe: ce film n'est donc pas un solo, puisque Chaplin est accompagné durant les deux premières minutes d'un chauffeur de taxi, qui ne fait rien d'autre que de tendre la main. c'est Albert Austin, lui aussi est venu avec sa moustache, et elle aussi est factice.

http://28.media.tumblr.com/tumblr_krj9gp7HsB1qzdvhio1_r1_400.jpg

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 16:35

Avec son troisième film pour la Mutual, Chaplin quitte le domaine bourbeux du slapstick grossier de son précédent film, heureusement; il se paie même le luxe d'une entrée en matière très soignée, qui nous fait nous poser la question: cette introduction est-elle la trace d'un film inachevé de Chaplin? On constate que la plupart des films Mutual tournent autour d'un décor, d'un objet souvent (l'escalier roulant et la rampe de la caserne des deux films précédents sont deux exemples), et dans les quatre premières minutes de ce film, Chaplin se lance dans des variations autour des battants de porte du saloon: il est un musicien itinérant, et il fait la manche. Ces quatre minutes se concluent par une bagarre généralisée, due au mécontentement d'un orchestre de musiciens qui estiment que Chaplin leur pique leurs sous quand il fait la quête. Chaplin s'amuse à créer un ballet avec ses portes à battants, puis quitte le décor de saloon, qu'on ne verra plus de tout le film...

 

http://photo.charliechaplin.com/images/photos/0000/0730/The_Vagabond_1916_Mutual_big.jpg?1238419337

L'étape suivante, c'est l'irruption du mélodrame. avec son introduction, le metteur en scène a déja établi que le héros est un très modeste musicien de rue, et a défini un contexte on ne peut plus populaire. la séquence suivante voit donc un intérieur bourgeois, dans lequel une dame d'age moyen (Charlotte Mineau) se lamente sur la photo de son enfant disparue... le plan suivant nous montre une Edna Purviance, souillon, présentée en "Cendrillon", qui est exploitée par des gitans. Du mélodrame, on retourne vers le grotesque, sans quitter une certaine gravité pour autant: le couple de gitans qui ont "recueilli" Edna sont caricaturaux, pires que ceux de Griffitgh en 1908 dans Adventures of Dollie... Lui, c'est Eric Campbell, donc il est TRES menaçant. L'arrivée de Chaplin dans ce petit monde va déclencher une tempête de gags, et l'évolution de l'intrigue: le vagabond sauve la jeune femme maltraitée par les gitans et la prend sous son aile. ils vont, pour toute la seconde bobine, cohabiter, et de fait les film se pose en précurseur de The kid.

 

La jonction du mélo et de la comédie Dickensienne s'effectue donc dans cette deuxième partie, plutôt avare en gags, mais fascinante par la façon dont Chaplin montre la cohabitation entre les deux exclus: lui dort dehors, mais donne desleçons tendres de propreté à la jeune femme. Il prend le temps des gestes du quotidien, et le film est, comme d'habitude, une leçon de pantomime. Un peintre va précipiter l'inévitable dernière partie: se romenant dans la campagne, il voit la jeune femme, décide de la peindre. Elle a un faible pour lui, ce qui est très embêtant pour le héros. Après le départ du jeune homme, il s'essaie à la peinture... en vain. De son coté, le jeune homme présente son tableau dans une grande galerie; la mère y reconnaitt, sur le bras de la jeune femme, une tache de naissance, et elle vient avec le peintre pour récupérer sa fille. le film aurait pu se terminer sur les adieux, comme ce sera la cas dans The circus par exemple. D'ailleurs, même s'il le fait bien ostensiblement, le vagabond prend le départ de la jeune femme avec grandeur d'âme... Mais elle revient le chercher, pour un très rare Very happy ending.

 

ce film marque donc le retour de Chaplin à la tentation du mélo, du film classique. Il le joue avec beaucoup d'énergie, mais son personnage est doté cette fois non seulement de sentiments, mais aussi d'une dignité qui est assez nouvelle. Le cinéaste Chaplin continue ainsi à raffiner son univers, tout en maintenant son légendaire sens de l'économie de l'espace cinématographique. On notera par contre un travelling arrière, centré sur le portrait exposé dans la galerie: la caméra s'éloigne pour nous laisser découvrir le beau monde qui se presse à l'exposition: un plan relativement sophistiqué pour contraster avec le décor rustique de la roulotte en pleine campagne que nous venons de quitter. Le film est l'un des meilleurs Mutual, un film tendre et riche, dans lequel certes Chaplin paie sa dette, aussi bien à Griffith qu'à Dickens, mais il en profite aussi pour faire du cinéma comme il l'entend, entrant ainsi en interaction avec Edna purviance et Eric Campbell dans des scènes à l'énergie burlesque communicative.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:42

http://movieart.net/wp-content/uploads/wpsc/product_images/full.thefireman-sc-20181.JPGLe second des films de Chaplin réalisés pour la Mutual est un retour en arrière, sans doute son film le plus grossier depuis longtemps. Et pourtant, il a fait l'objet d'une préparation minutieuse, Chaplin ayant utilisé la même idée de départ que pour The floorwalker: prendre un lieu symbolique (Ici une caserne de pompiers), un objet ou deux (La charette des pompiers, le tuyau et bien sur la rampe), et construire son film avec un semblant d'intrigue, dans lequel ses acteurs sont des types plus qu'autre chose. chaplin y est une fois de plus un outsider, le pompier qui ne se comporte pas comme tous les autres, et il a à se battre contre un officier particulièrement brutal (Eric Campbell, avec le pire maquillage de toute sa carrière). Le traitement du corps des pompiers comme une seule entité, grotesques pantins agités, renvoie à Sennett et aux Cops, et l'intrigue aménage une escroquerie à l'assurance, un comte à moustaches, et une jolie fille: Leo White et Edna Purviance ont donc un rôle à jouer. Quant à Albert Austin, il a une moustache de morse, et il se prend des coups de pied au derrière... La conclusion s'impose d'elle-même: Chaplin est en panne d'inspiration, et ce film est de loin le plus mauvais de cette période: il ne peut faire que mieux...

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 09:49

Après le contrat Essanay, l'offre juteuse de Mutual a permis à Chaplin, non seulement de toucher de gros sous (mais alors vraiment de très gros sous), mais aussi de devenir un peu plus indépendant encore. Une garantie qui a du peser, tant il a mal supporté l'ingérence de l'Essanay sur ses deux derniers films. Il a donc droit à un studio construit par mutual exprès pour lui, le Lone Star studio; il a la totale liberté de choisir ses sujets, décors, personnages sur 12 films de deux bobines qui seront produits. le contrat spécifiait sur 12 mois, mais ce ne sera pas le cas. N'anticipons pas...

The floorwalker est donc un retour de Chaplin à ses petits films situés dans un lieu dont il va pouvoir extirper tous les gags possibles, et à une histoire relativement complexe, avec plusieurs fils narratifs: dans un grand magasin, un vagabond fauteur de troubles (Malgré lui bien entendu) est de trop, des policiers viennent enquêter sur des malversations, et le gérant et son assistant, qui ont trempé dans les magouilles louches, cherchent à s'enfuir avant qu'il ne soit trop tard, mais chacun des deux essaie de doubler l'autre. lorsque l'assistant tombe sur Chaplin, il a  la surprise de se retrouver face à un sosie, et cherche à en tirer partie.

 

Le principal atout de ce film, qui se déroule uniquement dans le magasin, est l'escalier roulant dont Chaplin tirera partie, mais surtout qu'il utilisera comme accessoire numéro un dans des gags répétés et des poursuites improvisées devant la caméra avec ses acteurs, comme en témoigne l'indispensable documentaire Unknown Chaplin, de Kevin Brownlow et David Gill. Si l'escalator en question est bien sur présent dès le premier plan du film, le résultat final ne s'en contente pas, et Chaplin a su donner à ses différentes parties narratives l'importance qu'elles méritaient. D'autant qu'il a fait des ajouts à sa troupe: si Edna Purviance, quoique peu employée dans le film en secrétaire, Lloyd Bacon en sosie, Charlote Mineau en inspectrice et Leo White qui fait une apparition éclair en comte à moustache, sont de retour, on verra ici Eric Campbell en gérant, et Albert Austin en vendeur contrarié. Les deux vont devenir des recrues de choix, le premier pour jouer les méchants mythologiques (avec barbe, moustache, et maquilage conséquent...) le second pour donner à Chaplin un faire-valoir qui soit à la fois d'une nervosité excessive, mais aussi un brave type, victime malgré lui des agissmenets de notre héros. Austin, acteur Anglais pêché chez Karno, sera aussi un collaborateur créatif, qui agissait parfois en qualité d'assistant, et mettra d'ailleurs en scène des films, dans les années 20.

 

Le film est un condensé de slapstick, avec une histoire qui se tient. Chaplin ne révolutionnait pas le cinéma à chaque film, mais la qualité est, déjà, au rendez-vous. Les films suivants confirmeront cet état de fait...

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:57

Il y a de quoi en perdre son calme: après avoir reçu de la firme qui l'emploie l'ordre de torcher une comédie (Police) plutôt que de se lancer dans un film de long métrage à caractère social (Life), Chaplin a donc réalisé vite fait bien fait une parodie de Carmen (Très en vogue en 1915-1916), le réalisateur a la désagréable surprise de se voir retirer son montage, au profit d'une version longue, complétée par des chutes et de nouvelles séquences. Bref, on ne veut pas qu'il fasse un long métrage, sauf lorsqu'il ne souhaite pas en faire... et A burlesque on Carmen est donc le premier long métrage de Chaplin, à son corps défendant!

Le film suit de façon très directe l'intrigue classique, et aligne les passages obligés, avec Chaplin en Don José (Darn Hosiery, littéralement 'saleté de tuyauterie'), Leo White en officier de carabinier, et bien sur Edna Purviance en Carmen. Le plus intéressant de ce film tout en gags , et pas des plus fins, est de constater d'une part la complicité de Chaplin avec sa comédienne, à laquelle un grand rôle, fut-il parodique, est enfin dévolu. celle-ci, qu'on le veuille ou non, irradie l'écran: faut-il le rappeler? en ces temps ou les mannequins filiformes font la loi, on a oublié qu'une femme même un peu ronde pouvait être belle; Edna Purviance était très belle. Et rarement autant qu'ici. De plus, le film nous propose occasionnellement des bribes de jeu dramatique, par Chaplin. Au moment d'avoir tué son rival, il regarde dans le vide, une seconde ou deux, avant de reprendre le sens de la parodie et de se remettre à faire l'andouille: y compris dans ce film à ne surtout pas prendre au sérieux, Chaplin possède manifestement une vie intérieure hallucinante...

Vu dans une version supposée proche des volontés de Chaplin, ce film se voir avec plaisir, mais force est de constater que l'esprit du metteur en scène est déjà tourné vers l'avenir, et les douze films qui suivront, tournés pour la compagnie Mutual, vont inaugurer de façon spectaculaire un nouvel âge classique, et disons le tout net, une nouvelle ère pour la comédie cinématographique.... pas ce Carmen, parodie des films contemporains de DeMille et Walsh, qui aura l'honneur d'inaugurer les démêlés de Chaplin avec la justice: il va intenter un procès à la Essanay, qui a rajouté deux bobines de matériel dans son dos à ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin 1915
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 15:57

Curiosité parmi les curiosités, Life est une énigme. C'est donc un film inachevé de Chaplin, dont certains commentateurs ont douté qu'il ai jamais existé, mais dont on est à peu près sur qu'il a bien été entamé. Quand on sait à quel point Chaplin pouvait contrôler, jusqu'à ses derniers jours, le devenir de chacune des images dont il possédait les droits, il est étonnant de savoir qu'on dispose d'une bonne portion de ce film, d'autant qu'il n'a jamais été achevé... Mais voilà: Life a été commencé en octobre 1915, dans le cadre de son contrat avec Essanay, et Chaplin n'en possédait pas les droits. de toute façon, le film n'est que virtuel: essayons d'y voir un peu plus clair. Nous sommes face à plusieurs objets filmiques qui sont autant de pièces de ce puzzle:

Police

Chaplin est libéré de prison, et commence l'habituelle recherche: manger, un endroit pour dormir. Il rencontre, après avoir tenté de s'installer dans un asile de nuit, un ancien compagnon de cellule, avec lequel il va se lancer dans un cambriolage. C'est un désastre, et à l'arrivée de la police, La jeune fille de la maison, jouée par Edna Purviance, va disculper le vagabond, qui va pouvoir continuer son errance...

Le film est plaisant, sans plus, avec de bons, voire très bons moments: les cinq premières minutes sont un mélange intéressant du style habituel de Chaplin, qui va droit au but, et d'une atmosphère urbaine réaliste. Chaplin s'y paie la fiole des "réformateurs", ces gens plus ou moins religieux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas (ce n'est que la première fois qu'il le fait, mais il y reviendra...); le passage trop court dans l'asile de nuit est frustrant, surtout quand on sait qu'il y en a plus ailleurs, et quand on se rappelle l'obsession de Chaplin pour ce lieu si Dickensien, qui lui permettra toujours de livrer des raccourcis cinglants sur l'état des finances de ses personnages (Il retentera le coup dans le film inachevé The professor, en 1918, mais surtout il nous montrera le lieu de façon magistrale dans The Kid). Sinon, le cambriolage donne lieu à deux scènes visuellement très travaillées d'une part (une séance de pantomime en ombre chinoise, et l'arrivée menaçante d'un policeman, dont la silhouette se découpe lentement dans le chambranle d'une porte, l'étoile apparaissant la première), et à des gags indignes d'autre part (Chaplin se fait tirer des coups de feu dans le derrière de façon répétée, et saute en l'air à chaque fois, il tourne ensuite autour d'une table en se massant l'arrière train, tout en piquant une bouteille de vin au passage...

Le film n'a pas été monté par Chaplin, mais laissé derrière lui au moment de son passage à la Mutual. Alors qu'il aurait du être occupé à monter ce film, Chaplin était en plein tournage de A burlesque on Carmen, un film dont on ne peut pas dire qu'il bouleverse quoi que que ce soit, et qui sera son dernier film pour l'Essanay: manifestement, il était pressé de partir et d'en finir avec ce contrat.

Triple Trouble

Quelques années après, en 1918 très précisément, l'Essanay sortait Triple trouble; il s'agissait d'un ensemble de chutes de films, assemblées de façon supposée cohérente et complétées avec de nouvelles scènes réalisées par Leo White. Le plus intéressant dans ce film incompréhensible, c'est bien sur que les chutes soient tirées des tournages de Police, et de Life. Mais s'agit-il vraiment de deux films différents?

A voir Police et Triple trouble à la suite, on est frappé par les ressemblances de certaines scènes, et l'incohérence qui se dégage de leur juxtaposition: les deux films contiennent de façon évidente les fragments d'un troisième, qui ne peut être assimilé ni à Police, ni à Triple trouble, un salmigondis sans queue ni tête dans lequel Leo White a inséré des passages répétitifs et anti-Germaniques, et une intrigue débile dans laquelle Chaplin n'a d'ailleurs rien à faire, et quelques plans tirés de Work.

Mais l'essentiel  de ce nouveau film est composé d'images qui sont soit des doublons de séquences de Police (la rencontre entre Chaplin et son copain de cellule), soit des prolongements (La séquence de l'asile de nuit, ici longuement développée). Mais c'est quand même une énigme, d'autant que le montage chamboule tout; un personnage de l'asile de nuit porte le même maquillage et les mêmes vêtements que Wesley Ruggles qui joue l'escroc avec lequel Chaplin se rend à un cambriolage (Dans les deux films, même s'il ne s'agit pas du même cambriolage!); à un moment, l'homme de l'asile de nuit poursuit Chaplin, qui s'enfuit de l'asile, se retrouve dehors, et se trouve nez à nez avec le même homme, ou du moins son sosie, avec lequel il pactise désormais: çaa ne marche pas...

Voilà, tout porte à croire que Chaplin s'est bien lancé dans la confection d'un film qui aurait été son premier long métrage, qui aurait mélangé les aventures de son héros vagabond dans la ville, et l'aurait vu d'abord sortir de prison, lutter pour sa survie, s'installer dans un asile de nuit, ou une longue scène de Triple trouble se situe en effet, puis sans doute rencontrer un escroc... après, les paris sont ouverts: deux cambriolages, chacun avec une Edna Purviance différente... N'oublions pas que Chaplin aimait à faire, défaire, écrivait ses scénarios avec la caméra, et qu'il a sans doute ravalé ses ambitions devant le peu de soutien manifesté par l'Essanay. Auquel cas Police est sans doute la version "acceptable" de Life concédée par Chaplin à ses patrons, qui lui permettait de faire passer certaines scènes. Le fait qu'il s'agisse d'une concession expliquerait que le très intransigeant Chaplin s'en soit désintéressé aussi facilement. Pour finir, Chaplin a fini par reconnaître Police, et même Triple trouble, dont il est vrai qu'il recèle une longue scène totalement intacte de ce qui a du être un film que Chaplin aurait aimé pouvoir finir...

Post-scriptum:

une reconstitution du film (Sous le titre POLICE, EXTENDED EDITION) a eu lieu, elle a été disponible un temps sur DVD, et les reconstructeurs sont partis de l'hypothèse que le film était à peu près achevé, et ont agencé les séquences de la façon suivante: 

Chaplin sort de prison, tente quelques rapines pour manger, essaie d'entrer dans l'asile de nuit, mais en est expulsé.(Police)

Le lendemain, il trouve un travail, et devient assistant cuisinier dans un manoir, dont la bonne à tout faire est Edna. ils flirtent, mais il est vite licencié. Avec l'argent, il a au moins de quoi entrer dans l'asile. Là, il  déclenche une bagarre, et doit sortir précipitamment.

(Triple trouble)

Du coup, seul dans la nuit, il se retrouve face à son "ami" qui lui propose un cambriolage. il accepte, et participe au casse. Il y revoit Edna, qui ne le dénonce pas lorsque la police intervient, et il part sur la route, seul...

(Police)

Voilà, c'est vrai que ça tient assez bien la route, reste le cas des deux escrocs habillés pareillement, qui pose toujours ce problème de continuité. En tout cas, le film ainsi arrangé est proche de 40 minutes...

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1915