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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 11:12

En 1986, un cinglé d'extrême droite a placé une bombe sur un site de rassemblement des JO, situés cette année là à Atlanta. L'attentat a fait une centaine de morts, mais Eastwood s'intéresse à un autre type de victime, selon son habitude (American Sniper, Sully, The 15:17 to Paris): un héros qui a longtemps été soupçonné d'être le terroriste, en raison d'une théorie de profiling: on a découvert de nombreux cas de personnes (policiers, militaires ou agents de sécurité) ayant mis en évidence un attentat, qu'ils avaient en réalité planifié ou aidé, le but de l'opération devenant essentiellement de se mettre en avant et de profiter d'une heure de gloire, bien plus que d'attenter à la vie d'autrui ou la sécurité d'un état... Ce qui est, on l'imagine, tout à fait possible, et plus important: au vu du déroulement de l'intrigue, qui part d'une période durant laquelle l'agent de sécurité Jewell est un jeune adulte pétri d'ambitions (devenir un agent du FBI ou des services secrets, pour servir son pays) qui ne se réaliseront jamais, il est très facile pour le spectateur de se dire qu'après tout, ça pourrait bien être lui le coupable. De quoi maintenir l'intérêt, dans un film qui une fois de plus est du Eastwood: méthodique et lent, il nécessite l'adhésion à son déroulement.

Mais ce n'est pas tout. Si il y a bien un enjeu dramatique lié à la sympathie naturelle qu'inspire Jewell, un homme simple et abusé par des bureaucrates qui se raccrochent à la seule piste qu'ils ont, aussi ténue soit-elle, le film se penche sur tous les aspects de ce drame de l'héroïsme et du soupçon (exactement comme Sully le faisait d'ailleurs, en se reposant également sur le caractère sympathique et direct de Tom Hanks): l'effet de l'héroïsme ET du soupçon, de la médiatisation à outrance de l'éventuelle culpabilité du héros, montée en épingle par le FBI justement parce que la presse en faisait ses choux gras, sans peu de scrupules d'ailleurs. A ce titre, la composition par Olivia Wilde d'une journaliste arriviste, adepte de toutes les méthodes y compris les avantages en nature, pour arriver à ses fins, est l'un des gros problèmes du film. D'une part parce que, confrontée à la méthode Eastwood (un plan, une prise), elle en fait dix fois trop... et ensuite parce qu'à l'heure où un psychopathe dangereux a pris en otage la nation Américaine et le monde entier en maltraitant la presse à chaque intervention, le timing est quand même embarrassant.

Cela étant, on aime ce film attachant pour son héros (Paul Walter Hauser), un homme en surpoids, lent et instinctif, qui semble incapable de mentir; un homme intègre à sa façon, qui est sans doute un habitant de Géorgie comme beaucoup d'autres: un peu droitier, mais pas terroriste. Un peu "white trash" sans doute, mais désireux de s'élever; appartenant à la NRA, mais c'est parce qu'il chasse... Le portrait rendu par Eastwood en a certainement gommé es aspérités et les zones d'ombre, mais on retiendra de ce brave type qu'ile st essentiellement un nounours, dont on comprend que l'avocat Watson Bryant, son ami, l'ait pris en affection. Sam Rockwell, excellent et tout en retenue, compose un autre portrait attachant avec cet avocat de gauche, qui soutient le naïf Jewell durant son supplice. Enfin, on appréciera comme de juste, dans le rôle de Maman Jewell, la grande Kathy Bates, magistrale comme à son habitude.

Et ce que Eastwood fait, au-delà de son thème si pratique de l'héroïsme, qui est par nature volatil et subjectif, c'est de sonder notre époque à travers son passé récent. Depuis Sands of Iwo Jima, combien de films a-t-il fait, bons ou mauvais peu importe, qui donnent une lecture de notre passé lointain ou immédiat, avec un regard sur les médias, sur la hiérarchie, et une exploration le plus souvent de la conscience des hommes à travers leur présence au milieu des autres? Certes, il le fait avec ses moyens, et le recours ici aux événements d'Atlanta passe par une recréation qui est brouillonne; mais il garde constamment l'humanisme paradoxal d'un conservateur invétéré.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 11:30

Certains films ont les acteurs qui vont faire se déplacer les foules et, ce qui est plus important, donner une interprétation iconique; d'autres reposent sur une mise en scène parfaite, novatrice qu'elle soit discrète ou voyante; pour d'autres films, c'est la musique, d'autres enfin reposent sur un décor tellement emblématique... Le cinéma c'est toujours une combinaison de ces facteurs (j'entends une personne au fond qui dit "et le script"?, je répondrai que je l'ai sciemment laissé de côté, on parle de choses sérieuses ici), mais rares sont les films qui cochent toutes les cases... Le troisième western de Sergio Leone, lui, y parvient sans problème...

Les gens qui habitent au sud de Burgos, en Espagne, le savaient, quelque part dans le désert, on trouve les lieux sur lesquelles la production de Il buono, il bruto, il cattivo pour reprendre le titre Italien, s'était installée à l'été 1966 pour recréer une Guerre de Sécession fantasmée qui devenait le symbole glorieusement absurde de toutes les guerres; de part et d'autre d'une colline, deux séquences emblématiques du film avaient été tournées: près d'un ruisseau miteux, le décor de tranchées plus proche de celui de la première guerre mondiale, et le pont qu'il a fallu faire sauter... deux fois, comme on l'apprend dans le film grâce à un Clint Eastwood hilare. de l'autre côté, le cimetière mythique qui sera l'arène finale, le lieu du sacro-saint duel, un cimetière de 5000 tombes qu'il a fallu créer de toutes pièces! Les lieux ont été laissés tels quels par la troupe une fois le tournage fini, et la nature a fait le reste...

Mais des dizaines d'années plus tard des passionnés, locaux comme étrangers, se sont mis en quête d'abord de retrouver le site du cimetière (facile à repérer d'en haut, d'ailleurs, puisque si la nature a repris ses droits, elle l'a fait en imitant la structure particulière circulaire et concentrique de la construction initiale. Puis ces doux dingos organisés en association se sont décidés à recréer le cimetière puis à l'entretenir. Seule quelques débris de tombes subsistaient... C'est l'étonnante histoire de ce film, qui est fait e constants allers-retours entre les pèlerinages des passionnés, puis leur entreprise du dimanche (il se trouve que certains d'entre eux sont des archéologues, ça tombe bien) , et des interviews de spécialistes (Christopher Frayling), des survivants de l'équipe du film (en premier lieu Eastwood, mais aussi Morricone, et pas qu'eux!) mais aussi d'autres passionnés, dont James Hetfield de Metallica, ou les réalisateurs Alex de la Iglesia et Joe Dante! Enfin, un concert de Metallica en Suède est utilisé avec pertinence, bien que ce soit parfois très surprenant! 

Et de tout cela on va prendre une belle leçon d'histoire, méthodique et qui ne néglige pas le moindre détail, on va évidemment revenir sur la scène du duel le plus spectaculaire des films de Sergio Leone et en détailler la genèse, on va aussi aborder la question de l'absurdité d'aller faire un tel film en plein pays fasciste... Mais on va aussi et surtout assister à une belle leçon d'humanité, de la part de ces quidams qui vont aller tellement loin dans la reconstruction de leur lieu de mythe, qu'ils vont être applaudis par trois artistes de premier plan à la fin du film, à leur grande surprise d'ailleurs... Ce film inattendu est un documentaire humain et tellement réjouissant qu'il est hautement recommandé...

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire Clint Eastwood Sergio Leone
24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 15:19

Après la guerre de Sécession, un ancien soldat (Clint Eastwood) reconverti en mercenaire est passé au Mexique: alors qu'il se rend dans le Sud pour une mission, il porte secours à une femme (Shirley McLaine) que trois bandits s'apprêtent à violer. A sa grande surprise, une fois qu'elle a remis de l'ordre dans ses habits, il s'avère que Sara est une nonne... Alors que leurs chemins s'opposent, l'un et l'autre vont cohabiter durant quelques jours, finissant par mélanger leurs deux "missions": Sara doit en effet aider un groupe de partisans Mexicains de Juarez à se débarrasser d'une garnison de Français, et les Mexicains ont demandé à Hogan de fournir son expertise en matière d'explosifs pour exactement la même raison... moyennant finances, cela va sans dire... 

L'équipée tranquille, sur fond de musique aisément reconnaissable (Ennio Morricone, qui s'est bien amusé), de ce mercenaire et de cette nonne, s'est pris une volée de bois vert de la critique à l'époque: le problème, écrivait-on dans Variety, c'est qu'il est impossible de croire un seul instant à Shirley McLaine en nonne... sauf que je ne suis pas d'accord du tout. Certes, son maquillage trahit le fait que les dernières habitudes de Hollywood avant la grande fiesta des années 70 ont la peau dure, mais elle accomplit un excellent travail pour nous faire croire (et pas que nous, d'ailleurs) qu'elle est ce petit bout de religieuse qui traverse le Mexique de part en part pour aider les petites gens à se débarrasser des français! Et elle tient la dragée haute à Eastwood, qui reprend avec humour son personnage laconique de redresseur de torts aux pris fluctuants, qu'il avait développé chez Leone. Le film, à sa façon, est un peu un "à la manière de"...

On se perd facilement dans ces deux heures de distraction singulièrement récréatives, dans ces décors superbes, filmés de main de maître par Gabriel Figueroa, et dans les dialogues pleins d'une humoristique tension sentimentale (et un rien sensuelle aussi) qui renvoient un peu à une sorte d'African Queen... avec des cactus.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Al Dente Clint Eastwood
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 09:01

Earl Stone a tout donné à ses fleurs: son entreprise a d'ailleurs bien marché pendant tant d'années... C'était son idée à lui, pour "donner" à sa famille, et bien entendu, ça l'en a éloigné. Aujourd'hui, à 90 ans bien sonnés, il fait faillite, et se retrouve bien mal parti. Sa petite-fille se marie et il était supposé payer sa part, alors Earl écoute une voix qu'il n'aurait normalement pas écouté; quelqu'un qui lui dit: j'ai des amis qui ont besoin d'un bon conducteur qui ne se fasse pas trop remarquer, et qui conduise sur des distances importantes pour véhiculer des choses qui doivent rester secrètes...

Donc, Earl devient une "mule", un passeur de drogue, et non seulement il le fait une fois, mais il en fait une habitude. Totalement conscient de l'illégalité de son geste, il assume totalement la chose, jusqu'à se croire autorisé (lorsque le patron du cartel lui impose un "surveillant") à donner son avis et des conseils à de redoutables bandits aguerris. Pendant ce temps, la police (le DEA, Drug Enforcement Administration) se casse les dents pour arrêter les gens comme lui, mais deux détectives (Bradley Cooper et Michael Pena) finissent par trouver la trace de ce mystérieux passeur qui a véhiculé une quantité impressionnante de cocaïne...

C'est presque une comédie, si on veut, un film indolent qui obéit au rythme particulièrement lent de Earl Stone, un rôle en or pour Eastwood. Celui-ci, qui après tout fait rigoureusement ce qu'il veut, nous venge de son dernier film qui était atroce, en racontant une histoire destinée à être ironique, mais qui ne tombe jamais dans ce piège: Stone est un personnage doux, qui impose non seulement son rythme, mais aussi sa philosophie de la vie au film. Toujours adepte de la liberté absolue, Eastwood ne juge évidemment pas son personnage, qui du reste assumera jusqu'à la dernière seconde son geste, et nous promène dans les coulisses des cartels avec une vision surprenante de ces "entreprises". On notera que pour l'assister, il a embauché du beau monde: Dianne Wiest est l'ex madame Stone, Alison Eastwood leur fille, et le parrain du cartel n'est autre qu'Andy Garcia...

Il ressort de cette histoire de papy bandit une étrange impression de merveilleux rêve éveillé, qui ne manquera pas de soulever des protestations: Earl Stone se rendait-il vraiment compte qu'il véhiculait des kilos de ces produits que des gosses allaient ensuite s'envoyer dans le nez pour ensuite s'envoyer au cimetière? Mais ce n'est pas le sujet... Continuant toujours plus avant sa réflexion douce-amère sur la place du troisième age dans l'Amérique d'aujourd'hui, Clint Eastwood se place ici, et c'est remarquable, sur le versant le plus positif de ce cheminement philosophique, et Earl Stone est sans aucun doute l'un de ses plus beaux personnages!

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 17:59

Continuant à explorer la notion d'héroïsme qui le passionne tant (en vrac, Unforgiven, Flags of our fathers, Gran Torino, American Sniper et Sully en sont des étapes essentielles), Clint Eastwood s'est précipité sur cette anecdote récente pour en tirer un film, et tant qu'à faire, engager pour interpréter les "héros du Thalys", les trois personnages eux-mêmes, qui ont commis l'action héroïque dont il est ici question: je veux bien sûr parler de ce terroriste qui avait été empêché de commettre un massacre dans un train Européen qui allait ce 21 août 2015 d'Amsterdam à Paris, par l'intervention d'un Britannique mais surtout de trois hommes Américains, tous amis et originaires de Sacramento.

Et tout ce petit monde se vautre dans les grandes largeurs, ce film "ni fait ni à faire" (une expression que j'utilise mais qui me pose toujours des questions, puisque s'il y a bien un reproche à faire à ce film c'est précisément d'avoir été fait!) qui repose essentiellement sur une action certes héroïque voire spectaculaire, qui n'occupe que quelques minutes, est l'occasion pour Eastwood, dans une salade à la chronologie hasardeuse, de déconstruire et reconstruire l'histoire de la vie de ces trois héros (le Britannique étant tout bonnement ignoré), en nous racontant leurs vies qui mènent à cette action.

Quoique...

Si Alek Skarlatos et Anthony Sadler jouent effectivement leur rôle, c'est quand même Spencer Stone qui se taille la part du lion. Les mauvaises langues pourront toujours dire que c'est parce qu'il est le seul W.A.S.P. des trois (ce qui est parfaitement exact du reste), mais je pense qu'il a été "choisi" par Eastwood pour être le centre de sa narration, parce qu'il était celui des trois qui a donné l'impulsion de résistance et utilisant sa formation de militaire d'un côté, et son courage bien sûr, de l'autre; et Eastwood a écouté les trois hommes dire que Spencer était celui qui "sentait" que quelque chose allait arriver.

Hein?

Bref, ces trois hommes que rien ne destinait (ou alors si, Dieu, ou la providence, ou Krishna, ou le Cosmos) à devenir des héros, sont devenus des héros, au terme d'un parcours qui nous est conté par le menu: scolarité médiocre (la faute aux profs, tous des nuls), envie d'aller dans l'armée, mais là aussi les classes sont assez peu probantes, et de visites chez le directeur de l'école, en passe-temps guerriers (armes, chasse, etc... Bref, des hobbies normaux, quoi), nous arrivons à une série de séquences molles du genou qui nous racontent les pérégrinations de ces trois futurs héros en Europe, se saoûlant, mangeant de la pizza, et faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies faisant des selfies avant de prendre un train parce que Spencer pense qu'on doit prendre un train.

Non seulement Clint Eastwood qui a pourtant toujours été un peu Hawksien sur les bords, pensant qu'un shériff doit faire un travail de shériff et un militaire un travail de militaire, demande aux trois faiseurs de selfies de s'improviser acteurs, et certes, ils ne s'en tirent pas trop mal, sachant que les dialogues sont indigents (attends, on va faire un selfie) et que le metteur en scène ne fait qu'une prise de chaque plan. Mais fondamentalement, l'histoire de ces trois médiocres qui deviennent des héros finit par être déplacée, et ressemble à une propagande pour le libertarianisme à la Eastwood, sous ses pires penchants. Sinon, ce film est nul.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Navets
20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 17:46

Curieusement, ce film est un peu passé inaperçu, entre le diptyque de la seconde guerre mondiale qui l'a précédé (Flags of our fathers, et Letters from Iwo Jima, 2006) d'une part, et les deux gros succès publics qui l'ont suivi (Gran Torino, 2008, et Invictus, 2009). C'est pourtant un film passionnant, tant par sa recréation d'une période-clé de l'histoire Américaine, que par sa thématique qui le met en cousinage avec bien des films importants d'Eastwood, et aussi par le fait qu'à mon avis c'est le film le plus dur, le plus violent, le plus noir de son auteur.

Los Angeles, 1928: Christine Collins (Angelina Jolie) vit seule avec son fils Walter depuis sa naissance: le père, selon elle, a eu peur de la responsabilité... Pas elle toutefois: elle l'élève, et lui consacre tout son temps libre, tout en travaillant à un poste à responsabilité. Un jour, elle rentre, et Walter n'est pas là. La police intervient, on le cherche, mais il ne donne aucun signe de vie. La presse s'intéresse à son cas, et un pasteur parti en guerre contre les forces de police locales, le révérend Briegleb (John Malovich), lui apporte son soutien. Quand le Lieutenant Jones (Jeffrey Donovan) lui annonce que son fils est retrouvé, Christine a la surprise de voir arriver un garçon qui n'est pas Walter. La police refuse de reconnaître son erreur, et quand elle s'entête, Christine finit dans une institution pour malades mentaux... Pendant ce temps, l'inspecteur Ybarra (Michael Kelly) fait dans le cadre d'une enquête routinière une découverte inattendue, et très choquante...

L'histoire est vraie, et probablement aussi un brin exagérée: le film était prévu au départ pour Ron Howard, et on sait que ni celui-ci ni Clint Eastwood ne prennent de gants quand il s'agit de mettre un grain de sel personnel dans leurs films; et justement, Eastwood retrouve ici le thème de la mise en danger des enfants, qui est souvent présent dans des films comme A perfect world, Gran Torino ou bien sûr Mystic River. Ce dernier a d'ailleurs beaucoup de points communs avec Changeling... A commencer par le côté âpre, et un certain parfum de vengeance.

Pourtant Angelina Jolie a joué Christine Collins avec énormément de retenue, comme une personne qui ne dit jamais un mot plus haut que l'autre... Tout le contraire des malfaiteurs qui cherchent la vengeance dans Mystic River. C'est que l'héroïne, une femme seule qui a élevé son fils toute seule, et qui travaille, est une femme du jazz age, cette période durant laquelle les Etats-Unis deviennent enfin modernes. Modernes, et particulièrement corrompus, comme le film le dit et le redit (un peu lourdement du reste) à travers l'exemple des forces de police. Un autre thème qui parcourt l'oeuvre d'Eastwood...

La mise en scène est du Eastwood pur et dur, avec l'efficacité qu'on lui connaît, la simplicité des mouvements de caméra, le naturel des acteurs, et les idées de montage parfois farfelue (deux procès vus en montage parallèle, qui rendent une séquence parfois difficile à comprendre). Mais le metteur en scène est à l'aise devant cette histoire de femme qui s'est prise en mains, et qui devient victime d'une erreur judiciaire délibérée. les corps constitués en prennent pour leur grade, comme toujours, mais les passages les plus étonnants et les plus durs (même si le passage à l'asile est particulièrement violent) concerne la deuxième partie, et la découverte d'une ferme avec un charnier contenant les restes de quinze enfants. Et il y a au bout du film, une exécution...

Je laisse la parole à Eastwood: "In a perfect world, the death penalty would be an ideal punishment for such a crime", dit-il, interrogé sur le film par Samuel Blumenfeld du Monde; dans un monde parfait, il estime que le crime horrible dont il est question dans le film serait une occasion justifiée de pratiquer la peine de mort, mais comme il l'a lui-même montré dans son film True Crime, la peine capitale est toujours l'objet de soupçons (ce qui n'est pas le cas ici, le type est vraiment un monstre), ou tout bonnement insupportable en soi. La scène de l'exécution est absolument insupportable, quels que soient les crimes commis...

Comme dans tous ses films, il y a des longueurs, des petits soucis de cohérence, et des rôles un peu limites (le lieutenant Jones, qui vire très vite à la caricature), mais il ne rate pas ses cibles. On le quitte vidé, choqué, mais en choisissant de traiter une affaire qui ne sera jamais totalement élucidée, en en faisant le portrait d'une femme en lutte contre la corruption et l'injustice, Eastwood a réalisé un film courageux, accompli, et totalement prenant. .

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 10:56

Ce film fort distrayant est à cheval, dans la carrière d'Eastwood, entre ses films majeurs et ses petits films à faire bouillir la marmite. Il penche sans doute du côté le plus mineur, mais à cause de, ou grâce à son sujet, il est parfois considéré un peu à part. Ce qui ne m'empêche pas d'enfoncer une fois de plus le clou: ce film n'est en rien un plaidoyer contre la peine de mort. Il nous raconte une histoire dans laquelle un innocent condamné à mort va être exécuté, et même le plus à droite des partisans farouches de cette incompréhensible sale manie de tuer les gens avec l'autorisation judiciaire et gouvernementale aura toujours des réserves devant le fait que ce dispositif d'assassinat légal puisse être utilisé sciemment contre des gens innocents des crimes pour lesquels ils son supposés payer... Par contre, True crime s'intéresse à la peine de mort à travers son déroulement, les gens qui y travaillent, et le traitement médiatique qui en est fait...

Donc, première strate du film, on y raconte le dernier jour de Frank Beechum (Isaiah Washington), un brave type qui ne demandait rien à personne, et a été accusé d'un meurtre particulièrement sordide. Les preuves contre lui ne valent pas grand chose, mais on n'avait pas grand chose de plus, et aucune autre option. Deux témoignages lui ont été fatals. On assiste donc à ses préparatifs, à ses choix de dernière heure (Le repas final, par exemple). Du début à la fin, le personnage manifeste une évidente dignité, et surtout rappelle qu'il est innocent.

Parallèlement, le film nous montre une deuxième couche, faite d'une description minutieuse du métier des gens qui travaillent à l'exécution. Cette portion du film est volontiers (légèrement) forcée, franchement caricaturale. Mais elle contient des éléments quasi documentaires qui lui donnent un grand intérêt.

La troisième couche du film concerne la partie journalistique: Steve Everett (Clint Eastwood) est le journaliste désigné en dernière minute pour couvrir l'événement, la journaliste assignée à la base ayant trouvé la mort dans un accident la veille de l'exécution. Et Steve Everett est un vieux de la vieille, qui sent tout de suite qu'il y a dans l'affaire de quoi se poser des questions. Si vous voulez mon avis, d'ailleurs, un enfant de huit ans s'en serait posé aussi, et il y a fort à parier que même au plus profonde du Texas, cette affaire n'aurait jamais mené un jury à aboutir à la conclusion que Beechum était coupable. mais la véracité de l'affaire n'est pas le propos... Et Eastwood s'intéresse justement au côté fâcheux d'une justice à plusieurs vitesses (Raciales comme sociales) qui débouche sur des erreurs judiciaires. Si le film, comme Eastwood lui-même, n'est pas contre la peine de mort a priori, il tend à vouloir démontrer qu'elle contredit sérieusement son souci d'efficacité...

Enfin, et je pense que c'est le meilleur aspect du film, Eastwood évite la pesanteur du pensum en interprétant son journaliste comme un coureur invétéré, alcoolique faussement repenti, éternel râleur, qui perd tout (son boulot, sa femme, sa fille, l'estime de tout un chacun) parce que sa cause lui prend tout. Et ses confrontations avec un patron au verbe virtuose (James Woods), sont du plus haut comique, achevant de renvoyer ce film au modèle revendiqué par Eastwood: Howard Hawks, qui lui aussi aurait probablement pu prendre la même option s'il avait voulu faire un tel film: le travail et la presse, avec une forte dose d'humour comportemental. Ce qui, avouons-le, est un peu ce qu'il a fait dans His girl friday.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 22:27

1863, dans le Sud; le caporal John McBurney, surnommé McB, est blessé, et se fait repérer par une jeune pensionnaire alors qu'il se cache près d'une institution pour jeunes filles... Elles le ramènent à la maison, mais la directrice est catégorique: le temps qu'il récupère, et après on le livrera à la troupe! Car John McB est nordiste... Mais il est aussi beau garçon, et pour les jeunes filles, les jeunes adultes, et tout le personnel (Non qu'elles soient très nombreuses) de la digne pension, il va très vite s'avérer irrésistible. D'autant que le beau parleur (Et donc menteur) de caporal a décidé de jouer à fond la carte de la séduction: il a devant lui une jeune femme totalement inexpérimentée mais désespérément romantique (Elizabeh Hartman), une directrice certes rigoriste, mais passionnée (Geneviève Page), et qui cache un abominable secret scandaleux sur ses rapports avec son frère qui est depuis décédé, voire une pensionnaire assez ouvertement nymphomane (Jo Ann Harris). John McB croit vraiment pouvoir devenir le roi dans l'institution...

...Mais il tombera bien vite sur un os.

On est en pleine guerre du Vietnam, et je doute que les idées politiques de Siegel et Eastwood aient pu s'accommoder d'une critique ouverte du militarisme en vigueur. Non, par cotre le climat de remise en cause systématique des héroïsmes et du patriotisme à tout crin n'est pas pour leur déplaire, comme on le voit dans une scène, où McB essaie de se mettre dans la poche la domestique noire, donc l'esclave, Hallie (Mae Mercer): il lui dit notamment qu'ils sont tous les deux prisonniers dans l'institution, mais Hallie lui répond qu'elle ne se fait aucune illusion quant aux motivations des Nordistes... Le Caporal ment  chaque fois qu'il parle, et en particulier quand il raconte ses journées au front: les images se placent en constante contradiction des bobards qu'il raconte aux femmes de la pension pour les berner. Mais s'il tente en permanence de jouer sur son capital de séduction,  on constate qu'il commence à perdre son charme précisément quand il se laisse aller à coucher avec la plus faile de toutes ces victimes, la jeune Carol... 

Et c'est là qu'on peut en profiter pour parler d'ne constante des films d'Eastwood, aussi bien le metteur en scène que l'acteur: s'il a souvent, dans ses rôles, une pulsion sadique assez ouvertement exprimée (Et totalement assumée bien sur par sa créature la plus controversée, l'ambigu Harry), il est aussi assez souvent mené à une forme de masochisme sévère. Ici, le personnage croit longtemps garder le dessus, mais va tomber dans les mains d'une associations de femmes qui se sont liguées contre lui, et la mise en scène de Siegel, qui joue à fond sur une grammaire quasiment héritée des films d'horreur, tend à enfoncer le clou.

...Avec un certain humour noir, cela va sans dire.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 14:27

Adapté d'un roman de Michael Connelly, Blood work commence par raconter la fin de la carrière de Terry McCaleb (Clint Eastwood), un policier d'élite mais un brin fatigué, qui reçoit des "messages d'amour" en formes de cadavres, d'un serial killer qui l'a manifestement élu comme son double ou son partenaire. Fin de carrière, car lorsque le film commence, les deux hommes se retrouvent face à face, à distance (McCaleb ne peut distinguer le visage de l'autre), et une poursuite s'engage: mais McCaleb s'effondre, victime d'un arrêt cardiaque. Deux années passent, et McCaleb est en retraite: il a un nouveau coeur, et s'est fait une raison; il avait blessé son ennemi avant de s'écrouler, il est persuadé qu'il est probablement mort. Mais une jeune femme, Graciella (Wanda de Jesus) va venir lui confier une affaire, avec une douce insistance: elle souhaite qu'on retrouve le tueur qui a assassiné sa soeur Gloria. Elle est persuadée que McCaleb va accepter, car c'est lui qui a reçu le coeur de Gloria...

Film mineur ou film fait de la main gauche, on a souvent lu des commentaires plus ou moins condescendants à l'égard d'un film qui certes n'est pas une grande date de l'oeuvre de Clint Eastwood, mais qui mérite un peu mieux. Bon, admettons que l'intrigue est transparente au possible, et que l'histoire d'amour entre Graciella et McCaleb est un problème: même si wanda de Jesus n'est plus une adolescente, le nouvel homme de sa vie a passé depuis longtemps la date de péremption! Mais Eastwood, qui s'apprête à faire des films d'une grande importance, et à jouer dans la cour des grands, me semble ici faire ses adieux au film de genre, et en particulier au genre qui lui a si souvent permis de faire des petit films de rien du tout dans lesquels il y a toujours un ou deux trucs à prendre! C'est vrai qu'après Blood work, il n'y aura plus jamais ce genre de petit exercice de liberté absolue (tourné en 38 jours à LA et Long Beach, notamment dans la Marina) fait pour rien avec des copains: Jeff daniels, qui écluse bière après bière, et Anjelica Huston, me paraissent très à l'aise avec les prises uniques de Clint Eastwood...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 09:57

Poursuivant son exploration permanente des héros anciens (Bird) et modernes (Invictus), prolongée il y a deux ans avec American Sniper, Eastwood a hérité du projet d'adaptation du livre autobiographique de Chesley Sullenberger, un pilote qui a défrayé la chronique en janvier 2009, en "posant" son A320 avec 155 personnes à bord dans l'Hudson river, ce qui n'avait jamais été fait auparavant, et ce sans une seule victime. L'acte était héroïque, mais le film s'intéresse plus au contexte du battage qui a suivi: en effet, la compagnie d'assurance a lourdement reproché à "Sully" d'avoir perdu l'avion, en risquant inutilement la vie de ses passagers; le film adopte ainsi une narration en flash-back assez typique des films d'Eastwood: Bird était structuré de la même façon.

Pour commencer, on est dans le cockpit, et en deux minutes, on nous montre ce qui serait probablement arrivé si le capitaine Sullenberger avait obéi aux suggestions de la tour de contrôle... C'est un rêve du capitaine, effectué le lendemain du drame, et on sent bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Avec son copilote Jeff (Aaron Eckhart), Sully (Tom Hanks) répète à ceux qui l'interrogent qu'il n'a fait que son devoir suivi que son instinct, mais il sent bien que les reproches vont pleuvoir. Célébré dans toute l'Amérique comme un héros, il doit subir l'infamie du blâme, et sent même venir la retraite sans pension... Le film explore tous les aspects de cette remise en question, personnelle et publique, d'un homme qui avait cru rester comme on dit "droit dans ses bottes".

Tout est une question de point de vue; d'une part, on a bien sur le sentiment de Sully, sa façon de voir les choses car nous le quittons assez rarement. On pourra ainsi faire la fine bouche devant le traitement des experts de l'assurance, qui conduisent l'investigation et qui sont vraiment les croquemitaines dans le film, mais on peut aussi remarquer qu'ils ne sont après tout, montrés que selon le point de vue de Sully lui même. Et que le traitement qu'ils lui font subir justifie pleinement cette interprétation des personnages! Par ailleurs, le film explore occasionnellement d'autres ressentis, notamment celui d'un membre des équipes de l'aéroport La Guardia, qui a perdu le contact avec Sully lors de l'incident, et est persuadé qu'il est lui-même responsable de la mort de 155 personnes, alors qu'il s'est borné à donner une suggestion à Sully, non suivie d'effets. Ca s'appelle la responsabilité, c'est un des corollaires du professionnalisme, et là on est quasiment en territoire Hawksien: le film devient en effet la lutte des pros contre ceux qui ne savent pas, ne font pas.

C'est prenant, bien sûr, la structure choisie, et l'acteur choisi, fonctionnent ensemble à merveille. Comme d'habitude, le film ruisselle de cet humanisme inébranlable, quasiment naïf, qui fait la marque des oeuvres de Clint Eastwood, et comme d'habitude, on en sort un peu conforté, par un film qui certes assène des idées, parfois si simples qu'elles sont aisément critiquables, mais sans jamais se départir d'une certaine forme de respect, aussi bien pour les personnages (TOUS, y compris les "juges" de Sully), que pour les spectateurs. Et Tom Hanks et Aaron Eckhart, bien sur, sont fidèles à eux-mêmes, c'est-à-dire impeccables.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood