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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 09:57

Poursuivant son exploration permanente des héros anciens (Bird) et modernes (Invictus), prolongée il y a deux ans avec American Sniper, Eastwood a hérité du projet d'adaptation du livre autobiographique de Chesley Sullenberger, un pilote qui a défrayé la chronique en janvier 2009, en "posant" son A320 avec 155 personnes à bord dans l'Hudson river, ce qui n'avait jamais été fait auparavant, et ce sans une seule victime. L'acte était héroïque, mais le film s'intéresse plus au contexte du battage qui a suivi: en effet, la compagnie d'assurance a lourdement reproché à "Sully" d'avoir perdu l'avion, en risquant inutilement la vie de ses passagers; le film adopte ainsi une narration en flash-back assez typique des films d'Eastwood: Bird était structuré de la même façon.

Pour commencer, on est dans le cockpit, et en deux minutes, on nous montre ce qui serait probablement arrivé si le capitaine Sullenberger avait obéi aux suggestions de la tour de contrôle... C'est un rêve du capitaine, effectué le lendemain du drame, et on sent bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Avec son copilote Jeff (Aaron Eckhart), Sully (Tom Hanks) répète à ceux qui l'interrogent qu'il n'a fait que son devoir suivi que son instinct, mais il sent bien que les reproches vont pleuvoir. Célébré dans toute l'Amérique comme un héros, il doit subir l'infamie du blâme, et sent même venir la retraite sans pension... Le film explore tous les aspects de cette remise en question, personnelle et publique, d'un homme qui avait cru rester comme on dit "droit dans ses bottes".

Tout est une question de point de vue; d'une part, on a bien sur le sentiment de Sully, sa façon de voir les choses car nous le quittons assez rarement. On pourra ainsi faire la fine bouche devant le traitement des experts de l'assurance, qui conduisent l'investigation et qui sont vraiment les croquemitaines dans le film, mais on peut aussi remarquer qu'ils ne sont après tout, montrés que selon le point de vue de Sully lui même. Et que le traitement qu'ils lui font subir justifie pleinement cette interprétation des personnages! Par ailleurs, le film explore occasionnellement d'autres ressentis, notamment celui d'un membre des équipes de l'aéroport La Guardia, qui a perdu le contact avec Sully lors de l'incident, et est persuadé qu'il est lui-même responsable de la mort de 155 personnes, alors qu'il s'est borné à donner une suggestion à Sully, non suivie d'effets. Ca s'appelle la responsabilité, c'est un des corollaires du professionnalisme, et là on est quasiment en territoire Hawksien: le film devient en effet la lutte des pros contre ceux qui ne savent pas, ne font pas.

C'est prenant, bien sûr, la structure choisie, et l'acteur choisi, fonctionnent ensemble à merveille. Comme d'habitude, le film ruisselle de cet humanisme inébranlable, quasiment naïf, qui fait la marque des oeuvres de Clint Eastwood, et comme d'habitude, on en sort un peu conforté, par un film qui certes assène des idées, parfois si simples qu'elles sont aisément critiquables, mais sans jamais se départir d'une certaine forme de respect, aussi bien pour les personnages (TOUS, y compris les "juges" de Sully), que pour les spectateurs. Et Tom Hanks et Aaron Eckhart, bien sur, sont fidèles à eux-mêmes, c'est-à-dire impeccables.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 09:55

Gus Lobel (Clint) est un ancien joueur de base-ball, devenu recruteur par la force des choses, et de son (grand) age. Il est inquiet, car sa vue baisse et il n'envisage pas d'arrêter son travail. Il arrive à un tournant, car le club professionnel qui l'emploie doit recruter un jeune joueur, et Gus va être envoyé en Caroline du Nord pour donner son avis sur une possible recrue. Sa fille Mickey (Amy Adams), une jeune avocate qui s'est éloignée de lui, décide de l'aider en l'épaulant sur le choix, et ils vont tous les deux rencontrer un jeune recruteur, Flanagan (Justin Timberlake), un ancien joueur, qui a de l'affection pour Gus, mais plus encore pour Mickey. Bien qu'ils soient concurrents, Gus va donner de précieux conseils à son jeune collègue, et Mickey va être prise dans plusieurs dilemmes: aider son père qui semble tout faire pour la rejeter, ou pas? Continuer la vie d'avocate en travaillant pour des firmes qui la traiteront toujours en femme avant tout, ou laisser libre cours à sa passion pour le sport? ...et enfin, bien sur, Flanagan ou pas Flanagan?

Dans cet unique film en vingt ans qui soit une production Malpaso avec Clint Eastwood mais sans qu'il l'ait lui même réalisée, le "studio" semble préparer la relève! Rob Lorenz, collaborateur depuis vingt ans (Assistant et producteur), se lance en effet dans la réalisation "à la manière de"! Bon, le résultat, ans surprise, reste un film Malpaso typique, tout en étant peut-être un peu plus léché, un peu plus pro que les films du patron. On connait le goût de Clint Eastwood pour la première prise. En choisissant une comédie légère avec vieux bougon qui veille depuis les coulisses sur sa fille et l'élu potentiel de son coeur, Lorenz n'a pas réalisé un film révolutionnaire, mais il se laisse regarder, comme une plongée rassurante dans le quotidien Américain d'une petite communauté, celle du base-ball, obsédée par ses calendriers, et gardée par des recruteurs qui connaissent leur métier et refusent tout progrès. Aucune surprise, donc, dans le fait que le rôle du méchant, dévolu à Matthew Lillard (Sammy dans Scooby-doo, pour situer), soit celui d'un recruteur "moderniste", qui ne se déplace jamais pour aller voir les matchs; bref, un con. Et il l'est tellement qu'on se demande d'ailleurs comment personne (Pas même le copain de Gus, interprété avec bonhomie par John Goodman, certes en service minimum, mais je préférerai toujours Goodman en service minimum à Isabelle Huppert même quand elle essaie d'avoir du talent) ne s'en est jamais aperçu.

Voilà qui prouve que ce film Malpaso est bien un film Malpaso, jusque dans l'approximation un peu limite. Mais on y retrouve aussi des thèmes habituels des films d'Eastwood: la vieillesse et les haltes occasionnelles qu'elle impose, la difficile question de la parenté, et aussi le danger permanent qui menace les enfants, de plus en plus présent depuis Mystic river et The changeling.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Comédie
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:00

Clint Eastwood confie les rênes à son complice Buddy Van Horn, et Harry rempile une fois de plus... Une fois de trop: l'intrigue est encore bien tordue, mettant aux prises Harry Callahan avec un dingue qui a pris acte de l'importance médiatique du policier, dans un mélange indigeste et typique des années 80 entre milieux artistiques (Avec le jeune Jim Carrey en caricature de chanteur de hard rock sous diverses drogues) et criminalité. Clint Eastwood fait son âge, décidément, mais continue à singer l'ange exterminateur Harry Callahan, qui surgit des vapeurs et fumées urbaines pour faire triompher la justice, aussi bien avec un gros flingue qu'avec un harpon. Plus que jamais, après la réussite de Sudden impact (Qu'il a réalisé lui-même), ce Harry-là est inutile...

...Mais si c'est pour "payer" Bird, alors on peut comprendre.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 10:03

Au moins, il y a des paysages merveilleux: par ordre d'arrivée, Monument Valley et ses environs, et bien sur les Alpes Suisses... Pour le reste, ce film a la désavantageuse réputation d'être l'une des pires réalisations de Clint Eastwood, et ma foi, c'est on ne peut plus exact. C'est un étrange mélange, dans lequel Clint incarne un professeur d'art, assassin à ses heures perdues pour ce qui est sans doute une interprétation psychédélique de la CIA, retiré des affaires à ce niveau précis, mais acceptant occasionnellement une mission parce qu'une collection d'art, ça coûte cher... Le bonhomme est accessoirement un alpiniste de renom, et je ne serais pas surpris qu'il soit également champion de tennis, pianiste virtuose, maître des échecs, chevalier Jedi et probablement collectionneur de timbres.

Dans l'intrigue qui part dans tous les sens, de ce qui est un film d'espionnage à cheval sur les années 60 (Stylisation) et 70 (Excès, transgressions infantiles, allusions aux minorités), le professeur Jonathan Hemlock doit tuer des hommes qui ont tué un agent Américain. Le but est d'appliquer une sanction, ce qui est une nécessité dans le code des espions. On apprend à quarante minutes de la fin que tout cela n'est que du pipeau destiné à faire passer une information, et sinon l'essentiel du film est une ascension de l'Eiger, l'une des montagnes les plus difficiles au monde. La CIA sait que le traître que doit tuer Eastwood est un participant à une expédition, mais ils ne savent pas son nom! Le problème c'est qu'un film qui présente une ascension a à mon sens suffisamment de suspense sans avoir besoin d'en rajouter au niveau intrigue et espionnage, mais l'ascension (Cinématographiquement mal foutue, mais spectaculaire) est constamment entrecoupée de digressions liées à l'intrigue. C'est une faute de goût...

Sinon, le film semble célèbre pour une scène, une seule: Clint Eastwood forcé de s'entraîner dans la nature fascinante mais aride de l'Arizona, et suivant toute la journée une jeune femme Navajo qui pour l'inciter à aller plus vite, court topless. Toute en finesse, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 16:37

Harry Callahan rempile pour la troisième de ses aventures, et une fois de plus, Eastwood confie la réalisation à un de ses proches collaborateurs, James Fargo: ancien assistant réalisateur, ayant par ailleurs dirigé des secondes équipes sur des films d'Eastwood. Il accomplit un travail efficace, nerveux, et on sent toute l'équipe à l'aise. Eastwood aura beau démentir, ses film sont plus politiques qu'il le prétend: encore une fois, Harry Callahan part en guerre contre son administration autant sinon plus que contre les criminels. En cause? L'inefficacité et le décalage entre les beaux discours d'une part et les actes de l'autre, notamment concernant les minorités. Mais Harry s'en prend aussi à la discrimination positive, qui impose un quota de femmes dans la police. Si on pense dans un premier temps qu'Harry Callahan est mécontent de voir confier un travail de police à des femmes, en réalité, c'est le principe de la discrimination positive qui le rend irritable...

L'intrigue est posée rapidement: son partenaire ayant été tué par un groupe de terroristes, Harry fait une affaire personnelle de retrouver ces derniers; mais son nouveau binôme est une femme, l'inspecteur Moore (Tyne Daly), et il va être dur à cette dernière de faire ses preuves auprès de quelqu'un qui a du mal à la voir comme autre chose qu'un simple caprice de politicien...

Il est intéressant de se pencher sur l'histoire politique de San Francisco, la ville dont Callahan et ses collègues semblent nous dire en leur temps qu'elle est un repaire du crime. Les notations et les remarques sur l'administration, fustigée par tous ces gens, désapprouvée par Callahan, et que des flics d'extrême droite ont décidé de remplacer par leur propre milice dans le film précédent, nous mettent la puce à l'oreille: la ville et son administration ont été dominées par les Démocrates, en coalition avec les Verts et la gauche progressiste depuis 1960. Du coup, les films de cette série, qui montre une police émasculée, et une administration plus attachée à défendre les droits des criminels qu'à protéger les honnêtes gens, sentent quand même un tantinet le pamphlet politique. Mais on peut aussi, une fois su cet état de fait, y prendre du plaisir: tout ça, c'est du western...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 09:23

Breezy (Kay Lenz) est une jeune femme de dix-neuf ans, qui vit en bohémienne au Sud de la Californie. Elle se lève le matin auprès d'un homme qu'elle ne connaît pas vraiment, et transporte sa guitare de lieu en lieu, passant des journées auprès d'amis qui sont des hippies comme elle. Elle a une confiance solide dans l'humanité, y compris après avoir été prise en stop par un vieux salopard qui voulait profiter de la situation. Elle n'a pas vraiment réfléchi à l'avenir, elle l'attend juste en confiance... Ou peut-être en toute inconscience, ça dépend forcément des points de vue.

Frank Harmon (William Holden) est un agent immobilier qui vit dans les hauteurs de Los Angeles. Autrefois marié, il vit seul, volontairement, et tout en ayant des aventures, affiche farouchement sa volonté de rester seul... Quoique il ait un faible de plus en plus prononcé pour une de ses clientes avec laquelle il a une relation. Mais il a tout fait pour bien faire comprendre que cette relation n'était pas du genre monogame, bref, il a freiné de toutes ses forces... Et Frank, un homme d'âge moyen comme on dit pudiquement, n'est certes pas du genre à fréquenter les jeunes hippies, encore moins à en accueillir un ou une chez lui.

Le film est donc l'histoire du rapprochement de l'une et de l'autre, de l'irrésistible aventure entre un homme qui est partagé entre se réjouir de l'aubaine, et fuir à toutes jambes les complications (Et les railleries de ses amis en sus), et une jeune femme qui ne pense pas à l'avenir, a assez peu de jugeote, mais qui sait aimer. Et puis, pensez, elle n'a jamais vu la mer...

On commence par le point de vue de Breezy (Edith Breezerman de son vrai nom): on comprend en très peu de temps son mode de vie, qui est assez cliché en ces années post-psychédéliques, et d'ailleurs ça nous fait craindre le pire pour le film. Mais Clint Eastwood, qui ne juge pas le mouvement hippie, ne tombe pas dans les écueils habituels, de nous montrer des utopistes pris à leur propre piège, dans les affres de la drogue jusqu'au cou, etc... Breezy est saine... Et elle est surtout jeune. C'est un taxi qui rapproche les deux héros: Breezy, tentant d'échapper à son automobiliste indélicat, a appelé un taxi, mais il ne s'arrête pas pour elle: il vient chercher une conquête d'un soir chez Frank. La jeune femme reste à l'écart, et une fois la belle dame blonde partie dans son taxi, Breezy demande à Frank de l'amener en ville. Les conversations entre eux sont au début un peu malaisées, car ils n'ont pas beaucoup en commun. Mais le film va tisser des liens de fortune: une guitare oubliée dans une voiture, un chien qu'il fait secourir... Et l'inévitable va arriver.

Pour le reste du film, c'est le point de vue de Frank qui prévaut. Tant mieux d'une certaine façon, en cette fin 1973 (Le film a été tourné une année auparavant, mais laissé de côté), les hippies sont passés de mode, et les braves gens comme Frank Harmon ont continué à vivre comme avant... Mais Frank, c'est pour moi un auto-portrait cinglant de Clint Eastwood. On n'est d'ailleurs pas loin, dans son mode de vie (Solitaire, pas d'attaches, mais profondément replié sur son charme naturel, et en tirant tous les bénéfices), du héros de Play Misty for me; c'est curieux qu'il n'ait pas interprété le rôle lui-même, lui qui va sans scrupules accumuler les conquêtes sur pellicule, au risque de devenir un serial détourneur de mineures! Mais peut-être, justement, le rôle était-il trop proche de lui!

Breezy, c'est la jeunesse, une chance-éclair à prendre tant qu'elle est là de retourner, pour Frank qui a sans doute tout gâché dans sa vie, à des sensations disparues, avant qu'il ne soit trop tard. Tout un symbole, joué par une actrice qui n'a aucun mal à nous faire croire à son insouciance juvénile. Mais Breezy est loin d'être l'héroïne du film qui porte son nom.

Tourné dans un automne Californien absolument superbe, avec le style économique et gentiment romantique du Clint Eastwood des grands jours, aux frontières de la chronique et de la comédie, Breezy est une belle méditation sur l'âge face au temps qui passe, en même temps qu'une étude sans concession d'un rapprochement des contraires, deux thèmes auxquels Eastwood reviendra sans cesse de multiples façons. C'est la première fois que le metteur en scène choisit de ne pas être acteur, et ce sont souvent les meilleurs de ses films qui en résulteront. A commencer par celui-ci...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:17

FLAGS OF OUR FATHERS

C'est donc le premier film du diptyque commémoratif consacré à Iwo Jima, le versant "Américain". Hanté en ces années crépusculaires par le thème du legs que l'homme laisse à ses suivants, Eastwood profite de la commande de Spielberg de réaliser une oeuvre sur la fameuse bataille d'Iwo Jima pour montrer les chemins que l'héroïsme, la vérité, la légende et le vécu de l'homme peuvent prendre lors d'une guerre, et ce que les générations futures auront à en retirer.

Comme le faisait remarquer John ford à propos de l'Ouest, dans The man who sho Liberty Valance, quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. Un beau film de guerre dont l'ennemi est presque systématiquement absent de l'image, mais on le retrouvera dans le deuxième film...

LETTERS FROM IWO JIMA

Après le douloureux passage à la postérité de Flags of our fathers, le choix d'Eastwood de faire non pas un mais deux films est une surprise totale, mais peut être expliqué de trois façons: 1. Eastwood appartient à notre époque, qui a appris à faire la part des choses et à se garder d'un excessif ethnocentriste, d'où ici le choix de voir "les deux points de vue", et non pas un point de vue Américano-américain. 2. Eastwood a toujours révé de réaliser un film Japonais. 3. Eastwood est Libertarien, et donc ne prend pas partie de manière systématique. Ici, il livre les points de vue différents afin de témoigner d'un certain respect à l'égard de l'ennemi d'hier...

A travers les lettres de soldats, préservées à Iwo jima, on retrace les derniers jours de combattants Japonais, pris entre défaitisme et héroïsme, mais aussi entre tradition (Hara Kiri à la grenade) et modernité (Savoir battre en retraite au bon moment). un film âpre, respectueux, pas confortable, mais salutaire: chef d'oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Seconde guerre mondiale
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:05

J'ai horreur du sport, ce n'est sans doute un secret pour personne. Parmi les sports que je déteste le plus, il y a la boxe. Et pourtant il faut croire, paradoxe des paradoxes, qu'il n'y pas plus "cinégénique" que la boxe, et donc le cinéphile que je suis doit occasionnellement, au hasard des envies, s'atteler au visionnage d'un film sur la boxe: Hitchcock, Scorsese, Curtiz en ont fait, je me dois de les voir...

Alors lorsque le passage obligé (Film de boxe) croise la route passionnante de Clint Eastwood, on s'adonne sans grand regret à un visionnage tranquille... Il a su capter l'essentiel des combats (ici, la mise en jeu de toute une vie dans la balance, au lieu des aspects compétitifs , qui sont toujours d'une vulgarité sans nom) et préserver pour le public ce qui fait l'essence de ses grands films, l'échange humain: l'entraîneur a autant à donner à sa boxeuse qu'il n'a à prendre, et le film se termine en le laissant malgré la fin triste plus riche, plus humain, plus complet qu'il n'est. Quant au thème essentiel chez Eastwood du passage (A tous les sens du terme) il prend ici une dimension quasi sacrée, chez un cinéaste dont on sent qu'après de nombreuses années à résister, il se laisse aller un peu à la religion; le sacrifice de la jeune boxeuse (De passage, donc) va laisser derrière elle un monde meilleur, dans de micro-proportions certes, mais meilleur. Et le savoir passé du vieux monsieur vers la boxeuse reviendra hanter les uns et les autres, Scrap, Dunn, Danger et tous les protagonistes modestes de ce drame des rues: ben oui, avec Eastwood, on ne va pas dans les hauteurs, on s'intéresse à ceux qui vivent en bas, et qui en un geste, peuvent tout perdre, tout gagner, ou les deux...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 16:40

La volée de bois vert critique, le nombre de fois que le mot 'fasciste' qui était présent dans les avis nombreux et variés sur le film Dirty Harry de Don Siegel, ont fini par interpeller Malpaso... Bon, Malpaso, bien qu'officiellement, regardez les crédits de films qu'ils produisent, le producteur en titre est Robert Daley... Mais on saut bien qu'en fait, la compagnie est Clin Eastwood. Donc il est probable que l'acteur-interprète en a eu un peu marre qu'on questionne ses idées politiques autour des soupçons liés à son personnage dans le western urbain jouissif, mais, disons, expéditif. Le premier réflexe du bonhomme a d'ailleurs été de dire "Harry, c'est Harry, moi je suis Clint!", mais la deuxième idée pour sortir de l'idée désormais répandue que Clint Eastwood est un fasciste, c'est Magnum force! Le sequel inévitable (Dirty Harry a explosé au box office) et révisionniste...

Le plus beau gag c'est que le script de ce film, sensé apaiser les gauchistes et autres démocrates inquiets de l'appel au lynchage qu'est supposé être un film avec Harry Callahan, a été confié à Michael Cimino et John Milius, les deux jeunots d'Hollywood probablement les plus à droite en ces années 70! Mais ils avaient une mission claire: continuer à montrer le personnage de Harry, flic de San Francisco aux méthodes expéditives mais aux idées nobles (La défense des gens comme il faut contre le crime, dans un cadre rendu étroit par une justice timorée), mais en montrant qu'il y a bien pire que lui, des flics qui ont décidé de se substituer au système jugé trop indulgent... Pendant que Harry Callahan, qui ronge son frein dans des missions indignes de lui, se lie d'amitié avec son collègue noir, fait du sexe avec une Nippo-Américaine, et rend visite aux gosses d'une amie, en vrai papa poule! Et ça marche tout seul en plus, même si ce second film, qui relance beaucoup d'aspects du premier (action tous azimuts, violence frontale, style bien de son époque et musique de Lalo Schifrin) reste quand même un cran en dessous du précédent; Ted Post n'est pas Don Siegel, mis fait un boulot sans âme ni temps morts...et le film est étiré sur deux heures, ce qui n'était pas nécessaire.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 16:15

Ce film, le deuxième du réalisateur Eastwood, vient compléter le premier de façon rudement efficace: difficile en effet de voir en ce personnage incarné par le metteur en scène, le même reflet légèrement déformé de lui-même qu'il s'était amusé à peindre dans Play Misty for me. En lieu et place, il est crédité en tant que "The stranger", un homme qui ne sera jamais identifié, du moins dans la version originale, j'y reviendrai et j'en profiterai une fois de plus pour dire à quel point le doublage est une sale manie... Cet étranger, par bien des égards, semble prolonger un autre personnage codifié et bien connu pourtant, ce "Blondie", surnommé de façon impropre "l'homme sans nom" dans trois films de Sergio Leone. Et cet étranger apporte aussi un bonne dose de surnaturel, dans une intrigue westernienne formidable et propice à de la violence, bien sur, mais aussi du baroque et un humour noir qui n'hésite pas à franchir les limites du bon goût. Et le tout fait un film parfaitement réjouissant...

Lago (Dans un état qui n'est jamais nommé, mais le film a été tourné en Californie), une petite ville minière sur les bords d'un lac austère mais assez majestueux reçoit la visite d'un étranger. mal accueilli par trois hommes au saloon, il est agressé par ces mêmes bandits alors qu'il se fait raser chez le barbier de la ville. Il les tue tous les trois, sort de la boutique, et se fait accoster par une femme. Après un échange vif avec elle, il l'emmène dans une grange... Elle parlera ensuite de viol, mais il semblerait que ce n'en soit pas un. Bref, l'étranger dérange, agace, et fait peur, dans une ville où bien des conversations rappellent, à l'occasion, un événement qui s'est passé quelques années auparavant, et dont l'évocation semble faire peur à tous: la mort d'un homme, fouetté à mort par trois bandits, trois malfrats qui s'apprêtent à sortir de prison, et revenir en ville pour y régler un vieux compte. La population se décide à engager le nouveau venu, certes désagréable dans son attitude, mais qui sait y faire avec une arme, et à lui confier la sécurité de la ville en cas de retour des trois hommes... Il accepte, mais va surtout, semble-t-il, profiter de la situation pour s'amuser aux dépens des villageois...

L'une des belles idées du film a déplu, semble-t-il, au distributeur Français: on ne saura jamais, en effet, le nom du "héros", cet ange exterminateur qui vient de nulle part et y retourne, ce qui est clairement suggéré par l'ouverture et le final du film. Une scène, située vers la fin, a donc été triturée en France de manière à incorporer une réplique supplémentaire qui indique, sinon le nom, en tout cas un indice qui me semble arbitrairement ajouté à l'intrigue. Bref, non content d'avoir été créé sur demande de Mussolini, non content d'être techniquement une infamie (Il n'existe pas de bon doublage, point final), le doublage dénature les oeuvres, la preuve est faite...

Mais revenons au film: à la peinture amoureuse du western proposée par l'Italien Leone, Eastwood ajoute une variation sur un thème de vengeance qu'on a souvent vu dans les films depuis les années 60: quelle que soit son identité et sa nature, cet étranger sait ce qu'il est arrivé au marshal Jim Duncan, fouetté à mort. sans que quoi que ce soit puisse le légitimer (L'étranger n'est jamais venu à Lago), il semble en porter le souvenir en lui, et ce souvenir se réveille lorsqu'il se tient à l'endroit où le crime a eu lieu, ce qui semble confirmer une connexion de type surnaturelle avec le défunt. L'homme, véritable outsider absolu (Hors la ville, hors la loi, et même hors le crime!) est une incarnation de la vengeance, sur une bande de médiocres...

Et c'est là sans doute que le film est réjouissant: car on découvre au fur et à mesure de ses idées farfelues, toutes plus provocatrices les unes que les autres, que ce que cherche à faire l'homme dans l'exécution de son contrat, c'est d'être aussi désagréable que possible en se servant copieusement et gratuitement dans les magasins, en nommant les édiles et les hommes de loi à sa guise (C'est un nain qui va devenir le shérif, selon le bon vouloir de l'homme qui a carte blanche!).. et en les laissant se débrouiller un peu avant de leur venir en aide quand le besoin s'en fait sentir! Cette stratégie fait bien sûr partie de la punition du village, qui va aussi se retrouver peint en rouge (Et renommé "Hell") pour accueillir les bandits de retour... Tout ça n'est pas très sérieux, bien sûr, mais on peut y voir sans doute une expression Anglaise prise au pied de la lettre, "paint the town red", ce qui veut le plus souvent dire "faire la fête"... Mais on s'en rend vite compte, c'est la fête d'un seul homme.

Mis en scène avec le même style que son film précédent, un mélange de simplicité directe, et d'une façon de prendre son temps à l'imitation de Leone, ce film rappelle à sa façon comment l'Ouest s'est parfois construit, à coup de fouet parfois, et de quelle façon une communauté peut parfois avancer en se retournant contre un membre et un seul, ce qui ne peut évidemment que déplaire au farouche partisan des libertés qu'est Eastwood depuis toujours. Bien sur, ce film est léger, il n'est pas un réquisitoire à la Wellman, mais ce dernier n'est pas pour rien un modèle revendiqué par Eastwood...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western