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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 09:31
Play Misty for Me (Clint Eastwood, 1971)

Ce n'est finalement que le premier film de Clint Eastwood, mais tout est déjà en place: une plongée dans un genre spécifique avec ses propres codes, une certaine façon de se mettre en scène en un personnage très proche de lui-même, une tendance grinçante au masochisme rigolard, une envie de se laisser influencer par le cinéma contemporain, une vision marquée du suspense qui reviendra sans cesse, et un goût pour le baroque sans équivoque... Un film noir, ou néo-noir comme on dit parfois, qui n'est certes pas exempt de défauts, mais ils font définitivement partie du paysage, et on appelle ça le style, tout bêtement...

Dave Garver (Clint Eastwood) est un DJ, un animateur de radio qui habite Carmel. IL a ses fans, mais ce n'est pas forcément une vedette: pour commencer, il anime la nuit sur KRML, une émission durant laquelle il passe du jazz soft, de la soul et du rhythm and blues léger, pour les amants, dit-il dans on accroche initiale. Il a ses fans pourtant, notamment une fille qui appelle souvent, toujours pour demander à Dave de passer Misty, de Erroll Garner dans son show. Dave, qui a une histoire compliquée avec sa petite amie Tobie (Donna Mills), reste un séducteur, et il rencontre une jeune femme, Evelyn (Jessica Walter) avec laquelle il passe la nuit. C'est sa fan numéro un, celle qui aime tant Misty. Et malgré tous es efforts pour lui faire comprendre que leur aventure n'était qu'une passade, Evelyn a décidé que Dave lui appartenait, et son tempérament excessif va vite se déchaîner...

Je me permets une digression: à propos de "fan numéro un", il y a des analogies intéressantes ici, avec le roman de Stephen King Misery, qui emprunte d'ailleurs cette expression "number one fan". celle-ci est désormais passée dans la culture populaire, mais c'est probablement du au film homonyme de Rob Reiner adapté de King. Et justement, celui-ci cite un plan spectaculaire de Play Misty for me, celui de Jessica Walter, le regard illuminé, tenant en plaine nuit un couteau dans la main, et vue en contre-plongée...

Dave Garver habite Carmel, vit seul, tout en ne se privant jamais de compagnie féminine, parle peu, et a des goûts très arrêtés sur le jazz, la musique, et éventuellement la façon dont les autorités s'occupent des malades qui passent au crime. C'est Clint Eastwood sur bien des points, bien sur, tout en n'étant pas lui... Le metteur en scène prend déjà l'habitude de se projeter dans ses films, juste ce qu'il faut, et le profil de Garver, l'homme qui vit reclus dans un bric-à-brac à Carmel, correspond assez bien à une caricature de Clint, tout comme le personnage de William Holden, bien qu'ayant quinze années de plus, dans Breezy. Clint Eastwood, que tant de mal-comprenants imaginent quasi fasciste en ces années Nixoniennes, est en fait un observateur mûr et adulte, clairvoyant, de cette époque libertaire, d'amour libre et d'ouverture culturelle qui débouche parfois sur le n'importe quoi. Le film se fait par moments l'écho ironique d'une époque, comme si Eastwood savait -il le sait sans doute- que cette phase post-hippie ne durera qu'un temps... Tobie, de son côté, plus jeune que Dave a l'air aussi naïve que le seront la plupart du temps les personnages de jeunes qui accompagneront les héros Eastwoodiens.

Play Misty for me est un film qui ressemble furieusement à une oeuvre de 1971, avec son style de narration pas pressée, ses pleins et ses déliés, et cette tendance à arrêter l'action pour un peu de contemplation: des images volées au festival de jazz de Monterey à l'été 1971 (Le film est sorti en novembre), avec rien moins que l'ensemble de Cannonball Adderley et de son frère Nat saisis en pleine action, et une séquence d'amour esthétique dans les bois qui dépasse un brin les limites du ridicule (Nudité composée, ralenti, et chanson de Roberta Flack)... Mais je suppose que ça fait partie des charmes particuliers du film, et ça sert aussi à montrer de quelle façon le personnage de Dave se vautre un peu dans une certaine confusion sur son âge. Après tout, ce film est aussi le portrait d'un homme qui est arrivé au bout de sa jeunesse, et qui paie le prix de sa supposée indépendance, et d'une longue période de papillonnage. Il affirme à Tobie vouloir se ranger à ses côtés, mais ça a un prix. Et comme souvent, Clint le metteur en scène semble s'amuser comme un fou à mettre Clint l'acteur dans les ennuis jusque au cou, une tendance qui ne va pas disparaître dans les films ultérieurs... Clint le libertarien laisse son personnage se mettre dans les ennuis, mais Eastwood le conservateur se tient à l'écart, en levant ostensiblement les yeux au ciel!

Et puis le film possède sa progression, la lente mais nécessaire exposition, le développement, la façon dont Evelyn (Jessica Walter est formidable en folle furieuse, bien sur) va d'une étape à l'autre révéler sa folie destructrice, et la façon dont Clint Eastwood va utiliser le suspense en lâchant tout, et en plongeant dans le baroque, comme son mentor Don Siegel dans le film très contemporain (Puisque sorti un mois et demi plus tard) Dirty Harry. Les deux films sont liés, et ce n'est sans doute pas un hasard si au hasard d'un plan dans ce dernier film, le personnage d'Harry Callahan se trouve dans une rue où il y a un cinéma, qui passe justement Play Misty for me... Les deux films, d'ailleurs, commencent et finissent avec exactement le même type de mouvement de caméra: dans l'ouverture, elle descend vers les côtes de la Californie du Nord (Les hauteurs de Carmel dans l'un, le port de San Francisco dans l'autre) et dans la fin, la caméra s'éloigne en prenant de la hauteur. Une façon de signer son propre film et le film de son copain, ou un clin d'oeil... Ou une vision morale aussi, dont les deux films sont empreints sans nul doute et qui ne quittera jamais le cinéma de Clint Eastwood. Vous voyez? Tout est déjà là...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 18:15
The bridges of Madison County (Clint Eastwood, 1995)

Ce n'est ni un film sur l'adultère, ni un film qui le condamne... Mais qu'est-ce que c'est alors? Un étrange exercice inattendu, mais si proche du coeur de son metteur en scène que je me demande comment il peut encore y avoir tant de fans du metteur en scène qui détestent ce film... Encore des nostalgique d'harry Callahan, sans doute! Car pour moi le film est l'un des plus Eastwoodiens qui soient. Il l'habite de toute sa stature, y a mis énormément de lui-même, jusqu'à y entamer une courte mais intense idylle avec sa co-star, rien que ça, et le film est constamment empreint d'une douce et amère vérité, d'un parfum d'amour maudit qui lui sied si bien... Cette histoire commence sous des auspices un peu rabâchés: une femme est décédée, ses enfants viennent pour mettre ses affaires en ordre, et trouvent un secret lourd et inattendu: lors d'une escapade du reste de la famille, Francesca (Meryl Streep) a eu une aventure, et ces quatre jours se sont avérés si intense, qu'elle ne s'en est jamais remise. Bien sur, elle a fait comme si de rien n'était, elle a gardé sa position de parfaite ménagère et sa complicité avec son mari Richard n'a pas eu à souffrir de ce qu'il n'a jamais su... Mais elle a aimé Robert Kincaid (Clint Eastwood), le beau photographe aux cheveux poivre et sel qui était simplement venu pour capturer la beauté simple des ponts couverts de l'Iowa, jusqu'à son dernier souffle, même si elle ne l'a jamais revu...

Dans un exercice de narration convenu mais efficace, Eastwood nous montre comment le fils et la fille de Francesca apprennent, intègrent, commentent et finissent par accepter l'histoire, puis comment elle va avoir des conséquences sur leurs propres relations. Mais ce qui nous importe, c'est le récit au plus près des corps, des mains, des visages, des doigts, des rides, 'est la façon dont deux acteurs, essentiellement, font le vide autour d'eux, et par leur habilité à jouer la comédie, nous invitent dans un dialogue amoureux destiné à mourir de sa belle mort, ais auquel ils croient 96 heures durant... Et nous aussi. Profondément romantique et basé sur le détail, la façon dont une main frôle un genou, dont l'espoir le plus absurde naît d'un geste, d'un regard ou d'une opportunité qui n'a rien de scabreux, le film n'a pas son pareil pour faire passer ce qui est techniquement, effectivement, un adultère, pour une simple histoire d'amour. Eastwood se met à genoux, et capte à merveille aussi bien une femme face à la cruauté du dilemme, qu'un homme face à la chance de sa vie. Dans un mélange fascinant de pudeur et de passion, sous la pluie, e drame le plus navrant se joue sous nos yeux.

Eastwood a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de séducteur venu de nulle part, et n'hésite pas à montrer sa faiblesse, son ingénuité même. Mais c'est à coup de références à sa propre vie de bohème et sa passion de la liberté absolue, avec le jazz et le blues, avec sa culture aussi que Kincaid conquiert Francesca... Eastwood n'avait pas envisagé de se confier le premier rôle du film, on ne peut que se réjouir, tant l'alchimie entre les deux est réussie...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 07:20

Ce qu'on retient essentiellement de la sortie de ce très beau film dans nos contrées, c'est l'habituel malentendu, la légendaire confusion entre Eastwood et Harry Callahan, en fait, qui rend a priori suspect de droitisme chaque film entrepris par le producteur-cinéaste-et-parfois-acteur Clint. Et comme le sujet évoque ici la guerre en Irak, celle d'après le 11 septembre, le film est d'avance jugé... Alors je ne vais pas attendre la fin de cette chronique pour le rappeler: American Sniper est un film Américain d'abord, qui ne juge ni ne glorifie le héros Américain qui nous est présenté, d'ailleurs dans un récit adapté de son autobiographie. Le film n'est pas plus une auto-glorification de l'Amérique en guerre que ne l'était Born in the USA de Bruce Springtseen, qui a si mal été interprété dans ce pays d'ailleurs, où on ne va généralement pas voir plus loin que la présence d'un acronyme ou d'un adjectif suspect dans un titre de chanson ou de film...

Chris Kyle, l'homme dont le film conte l'histoire, est un Texan, un homme rompu à l'usage quotidien des armes, élevé par son père dans la certitude que l'arme n'est pas autre chose qu'un moyen de protection; cet homme a pris état de la menace terroriste avant le 11 septembre 2001, et a pris la décision de s'engager, au-delà de ses trente ans, afin de donner un sens à sa vie. Qu'on se reconnaisse ou non dans ses choix politiques, qui sont totalement assumés mais contés avec tact par Eastwood, le personnage n'a rien d'un fanatique, et ce n'est bien sur pas, non plus, un intellectuel. Le 11 septembre va être pour Kyle un traumatisme qui va le cristalliser dans le sentiment d'avoir fait le bon choix, et il va devenir un sniper infaillible... Chris Kyle, d'abord sans le moindre doute, devient "The legend", un sniper aux 160 morts confirmées (Ce n'est pas lui qui compte), dont le baptême du feu est la mort d'un enfant, auquel sa mère a confié une grenade à tirer sur les soldats Américains. Après mille jours de combat dans la région de Fallujah, Kyle prend la décision sage, mais ô combien tardive, de rentrer au pays...

Bradley Cooper interprète le sniper légendaire, qui en rappelle un autre, d'ailleurs interprété à l'écran par un autre Cooper: le fameux Sergent York de Howard Hawks, dans lequel Gary Cooper nous montrait un redneck touché par la grâce, qui devenait en dépit de son objection de conscience le sniper le plus talentueux de l'armée Américaine au cours de la première guerre mondiale. Mais si York faisait effectivement un examen de conscience en bonne et due forme avant de partir au combat, pas un instant Kyle ne semble donner d'autre sens à son engagement que sa certitude inébranlable -au début du moins; c'est l'un des gros reproches faits au film, et il est absurde: le film conte la naissance d'un malaise, la lente montée du doute, et surtout questionne (C'est le sens de l'engagement de Bradley Cooper lui-même, qui a été essentiel dans la conception du film) la tendance répétée des pouvoirs Américains à oublier d'accompagner les vétérans de retour des conflits. En montrant sans fioritures, ni exagération, le quotidien d'un sniper en Irak, le film donne à voir une situation humaine faite de choix, tous cornéliens, qui rappellent la vie d'un autre héros d'Eastwood, le tueur au passé légendaire ("killer of women and children") du film Unforgiven. Mais devant ce film qui ne nous épargne rien, pas même les exactions parfois limites des soldats, laissés à eux-mêmes, et forcés de se défendre les uns les autres, on se demande comment tant de spectateurs Américains ont pu se tromper à ce point, et voir dans le film une incitation à partir. La guerre est ici représentée d'une façon hyper-réaliste, âpre, violente, et sans aucun confort... La menace est partout, mais elle est aussi intérieure: la folie guette chacun des soldats engagés, autant que la mort, et les "victimes" du sniper, hommes, femmes, enfants, ne sont jamais ici représentés au-delà de leur humanité. On a reproché à ce film qui raconte du point de vue de soldats Américains la guerre en Irak, de représenter le danger incarné par les Irakiens eux-mêmes: la critique se mord parfois la queue...

Une fois de plus, Eastwood nous conte avec force et humanité un parcours pas exemplaire, mais réel; comme J.Edgar Hoover, ou le tueur William Munny, Kyle est une émanation de l'Amérique, un homme qui incarne les passions, les erreurs et les certitudes d'un pays dont les valeurs sont de celles qui devraient mener le monde, qui sait parfaitement commencer une guerre (Qu'elle soit justifiée ou non, ce n'est pas ici le propos puisque cette question n'était pas posée en aucune façon par Kyle lui-même...), mais qui les plus grandes difficultés à la finir, et à gérer le retour des soldats au pays. Il nous montre comment le doute naît, parfois trop tard, et comment il devient difficile de vivre avec un tel passé. Chris Kyle, du moins celui qu'on nous montre ici, est un homme qui n'a pas su nommer son doute, qui ne l'a pas vu venir, et qui a finalement réussi à s'en sortir... Jusqu'à un certain point.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 17:54

Les "Jersey Boys" du titre, ce sont les quatre membres de Frankie Valli and the four Seasons, un groupe Américain vocal (De doo-wop) formé durant les années 50 et qui a percé aux Etats-Unis à partir de 1962. Leur musique était légère, mais d'une importance capitale pour la jeunesse des années Eisenhower. Les membres, tous Italo-Américains, étaient pour trois d'entre eux issus du même quartier du New Jersey, et avaient fricoté avec la pègre locale. Le film montre clairement une connection avec un parrain local, Gyp DeCarlo, interprété par Christopher Walken. Pourtant, le groupe une fois le succès lancé a semble-t-il eu une carrière à peu près saine, en dépit de mauvais choix d'un côté, et d'une tendance de l'un d'eux, le guitariste Tommy DeVito (Vincent Piazza), à la flambe: la séparation des Four seasons originaux est due à un gros souci d'argent qui a bien failli tourner au drame, mais qui sera résolu entre gangsters... On suit l'histoire en se concentrant sur Frankie Valli (John Lloyd Young), celui dont la voix de fausset fait tant pleurer DeCarlo, et elle est racontée essentiellement par les apartés, yeux dans la caméra, des personnages. Piazza-DeVito fournit l'essentiel de la narration, avec une étonnante accentuation à la DeNiro, et par moments, c'est le bassiste Nick Massi (Michael Lomenda) qui prend le relais. Le procédé est à rapprocher de la narration coup de poing des films de Scorsese, Goodfellas et Wolf of Wall Street en tête... Si l'accumulation de scènes de la vie quotidienne des musiciens, le ton et les tonnes de grossièretés échangées par les acteurs, ainsi qu'une apparition du jeune Joe Pesci parmi les protagonistes vont plus loin dans cette référence, il est clair que c'est surtout un aspect stylistique: il n'y a pas derrière la carrière des Four Seasons, de quoi faire un opéra comme l'aurait fait Scorsese!

D'ailleurs, si on ne connaissait pas mieux Eastwood, on en viendrait même parfois à se demander ce qui pourrait bien motiver un metteur en scène dans la confection d'un film sur un sujet aussi léger... et puis on se souvient que depuis tant d'années, Eastwood s'est lancé dans une thématique solide, liée à la question de l'héritage conscient: que laisse-t-on derrière soi à la fin de sa vie? Mais il a aussi, notamment avec des films comme Bird (1987), tendance à fouiller le passé, voire son passé. Ici, c'est d'une certaine manière son propre parcours qu'il explore, celui d'un homme qui évolue dans la sphère artistique, mais n'est ni Shakespeare, ni Mozart. ce qu'il fait, il le fait du mieux qu'il peut, et il a une voix originale, unique même, voire par moment un ou deux traits de génie... Il a des déconvenues, des erreurs d'aiguillage... Mais à la fin de l'histoire, il aura qu'on le veuille ou non la reconnaissance, et pas seul, puisque les Four Seasons seront honorés ensemble par leur introduction solennelle au Rock'n roll hall of fame..

Et c'est à ce moment, situé à la toute fin du film, qu'il se passe quelque chose sur l'écran, qui vient après tout justifier le film, et qui scelle une fois pour toutes le plaisir qu'on peut y prendre: les Four Seasons, devenus des quinquagénaires, sont honorés, et rechantent ensemble pour la première fois depuis 25 ans. Soudain, après qu'ils aient tous exprimé directement à la caméra, avec parfois un certain cynisme léger, parfois une petite pointe de nostalgie, et dans l'ensemble beaucoup de fatalisme tranquille, leurs conclusions personnelles, ils se retournent vers le public, et sont de nouveau jeunes. Quand on fait ce qu'on aime, ce pour quoi on est taillé, si on se laisse aller, on est toujours jeune, semble nous dire Eastwood. Lui dont le crépuscule semble ne pas devoir finir, lui qui depuis tant d'années se montre un poète noir de la vieillesse (Unforgiven), le barde des gens qui vont mourir (Honky Tonk man), le peintre des regrets de l'âge mur (The Bridges of Madison County) termine son nouveau film sur une chorégraphie illustrant avec talent quelques chansons-clés des Four Seasons, entremêlant passé et présent, personnages jeunes et vieux. On voit même Christopher Walken danser!

Aussi poussif, longuet soit-il, souffrant des défauts récurrents des films de celui qui ne fait qu'une prise, aussi insatisfaisante soit-elle, le film est donc attachant, au-delà de l'histoire de Frankie Valli, un artiste certes doué, mais dont l'art a tout pour se retrouver dans un musée à Las Vegas. Le ton est résolument à l'humour, à la décontraction, et comme Eastwood a confié les rôles des chanteurs à de vrais chanteurs, à la musique. Et ça, c'est un domaine que notre metteur en scène connait et respecte... Même si, et tant mieux pour lui, Frankie Valli n'est pas Charlie "Bird" Parker.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 17:20

C'est à peu près avec ce film que Clint Eastwood a enfin fini par être considéré comme un auteur. C'est assez paradoxal, d'autant que Pale rider, au regard de films comme Honky tonk man ou Bronco Billy, est quand même facilement considéré comme un Eastwood mineur... Mais il présente une facette formelle fascinante en même temps qu'une relecture double de quelques tendances westerniennes, en même temps qu'un éclairage sur l"idéologie Libertarienne telle que le metteur en scène la conçoit... C'est aussi un de ces beaux westerns situés en Californie du nord, qui utilise avec bonheur la belle nature montagneuse locale.

Californie, deuxième moitié du XIXe siècle; En pleine ruée vers l'or, un conflit d'intérêts oppose les hommes du magnat local Coy LaHood (Richard Dysart), qui envisage d'engloutir toute la région afin d'en exploiter les richesses, et un groupe de mineurs indépendants, que le riche industriel harcèle afin qu'ils lui cèdent les droits à leurs terrains. On s'intéresse en particulier à Hull Barret (Michael Moriarty), Sarah Wheeler (Carroe Snodgress) et Megan Wheeler (Sydney Penny), une étrange famille presque recomposée: Sarah est la mère de Megan, son mari a disparu, et Hull a juré de s'occuper des deux femmes, sans pour autant profiter de la situation; après un raid des hommes de LaHood qui ont une fois de plus tout saccagé, Megan prie: elle souhaite un miracle... c'est à ce moment qu'un étranger, manifestement un révérend, vient s'installer à LaHood, et va intervenir pour aider les mineurs indépendants.

 

Aussi frontal qu'un western de Eastwood peut l'être, Pale rider puise à deux sources dont le rapprochement est inattendu, mais reste logique quand on connait un peu le metteur en scène: inspiré de Shane, de George Stevens, le film semble aussi largement s'abreuver chez Leone, notamment à travers les personnages de shériff et d'adjoints vêtus de ces longs manteaux qui sont censés protéger les vêtements des cavaliers de la poussière; ils viennent en droite ligne de Once upon a time in the west... A la fascination exercée par Shane sur un petit garçon, Eastwood ici oppose l'amour ressenti non seulement par Sarah, mais aussi par la jeune Megan, à l'égard de ce mystérieux cavalier venu de nulle part comme pour répondre à sa prière.

 

Eastwood donne de la place dans son film, comme il l'a d'ailleurs souvent fait, à la vision des hommes au travail, dans leur organisation, un thème riche qui renvoie au cinéma de Hawks. Dans ces compositions ou les personnages sont campés devat des magnifiques vues de montagnes, on sent le souvenir des grands westersn intérieurs de Mann... Mais le film n'est pas que référentiel: par ailleurs, Eastwood a depuis longtemps révélé sa profonde adhésion au libertarianisme, cette philosophie politique qui va d'un certain anarchisme à l'Américaine, jusqu'aux ultralibéraux les plus acharnés: le principe fondamental des libertariens, c'est de considérer que chacun doit avoir le droit d'entreprendre, ce qui légitime aussi bien le courage des mineurs indépendants, que la volonté d'hégémonie de Coy LaHood; mais chez l'humaniste Eastwood, la liberté absolue n'est circonscrite que par la nécessité de respecter les autres. on notera que dans ce film, comme chez Capra ou d'autres réalisateurs populistes des années 30 (McCarey, La Cava), LaHood tente d'utiliser aussi bien la justice que la loi (Un shériff qui a des méthodes expéditives) afin de l'aider dans ses démarches fascisantes. Un  propos qui là encore renvoie au cinéma des années 30, chez les réalisateurs qui se méfiaient d'un gouvernement Rooseveltien qui intervenait trop dans tous les domaines. LaHood, qui a donné son nom à la ville locale, entend contrôler tous les magasins, toute l'industrie, toutes les consciences...

 

La dimension fantastique du film est une réalité dans la continuité de son déroulement, sans jamais être explicitée; eastwood aime laisser les portes ouvertes, et s'il maintient par le biais d'un fondu enchaîné un certain doute sur le lien entre la fameuse prière et l'arrivée de l'inconnu interprété par Eastwood, jamais celui-ci n'apportera d'explication quand à son identité, son arrivée, ses motivations... ange exterminateur, il s'oppose à sept cavaliers que leur uniformité rend clairement diaboliques, et le shériff Stockburn périra criblé de balles, dont la disposition rappelle les plaies dans le dos du héros, justement: on sent, on sait que c'est sans doute Stockburn qui a causé ces belessures, laissant sans doute le "prêcheur" pour mort dans un lointain passé, mais comme dans High plains drifter, on n'en saura pas plus... Comme chez Leone, les pièces disparates d'un puzzle lié au passé, suffisent à donner au personnage une motivation, voire ici une certaine morale...

 

Beau film un peu vide, ou exercice de style, le troisième et avant-dernier western d'Eastwood est un film distrayant, dont l'éclairage qu'il offre sur la civilisation sur la frontière lors de la fameuse ruée vers l'or permet d'éclairer une certaine idéologie replacée dans un contexte urgent: bien sur, on comprend mieux une idéologie de l'auto-défense des intérêts privés dans un domaine ou les petites gens sont confrontés à un personnage comme LaHood. Eastwood, généreux comme d'habitude, n'en fait pas un fromage, il en fait un film, dans lequel on retrouve avec plaisir les accents locaux des protagonistes, reproduits avec une certaine verve, et on est bien dedans, le temps que ça dure...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:09

Le dernier western de Clint Eastwood est probablement l'un des plus aboutis de ses films sur le bilan d'une vie, la vieillesse, et le décalage entre un monde en perpétuelle évolution, et un être coincé dans une bulle faite de nostalgie, de souvenirs et de rancoeur. Il y aura, bien sur, d'autres oeuvres importantes dans ces domaines, à commencer par le faussement futile Space Cowboys, ou bien sur de façon évidente Invictus (Sur le bilan des combats d'un homme), Million Dollar Baby ou surtout l'admirable Gran Torino, à lui seul une autre somme des thèmes de prédilection de Clint Eastwood...

William Munny est un tueur, un bandit sans foi ni loi racheté par l'amour, qui a construit sept années durant une petite vie tranquille avec son épouse Claudia, leur petite ferme sur la frontière, leurs cochons, leurs enfants... Et qui expie ses crimes passés dans un veuvage qui le rend particulièrement amer. Un jour, un jeune inconnu lui propose une affaire en or, deux cowboys à tuer pour le compte de prostituées: l'une d'entre elles a subi un traitement injuste, et ensemble elles ont mis la tête des deux responsables à prix. Après hésitation, il se rend à Big Whiskey, Wyoming, en compagnie de Ned (Morgan Freeman), son complice de toujours, et de Schofield Kid, le jeune outlaw qui lui a proposé le contrat, et va affronter la-bas Little Bill (Gene Hackman), un shériff qui ne souhaite pas voir sa ville envahie par la racaille.

Que laisse un homme au soir de sa vie? C'est une préoccupation de Munny, dont les enfants regardent sans vraiment comprendre leur vieux père tenter désespérément de monter sur un cheval qui ne souhaite pas qu'on l'utilise, pour retourner vers des pêchés qu'il n'a jamais su leur avouer. Mais Munny n'a plus le coeur à vivre de cette manière austère qui se justifiait tant du vivant de son épouse, et rame pour joindre les deux bouts, ce qui le pousse à accepter le contrat. Mais une fois sur place, la vieillesse est définitivement là, et c'est une épave qui arrive à Big Whiskey. De son coté, le Kid, le jeune fanfaron qui propose le contrat à Ned et Munny, n'est pas vraiment en mesure de faire grand chose: sa vue est très faible, et malgré toutes ses vantardises, il n'a jamais tué un homme auparavant, ce qui ouvre la porte à tout une réflexion sur l'image des manieurs de gâchettes du film: English Bob (Richard Harris), un personnage secondaire, débarque à Big Whiskey en compagnie de son biographe attitré, auréolé de ses exploits mi-criminels, mi-chevaleresques... Mais little Bill démontre qu'il ne s'agit que d'un hors-la-loi vantard, ivrogne et incapable, avant de s'approprier le biographe, et de tomber absolument dans les mêmes travers... on constate en revanche que Munny comme Ned ne se vantent jamais: ils agissent, quelquefois avec une réelle amertume.

 A la tentative de se racheter face à l'humanité, ou Dieu, ou la mémoire de son épouse, ou lui-même, de Munny, Eastwood oppose Little Bill, un personnage fascinant, d'ailleurs confié à l'ambiguité de Gene Hackman: Bill est bien le shériff de Big Whiskey, un homme amené à trancher dans le cadre de la loi: il ne va par exemple pas laisser le délit des deux cowboys au début impuni, mais va le considérer sous l'angle du droit, proposant un dédommagement des prostituées plutôt qu'une punition. Son approche de la loi est pragmatique, mais peine à masquer un amour sadique de la violence et d'un certain autoritarisme. Et puis, comme Munny, il construit un nid, une maison à laquelle on le voit souvent travailler, mais dont il délaissera souvent les travaux pour se consacrer à sa propre légende... Eastwood dans son film joue de la différence entre Billy et le Kid d'un coté, deux hommes entreprenants, qui tentent d'attraper chacun à leur façon le train du progrès (Kid en saisissant au vol la perspective d'un contrat, Bill en faisant respecter l'ordre et en contribuant à bâtir une ville), et Munny et Ned de l'autre, rangés mais hantés par leur passé, comme des fantômes d'une frontière qu'on croyait définitivement disparue. sa réflexion sur le temps qui passe et les hommes qu'elle laisse de côté renvoie d'une certaine manière à tous les losers magnifiques de son oeuvre, qu'ils soient Red Stovall (Honky Tonk Man), (The outlaw) Josey Wales, ou bien sur Charlie Parker (Bird)... Comme Munny, ils sont passés, ont laissé quelque chose, bon ou mauvais, et comme lui ils ont aspiré à une tranquillité qu'ils n'ont jamais atteinte. Le style crépusculaire d'Eastwood est ici à son apogée, dans un film à l'obscurité envoûtante...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western
14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 18:57

Après un The hereafter plus que décevant, qui s'intéressait de trop près à des fadaises surnaturelles indignes de Clint Eastwood, et qui avait le défaut de se situer un peu trop dans des pays dont Eastwood ne connait manifestement pas grand chose, il revient à des préoccupations qui renvoient à toute une thématique, tout un ensemble de films, de Honky Tonk man à Unforgiven en passant par Bird: quel legs un homme laisse-t-il après son passage? Avec le grand manipulateur de génie qu'était Hoover, spécialiste des fiches documentées sur n'importe qui et n'importe quoi, on touche à une parabole sur le vrai pouvoir aux etats-unis au 20e siècle, non sans humour...

 

Ce film n'est pas un biopic de J. Edgar Hoover, grand manitou du FBI durant quarante ans, mais une variation rendue possible par les recoupements d'information auxquels on a pu se livrer. Et de fait un certain nombre d'anecdotes présentes dans le film y sont plus tard formellement démenties... C'est, sinon un Eastwood majeur, en tout cas un film formellement excitant, dont la structure en 'stream of consciousness' renvoie directement à Bird. Mais le personnage, joué par un DiCaprio comme toujours habité par le rôle, nous promène au gré de ses fantaisies, et on se rend vite compte que l'homme, spécialiste du renseignement et d'une certaine fome d'espionnage, avait sur la vérité une maitrise parfois fluctuante...

 

Le film est l'un des plus sombres des films d'Eastwood de ces dernières années, et son rythme lent commande un effort que les habitués fourniront sans aucun problème... Ses réels défauts tiennent à deux points: si on ne peut qu'applaudir la prestation de tous les acteurs, on regrettera des maquillages rendus peu convaincants par des ressources prosthétiques un peu limites, et une absence de clarté qui confine parfois à la sécheresse pour qui n'est pas toujours au fait de la petite histoire du FBI... Mais on ne demande qu'à s'instruire, justement.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:15

Eastwood n'est pas à l'origine de ce film, comme du reste pour la plupart de ses films... Greffé tôt sur le projet qui était cher à son copain Morgan Freeman, il en a fait un film fédérateur (Voir le succès non négligeable du film), optimiste (Le connaissant, on est particulièrement étonné) et totalement en phase avec une thématique personnelle qui inclut aussi bien des films qui s'intéressent à la vieillesse d'un personnage (Heartbreak Ridge, Unforgiven, True crime, Space Cowboys, Gran Torino) que ceux qui montrent le bilan du passage de quelqu'un sur terre, qu'il soit père ou artiste, et l'oeuvre ou l'image laissée (Honky Tonk Man, The rookie, Bird, Absolute power, Space Cowboys, Million Dollar baby...). Invictus est, une fois de plus, l'histoire d'un passage de témoin, grande figure Eastwoodienne donc, mais pour la première fois, ce passage de relais s'effectue à l'échelle d'un pays, avec la grande histoire...

http://s.excessif.com/mmdia/i/12/9/invictus-de-clint-eastwood-4140129gdlrb_1731.jpg?v=1

Le sport reste une activité devant laquelle je n'ai que des réticences, et je dios souvent que tout film incorporant une dose de massive de sport est par définition à éviter. Ma subjectivité est donc ici mise à rude épreuve, devant de nombreuses scènes liées au rugby, un divertissement qui m'apparait personnellement comme tout simplement bestial et sans le moindre intérêt, quel qu'il soit. Et pourtant... Nelson Mandela s'intéressant au rugby afin d'unifier un pays qui en a cruellement besoin, et se prenant au jeu comme un vieux gamin, c'est l'une des images les plus tendres, comiques et solaires de tout le cinéma de ce vieux grognon de Clint Eastwood. du coup, le rugby, sport de gros phacochères testostéronés, se pare de vertus inattendues, et incarne le renouveau, la naissance réelle du nouvel esprit national voulu ar le chef d'état: la "rainbow nation". On peut hausser les épaules devant tant de bons sentiments, mais ça marche, et le public du film participe...

 

Peut-être pourra-t-on s'interroger devant la facilité avec laquelle sont conquis par Mandela ceux qui ont été élevé dans la croyance que tout homme politique noir est forcément un teroriste, tout comme la conversion au rugby du vieux dignitaire est semble-t-il faite en un tournemain. Mais on ne peut qu'applaudir devant la façon dont Eastwood a saisi le pouls du pays en 1995, d'une façon que n'aurait pas reniée Capra. Et lorsque en maitre absolu de ce qui se passe sur l'image, il nous assène une incroyable distorsion du temps pour faire profiter au maximum le spectateur du suspense vécu devant un match dont l'issue nous est connue, on tire son chapeau, ou sa casquette à Eastwood: à la fin de la deuxième heure, à propos, un homme d'age mur, au milieu de la foule, aux couleurs des Springboks, semble impassible, mais il avait pourtant de quoi pavoiser: cette apparition signature du metteur en scène n'est pas un signe Hitchcockien, c'est une sorte de satisfecit discret, mais qui en dit long.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:39

Avec le dernier film de sa première trilogie Westernienne, Leone avait les coudées franches: les deux premiers rencontraient un franc succès partout où ils étaient montrés, et il avait donc un budget en conséquence, ce qui se voit d'ailleurs. Et il avait, d'une certaine manière tous les droits. Toutefois, si la version Italienne initiale (Si tant est qu'on l'ait conservée, ce qui n'est pas sûr) était à l'origine très longue (177 minutes), la version Américaine était moins ample, moins bardée de digressions, et c'est celle qui a fait autorité. Une restauration a eu lieu, tentant de conformer la version US à l'Italienne, mais la plupart des scènes insérées se trouvent aujourd'hui au coeur du film, dans la première partie qui, ma foi, semble la plus lente, et la plus propice au décrochage... Je ne sais pas dans quelle mesure cette nouvelle version est légitime, et "telle que Sergio l'aurait voulue", comme disent avec une larme les commentateurs impliqués dans tous les bonus DVD du film restauré...

En attendant, le film commence avec désormais ce qui est la franche acceptation de la stature mythique de ses films par le metteur en scène: en 25 minutes, il nous montre les personnages, leur motivation ou leur façon de faire, leur interaction aussi, en se passant aussi souvent que possible de la parole (la première phrase prononcée vient à la onzième minute...). Comme avec les films précédents, il nous donne à voir, se situe souvent au niveau du spectacle (Le capitaine nordiste qui réclame de ne mourir que lorsqu'il aura vu le pont sauter, par exemple), et Leone achève son film sur une figure circulaire qui vient en droite ligne du film précédent, avec reprise de la musique héroïque... L'ensemble du film est situé dans un énigmatique Sud Ouest en proie à une guerre de Sécession bien problématique pour qui a étudié l'histoire (Bien qu'il y ait eu semble-t-il une bataille située en plein coeur du Texas), avec trois anti-héros à contre-courant: le "bon", dernier présenté, c'est Clint Eastwood, surnommé Blondie. Le film, ultime clin d'oeil aux deux succès précédents, nous montre avec discrétion une sorte de naissance du mythe, avec l'arrivée entre les mains du personnages de deux accessoires qui ont fait sa singularité (Il ne les porte en effet pas dans la première partie): un gilet en peau de mouton, et le fameux poncho aux couleurs improbables que Clint ne porte qu'à la toute fin, après l'avoir pris à un homme mort auprès de lui. En dépit de son appellation, il n'est pas bien meilleur que les deux autres, mais le capital de sympathie du public lui est acquis. La brute (the bad en Anglais), c'est un Lee van Cleef ("Angel Eyes") plus noir et ambigu que dans le film précédent et en particulier profondément sadique. Enfin le "truand", c'est le véritable héros du film, le truculent Eli Wallach (Tuco) qui assure souvent le spectacle à lui tout seul, et qui se trouve comme un poisson dans l'eau dans le mélange détonnant entre mythe et vulgarité qui court du début à la fin de film.

Si le film est long, il ne manque pas de moments fascinants, notamment ceux autour de la bataille idiote (Et spectaculaire, à la David Lean si on se contente d'observer les moyens mis en oeuvre) à laquelle assistent Tuco et Blondie, qui s'installent bien confortablement avant d'en prendre plein les yeux, ou encore le début étiré et énigmatique auquel Leone nous fait assister presque en contrebande, en plaçant sa caméra derrière un champ d'obstacles, et nous donne l'impression d'assister à une scène volée, interdite... Il présente ses trois héros en pleine action par des arrêts sur image, et multiplie les contrastes optiques, en jouant de l'impressionnante profondeur de champ du Techniscope. Bref, il affûte ses armes, sans doute pensait-il déjà à la suite, le merveilleux film qui allait suivre? Peut-être, mais ce voyage en absurdie au terme duquel un héros est né a été assez loin dans le baroque et, grâce à Tuco, dans l'humour irrésistible: "If you want to shoot, shoot! Don't talk!"

 

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western Clint Eastwood
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 16:48

Au moment de s'attaquer au dernier film de Clint Eastwood, il y a une foule de préjugés et d'appréhensions qui se mettent en route. L'an dernier, j'ai terminé en mars un cycle commencé en juin 2009, de tous ses films, vus dans l'ordre, et donc j'attends toute nouvelle de sa part avec une réelle impatience. Qui plus est, il a pris sa retraite en tant qu'acteur, et parmi ses films, ceux qu'il a signé en tant que metteur en scène sans apparaitre devant la caméra m'ont toujours été chers, surtout Bird, Breezy, The changeling, Midnight in the garden of good and evil et Mystic river... Enfin, cet "Hereafter" marque une double première fois pour Eastwood: premier film sur un sujet fantastique, premier film partiellement en Français. Mais d'autre part, les nouvelles du front n'étaient pas bonnes: à part Positif, peu suspect de toute façon d'animosité à l'égard du gentleman de Malpaso, toutes les critiques vues, lues, entendues (on ne va pas parler de la critique télévisuelle, il n'y en a pas) vont dans le même sens: bof!

Le film commence donc en Français, avec la vision paradisiaque d'une plage. Deux Français se réveillent, Marie Lelay (Journaliste et présentatrice à succès, interprétée par Cécile De France) et son patron, son amant aussi, ont pris du bon temps en Thaïlande, le jour d'un tsunami. Et justement, Marie se rend au marché au moment précis ou la vague s'abat sur le village, et il s'en faut de peu qu'elle y reste; mais, revenue à la vie grâce à deux hommes, elle en garde un souvenir, celui d'une impression d'avoir visité l'au-delà. On passe ensuite à San Francisco, où l'on fait la connaissance de George (Matt Damon), un médium qui a tourné la page, et que son frère cherche à remettre dans le circuit; avec réticences, George accepte de "lire" un client pour lui, mais souhaite que ce soit la dernière fois... Il souffre de sa condition surnaturelle, et veut qu'on l'oublie. Enfin, à Londres, on fait la connaissance de Marcus et Jason, deux jumeaux préoccupés par leur mère, "single parent" héroïnomane et alcoolique, qu'ils voudraient aider à se sortir de sa situtaion, d'autant que les services sociaux menacent. Hélas, en allant chercher des médicaments pour une ordonnance, Jason harcelé par des jeunes voyous est fauché par un camion. Marcus ne s'en remet pas...

Le passage sur cette terre, thème éminemment Eastwoodien, à condition qu'il parle de ce qu'on laisse à nos enfants et à nos élèves, est ici vu d'un nouveau point de vue: d'une part, certains personnages (George, reconverti en ouvrier, et qui tente de se lancer dans des cours de cuisine, peut-être pour favoriser les rencontres, Marie qui remet son métier en question, ainsi que ses activités de journaliste politique afin de parler de son expérience) se posent des questions sur le rôle à assumer désormais, sur ce qu'ils doivent faire et dire afin d'être utile. Le plus intéressant à ce niveau est George, qui à bien des égards est en pleine errance, et se cherche. Mais le thème est aussi évoqué dans ce film à l'inverse des habitudes de Clint Eastwood, au lieu de parler de celui qui cherche à faire passer quelques chose (Invictus, Gran Torino, Honky Tonk Man, ...), c'est tout à coup le point de vue de ceux qui cherchent à entrer en contact avec ceux qui sont partis. A part dans The changeling, on n'a jamais vu cette vision des choses chez Eastwood, et peut-être le désespoir et la hantise du passé qui envahissent Mystic River y sont-ils assimilables. Mais le cinéma de Clint Eastwood, en revanche, fourmille de redresseurs de torts plus ou moins symboliques, de gens qui remmettent le cosmos en place, du "pale rider" à William Munny (Unforgiven). George a-t-il sa place dans cette vision? Peut-être, et Marie Lelay, qui est un succès de librairie une fois qu'elle a fini son livre sur son expérience paranormale, aussi. Mais le film reste vague, il n'est une fois de plus pas là pour nous donner des leçons...

La ou le bât blesse, ce n'est pas dans l'intrusion du fantastique, amené avec dignité et respect pour le spectateur; ce n'est pas non plus dans l'incursion dans le spectaculaire, un tsunami, un métro qui explose, un enfant qui se fait percuter, trois évènements décrits crûment, mais sans aucune complaisance, ni suspense préalable. Pour moi le problème n'est pas dans les histoires elle-même, encore que l'histoire Française soit légère et rendue irritante par des acteurs qui récitent leur texte (2 prises, on est chez Eastwood, et celui-ci n'entend peut-être pas suffisamment notre langue pour s'apercevoir que Cécile de France et ses copains jouent comme des pieds. Désolé, mais c'est vrai.). Non, le principal problème de ce film choral est de faire comme les autres films du genre: construire plusieurs histoires, les entremêler pour en rirer tous les bénéfices quand on mélange tout, et les scènes ou les trois histoires se mélangent à la faveur d'un salon Londonien du livre sont d'une grande platitude, et personne n'a rien fait pour les améliorer: George est à Londres pour fuir San Francisco, et visiter la ville de Dickens dont il est un grand fan. Venu entendre Derek Jacobi lire du Dickens, il entend vaguement Marie parler, et de son coté le petit Jason qui passait pas là, a vu George qu'il connait pour avoir vu sa tête sur son site internet... On a envie de rigoler. Le film a tendance à se casser la figure, et bien sur si on était de mauvaise foi, on dirait que c'est la faute au scénariste, mais chacun sait qu'un scénario, ça se change... 

On retrouve Eastwood dans l'ironie à l'égard des religions d'un coté et du charlatanisme de l'autre, et il est toujours bon par les temps qui courent d'avoir face à soi un film qui dise du mal des religions, toutes les religions, au moins, on n'aura pas perdu son temps. On apprécie les échanges entre Jason et George, d'ailleurs traités par Eastwood dans le même style que toutes les scènes avec George: dans la pénombre. Matt Damon est splendide, comme d'habitude, et sa rencontre avec Bryce Dallas Howard, lors de scènes de relâchement qui nous feraient presque croire à une comédie sentimentale, fait qu'on reviendra tout de même au film un jour ou l'autre. Mais le film a un pedigree mal fichu: est-ce que parce que Malpaso n'est pas impliqué? C'est un film Amblin (La maison de Steven Spielberg) et Warner, et on ne peut que penser que si ce film a été un projet de Spielberg, il lui aurait mieux convenu... Jusque dans la multiplication des lieux de tournage. On râle un peu, mais on ira de toute façon voir le prochain...

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Published by François massarelli - dans Clint Eastwood