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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 10:40

Dans la galaxie Lautner, il y a un ton, global, et une envie souvent irrépressible de rigoler, qui est le plus souvent partagée par les spectateurs. Mais il y a aussi LES univers des scénaristes qui jouent. Ce film sorti en janvier 1973 est le premier exemple de la collaboration entre Lautner et Jean-Marie Poiré, nettement plus jeune que lui, et qui lui avait été recommandé par Audiard. Il y aura trois films en tout qui témoignent de cette collaboration entre le metteur en scène et son jeune scénariste, les deux autres étant Pas de problème et Est-ce bien raisonnable, ce dernier ayant la particularité d'être basé sur une collaboration entre Poiré et Audiard. Ces trois films partagent des traits communs...

D'une part, il faut bien reconnaître qu'ils sont quand même bien franchouillards, non? Ces vieux "ploucs" (le terme est prononcé à plusieurs reprises dans le film) qui se plaignent de ne pas avoir de tourisme dans leur village, et qui doivent soudain faire face à une invasion de hippies (Qui, forcément, se droguent, ne comprennent pas grand chose, ont recueilli un déserteur du Vietnam, se baladent à poil, et pratiquent allègrement l'amour libre en se gavant de riz complet. C'est un minimum) d'une part, et une invasion de gangsters dont André Pousse flanqué de deux dames au pedigree incertain mais résolument citadin... On n'est pas dans Shakespeare, on l'aura compris. Donc, entre Jean Lefebvre, Michel Galabru et Henri Guybet d'un côté, et les habituels André Pousse, Dalban ou les omniprésents Henri Cogan et Jean Luisi, à la fois seconds rôles et cascadeurs qui doivent être à peu près dans tous les films de Lautner, ça sent un peu la facilité...

D'autre part, ça vire vite au loufoque, une fois qu'on a admis les défauts (Le dialogue de Charles, hippie Américain, est incompréhensible ou irritant quand il dit avec difficultés de sa voix de basse 'Je vais mettre mon poing dans votre gueule', et le culte de la première prise, parfois, qui mériterait d'être déboulonné), et le décor est tout sauf désagréable... Loubressac, dans le lot, sur la Dordogne. On peut faire pire.

Enfin, Lautner reste lui-même jusque au bout et forcément ça devient baroque: une poursuite en voiture durant laquelle une DS est entièrement désossée pendant qu'elle roule, même si on voit les coutures, ça mérite d'être regardé; une scène durant laquelle Galabru doit livrer son corps à deux dames qui ne se privent pas de le déshabiller, et enfin une scène de morts violentes dans une grotte, avec les stalactites qui font de la musique au rythme des sulfateuses, ça nous rappelle qu'on est quand même en territoire connu.

C'est rassurant.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 09:24

Avec ce septième long métrage, Pierre Salvadori reprend la formule du triangle, dont il avait offert une intéressante variation avec le splendide Après vous. Et il reprend de ce dernier film la notion, si cruciale dans la comédie Américaine, d'embarras... Mais cette fois, ce n'est pas le personnage principal qui est l'objet de cet embarras, et il en résulte un effet intéressant de... cruauté.

Emilie a un admirateur secret, dont elle reçoit un jour une lettre brûlante d'amour. elle choisit tout simplement d'ignorer celle-ci, et de ne pas chercher à connaître son admirateur... Ce qu'elle ne sait pas (mais nous, nous le savons), c'est que l'homme qui travaille à la maintenance (Technique, électrique, logistique) de son salon de coiffure, Jean est précisément ce correspondant anonyme. Et lorsqu'elle demande à cet homme qu'elle côtoie tous les jours de se dévouer pour faire semblant d'être l'admirateur secret de sa mère, dépressive et en quête d'amour, les limites du tranquille ne tardent pas à être franchies.

Souvent drôle, mais parfois grave, une comédie subtile de plus, d'un admirateur de Lubitsch, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, et l'excellent Sami Bouajila en victime expiatoire des égarements de la femme qu'il aime... En Anglais, le film est connu sous un joli titre: Beautiful lies... Les menteurs, il y en a beaucoup dans le cinéma de Pierre Salvadori... Il y en aura peut-être d'autres. Quelques années après le triomphe The artist, de Michel Hazanavicius, il convient de rappeler que les Anglo-Saxons plébiscitent de nouveau la comédie Française de qualité, et c'est justement vers ce film que s'est portée leur attention: il a eu semble-t-il plus de succès à l'étranger que chez nous.

La situation, donc, part d'un quiproquo: la lettre qui a été une source d'agacement pour Emilie, devient avec quelques changements une lettre qui réveillera complètement sa mère Maddy. Puis on se dirige vers l'embarras: Jean, qui ne peut avouer être l'auteur de la lettre, doit désormais en endosser la responsabilité vis-à-vis de Maddy, et Emilie qui inspirait son amour, devient son tourment, d'où la cruauté. Mais à côté, on appréciera aussi la petite vie parfois burlesque dans le salon, sa coiffeuse-esthéticienne Paulette (Judith Chemla), complètement timorée et qui ne comprend rien à rien, les conflits diplomatiques avec la co-propriétaire Sylvia, et les dialogues toujours justes, et souvent drôles, notamment quand Audrey Tautou, se trouvant face à un électricien sur-diplômé, se prend à réaliser que la correction grammaticale lui met de sérieuses barrières dans sa communication au quotidien. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 00:10

Un cinéaste doué et inventif met son imagination débordante au service d'une histoire touchante et drôle, celle d'une personne inventive et farfelue, mais qui a besoin d'un petit coup de pouce dans la vie... Jeunet touché par la grâce, ce n'est pas la dernière fois, ce n'est pas la première fois... Mais on y revient avec joie.

Et pour commencer, à replacer ce film dans le contexte des longs métrages de Jeunet, il y a de quoi être surpris: les trois premiers films du metteur en scène sont systématiquement placés dans un contexte proche de la science-fiction, même si les deux premiers restent sérieusement mélangés à des bribes de réalisme poétique (Je sais pour l'avoir vu dans un documentaire, jeunet a une affiche originale de Quai des brumes dans son bureau, ce n'est donc pas un hasard...), mais à un dosage différent. Et tout à coup, le metteur en scène a ressenti le besoin de resserrer les boulons, et de se reconstituer un univers plus personnel. Plus personnel en tout cas que le cauchemar logistique d'être aux commandes d'un film dont tout lui échappe (Alien Resurrection, 1997). D'où le retour à Paris, et aussi le retour de la "famille" Jeunet: désormais, le metteur en scène partagera sa plume avec Guillaume Laurant, et il fait appel à des gens qui ne sont pas des petits nouveaux. Acteurs, bien sûr: nombre d'entre eux sont déjà passés par là. Mais aussi Amélie Poulain consacre le retour de Bruno Delbonnel, le chef-opérateur des courts métrages...

Amélie, tout le monde la connait. ...Mais à l'en croire, personne ne s'intéresse à elle... Elle est serveuse au café des Deux moulins, à Montmartre. Et un jour, un hasard la met sur le chemin d'une vieille boîte oubliée par un gamin des années 50, dans l'appartement qu'elle occupe désormais. Elle trouve le moyen de la faire revenir à son propriétaire, et elle l'observe de loin. Sa réaction, une grande émotion, pousse la jeune femme à tenter de récidiver, et à améliorer un tant soit peu le quotidien de ses voisins, de son père, et d'autres quidams... Mais elle en vient très vite à la conclusion qu'il faudrait qu'elle s'aide un eu elle-même, d'autant qu'elle a presque rencontré un garçon dont tout porte à croire qu'il est fait pour elle et réciproquement. Tout est pour le mieux, alors? Non, car Amélie Poulain a un gros problème: se confronter à a réalité des choses lui est quasi impossible...

Cet univers est plus réaliste que celui de Delicatessen, c'est une version à peine revue et corrigée du monde contemporain, mais vu à travers une nappe à carreaux, une boîte à gâteaux légèrement poussiéreuse, ou une émission de télévision d'autrefois. Le décalage léger sied bien à Jeunet qui peut ainsi laisser ses acteurs véhiculer eux-même la poésie par leurs actions, leurs dialogues voire leurs principes. Des acteurs reviennent une fois de plus, dont Rufus en père soucieux, Ticky Holgado qui fait une savoureuse apparition, ou bien sûr Dominique Pinon en amoureux ombrageux. La encore, les micro-univers de tous ces gens se croisent, au fur et à mesure de la progression des manigances d'amélie-Audrey Tautou. Le fin fond du film reste bien sur marqué par sa jolie histoire d'amour avec Nino (Mathieu Kassovitz), dont la serveuse Gina dit qu'il ne peut qu'être bon, puisqu'il connait ses proverbes... Tout le film est une fois de plus un kaléidoscope sur le droit de chacun au plaisir, fut-il d'orgueil (L'écrivain Hipolito, interprété par Artus de Penguern, jamais publié qui découvre au hasard d'une rue de Montmartre une citation signée de son nom sur un mur), d'amour (le fait d'indiquer avec un doigt naïf les endroits on l'on souhaite être embrassé), de collectionner les objets les plus hétéroclites (Cette tendance de Nino renvoie à un personnage de Foutaises, le "cousin de Gueugnon". Gueugnon est d'ailleurs cité dans le film, et c'est une tendre private joke pour Jeunet...). Et puis bien sur, il y a pour Jean-Pierre Jeunet resté trop longtemps en studio avant son quatrième long métrage, le plaisir de filmer Paris, les balades dans St germain des Prés, ou de s'asseoir sur les toits pour compter les orgasmes simultanés de quinze personnes...

Alors bien sûr, on est parfois tombé à bras raccourcis sur ce film, suspect parce qu'il a été un phénomène populaire, et qu'il a eu un énorme succès. Jeunet revendique d'ailleurs son cinéma comme étant ludique, par opposition à une frange intellectuelle de la critique française. Soit. Mais vouloir croire qu'on puisse limiter ce film au plaisir qu'on a à la voir, fut-il immense, c'est tout de même un peu court. D'une part parce que si Delicatessen était une sorte de définition de la direction dans laquelle Jeunet (Avec Caro) souhaitait aller dans la première décennie de son métier de metteur en scène établi, le moins qu'on puisse dire est que ce Fabuleux destin d'Amélie Poulain est un nouveau départ, qui anticipe sur tous les films qui ont suivi. Un nouveau Jeunet, donc? Pas si vite: d'une part, il y a entre Delicatessen et Amélie plus d'un point commun, et Amélie renvoie aussi à deux courts métrages, d'ailleurs tournés sans le concours de Marc Caro à la mise en scène: Pas de repos pour Billy Brakko, 1983, et Foutaises, de 1989. Au premier, Jeunet reprend une tendance éblouissante au montage virtuose (Image ET sons) qui va être très importante du début à la fin de ce nouveau film. Et à Foutaises, déjà cité plus haut, Jeunet reprend l'idée du "J'aime, j'aime pas", qui lui permet avec bonheur de placer des personnages dans son exposition, grâce à la narration de André Dussolier. Et si Jeunet s'est lancé en effet dans ce que les anglo-saxons auraient appelé un "feel-good movie", il n'en oublie pas les petites piques à ses semblables: les vieux couples qui s'engueulent, les parents trop prévenants qui sabotent le caractère d'un enfant et rendent leur fille totalement incapable de s'ouvrir au monde, les méchants (Représentés par l'affreux Collignon). Mais Amélie/Jeunet leur réserve des tours de cochon. Oui,car Amélie ne se contente, après tout, pas que de faire le bien autour d'elle... Comme le fil rouge du film, Lady Diana, dont la mort signe le point de départ du film, Amélie doit se situer constamment sur le fil, entre faire le bien, et la préservation de sa vie privée... Bien maigre, cette dernière!

Et le film, qui peint le monde tel que Jeunet aurait aimé qu'il soit, nous apprend en deux heures de pur cinématographe, images et son, montage, musique, ralenti et accéléré, avec animation en 3d, regards caméra et autres brèches dans le quatrième mur, à cesser de vivre dans le passé, à en faire enfin table rase et à vivre tout court. Il repose sur une actrice qui a un lourd travail: incarner à la fois l'héroïne du film, et son point de vue permanent (Le nombre de fois qu'elle nous prend à témoin!). Et comme tout ceci se passe plus ou moins dans son ressenti, elle n'est définie que par ses actions et réactions, contrairement à ceux qui se présentent, comme M. Dufayel (Serge Merlin) et sa maladie, ceux qui sont présentés par les autres, comme le pauvre Lucien qui s'en prend plein la figure, ou bien sur Nino qui est introduit par sa collègue. Mais Audrey Tautou est excellente, car elle utilise, comme les enfants que Jeunet sait si bien diriger, son instinct d'abord et avant tout. Et le film, d'anecdote en anecdote, file tout seul, parce qu'il joue sur tous les aspects du souvenir, et tous les sens. Je jure que dans ce film, on a tout: il y a des images, des sons, et... de la substance et même, même des goûts (Poulet, café) et des odeurs: celle des légumes traités avec amour par Jamel, par exemple. Ou encore celle des gares. Celle du café des Deux Moulins... On y retournera, comme on retourne vers Carné, vers Tati, ou Clouzot. Parce que Jeunet a trouvé certains secrets du cinéma éternel. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Comédie
29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 11:56

Loin d'Audiard (Fâcherie? Bouderie?), avec Francis Veber, Lautner redéfinit considérablement son concept de la comédie policière. En douceur, pourrait-on dire, si la chose ne passait pas par un nombre assez jovial de bourre-pifs. Michel Constantin n'est pas Lino Ventura, mais décidément ce dernier ne souhaitait pas rééditer l'expérience de ses trois comédies avec le réalisateur. Donc, Constantin tout en étant un choix par défaut s'avère parfaitement adéquat dans cette histoire de flic flanqué d'une fausse famille le temps d'une infiltration, qui prendra bien sur plus de temps que prévu, obligeant le bourru célibataire à cohabiter bien plus que de raison.

C'est que voyez-vous, Michel Constantin cohabite ici avec Mireille Darc, la femme désignée avec son fils Louis pour "figurer" la fausse épouse du vrai flic... Le genre criminel policier doit donc cohabiter avec les difficultés au quotidien de l'association inattendue entre petite famille tranquille et gros bras bas du front... 

Et si le film occupe un terrain double, à la fois celui de la comédie (En finesse) et celui du policier à la Française (Beaucoup de voitures, beaucoup de baffes), il le fait avec finesse, et parfois avec style (Un meurtre particulièrement, effectué à coup de litres de lait, s'ajoute à la déjà longue série de morts violentes traitées avec un goût certain pour l'inattendu par le metteur en scène. Le script policé de Veber sied à merveille aux façons de faire de Lautner, tout en efficacité matinée d'une subtile mais insistante dose d'excentricité. Et il ne lâche pas trop encore sur son péché mignon, qui deviendra vite une mine d'or (L'emmerdeur) avant de devenir une sale manie (Ses films avec Pierre Richard et un gros acteur blond dont le nom et le talent m'échappent).
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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 10:33

Serge Aubin (Jean Yanne) sort de prison. Pour bonne conduite, ce qui ne l'empêche pas d'être une tête de mule: il n'a jamais révélé où se trouvent les bijoux de son dernier coup. Mais on le lui demande souvent. Le commissaire Cailleau (Bernard Blier), pour commencer: c'est lui qui l'a coffré, il lui offre protection contre un tuyau sur la présence du butin. Mais Aubin, qui s'est fixé deux objectifs, n'en a cure: il se débrouillera tout seul, ou éventuellement avec son pote Michel (Constantin), qu'il a connu en prison.

Et ça ne va pas être facile, non, pour Michel et Serge: car dès la sortie d'Aubin de prison, on l'attend: les hommes du comte Charles Varèse (Nanni Loy) sont prêts à le faire parler. Car Varèse est au courant de l'existence d'un butin puisque il vit avec la belle Carla... Carla, c'est Madame Aubin (Mireille Darc). Et à cause d'elle, Aubin a pris trois années de prison... 

D'où les deux objectifs: d'une part, retrouver les bijoux. D'autre part, bien sur, tuer Carla.

C'est après deux films particulièrement dissemblables que Lautner tourne ce retour à la comédie: Le Pacha en 1968 était la première tentative de collaboration entre le metteur en scène et Audiard sur un polar pur et dur, et La route de Salina, l'un de ces méditations mal foutues sur le présent hippie, qui tournait vinaigre (Sous l'influence probable de More, de Barbet Schroeder, et de copieuses doses de produits ilicites à n'en pas douter). L'échec de Salina a éloigné Lautner des studios, donc il lui fallait faire, pour revenir, ce qu'il fait le mieux: la comédie.

Partant d'une idée de Bertrand Blier, Lautner a donc déconstruit à la façon de ne nous fâchons pas cette sombre histoire de cavale et de règlements de comptes, en y injectant d'abord au compte-gouttes traits d'humour, allusions morales douteuses (Cette homophobie ambiante!) personnages de plus en plus fêlés (Rufus qu'on peut considérer officiellement comme l'acteur qui fait joyeusement basculer le film dans le n'importe quoi le plus absolu avec son personnage hilarant de professeur particulier d'anglais qui finit -littéralement- tout nu), puis gags de dessin animé, mais un dessin animé pour adultes: la partie de jambes en l'air entre Mireille Darc et Jean Yanne est probablement l'un des moments les plus délicieusement crétins de tout le cinéma de Lautner... Ce qui permet un avantage énorme: le film ne bascule jamais dans la franchouillardise, justement grâce à cette poésie de l'imbécillité.

Celui-ci n'oublie pas de montrer son sens du dosage (Les vingt premières minutes son exempte du moindre gag), son goût habituel pour la mise en scène baroque du meurtre et de la violence (la première scène de tuerie est un mélange de points de vue complexes et de ralentis), et son sens du système D. Et il fait inconsciemment comme dans tous ses films, en tournant parfois dans des lieux réels, il capte une certaine vision de la vie: ses journaux, ses marques disparues, et deux scènes sensées donner une atmosphère, qui ont été tournées à la maison de la radio, mais montrent Albert Simon (1920-2013) en pleine action: le météorologue d'Europe 1 dans ces glorieuses années, dont la voix rappellera instantanément des souvenirs du quotidien à tous ceux qui l'ont entendue. Et Lautner ne sait pas non plus qu'il anticipe sur la carrière de quelques grands noms, qui ici font une modeste mais décisive apparition: Philippe Khorsand ("Je ne sais pas... des coups de feu, sans doute?"); Rufus (How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood?); Coluche (Barman mal à l'aise, et assez maigrelet, au début du film); Daniel Prévost et Jean-Michel Ribes (le "couple", hum, de tueurs qui discutent, hum, de "physique", au début)... Tout en recyclant quelques acteurs déjà vus dans on oeuvre, tels Venantino Venantini (Un tueur!), Jess Hahn (Un autre tueur!) ou Paul Préboist. Et les dialogues de Bertrand Blier, moins portés sur la formule que ceux d'Audiard, profitent de la présence de Yanne qui se les approprie en les tournant à sa guise: "T'es quand même une belle salope", est une phrase dont on sait que Blier peut l'écrire. Mais Yanne a l'air tellement naturel quand il la prononce...

Pour finir cette petite chronique d'un modeste film, malgré tout réjouissant, notons que le générique cède aux sirènes d'un truc en vogue en ce début des années 70: les titres animés. Ce serait déjà un atout, car j'avoue avoir un faible pour ces amusants décrochages souvent inventifs. Mais l'animation est basée sur des dessins d'un immense graphiste trop souvent oublié: Georges Grammat, dont on reconnaît la patte au premier coup d'oeil.

Par contre, le titre...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 08:07

Un prince (Jacque-Catelain) en villégiature dans une cité balnéaire de l'Adriatique se fait engager incognito dans l'équipe d'un film, et rencontre un jeune et jolie femme (Danielle Darrieux)...

On avait quitté Jacque-Catelain, muse de Marcel L'Herbier, en jeune premier fatal, figure tragique embarrassante aux épaules jamais assez large pour ses rôles. Au moins, ce rôle de vrai faux prince, dragueur et blagueur (Et en plus il ne pousse pas la chansonnette, c'est un atout) lui sied bien mieux; il fait tourner les coeurs, dont celui d'Edith Méra (Un actrice dont on ne se demande absolument pas pourquoi elle est tombée dans les poubelles de l'histoire... Qu'elle y reste.), et il se déplace partout avec sa petite garde rapprochée: des marins anonymes, en uniforme, totalement dévoués... En d'autres termes, ça laisse songeur...

De toute façon, ce film retrouvé (Car longtemps perdu) n'est qu'une curiosité historique: la version française vite faite mal faite d'un film allemand UFA de Geza Von Bolvary, et les scènes additionnelles françaises ont été dirigées par Clouzot, prié systématiquement d'imiter les scènes de la version domestique mises en scène par Bolvary. Et si celui-ci connaît son métier, ce n'est pas pour autant un artiste pour lequel on se relèvera la nuit. Terminons avec une petite pensée pour l'actrice de 16 ans qui donne la réplique à Catelain, et qui vient de nous quitter: Danielle Darrieux. Même avec un rôle conventionnel de potiche dans un film bouche-trou, elle était convaincante.

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot Comédie
25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 08:52

Un ténor, le grand Enrico Ferrarro (Jan Kiepura), quitte Vienne en compagnie de son insupportable manager (Clara Tambour): celle-ci est en effet d'avis que pour son chanteur, la seule façon de faire, c'est d'y aller au rendement, et elle lui impose un tempo d'enfer. Alors que le train qui doit les emmener vers toujours plus de tournées est stationné en gare, il lui fausse compagnie et prend un train pour les Alpes Suisses? Il se retrouve dans le même wagon qu'un escroc à la petite semaine (Pierre Brasseur), et les deux vont s'installer -aux frais du ténor, bien entendu- dans un hôtel de luxe, bientôt rejoints par le valet de Ferrarro. Suite à un quiproquo, la presse confond les deux hommes, et ils décident de s'en amuser, jusqu'à ce que Ferrarro, sous l'identité de son compagnon, rencontre une jolie demoiselle (Magda Schneider), la fille des hôtes de l'autre, qui par ailleurs est bien mal quand on lui demande de chanter...

Et pour chanter, ça chante. Pas dix chansons, non. Pas vingt. Ni même cinquante. UNE chanson si on excepte quelques rares incursions dans le répertoire classique, une chanson écrite sur un coin de table par le compositeur des films Osso, serge Véber, et cette fois fallait-il qu'il ait envie de la vendre. Parfois, une bobine de dix minutes doit bien contenir deux ou trois passages de cette abomination... Jan Kiepura est un ténor bien de son temps: sucré jusqu'au vomi, mièvre et bellâtre jusqu'à la nausée. Il joue comme un cornichon. Il est insupportable...

Ce qu'on ne peut évidemment pas dire de Pierre Brasseiur dont on devine qu'il n'est là ni pour l'art, ni pour la gloire: à 27 ans, le jeune acteur a encore à raffiner son art, mais il a déjà un talent fou pour voler la vedette. De façon amusante, dans certaines scènes inspirées directement de Cyrano de Bergerac, il joue justement l'autre, celui qui doit être aidé. pas pour son éloquence, mais bien pour chanter... Mais il a au moins l'air de s'amuser. Comme Magda Schneider, la trop rare, qui se débrouille ici très bien d'un rôle pour lequel elle doit être doublée en direct.

Anatole Litvak, pour sa part, a eu les pieds et poings liés sur un film écrit en amont pour trois productions, un tournage Allemand, un tournage Français et un tournage Anglais. Ca ne l'a pas empêché de trouver de l'énergie pour donner parfois du rythme à une histoire insipide et cousue de fil blanc, mais ne cherchez pas trop son élégance, elle est parfois enfouie sous la crème écoeurante du répertoire monomaniaque de Kiepura...

Et bien sûr, l'adaptateur français de ce film est Clouzot, qui parfois s'amuse:

Le maire (S'apprêtant à passer en famille une soirée avec celui qu'il pense être le ténor, parlant à sa femme) "n'es-tu pas excitée?"

L'épouse: "comme au jour de notre mariage"

Le maire: "ne parle pas de malheur!"

...et parfois se contente de faire son boulot. Quant à nous, spectateurs, nous n'avons aucune obligation.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Henri-Georges Clouzot
23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 09:03

La famille d'un professeur a du mal à joindre les deux bouts; la grande fille (Anny Ondra), qui fait beaucoup pour aider ses parents en s'occupant de ses frères et soeurs, trouve le moyen de tomber amoureuse... d'un jeune homme aussi farfelu qu'elle, interprété par Jean-Pierre Aumont.

Je ne sais pas s'il le mérite vraiment, mais ce tout petit film engendre une énigme. Pour commencer, ayant perdu ses dernières bobines, on n'en possède plus la fin. Mais, comment dire, on peut sans doute vivre sans la connaître... Non, la principale question est celle de l'implication de Clouzot, qui est crédité d'une façon différente sur le générique du film, de celle que lui attribuent les historiens.

C'est une production Austro-Française, due au Tchèque Karl Lamac, alors (mais plus pour très longtemps) l'époux de l'actrice Anny Ondra (Oui, la jeune femme de Blackmail). Celle-ci est la star incontestée du film, et elle est une vraie boule d'énergie, espiègle et solaire. Très honnêtement, elle est aussi le seul véritable intérêt des 38 minutes qui restent! 

...Si ce n'est que la présence de Clouzot, dialoguiste, se fait sentir, à travers deux ou trois détails structurels qu'il affectionnait (on en retrouve la trace dans l'infect Ma cousine de Varsovie, de Carmine Gallone): par exemple, les rimes entre deux scènes, qui sont unies par le montage. Ou encore les formules à l'emporte-pièce qui assoient un caractère... Mais Clouzot selon les historiens ne serait que l'adaptateur du film, pas plus; la version française serait due à Pierre Billon. 

Sauf que le générique mentionne bien la mise en scène de Lamac, ici "assisté" de Clouzot. Nulle trace de Pierre Billon! S'agirait-il d'un de ces films sur lesquels le tout jeune futur metteur en scène du Corbeau se serait fait les dents? mystère... Comme on le sait, un générique de cette époque n'est jamais fiable à 100%...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Henri-Georges Clouzot
23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 08:51

Paris, années 30; une épouse (Mireille Perrey) en a plus qu'assez d'être trompée par son serial coucheur de mari (Roger Blum), et prend une décision: elle va lui rendre la monnaie de sa pièce en achetant des ballons, auxquels elle accroche une carte de visite à son nom, sur laquelle elle précisera "Je serai seule après minuit" avant de les lâcher; Les ballons suivent la course que leur indique le vent, et tombent entre les mains de militaires, d'un saxophoniste, d'un homme qui se définit comme "gentleman-cambrioleur" (Maurice Rémy), de gratte-papiers et autres ronds de cuir, mais aussi du voisin et ami Michel (Pierre Bertin) de la belle dame, qui bien sûr n'attend qu'une occasion comme celle-ci!

Le film est adapté d'une pièce d'Albert Jean, et on doit les dialogues additionnels au jeune Henri-Georges Clouzot. Mais une bonne part du film est "dialoguée en musique", sur la base de chansons qui faisaient partie intégrante du spectacle. A la demande de Baroncelli qui avait sans doute peur de s'ennuyer, le film a été aéré, et de nombreuses scènes voient les personnages se déplacer dans Paris; certaines sont d'ailleurs quasi-muettes. Fatalement, ce sont les meilleurs moments du film, qui avouons-le est un joyeux bazar indiscipliné, qui louche volontiers du côté de Lubitsch et René Clair. Il fait avoir de l'ambition dans la vie.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Henri-Georges Clouzot
22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 09:52

Une pièce mythique de Shakespeare, des décors naturels superbes dénichés en Italie, des jeunes ou moins jeunes acteurs du moment, choisis un peu partout (Grande-Bretagne, Etats-Unis, mais aussi France), quelques arrangements discrets, et... des bicyclettes. Inévitablement, on anticipe une salade pas forcément digeste. Et en fait, il y a de quoi!

La pièce n'est pas complète, et le "remontage" a eu lieu de manière à plus favoriser la partie 'humaine' que la partie magique. C'est dommage, car si Michelle Pfeiffer en reine des Elfes est probablement plus nulle que n'importe qui dans le film (Ce qui n'est pas son habitude, mais sa diction de collégienne, sur les vers de Shakespeare, fait très mal à mes oreilles), on trouve dans les scènes situées à l'écart des humains de belles qualités: Puck, pour commencer, c'est Stanley Tucci, et il faut le voir découvrir une bicyclette (Puisque je vous le dis) avec des réactions à la Harry Langdon...

Les rôles des amants maudits sont confiés à Dominic WEst, Christian bale, Anna Friel et Calista Flockhart (Alors superstar à la télévision, c'était l'époque de l'énorme carton de la série Ally McBeal): les deux actrices sont superbes de bout en bout, Friel en particulier. Les deux acteurs, ma foi, réussissent plus efficacement que leur mâchoire désespérément carrée ne pouvait nous laisser envisager. Sophie Marceau a peu à faire, Kevin Kline et Sam Rockwell se volent la vedette à tour de rôle, les costumiers se sont bien amusés, et nous.. un peu.

Mais bon. La Warner a sorti en 1935, une version hallucinante. Celle-ci? Non.

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Published by François Massarelli - dans Shakespeare Comédie