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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 09:10

Ann (Fay Tincher) est vraiment incorrigible: on ne peut pas imaginer pire garçon manqué, sur le ranch de ses parents. Et si parfois ils tentent de la défier, elle fait la loi parmi les cow-boys... Bref, elle a de quoi désoler une mère, qui décide pour la féminiser un peu de l'envoyer faire des études dans l'Est; Dans le train, elle repère un pied-tendre qui arnaque les autres au jeu, et le vire à coup de révolver... Mais une fois installée à l'université, et devenue très copine avec les filles de sa chambrée, elle réalise que le fiancé de l'une d'elles n'est autre que le joueur qu'elle a viré du train...

C'est un film d'une grande qualité, qui est basée sur des péripéties de comédie burlesque, mais interprétée par les principaux acteurs avec une certaine retenue. Tout le monde n'est évidemment pas logé à la même enseigne (ah, le doyen, tout un poème!), mais la façon dont Fay Tincher joue le décalage entre son côté brut de décoffrage et les attentes liées à sa féminité reste un moteur qui motive le spectateur...

Et si l'enjeu posé par la mère, de rendre sa fille féminine, nous est présenté comme partiellement acquis en fin de film, je me permets d'exprimer des doutes... Par ailleurs, les auteurs du film ont choisi de ne pas "faire rentrer Ann dans le droit chemin", car elle ne découvrira pas l'amour en route! Et ça c'est un peu une révolution. Du début à la fin du film, sa personnalité s'exprime à travers ses activités que les conventions tendent à considérer comme masculines, et elle finit par se faire accepter. Bref, elle reste elle-même, interprétée par une comédienne douée, dynamique, et qui n'hésite pas à se moquer d'elle-même dans une scène de décalage formidable, qui la voit suivre un cours de danse, en véritable vilain petit canard...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Al Christie
29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 09:01

Dans une ferme, une histoire compliquée d'héritage lié à une union risque de compromettre le gentil couple de la fille du fermier (Ora Carew) et de son benêt de fiancé... Le jumeau de la jeune femme trouve un stratagème qui implique de se déguiser et de prendre sa place...

Bon, je ne vais pas être tendre, mais... Chez Sennett (le film date de la période Triangle Keystone), on a parfois des films incontournables qui font avancer le médium, et parfois... on a un film comme celui-ci, qui repose sur tellement de mécanismes et de sales manies qu'il en devient irritant. Le contexte rural (qui reste quand même bien plus subtil ici que, disons, chez le Griffith de Way down east), les personnages tellement caricaturaux qu'ils en sont vides, et une intrigue compliquée à souhait, basée sur l'argent, l'honneur et d'autres billevesées de mélodrame: les ingrédients même sont tous des clichés, qu'on retrouve à la pelle dans les films plus longs du studio. Et si on regarde bien on verra que le film est essentiellement axé sur sa deuxième bobine, la première n'étant qu'une très longue exposition.

Reste une composition intéressante, celle d'Ora Carew qui joue deux jumeaux, un garçon et une fille: si on a du mal à croire à son rôle masculin, le fait que celui-ci prenne la décision de se déguiser en femme rend les choses un peu plus intéressantes sur la fin. Mais bon on est chez Sennett, donc... poursuite, cascades, intervention lamentable de la police, et bien sûr, elle est rurale.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie
29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 08:53

Une jeune femme (Louise Glaum) qui n'a pas de situation trouve une opportunité: devenir cuisinière sur un ranch, mais... on cherche un homme plutôt qu'une femme. Elle se déguise, et obtient aisément le travail. Mais une fois sur place elle ne tarde pas à révéler son identité... aux autres femmes présentes. Elles la protègent et vont l'aider à trouver l'âme soeur...

C'est assez différent de ce que proposaient les comédies environnantes, de la Vitagraph ou bien sûr de la Keystone: si l'exposition est vite expédiée (le film ne fait qu'une bobine), la comédie aussi d'une certaine façon. C'est indicatif de ce que sera la comédie chez Christie, qui essaiera toujours de trouver une voie en dehors du grotesque qui dominait la comédie burlesque...

Le film reste intéressant pour sa faculté à mêler la comédie avec les codes du western. Ici le déguisement n'est pas tant un ressort burlesque qu'un empêcheur de tourner en rond! Il n'y a pas la tentation, comme dans d'autre films (A woman, de Chaplin, par exemple), de jouer avec les frontières des genres... C'est gentil et ça se laisse regarder. Mais la compagnie de Christie fera mieux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Comédie Al Christie
22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 09:15

Alice (Virginie Efira) est une "executive woman" à la Française, une rédactrice d'un magazine féminin, et elle convoite la direction, d'ailleurs, qui pourrait lui être offerte d'ici peu. Mais elle est aussi la cible de railleries: séparée et vivant seule avec sa fille depuis 8 ans, elle n'a jamais souhaité se lancer dans la recherche d'une âme soeur, et à cause de son caractère austère, on la surnomme Desperate fraulein

Revenant du Brésil, elle est assise durant le voyage à côté d'un jeune homme de 20 ans son cadet. Un courant passe entre eux... c'est du moins ce que pense Balthazar, l'étudiant (Pierre Niney): constatant que la belle dame a oublié sa clé USB, il se met en quête de la revoir... Et de son côté, pressée d'adopter une attitude moins conservatrice, Alice se fait violence et profite de l'aubaine pour montrer sa modernité à ses patrons... 

Bien sûr que les sentiments vont se mêler de la partie, sinon ça n'aurait aucun intérêt! les sentiments de l'un et de l'autre, d'ailleurs... Mais le film n'est pas un plaidoyer, juste une comédie sentimentale bien ficelée, avec suffisamment d'éléments gentiment satiriques pour pimenter: l'ambition, ici, est une fin en soi avant de devenir un handicap, et le portrait du monde de la mode est, sans trop d'exagération, assez savoureux. Le décalage entre les deux personnages principaux évite les clichés, de part et d'autre...

Et de toute façon, ce qui motive en premier lieu ici est la confrontation entre deux acteurs exceptionnels. Bon, autant dire qu'on est servi (même si l'impayable vulgarité de la principale concurrente d'Alice (La Québécoise Amélie Glenn, qui a tout vu, tout compris, et couché avec toutes et tous), est un ressort comique assez intéressant, et sinon Charles Berling est ici présent, il interprète le père de Balthazar, et... il joue formidablement bien. Je n'aurais jamais cru écrire cette phrase.

Pour finir: on se réjouira du fait qu'aux Etats-Unis, le film aurait permis, non seulement au couple de s'assumer, mais aussi à Alice de gagner sa promotion. Ici? On est en France, donc...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Virginie Efira
18 janvier 2023 3 18 /01 /janvier /2023 16:21

A Oxford, un Américain qui vit sur place depuis quinze années, et est amoureux d'une jeune femme locale, doit rentrer au pays, à la demande de sa famille... Mais il sait qu'ils vont refuser son choix et lui imposer une riche héritière. Son meilleur copain Dick (Douglas Fairbanks) décide de prendre sa place, vu que la famille n'a pas vu Reginald depuis son enfance, et de résoudre les problèmes liés à la situation. Quand il arrive au Etats-Unis, il comprend très vite que la partie n'est pas gagnée: les trois tantes de Reginald n'ont aucune envie de déroger aux traditions, et son oncle est complètement coincé. Et sa soeur est, comme l'infortuné Reginald, tenue de se marier avec un parti riche et bien vu en société... Mais Dick décide qu'il va "tout résoudre", car comme il le dit "I'll fix it!"...

C'est une charmante comédie, un de ces films absurdes, gentils et joviaux comme Fairbanks et ses copains (Albert Parker, John Emerson, Christy Cabanne, Victor Fleming et Allan Dwan) en pondaient plusieurs par an! Mais c'est tellement bien fait, sans jamais se prendre au sérieux, tout en distillant un gentil message optimiste, qu'on se laisse totalement prendre... Et la façon dont le "faux" Reginald va imposer à "sa" famille complètement coincée toute une marmaille d'enfants qui sont nés du mauvais côté de la barrière, en les prenant par les sentiments, est un beau moment.

Et la principale leçon, dans ce film qui nous conte un "choc de cultures" peu banal, est bien sûr que cette insupportable manie des riches de vouloir maintenir les classes sociales et les traditions, est finalement contraire à ce qui fait l'Amérique... 

Le film est miraculé, il fait partie des dernières redécouvertes d'un film muet important de ces dix dernières années, grâce à une restauration bien menée, sur une copie détenue par un chanceux collectionneur. Il n'y a pas si longtemps, aucun film de l'année 1918 n'avait survécu parmi les nombreuses productions de Douglas Fairbanks d'avant ses épopées en costume... C'est une raison de plus de se réjouir de l'existence de celui-ci.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks Allan Dwan Comédie 1918
1 janvier 2023 7 01 /01 /janvier /2023 18:56

Un homme (Christopher Plummer) est mort, il s'est tranché la gorge... La nuit était pourtant belle, il venait de passer la soirée en compagnie de sa famille... Oui, mais voilà, si l'enquête semble de routine, le mort ayant été retrouvé la gorge tranchée, la main sur l'arme, et aucun indice ne pouvait donner à croire qu'une autre personne était présente, pourquoi un anonyme a-t-il fait appel à Benoit Blanc (Daniel Craig), détective privé, le limier des enquêtes les plus extraordinaires? Et que cache Marta (Ana de Armas), la petite aide-soignante d'origine Equatorienne qui semble si incapable de mentir? ...Ca la fait (littéralement, et l'adverbe est cette fois très bien utilisé) vomir...

Un whodunit... Dans un premier temps, l'esprit s'agace, comprenez-vous: ce type d'histoire dans laquelle un crime est commis, personne ne sort, et un invité présent qui se trouve être le fameux détective machin, qu'il soit Belge, Londonien de Baker Street, ou comme ici, Sudiste de basse extraction avec l'accent pour le prouver, va déjouer tous les pronostics et trouver le coupable... en moins de 200 pages, ou en moins de 120 minutes. Rien qui puisse créer du suspense (puisqu'à partir du moment où on ne sait rien, il n'y a pas de suspense possible, je le rappelle!), rien qui puisse a priori nous faire revenir sur nos pas et revoir le film, puisqu'on s'imagine qu'on a déjà éventé son intérêt.... 

Et certes, on a tort. On voudrait faire son malin, et rester fermement au côté  d'Hitchcock dans son refus du genre, mais même lui, d'une certaine façon, en a fait... A leur façon, The lodger, Blackmail, ou encore Psycho (mais oui!) étaient tous des whodunits maquillés... Non, ce qu'on voudrait éviter, c'est bien sûr le côté mécanique, gratuit, du genre... Quoique...

D'une part, ça a son charme, à condition qu'on y trouve de quoi y retourner... Et d'autre part même Agatha Christie, peut-être même sans en être consciente, profitait du genre pour égratigner avec sa plume pas si neutre la bonne société, ou pire: ses parvenus, les cibles qu'elle préférait... Et remontons à Clouzot, dont Les diaboliques est un des plus beaux whodunits de toute l'histoire du cinéma, sauf qu'on ne le sait pas quand on le voit (donc si vous n'avez jamais vu ce chef d'oeuvre, oubliez ce que je viens d'écrire): une fois qu'on l'aura vu et qu'on connaîtra la solution, un film de ce genre devient une occasion de lire une mise en scène, celle d'un coupable ou celle d'un détective, voire les deux.

Et c'est de ça qu'il est question, dans ce film parfaitement efficace, qui ne ménage ni son humour, ni es acteurs, et actrices, et qui tape avec un plaisir évident sur un groupe de riches particulièrement ignobles, qui s'en prennent à une pauvre immigrée dont pas un n'est capable de se rappeler la provenance. Ana de Armas est excellente, Daniel Craig aussi, et... le reste de la troupe? Toni Collette, Chris Evans, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Jaeden Martell... Le détective est une variation sur Hercule Poirot, et Daniel Craig ne peut absolument pas en faire un type qu'on n'aimera pas (au contraire de Poirot, d'ailleurs); je parlais de mise en scène, mais dans cette bonne société tout le monde avance ses pions, et ça vire vite au jeu de massacre... Bref: du plaisir? Oh que oui! A revoir? certainement! Mission accomplie, donc...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Whodunit Rian Johnson
31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 18:47

Londres: Lord Jimmy Broadbent (Rex Harrison) s'est remarié en rentrant des Etats-Unis, veuf, chez lui à Londres, avec une dame très comme il faut, Sheila (Kay Kendall). Celle-ci n'a jamais rencontré la fille de Jimmy, Jane (Sandra Dee), qui s'apprête à les rejoindre à Londres. Tout aurait été pour le mieux s'il n'y avait eu une malencontreuse conversation avec Mabel (Angela Lansbury), la cousine de Sheila, sur les convenances et les traditions de la bonne société: Sheila est désormais déterminée à présenter sa belle-fille au tout-Londres dans un bal qui lui sera entièrement dédié. Problème: non seulement Jane ne veux pas spécialement participer à la chose et s'y adonne avec peu d'entrain, mais surtout elle et Sheila auront toutes les peines du monde à tomber d'accord sur un éventuel choix de soupirant... Jane souhaite connaître un peu mieux l'Américain David Parkson, un percussionniste de jazz (John Saxon), qui est attiré par elle, alors que Sheila la verrait bien convoler en justes noces avec David Fenner (Peter Myers), qui vient de la noblesse Londonienne, mais est incapable de parler d'autre chose que de la circulation...

Ca sonne très attirant, comme ça, et ça l'aurait sans doute été en d'autres circonstances. Mais Minnelli voulait-il vraiment faire le film? On y trouve quelques relents de l'atmosphère bon enfant mais gentiment satirique de Father of the bride, mais dans ce dernier film l'axe père-fille (Spencer Tracy et Liz Taylor, excusez du peu) était essentiel... Ici, on est supposé s'intéresser autant aux tribulations des deux jeunes, qu'aux frasques et manigances des deux adultes, et compte tenu des acteurs choisis pour les parents, que voulez-vous... Difficile de rivaliser avec Harrison et Kendall! Et de ce déséquilibre naît parfois une difficulté à entrer dans le film pour de bon... 

Par ailleurs, pour un non-Britannique de 2022 (ou 2023, ça fait le même effet!), cette histoire de traditions, forcément, reste un peu étrange à suivre... et plus étrange encore de s'y intéresser totalement! Alors forcément, quand le duo d'acteurs cités plus haut relève le plat, on sent la satisfaction monter! Tout cela sent un peu la source théâtrale, même relevée par la rigueur de Minnelli... Mais les épices de loufoquerie, de jeu comique (la scène merveilleuse durant laquelle ils sont tous les deux occupés à épier leur fille alors qu'elle revient chez eux avec un galant, est le sommet du film) de Rex Harrison et Kay Kendall, valent le détour... C'est l'avant-dernier film de l'actrice, qui ne se savait pas encore atteinte d'une leucémie. Elle est décédée en 1959...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Vincente Minnelli
22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 07:34

Si on est un familier de l'univers de Starewitch, ce film surprend: pas d'animation, pas un seul insecte à l'horizon... Pas de marionnettes enfin. C'est que la guerre est là, et le cinéaste, probablement comme ses confrères, participe à l'effort de guerre et de propagande. On ne va pas trop s'en plaindre puisque le propos ici est de railler l'empire Germano-Austro-Hongrois, à travers le Kaiser Guillaume II et sa moustache ridicule...

On assiste donc pendant 8 minutes à des préparatifs guerriers où l'ultra-autoritarisme du dirigeant, la raideur des officiers, et le ridicule achevé se mêlent, et il est difficile en voyant Guillaume II inspecter les troupes avec un cheval-jouet, suivi par les officiers d'état-major qui font tous semblant d'avoir des chevaux, de ne pas se dire qu'il ne leur manque que des noix de coco...

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Published by François Massarelli - dans Muet Ladislas Starewitch Comédie
4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 18:25

Camille (Noémie Lvovsky) est quadragénaire, divorcée et alcoolique: ces deux derniers faits sont liés... Eric (Samir Guesmi) précipite les choses, et ça fait mal. Ils ont une fille, née de leur amour de jeunesse, et Camille, actrice spécialisée dans les apparitions éclair, en a gros sur la patate, comme on dit. Un soir qu'elle retrouve ses copines de lycée, elle s'évanouit et se réveille... en 1985. Elle n'a pas encore rencontré Eric, ses parents (Yolande Moreau et Michel Vuillermoz) sont toujours vivants, et elle aimerait bien changer le cours des choses du futur... Mais comment résister à Eric?

Ce n'est absolument pas Retour vers le futur, qui par ailleurs a le droit à toute l'affection sans bornes qui lui est prodiguée depuis sa sortie, justement, en 1985! Le film de Noémie Lvovsky ne s'appuie sur aucune pseudo-science, i aucune logique narrative qui viendrait expliquer le passage par le passé. ON nage en pleine allégorie, dans une certaine mesure, avec l'expérience fascinée d'une femme de 40 ans qui se glisse avec délices, et appréhension, dans ses 16 ans!

Délices, parce qu'elle peut revivre ses années lycée sans complexe, et se retrouver avec ses parents qui lui manquent. Appréhension, parce qu'elle sait comment certaines choses vont finir, notamment le fait que deux mois après son arrivée en 1985, elle tombera enceinte et sa mère décèdera... L'attitude de Camille est un mélange constant d'hédonisme et de responsabilité, que Noémie Lvovsky négocie avec un aplomb phénoménal! Elle qui joue si souvent les mères envahissantes, a pris un plaisir évident à se glisser dans la peau de la fille de Yolande Moreau, et de jouer la scène d'un adieu émouvant qui ne dit pas son nom... 

Le film oscille entre le farfelu, la comédie de caractères (les copains et copines, mais surtout Samir Guesmi, sont tous excellents), et conte philosophique. La morale? Tout est inéluctable, la mort... comme l'amour, et la fin d'une romance. Elle va apprendre à les accepter... Noémie Lvovsky a pris le parti de jouer le rôle de Camille à seize ans, et que Samir Guesmi ferait la même chose pour Eric. Elle est une adulte soudain transportée dans la peau d'une ado, mais lui... Il EST un ado. Les deux sont drôles, touchants, lui est aussi profondément farfelu... Mais toujours bouleversant. Parfois loufoque, souvent sensible, toujours intéressant, ce film est un OVNI bienvenu!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Noémie Lvovsky
23 octobre 2022 7 23 /10 /octobre /2022 21:40

Quatrième long métrage de Martin McDonagh, ce film partage avec ses trois prédécesseurs (ainsi qu'avec le court métrage Six shooter, premier film du metteur en scène en 2004) un format de comédie d'humour très noir dans des circonstances dramatiques...

A Inisherin, une île isolée à quelques encablures des côtes Irlandaises, deux hommes sont amis. Et le fermier Padraic (Colin Farrell) vient chercher le musicien Colm (Brendan Gleeson), pour se rendre au pub, parce qu'à 14h, c'est ce qu'ils font tous les jours. ...mais pas cette fois! Padraic voit bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, et sa soeur (Kerry Condon) lui dit d'ailleurs "peut-être qu'il ne t'aime plus"... 

C'est exactement ça: Colm ne souhaite plus perdre son temps avec Padraic, qui le prend très mal. Afin d'enfoncer le clou, Colm explique à son ami qu'il ne doit plus lui parler, ou alors il se coupera les doigts un à un... ce qui pour un violoniste est un problème! Mais Padraic ne voulant pas perdre cette amitié, s'acharne...

On retrouve un peu la dynamique déjà établie dans In Bruges, entre les deux acteurs principaux! Mais à la richesse visuelle et la sophistication décalée de la Venise Belge, ici, se substitue une Irlande certes de cartes postales, mais aussi d'une incroyable austérité. Ces murets qui délimitent les terrains et les chemins, qui semblent tracer des vies dont on ne peut dévier, donnent un cachet particulier à cette magnifique mais terrible région côtière! 

Et justement, dévier, c'est ce que veut Colm, qui interroge la fatalité et se dresse contre une sorte de destin qui le pousserait à regretter toute sa vie de ne pas remettre en question une amitié bizarre avec Padraic, qui, il faut bien le dire, n'est pas à première vue un prix Nobel... pas à seconde vue non plus d'ailleurs. Le film, cruellement, le montre tromper l'ennui dans lequel son amitié perdue le place, en passant du temps avec Dominic, le fils du gendarme local, qui est officiellement l'idiot du village. Et Siobhan, la soeur, part de l'île, parce qu'elle ne supporte plus de vivre avec son frère...

Le film est riche en dialogues noirs mais hilarants, ciselés en répétitions magiques, qui enfoncent le clou d'un point de non-retour. On comprend que Colm en ait assez, mais on comprend que Padraic ne se laisse pas faire! Et dans cette querelle de voisinage qui dégénère en guerre civile (pendant qu'une autre, authentique guerre civile celle-là, se déroule en coulisses), on en vient à constater qu'à travers cette parabole, McDonagh nous parle ni plus ni moins que de ruptures, de fins de ban, d'une amitié qui arrive au bout, et de la difficulté de prendre son indépendance... Quel pays mieux que l'Irlande peut prétendre à être idéal pour une telle thématique? Et s'il est inévitable, compte tenu de sa place dans l'histoire du cinéma, qu'on pense parfois à The quiet man et à John Ford, on ne pourrait pas être plus loin de cette Irlande-là, qu'avec cette histoire amère...

Le film est plus austère que jamais, et en particulier plus difficile à passer que Three Billboards outside Ebbing, Missouri, mais il vaut la peine d'être vu... Ce qui ne sera pas possible avant le 28 décembre, date de la sortie générale; pour l'instant il n'a été montré que dans des festivals...

 

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Published by François Massarelli - dans Martin McDonagh Comédie