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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 10:15

Deux New-Yorkais, George (Paul Rudd) et Linda (Jennifer Aniston) doivent abandonner leur appartement, l'un ayant perdu son travail et l'autre n'ayant pas réussi à décrocher un contrat de distribution avec HBO pour un film documentaire déprimant qu'elle vient de finir... Dans un premier temps, ils se rendent à Atlanta pour trouver de l'aide auprès du frère de George, un entrepreneur... qui est aussi un insupportable con. En chemin, ils passent la nuit dans une communauté hippie/new age, qui les accueillent à bras ouverts... Alors quand ça se passe très mal entre George et son frère, ils prennent la décision de retourner en arrière et de s'installer dans la communauté...

C'est, pour les deux premiers tiers, très enlevé: le film profite bien de la mobilité géographique des deux héros, en renouvelant constamment les lieux. Quand on s'installe pour de bon à "Elysium", une fois passée la présentation de toutes les situations, il y a un passage à vide, malgré tout. Les gags, tous dans le style des productions Judd Apatow, ne font pas dans la dentelle, et on a donc droit à un nudiste permanent, qi ne rate pas une occasion de placer ses organes génitaux dans le champ, Alan Alda vaguement gâteux en fondateur handicapé d'une communauté hippie, et toute une batterie de gags plaisants mais pas forcément novateurs sur l'amour libre, et le décalage permanent entre George et les hippies...

C'est aussi, timidement, une radiographie de l'état des lieux, pas bien folichon, des New-Yorkais, et du contraste avec l'insolente bonne santé des conservateurs de tout poil, dans leur bêtise crasse, leur machisme et leur racisme, à travers un personnage ultra-irritant de Ken Marino, qui joue le frère de George.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 06:41

Gregory Larkin (Jeff Bridges) et Rose Morgan (Barbra Streisand) sont deux professeurs de l'université de Columbia, qui ne se connaissent pas. Le premier est un mathématicien, doué mais pas pour la communication et encore moins pour la pédagogie; la deuxième en revanche est une spécialiste de la littérature Britannique, dont l'aura auprès des élèves est impressionnante: ses cours ne désemplissent pas... Gregory est timide, Rose complexée par sin physique... Ils ne se connaissent pas.

Sous l'influence de ses propres théories selon lesquelles l'amour idéal serait une forme de compagnonnage dont on aurait banni les rapports sexuels, Gregory passe une petite annonce pour trouver l'âme soeur, "physique indifférent". La soeur de Rose (Mimi Rogers), qui est inquiète pour elle, décide d'envoyer une réponse pour elle, et bientôt Gregory la fréquente, puis ils se marient... Mais...

Plutôt qu'un remake strict, le film est inspiré du scénario de André Cayatte et Gérard Oury pour Le miroir à deux faces, le film de 1958 de Cayatte avec Bourvil et Michèle Morgan. Quiconque l'a vu verra tout de suite les différences: pas de chirurgie esthétique, mais du maquillage; le professeur n'est ni antipathique ni affublé d'une mère envahissante; et l'intrigue ne part pas vers la noir sardonique de l'original, mais reste fermement ancré dans la comédie romantique... Et c'est là qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et ce qui ne va pas c'est cette situation arbitraire qui voit d'une part Larkin devenir obsédé par l'impossibilité du rapport sexuel et le fait que ça devienne mesquin. C'est comme si e remake avait importé tout le sous-texte sur l'impuissance liée à la ère castratrice du film original, pour n'en faire malgré tout qu'n élément décoratif. En lieu et place, Lauren Bacall incarne une mère réjouissante et envahissante, celle de Barbra Streisand, et leurs joutes verbales sont toujours pertinentes...

Mais elles mettent surtout en valeur le fait que le film est dominé par sa star-metteur en scène, qui est certes excellente, mais qui en fait un peu trop. Elle vampirise l'écran, et à l'extrême. Et le cocktail comédie-drame ne fonctionne pas aussi bien que dans ses deux précédents films... Elle a choisi de rester prudemment dans le giron de la comédie, mais souvent on a envie de demander à ses personnages "A quoi bon?" comme souvent dans les comédies de cette époque. On peut noter pour finir qu'après ce film qui a eu du succès, Streisand s'est tenue à l'écart de la réalisation... Au vu de ses deux premiers films et des côtés attachants de celui-ci, c'est dommage...

 

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Published by François Massarelli - dans Barbra Streisand Comédie
6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 06:26

Un étudiant en fin de parcours porte une monumentale barbe, et est particulièrement conservateur. Il porte des vêtements traditionnels, observe un entraînement rigoureux et à la lettre du kendo, etc. Il fascine ou agace les uns et les autres... Notamment la famille d'un camarade, qui le ramène chez lui pour l'anniversaire de sa soeur, dont il gâche sérieusement la célébration. Il a sauvé une jeune femme (en kimono) d'une agression par des voyous, dont une jeune femme habillée à l'occidentale. Il se lie d'amitié avec la victime, qui lui conseille de raser sa barbe s'il veut trouver du travail...

C'est une intéressante synthèse, située tôt dans la carrière du metteur en scène, de tout l'univers de ses films muets: la comédie estudiantine, même si pour le héros il s'agit de quitter la condition d'apprenant pour se lancer dans la vie active; la comédie familiale avec ses conflits de génération déguisés en un choc burlesque entre tradition et modernité: la barbe, bien sûr, symbolise ici ce fossé entre les tenants conservateurs des traditions médiévales du Japon, et la "contamination" de la modernité à l'occidentale, représentée en particulier par ces gangsters à chapeau et une femme de mauvaise vie, qui va justement être fascinée par cet étudiant d'un autre âge, et lui avouer son amour dans une scène troublante. Et tout en restant fermement une comédie, Ozu en profite pour y injecter une dose de son style de films de gangsters aussi, qui lui permet une fois de plus de montrer son affiliation avec les meilleurs films Américains.

Mais grâce au personnage principal, on reste du coté du burlesque, avec un comique d'embarras tel que celui qu'on trouve dans les films Roach (On pense à Charley Chase) ou chez Harold Lloyd, ne fois de plus. Ozu continue à montrer sa fascination du cinéma Américain en exhibant dans les décors les pièces d'une impressionnante collection d'affiches de films: cette fois, on verra beaucoup une affiche de The rogue song, de Lionel Barrymore, un extravagant film en Technicolor, une comédie musicale avec le baryton Lawrence Tibbett, et rien moins que Stan Laurel et Oliver Hardy...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yasujiro Ozu Muet 1931
5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 07:08

Les deux parents d'une famille bien comme il faut sont inquiets: leur fille a une tendance à disparaître, pendant plusieurs jours, sans crier gare. Ils s'en émeuvent et tentent de la retrouver notamment en s'adressant à une association de parents d'enfants fugueurs, où on met tout en oeuvre, y compris un profilage psychologique autour des drogues, pour permettre aux parents de retrouver leur progéniture. Pendant ce temps, celle-ci passe des auditions, et chante...

C'est plus qu'une comédie: c'est un film rigolard, vu par un iconoclaste Tchèque qui est à la fois tut content de croquer la bonne société de Long Island, et rigoureux dans la transposition de son style très distinctif. Comme dans ses films Européens, il utilise le montage pour juxtaposer et commenter les actions bien différentes des protagonistes, et bien sûr, appuie fort, très fort, sur le conflit des générations en cette période d'expérimentations, de liberté sexuelle, etc. 

Ca passe par une audition aux contours pas très bien définis: quand se situe-t-elle exactement dans la continuité? Elle est présentée en alternance avec des séquences qui voient le couple de parents tenter de se lancer dans une quête improbable pour retrouver leur fille, et se déroule, fragment par fragment, brie par bribe, jusqu'à la fin du film. Comme Forman a principalement utilisé des jeunes acteurs non-professionnels, il a réussi un joli portrait quasi documentaire, autant que burlesque de la génération Woodstock! Avec les parents, en revanche il sort plutôt le vitriol... Dans leur quête de leur fille, il va leur arriver un certain nombre de tribulations peu glorieuses, et on n'oubliera pas de sitôt la séquence qui les voit essayer des cigarettes de drogue qui fait rire et qui rend nigaud, sous la responsabilité d'un professeur qui est un membre de la contre-culture, mais en costume... Là aussi, Forman tire le meilleur de ses acteurs, non professionnels... Il finit par nous prouver, au travers d'une scène de strip poker, que ce film a été plus ou moins vu du point de vue d'une adolescente, qui a à subir l'extravagance culturelle de ses parents décidément beaucoup trop "square" à son goût...

Mine de rien, s'il contraste fortement avec ses films ultérieurs, c'est un passage obligé de la filmographie d'un iconoclaste singulier, et en prime vous y verrez des têtes connues, même si c'est furtif. Kathy Bates, ou Tina Turner, par exemple...

 

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Published by François Massarelli - dans Milos Forman Comédie
1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 10:25

Bob Sinclar (Jean-Paul B.) est un agent secret bien dans le ton des années 70: infaillible, surhumain presque, aux prises avec des tueurs internationaux de toutes origines (ici, des Albanais) et qui porte de façon musclée la voix de la France dans les coulisses des nations, tout en lutinant à l'occasion de belles espionnes lascives...

François Merlin (J.-P. Belmondo) est un auteur minable de romans policiers de la pire espèce, vendus dans les gares sous d'avenantes couvertures qui profitent de la libération des moeurs en affichant sans scrupules de fortes poitrines. Son héros est un agent secret bien dans le ton des années 70: infaillible, surhumain presque, aux prises avec des tueurs internationaux de toutes origines (ici, des Albanais) et qui porte de façon musclée la voix de la France dans les coulisses des nations, tout en lutinant à l'occasion de belles espionnes lascives... Il s'appelle, bien sûr, Bob Sinclar.

Pendant que Bob conduit ses affaires à sa façon désarmante de bêtise et d'auto-satisfaction, François lutte: il a un divorce sur les bras, un fils qui n'est pas sûr d'avoir son bac, et des traites à payer. Son patron, l'éditeur Charron (Vittorio Caprioli), est un exploiteur odieux. La seule personne qui semble avoir un peu de sympathie pour lui est sa femme de ménage (Monique Tarbès), alors que Merlin a pour sa part repéré sa jolie voisine, une étudiante Anglaise en sociologie dont il s'est inspiré pour la dernière conquête de Sinclar, la belle Tatiana (Jacqueline Bisset). Alors que Charron, l'ennemi juré de Merlin, se voit croqué dans les romans en Karpov, chef des services secrets Albanais...

Cette tendance à refléter dans les intrigues délirantes le quotidien médiocre se retrouve tout du long du film: par exemple, un plombier qui refuse de faire son travail trouve une mort atroce dans la fiction, et les transitions en profitent parfois: on retrouve Monique Tarbès passant l'aspirateur sur une plage d'Acapulco durant une fusillade, et les personnages interrogent parfois l'auteur lorsque celui-ci, qui décidément écrit trop vite, a couché sur papier une grosse bêtise: ainsi, Belmondo-Sinclar et Caprioli se retournent-ils vers la caméra pour contester qu'un supplice concocté par Karpov implique des rats au dents imprégnés de cyanure... Le petit jeu entre réalité et fiction continue du début à la fin, il amuse beaucoup... au début, parce qu'à la fin ça s'alourdit.

Car Belmondo, désireux sans doute de se moquer de lui-même, charge autant la barque que son auteur, et on sait que Belmondo n'est jamais aussi atrocement mauvais que quand il se laisse aller, et la dernière demi-heure du film voit de Broca laisser son acteur en roue libre. Il est nettement plus touchant en Merlin, auteur timide et amoureux, qu'en Sinclar, qui par l'esprit de vengeance de son auteur, devient tout à coup impuissant, voire gay: oui, car un héros gay, en 1973, c'est le pire qui puisse arriver. Je sais, on dira "autres temps...", mais ça reste aussi inacceptable en 1973 qu'en 2021. 

Le film regorge de petits moments de bonheur quand même: mon préféré étant une séance d'interprétariat à la Goscinny: pour tirer les vers du nez d'un Albanais mourant, les services secrets n'ont pas trouvé d'interprète Albanais-Français, mais un interprète Albanais-Tchèque, un interprète Tchèque-Roumain, un Roumain-Russe et un Russe-Français... Du coup les informations (qui sont souvent inintéressantes, comme 'ah, je meurs", ou "vive l'Albanie" doivent passer par plusieurs bouches avant de faire leur effet... Mais l'incapacité à s'arrêter quand on en fait trop, et je parle autant du metteur en scène que de l'acteur ici, finit par agacer. Et si le film fera autant penser à La fête à Henriette de Duvivier pour le jeu entre création et fiction, et à la fois au Grand blond d'Yves Robert, et aux deux OSS 117 de Hazanavicius pour la parodie assumée, il pâlit devant ces trois exemples, surtout devant l'impeccable réussite du diptyque avec Dujardin, ce dernier pour sa part n'en fait jamais trop, et n'a pas besoin du prétexte des deux niveaux de réalité pour que son jeu parodique fasse mouche.

Belmondo, remarquez, n'y est pas non plus retourné, à ce second degré: cet insupportable cabotin s'est ensuite abîmé dans des productions où il allait assumer pour lui-même la vulgarité d'un Bob Sinclar, avec Le guignolo ou Le professionnel... 

 

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Published by François Massarelli - dans Philippe de Broca Comédie
28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 11:25

Dans ce premier film Californien de Marion Davies, l'intrigue joue sur un gimmick qui a été repris deux ou trois fois, avec des résultats souvent embarrassants: la réincarnation... Ou je devrais dire plutôt: la réincarnation, comment elle s'intègre dans une histoire, et comment elle devient un couteau suisse particulièrement voyant... C'est aussi une comédie, comment l'éviter?

Dans la famille Vandermuellen, richissime et avec un pedigree long comme le bras, on s'apprête à marier la fille, l'espiègle Pauline (Marion Davies); celle-ci na pas la moindre envie de se marier au Duc de Chavannes, le choix de son paternel exigeant: elle préfèrerait convoler avec son soupirant, le Dr John Grant (Norman Kerry)... Mais suite à un bal masqué durant lequel les deux amoureux se jurent fidélité, déguisés à la mode du XVIe siècle, les choses s'emballent: le financier décide de partir en croisière avec son futur gendre, et la fille, soudainement sujette aux "malaises", insiste pour partir avec un médecin... Mais très vite elle est sujette à d'autres problèmes, et sur lesquels elle n'a aucun contrôle: elle est visitée par l'esprit d'une autre femme, qui a vécu au XVIe siècle...

Le passé est introduit de façon assez adroite, d'accord en nous montrant les personnages adopter pour un bal masqué l'identité de leurs "ancêtres" de réincarnation, puis ils seront vus en flashbacks et pour quelques séquences, dont la plupart sont perdues (c'était dans la dernière bobine, la seule à ne pas avoir été préservée), les personnages sont "visités" par leur incarnation d'avant... 

Bref: au-delà du mélodrame et du fait que ces réincarnations vont permettre une intrigue à base de piraterie et de trésor perdu, de vastes fadaises, mais pas aussi hallucinantes de bêtise que, au hasard, The road to yesterday qui accumulait la balourdise quelques années après. On n'y croit bien sûr pas une seconde, et ce n'est pas le sujet... Marion Davies ne se prend pas au sérieux, fricote avec Norman Kerry, fait du yachting, porte des robes d'époques diverses (y compris, dans une scène d'ouverture au comique probablement involontaire, des peaux de bêtes...), et a l'air de s'amuser. Nous aussi, jusqu'à un certain point, toutefois.

La copie, je le mentionnais, est incomplète, et on dira quand même ici que la photographie de Hal Rosson est le plus rand atout, avec toutefois l'interprétation toujours haute en couleurs de Anders Randolf qui est ici le père de l'héroïne. Il n'y a pas grand chose à dire sur John Charles (le duc), qui dans les six bobines conservées, joue surtout les utilités à moustache. Nul doute qu'au final il devait se révéler un triste sire de la pire espèce, mais nous ne le saurons jamais...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1921 Marion Davies
27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 11:45

Une aventurière-auteure, April Poole, raconte une nouvelle intrigue qui la voit voler au secours d'une jeune noble Canadienne, Lady Diana, qui craint pour la sauvegarde d'un bijou qu'elle doit donner à sa tante. Lors de la croisière qui l'amène de Montréal jusqu'en Afrique du Sud, elle va devoir contrer les plans louches d'un aventurier qui a repéré la substitution, d'un détective un peu crétin, d'un beau jeune homme aux principes un peu compliqués, et d'une rombière qui voit de l'immoralité partout...

C'est léger, à tous les sens du terme, hélas... On sent que le scénario pouvait partir en deux directions distinctes, soit rester fermement sur le plan d'un mélodrame, soit dévier vers la comédie plus franchement, ce qu'il ne fait jamais. On a donc un petit sentiment de trop peu... Marion Davies le joue avec efficacité, suit sans trop barguigner la voie probablement tracée par W.R. Hearst, qui ne souhaitait pas la voir s'abaisser vers la comédie trop directe. Reste une mise en scène très fonctionnelle, qui est parfois enluminée par une photo impeccable. 

La copie rescapée du film, propriété de la Bibliothèque du Congrès, est amputée de sa première bobine, qui possédait un scène de bal masqué, probablement le clou du spectacle cher à Hearst dans les films de Marion Davies de l'époque. Seul un tout petit fragment de plan de cette séquence a survécu, hélas.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1920 Marion Davies
26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 11:07

Paris: un prévenu, Gérard Louvier (Gérard Lanvin), minable petit cambrioleur certain d'écoper de 10 ans au moins, s'évade le jour de sa confrontation avec un juge. Il emprunte le costume formel d'un magistrat, et est confondu avec le célèbre juge Simon par une jeune femme, la journaliste Julie Boucher (Miou-Miou): celle-ci est "montée" de Nice à Paris pour trouver de l'aide, car elle a découvert une affaire louche qui lui a valu son poste, et elle a manifestement bien besoin d'un juge anti-corruption dans sa vie. Le couple mal assorti se rend donc à Nice...

Le film, scénarisé par Poiré et Audiard, reçoit un peu des deux: au vétéran de fournir tout ce qui concerne la parodie de film noir, et on retrouve sa patte et surtout celle de Lautner dans l'exposition et le traitement sérieux et frontal de l'évasion, de la passion de Julie pour sa cause et de la façon dont la petite troupe va utiliser des moyens pas toujours très orthodoxes pour faire triompher la justice... On sent en effet Lautner bien à la manoeuvre, d'autant qu'il donne un rôle (une bourgeoise une peu, pour reprendre le mot de Miou-Miou, salope sur les bords) à sa môman, la fidèle Renée St-Cyr... 

Poiré, quant à lui, est sans doute plus présent dans les marivaudages entre le faux juge, la journaliste libérée et ses ex, et ex ex: de belles participations de Henri Guybet (qui parle fort) et de Jean-Pierre Daroussin (en amoureux éconduit, auquel il réussit à donner une vraie substance). Servi par des dialogues incisifs, le film semble osciller entre la libération des moeurs des années 70, et une nouvelle ère faite d'une recherche par Julie de confort émotionnel... Le film suivant de l'actrice et de Lautner ira plus loin dans cette direction en faisant l'impasse sur le film noir.

Parce qu'il faut bien le dire, sans grande surprise, le film est certes aimable et fort sympathique, par moment plus réussi que d'autres (dans la première partie, Julie ne sait pas qui est ce "juge" en réalité, et les deux héros vont manger dans un restaurant sur la route et bien sûr il est fréquenté par la police... ), avec ses clins d'oeil à n'en plus finir: oui, il y a encore un Volfoni. Lautner aurait-il besoin d'un "label" Lautner-Audiard pour sa petite entreprise? Au vu des répugnants films réalisé à la même époque avec Belmondo à son plus infect, dont le quasi ouvertement fasciste Le professionnel, ça me semble une évidence. 

Heureusement, ce petit film gentiment anar est si sympathique, au fond.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie
11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 08:21

Julie François (Miou-Miou) va changer de vie: un fringant attaché consulaire (Jacques Perrin) lui propose en effet de prendre la tête d'une école d'art sous contrat avec l'éducation nationale, à Pondichéry. Mais pour ça, cette quadragénaire, mère célibataire, va devoir passer le bac: A3, lettres et arts, option arts plastiques. C'est plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est loin d'être gagné... Mais elle va recevoir un soutien de taille en la personne d'un autre aspirant bachelier, de la génération d'avant: Léopold Bonhomme (Yves Robert), trompettiste de métier, veuf, qui a décidé de passer le bac afin e partager l'expérience avec ses deux petits-fils de 18 ans...

C'est une comédie sentimentale, mais doublée d'un certain nombre d'expériences narratives... Par exemple, à partir du moment où Julie et Léo se rencontrent, ils deviennent tous deux narrateurs, parfois en même temps. Une façon pour Yves Robert de se mettre un peu plus dans le film, lui qui a toujours résisté à cette opportunité de se donner des rôles significatifs, choisit pour cette dernière réalisation de se laisser aller à devenir son propre acteur. 

On ne s'étonnera donc pas que la chose soit, sans doute, extrêmement personnelle, et qu'il y ait beaucoup d'Yves Robert dans Léopold... Un Léopold qui partage des idées généreuses et vaguement utopiques avec l'acteur, des idées de gauche, je ne sais pas si vous vous rappelez, c'était avant le 11 septembre, avant Sarkozy et avant Eric Zemmour... Le personnage est généreux, comme ses films, et un peu trop porté sur les bons sentiments, donc il y a quelque chose qui cloche dans ce film: jusqu'à un certain point, il n'y a pas d'enjeu: deux personnes qui passent le bac, dont une pour laquelle c'est important; pas de romance à l'horizon: même s'ils ne se le disent jamais, les deux narrateurs nous le disent à nous, pas question de s'abandonner à une relation, il y en a un qui est décidément beaucoup trop vieux! ...Et contrairement à ce qu'aurait choisi un Eastwood, ils s'y tiennent. Aucun accroc de taille entre Julie et ses profs, entre Julie et ses camarades, entre Julie et sa grande fille, c'est un peu morne, sans doute... 

Le film est une expérience sympathique, mais aussi un bazar sans nom, avec des moments adorables et d'autres durant lesquels on aimerait être ailleurs (cette "chanson", vers la fin, qui rythme les révisions... la farce de mauvais goût d'André Dussolier en prof de philo...). Comme le metteur en scène, il est attachant; mais celui-ci a souvent été beaucoup plus rigoureux... Mais il est fort probable que Robert a choisi de finir sur ce film, et décidé de s'y faire plaisir avant tout: pourquoi pas?

Et tant que j'y pense, une prof de maths qui terrorise ses élèves en A3, en 1994? Dans tes rêves, vu le programme de maths en terminale littéraire ces années-là, c'est plutôt le contraire qui devait arriver! Je le sais, j'ai eu 14.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 11:26

Dans un avenir aussi proche qu'improbable, le célibat est mal vu, et toute personne seule doit impérativement passer 45 jours dans un hôtel où il/elle va tenter sa chance, sous haute surveillance. Au bout de cette période, elle/il sera transformé en animal s'il/elle n'a pas trouvé l'âme soeur.

Dès le départ, on peut mesurer les conséquences de cette situation, avec une scène privée du moindre contexte dans laquelle une femme qui restera inconnue gare sa voiture à côté d'un champ et abat froidement un âne. ...Son mari?

David (Colin Farrell) aimerait être transformé en homard si cette éventualité se précisait, d'où le titre... D'autant que son séjour ne se passe pas très bien au point qu'il va devoir tenter de tricher avec les règles de l'étrange hôtel, et les conventions sociales particulières (les couples ne sont pas ensemble par amour, mais par affinité: par exemple, ceux qui saignent du nez ensemble, ou ceux qui ont le même caractère).

Parallèlement, des rebelles, les "solitaires", vivent en marge et servent de monnaie d'échange pour les invités de l'hôtel. Ces marginaux qui prônent un célibat affirmé (et soutenu par des règles drastiques) sont en effet chassés par les célibataires, qui gagnent en les trucidant des points, à savoir pour un solitaire abattu, c'est une journée de plus à l'hôtel...

Le monde étrange de Yorgo Lanthimos, versant absurde, c'était déjà l'étonnant Kynodontas (Canine), dans lequel une famille en vase clos développait sa propre culture basée sur la peur absolue de l'inconnu: on y voyait déjà un microcosme dont l'émotion était bannie, et dont les rites devenaient délicieusement embarrassants, et même profondément burlesques: la danse pratiquée par ceux qui ne la connaissent pas, par exemple une constante des films de Lanthimos apparemment. Cette société pervertie jusqu'à l'absurde, filmée avec une impressionnante rigueur et une lenteur méthodique, ressemble à une version cauchemardée de la nôtre, ce qui ne l'empêche pas d'être très drôle, sinon hilarante. Il faut juste avoir l'humour bien accroché...

 

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Published by François Massarelli - dans Yorgos Lanthimos Comédie