Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 11:41

Le journal The Evening Sun, basé à Liberty (Kansas), possède une branche dont la rédaction est située en France, dans la ville d'Ennui-Sur-Blasé: The French Dispatch est une tradition du quotidien, qui s'honore d'avoir réussi à établir aussi loin de la maison-mère une tradition de journalisme intransigeant... Mais le supplément est condamné à très brève échéance, car le directeur (Bill Murray) qui vient de mourir a stipulé dans on testament que le journal cesserait de paraître après son décès. Le dernier numéro reprend donc trois articles mythiques et un éloge funèbre...

Un prologue aux trois autres parties contient un segment sur un journaliste cycliste, Herbsaint Sazérac (Owen Wilson), qui nous permet de visiter la ville; le premier des trois articles est l'oeuvre de la très respectée J.K.L. Berensen (Tilda Swinton) qui nous raconte l'étrange épopée du peintre psychopathe Moses Rosenthaler (Benicio Del Toro), depuis sont enfance au Mexique jusqu'à son enfermement dans une prison, où sa relation clandestine avec une gardienne de prison (Léa Seydoux) va provoquer une révolution artistique; le deuxième article s'intéresse à une mini-révolution qui ressemble beaucoup à Mai 68 (il y est question pour les garçons d'avoir accès au dortoir des filles à l'université d'Ennui-sur-Blasé): l'article est signé Lucinda Kremetz (Frances McDormand) qui a bien connu le meneur estudiantin Zeffirelli (Timothée Chalamet) avec lequel elle a eu une aventure; enfin, le dernier article est dû à la plume de Roebuck Wright (Jeffrey Wright), dont une enquête culinaire va se transformer en une véritable histoire policière, avec enlèvement d'enfant à la clé...

C'est extravagant, et on peut le dire tout de suite, ce film, le plus franchement excentrique de toute la production de Wes Anderson, n'a pas plu à tout le monde. Entre une ovation de dix minutes à Cannes où il a été projeté, et des articles acerbes voire vengeurs de nombreux médias de par le monde (pour certains articles, on en viendrait à se demander sil n'y avait pas une sourde, sournoise, et très ancienne envie de s'essuyer les pieds sur le petit génie Texan), la réception a été, disons, variée... Bien sûr, il y a aussi eu des critiques très positives, mais l'occasionnelle volée de bois vert est notable justement parce que c'est rare dans l'histoire du metteur en scène. Pour ma part, j'admets que le film n'est sans doute pas, sur bien des points, son meilleur, mais cette vendetta ne se justifie en rien: d'une part, Anderson a lui-même choisi de faire le contraire de ce qu'il a toujours fait en proposant un film à segments, dans lequel les personnages se multiplient, tout en amenuisant leur portée. 

Donc oui, en effet, on pourra se plaindre de rester trop peu de temps avec Lucinda Kremetz et Zeffirelli par exemple, ou on pourra déplorer que la petite amie de celui-ci soit un personnage moins développé que Agathe, la petite pâtissière (Saoirse Ronan) de The grand Budapest Hotel, qui donnait à tout le film un parfum de nostalgie triste par son passage. Mais le propos, qui à mon sens complète et prolonge The Grand Budapest Hotel (sans doute LE meilleur film d'Anderson) est bien moins de s'intéresser aux personnages, que de rendre hommage à trois univers bien particuliers, et imbriqués les uns dans les autres: la France de toujours ou de jamais, non pas celle des années 50, 60 ou 70 telle qu'elle donne l'impression d'être représentée dans le film, mais bien son double fictif, cette France vue à travers les films tournés souvent en langue anglaise, dans les années 30, 40, 50 et 60 justement, par des Lubitsch, des Wilder, Blake Edwards ou d'autres génies. Une France décalée, inexistante, que Wes Anderson recrée à grand renfort de noms tous plus gentiment impossibles les uns que les autres (Nescaffier, Le Boulier, la gardienne Simone, et... Zeffirelli?), et qui sent bon le cinéma: Love in the afternoon, Irma La Douce ou Bluebeard's eighth wife, par exemple. Et on y fume des Gaullistes...

Autre tradition explicitement référencée, celle du cinéma français. Comme j'en ai marre qu'on profite de Wes Anderson pour montrer sa science en ce qui concerne Godaut et Truffard, qui sont effectivement tous deux dans le panthéon du cinéaste (c'est son droit), je vais me contenter ici de rappeler deux choses: d'une part l'influence évidente de Jacques Tati, plus forte sur ce film que d'habitude, et dont Anderson a emprunté la géniale maison-dédale de M. Hulot (c'était dans Mon Oncle); et d'autre part le commissaire joué par Mathieu Amalric est un ancien colonial, moustachu et malade, qui a ramené des colonies un petit orphelin métis. Il ressemble tellement à l'inspecteur Antoine (Louis Jouvet dans Quai des orfèvres de Clouzot) que c'en est troublant.

Enfin, il y a la presse, celle qu'on vilipende partout, de complotisme en manifestations, d'éditoriaux de tout petits candidats fascistes, en colère infantile de tous petits candidats d'extrême gauche. C'est pareil aux Etats-Unis, où un président a pu tenir quatre ans à nier tout et n'importe quoi en attaquant systématiquement les journalistes, pourtant la presse est supposée être une institution aux Etats-Unis. Anderson utilise donc le cinéma, et ses possibilités, pour envoyer une lettre d'amour amusée aux journalistes de terrain, comme il avait inscrit son film précédent dans une logique profondément littéraire. Avec The French Dispatch, on voit à l'oeuvre des journalistes investis à 100 % dans une recherche souvent tellement précise et minutieuse qu'elle en devient absurde, comme Berensen qui semble avoir passé sa vie entière à écrire un article sur Rosenthaler... des journalistes qui sont autant d'auteurs, et qui dépendent d'un rédacteur en chef qui saura exactement trouver quoi prendre et qui laisser dans leur production... Bref, des pros et des artistes. D'où un sens aigu de la digression qui se retrouve dans la forme délirante du film.

Et c'est peut-être ce qui a gêné dans ce film étrange, cette façon, mélangeant une constante référence au texte, dans ces images toujours aussi impeccablement et géométriquement horizontales, avec ces mouvements d'une caméra habitée qui nous oblige à la suivre, un coup à droite, un coup à gauche. Le film est un dédale de sollicitations textuelles, sonores et picturales, en 1:33:1 sur une large part mais pas que, aux couleurs pastel, mais parfois en noir et blanc en fonction des besoins... Il y a même de l'animation mal fichue (moins plaisante aux yeux en tout cas que les maquettes en image par image des poursuites de The Grand Budapest Hotel). La musique d'Alexandre Desplat est sans doute la partie la plus normale de ce drôle de film! C'est épuisant, mais on s'y fait très vite, et on sait qu'on y reviendra justement avec le plus grand plaisir... Enfin, moi, en tout cas.

Et pour finir, vous avez un aperçu du casting exceptionnel dans cet article. Mais il y a en a d'autres, et non des moindres... Allez y faire un tour, vous verrez...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Comédie
25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 17:13

On appelle ça une sex comedy, c'est un genre à part entière, et si American pie a probablement été à la base d'une résurgence importante de la chose, menant en droite ligne à ce film, le fait est que depuis les années Corman, quand le célèbre producteur a profité de la libération des moeurs pour s'engouffrer dans une brèche (nudité drogue lycée etc), le cinéma Américain n'est pas revenu en arrière, et les exemples sont nombreux, bons ou mauvais. Après tout, à des degrés divers, American college ou Fast times at Ridgemont high font eux aussi partie du club...

Donc, Scotty termine une année de lycée, et se réjouit de passer l'été avec sa petite amie Fiona... Ce que Scotty ne sait pas, c'est d'une part que cette dernière l'a trompé durant une année entière avec une application, une rigueur et une duplicité remarquables. Ce que Scotty ne sait pas non plus, c'est que c'est même devenu une chanson, qui va faire un malheur: Scotty doesn't know. Quand il raconte son malheur à son correspondant Allemand, il a la surprise de recevoir un message équivoque de ce dernier, et l'insulte en retour... avant de comprendre son erreur: Mieke, l'Allemand, est une Allemande; elle est merveilleuse, et maintenant, vexée, elle a coupé les ponts: une seule solution...

Partir à Berlin, bien sûr. Mais en chemin, on visitera aussi Londres, ses Hooligans, une plage de nudistes (tous masculins), Amsterdam, Bratislava, Rome, et même le Vatican et tant qu'à faire les appartements du pape. Et toutes les conneries possibles et imaginables, tous les excès possibles, seront tentés et généralement réussis.

C'est là ce qui sauve le film, et je persiste et signe: c'est tellement idiot, basique, simpliste, ridicule et bas du front que ça en devient génial. Il aura fallu attendre ce film pour voir une horde de quarante nudistes (dont des bien vieux et ratatinés) courir après des Américains tous plus coincés les uns que les autres... Il y a ici une belle façon d'assumer glorieusement la bêtise la plus crasse, et de faire appel aux plus vils bas instincts du public. C'est un mal nécessaire. Et sinon, oui, c'est bien Matt Damon.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:36

Voici un film plus élaboré que d'habitude, qui nous est manifestement arrivé complet: un prestidigitateur avise un mendiant, lui donne, par magie, de quoi manger, et pour finir le transforme en bourgeois: il devient alors pingre et refuse l'aumône à un pauvre. Mais c'est, hélas pour lui, le magicien...

Un cas étrange: c'est sans doute un film au scénario très personnel, parce qu'on n'y retrouve pas du tout de la trace habituelle de l'influence de Méliès sur Alice Guy. Chez le magicien de Montreuil, un illusionniste de cinéma, c'est un prestidigitateur assisté par des truquages techniques, pas un magicien... Or ici, Alice Guy fait se promener ses protagonistes dans les rues (il y a trois plans) et utilise les truquages pour toucher à la magie, la vraie. C'est un peu rustique, mais ça a l'avantage d'être assez original. Et il y a une morale...

Mais laquelle? s'agit-il de dire (on est chez Gaumont, la compagnie fort catholique et droitière des gens comme il faut) que les pauvres, si on leur donne la charité ça les rendra égoïstes et profiteurs, ou le message est-il que quand on est un bourgeois, on est un salaud avare? J'aime mieux la deuxième interprétation, rien que pour embêter Léon Gaumont.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:32

Deux clowns essaient de prendre une photo d'une statue qui a la bougeotte, et leur joue à sa façon des tours...

Que la statue ne soit pas immobile est connu dès le départ par les deux autres protagonistes, puisqu'ils essaient d'en régler la position à l'aide d'une manivelle... Mais il faut plus le deviner que le voir, ce qui pose la question de la lisibilité de ce cinéma premier, dans lequel la caméra se mettait à bonne distance d'un inamovible proscénium. Mais la statue qui bouge aurait pu donner lieu à des gags nettement plus satisfaisants si ça avait été à l'insu des deux clowns... Au lieu de cela, on a face à nous un interminable film de cinq minutes...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Alice Guy Muet
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:27

C'est, à l'origine, un spectacle donné par des acrobates burlesques: ceux-ci interprètent des maçons qui sont sur un échafaudage, et qui en se passant des sacs de ciment, en projettent un peu partout y compris sur des gendarmes qui passaient par là.

Comme souvent dans la comédie contemporaine de ce film, c'est assez frustrant, et pour tout dire fortement basique. Notons quand même que même à la très respectable Gaumont, le pandore en prend plain la figure...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:16

Un homme tente de se déshabiller pour prendre un bain, mais il en est empêché par le fait qu'à chaque fois qu'il enlève un de ses vêtements, un autre le remplace... comme par magie cinématographique.

Continuant à observer les tendances du cinéma de son époque, Alice Guy a donc, avec ce film, donné sa propre version du Déshabillage impossible, de Méliès, un film qui date quand même de 1903. Elle y utilise la technique chère à Méliès d'arrêter la caméra au bon moment et d'en reprendre l'activité afin de donner à voir des transitions fantastiques... Un truquage (ou un effet spécial, rien que pour embêter ceux qui pensent que ce terme a du attendre l'arrivée de l'informatique dans le cinéma!) déjà fort bien connue à cette période

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy Comédie
16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 17:30

Alfred Boulard (Maurice Chevalier) est électricien, mais ça n'empêche personne de pousser la chansonnette. Un jour, avec sa petite amie Suzanne (Josette Day), ils se décident à se rendre à une audition, où l'aspirant chanteur fait une très belle prestation... devant des chaises vides. Tant pis... mais alors qu'il fait son travail d'électricien, dans un hôpital, on a besoin d'une transfusion en express, et il est donneur universel. La malade est une actrice connue internationalement, Mona Thalia (Elvire Popesco). Non seulement la nouvelle fait le tour de Paris, mais en prime, Mona décide de pousser la carrière d'Alfred, sous deux conditions: d'une part, il doit faire de la tragédie; et d'autre part, il doit, alors qu'ils sont en week-end dans le spacieux château de la vedette à La Baule, la rejoindre dans sa chambre...

Une comédie chez Duvivier? Et pourquoi pas, après tout? Pour Hitchcock, c'était pareil: dès qu'on a prononcé le nom du cinéaste, on parle de suspense. Les béotiens parlent même d'horreur... Non, avec Duvivier, c'est le romantisme foncièrement pessimiste de son oeuvre qui est systématiquement mis en avant, et on pense à Panique, à La belle équipe... C'était pourtant un metteur en scène très versatile, qui a toujours gardé une part de comédie dans de nombreux films qui n'en sont pas: son Poil de Carotte de 1925, ou encore La fin du jour, Pot-Bouille et même La chambre ardente, l'un de ses derniers films, possèdent tous de nombreux et merveilleux moments d'humour plus que volontaire. Et que penser du Mariage de Mademoiselle Beulemans, de Allo Berlin, ici Paris, des deux Don Camillo, de La fête à Henriette, de L'homme à l'imperméable ou du Diable et les dix commandements? Autant de films qui sont tous différents, mais certains d'entre eux sont totalement des films de l'auteur Duvivier... L'homme du jour n'est pas en reste, qui s'inscrit dans la continuité de la thématique abordée par le réalisateur dans son film immédiatement précédent, rien moins que La belle équipe!

Alfred Boulard, le chansonnier qui ne percera décidément jamais, c'est un type du peuple, un homme qui avant la célébrité soudaine, factice et embarrassante dont il va disposer, est heureux en amour, copain avec ses colocataires de la petite pension de famille où il vit, et a un travail qui lui laisse le temps de rêver. La tempête médiatique (comme on ne disait encore pas à l'époque) qu'il traverse va tout lui enlever, et il sera tout seul... L'image de la solidarité populaire en prend un coup, et les braves gens dans le film sont tous des égoïstes superficiels... Le monde du spectacle en prend un coup aussi: Elvire Popesco n'avait pas grand chose à faire pour être profondément irritante, elle y parvient admirablement ici, en vedette de pacotille qui n'a pas son pareil pour tirer en permanence la couverture à elle-même; son agent, qui essaie de sponsoriser Suzanne dans l'espoir de coucher avec elle, n'est pas mieux, mais les artistes vus et entendus ne sont pas tristes non plus: un chanteur interprété par Raymond Aimos dans l'audition est une caricature infâme d'un chanteur réaliste, et Suzanne quant à elle est absolument atroce. Josette Day, qui a rarement été aussi bien dirigée (elle a tourné pour Pagnol, ceci explique donc cela) s'en donne à coeur joie!

La comédie est franche et bien enlevée, sans le côté foutraque des derniers tiers des films de René Clair, par exemple: ici, Duvivier tient le cap, et avec des dialogues formidables de Spaak et Vildrac, s'amuse comme un fou. Alfred ira loin, jusqu'à se faire arrêter suite à une bagarre de rue: celle-ci est un peu poussive, mais la scène qui suit, dans un commissariat, est un sommet d'humour à tous niveaux: gags visuels, rythme, dialogues, et loufoquerie ambiante... Alfred va également, dans une scène fortement amusante, dialoguer avec Maurice Chevalier lui-même, un exercice périlleux, et ça passe comme une lettre à la poste. Quelques chansons sont chantées (dont deux classiques, Prosper et Y'a d'la joie, excusez du peu), mais toujours en situation, ce n'est pas une "vraie" comédie musicale... et c'est une constante surprise, un film qui mérite d'être évalué à égalité avec d'autres grands films du metteur en scène dans les années 30.

Maintenant, le film n'a pas de fin tragique du tout, mais pour une morale de conte de fées, on repassera: les acteurs riches resteront des acteurs riches, les électriciens des électriciens, et les vendeuses de fleurs esseulées resteront, désespérément, des vendeuses de fleurs esseulées...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:38

1981: alors que la France prépare des élections durant lesquelles la peur d'une hypothèse de l'arrivée au pouvoir de la gauche semble très partagée par le personnel des services de renseignement, Hubert Bonnisseur de la Bath reçoit une mission importante, celle d'aller récupérer un espion parti en Afrique et dont on est sans nouvelles... Il en profitera pour écraser une rébellion légitime et assurer la solidité d'une dictature amie de la France...

On a accueilli la nouvelle du retour de l'espion le plus lamentable du cinéma français avec plaisir... Mais c'était avant de savoir que cette fois Michel Hazanavicius ne serait pas de l'aventure, et on le comprend: il a autre chose à faire, après tout, et on peut forcément admettre que de refaire une troisième fois un passage par une franchise serait un choix difficilement justifiable. Par ailleurs, et histoire d'enfoncer le clou, la raison qu'il a invoquée était que le script ne lui a pas vraiment semblé intéressant: bref, on tourne en rond...

Certes, Dujardin (qui ressemble à Chirac et semble en permanence sur le point de citer l'infâme discours de Dakar de Sarkozy) reste Dujardin, et la façon dont le film inclut l'âge du comédien en insistant sur l'idée de la relève, incarnée par Pierre Niney, offre des possibilités. Mais si le script de Jean-François Halin est plein de bonnes idées, notamment de tirer sur le comportement sempiternel de la politique française vis-à-vis de l'Afrique, la façon dont Bedos a traité le racisme du personnage manque de subtilité. Chez Hazanavicius, le personnage se suffisait à lui même, c'était tout le projet qui était baigné d'une sorte de second degré permanent. Pas ici, où on a le sentiment que les scènes doivent commenter le racisme de OSS 117, comme pour nous rassurer, ou par pédagogie. Je sais bien qu'il y a beaucoup d'imbéciles racistes en France, et que tous ne sont pas candidats à la présidentielle, mais ceux-là vont-ils aller voir un tel film? Bref, c'est bien maladroit, et le rire (on rit souvent) s'étrangle parfois dans l'irritation...

Et dans la gêne: c'est bien long, tout ça. Pour d'excellentes idées (le générique époustouflant qui met OSS dans les pas du James Bond de Roger Moore et copiant Maurice Bonder), on a aussi des scènes qui se traînent, des moments où on a l'impression que l'intrigue prend le dessus (sacrilège), et surtout, surtout, on va le confirmer, même si on le savait déjà: Nicolas Bedos n'est pas Michel Hazanavicius. Il 'est pas un cinéaste passionné par la forme, qui va inclure cette dernière en première place de ce qu'il souhaite faire, en se glissant dans un genre et ses contraintes formelles avec un talent insoupçonnable. Chez Hazanavicius, le style est indissociable du fond, c'est pour ça que The artist est muet, c'est pour ça que Rio ne répond plus ressemble tellement à un film de 1967. Celui-ci ressemble à une tentative de faire vintage, comme on dit. Alors R12, Walkman, ordinateur portable de 54 kilos, pantalons larges... mais le tout inscrit dans un film où le style se résume parfois à d'improbables plans-séquences embarrassants qui ne ressemblent à rien, ou une scène de nuit au bleuté qui bave tellement qu'on se demande franchement si on n'aurait pas été plus tranquille à la laisser telle quelle, c'est à dire en pleine lumière. Bref, ce n'est pas très sérieux, tout ça.... enfin je me comprends.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:29

Sur la terrasse d'un cabaret, un client demande une absinthe, et ne faisant pas suffisamment attention à ses gestes, ajoute de l'eau... dans son chapeau au lieu du verre. Quand il boit, le liquide est pur. Il s'ensuit une scène de confusion bien compréhensible...

C'est un peu un retour à L'arroseur arrosé des frères Lumière, avec des occasions manquées: à distance, par exemple, la scène (un seul plan, c'est encore la règle que de se passer du montage) n'est pas des plus lisibles. Un couple à droite qui a vu l'incident n'est utilisé que pour souligner la drôlerie (qui, on le pense bien, c'est quelque peu émoussée 120 années plus tard!) en riant de bon coeur, et le final trahit l'amateurisme des comédiens, avec un garçon qui attend les instructions en regardant vers la caméra avant d'arroser son client qui s'étrangle...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:14

Tourné en un plan unique, nous voyons un épisode Parisien qui aura de la descendance: des cambrioleurs sont appréhendés sur les toits par la maréchaussée sous l'oeil des habitants...

C'est la découverte d'un terrain de jeux qui fascinera les cinéastes de chez Gaumont et Pathé, puis les Italiens et les Américains, dans d'innombrables comédies tournées à des cadences infernales: les toits des villes, et leurs improbables possibilités... 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie