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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 16:13

Emile est veuf, et il pêche. C'est à peu près sa seule activité valable, même s'il a une vie sociale: il fréquente beaucoup le bar de son village avec les copains, et surtout il ne pêche pas seul: son copain Edmond l'accompagne, et bien sur ils se livrent à une concurrence acharnée: c'est toujours Emile qui gagne, tant en terme de nombre de poissons pêchés qu'en terme de grosseur des bestiaux. Mais un jour il apprend quelque chose qui le souffle: son copain lui cache, ainsi qu'à tous les autres d'ailleurs, qu'il se rend à la ville parfois, et qu'on l'y voit en fort galante compagnie... Edmond passe aux aveux, et admet qu'il a depuis quelques temps une vie sentimentale échevelée, et que Lucie, qu'il a rencontrée lors de réunions de danse, est sans doute la femme de sa vie. Mais plus encore: Emile, qui a fait un trait sur ce chapitre, apprend que son ami a une vie sexuelle débridée... Le problème, c'est qu'Edmond, qui ne se modérait sans doute pas assez, meurt un jour, d'un coup. Et Emile va rencontrer Lucie lors des obsèques: il prend donc la décision de faire comme son copain, mais pour tout un tas de raisons ne va pas pouvoir mener son plan de reprendre le cours de son existence comme il l'aurait voulu, il prend donc la décision de partir en vacances, pour en finir une bonne fois pour toutes, ou pour retrouver les lieux de son enfance, mais c'est un voyage qui va lui apporter une véritable renaissance...

Les "petits ruisseaux" du titre sont bien sur ceux qui se retrouvent pour former une gigantesque rivière, puis l'océan. Tout est connecté, et tout le monde est connecté... le film, en forme de clin d'oeil souvent touchant, parfois triste, toujours drôle, jamais méchant, montre que rien n'est inéluctable. Emile, plongé dans le cours d'eau de son enfance, en compagnie de deux jeunes femmes nues comme au premier jour, va avoir l'énorme surprise de constater que là, au milieu de son corps, la vie se réveille (La scène est célèbre, et on peut d'ailleurs la voir dans la bande-annonce. Pour parler crûment, Daniel Prévost dit "Tiens? Je bande!") après des années d'inactivité... Le film explore avec tendresse la vie d'un vieil homme pas si vieux que ça, qui a renoncé à tout, et qui l'espace d'une escapade, va reprendre gout à tout, y compris d'ailleurs à ce à quoi il n'avait jamais gouté: la danse, le rock 'n roll, le cannabis, les bains naturistes, et même le sexe avec une jeune femme qui a quarante ans de moins que lui, avant de mordre à pleines dents dans sa vie, et de faire la rencontre d'une femme sur la même longueur d'ondes que lui. Et comme c'est Daniel Prévost, il est impossible de ne pas être touché par Emile et sa gaucherie, même avec ses copains, dont soyons clairs aucun ne serait un bon candidat pour polytechnique...

Rabaté est aussi un graphiste de talent, et son film, le premier de ses longs métrages, est inspiré de sa bande dessinée du même titre. Il y appelle un chat un chat, et se repose beaucoup sur la nudité, ce qui lui permet de toucher juste, avec Prévost, mais aussi Hélène Vincent, Philippe Nahon et Bulle Ogier leurs autre complices, qui ont accepté ce voyage au pays de leur propre vieillesse avec un aplomb admirable. Le film est une leçon de vie, en même temps qu'une observation qui fait mouche. La bande dessinée me paraissait un brin triste voire méchante, ce n'est absolument pas le cas avec le film, qui garde par contre de l'original une rigueur et une profondeur dans la composition qui sont impressionnantes. le texte est sur, précis, mais c'est loin d'être tout, le cadre de ce film est constamment parfait. Avec en prime une façon décalée de traiter certaines choses: rabaté a une obsession pour les petites voitures sans permis qui font que le film, par moment, va se promener dans un monde proche de Tati, de Pierre Etaix, voire des grands burlesques Américains, qui eux aussi savaient composer une image...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pascal Rabaté
3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 18:44

The big parade a semble-t-il tout débloqué: avant 1925, les films qui abordaient la première guerre mondiale aux Etats-Unis étaient généralement des productions très classiques, patriotiques et assez compassées... à une ou deux exceptions près, comme on le verra tout à l'heure. Et la sortie du film de Vidor a permis un réexamen de la guere, une désacralisation aussi, qui fait qu'on n'avait plus cette obligation de présenter la guerre sous l'angle cocardier. On pouvait prendre de la distance et la traiter avec humour, comme l'a fait en particulier Walsh avec What price Glory en 1926; Chaplin (en 1918!) et Langdon (En 1924 avec Soldier man) avaient fait des films burlesques courts qui tournaient la guerre en dérision, et ce film Warner, scénarisé par Darryl F. Zanuck, est un rare exemple de long métrage burlesque consacré à la première guerre mondiale. Il met en scène Sydney Chaplin, qui s'était déjà illustré aux côtés de son frère dans Shoulder arms! en 1918...

Old Bill (Syd Chaplin) est un soldat Britannique, simple troufion depuis 30 ans, qui participe au conflit mondial. Stationné avec son régiment à Boucaret en France (Je ne l'ai pas trouvé sur une carte, je pense que c'est dans le Cher-et-tendre), il coulerait presque des jours heureux malgré la menace permanente. seulement voilà: rien ne va plus, il y a un traître dans la troupe, et les Allemands vont venir prendre le village et avec lui, la petite vie tranquille du soldat. Il va, personnellement, et avec des méthodes pas vraiment orthodoxes, contre-attaquer de la plus éclatantes des manières...

C'est bon enfant, et Reisner, co-scénariste, a à mon humble avis du demander de l'aide à Syd Chaplin aussi souvent que possible. celui-ci domine cette joyeuse pochade aux allures de grosse farce, dans laquelle il replace parfois des gros gags dont certains viennent en droite ligne de la filmographie de son frère (J'ai reconnu un gag en particulier que Charles avait utilisé dans The pawnshop, et c'est précisément un des films dont Syd a été le gagman officieux, donc la paternité lui en revient sans doute). Parmi les films rares de Syd Chaplin, divisé en deux catégories, celui-ci fait plutôt partie de la division des grosses moustaches, par opposition au plus subtil (Et bien meilleur si vous voulez mon avis) Charley's aunt (Scott Sidney, 1925). Mais Syd Chaplin, sa gestuelle sure, sa présence et sa tendresse font qu'on s'attache, et en prime, il y a ici un rôle pour le grand Edgar Kennedy, qui de temps à autre était sollicité par un autre studio que Roach. Des bonnes raisons de s'attarder sur ce petit, mais fort attachant, film...

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Published by François Massarelli - dans Muet Première guerre mondiale Sydney Chaplin Comédie 1926
17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 08:45

Une comédie avant tout, voilà ce qu'il faut retenir de Tootsie: comme tant d'autres, glorieux ou non, avant lui, le film de Pollack n'est pas un pamphlet, un brulot visant à changer le monde, mais fait le point, et montre l'état des lieux d'une certaine vision des rapports hommes-femmes, à une période qui fait suite à l'explosion des contestations, parmi lesquelles la cause féministe a beaucoup fait parler d'elle. Mais ce qui frappe, et qui pourrait aisément jouer contre le film pour certains et certaines, c'est bien sur le fait que ce film, qui joue avec brio la confusion des genres, est vu du point de vue d'un homme, et que c'est un homme qui va affirmer l'égalité, et remettre les hommes à leur place. Sauf que Pollack aussi bien que Dustin Hoffmann ont su trouver le ton juste afin d'éviter de tomber dans une forme de paternalisme féministe... Le film est aussi (Surtout?) un beau film sur l'acteur, cet être qui doit, parfois, abdiquer sa personnalité afin d'en incarner une autre. Quel meilleur exemple que l'histoire du chômeur qui n'a pas trouvé d'autre issue que de devenir une femme afin de trouver le travail idéal?

A New York, Michael, un acteur doué pour le théâtre mais pas du tout pour les compromis, cherche désespérément un rôle, afin surtout de financer une pièce qu'il souhaite monter, mais qui n'attire aucun producteur. Il accompagne un jour une amie, l'actrice Sandy (Teri Garr), pour une audition; le rôle qu'elle convoite est celui d'une administratrice dans un hôpital, pour un 'soap', mais elle est refusée avant même de pouvoir tenter le rôle. Il apprend par son agent (Sydney Pollack) qu'il ne se trouvera personne pour lui donner un rôle en raison de son exigence (Il discute de tout, y compris des sentiments d'une tomate qu'il doit interpréter dans un spot publicitaire), et finit par tenter l'impossible: déguisé, il se rend aux auditions pour le feuilleton, d'autant qu'il a aidé Sandy à préparer le rôle, et grace au culot de 'Dorothy Michaels', le personnage qu'il s'est inventé, il obtient le rôle. A lui désormais, pour un mois, de dissimuler son identité, de passer pour une femme, de cacher à Sandy qu'il lui a soufflé le rôle qu'elle convoitait, de gérer une relation forcément difficile avec Julie (Jessica Lange), une actrice du soap avec laquelle il sympathise forcément, mais qui croit su'il est une femme... Mais surtout il va lui faloir faire avec l'immense talent de Dorothy Michaels, qui lui pose bien des soucis: elle est tellement bonne et tellement populaire, embrassant dans des improvisations hallucinantes la cause des femmes qui avaient jusqu'alors été mal considérées dans le feuilleton, et sa popularité lui font faire des ravages dans les coeurs: Michael/Dorothy doit faire attention à John Van Horn, le vieil acteur qui se croit séducteur ('Horn', ça débouche sur "horny", un adjectif qui veut dire "sexuellement excité"), mais surtout à Les, le père veuf de Julie, qui est amoureux de Dorothy... Et surtout, Dorothy est coincée dans son contrat pour 1 an!

Dorothy n'est pas, surtout comparée aux deux actrices (Jessica Lange et Geena Davis) avec lesquelles elle partage l'affiche, un canon, loin de là. D'ailleurs à plusieurs reprises, il est fait allusion à son age, ce que renforce sa tendance à porter des vêtements stricts et d'un autre age. Elle porte une permanente, ce qui la pousse à dormir avec des bigoudis, et sa pomme d'adam prononcée lui empêche le port du décolleté... Mais elle devient, dans ces matérialistes années 80, le symbole d'une certaine femme Américaine: son culot, la façon dont elle entreprend de dominer les scènes en fonction de son instinct, et le talent naturel de metteur en scène de théâtre de Michael font le reste... Mais le film pousse le personnage de Michael, ainsi que les rares à être au courant de la situation (Jeff, interprété par Bill Murray, est le co-locataire de Michael, et sinon le seul autre à savoir est George, l'agent) à évaluer dans quelle mesure le rôle finit par vampiriser l'acteur... On assiste donc ici à la confusion des sexes, soit un domaine rabaché par la comédie Américaine depuis les années 30, mais le conflit ici est au sein d'une seule et même personne, et le dialogue formidable joue beaucoup sur cet aspect. Et 'Dorothy' permet à un certain nombre de personnes, directement ou indirectement, de faire le point sur leur vie: Julie pour commencer, qui va devenir plus forte, alors qu'elle végète dans une histoire d'amour mal fichue dont elle est l'esclave, et qui a une petite fille de 14 mois alors qu'elle est célibataire. L'arrivée de Dorothy dans le casting de la série lui permet enfin de s'affirmer, et elle rejoint son amie dans sa prise de ppouvoir sur le show, tout en venant à comprendre qu'il lui fait rompre avec son metteur en scène. Les, le père de Julie (Charles Durning, The big Lebowski!), va remettre son célibat en question, et Sandy va enfin déclarer son indépendance vis-à-vis de Michael... Qui lui va découvrir la femme cachée en lui, qui lui permet enfin d'être 'un meilleur homme qu'il n'a jamais été'...

Riche, drôle et réussi, ce qui est avant tout une comédie de situation très bien menée n'est donc pas l'annonce d'une révolution féministe, juste un film qui, avant que le Reaganisme ne nivelle tout par le bas en imposant de nouveau une hiérarchie sexuelle, permet aussi une reflexion juste sur la perception de la femme dans notre société, et qui le fait en passant par un personnage troublant, une femme mal fichue, vieux-jeu, mais drôlement forte, qui va à l'encontre des canons sexistes de la beauté, et le fait en plus en jouant en permanence contre...lui-même. Dustin Hoffmann l'a toujours dit, pour lui le film n'est pas une comédie, mais une vraie rencontre.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Sydney Pollack
4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 10:50

Ray (Tom Hanks) a sans doute trop travaillé, et il a pris une semaine de repos avec l'intention bien claire de ne rien faire. Mais alors rien... Et comme James Stewart dans Rear Window, mais avec la mobilité en plus, il observe inévitablement ses voisins dans leur vie de tous les jours, ce qui désole son épouse Carol (Carrie Fisher). Mais dans ce qu'il voit, il y a surtout un problème: leurs nouveaux voisins, les Klopeck, que personne n'a jamais vu, qui un jour ont remplacé le couple de retraités qui vivaient avant dans leur vieille bâtisse toute vermoulue... Ils font des bruits étranges, ils ne se sont pas présentés ce qui est une faute de goût dans toute banlieue qui se respecte... Le mystère va s'épaissir avec la disparition soudaine d'un autre voisin, Walter, mais aussi avec la découverte d'un fémur par un chien, juste sous la palissade qui sépare la maison de Ray de celle des Klopeck. Ray, son copain Art (Rick Ducommun) et le vétéran du Vietnam Mark Rumsfeld (Bruce Dern) mènent l'enquête, avec de biens piètres résultats...

Dans la longue, tumultueuse et étonnante carrière de Dante, The 'Burbs se situe entre sa participation à Amazon women from the moon, le film à sketchs de John Landis (Intitulé Cheeseburger film sandwich dans notre pays, et ce titre franchouillard est probablement ce que le film a de meilleur) et le long métrage controversé et haï par lequel il a tout perdu, Gremlins 2: The new batch. On peut considérer que The 'Burbs est l'aboutissement de sa carrière de réalisateur, même si les avis sont lourdement partagés. Avec son pedigree étrange, un tiers parodie de film fantastique, un tiers de satire joyeuse et grinçante de l'esprit de la banlieue, et Joe Dante oblige, un tiers de méta-film sur le rapport compliqué entre les terribles choses à voir et celui qui les voit avec fascination et un peu de pop-corn: un cocktail trop compliqué pour les vieilles gloires de la critique que sont les Roger Ebert et autres distributeurs impénitents de bons points, de notes et d'étoiles. Pourtant j'émets une hypothèse: The 'Burbs est son meilleur film, celui dans lequel justement il ne se force pas à choisir entre le fantastique et sa parodie, tout en se livrant à ce qu'il fait de mieux, la critique de nos médiocrités vues par le biais de la fascination envers nos médias. Tom Hanks et ses copains dans ce film sont des minables, des losers, et des beaufs de premier choix. Et comme le fait remarquer l'un d'entre eux, après avoir passé un film entier à chercher la petite bête pour expliquer par les plus alarmantes et les plus désastreuses hypothèses le comportement quelque peu étrange de leurs voisins les Klopeck, les êtres maléfiques, ce sont sans doute eux, ces Américains moyens qui s'arrogent le droit d'aller espionner chez leurs voisins parce que leur médiocrité ne ressemble pas à la leur...

Et la comédie avance à coup de parodies réjouissantes, enchainées sans temps morts (Ah, la parodie de western à la Leone, avec gros plans des yeux d'un caniche!) et d'allusions au péché mignon de Dante, l'insertion de séquences dans lesquelles des enfants regardent la télévision, ou encore les extraits des films que regardent les protagonistes. Dante s'est fait plaisir, avec ici des extraits magnifiquement insérés de Texas Chainsaw massacre, de The exorcist et d'un autre film particulièrement bien choisi; et il y a Ricky (Corey Feldman), un ado qui prend toute cette affaire en spectateur, et pour les dernières 45 minutes du film, s'installe sur sa terrasse avec tous ses copains et des pizzas, pour assister à l'étrange film qui se déroule sous leurs yeux... Joe Dante a réussi à transformer la banlieue Américaine en un film trépidant, qui s'en plaindrait? Les critiques, aparemment.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Comédie
29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 09:28

A la fois film intemporel et pur produit de son époque, The party est la profession de foi d'un grand cinéaste, dont on n'a probablement jamais reconnu le talent singulier. Bien sur, sur ce film en particulier, ou sur Breakfast at Tiffany's, Victor Victoria ou 10, on a reconnu sa relative importance, mais Blake Edwards, dont la carrière s'est faite à Hollywood, est souvent pour les critiques l'objet d'un "oui, mais" cinglant: comme si on ne pouvait parler de lui sans mentionner à un moment ou à un autre les films supposés "indignes" qu'il aurait commis. Selon les uns, ce sera The Pink Panther et ses suites, selon d'autres toute sa production depuis 1982... On ne sortira jamais d'un débat comme celui-ci: Blake Edwards est un metteur en scène qui a parfois été amené à faire des films qu'il n'avait pas envie de faire. C'est le cas de The Pink Panther, dont il était finalement assez fier dans la mesure ou il avait réussi à en détourner le style, le propos, jusqu'à y imposer sa propre touche. Et je pense que si le réalisateur pouvait revendiquer un film (en plus de sa superproduction de 1965 The great race, une merveille assumée d'un bout à l'autre de ses deux heures et demie), c'est bien The Party.

Rappelons les faits: égaré dans les années 60, l'auteur vouait un culte particulier au burlesque des années 20, et surtout à Laurel et Hardy. cet aspect se retrouve dans toute son oeuvre, et cet amour du duo le plus notable de l'histoire du cinéma s'affiche au générique de The great race qui leur est dédié. De fait, durant les turbulentes, bruyantes et bavardes années 60, Edwards est sans doute le seul aux Etats-Unis à se pencher avec insistance sur le cinéma muet, sa science de la comédie, et sa logique purement visuelle. Voilà l'enjeu véritable de The party, qui n'est pas qu'une caricature de Hollywood au repos: certes,il fallait bien un cadre. Celui-ci est admirablement campé (Une villa richissime qui appartient au richissime directeur d'un studio, dans laquelle ses richissimes employés, amis et obligés viennent participer à une réception), et suffisamment réaliste pour qu'on ne se pose aucune question; le principal ingrédient de ce film sera le grain de sable. Celui-ci s'appelle Hrundi V. Bakshi, est figurant, distrait et maladroit, et il est interprété par Peter Sellers, qui n'a pas son pareil pour rompre la glace dans une situation embarrassante d'une phrase comme "Parlez-vous Hindoustani?".

Faire rire, c'est un métier, un savoir-faire: ça nécessite des idées, du talent, mais aussi une science des rouages, et un sens du dosage. C'est tout cet art qui est ici exposé, de gags en gags, à travers des enchainements, des relations de cause à effet, et une prise à témoin du spectateur, aussi douce et didactique que possible tout en étant invisible. Si on résume ce film, on obtiendra une phrase, et une seule: un acteur maladroit et qui a été invité par erreur se rend à une party, et va tout détruire... Mais dès le départ, se pose la question: comment cet homme (Un acteur Indien raté, devenu figurant minable et rayé de toutes les listes par sa maladresse ingérable) peut-il se retrouver invité d'une telle occasion? C'est bien sur par un enchainement de circonstances que l'erreur va être produite, parce qu'il ne peut en aucun cas s'agir de malveillance: pour qu'on puisse le suivre, Bakshi doit être absolument persuadé qu'il a sa place dans cette petite sauterie, du moins au début... Chaque gag, chaque situation ressort de cette logique, et le film coule tout seul, en 99 minutes parfaitement menées. On n'oubliera pas les mésaventures de Bakshi tentant de récupérer une chaussure, trouvant des stratégies pour échapper aux conséquences de ses gaffes, essayant sans savoir que tout le monde l'entend un système de haut-parleur qui envoie sa voix disant le fameux "Birdie-num-num" dans toute la maison, et la réaction de toute la bonne société Hollywoodienne à ce personnage qui ne leur ressemble décidément pas, est toujours parfaite: indifférente, surprise dans un premier temps mais pas trop; quand les gens commencent à vraiment s'impliquer, et que la colère l'emporte, c'est toujours trop tard; l'oeuvre de destruction massive est belle et bien enclenchée...

Voilà, je m'efforce de ne citer ou de ne démonter aucun gag, parce que ça casse tout, et que ça ne sert à rien: si on ne connait pas ce film, il faut le voir séance tenante. Si on n'aime pas l'humour visuel, alors on a tort, mais je pense qu'il est inutile d'aller voir cette merveille. Mais ce film est bien un chef d'oeuvre de l'humour cinématographique, qui nous peint superbement l'ambiance d'une époque, la fin des années 60, dans le Hollywood essentiellement blanc soudainement envahi par l'esprit sans malice d'un Indien qui va tout transformer en une soirée, et finir dans la mousse.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie
30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 17:05

L'un des trois films Essanay de Linder, tournés en 1916-1917 (Des deux autres, seul Max in a taxi a survécu, Max Comes across étant a priori perdu). Le but de la compagnie de Chicago était de remplacer Chaplin, ce qui est un peu naïf, mais ce film a au moins le mérite de permettre à Max Linder de réaliser un film qui suit le sens habituel de son inspiration, tout en s'accomodant fort bien de la façon de travailler alors en vogue à Hollywood, ou on avait plusieurs longueurs d'avance sur la vieille Europe. Il suffit pour s'en convaincre de comparer ce petit film avec n'importe lequel des courts métrages réalisés par Linder en 1916...

Max, donc, veut divorcer, car il ne recevra l'héritage d'un vieil oncle que s'il est effectivement célibataire. Son épouse se prète donc à une mascarade douteuse, qui consiste à le suprendre dans les bras d'une gourgandine quelconque. Bien sur ça va mal se passer, et bien sur il y aura un coup de théâtre à la fin. Le mauvais gout aurai pu l'emporter, mais le film est sauvé par un grain de folie qu'aucun de ses films Français n'a jamais eu... à part peut-être le Petit Roman (1912). Dans l'immeuble ou se trouve le héros, un proto-psychanalyste vient s'installer, et avec lui, une galerie de fous furieux (Dont Leo White, resté en contrat avec Essanay après le départ de Chaplin). Le cinéaste s'amuse à accumuler les dingos avec un plaisir contagieux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 16:50

La proximité du titre de ce film avec Cinderella (Cendrillon) n'a rien d'une coïncidence: Ella Cinders (Colleen Moore) est en effet le mouton noir d'une famille recomposée, une jeune femme délaissée, bonne à tout faire de ses bonnes à rien de belle-mère et belle-soeurs... La chance viendra de ce que son ami Waite Lifter, à la fois bonne fée et prince charmant, va lui permettre de faire: il l'aide à participer à un concours organisé par un sudio de Hollywood. Ella gagne, se rend à Hollywood, et... comme Mabel Normand dans The extra girl, de F. Richard Jones, doit faire face à une sérieuse déconvenue: le concours n'était qu'une escroquerie. Mais Ella, qui en veut, réussit à s'introduire dans un studio, et après avoir mis involontairement son grain de sel dans un ou deux tournages (Dont une scène hilarante avec Harry Langdon), se fait engager...

Inspiré d'un comic strip alors très populaire, le film est une démonstration des talents très dynamiques de Colleen Moore, qui se posait un peu comme un équivalent féminin des clowns de l'écran, en particulier Harry Langdon, dont l'apparition était rendu possible par le fait qu'Ella Cinders était une production First National, comme les films de la star de la comédie. Moore, dont le physique la rapproche de Lillian Gish (Ce qui explique le choix de l'actrice pour un remake parlant de The scarlet Letter en 1934), est une comédienne au sens Américain du terme, une femme qui utilise la plastique de son corps, son visage en particulier, pour véhiculer la comédie: on rit beaucoup grâce à elle dans ce film, riche en gags. Le plus célèbre est basé sur un trucage, pourtant: Ella, devant son miroir, essaie de travailler son regard pour apprendre à jouer la comédie, et louche de multiples façons. Il fallait l'oser... Pas sur qu'une Gloria Swanson, ou une Lillian Gish se seraient prêtées au gag! Et l'histoire du film, calquée sur celle de Cendrillon, avec une douce ironie, fonctionne aussi bien que lorsque le fameux conte est appliqué au canevas d'un mélodrame. Green, qui restera un metteur en scène à la Warner après que celle-ci ait absorbé la First National, fait très bien son travail, et Lloyd Hugues en jeune premier est parfait: du grand art Hollywoodien, quoi...

Ce film du coup est un classique, qui supporte bien plusieurs visions, et à chaque fois on est ébahi par le fait que décidément, Colleen Moore, qu'il s'agisse de faire rire ou pleurer, qu'elle se batte contre ses méchantes "soeurs", sa méchante belle-mère, un cigare ou un lion, est impeccable!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Comédie
5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 08:55

Admirateur inconditionnel de René Clair, Tchernia a réalisé quelques films en plus de son important (Et inclassable, voire "inlabellisable"...) travail pour la télévision: chantre d'un cinéma populaire dominé par l'esprit et l'humour, Ami personnel de René goscinny, c'est au scénariste d'Astérix qu'il a naturellement fait appel pour les scripts de ses deux premiers films: celui-ci et Les gaspards. Et on retrouve bien l'esprit de Goscinny dans cette histoire du siècle vu à travers un viager qui tourne à l'avantage dun vieil homme, Louis Martinet (Michel Serrault), jugé en 1930 à l'article de la mort par son médecin le Dr Galipeau, ce qui pousse celui-ci (Michel Galabru) à flairer la bonne affaire: il persuade son frère (Jean-PIerre Darras) d'acheter en viager une petite maison que Martinet possède à St-Tropez (Un petit village tranquille, peu connu, dans le Var: il n'y a personne...). Ce que les Galipeau ne peuvent pas savoir, c'est que Martinet est en réalité increvable... Et Tchernia réalisateur adopte naturellement un ton, volontiers satirique, dans lequel tout son talent pour l'image et tout son amour du cinéma transparaissent en permanence.

Goscinny révait de transcrire Iznogoud au cinéma... Devenir calife à la place du calife, ou devenir propriétaire de la maison Martinet à la place de Martinet, finalement, c'est kif-kif... On sait dès le départ que ça n'arrivera jamais, le propos est donc ailleurs: dansle reflet des turbulences du siècle vues à travers le petit bout de la lorgnette des préjugés (Politiques, xénophobes, moraux) de la famille Galipeau, des Français médiocres que Goscinny et Tchernia se plaisent à sérieusement égratigner, tout en nous laissant voir leur point de vue: là encore, on n'approuve pas Iznogoud, mais on le suit dans ses tentatives désespérées de ravir le pouvoir, parce qu'il faut le dire: il nous faut bien rire... Les Galipeau sont donc des "bons Français", menés par un Galabru qui assène à tout bout de champ des "Faites-moi confiance" qui se retournent systématiquement contre lui: il se trompe sur tout, soutenant qu'Hitler n'a aucun avenir, dénonçant le courageux Martinet à la collaboration, mais la lettre arrive en pleine libération, etc... Et le siècle se passe en images aussi: le film se joue du passage du temps, grâce aux actualités cinématographiques: Tchernia se plait occasionnellement à intégrer des images authentiques dans son intrigue, et y fait quelques digressions: la plus célèbre est l'explication par des dessins d'enfant (Par le petit Gotlib...) du principe du viager, mais il y a aussi une séquence qui met en images les fantasmes de la cinquième colonne à l'époque de la drôle de guerre, avec Michel serrault en espion Allemand. Une fois encore, Tchernia fait mouche, en démontrant que chez les médiocres, il ne suffit pas de convoiter le bien d'autrui, il faut encore les parer de tous les vices. Et pourtant les Galipeau, des vices, ils n'en manquent pas! Faites-moi confiance...

Le film est en fait, comme beaucoup d'oeuvres de Goscinny (Le petit Nicolas en tête, mais il y en a d'autres, dont Les Dingodossiers) un reflet d'une certaine vision de notre pays et de ses mentalités, mises en valeur par le déroulement si riche en évènements forts, de l'histoire du vingtième siècle: les révélateurs sont, dans l'ordre d'arrivée, le Front Populaire (Dont les avancées sociales scandalisent le Dr Galipeau), la conférence de Munich ("Vous verrez, il va s'écraser votre Hitler"), la seconde Guerre mondiale ("On va rigoler"), la débâcle, l'exode, la collaboration, le débarquement en Provence (Mis en scène par Tchernia avec une redoutable efficacité et une économie de moyens assez remarquable: Martinet jardine, une moto passe avec deux soldats Allemands, poursuivis quelques secondes après par une jeep pleine de G.Is...), la Libération, les trente glorieuses (Durant lesquelles bien sur les Galipeau, qui versent un loyer de plus en plus cher à Martinet, sont devenus pauvres) et enfin la France de Pompidou dans laquelle la domination des médias se met en route (On y voit un député qui vole littéralement la vedette dans une séquence d'actualités, et un réalisateur de télévision qui n'est autre que Tchernia lui-même). Dans tout ça, on appréciera l'esprit et le talent caractéristique de Goscinny, et la verve parfois sarcastique de Tchernia: car si on parle ici des mêmes choses, on est loin de l'esprit bon enfant du Petit Nicolas, et Tchernia n'hésite pas à égratigner certains de ses compatriotes, comme ce collaborateur interprété par Yves Robert, sans parler des affreux Galipeau...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 09:31

Mabel Normand a besoin d'une réhabilitation: a plus d'un titre, d'ailleurs. Au-delà d'un cercle d'initiés, ou de gens qui l'ont découverte au hasard des films qu'elle a interprétés aux côtés de comédiens plus en cour (Roscoe Arbuckle, avec lequel elle a interprété de nombreux films en tandem sous la direction de l'imposant acteur, ou même Chaplin, dont la venue dans le studio Keystone a été postérieure à la notoriété de la dame), son nom n'a semble-t-il aucune résonnance auprès du grand public, contrairement à Chaplin, Keaton, Lloyd et dans une moindre mesure Langdon. Non seulement comédienne et scénariste (Et gagwoman, car on ne travaille pas chez Mack Sennett en ces années 10 et 20 sans contribuer en matière de gags!), elle est aussi metteur en scène, en particulier entre 1914 et 1915, puisqu'elle sera effectivement créditée en tant que réalisatrice au générique de plusieurs de ses courts métrages, et non des moindres: elle y dirige des stars de la Keystone, dont Roscoe Arbuckle, des nouveaux venus comme Chaplin, Charles Parrott (Futur Charley Chase) ou Al St-John. Les films qui nous sont parvenus montrent une certaine originalité comparés à ce qui formait le tout-venant de la Keystone: un humour volontiers grossier mais assumé, baroque, souvent frénétique et grotesque. Mabel au milieu de ce cirque est souvent une jeune femme fragile, un peu gauche mais toujours séduisante. Elle a sans doute été pour beaucoup dans la capacité du studio à évoluer, justement, et si la rencontre entre Chaplin et la jeune femme a été paraît-il houleuse, il a certainement plus appris d'elle que de Henry Lehrman, ou de George Nichols, les deux metteurs en scène les plus fréquents de ses films avant qu'il ne mette en scène lui-même.

Normand n'a pas été seulement un grand nom de la Keystone ou des studios Mack Sennett (On sait que celui-ci a souvent négocié des virages dans sa carrière, et que le studio a changé de nom très souvent): elle a aussi, à divers moments de sa carrière, tourné pour Goldwyn ou même Hal Roach à la fin des années 20. Les oeuvres de cette époque ne sont pas ses réalisations, ce qui n'est pas si important quand on considère la façon dont bien des comédiens travaillaient: Lloyd ou Laurel n'étaient pas non plus les réalisateurs de leurs films, mais on sait bien qui était le patron... On peut émettre aussi l'hypothèse concernant Mabel Normand que sur des films mis en scène par d'aures, elle avait toujours son mot à dire. On le sent bien ici, dans un film tourné 8 ou 9 ans après sa glorieuse période de co-vedettariat avec Roscoe Arbuckle. Long métrage de 6 bobines, il est écrit par Mack Sennett, et dirigé par F. Richard Jones, qui n'est pas n'importe qui: c'est le directeur général du studio, un superviseur qui fera aussi ce travail au studio de Hal Roach plus tard dans la décennie. Clairement, le film porte les marques d'une oeuvre envisagée pour représenter le prestige d'un studio... Un studio pourtant encore assimilé, parfois avec raison, avec de la comédie déjantée, délirante et pas vraiment sophistiquée en ce début des années 20. Pourtant ce film est d'une grande délicatesse, et propose une forme de comédie bien plus fine que la production habituelle de Sennett. Tout y est fait pour permettre à Mabel Normand d'y installer son style, et le jeu des acteurs est d'une grande subtilité...

Sue Graham est la fille d'un garagiste (George Nichols) qui vit loin vers l'est, dans une petite bourgade tranquille. La vie y est calme, réglée, même longtemps à l'avance: le garagiste a promis depuis belle lurette sa fille au commerçant local (Vernon Dent). Mais Sue aime depuis l'enfance son ami Dave (Ralph Graves) qui le lui rend bien, et la jeune femme souhaite par dessus tout devenir une actrice de premier plan, et percer bien sur à Hollywood. Alors que le mariage se précise à l'horizon, elle envoie sa contribution à un concours organisé par un studio, et suite à un quiproquo, gagne le premier prix, ce qu'elle apprend le jour même de son mariage. Avec l'aide de Dave, elle s'enfuit, mais arrivée à Hollywood elle déchante bien vite: elle va bien être engagée par le sudio, mais en tant qu'ouvrière. La situation se précipite lorsque Dave la rejoint et lui annonce que ses parents ont tout vendu pour la rejoindre à leur tour...

Dans le script et la continuité du film, on peut voir la marque de Sennett, qui aimait jongler avec les formules pré-établies: plusieurs intrigues imbriquées, qui auraient sans problème aucun pu fournir la matière de plusieurs films; tout ce qui concerne bien sur l'envie de cinéma par opposition à la vie rurale et tranquille imposée à la jeune femme d'abord. Ensuite, à l'intérieur de la première partie, les rivalités avec un rectangle amoureux: Vernon Dent veut Mabel, qui aime Ralph Graves, mais celui-ci est convoitée par une jeune veuve avide de chair fraîche qui ne lésine pas trop sur les moyens (Charlotte Mineau). Tout ceci est la base de nombreux courts métrages Sennett! ensuite, bien sur, les tribulations de Mabel au studio, qui sous un faux nom est bien le studio Sennett avec son personnel (On y croise Eddie Gribbon, Billy Bevan, Max Davidson, et même le chien Teddy et les lions du studio!): dans cette partie du film, on trouve bien sur tous les gags les plus traditionnels, même si le rythme en est plutôt tranquille. La concurrence avec Hal Roach et son style de comédie civilisée est passé par là... Enfin une dernière sous-intrigue est développée dans les deux dernières bobines: un ami Hollywoodien de Mabel la conseille financièrement et s'avère un escroc qui tente de piquer les économies de ses parents. Une intervention de Mabel superbement mise en images, avec une arme, débouche sur une scène d'action de mélodrame pur, sans un gramme de comédie... Tout ce déluge d'intrigues tend à déboucher sur une impression de déséquilibre, et on aurait aimé que les deux personnages de la première demi-heure que sont l'ex-futur marié (Dent) et la veuve-vamp (Mineau) ne disparaissent pas aussi sèchement. D'où une impression fugitive de collage...

Ce qui tient malgré tout le film ensemble, et le rend fascinant, c'est la monopolisation de l'écran par Mabel Normand, et son volontarisme, sans parler de son implication physique.Elle est une héroïne rompue à toutes les facettes de la comédie, mais compose avant tout un personnage d'une grande cohérence. Elle n'est pas ridicule en fille dévouée qui n'a rien à perdre et qui attaque le voleur des économies de ses parents avec un revolver... La mise en scène d'une grande efficacité de F. Richard Jones la suit, d'autant que l'accent mis sur un jeu aussi subtil que possible nous rend sensible aux personnages. Le pathos déployé dans l'histoire (La fuite de Mabel ne se fait pas sans larmes, et le père est souvent saisi par la mélancolie devant l'attitude de sa fille) passe plutôt bien: ce film ne se prive pas de mobiliser nos sentiments et le fait avec savoir-faire... Tout en le faisant dans un certain conservatisme quand même: la morale de cette histoire édifiante, c'est qu'une femme doit réfléchir à la possibilité de devenir une mère au foyer sans histoires avant de se lancer dans une perspective aussi fâcheuse que d'imaginer réussir à Hollywood. Car contrairement à n'importe quel personnage de Lloyd par exemple, Sue Graham ne réussira pas. Mais alors, pas du tout... Mais elle trouvera le bonheur dans son couple, et la conclusion, toute réactionnaire qu'elle soit, ne peut s'empêcher de faire exactement comme le film: elle s'accomplit grâce au cinéma. C'est l'un des atouts les plus forts de ce long métrage, que de nous donner à voir le fonctionnement de l'usine à rêves, et l'envers du décor des films Sennett, avec humour et tendresse, sans jamais forcer la dose. Et c'est une raison de plus pour faire de ce film un passage obligé pour qui s'intéresse à la comédie burlesque Américaine. Comme Ella Cinders, de Alfred E. Green, avec Colleen Moore... Un film qui lui doit d'ailleurs beaucoup.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie
3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 17:16

Une image, située au début de ce film de trois bobines, est restée célèbre: un cadre en forme de coeur accueille un à un la tête de chacun des principaux protagonistes de ce triangle amoureux: Roscoe Arbuckle soi-même, en garçon de ferme, puis Mabel Normand, la fille du fermier, et enfin Al St-John, le rival malheureux. Cette image a tellement été utilisée pour symboliser à la fois les grotesque amours un brin rustiques, et le cinéma muet dans son ensemble, qu'il a donné à ce film une aura de classique... Diablement méritée: d'une part, en trois bobines, Arbuckle ralentit volontiers le rythme souvent frénétique des productions Keystone. Il prend le temps d'assoir ses caractères, et raconte une histoire, finalement assez classique... Jusqu'à un certain point: Une fois l'accord des parents de la belle obtenu pour le mariage, Mabel et Roscoe se marient, et trouvent une petite maison sur le bord de l'océan. Mais le rival a décidé de se venger et fait appel à des bandits. Lors d'une tempête mémorable, ils font glisser la cabane en bois sur l'eau, et les deux amoureux dérivent donc sur les vagues du Pacifique!

Non seulement Arbuckle semble garder le meilleur de Sennett (Lisibilité, des acteurs rompus à toute sorte de gags), mais il montre avec ce film une maitrise peu commune en 1916 de l'ensemble des moyens cinématographiques: composition, éclairage, ombres... Comme dans l'excellent He did and he didn't, sorti le même mois (Mais probablement antérieur), il fait glisser son propore univers burlesque vers un terrain nouveau, ne reniant ni les règles du comique franc et massif qu'il pratique, mais en laissant apparemment sans effort son film se laisser envahir par une tendance contemplative et artistique inattendue, comme cette scène (Qui vire au gag allègre) durant laquelle au soir, Mabel observe tendrement son mari pêcher: celui-ci est vu en ombre chinoise devant l'Océan Pacifique, puis se battant avec un gros poisson. Une autre scène fait un usage subtil de l'ombre: Mabel s'endort dans on lit, pendant que Roscoe veille. Il ouvre la porte, et un rayon de lumière projette l'ombre du mari, qui semble embrasser son épouse...

Venant de l'usine à gags qu'était la Keystone en cette période, c'est une glorieuse surprise de découvrir ce film: c'est une merveille, une comédie de grande qualité, un chef d'oeuvre à part entière, voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Comédie Roscoe Arbuckle