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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:09

OVNI récent, Cabin in the woods n'est pas ce qu'il parait être. Mais ça, la plupart des nombreuses personnes qui se sont intéressés au film le savent déja: c'est un superbe acte de parodie et de réflexion sur un genre, une approche intellectuelle rare et précieuse, qui renvoie tant de parodies et de métafilms à leurs chères études... Et c'est une nouvelle fois une brillante pépite dans la mine d'idées de Joss Whedon, père de Buffy, Angel, Dollhouse, Firefly, récent metteur en scène heureux de The avengers, et repreneur gonflé de Shakespeare dans un Much Ado Bout Nothing qu'on brûle de voir... Parmi les acteurs on remarquera les habitués Fran Kranz (Dollhouse, Much ado about nothing), Amy Acker qui a comme d'habitude une blouse blanche et une sortie spectaculaire (Angel, Dollhouse), l'admirable Tom Lenk en stagiaire douteux (Buffy, Angel) et tant qu'à faire Chris 'Thor' Hemsworth (The Avengers); Si Goddard est bien le réalisateur, il faut rappeler qu'il a débuté dans l'ombre de Whedon sur Buffy, qu'ils sont co-scénaristes sur ce film et que la raison pour laquelle Whedon ne l'a pas réalisé est sans doute que le méga-film Paramount / Disney sur lequel il travaillait alors était probablement déjà suffisant pour son appétit; cela ne l'a pas empêché de visiter le plateau fréquemment, et d'apposer sa touche... Et celle-ci est tout sauf discrète.

 

Cinq ados (Chris Hemsworth, Kristen Connolly, Fran Kranz, Anna Hutchinson, Jesse Williams) partent en week-end dans une cabane dans les bois qui leur est prétée par le cousin de l'un deux. Parallèlement à leur arrivée sur les lieux, on assiste à d'étranges scènes dans un bureau de contrôle qui semble justement monitorer les héros, leur arrivée et leurs réactions comme dans un gigantesque show de télé-réalité. Mais on découvrira que c'est bien différent lors des premières manifestations de créatures étranges, et généralement meurtrières. Les adolescents auront beau se comporter comme on attend qu'ils le fassent, la situation va dégénérer dans des proportions inattendues, et plutôt réjouissantes...

 

Les surprises finales, inévitables, sont séparées en deux catégories: d'une part, ce que les scénaristes cachent aux personnages, mais nous montrent non seulement tôt dans le film (Voire pour la toute première scène!), à savoir la façon dont les héros sont observés, scrutés, poussés à agir dans un sens ou dans l'autre; à ce titre, la peinture d'une entreprise dont les finalités restent bien obscures, mais dont la vie quotidienne est faite de moyens de tromper l'ennui (Chicanes, drague, alcool, paris idiots) détonne lorsqu'en fond les écrans de contrôle renvoient des images de diverses activités de massacre et autres phénomènes sanglants dont sont victimes les cinq héros! L'ironie ici est propice à de superbes ruptures de ton, et cette double casquette ironie/violence rend en plus le film plus regardable et plus intelligent: on n'est définitivement pas devant I know what you did last summer... Heureusement! D'autre part, les surprises réservées au spectateur sont largement concentrées sur la fin, et on ne va pas bien sur les révéler ici; mais avec Whedon, on passe le temps en compagnie d'un groupe humain qui tient moins de la famille dysfonctionnelle que d'habitude, mais dont les gagnants seront comme d'habitude les losers... Enfin, gagnants, gagnants... C'est beaucoup dire!

L'accumulation de scènes d'anthologie va de pair avec un dialogue brillantissime dans lequel le loser le plus acharné de la bande (Qui fume des substances qui font rire en permanence) se distingue avec aisance, et on a même droit à une scène d'approche amoureuse d'une rare délicatesse... Mais qu'on se rassure: il est aussi question d'apocalypse potentielle, ce que les fans de Buffy, Firefly, Dollhouse, The Avengers et Angel connaissent bien; enfin, comme toujours, le scénario (Et l'impeccable mise en scène de Goddard) joue brillamment sur plusieurs niveaux, et sur le principe des poupées russes. Ce film à regarder sans modération "n'est pas Citizen Kane" selon les mots de Whedon commentant le premier épisode de sa série Buffy the Vampire Slayer, mais on s'y amuse énormément, et on n'est pas au bout de ses surprises. Hautement recommandé, un méta-chef d'oeuvre qui en plus est...

 

...du fun pur.

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Comédie
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 18:52

Molière dans un film muet? et Allemand, en plus? De tous points de vue, ça sonne bizarre: les admirateurs de Molière, tenants d'un théâtre classique ne peuvent que faire la fine bouche, à plus forte raison devant une adaptation qui ne retient que l'essentiel, du point de vue des deux principaux contributeurs: le metteur en scène Murnau et le scénariste Carl Mayer; par ailleurs, les admirateurs du cinéaste vont aussi avoir tendance à considérer le film comme un étrange accident dans l'oeuvre de l'auteur de Nosferatu, Faust et Sunrise... C'est vrai qu'il n'avait pas prévu de réaliser ce film, qui lui est tombé dans les mains et qu'on lui a demandé de faire en échange d'une carte blanche sur Faust. Donc le soupçon d'un film pour rien est assez tentant: alors qu'en fait, pas du tout. Que le film trahisse Molière, soyons honnête: je m'en fous. que ce soit vrai ou faux, peu me chaut. Non, occupons-nous plutôt de l'autre présupposé...

Mayer et Murnau ont non seulement retenu l'essentiel de la pièce, à savoir la découverte par Elmire de la nouvelle situation de son mari, devenu prisonnier d'une fascination pour le dévot Tartuffe, l'installation de celui-ci au domicile, et les tentatives de la jeune femme de faire entendre raison à Orgon après avoir découvert que le pieux et saint homme en avait en vérité beaucoup plus après la fortune d'Orgon qu'après son salut éternel... Pour le persuader, elle va utiliser dans un premier temps la raison, mais Orgon est trop aveuglé pour l'écouter; puis, elle va tenter de faire semblant de séduire Tartuffe avec la complicité de son mari, avant de finir par mettre celui-ci devant le fait accompli. La pièce se déroule dans un décor intérieur exclusivement, dans une grande maison blanche, dans un certain nombre de pièces, mais l'endroit le plus représentatif est un grand hall au milieu duquel un gigantesque escalier trône. Il va permettre aux quatre personnages (Elmire, Orgon, la bonne Dorine et Bien sur tartuffe lui-même) de passer d'un étage à l'autre, soit de s'élever ou de descendre. La scène de la révélation finale aura lieu bien sur en bas, après que chacun soit descendu, voire se soit abaissé...

Les deux auteurs ont ajouté un prologue afin de situer cette histoire de faux saint et d'hypocrisie dans le contexte du XXe siècle. Ce n'est pas un grand moment filmique, c'est de la comédie assez peu intéressante, mais cela passe: un jeune homme qui a découvert que son grand-père l'a déshérité au profit d'une gouvernante qui entend bien profiter de la situation et empocher le magot, quitte à empoisonner le vieux: la pièce est donc montrée à travers un film projetée à la maison par le jeune homme déguisé. On peut penser aussi que le prologue et la fin ont été ajoutés afin d'enrichir le film, qui sinon ne durerait pas plus de 45 minutes... quoi qu'il en soit, c'est une faute de goût, mais ça n'entame en rien le pouvoir de fascination de la partie centrale du film...

Le prologue a en plus l'avantage de simplifier fondamentalement l'intrigue, en écho à la situation d'Elmire. le film dans le film est lui aussi le théâtre d'une troublante mise en abyme: à l'intérieur de la comédie, se niche le drame d'Elmire, épouse délaissée par un mari presqu'amoureux de son "ami" Tartuffe. C'est un drame dans lequel les corps vont jouer un rôle essentiel: celui, presqu'effacé de Werner Krauss (Orgon), caché dans des vêtements qui nient totalement son corps, et qui conviennent à la nouvelle spiritualité qu'il affiche. par contraste, Jannings en Tartuffe est parfaitement défini, jouant avec une grand efficacité de sa silhouette volontiers ridicule (Conforme à la silhouette traditionnelle du personnage tel qu'il est souvent joué), accentuée par les vêtements du XVIIe siècle. il affichera d'ailleurs à la fin du film une conscience de son physique lorsqu'il s'apprêtera à passer au lit avec Elmire... Dorine, interprétée par Lucie Höfflich, est quant à elle d'une sensualité un peu ronde, mais elle affiche une certaine gourmandise au moment de préparer le lit de ses maîtres alors qu'Orgon revient de voyage. enfin, Lil Dagover (Elmire) joue beaucoup de la blancheur de son buste, et de la sensualité de ses épaules nues, aussi bien dans ses contacts avec son mari, que dans ses tentatives de confondre Tartuffe. Mais Murnau n'oublie pas de la montrer, dans le cadre de l'escalier, qui descend de dos, abattue par une courte entrevue hors-champ avec Orgon, dont nous ne saurons rien, si ce n'est qu'elle y a compris que son mari ne la désirait plus... Orgon, jusqu'à la fin, est systématiquement amené à ne considérer la sensualité que dans des boudoirs, des placards, hors-champ, ou en coulisses. De fait, si le propos d'Elmire est de la reconquérir, Murnau semble de son côté l'exclure, faisant de cette histoire d'abord et avant tout une confrontation entre Elmire et Tartuffe, sous la vigilance de Dorine: c'est aussi vrai en ce qui concerne les points de vue exprimés dans le film...

Tartuffe n'est sans doute pas le plus grand des films de Murnau, mais il a des atouts considérables, une fois qu'on admet la présence un peu irritante de ses prologue et épilogue... Il prolonge un peu la réflexion du film précédent (Le dernier des hommes) sur l'habit qui ne fait pas le moine, ce qu'on retrouvera du reste un peu dans Faust. En parlant de moine, il est aussi le film du metteur en scène dans lequel il s'attaque le plus à la religion en tant que corps constitué, bien que ce soit basé sur un personnage qui de toute évidence est un faux zélote. Les Américains en distribuant le film ont d'ailleurs cherché à en atténuer la charge anti-religieuse comme en témoigne une comparaison entre les différentes versions en circulation... Tartuffe est pour finir une vraie comédie, une parenthèse légère, traitée avec sérieux, et avec sensualité, ce qui est rare chez Murnau. 

 

Herr Tartüff (Friedrich Wilhelm Murnau, 1925)
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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1925 Comédie
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 09:25

Ce film est longtemps resté invisible, de la volonté même de son créateur principal, à savoir bien sur Harold Lloyd, qui s'était passionné pour un roman publié dans le Saturday Evening Post, écrit par Clarence Budington Kelland. De fait, il a tenté l'impossible, avec la complicité de son collaborateur des années de gloire, Sam Taylor: adapter un roman d'une part, relativement éloigné de son style, tout en y insérant d'autre part un personnage qu'il puisse jouer, et son univers habituel, fait d'un choc entre une version de Harold et le reste du monde... Pour surprenant qu'il soit, le film reste une grande date par son ambition et le coup de poker qu'il représentait. Mais ce fut un échec commercial, en même temps qu'une occasion particulièrement douloureuse pour Lloyd de se prendre une volée de bois vert critique, ce qui explique sans doute pourquoi le film est resté si longtemps à l'écart des réseaux de diffusion...

Ezekiel (non, pas Harold!) Cobb, le fils d'un missionnaire qui a grandi en Chine, revient brièvement aux USA, à Stockport sa ville natale, dans le but d'y trouver une femme qui accepte de le suivre et de se marier avec lui, afin de retourner à la mission en y fondant une famille. Une fois arrivé, il tente de prendre contact avec un révérend suposé l'accueillir pour le temps de son séjour, mais il arive trop tard, le vieil homme venant juste de succomber. Il était candidat réformiste aux élections municipales, et le parti qui le sponsorisait réussit à persuader Ezekiel de se présenter à sa place, en l'assurant que ce serait symbolique puisqu'il ne peut en aucun cas assurer sa propre élection. Croyant participer à une entreprise de représentation démocratique, Ezekiel change la donne en se battant avec le maire sortant corrompu, Morgan, et va se faire malencontreusement élire. Le problème, c'est qu'il découvre qu'il n'était qu'un pion, un faux candidat présent pour donner l'illusion de la démocratie, et faciliter l'élection de Morgan. Une fois élu, il prend la décision de vraiment faire le travail de maire...

Ezekiel est une variation sur les benêts habituels, allant partout dans la région distribuer des leçons de philosophie dont tout le monde se fout éperdument, citées directement à la source: le livre de chevet du missionnaire est en effet un recueil de citations de Ling Po, un poète Chinois. Il a aussi une manie, à chaque fois qu'un rendez-vous important doit être assuré, il s'efforce de se rendre chez son ami Tien Wang, à Chinatown, pour y prendre le thé... Une gentille caricature, qui joue à la fois sur les clichés de politesse et de sagesse des Chinois, et sur une peu banale affinité entre l'occidental Lloyd et les pas si caricaturaux personnages chinois. Du reste, le morceau de bravoure dans le film est le baroud d'honneur de Cobb, qui va perdre suite à une supercherie son poste de maire et qui tente le tout pour le tout, en se lançant dans une manipulation, aux dépens de tous y compris de ses appuis et du public, qui consiste à faire croire que le problème de la corruption et du gangstérisme qui gangrène la ville, représenté par la machine politique de Morgan, va être éradiqué en arrêtant tous les bandits et en leur coupant la tête...

De fait, mis au pied du mur, Cobb se comporte sciemment en dictateur pour un jour, l'idée étant bien sur de penser au bien commun. On n'est pas si éloigné d'une vision d'un Capra, qui voit Smith prendre le pouvoir sur le sénat dans Mr Smith goes to Washington, contre la machine politique qui l'a mis au pouvoir...

Le film est assez long, à 102 minutes, et a sans doute été monté de façon très serrée, pour y incorporer le plus possible de scènes qui tournent autour du combat politique de Cobb. Mais il y a des gags, et une intrigue sentimentale, bien entendu, qui va permettre à Lloyd de montrer un changement sensible dans le personnage de Cobb, qui va bénéficier du soutien d'Una Merkel. La gouaille de l'actrice, identifiée grâce à ses films Warner comme partie intégrante du cinéma de ces années pré-code, contraste évidemment fortement avec les habituelles oies blanches des films de Lloyd... Tout le film, d'ailleurs, est plus adulte que d'habitude...

On comprend la rareté du film, qui reste par enddroits maladroits, avec un personnage trop caricatural, qui de plus ne fait plus vraiment 25 ans. Mais le courage de la remise en question de Lloyd, et sa volonté de tenter par tous les moyens un renouvellement de son cinéma, forcent au moins le respect. Le film, précurseur des grands films politiques de capra, dont il adopte d'ailleurs l'urgence dans les dernières bobines, vaut bien plus que sa réputation...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code Sam Taylor
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 16:29

Jamais comme tout le monde! Non content d'avoir mis le monde du cinéma à ses pieds en 1989 avec Sex, lies, and videotape, d'avoir mis tout le monde d'accord contre lui avec Kafka et King of the hill, il avait ensuite tenté une incursion remarquée dans le film noir, avec Underneath en 1995, puis sorti un improbable mais réjouissant film fourre-tout avec lequel il a encore rencontré l'incompréhension générale, le superbe (ou pas) Schizopolis... Je passe sur Gray's anatomy, un film consacré au comédien Spalding Gray, que je n'ai pas vu. C'est à ce moment que se situe Out of sight, à nouveau un film noir, mais passé par le filtre de la comédie, et adaptation d'Elmore Leonard, à un moment où c'est justement la mode: Danny de Vito, qui a produit le Get Shorty! de Barry Sonnenfeld adapté aussi de Leonard, est de nouveau derrière ce nouvel opus. L'heure est donc à la parodie, mais Soderbergh n'en oublie pas son goût pour l'expérimentation. Et puis pour en finir avec ce préambule, le film est aussi pour lui l'occasion, d'une part, de travailler pour la première fois avec George Clooney, Don Cheadle et Luis Guzman, mais aussi de rencontrer le succès planétaire.

Jack Foley (Clooney) s'est évadé de prison grace à son copain (et collègue braqueur de banques)  "Buddy" (Ving Rhames). Leur but: s'incruster dans un braquage de luxe dont ils savent qu'il va se produire à Detroit, et qui implique un certain nombre de leurs anciens co-détenus. Mais un grain de sable va apparaitre, lorsqu'au moment de s'évader les deux truands sont obligés de s'emparer d'une jeune femme avec un gros flingue qui passait par là: l'inspectrice Karen Sisco (Jennifer Lopez, impeccable!!). Contre toute attente, Karen et Jack tombent instantanément amoureux, ce que bien évidemment pas un des deux n'admettra...

 

Les morceaux de choix ne manquent pas, depuis l'évasion de jack assortie d'un passage à deux dans un coffre à disserter sur Bonnie and Clyde, jusqu'à la superbe séquence de braquage par deux équipes qui ont fait une alliance fragile, et qui n'ont ni les mêmes méthodes, ni les mêmes buts. Soderbergh et ses acteurs s'amusent, ce qui n'empêche pas le metteur en scène de livrer de superbes séquences de vie en prison, avec ses économies parallèles et ses dangers inattendus, ni de montrer un Detroit défiguré par la crise, au son de la musique des Isley Brothers, une vieille gloire locale. La musique du film, confiée au DJ David Holmes, est d'ailleurs une réelle source de bonheur. Et les caractères sont parfaitement campés par des acteurs tous impeccables, avec en particulier Don Cheadle en truand psychopathe étrangement raisonnable.

On notera aussi un bouleversement de la chronologie qui ajoute à la première partie un soupçon de suspense probablement imprévu: pourquoi Jack Foley sort-il en colère de cet immeuble, et jette-t-il sa cravate avant d'improviser à mains nues un braquage de banque? Un moment fort, déstabilisant, qui fait plus pour installer le personnage que toutes les méthodes Stanislavskiennes imaginables; bien sur, la réponse sera donnée dans un flash-back. Et puis, il y a ce moment durant lequel Foley et Sisco se retrouvent enfin, dans ce qu'ils appellent un 'temps mort', réussissant enfin à vivre, aussi brièvement et intensément que possible, leur amour interdit. Un moment magique, rêvé, ou vécu? Le doute passe parfois, même si la fin nous apporte un élément de réponse. la renaissance de Soderbergh passe par ce film, sans lequel il n'y aurait eu ni Traffic, ni Erin Brokovich, ni Ocean's 11.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir Comédie
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:01

Tourné entre The blue eagle (1926) et le très étonnant Hangman's house (1928), Upstream a beaucoup fait parler de lui depuis 2009 et la découverte d'une copie dans une archive de Nouvelle-Zélande. Un Ford qui reparait, c'est bien sur un évènement, même si ce film n'est pas de l'importance de The iron horse, de Three bad men ou de Four sons, pour s'en tenir au muet. Il provient d'une période fabuleuse non seulement pour le metteur en scène, mais aussi et surtout pour le studio, qui avait ainsi en ses rangs les metteurs en scène Raoul Walsh, Howard Hawks, Friedrich W. Murnau et Frank Borzage en plus de Ford, et qui sous l'impulsion de William Fox avait décidé de réaliser des films de prestige, artistiquement novateurs et aux moyens luxueux (Seventh Heaven, Sunrise...). Du coup, un certain nombre de commentateurs se sont laisser aller à des spéculations sur ce film, et beaucoup se sont  hasardé à dire des bêtises. On a pu ainsi lire (Télérama, bien sur) que ce film était la seule incursion de Ford dans un style sous l'influence de Murnau, alors que c'est en réalité l'un des derniers films qui n'en ait pas énormément bénéficié: dès Hangman's house, Ford explorera des techniques largement inspirées du grand metteur en scène, auquel il continuera de rendre hommage des années durant, dans des films de tout genre (The searchers, The long voyage home, Four sons... tous les styles explorés par Ford seront pour lui l'occasion d'utiliser sa technique héritée de Murnau, et pas seulement dans un contexte, hum, "expressionniste"...). Donc, en attendant, Ford réalise une petite comédie, dans laquelle il se livre de façon discrète à de petites recherches photographiques et des essais de diffusion de la lumière...

Dans une pension d'artistes, les uns et les autres cohabitent tant bien que mal. Les fins de mois sont difficiles, mais il règne dans l'ensemble une certaine camaraderie. Un agent vient pourtant engager le pire des artistes du lieu: le dernier descendant, infâme acteur, d'une famille d'histrions célèbres, l'idée étant tout simplement d'utiliser la notoriété de son nom pour faire une grande publicité sur une production de Hamlet. Il part, et grâce à quelques conseils prodigués à la va-vite par l'un de ses voisins, va triompher... Et attraper la grosse tête. Lorsqu'il revient dans la pension, il va revenir en triomphateur, du moins le croit-il...

Il y a peu à dire sur ce film, une fois qu'on se sera réjoui qu'un film perdu ait pu être retrouvé... C'est une très charmante comédie qui se voit comme un rien, durant à peine une heure. On y retrouve une certaine tendresse de Ford pour ses personnages, avec ses types (Le charlatan interprété par un Francis Ford apparaissant plus jeune que le soiffard incorrigible que l'on voit habituellement), son humour ethnique (Les deux 'Callahan', qui répètent leur numéro de claquettes en permanence, sont en fait un Irlandais et un Juif, extrêmement complices) et son petit groupe humain en pleine dérive, dans lequel l'entraide finit, comme dans d'autres films plus prestigieux (Iron Horse, Three bad men, Stagecoach, Wagon Master), par aller de soi... Le sentimentalisme du metteur en scène est là et bien là, mais tempéré par une solide dose d'authentique joie de vivre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1927 Comédie
20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:14

Elle n'était pas strictement spécialisée dans le genre, mais le fait est que carole Lombard avait un don pour la screwball comedy, à plus forte raison dans la mesure ou elle ne se refugiait derrière aucune dignité de façade pour éviter de se vautrer dans le gag: l'héritage de son passage chez Mack Sennett, sans aucun doute. Tourné par Wesley Ruggles, ce film est à nouveau partagé avec Fred McMurray, son partenaire fréquent; je parle du Fred McMurray pré-Double indemnity, bien entendu, et ici il joue de façon particulièrement fine un avocat totalement honnête, et donc totalement fauché, dont l'épouse se désespère puisqu'il n'accepte jamais les affaires juteuses. Elle décide de prendre un emploi, ce qu'il refuse catégoriquement, et se met dans un pétrin impressionnant lorsque le vieux cochon chez lequel elle a postulé pour être secrétaire particulière (...!) décède après qu'elle soit partie précipitamment de chez lui... Menteuse pathologique, elle réalise que si elle s'accuse du crime, l'affaire sera plus intéressante pour son avocat de mari.... Ajoutons à cela la présence mystérieuse et burlesque d'un criminologue alcoolique qui fréquente le tribunal en se livrant à d'improbables excentricités, et le tableau sera complet...

 

Non seulement il y a une intrigue, basée sur l'importance pour tout le monde que l'innocente soit coupable, à commencer par l'innocente elle-même, mais en plus, on a une galerie de portraits loufoques, de la terrible menteuse (Lombard a un tic qui trahit ses mensonges à venir, elle gonfle sa joue avec la langue, invitant le public à être son complice), à l'avocat tellement honnête qu'il en devient ridicule et comique, en passant par un John Barrymore en fin de course qui prête ses traits - et son alcoolisme, hélas, pas feint -à Charley Jasper, excentrique bonhomme dont la présence permet un dernier acte de haute volée, et par Edgar Kennedy, le bougon extraordinaire rodé chez Hal Roach, et qui a tant oeuvré pour le bonheur des fans de Laurel et Hardy... Ici, il joue un inspecteur de police dont la patience est mise à rude épreuve par Carole Lombard. La présence de Barrymore, qui n'a plus rien d'une star à l'époque, est due à l'insistance de Lombard, qui avait adoré travailler avec lui trois ans plus tôt sur Twentieth Century. Ruggles ne se cache pas derrière des artifices de mise en scène, il fait comme Hawks, et laisse parler et jouer ses acteurs, leur imposant un rythme légèrement accéléré. Au final, du grand art, de la comédie supérieure à consommer sans modération, qu'on trouve au sein d'un coffret dédié à Carole Lombard.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 17:18

Au secours! est une récréation dans l'oeuvre d'Abel Gance, encore que la raison d'être du film soit une volonté commune de travailler ensemble pour Gance et son co-scénariste et acteur, Max Linder. Celui-ci amène son style burlesque si particulier à l'univers de Gance, qui venait de terminer La roue (dont le tournage et le montage ont pris deux années, de 1921 à la présentation du film en 1923). Le court métrage, dont il n'est pas sûr qu'il ait été achevé, est un curieux mélange, donc, entre le burlesque mondain de Linder et les expérimentations tous azimuts de Gance. Celui-ci, pas très à l'aise dans la comédie, a profité du fait que le film n'était pas à prendre au sérieux pour se livrer à quelques excentricités. Le final de ce court métrage utilise quand même des éléments de montage rapide qui viennent en droite ligne de La roue...

 

Max et son épouse Edith (Gina Palerme) prennent un repos bien mérité entre deux films... L'homme aux guêtres et au chapeau haut-de-forme se rend à son club afin de voir ses amis, au lieu d'honorer son épouse, et là, se voit mettre au défi de rester une heure dans le manoir hanté du comte Maulette (Jean Toulout): les deux hommes parient, et si Max se laisse envahir par la peur et appuie sur un signal d'alarme avant minuit, il a perdu son pari... Phénomènes étranges, fantômes, valet en cire et animaux divers se succèdent, mais le pire est atteint lorsque le téléphone retentit et qu'Edith appelle au secours: il y a un monstre auprès du lit...

Bien sûr, tout ça n'est pas sérieux, on apprendra à la fin que ce n'est qu'une (lucrative) farce... Du reste, le metteur en scène comme son scénariste se sont permis de brouiller les pistes: si tout ceci ne se révèle qu'une blague de potache, il y a des images qui ne peuvent s'expliquer, comme cet étrange ballet, lorsque Max arrive au château, et qu'il est soudain précipité dans d'étranges convulsions de l'image, ou qu'il est suspendu à un lustre élastique, et qu'il provoque des compressions du cadre... On le voit, Gance s'est amusé à jouer avec l'image comme il l'avait beaucoup fait dès La folie du docteur Tube, mais aussi dans La roue, et allait continuer à le faire avec son film suivant. Il s'est aussi beaucoup ingénié à jouer sur la tension du personnage, demandant à Linde de jouer, voire sur-jouer, l'horreur, de façon assez impressionnante, d'autant qu'il s'agit d'un gros plan. Lumières, utilisation de truquages, et recours à ce bon vieil érotisme, un ingrédient dont Gance ne pouvait semble-t-il jamais se passer (On se demande comment Max peut laisser Edith en plan, quand on voit le grand jeu qu'elle lui sort, mais bon): pour un court métrage fait entre copains, c'est quand même remarquable. Cela dit il y a des trous dans l'intrigue, un coté rêve éveillé, qui permet d'ailleurs au film de passer depuis sa création pour un court d'avant-garde, ce qui cadre mal avec son coté farce. Le film, comparé à Paris qui dortEntr'acte ou Un chien Andalou, jure un peu.

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance Comédie Max Linder
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 09:25

Il n' y a pas de léopard dans le Connecticut? Tant pis. Quoi qu'il en soit, ce film célèbre l'hypothèse qu'il y en ait un, même si la présence de "Baby", le gentil félin moucheté, qui semble-t-il adore les chiens et la chanson I can't give you anything but love, baby, ne soit pas finalement l'argument principal de cette comédie qu'il me semble sans aucune exagération possible de qualifier de parfaite. Et pourtant elle avait commencé son existence dans de bien médiocres conditions, puisque Hawks, à la fin des années 30, n'est pas encore le réalisateur-monstre sacré qu"il deviendra, et que la présence de Cary Grant et Katharine Hepburn est surtout motivée par le flop monumental auquel ils ont tous deux participé pour la RKO, Sylvia Scarlett. A cette époque, Hepburn est considérée comme, en Anglais dans le texte, Box office Poison, et les deux acteurs se sont engagés à apparaître gratuitement dans une comédie pour la firme, afin de la dédommager de l'échec du film de Cukor, trop en avance sur son temps. Voilà les bases de cette nouvelle comédie, qui contrairement à Sylvia Scarlett est une "Screwball comedy", plus dans la ligne du genre... C'est même, à mon humble avis, la meilleure de ces comédies sentimentales menées tambour battant.

David Huxley est un paléontologue entièrement dédié à son métier. A la veille de se marier avec Alice Swallow, sa collaboratrice (Pour des raisons purement professionnelles, semble-t-il), il doit rencontrer l'avocat d'une riche mécène, Mrs Carleton-Random, afin de le persuader d'interférer auprès de sa cliente dans le but que celle-ci fasse au musée un don d'un million de Dollars. Durant la partie de golf qui tient lieu de rendez-vous, David fait la rencontre d'une jeune femme fofolle, Susan Vance, qui fait une entrée tonitruante dans sa vie. Une clavicule intercostale, un chien, deux léopards, un chasseur de gros gibier, un psychanalyste interlope, un shérif plus tard, la vie de David est définitivement chamboulée...

La mise en scène de Hawks est réputée pour sa simplicité, son absence de frime, et son coté définitif, c'est particulièrement vrai ici. Mais avec ses comédiens, il s'est manifestement livré à de l'improvisation, lâchant le plus souvent Hepburn contre Grant: la première incarne la folie destructrice et incontrôlable, le deuxième sensé être la raison ferme, victime des attaques de la première... et ça fonctionne bien sûr à merveille. Pour le personnage de David Huxley, "egghead", c'est à dire savant intellectuel et pompeux, décalé des réalités matérielles, et de la vraie vie, Hawks et Grant se sont inspirés de deux sources évidentes: Charley Chase, d'une part, le comédien de l'embarras, parfaitement en phase avec son monde jusqu'à ce qu'un grain de sable ne se mette en travers de son chemin, et Harold Lloyd, dont l'influence est d'autant plus perspectible que Grant porte des lunettes. Comme eux, Grant est un "straight man", lâché dans une comédie qui les plonge dans l'embarras. Mais l'influence du muet ne s'arrête pas là, avec de nombreux gags qui renvoient directement à d'autres vedettes de Hal Roach: Hawks reprend le gag du trou d'eau de profondeur inattendue, cher à Laurel et surtout Hardy qui en est systématiquement la victime, et un gag de robe déchirée reprend un motif visuel, deux personnes qui marchent collés l'un à l'autre pour cacher une ouverture embarrassante, qui est là encore tiré de Laurel et Hardy, mais qui se trouve aussi chez Arbuckle et Keaton: on peut donc suivre Patrick Brion (Qui sait quand même de quoi il parle) lorsqu'il avance que Bringing up baby est la passerelle entre la burlesque muet et la comédie des années 40, beaucoup plus bavarde. Et au-delà du registre de la comédie burlesque, puisque les gags autour du dinosaure sont un emprunt (quand même bien voyant!) à Adam's rib de Cecil B. DeMille...

Dans ce film, qui nous conte les mésaventures d'un  intellectuel avec une boule d'énergie, qui a un moment décide qu'elle est tombée amoureuse de celui qu'elle persécute, Hawks se débrouille pour alourdir considérablement le cahier des charges: il affûte ses piques aux intellectuels, montrés du doigt pour ne pas assez profiter de la vie, et s'intéresser à des choses dont tout le monde se fout éperdument (Un brontosaure en l'occurrence). Alice précise bien à Huxley: "Notre mariage sera strictement dédié à votre travail, David"... A l'opposé, Susan Vance est certes incontrôlable, mais elle est capable d'aimer. Il se moque des psychanalyste, faisant de son docteur à accent Allemand un homme sans doute très savant, mais au tic discret qui suffit à le rendre suspect de folie furieuse... Et puis il y a le douloureux motif de la masculinité, répété à l'envi dans le film, depuis le risque de se trouver dans les griffes d'Alice Swallow (Swallow, Hirondelle, mais aussi To swallow, avaler) et de s'y perdre, jusqu'à la recherche douteuse d'un os (Objet phallique, donc. D'ailleurs, ce pénis de substitution est directement assimilé à David Huxley, affublé du surnom de Bone dans plusieurs scènes par Susan) en passant par les vêtements de rechange donnés par Susan à David lorsqu'elle souhaite retenir celui-ci à son domicile: un peignoir à frou-frous, qu'on imagine rose. et bien sur, lorsque Mrs Carleton-Random lui demande d'expliquer son accoutrement, il se contente d'un "I just went gay all of a sudden", une réplique qui donne encore lieu à des débats sur ses implications; certains avançant qu'il s'agit d'une trop belle allusion à l'homosexualité pour être ignorée, d'autres qu'il ne pourrait que s'agir d'une coïncidence, le terme étant probablement peu usité sous ce sens à l'époque. Mais sur la confusion des genres, Hawks la réutilisera de façon moins exubérante dans I was a male war bride, avec un Grant encore plus impassible.

Il faut voir ce film, ne serait-ce qu'une fois par an; il est drôle, irrésistible, même, et si parfait qu'il fait partie de ces films de Hawks qui se laissent voir deux jours de suite sans aucun souci... Il faut se méfier des réputations dans l'histoire du cinéma: on dit souvent qu'il fut un échec, c'est faux. Seulement dans une Amérique ou seuls les triomphes ont droit de cité, il détonne: le film a été un modeste succès, remportant la mise, sans beaucoup plus. En tout cas, il est devenu un passage incontournable, l'un des meilleurs films des années 30, et l'un des chefs d'oeuvre de son auteur, qui tentera d'ailleurs de s'auto-plagier avec le peu glorieux Man's favorite sport en 1962.

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Comédie
16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 18:13

Si Ruggles of Red Gap est bien une étape-clé de la comédie Américaine, c'est une position bien paradoxale. En effet, les canons de la "screwball comedy", née du parlant et de la recherche d'un rythme de jeu adéquat pour la comédie qui venait pallier au burlesque en ce milieu des années 30, poussaient plutôt les metteurs en scène vers des intrigues sentimentales, il suffit de voir les jalons du genre pour s'en convaincre: It happened one night (Capra, 1934), qui concrétisa le genre au point de s'attribuer un Oscar, ou encore Bringing up baby de Hawks (1938) en sont de superbes exemples, dans le sillage de la comédie sophistiquée incarnée par Lubitsch et consorts. Mais si McCarey tracera des limites de ton dans le genre, de la réserve mélancolique de Love affair (D'ailleurs pas vraiment screwball, et pas beaucoup plus comedy) à l'exubérance de l'affrontement des époux séparés de The awful truth. Et avec Ruggles of Red Gap, il prend le genre à contrepied en écartant presque toute référence sentimentale... Tout est dans le "presque".

 

Vers 1900, "gentleman's gentleman", comme il se définit lui-même, Marmaduke Ruggles est un valet Anglais dont la famille a la fierté d'avoir constamment servi la même famille, les Comtes de Burnstead. A Paris un matin, son peu fortuné maitre lui annonce qu'il l'a perdu au poker à des nouveaux riches Américains, les Floud. C'est la maman d'Effie, Mrs Floud, qui a l'argent, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que ce nouveau statut est monté à la tête de l'épouse... par contre, Egbert Floud, lui, n'a pas vraiment la vocation à évoluer dans le beau monde, le saloon et les copains de la petite bourgade de Red Gap lui suffisant. Sous l'impulsion d'Effie, et avec les lubies contradictoires d'Egbert, Ruggles va donc apprendre la différence fondamentale entre un Américain et un Anglais, s'émanciper, et au passage dénoncer avec véhémence ceux qui veulent maintenir les inégalités statutaires entre esclaves et maitres, dont l'abominable beau-frère d'Egbert, l'affreux Belknap-Jackson...

 

Le film appartiendrait presque tout entier à Charles Laughton, génial comme il se doit, si le metteur en scène n'avait trouvé à lui opposer que des acteurs de grand talent: Charlie Ruggles, le bien nommé est le sympathique bouseux, costumé presque par religion entièrement de carreaux! Et son épouse, qui passe son temps à écorcher sans honte ni remords le français afin de paraitre du 'haut monde', comme elle le dit, est jouée par Mary Boland. Le peu connu Lucien Littlefield, lui-même habitué des rôles de valets (Voire de savants fous, comme il le fit plusieurs fois chez Laurel et Hardy) interprète un Belknap-Jackson vil et veule à souhait. Enfin, Roland Young interprète avec la rertenue Britannique qui lui est coutumière le rôle du comte. Et puis cerise sur le gâteau, Zasu Pitts a le droit de ne pas être une idiote, ce qui n'arrivait pas souvent depuis ses rôles marquants chez Stroheim: elle est Mrs Judson, la veuve qui ouvre les yeux à Ruggles, et va lui servir de motivation pour rester à Red Gap.

 

Laughton a parfaitement servi le rôle de Ruggles, lui donnant toute la retenue physique du valet Britannique, la gaucherie face à des Américains qui ne se comportent pas en gentlemen, et son évolution vers une assurance toute de dignité vêtue... et il recêle le vrai sens du film, montrant sa valeur d'être humain avant son statut de valet, et rappelant à toute la population d'un saloon de l'Etat de Washington le fameux discours de Lincoln à Gettysburg, qui établissait après avoir commencé à triompher des Etats esclavagistes la nécessité d'une mise à plat des deux camps engagés dans le conflit de la guerre de sécession, en réaffirmant par ailleurs avec force la base humaniste de la constitution Américaine, fondée sur la déclaration des droits de l'homme. Un moment fort, qui réaffirme avec conviction une croyance réelle de la part du metteur en scène: le film, tout en montrant avec talent une vraie sensibilité de comédie chez Laughton, et en offrant un spectacle d'une grande drôlerie, fait aussi partie de ces films fondamentaux qui redéfinissent en ces temps troublés de crise et de montée des périls la nature fondamentale de l'homo Americanus...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Leo McCarey
10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 09:05

Ayant passé avec la mention honorable l'étape du premier film parlant, Harold Lloyd a poursuivi sa carrière, encore une fois après un délai dun an pour bien préparer son film, avec ce Feet first qui n'est pas, contrairement à la légende, un remake de Safety Last. Du moins pas vraiment: la fameuse séquence de l'ascension y bénéficie d'une redite, entièrement refilmée, mais si le film parle beaucoup d'ascension sociale, le contexte est cette fois bien différent. Comme pour Welcome danger, Lloyd est sans doute confiné (Sa voix, ou une impression générale concernant la comédie en ces années de parlant, peut-être?) à jouer les benêts, comme du reste Keaton, Langdon, ou dans l'inconscient collectif, Laurel & Hardy. Impossible semble-t-il (et les films qui suivront le confirmeront) de reprendre son personnage d'ambitieux hyperactif: Harold Horne est certes ambitieux: un jour, il sera chef vendeur, dans le magasin de chaussures ou il n'est qu'un très modeste employé. Seulement, un jour il croise la route de Barbara (Barbara Kent, qui revient après Welcome danger), une jeune femme qui est la secrétaire de leur patron à tous deux, le riche chausseur Tanner. La prenant pour sa fille, il ambitionne désormais de passer pour un homme du monde, afin de la séduire...

Pour leur deuxième collaboration, Bruckman et Lloyd ont raffiné leur technique, et le film est l'une des meilleures comédies de 1930, ne souffrant pas trop des limites imposées du parlant. On sent que la donnée sonore a été intégrée tout de suite à la préparation du film, et certains gags en profitent bien... Mais pas tous: si la réalisation de la séquence finale d'ascension est remarquable, elle reste gâchée par les interjections permanentes d'un Lloyd qui n'a que des "Look out" à la bouche. Et si le film se tient, il souffre d'une part d'un manque de rythme, mais aussi de la comparaison avec Safety last, dans lequel la fameuse ascension était un passage obligé d'un parcours initiatique lié à l'ambition du personnage. Ici, c'est par hasard qu'il se trouve sur cette façade, et la scène s'en trouve amoindrie. de plus, elle finit par être répétitive, alors qu'elle est moins longue que l'original!

On se réjouira de séquences généralement très enlevées sur le bateau, ou la présence lente et hallucinée de Noah Young en marin hébété, dépassé par les événements, complète à merveille un Lloyd ingénieux dans ses idées pour se faire passer pour riche... Et puis on attendra, avec un peu d'impatience, de meilleures perspectives pour celui qui nous a donné des films magnifiques, et qui se contentait désormais de faire de bonnes comédies bien ficelées... pas plus.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code