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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 09:40

Au sein de Monty Python, une faille s'est ouverte au moment de commencer leur carière cinématographique, entre réalisateurs (Terry Gilliam et Terry Jones), et acteurs non impliqués dans le processus technique. Comme ils l'ont souvent évoqué, le tournage de Monty Python and the Holy Grail a été l'occasion de chicanes contre-productives, entre les deux réalisateurs d'un coté affairés à rendre le film aussi bien fait que possible dans des conditions pas vraiment idéales, et Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle et Michael Palin de l'autre, qui s'ennuyaient à mourir entre les prises; sans parler du fait que les deux réalisateurs tendaient à privilégier les plans parfaits techniquement au détriment de prises moins accomplies, mais dont les performances d'acteur avaient justement la préférence des quatre trublions. Sans parler non plus de la cerise sur le gâteau: les deux Terry n'étaient pas non plus d'accord entre eux, par dessus le marché, ce qui explique que pour les deux films suivants, Jones allait assumer seul la réalisation, et Gilliam se concentrer dans son coin sur d'autres aspects visuels, animations, génériques, etc. Comment éviter dans ce cas-là, d'une part que les acteurs une fois laissés seuls à leur carrière respective ne décident de tout contrôler, pour le pire (Yellowbeard, de Mel Damski, écrit par Chapman), ou le médiocre (Nuns on the run, de Jonathan Lynn, écrit par Idle), afin de montrer ce qu'ils savaient faire? Mais seuls Jones et Gilliam ont pu assumer la charge de réalisation seuls, avec de bons voire excellents résultats pour Gilliam... Mais avec des difficultés croissantes aussi, le style de l'un comme de l'autre étant finalement plutôt dispendieux. Puis vint Wanda...

Cleese, le plus conservateur sans doute des Monty Python, était aussi l'un des moins visuels, qui avait développé avec Chapman depuis leurs années à Cambridge un style de comédie basé sur le caractère, et l'absurde d'une situation dérivant de sa propre logique; il détestait la frange grotesque et surréaliste des Monty Python, cette tendance à se déguiser en chevalier médiéval avec un poulet en main, au profit de sketches en apparence très dignes qui dégénéraient à cause de leur déroulement et de la dynamique des personnages. Mais Cleese, capable de tout jouer, savait aussi se mouiller de façon peu banale, qu'on songe à la fameuse scène d'éducation sexuelle dans The meaning of life, ou le fait d'apprendre à monter à cheval pour Silverado de Lawrence kasdan.. Son grand projet des années 80 est donc né de toutes ces constatations: il voulait écrire une comédie parfaite, interprétée par des acteurs capables et de confiance, réalisée par un metteur en scène qui ne viendrait pas chercher à faire du David Lean, et au besoin mettre la main à la pâte lui-même pour diriger les acteurs. Avec le vétéran Charles Crichton, la dynamique a été simple à trouver, d'une part Cleese l'a associé au processus d'écriture, et Crichton a gardé de ses années de travail à la Télévision (Doctor Who, The avengers, Space 1999...) l'habitude de laisser les acteurs se débrouiller tous seuls... De fait, aujourd'hui, il n'y a aucune polémique sur le fait que les deux hommes ont tous deux réalisé le film ensemble, Cleese se chargeant de la direction d'acteurs, Crichton s'occupant des détails techniques. Le résultat est la meilleur comédie post-Python effectuée par un des membres du groupe, tout bonnement...

 

Archie Leach (Cleese), un avocat au barreau de Londres, est un homme à la vie pas vraiement emballante. Marié à une femme riche, l'insupportable Wendy (Maria Aitken), qui ne l'écoute plus, et avec une fille pourrie et gâtée (Cynthia Caylor) qui lui marche dessus, il s'ennuie... Jusqu'au jour ou il se retrouve flanqué d'un client intéressant, George Thomason (Tom Georgeson), un petit truand qui vient d'être arrêté suite à un casse dans une banque. Il a été dénoncé par ses complices Wanda, sa petite amie Américaine (Jamie Lee Curtis), et son amant Otto qui se fait passer pour son frère (Kevin Kline); mais tous deux ont un problème: George a caché le butin, ne révélant d'indices qu'à son homme de confiance Ken, un bègue amoureux des animaux (Michael Palin), qui n'aime pas Otto. Otto va se charger de faire parler Ken, pendant que Wanda va essayer de cuisiner Archie à sa façon, ce qui va provoquer un certain nombre de changements radicaux chez ce dernier...

 

L'hommage est direct: Archibald Leach n'est pas un nom pris au hasard, puisque c'est le patronyme réel de Cary Grant. Ce qui renvoie inévitablement au vrai nom de Cleese, dont le L est venu remplacer durant son adolescence un H embarrassant. Cette double filiation finit par éclairer le film, qui est une comédie largement basée sur l'embarras avec un homme pas taillé du tout pour l'aventure plongé au coeur des intrigues les plus folles, sans parler du fait que Cleese est par bien des côtés un acteur dans la prolongation de ce qu'était Cary Grant, un Anglais dont l'essentiel du travail s'effectue aux Etats-Unis... Archie Leach, l'avocat est pourtant Anglais jusqu'aux orteils, et le dit lui-même, rappelant souvent qu'il est pompeux, s'en excusant parfois. il est aussi d'un flegme rarement mis à l'épreuve, comm lors de cette scène ou il s'emporte, se déshabille pour Wanda, jusqu'à apparaitre nu, un slip kangourou sur la tête, face à une famille qui vient d'entrer dans l'appartement. La 'double take' de Cleese est ici la marque d'un métier impressionnant... Un métier qui le pousse aussi à participer à une cascade des plus impressionnates: il est ainsi suspendu au dessus du vide, tenu par les pieds par Kevin Kline, et maintient son flegme... Mais la scène a été éprouvante à tourner. Il y a un peu de masochisme dans l'Englishness de Cleese, ainsi malmené par les Américains. C'est la principale morale semble-t-il de cete comédie: les Anglais ont un grand besoin qu'on les secoue, et les aventuriers peu scrupuleux que  sont Wanda et Otto sont la potion miracle...

 

Wanda, Jamie Lee Curtis, traitresse patentée qui s'apprête à trahir Otto après avoir trahi le reste de l'humanité, est une diablesse mue par l'appat du gain, mais elle finit semble-t-il par croire à son propre jeu; le personnage avait tout pour être dangereux, et Curtis s'en sort avec les honneurs, réussissant à slalomer entre les difficultés, passant de la duplicité à une véritable femme amoureuse, d'autant que son nouvel amant est riche, et surtout, parle Russe de façon convaincante durant les ébats; ce n'est pas le cas d'Otto, véritable psychopathe dont le péché mignon est de se jeter sur Wanda en lui sussurant des mots doux en Italien (En fait de la cuisine, mais c'est très érotique malgré tout); il est aussi capable de tout, et ressemble par moment à un Jean-Claude Vandamme sous acide: démangé par sa gâchette, vulgaire et agresif, le personnage irrésistible est sans doute l'un des rôles les plus volontairement surjoués de toute l'histoire; Kevin Kline ne se prive absolument de rien. Ken, le plus touchant des quatre principaux personnages, est donc bègue, et aime les animaux. Son bégaiement, joué de façon hystérique par Palin (Si je dis que c'est l'un de ses meilleurs rôles, je pense qu'on voit à quel point on atteint le sacré...), est la source d'une série de frustrations subies à cause d'Otto, qui va aussi lui faire une cour incessante, sans doute afin de réussir à obtenir des renseignements. Ken collectionne par ailleurs les poissons d'eau douce, dont le fameux Wanda, ce qui n'inspire que du dégout à Otto; celui-ci va donc utiliser les poissons pour obtenir de Ken, ligoté, la cachette du magot: il les mange, crus, les uns après les autres, finissant par Wanda... Autre source de frustration pour Ken, le fait d'être obligé de tuer le seul témoin qui puisse identifier George, une vieille dame qui possède trois Yorkshires; non que le fait de dessouder la vieille dame soit une gêne pour le truand chevronné qu'est Ken, mais à chaque fois, la victime de l'attentat est l'un des trois petits chiens, ce qui est trop pour le tendre bandit... on comprend qu'à la fin, Ken désire se venger à coup de rouleau compresseur sur l'insupportable Otto.

 

Bien que très planifié, le film a subi des changements en cours de production, qui ont gommé le côté vaguement nihiliste de l'intrigue, qui devait se finir sur un arrangement entre Leach et Wanda, pragmatique et dénué du moindre sentiment: désormais, les deux personnages d'aiment, ou du moins Leach a-t-il des sentiments. Le film n'en fonctionne que mieux... Et c'est un triomphe, de fait: une comédie qui fonctionne à tous les niveaux, dans laquelle le plaisir pris par les acteurs à se lâcher dans les limites du raisonnable, ou de l'intrigue, est diablement communicatif. Quant au titre, bien sur, on ne niera pas qu'il est soit inutile, faisant allusion à un poisson (Un genre d'animal dont le générique final assure qu'aucun d'entre eux n'a été maltraité durant le tournage); soit il est allusif, rappelant que si elle n'est pas un poisson, la Wanda de jamie Lee Curtis sait nager.

 

Pour conclure, nous nous contenterons de rappeler que l'Italien, c'est bien, mais le Russe est meilleur.

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Published by François Massarelli - dans Comédie John Cleese
6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 16:55

Royal Tenenbaum est un dandy vieillissant, revenu de tout, et qui n'a rien réussi, traversant la vie en affichant un mépris souverain pour les règles et les convenances, détaché de sa famille qu'il voulait nombreuse, mais dont il n'a pas su éviter les crises: marié, il a eu deux enfants, et en a adopté une autre. Mais Chas, Richie et Margo ne se sont jamais remis de leur impressionnante précocité, pas plus sans doute de la fuite du domicile familial de leur père mis dehors par une épouse qui en avait marre de ses infidélités. Après avoir été respectivement un financier génial (Chas), un champion de tennis (Richie) et une dramaturge reconnue (Margo), tous ont commencé à s'essouffler, et le temps a fait le reste. Les cassures de leurs vies se sont symboliquement traduites par d'authentiques fêlures: Margo, qui s'est mariée à un médiocre psychologue dépassé par les événements et qui poursuit des ambitions étranges (Notamment écrire un livre sur un pré-ado imbécile), a perdu un doigt dans des circonstances étranges; Richie se coupe les cheveux (Qu'il porte longs depuis toujours, c'est un tennisman) avant de tenter de se suicider, et Chas ne met plus de costumes, il porte en permanence un jogging rouge qu'il impose aussi à ses deux garçons. Son épouse est décédée, et il a pris la décision de revenir au domicile familial.... C'est la période durant laquelle Royal revient lui aussi, en prétextant qu'il va mourir. Il a surtout envie d'empêcher Etheline, son épouse, de se remarier avec un homme qui lui, a réussi: Henry Sherman, en effet, est un homme du monde à succès. C'est le début d'une folle et chaotique période pour la famille Tenenbaum...

Le choix des acteurs, dans la famille Anderson (Luke et Owen Wilson, Bill Murray, Seymour Cassel) ou pas (Gene Hackman, Ben Stiller, Gwyneth Paltrow, Anjelica Huston pour sa première collaboration avec le cinéaste) est parfait. Chacun a su faire sienne la manière étrange, dénuée d'expression directe des émotions, de vivre les psychodrames, qu'on les personnages du petit cirque intime et burlesque du réalisateur. Le scénario, co-écrit avec Owen Wilson (qui s'est ménagé un rôle annexe, celui d'Eli, un voisin qui ambitionne de 'devenir un Tenenbaum'!) est en fait une variation sur les mécanismes de l'échec, la médiocrité après la puissance, la déconfiture, et le renfermement sur soi, qui réussit d'une part à être drôle, grâce à un savant univers de décalages en série (Les trois clones en jogging, les errances de Margo, en fourrure, qui promène son rictus Keatonien de cigarette en cigarette, les "souris dalmatiennes" qui envahissent la maison sans que personne ou presque n'y prête attention), et une légère exagération Lubitschienne. Surtout, la tendresse naturelle du metteur en scène revient mettre suffisamment de bon ordre la-dedans pour qu'on finisse par croire avoir assisté à une histoire édifiante. Ce film, l'un des meilleurs de son auteur, est une étape indispensable, un objet fascinant, dominé par le jeu sur les ambitions littéraires (Chaque personnage est présenté par un livre qu'il ou elle a écrit), et c'est un sacré roman...

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Comédie
18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 17:10

Prévu donc pour être le dernier muet de Lloyd, Welcome danger est à la place devenu son premier parlant... Le film, très long, avec 113 minutes, est une curiosité, pas éloignée de nombreux films de 1929, qui accusent visiblement le fait d'être des raccomodages de dernière minute: on sait que Lloyd avait fini le film au moment ou la décision a été prise de la sonoriser, et par moment le bricolage se voit. Sinon, bien sur, la durée exceptionnelle tient à l'arrivée du son, et à l'intention de donner du dialogue aux personnages, ce qui on va le voir n'était pas une très bonne idée... Mais on remarque aussi que dès le départ, le film se voulait une sorte d'antholgie Lloydienne, à la fois bucolique et citadine, une comédie de caractère comme d'habitude, matinée de moments de mystère et d'enquête. Voici donc un retour sur cet étrange film...

Harold Bledsoe est un botaniste excentrique, qui se rend à san Francisco suite au décès de son père. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'on va lui confier la direction de la police à laquelle le vieux Bledsoe s'est illustré des années durant, très respecté de ses hommes. En chemin, il rencontre une jeune femme (La mutine Barbara Kent) dont évidemment il tombe amoureux. tout ce petit monde, à san Francisco, sera aux prises avec l'inquiétant Dragon de Chinatown, un chef mafieux dont l'identité reste secrète, en dépit du travail de longue haleine du vieu ledsoe pour le démasquer...Le benêt réussira-t-il à relever le défi?

Bledsoe, c'est un condensé de plusieurs personnages de Lloyd, des nâïfs et des distraits, mais aussi certains parmi les plus durs: on constate qu'il a une faculté d'adaptation assez importante. Mais il a aussi une imperméabilité à l'ironie méchante des autres, qui ne voient en lui qu'un nigaud... Ce qu'il est. Flanqué de Noah young en fidèle agent faireè-valoir, il va pourtant résoudre l'énigme... le film aurait pu être un bon Lloyd, qui louche peut-être un peu du coté de The cameraman de Keaton avec ses séquences situées à Chinatown, mais qui se traine décidément en longueur... L'ajout de dialogues rend le tout deux fois plus long, tout simplement... Et la comédie physique, ici souvent mise à contribution, n'avait pas besoin de ces interjections censées rajouter du réalisme, et qui fatiguent. Mais le film ayant été largement tourné avant d'être parlant, on a au moins la chance d'avoir ici de nombreuses scènes, synchronisées ou non (et le travail est dégoutant à ce niveau, bien sur), dans lesquelles le visuel prime, c'est une consolation. Parmi les meilleures scènes, la rencontre avec Barbara Kent est pleine de tendresse et renvoie un peu à Girl Shy. Mais Roland Lacourbe cite les aventures de Noah Young et Lloyd dans Chinatown, qu'il estime être le meilleur du film, je peine à le suivre: cette séquence de 25 minutes épuise vite son intérêt.. Pourtant, une scène géniale y figure, durant laquelle Young et Lloyd se retrouvent dans le noir, plusieurs minutes... ultime pied de nez au parlant? Sans doute pas, hélas.

 

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code
5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 16:47

Après la plénitude noire de The man who wasn't there, et la comédie de Intolerable cruelty, les frères Coen ont réalisé ce curieux film avant de se reposer, puis de revenir au premier plan avec No Country for old men, un spectaculaire film noir, méchant, cruel, qui leur permettra d'obtenir l'oscar du meilleur film... The ladykillers est le premier de deux remakes effectués par les deux frères, le deuxième étant le superbe True grit. On peut s'arrêter de les comparer... The ladykillers, un film que les deux metteurs en scènes connaissent bien dans la mesure ou ce sont depuis toujours des spécialistes de la comédie dite classique (Voir à ce sujet leur démarquage de Capra, The Hudsucker proxy, ou leur hommage à Preston Sturges, O Brother where art thou?), était en 1955 l'un des grands films des studios Ealing, pourvoyeurs d'excellentes comédies Britanniques.

Le remake déplace le sujet dans le Sud contemporain, mais brouille les cartes en y incorporant des personnages et des comportements qui renvoient au Sud de toujours. C'est l'histoire burlesque et volontiers noire d'un petit groupe de malfrats qui tentent de profiter de la position avantageuse de la maison d'une vieille dame dont ils ont trompé la confiance, ce qui leur permet de faire main basse sur un paquet de pognon qui est situé à deux pas, en creusant un souterrain à partir de la cave. Le professeur G.H. Dorr, gentleman sudiste à l'antique, est donc flanqué de quatre acolytes trouvés par petite annonce: "Le général", un Vietnamien propriétaire d'un magasin, un brin violent et incontrôlable, Garth Pancake, un insupportable baroudeur donneur de leçons, Gawain MacSam, un jeune Afro-Américain au langage de rappeur, et enfin Lump, un idiot (Footballeur Américain...) à la bouche constamment ouverte. Lorsque la décision est prise de se débarrasser de la vieille dame chez laquelle ils creusent, car elle est devenue un témoin gênant, elle va s'avérer plus difficile que prévu à zigouiller...

La dame, c'est une certaine Marva Munson, une veuve Noire, dont l'obsession biblique rythme toute sa vie, et que le "professeur" Dorr s'emploie à séduire. Elle permet aux réalisateurs de dresser un portrait du Sud qui s'en vient compléter celui déjà amorcé dans O Brother where art thou?... Mais si Gawain MacSam (Mrlon Wayans) est bien des années 2000, pas son langage et sa philosophie (Ou absence de), Dorr (Tom Hannks) ressemble à un contemporain de Lincoln, avec son Anglais d'un autre âge, sa coiffure et son bouc; on note ça et là la tentation d'en faire une nouvelle incarnation du Diable, déjà présent sous diverses formes dans Barton Fink, O Brother Where art thou, et qu'on reverra dans No country for old men; enfin, Pancake (J.K. Simmons) est une sorte de cousin de Walter Sobchak, le copain de Jeffrey "the Dude" Lebowski...

Les deux frères se sont amusés, comme toujours, à structurer leur film en le calquant sur une oeuvre préexistante: non pas le film d'Alexander Mackendrick dont celui-ci est le remake, mais l'oeuvre de Poe, dont Dorr est un infatigable lecteur, et un récitant douteux. De plus, le souterrain, les idées (Emmurer la vieille dame vivante, par exemple), et la présence d'un chat témoin systématique sont plus que des allusions. Mais comme souvent cette structure ne va nulle part, et les deux Coen se prennent le pied dans le tapis: Le fait d'avoir confié à Tom Hanks, à contre-emploi, le rôle du maître-escroc, est une bonne idée, mais ils semblent s'être obligés à ne rien couper; du coup, certains gags excellents font long feu, et le film traîne sérieusement en longueur. Des querelles répétitives, et l'inutilité de certains personnages (la bêtise de Lump est purement décorative) finissent par aourdir un film qui peine à motiver, ce qui est dommage. On sait que les deux frères savent faire des étincelles, en particulier avec l'humour noir...

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 18:05

J'ai vu, il y a peu, le film It's a mad, mad, mad, mad world de Stanley Kramer. Il me semble que cette comédie atypique est un peu à l'origine d'un genre bien précis, limité aux années 60, de comédies, les films-mammouths. Ainsi nommés parce qu'ils sont énormes, encombrants, et qu'ils ont disparu, la comédie ayant généralement retrouvé des durées plus décentes que les quasi-trois heures. Mais, on le sait (et on le dit ailleurs http://allenjohn.over-blog.com/article-it-s-a-mad-mad-mad-mad-world-stanley-kramer-1963-100500564.html), ces films avaient pour but premier de faire venir les gens dans les cinémas, en leur proposant ce qu'ils n'avaient pas sur leur télévision: Ecran large, stéréophonie, et bien sur durée gargantuesque avec introduction, entr'acte et tout le toutim. Généralement le genre n'était finalement qu'un prétexte, et ces films s'inscrivent dans le gigantisme des années 60 (West Side story, My fair lady, The sand pebbles, The sound of music, Dr Zhivago, ...notons le nombre anormalement élevé d'Oscars du meilleur film dans cette courte liste). Pas celui-ci, du moins pas seulement: Blake Edwards, qu'on connait pour sa versatilité, a suffisamment donné de gages dans sa carrière de sa connaissance et de son amour pour le burlesque pour qu'on ne le soupçonne pas trop d'opportunisme... Et de fait, le film est dédié.

"A M. Laurel et M. Hardy", dit un carton juste avant le générique, dont les motifs renvoient plus loin encore, au cinéma des origines, celui des années 1900, dont des avertissements demandaient aux dames d'enlever leur chapeau... Ce film se situe sous la présidence de Teddy Roosevelt, probablement le deuxième mandat compte tenu de la présence d'automobiles: le grand Leslie (Tony Curtis)et le professeur Fate (Jack Lemmon), deux bateleurs aux conceptions diamétralement opposées, s'affrontent sur le terrain du spectaculaire, chacun d'entre eux s'évertuant à battre des records inutiles mais bien dans l'époque. Leslie triomphe toujours, mais Fate est doué d'une malchance qui n'a d'égale que sa malhonnêteté. Leslie propose à l'industrie automobile américaine une course autour du monde pour faire la preuve de la supériorité de l'industrie américaine. D'autres concurrents vont participer, mais peu importe: seuls comptent Leslie, sa Nemesis Fate, et Miss Maggie Dubois (Natalie Wood), une suffragette qui a réussi à se faire sponsoriser par un journal de New York pour participer et couvrir la course. Celle-ci va nous occuper 160 minutes durant...

Tony Curtis et Jack Lemmon, voilà un casting qui nous en rappelle un autre(http://allenjohn.over-blog.com/article-billy-wilder-opus-16-some-like-it-hot-1959-63844315.html), mais la comparaison s'arrête là: Jack Lemmon, en savant fou de pacotille, en fait volontairement des tonnes, ce qui peut éventuellement être irritant, et Curtis joue ici les "chevaliers blancs", littéralement, puisqu'il porte en toute circonstances un costume immaculé. Y compris lors d'une bataille de tartes à la crème multicolores, la seule qui atteigne le héros étant entièrement faite de crème, donc blanche... Ca passe ou ça casse, Edwards a entièrement construit son film sur l'accumulation intelligente de gags savamment construits allant jusqu'à régler de façon adroite un duel à l'épée, pour le plaisir d'en gâcher la chute. La dédicace à Laurel et Hardy n'est en rien usurpée; si la course et les avanies subies par l'équipe de Fate (Avec son assistant joué par Peter Falk) tendraient à faire croire à un rythme échevelé, c'est un film qui prend son temps, s'accorde des pauses, montre intelligemment. On est peu ou prou dans le même monde que ces intermèdes fous dans The Pink Panther, par exemple, lorsque la logique part par la fenêtre et que l'absurde s'installe gentiment, toujours dans un cadre aussi rigoureux que possible. Selon moi, ce film est de fait une anomalie au sein de la filmographie des "filmmouths": énorme, excessif... mais aussi plutôt réussi, si on accepte de se laisser emporter gentiment par le rythme. Et puis, il y a Natalie Wood en suffragette, une partie de tartes à la crème, un pastiche du Prisonnier de Zenda avec Jack Lemmon en vedette, rien que ça devrait suffire. Voilà.

Ce film qui est incidemment à l'origine du concept de la célèbre (Et insipide, c'est vrai) série de cartoons "les fous du volant" (Satanas et Diabolo, ce sont en fait le prof. Fate et son fidèle assistant Max) est recommandé pour tous, et dédié pour ma part à mon grand ami, le professeur célèbre Jean-Stéphane Jahény, amoureux de la comédie qui fait rire.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie Filmouth
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 07:18

Il y eut un temps, appelons-le les années 60, durant lequel le cinéma mutait de façon bien étrange. D'une part, le système industriel entier et son fonctionnement était remis en question par des franc-tireurs, dans de nombreux pays, dont certains allaient devenir de nouveaux gourous et changer pour toujours la façon de faire. D'autre part, les fondations même d'Hollywood vacillaient, attaquées par la décrépitude des studios d'un coté, et la concurrence de la télévision de l'autre. C'est exactement au milieu de cette pagaille que se situe l'arrivée de ce film, un ovni comme il en existe peu. Pour bien comprendre l'existence de ce film, il faut d'une part considérer la personnalité hors-norme de son réalisateur-producteur: Stanley Kramer est un ambitieux, un accumulateur de projets fous qui tient en son contrôle tous les aspects du film, une sorte de retour aux années 20, avant l'âge des studios donc, à lui tout seul, et un showman qui a compris, à la suite de Cecil B. DeMille mais dans un genre bien remis à jour, que si la qualité des films doit rester importante, si un grand sujet (Peine de mort, les prisons, le racisme, tout y passe) s'impose, il faut aussi et surtout su spectacle. Rien d'illégitime là-dedans... Mais il va commettre une série d'erreurs fatales.

La comédie Américaine, tradition enviable, dont les plus belles pages sont écrites depuis les années 20, est un monde à part entière, une galaxie même, dont Stanley Kramer a voulu s'approcher, avec une idée folle, à tous les sens du terme: réaliser une comédie si énorme, si spectaculaire, qu'elle éclipserait bientôt toutes les autres... Pour ce faire, il a réuni un casting de comédiens chevronnés, trouvé une idée de scénario, lancé un film avec une équipe de solides techniciens, engagé des armées de cascadeurs.... et trouvé deux gimmicks inattendus, qui vont vendre le film à eux seuls: d'une part, c'est une comédie, on va donc inviter des comédiens à faire des apparitions tout au long du film; ensuite, puisque la télévision est là, et propose déjà de la comédie, pour lui faire concurrence, on va donner du grain à moudre au public: le film va durer près de trois heures, façon gros spectacle à la Cinérama... Avec ouverture, entr'acte, conclusion en musique. Le scénario va reposer sur une intrigue autour d'une chasse au trésor en une journée, et le tour est joué... Le résultat donne un film dont le résumé est un texte dans lequel un mot sur deux est un nom entre parenthèses...

Un malfrat tout juste sorti de prison (Jimmy Durante) crashe sa voiture lors d'une poursuite, sur une route de Californie. Sont témoins de ses derniers instants un groupe de personnes, qui roulaient dans quatre voitures différentes (Milton Berle, Mickey Rooney, Sid Caesar, Edie Adams, Ethel Merman, Jonathan Winters, Buddy Hackett, Dorothy Provine). Ils apprennent de la bouche du mourant que celui-ci a enterré dans un parc de Santa Rosita une fortune, et qu'il leur suffit d'aller la collecter: elle est enterrée "sous un grand W". Très vite, les huit protagonistes vont devenir des concurrents afin de mettre la main sur le magot. La police les surveille, sous la direction du capitaine de Santa Rosita, Culpeper (Spencer Tracy), et d'autres personnes viennent s'ajouter au groupe de huit, au hasard des péripéties: Terry thomas, Peter Falk, Eddie Rochester Anderson, etc... De l'ambition, des poursuites en voiture, des cascades...

Après tout, il faut voir grand, et on ne fait pas de cinéma sans vouloir faire que les films qu'on réalise soient bons... Et cette politique de l'excès est en phase avec l'histoire d'un genre dont les meilleurs représentants ont toujours voulu parfaire leur art, aller plus loin donc. Et avec l'apparition des films de Billy Wilder, après ceux de Capra, la comédie est devenue de plus en plus ambitieuse; un genre dont bien des films tournaient deux décennies auparavant autour d'une heure voit désormais des films imposant de plus de deux heures, donc la durée importante de ce nouveau film n'est pas là non plus une idée trop étrange. Quant au "toujours plus" qui consiste à ajouter à l'intrigue des gags liés à l'apparition express de vedettes (Jerry Lewis, Buster Keaton, Les trois Stooges...), c'est là encore de bonne guerre...

Mais de toute façon, le film est raté; parfois drôle, toujours distrayant, mais trop long, ne tenant qu'à un fil ténu qui s'émousse vite, et surtout, gâché par la règle du toujours plus, qui a poussé le réalisateur à demander à ses acteurs un jeu hystérique de la première à la dernière minute. De plus, si c'est effectivement, assez drôle parfois, l'ensemble est dominé par l'impression que toute subtilité psychologique doit être bannie, et me donne le sentiment que Kramer n'a pas compris ce qu'était la comédie. Bien sûr, il y a des moments de grâce ça et là, et des apparitions qui touchent au sublime; d'autres sont juste émouvantes: Keaton, par exemple, qui réussit en quelques secondes à exprimer tout le ressenti de sa présence en déclamant un évident "qu'est-ce que je fais là" rien qu'avec son corps et ses mouvements gauches... Et puis quelle idée de vouloir refaire Intolerance (Chacun des équipages de témoins de la mort de Durante ayant finalement sa propre histoire, découpée en épisodes reliés par le montage) en comédie? Qui plus est, et là tout le monde est d'accord, tout ça est bien trop long.

Ce film est finalement un signe des temps, une erreur de la nature... Quoique... Il me semble qu'il a eu une descendance: à l'époque, le film de guerre avait un équivalent, avec The longest day. Il y allait avoir How the west was won, bientôt aussi;  Le film énorme avec pléiade de figurants et "cameos" était de rigueur... Donc à la suite de celui ci, la Fox a décoché son Those magnificent men in their flying machines, et Blake Edwards a réalisé son propre hommage au genre, The great race. Mais en ce qui concerne ce dernier, très réussi, c'est un orfèvre qui l'a fait, un spécialiste.

Pas ce film.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Filmouth
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 09:35

Harold Lloyd a lui-même construit son mausolée, un peu comme Chaplin, mais en plus radical; Longtemps après la gloire, de certains films, il a montré tout ou presque; d'autres se sont vus réduits à des extraits. D'autres enfin ont disparu... littéralement. Malgré un effort pour acquérir, puis conserver les courts métrages de ses débuts, peu ont survécu. Et ceux qui sont toujours là sont rarement montrés.

 

Luke joins the navy (1916, Hal Roach)

Luke's movie muddle (1916, Hal Roach)

http://4.bp.blogspot.com/-HWeiznTTZfo/TgNC73IX_tI/AAAAAAAACAk/81Dk-mVDYvY/s1600/hl5.jpgAvant tout, Lloyd était un acteur. C'est donc en tant qu'acteur qu'il a cherché à inventer un personnage de films burlesques. Après un mystérieux "Willie Work", dont je n'ai jamais vu le seul film survivant (Just nuts), Lloyd est donc devenu Lonesome Luke, une imitation de Chaplin, pour une cinquantaine de courts métrages entre 1915 et 1917. Une quinzaine d'entre eux ont survécu sous la forme de fragments ou de copies plus ou moins complètes. Les films de la série "Lonesome Luke" laissent entrevoir un peu de ce que harold lloyd allait devenir, disons, dans l'énergie dépensée. Mais au-delà, il s'agit principalement de comédies lourdes et peu inspirées, dont le grotesque allait vite devenir encombrant aussi bien pour Hal Roach que pour Lloyd lui-même. Il ne reste, complets ou en fragments, que 16 de ces comédies tournées entre 1915 et 1916.

 

By the sad sea waves (Alf Goulding, 1917), Bliss (Alf Goulding, 1917), Hey there (Alf Goulding, 1918), Two-gun gussie (Alf Goulding, 1918); The city slicker (Gilbert Pratt, 1918), The non-stop kid (Gilbert Pratt, 1918) Are Crooks dishonest? (Gil Pratt, 1918), Don't shove (Alf Goulding, 1919), Ring up the curtain (Alf Goulding, 1919), Just neighbors (Harold Lloyd & Frank terry, 1919), Pay Your dues (Vincent P. Bryan, Hal roach, 1919), Captain Kidd's Kids (Hal Roach, 1919)

His royal slyness (Hal Roach, 1920)

 

Tous ces films, qui mènent Lloyd de son apprentissage burlesque à coup de tartes à la crème, à ses futurs longs métrages qui seront un modèle impressionnant de comédies sophistiquées dans la monde entier, sont un ensemble bien disparate. Les premiers trahissent un manque certain d'inspiration et de subtilité, l'essentiel de l'intrigue étant souvent un vague prétexte pour permettre à Lloyd et Snub Pollard de se trouver ou se retrouver ensemble à provoquer le chaos, en favorisant aussi la rencontre entre Lloyd et Bebe Daniels. Pourtant les premiers films de la série 'The winkle' (Avec lunettes, donc) sont quand même plus élaborés, drôles et inventifs que n'étaient les "Lonesome Luke". C'est non seulement Lloyd qui faisait ses gammes, mais aussi Roach.

Ces quelques échantillons, dont certains sont en piteux état, possèdent ça et là des moments de grace, en particulier dans Don't shove, un film clairement concurrent de The rink, la comédie de Chaplin elle aussi sise dans une patinoire, et surtout Pay your dues dans lequel Roach et Lloyd s'amusent des sociétés "secrètes" plus ou moins maçonniques qui fleurissent en Amérique dans les libarales années 20, et dont ils feront d'ailleurs l'un et l'autre partie toute leur vie...
Mais ça et là, on a des promesses: Le "non-stop" kid est un jeune homme de son temps, précurseur du "jazz age". il drague, et rien n'est trop beau pour parvenir à ses fins; mais déja, on a une tentation de peindre le monde qui entoure le studio, et la vie quotidienne de Los Angeles qui va être si importante chez Roach...

On comprend aussi l'ambition, ainsi que les limites de ces courts métrages, avec The city slicker: Ce film est une fois de plus la preuve d'une sorte d'inspiration commune, qui n'a rien d'un plagiat, entre Lloyd et Chaplin; au moment ou ce dernier tourne Sunnyside, Lloyd accomplit sa version du choc des deux mondes aux Etats-Unis: ruralité et ville. Un hôtel miteux en pleine cambrousse fait appel à un jeune homme citadin pour redorer son blason. Mais contrairement à Chaplin, ce court métrage ne dépasse pas vraiment la caricature joyeuse, par alleurs réjouissante. Il fallait imiter Chaplin, mais Lloyd trouverait plus tard une inspiration propre, qui l'amènerait au sommet... Littéralement.

Enfin, avec les deux derniers films de la liste ci-dessus, on a d'intéressants exemples de ce qu'atait le tout-venant de la production de Roach et Lloyd, alors que ces derniers avaient sorti un chef d'oeuvre avec Bumping into BroadwayHis royal slyness est une intrigue élaborée (qui sera reprise en 1926 pour Charley Chase sous le titre Long fliv the king), avec des développements complexes, et une débauche de décors. Mais l'approximation domine, et le tout est bien moins rigoureux que le film précédent, justement Bumping into Broadway. Enfin, Captain Kidd's kids, en deux bobines, refait le coup du rêve, avec un bateau de pirates dont les occupantes sont toutes enjuponnées. Comme souvent lorsque les films sont soignés de Roach, la mise en scène est bien balourde. C'est le dernier film de Lloyd dans lequel cette tentation de la pochade vite-fait mal fait domine...

 

 

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie
29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:34

Ce Girl shy est une grande date du cinéma muet. D'une part, parce qu'il est une impressionnante déclaration d'indépendance d'un des plus importants comédiens de la décennie, ensuite parce qu'en prime c'est un film à la fois dans la tradition des autres longs métrages de Lloyd, et novateurs sur un certain nombre de points. L'acteur-producteur-patron a bien retenu la formule de ses films qu'il a bien sur contribué à créer, mais a aussi fait un peu plus que ce qu'il se permettait chez Roach. Rarement on n'avait vu auparavant un tel soin apporté à la création d'une comédie Américaine, et ce n'est pas un hasard si le film est contemporain des premiers grands films de Buster Keaton qui lui aussi cherchait à étendre le champ d'action de la comédie...

 

Harold Meadows est un benêt, habitant timide et si complexé de la petite ville de Little bend ou il est apprenti tailleur, qu'il en bégaie. Les femmes l'effraient, alors il tend à les caricaturer dans un projet de livre absolument ridicule ou il raconte des aventures imaginaires toutes plus idiotes les unes que les autres, mais ça n'arrange rien: elles ne l'effraient que plus... jusqu'au jour ou il rencontre la jeune, riche, et belle Mary Buckingham, dans le train qui les mêne à la ville. Elle se passionne pour son livre, et surtout pour lui, et il va désormais rêver d'elle. Mais comment assumer la différence sociale?

 

Une comédie, donc, d'une veine classique pour Lloyd, puisqu'il s'agit pour lui de montrer la métamorphose d'une andouille, de le montrer se dépassant pour conqu"rir et mériter la main d'une jeune femme. Si l'essentiel de l'intrigue (Complétée par la menace d'un mariage de Mary avec un butor polygame) concerne bien sur le changement qui s'opère en Harold jusqu'à ce qu'il prenne le taureau par les cornes et vienne la chercher à pied, en moto, en voiture(s), en tramway et même en carriole trainée par des chevaux, on constatera qu'une forte portion de ce film est consacrée à la cour que se mènent les deux amoureux. Et si on y rit, souvent, Lloyd n'a pas hésité à prendre les aspects sentimentaux de front, en choisissant le décor (Une petite rivière, un beau jour de printemps...) et en prenant les deux amoureux au premier degré, aidé d'ailleurs par la complicité et le talent de Jobyna Ralston. Celle-ci, déja active dans Why worry, porte une grande responsabilité de l'intrigue sur le dos. On aime sa Mary Buckingham, son sentiment d'être trahie par l'homme qu'elle aime lorsque Harold fait mine de se séparer d'elle afin de lui éviter un mariage désastreux avec un taileur sans le sou. La jeune femme complète vraiment le jeu de Lloyd: voilà un atout du comédien sur Keaton, par exemple, qui menait ses partenaires par le bout du nez...

 

Dans ce film, comme souvent, l'action mène à une séquence spectaculaire qui prend l'essentiel des trois dernières bobines, lorsque le bègue incapable d'aligner trois mots part de sa petite ville en trombe, et passe de véhicule en véhicule avec une énergie phénoménale. Comme souvent, c'est cette énergie, cette soudaine soif d'action qui va finir de faire d'Harold Meadows un homme... et qui va lui donner l'amour, bien sur! L'acteur est à la fête dans les séquences spectaculaires, même doublé, mais sait aussi étendre son registre en passant du rôle de ce pauvre Harold à son double maléfique, cet affreux bonhomme qui va de conquête en conquête, présenté dans les passages du livre... 

 

L'allongement du film, via le lyrisme des scènes d'amour, même bien complétées par des gags souvent tendres, se passe bien. L'équipe de ses films précédents est ici reconstituée, et le passage à huit bobines se fait sans heurts. Désormais son propre patron, Lloyd a montré qu'il n'avait besoin de personne. Typiquement, malgré tout, ce film serait suivi d'un autre moins ambitieux, afin de pallier éventuellement à un échec de ce film qui ressemble à s'y méprendre à un film sentimental assez traditionnel. Une bonne vieille méthode qui montre bien que Lloyd ne perdait pas le nord. et puis avouons-le: deux films de Lloyd en 1924 - Pourquoi s'en plaindre?

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie 1924 Sam Taylor
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 09:47

Clara Bow n'était pas qu'une star en devenir en 1927: elle était naturellement jolie et exubérante, il fallait bien qu'un jour ou l'autre elle ait la vedette d'un film. Fleming était aguerri avec ses films pour Douglas Fairbanks, il insufflait une énergie fantastique à ses films: à Hawaii, Hula Calhoun (Bow) a grandi avec les manières des indigènes, et lorsqu'elle voit un homme, un vrai (Clive Brook), elle jette son dévolu sur lui, même si'il est marié. Elle va tout tenter (Du moins ce qu'un film Paramount de 1926 lui autorise). Va-t-elle parvenir à ses fins? 

Disons qu'elle n'y va pas de main morte: elle lui tend des pièges gros comme une maison, finit toujours par se retrouver dans ses bras, et Fleming utilise toutes les ressources de l'euphémisme cinématographique pour nous faire comprendre qu'il ne faudrait pas trop les laisser seuls très longtemps: on voit une cafetière laissée à bouillir à un moment, dont le café déborde dans tous les sens... 

Bref: l'énergie, voila le maître mot; le scénario ne vaut pas grand chose, avec un enjeu simple: ce n'est pas qu'Anthony ne veut pas de Hula, c'est juste qu'il veut rester noble. Etant marié, certes sans amour, il ne souhaite pas profiter de la sitution. Mais Hula va bien sur tout faire, en parfaite dame du jazz age, pour qu'il profite de la situation. En vérité, ce qui compte bien sur, c'est Clara Bow, ses manières, sa danse, son sans-gène, et bien sur son bain sans pudeur, qui prouve dès l'ouverture du film qu'une actrice savait se mouiller à l'époque du muet. Rigolo... Victor Fleming, qu'on imagine en grosse brute du baroud, a toujours été particulièrement à l'aise avec les actrices, on peut en juger avec Ingrid Bergman, Vivien Leigh ou Jean Harlow. et bien sur avec Miss Bow. Toutefois, si on peut voir le film aujourd'hui, on aimerait le voir aussi dans une copie décente, mais ça...

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Published by Allen john - dans Muet Victor Fleming Comédie Clara Bow 1927
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:57

Ce film occupe une place très particulière dans le cinéma Hollywoodien des années 20: il représente un étrange mélange dans l’œuvre de DeMille; d’une part, il s’agit une fois de plus d’une comédie matrimoniale, centrée cette fois sur le mari, joué par Wallace Reid, confronté bien malgré lui au choix entre la tranquillité du droit chemin, et l’attrait du péché. Ensuite, le film est une expérience visuelle quasi constante, à l’instar des mélos de 1915 et 1917, dans lesquels le réalisateur et ses techniciens utilisaient la lumière à des fins dramatiques; On remarquera d’ailleurs le nom de Karl Struss au générique… Enfin, le réalisateur invente ici le « All-stars », battant le rappel de la plupart de ses acteurs fétiches: Wallace Reid, Gloria Swanson, Bebe Daniels, Monte Blue, Agnes Ayres, Theodore Roberts, Raymond Hatton, tous sont là, dans des rôles plus ou moins importants. Et les silhouettes de domestiques, notamment, sont confiées à Lucien Littlefield ou Julia Faye. Polly Moran fait même une apparition en danseuse excentrique dans un cabaret.

Le film, inspiré d’une pièce de Arthur Schnitzler adaptée par Jeanie McPherson, est divisé en trois parties d’inégale longueur. Dans la première, Reid et Swanson interprètent deux jeunes mariés, après quelques semaines de bonheur, qui s’accordent une soirée pour s’encanailler; lors de la sortie, l’homme repère au restaurant une jeune femme (Wanda Hawley) qui ne lui est pas inconnue, une ancienne camarade d’école désormais « chercheuse d’or », accompagnée d’un milliardaire ; choqué qu’elle soit tombée aussi bas, le mari décide de la réformer; la jeune femme accepte, sachant quel parti elle pourra tirer de la situation; tout cela n’est pas du goût de l’épouse, qui verra revenir son mari lorsque celui-ci aura totalement compris ce que veut son ancienne amie.

La deuxième partie, très courte, voit se télescoper deux intrigues: les deux jeunes mariés souhaitent se retrouver après la crise seuls à la campagne, et le mari tombe suite à un quiproquo dans un piège; surpris dans les bras d’une jeune femme (Agnes Ayres) à laquelle il croit avoir sauvé la vie (Qui va d’ailleurs lui voler son argent au passage), il est bien obligé de voir partir son épouse. Dans la dernière partie les deux époux décident séparément de se laisser aller, et le mari, après toutes ces situations durant lesquelles il aura été victime de son bon cœur et de sa naïveté, va tomber pour la première fois sur une sainte en cherchant une vamp (Bebe Daniels). Inévitablement il retournera chez son épouse, après avoir eu des doutes sur la moralité de cette dernière, surpsies au bras de leur meilleur ami commun (Elliot Dexter). D’ailleurs, le spectateur a, lui, plus que des doutes…

Wallace Reid semble ne pas être tout à fait dans son élément; c'est un indécrottable naïf , systématiquement victime des agissements féminins, qu’il ne comprend pas du tout, du début à la fin du film… Il est intéressant de constater que dans ce film, DeMille et McPherson inversent les rapports Swanson /Daniels par rapport à WHY CHANGE YOUR WIFE?, même si ils jouent sur l’image de l’une et de l’autre pour semer le doute chez le spectateur: déguisée en parodie de caricature de vamp (Plus encore que la vamp typique des premières scènes de SINGING IN THE RAIN, avec des robes plus ou moins similaires, bardées de fausses toiles d’araignées), Bebe Daniels est en vérité une femme qui se sacrifie pour sauver son mari, dont la vie est sérieusement en danger suite à une blessure de guerre, alors que la frêle épouse, dont le mari clame la pudeur, organise en son absence une partie fine durant laquelle il se peut que sa vertu ait souffert… On termine le film sur ce doute, et si le mari n’en sort pas moins naïf, ce sont toutes les femmes qui en prennent pour leur grade...

Si le film n’apporte rien au cycle des comédies matrimoniales de DeMille, se contentant d’en rafraîchir la trame et de la transposer de manière à intégrer 12 acteurs de premier plan de l’époque, il en va tout autrement de la mise en scène, qui réintègre des expériences comme DeMille ne se permettait plus depuis THE WHISPERING CHORUS. l’accent est mis ici sur l’éclairage de nouveau, sur les décors, extrêmement travaillés et rendus très abstraits (Sauf dans la deuxième partie; celle-ci ne se fait pas trop remarquer, à part dans une très jolie scène entre Monte Blue et Agnes Ayres, dont les deux visages sont caressés par une lumière lunaire du plus bel effet, mais en totale contradiction avec l’action…), notamment dans les scènes de boîte de nuit, toutes différentes, représentant à chaque fois une étape vers la débauche : au final, la scène chez Bebe Daniels voit un décor envahi par le noir, le mobilier de la dame étant en harmonie avec sa robe… La lumière est utilisée dans le film pour rythmer les parties : la fin des la première partie voit le jeune couple éteindre progressivement toutes les lumières, avant de n’être plus que des silhouettes dans la pénombre, la deuxième partie se clôt sur la scène entre Monte Blue et Agnes Ayres déjà citée… La structure ainsi soulignée reste démarquée par des éléments visuels ; ce n’est pas un défaut dans un film plutôt bavard en intertitres... 

La copie actuellement diffusée de ce film est teintée, colorée de diverses façons, ce qui est du plus bel effet, mais ce sont surtout les titres qui en bénéficient (avec une exception frappante, un tableau vivant de Bebe Daniels). La composition de ceux-ci tend d’ailleurs à prouver que cette coloration est d’origine. L’effet est très joli, mais il sert aussi à renforcer le texte. Celui-ci est envahissant, la majorité des gags étant fournis par les cartons. Cela renforce l’idée d’un narrateur qui prend le pouvoir, qu’on est en droit d’imaginer, mais avec un film muet, c’est gênant… Mais on a quand même des belles surprises : lorsqu’un titre ironise sur la fable du films prodigue, on se prend à rêver : venant de McPherson et DeMille qui s’apprêtent à nous donner en 1922 et 1923 les plus belles leçons de prêchi-prêcha qui soient, c’est cocasse. Et l'intrigue centrale nous montre une frêle jeune femme qui n'hésite ni à tenter de tromper son mari, ni à voler pour remettre l'argent qu'elle a dérobé dans la caisse de l'église, et son mari chrétien fondamentaliste est un incommensurable crétin; le film est riche en utilisations brillantes des détails de la vie quotidienne, voire intime, comme seuls Stroheim et DeMille savaient le faire. Et l'ironie de Schnitzler reste bien présente du début à la fin avec une morale assez élastique qui sera la même dans The marriage circle (de Lubitsch, 1924), en plus positif, et dans Eyes wide shut (de Kubrick, 1999), en franchement noir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1921 Comédie