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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 18:58

Profitons de ce film, le premier vrai long métrage de Harold Lloyd (5 bobines) pour son patron Hal Roach, pour établir un fait: l'auteur, c'est Harold Lloyd, comme l'auteur de films de Chaplin est Charles chaplin lui--même, comme Keaton ou comme Stan Laurel; dans le cas de ce dernier, la comparaison a évidemment d'autant plus de sens que Laurel était lui aussi une vedette de l'écurie Roach (Entre 1926 et 1940), mais aussi et surtout que pas plus que Lloyd il n'a jamais signé un de ses films en tant que metteur en scène... Mais après des années à tourner des films en vedette, Lloyd savait ce qu'il voulait, il était le patron sur le plateau, et que ses films aient été tournés par Fred Newmeyer, Sam taylor, Ted Wilde ou Lewis Milestone, le style ne différait en rien d'un long métrage à l'autre.

 

Après un galop d'essai en forme de comédie allongée (A sailor made man), ce qui frappe avec ce nouveau film, c'est sa cohérence: il a été clairement conçu pour la longueur, et le développeent des personnages s'accompagne d'ue exposition très claire de tout un univers, agrémentée d'un flash-back. Ce sont des ingrédients particulièrement rares dans la comédie, et Lloyd, comme Keaton le fera plus tard avec Our hospitality, a réalisé qu'il ne pourrait pas y avoir d'adhésion du public si le film n'était pas ancré dans une certaine tangibilité au-delà du burlesque. Avec Grandma's boy, comédie tendre sur un adolescent attardé et timide qui devient un homme, on voit arriver le comédien dans la cour des plus grands, ou il côtoie à sa façon Griffith, Henry King, John Ford et Frank Borzage. Son film est un reflet d'une Amérique éternelle, dans laquelle on croise le shérif local tous les jours, tout le monde connait tout le monde, et ça sent le foin, et parfois la naphtaline...

Harold est timide, très timide. il est aussi lâche, et laisse tout passer à coté de lui: sa fiancée, pourtant suffisamment dégourdie pour lui envoyer des messages on ne peut plus clairs, la ville entière qui n'en fait pas grand cas, son rival qui profite de la situation, et sa grand-mère qui se désespère le savent bien. Jusqu'au jour ou, alors que le jeune homme réquisitionné par Noah Young est devenu adjoint du shérif pour aider à une chasse à l'homme bien mal partie, sa grand-mère lui confie un talisman qui a aidé son grand père aussi lâche que lui à devenir un héros de la confédération en 1862... Les ailes lui poussent alors de façon spectaculaire.

Bien sur, le talisman est un stratagème: la grand mère (Anna Townsend) lui a donné en vérité la poignée d'un vieux parapluie et a inventé son histoire. Mais l'essentiel est de montrer Harold convoquer la force qui est en lui. Comme d'habitude, la progression du personnage fait le sel du film, avec des gags bien intégrés à l'ensemble, et qui ne sont jamais contre lui. On notera que si la manipulation était souvent présente dans les courts métrages, c'est la première fois qu'elle est effectuée à son insu, mais pour son bénéfice; par ailleurs, avec ce film, Lloyd s'invente bel et bien un deuxième personnage, par opposition à ce gandin trop sur de lui qui n'avait aucune émotion dans A sailor made man, ou par opposition à l'arriviste prêt à tout pour assumer son rêve Américain dans Safety last. Mais ce type de peinture tendre de l'Amérique rurale reviendra, dans Girl shy (1924), mais surtout dans le très beau The Kid brother de 1927. En attendant, il montre ici une valeur essentielle parmi celles qu'il partage, très Américaine, une glorification simple du vrai courage. Ca n'est pas révolutionnaire, mais c'est l'un des thèmes qui vont revenir de film en film. Par ailleurs, le soin apporté aux décors du village, et l'intégration d'un flash-back sur la guerre de sécession, finissent de faire du film une plaidoyer intemporel.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1922 Comédie
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:42

Continuant avec prudence à allonger ses films, Harold Lloyd arrive avec ce film à quatre bobines, comme dans une dernière étape avant le long métrage, qui viendra effectivement avec les films suivants. D'une durée de 48 minutes à peu près, cette petite comédie ne révolutionne rien, ni en matière de comédie, ni dans l'oeuvre de Lloyd, mais on peut au moins y avoir une double satisfaction: d'une part, le comédien s'y livre à une sorte d'adieu à la comédie burlesque débridée de ses débuts sans pour autant délaisser une certaine sophistication. D'autre part, il y a eu un effort pour développer certains personnages au-delà de la simple caractérisation immédiate. Le personnage de Noah Young en particulier bénéficie de cette tendance...

Sommé par le père de la jeune femme qu'il convoite de prouver sa valeur en trouvant un travail, un jeune homme riche et oisif s'engage dans la marine, et apprend à la dure la valeur du travail. Il sympathise avec la grosse brute du bord, et retrouve dans une contrée exotique sa "fiancée" (Mildred Davis, bien sur...), en croisière, qui est dangereusement convoitée par le sheik local... Il va pouvoir utiliser son courage...

Dès le titre, on est dans le monde du burlesque d'avant, celui que les courts métrages de chez Hal Roach et Mack Sennett veulent continuer à faire survivre en dépit des efforts des comédiens pour en sortir: un titre en forme d'abominable jeu de mots pour jouer sur le thème du film et son décor: la marine... Pourtant, l'effort de Lloyd et de ses scénaristes s'est porté sur l'énonciation d'un contexte intéressant, avec ce personnage de lamentable oisif, dénué d'émotions et d'intérêt dans la vie, qui se livre à tout comme s'il s'agissait d'une formalité. Les premiers plans qui nous le présentent, typiquement en trompe-l'oeil, comportent une ouverture partielle à l'iris sur le jeune homme, en veste élégante et canotier, qui semble s'adonner au plaisir de peindre... Mais la caméra nous révèle vite le pot-aux-roses: ce n'est pas lui qui tient le pinceau, et Harold est en fait en train d'observer un peintre, pas de peindre. C'est finalement typique de l'inaction dénoncée chez un homme qui n'agit en rien. Et bien sur son passage dans la marine va en faire un homme... Bien sur, il va surtout utiliser les faux-semblants et sa débrouillardise plus que ses poings.

L'intérêt principal de ce film, une comédie sympathique qui comme on l'a vu esquisse l'un des thèmes de prédilection de Lloyd, sans pour autant en faire beaucoup plus qu'un prétexte, reste pour moi l'opportunité qui est donnée à l'un des plus fascinants acteurs du studio Roach de pouvoir jouer un rôle plus long et plus nuancé que d'habitude: Noah Young, éternelle brute qui croisera souvent les routes de Charley Chase voire de Laurel et Hardy, et qui a très souvent joué les grosses brutes épaisses chez Lloyd avant ce film, est le copain du héros. Les deux hommes s'affrontent, puis sympathisent lorsque Harold prend la responsabilité de leur querelle devant un officier. Maquillé (Il est presque méconnaissable), très en avant, Young est quand même surtout le faire valoir, mais il met tout son poids dans la balance. C'est sans doute l'une des plus belles opportunités qui lui aient été données de toute sa carrière de grand baraqué génial chez Hal Roach...

Voilà, il n'est donc pas une grande étape, mais ce film a au moins servi à prouver que Chaplin n'était pas seul à pouvoir s'aventurer sur la durée, et que Lloyd était prêt à aller plus loin, et chercher à construire des films qui lui permettent d'explorer les personnages plus en profondeur. Le prochain film de sa filmographie est en fait une réussite, qui doit sans doute beaucoup à l'assurance acquise lors de l'élaboration des cinq films de 1921.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1921 Comédie
29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 19:14

Le coffret définitif sur Lloyd, sorti en 2005 aux Etats-Unis, comptait surtout les longs métrages muets, tous en fait, et un certain nombre d'autres films. Le choix des courts métrages était dicté par la volonté de mettre en valeur le comédien, à travers ses meilleurs films. on peut bien sur considérer cela comme une cvertaine forme de révisionisme, mais le résultat en vait la chandelle. Retour donc sur les meilleurs courts de lloyd, dans un re-vision qui est une source constante de bonheur... Notons que d'autres films de Lloyd ont été édités, notamment chez Kino: on y reviendra, bien sur.

 

Ask father (Hal Roach, 1919) Avec Bebe Daniels, Lloyd réussissait à faire en 13 minutes des films d'une inventivité et d'une énergie très impressionnantes. Ici, il cherche à demander à un père la main de sa fille, et c'est on ne peut plus difficile.

 

Billy Blazes, esq. (Hal Roach, 1919)
Lloyd parodie les westerns avec beaucoup de bonheur, mais aussi avec un hors-la-loi digne de ce nom: le grand Noah Young. Petit film, mais on est à l'aube d'une grande carrière.

 

From hand to mouth (Alf Goulding, 1919)
Le troisième court métrage de deux bobines de Harold Lloyd possède un je ne sais quoi d'embarrassant... Je crois que le fait, d'une part, de voir notre personnage pauvre, et d'autre part qu'il y ait interaction avec une petite fille tout aussi démunie se rapproche trop dangereusement du territoire de Chaplin. C'est bien enlevé, rythmé, souvent drôle, très carré, mais la magie n'opère pas , comme si le comédien n'était pas dans son élément.

 

Haunted Spooks (Alf Goulding, 1920)
Tous les comédiens de l'époque du muet, sauf Chaplin, se sont amusés à un moment ou un autre, à jouer avec la comédie de maison hantée. Mais le meilleur, c'est ce film: Lloyd ne se contente pas d'imaginer une intrigue de fantômes, il y place ses personnages: un jeune homme est "engagé" pour être le mari d'une riche héritière, puisqu'il importe que celle-ci soit mariée pour toucher le pactole; toute la première bobine est entièrement consacrée aux déboires amoureux du jeune homme et ses tentatives pathétiques de suicide... On est loin du personnage conquérant généralement associé à l'acteur. La deuxième bobine montre les machinations menées par l'oncle de la jeune femme pour les éloigner de la maison familiale, et de l'héritage. Beaucoup de gags qui font mouche, dans une mise en scène très soignée. pourtant, lorsque le tournage de ce film était en cours, Lloyd a eu un accident très grave, qui l'a éloigné des plateaux pour plusieurs mois et a rendu sa main droite quasi invalide. Ca ne se remarque pas...

 

An eastern westerner (Hal Roach, 1920)
Une ènième parodie de western, cette fois avec Lloyd en garçon de l'Est qui débarque dans un cadre westernien, ou il n'a rien à faire. Très vite, il a maille à partir avec l'abominable Noah Young. Pas un chef d'oeuvre, mais un film qui remplit son office, et dans lequel Lloyd utilise à fond son gout pour le gag en trompe-l'oeil, probablement sa spécialité...

 

High and dizzy (Hal Roach, 1920)
Ce film est très important dans la carrière de Harold Lloyd. Non que ce soit le meilleur film, voire le meilleur court, non; mais l'idée de départ, de suivre la vie au jour le jour de deux jeunes hommes dans les années 20, dont l'un, médecin à lunettes, allait tomber amoureux, ne prédisposait pas ce film à devenir l'étincelle qui allait permettre à Lloyd de devenir cette image iconique de jeune homme bien sous tout rapport suspendu au vide... Et pourtant! dans la première bobine, on assiste à une salve de gags liés à la personnalité du jeune médecin, qui fait sa pub en se grimant et en jouant des "faux clients" sauvés par le docteur miracle... Une cliente arrive, amenée par son père: elle est somnanbule. dans la deuxième bobine, Lloyd et son meilleur copain doivent liquider tout les résultats d'une expérience de distillerie clandestine (N'oublions pas qu'on est en plein Volstead Act, donc fini l'alcool!); dans la soûlographie qui s'ensuit, Lloyd se retrouve face à la somnambule, au dessus du vide. Les réactions du public plus du tout amusés mais captivés par le danger ont persuadé Lloyd de retenter le truc dans un film de l'année suivante, Never weaken, puis de faire encore plus fort avec Safety last... L'histoire tient parfois à peu de choses...

 

Get out and get under (Hal Roach, 1920)
Lloyd joue ici avec un accessoire typiquement associé aux années 20: la voiture individuelle. les personnages joués par Lloyd ne sont pas passés à coté de l'opportunité et du progrès, ils les ont adoptés. Dans ce film, le jeune homme a pour adversaire une voiture, généralement récalcitrante, alors qu'il est pressé: sa vie sentimentale en dépend. Du cinéma classique, qui n'adopte pas la forme que ce type de films prendra chez Laurel & Hardy, plus destructeurs...

 

Number please? (Hal Roach, Fred Newmeyer, 1920) Un Lloyd prédisposé à la déprime rencontre dans un parc d'attraction une jeune femme hélas courtisée par un autre. Elle leur donne une épreuve afin de les départager, qui va les pousser à beaucoup de mouvements, tricheries, et même à quelques actes illégaux. La vitesse, le jusqu'au-boutisme, la débrouillardise de chaque instant... Tous ces éléments sont du pur Lloyd, pour le premier film co-réalisé par Fred Newmeyer, un réalisateur qui a l'oeil. Le film aurait du être le dernier film en deux bobines, l'acteur et son équipe se sentant pousser des ailes.

 

 I do (Hal Roach, 1921)

Comédie sur le quotidien, un style dans lequel Lloyd excellait, le film commence par le mariage des deux héros. Les 23 minutes qui suivent concernent l'enfer quotidien du jeune marié, qui doit se coltiner le petit cousin, un insupportable garnement, et une nuit d'horreur durant laquelle les deux jeunes mariés croient la maison cambriolée par un homme patibulaire interprété par Noah Young. Le manque d'unité est assez peu problématique, mais Lloyd retentera avec succès le mélange des genres dans un de ses chefs d'oeuvre, en 1924, le superbe Hot water. Sinon, le début n'est qu'un résumé, I do était à l'origine un moyen métrage, dont Lloyd a décidé de supprimer la première bobine, celle qui racontait la rencontre et la cour des deux tourtereaux...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie
27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 08:23

Bumping into Broadway est le premier des courts métrages de deux bobines de Harold Lloyd. Pour ceux qui ne sont pas accoutumés à ce système de mesure, on compte les films muets de plusieurs façons: en mètres en France, en pieds dans les pays Anglo-Saxons, en bobines un peu partout. La difficulté de mesurer leur durée en heures et minutes provient du fait qu'il n'y avait pas de vitesse standard. Ce qui était par contre standardisé, en particulier dans le domaine de la comédie, c'était le nombre de bobines: une équipe qui commençait une série faisait, chez Hal Roach en tous les cas, des courts métrages d'une bobine, soit 10 à 13 minutes. Pas le temps d'aller très loin, la structure restait donc soumise à une idée forte. A deux bobines, on avait le temps d'installer une intrigue de façon plus sérieuse, voire on le verra plus bas de diviser en deux actes. A trois bobines, on est dans l'antichambre du long métrage, comme par exemple avec Shoulder arms et A dog's life de Chaplin... Lloyd a commencé en 1915 avec un personnage imité de Chaplin, Lonesome Luke; les quelques films qui survivent de cette période sont peu vus, mais laissent le sentiment d'un comique volontiers grossier et peu concluant. Les premiers films ne faisaient qu'une bobine, puis les sujets sont passés à deux bobines, avant l'abandon du personnage; en 1917, lorsqu'il a chaussé des lunettes, Lloyd est donc retourné à la case départ, en tournant de nouveau des films d'une bobine. Certains étaient aussi grossiers que leurs prédecesseurs, mais après un certain temps, l'allure de son nouveau personnage a eu une influence sur les films, qui sont devenus moins grotesques, moins vulgaires. En fin 1919, Hal Roach et Lloyd sont donc passés à deux bobines, avec ce petit bijou...

 

Créditer un metteur en scène pour les films Sennett ou Roach est toujours délicat; d'une part, la copie n'est pas toujours renseignée à ce sujet. Ensuite, il y avait surtout chez Hal Roach une subdivision assez spéciale, qui menait chaque film sous deux responsabilités: celle d'une directeur nommé pour chaque film, et qui pouvait changer d'un film à l'autre au sein d'une série (Voir à ce sujet la liste des réalisateurs de Laurel & Hardy, par exemple), et d'autre part un superviseur, généralement un réalisateur chevronné monté en grade, avait le rôle de diriger la direction... F. Richard Jones et Leo McCarey par exemple, occuperont ce poste entre 1927 et 1929. Pour les Lloyd d'avant 1920, on trouve principalement deux metteurs en scènes officiels: Alf Goulding, et Hal Roach lui-même. Dans certaines filmographies, on voit s'ajouter le nom de Lloyd. Ma spéculation est que Lloyd se dirigeait largement lui-même, la réputation souvent justifiée de Roach comme metteur en scène très moyen étant curieusement souvent démentie par les films de cette série crédités au patron... Celui-ci en perticulier, qui met en oeuvre tout ce qui va, durant tout le reste de la période muette, faire le sel des films si soignés de Harold Lloyd...

 

L'intrigue de ce film est asez classique: deux coeurs solitaires, pauvres et courageux, vivent en voisins dans une pension de famille menée par une tyrannique matrone; payer son loyer est difficile, mais esquiver toute rencontre avec le dragon et son impressionnant homme de main l'est encore plus. Mais les deux tourtereaux se débrouillent quand même, elle pour trouver un travail de "girl" dans un théâtre, lui pour tenter de placer la pièce qu'il a écrite, sans succès. Après bien des déboires, le jeune homme gagne une fortune au jeu, avec laquelle il va forcément pouvoir se lancer dans la vie au coté de la jeune femme... Celle-ci est interprétée par Bebe Daniels, dans son dernier rôle auprès de Lloyd. L'alchimie entre les deux acteurs est palpable (Quatre ans de collaboration), et beaucoup plus convaincante que ce qui va venir ensuite, avec Mildred Davis, la future Mrs Lloyd. La propriétaire de la pension renvoie à la tradition plus grotesque de la comédie burlesque, mais elle est interprétée de façon solide par Helen Gilmore, assistée par le grand Noah Young, qui a trimballé sa silhouette durant 20 ans chez Roach, apparaissant en monstre, en athlète, en psychopathe, en géant demeuré chez Chase, Laurel & hardy et d'autres: ici, il est très inquiétant... Enfin, un autre acteur, l'Australien Snub Pollard, complète la distribution; il était déja le partenaire de Lloyd dans les Lonesome Luke, et en 1919, est largement cantonné au rôle peu convaincant de faire-valoir; ici, il est un metteur en scène de comédie, et reste assez secondaire. Il n'apparait que dans la deuxième bobine.

 

La structure du film est très soignée; comme chez Chaplin, chaque bobine est montée de manière à être aussi bien partie intégrante du tout que relativement indépendante, ainsi elles peuvent être exploitées séparément; la première se termine par le fait que le héros réussit à quitter sa maison sans se faire attrapper par la propriétaire, apportant ainsi une résolution à la mini-intrigue de la première moitié; la deuxième bobine concerne la partie "Broadway" du film, tournant autour du théâtre d'une part, et de la frustration de la pauvreté d'autre part, Bebe et Harold se retrouvant l'un et l'autre dans une maison de jeu clandestine, au milieu de tous les bourgeois qui y jouent. Les deux personnages servent bien sur de fil conducteur, mais le film commence par une petite introduction qui installe l'idée des riches Américains et de leurs distractions; ainsi, ce qui aurait pu être deux films collés l'un à l'autre devient une oeuvre beaucoup plus cohérente...

 

Survivre, le maitre-mot des films de Chaplin, ne s'applique pas autant aux films de lloyd. Parfois, c'est bien le sujet, comme par exemple dans From hand to mouth (Alf Goulding, 1920), mais c'tes rare. Non, l'idée principale est celle d'élévation: devenir un homme (Grandma's boy, 1922), devenir un personnage respecté de la maison (The Kid Brother, 1927), monter les échelons d'une entreprise, au propre comme au figuré (Safety Last, 1923)... Lloyd croit au rêve Américain, ses personnages le vivent souvent. Son volontarisme affiché et communicatif, basé sur un engagement total, physique et mental, le rapproche de Douglas Fairbanks, celui des comédies davant Mark of Zorro: même optimisme, même volonté de se mesurer physiquement au monde... Mais là ou Fairbanks ne prend que peu le temps de s'apitoyer sur lui-même, Lloyd incorpore du doute dans ses films. S'il reviendra souvent sur ces moments qui le gênaient a posteriori en coupant dans ses films comme Chaplin l'avait fait, il est intéressant de voir dans les versions originales le personnage douter, voire abandonner la partie ici ou là. Lloyd n'est pas un surhomme, et les personnages qu'ils jouent, s'ils finissent par triompher avec cluot et débrouillardise, sont passé par des moments difficiles: on ne l'en aime que plus.

 

Enfin, dans la copie la plus courante de ce film, on a la chance de voir à quel point les comédies n'étaient pas qu'un simple comlément de programme. Non seulement le film est très soigné, ressemblant après tout dans ses valeurs de production à un long métrage dramatique; mais en plus, avec ses teintes sépia et ses intertitres dessinés et commentés, il est superbe. Lloyd et roach jouaient gros avec ce film, qui mènera à une série de deux bobines souvent brillants (Tous ont survécu, heureusement), puis des films de trois bobines, puis bien sur une série de longs métrages qu'il faut absolument voir... Donc Bumping into Broadway est indéniablement une très grande date...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie
8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 20:39

Complètement passé inaperçu à sa sortie, de film a été tourné en particulier sur la presqu'ile Guérandaise, à St Nazaire, à Donges, voire à St Sébastien Sur Loire. Autant dire par chez moi... Le gros de l'intrigue, si on peut parler ainsi, se déroule au Croisic: des gens y sont en vacances... Des couples avec ou sans enfants se retrouvent en camping, autour de l'apéro, et l'une des familles doit quitter la tente (pourtant si bien dressée) pour cause de tempête; une famille se retrouve autour de la dépouille du père mort; deux couples voisins d'hôtel pratiquent un échangisme clandestin; deux alter-mondialistes avec des gros chiens dorment sur la plage; un bellâtre adepte du sado-maso se retrouve coincé menotté sur un lit avec un bouquet de roses planté dans son anatomie, pendant que sa "maîtresse" lui pique sa voiture; les enfants de campeurs fricotent les uns avec les autres; un cerf-volant s'échappe, entraînant une virée des plus étranges; un boutiquier maniaque est obsédé par les codes-barre; et chacune de ces "histoires" est perturbée par d'une part deux golfeurs avinés, fous, et qui ne respectent absolument rien, et d'autre part un lapin qui s'en ira rejoindre ses ancêtres.

Oui, je sais, la description qui précède n'a aucun sens, et pourtant le film est une petite merveille de comique d'observation, chaque histoire se développant avec ou sans les autres, d'une façon quasi-muette: on ne parle pas dans ce film, une raison de plus pour goûter le choix des acteurs, tous passés maîtres dans le comportement visuel... Les décors si plastiques du Croisic et de ses environs serviront les étendards de chacun, les amateurs de vacances à la mer et ceux qui ne les aiment pas: de la même manière que les acteurs se sont livrés sans maquillage, Rabaté semble utiliser l'environnement qu'il a choisi tel quel, pour ce qu'il est. On est pas loin de St Marc sur Mer, et sa plage choisie par Tati, mais il se dégage de ce film à la fois douceur et tristesse, de la tendresse et quand même une certaine dose de méchanceté. Et puis contrairement au héros de Jacques Tati dans Les vacances de M. Hulot, les protagonistes de ce film sont sexués, et plutôt actifs. Mais là encore, il y a eu un effort pour renouveler les gags en ce sens... Bref, une excellente surprise, en ces temps ou plus que jamais on se repose en matière d'humour sur le texte, toujours le texte...

Loufoquophobes et Lapinophiles s'abstenir.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pascal Rabaté
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 14:26

Quatre films, une misère... et encore, on sent les bouts de ficelle dans l'oeuvre de Vigo, fils d'Eugène Bonaventure de Vigo dit Miguel Almeyreda, anarchiste, homme politique et patron de presse suicidé dans sa cellule par les mêmes qui ont acquitté l'assassin de Jaurès. La politique n'est pas très loin de son oeuvre, sans jamais y être totalement: tout au plus constatera-t-on un esprit frondeur, une représentation contrastée des classes sociales (A propos de Nice), une envie de taper joyeusement sur les élites (Zéro de conduite), un goût pour le populaire, la représentation des vrais gens qui travaillent, qui souffrent, qui vivent et se distraient (A propos de Nice, L'Atalante) et un trait commun à tous ses personnages: l'enfance (Zéro de Conduite), prolongée chez certains personnages (L'Atalante), voire débusquée derrière le bien-être bonhomme d'une nageur émérite qui s'amuse d'être comme un poisson dans l'eau (Taris). Tous ces films ont pour point commun d'être une représentation du corps, que ça passe par le déshabillage goguenard d'une belle dame assise sur la promenade des Anglais, de la vision au ralenti d'un corps saisi dans sa réalité et son impudeur à tournoyer sans cesse dans l'eau, dans la ronde, elle aussi ralentie, d'un groupe d'enfants qui célèbrent leur liberté absolue en faisant les fous dans leur dortoir, ou dans la vision osée et érotique de deux amants éloignés l'un de l'autre qui se palpent l'intimité avec conviction pour soulager leur mal-être, unis dans une étreinte désespérée par le montage... Le cinéma de Vigo est l'un des plus directs, frontaux, et mal polis de toute la profession, parce qu'il y avait urgence, lui savait qu'il n'en avait sans doute pas pour longtemps. il est dommage que L'Atalante soit son dernier film, parce que sa réussite indéniable, flagrante, reste probablement un brouillon de ce que le cinéaste aurait pu faire par la suite, voire de ce qu'il aurait pu faire si la Gaumont avait cru en lui sur ce film, et s'il avait été en état de le terminer. Mais voilà, on devra, pour Vigo, se contenter de ces quatre films pour l'éternité, et du peu de choses qu'on puisse rassembler sur la personnalité timide et poétique de l'auteur...
 

A propos de Nice (1930)

Tourné en quelques jours à Nice, ce "point de vue documentaire" est donc le premier film de l'une des personnalités les plus fascinantes et les plus libres de l'histoire du cinéma. Avec Boris Kaufman, autre blanc-bec cinéphile, les images glanées dans les rues de Nice s'agencent en une belle démonstration d'une certaine inégalité, qui culmine dans une vision du carnaval en tant que fête populaire. C'est auto-financé et amateur, mais déjà on voit ici le résultat d'observations dues à l'oeil exceptionnel de Vigo, et son goût pour l'étrange ralenti charnel, qui s'attarde sur les corps comme pour mieux les toucher. Et puis son Nice dominé par les riches reste comme sauvé, détourné par Vigo qui s'intéresse d'une part beaucoup aux rues populaires, aux petites gens saisis dans leur humanité, et au carnaval, véritable défouloir, dans lequel on apercevra justement vers la fin un jeune homme frêle mais jovial nommé... Jean Vigo. Sinon, il semblerait que Vigo partage ce génial point de vue de Pierre Desproges sur la ville des poètes Jacques Médecin, Jacques Peyrat et Christian Estrosi: Nice le seul endroit ou les chiens glissent sur des crottes de vieux.
Taris (1931)

Quelques images sportives d'un nageur en pleine gloire... Le court métrage réalisé pour Gaumont est un festival d'expérimentations en tous genres, qui permet à Vigo, sous le prétexte d'un documentaire à la gloire d'un champion de natation, de tout tenter pour souligner l'extraordinaire liberté de Jean Taris, pour filmer la poétique danse sous-marine des corps, et une fois de plus aller au plus près de la réalité corporelle, sans pudeur ni excès. Drôle et aérien, son film fonctionne encore 80 ans après.

Zéro de conduite (1933)

Le vrai film sur l'enfance c'est bien sur celui-ci, qui revient sur les difficiles souvenirs de Vigo d'institution en institution, et qui montre comment la révolte naît de la frustration, et de l'invention. Comme toujours, il le fait sans concessions, avec poésie et une imagination sans limites, plus une vacherie qui cible les adultes pédophiles, les profs incompétents, l'armée, les prêtres, les notables, les parents... et ça marche encore. Les garçons filmés par Vigo ne sont pas des acteurs, ils parlent assez vrai, sans fioritures, et ça sent la cigarette, la chaussette même. Mais leur envie de vivre est communicative. un seul homme est ici "sauvé" par Vigo, le jeune surveillant joué par Dasté qui fait semblant de se plier à la hiérarchie, mais veille d'une oeil tendre sur l'esprit de révolte des jeunes gens qu'il a à charge... comment s'étonner que ce film ait été longtemps interdit, sorti dans la tourmente de la montée des fascismes en France, et dans le reste de l'Europe. il est regrettable qu'il ait si longtemps été impossible de le voir... Il établit en tout cas un style unique, fait d'observation, d'images brutes et cinglantes, dans lesquelles la confiance des acteurs entièrement dédiés à la volonté du metteur en scène est évidente...

L'Atalante (1934)

Objet d'un accord, sous forme d'un contrat entre Gaumont et Vigo, ce film était l'entrée après l'épisode malheureux de Zéro de Conduite de Vigo dans la corporation du cinéma. Les trois personnages principaux en sont joués par des acteurs, dont Michel Simon et Dita Parlo, et le sujet est plutôt celui d'une bluette à l'eau de rose... Mais la présence de Jean Dasté, de Louis Lefèvre, tous deux sortis de Zéro de conduite, l'art du cinéaste pour tout détourner et pour laisser les acteurs s'approprier une scène (Voir Michel Simon, à ce sujet...) font que ce film sur les amours et les fâcheries d'un couple de mariniers dont le mariage est soumis à la rude épreuve de vivre sur une péniche, et qui sont veillés par un vieux marin pittoresque et vaguement sage, devient au final un poème tendre sur l'amour, la vie, le passage du temps, et les vrais liens entre les êtres. on y voit des images poétiques (Dita Parlo, en robe de mariée, sur une péniche en mouvement; Jean Dasté nageant, avec Dita Parlo en surimpression au ralenti), burlesques (Michel Simon détaillant son bric-à-brac infernal et fumant avec le nombril), poignantes (Dasté se plongeant la tête dans l'eau pour "voir sa femme"), et érotiques (l'intimité entre Dasté et Parlo, leur bonheur tout cotonneux après la nuit de noces, etc...). C'est aussi le film dans lequel on a envie de se lever et d'applaudir lorsque Michel Simon entre dans une boutique, soulève sans un mot l'héroïne et sort pour la ramener à la péniche...  

L'Atalante aurait du être le premier long métrage de Vigo et non son dernier film... Il porte en lui les stigmates d'une fin de carrière marquée par un double fardeau: la tuberculose, un temps enrayée, est revenue de plus belle et menace cette fois le jeune réalisateur, qui ne survivra pas au tournage, et ne pourra tourner tout ce qu'il... a prévu. La compromission, obligatoire dans cet art collectif qu'est le cinéma, a poussé la Gaumont à mépriser le film qu'elle a reçu du novice, et a le triturer ensuite jusqu'à le dénaturer après la mort de Vigo. le résultat ne ressemble à aucun film connu et est sans aucun effort le chef d'oeuvre de son réalisateur, un film qui résiste à tout: à la censure, aux années, à la connerie, et enfin à l'interprétation, film pur dans lequel le sens vient du corps et de sa représentation, des émotions, et de l'image. Bref, du cinéma...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Jean Vigo
17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 19:17

Un jour, Barry Sonnenfeld était l'un des hommes les plus importants à Hollywood, réalisateur de 4 succès énormes consécutifs: The Addams family, Addams family values, Get shorty, MenInBlack. Puis vint l'excès: Wild wild west, film moins réussi (En dépit de moments de grâce burlesque), qui ne répondait pas aux attentes du public, ou de sa star, Will Smith. Depuis, en dépit d'un MIB2 plutôt réussi, plus rien, ou presque. Et pourtant le monsieur a continué à tourner, sans jamais cesser de diriger ses acteurs en les rendant les plus froids possible, n'exprimant d'émotion que si on ne peut pas faire autrement. Big trouble raconte une soirée durant laquelle tout se goupille très mal pour:

 

-un ex-journaliste divorcé, reconverti en publicitaire

 

-deux tueurs vaguement bêtes venus à Miami pour un contrat , et qui sont très vite allergiques à Miami en raison du nombre hallucinant de tuiles qui leur tombent dessus

 

-un conservateur Républicain ultra-méchant trafiquant d'armes à ses heures, et amoureux de Xena (la princesse guerrière, oui, oui)

 

-deux délinquants locaux imbéciles au QI rétro-actif

 

-deux Russes corrompus (et forcément trafiquants d'armes)

 

-l'épouse du Républicain

 

-la fille de l'épouse

 

-le fils du journaliste , camarade d'école de la précédente

 

-un hippie sans abri fan de Fritos

 

-une bonne Hispanique victime de harcèlement sexuel, amoureuse du précédent qu'elle prend un peu pour Jésus

 

-un crapaud hallucinogène

 

-quatre chèvres

 

-un chien canin (C'est à dire très stupide: attention, chien crétin)

 

-deux policiers, une femme et un homme dragueur et lourd

 

-une bombre nucléaire

 

et enfin, un gros con.


Le tout dans une intrigue qui a l'air improvisée au fur et à mesure, et en 82 minutes.
C'est une merveille. Hélas! le film a été tourné avant, et distribué après le 11 septembre 2001, et cette histoire de comédie débridée qui joue avec une prise d'otages armée à la bombe a forcé Disney à ne pas faire la moindre publicité pour le film...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Barry Sonnenfeld
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 18:26

http://4.bp.blogspot.com/-8w2fq_NVBpo/TY6dE9EMV6I/AAAAAAAACXc/TVrtsW8ZQlE/s1600/56553.jpgRéalisé à nouveau par Harry Langdon, et pensé sans doute en réaction au flop monumental de Three's a crowd, The chaser n'a fait qu'envenimer les choses. Il n'aura pas plus de succès, et ne sera jamais vraiment apprécié, bien qu'il présente une comédie noire et typique du style de Langdon, à nouveau épaulé par un script du à son complice Arthur Ripley. Le film commence par deux cartons introductifs: Dieu a fait l'homme à son image, et un peu plus tard, il a créé la femme. Les mêmes cartons reviennent en conclusion, après une heure durant laquelle les auteurs auront usé de toute leur sauvagerie et d'un certains sens de l'absurde pour explorer une certaine forme de mysoginie, mais aussi l'ineptitude de Harry en tant qu'homme...

 

Harry est doté d'une gentille épouse, mais celle-ci a une mère, qui veille au grain, et empêche le mari de faire ce qu'il voudrait, c'est à dire participer à des fiestas imbibées (A distance, Harry Langdon étant ce qu'il est, il ne participe que de loin). Elle pousse sa fille à demander le divorce, mais un juge décide de proposer une solution alternative: il impose à Harry de prendre la place de son épouse: tâches ménagères, robe, le héros se voit contraint de tomber très bas... Si bas que lui-même va se révolter, et un peu malgré lui séduire des innocentes dans un épisode quasi-surréaliste.

 

Disons pour faire court que les auteurs ont été plus inspirés dans le film précédent; ici, le mot d'ordre est clairement dans un premier temps de charger la barque sur la mysoginie, de façon tellement insistante qu'il est impossible de prendre tout cela au sérieux, et dans un deuxième temps de revenir à un comique Sennettien; mais dans les deux cas, Langdon le fait selon ses propres termes, avec sa gestuelle et sa logique. Cela fonctionne parfois extrêmement bien, et de temps en temps, le film est très étrange, comme dans cette scène qui voit l'épouse (Gladys McConnell) rentrer et trouver des indices qui tendent à prouver que Harry s'est suicidé. elle pleure, et s'essuie avec un mouchoir, faisant couler son maquillage qui la rend hideuse, voire effrayante... Langdon s'est essayé à un dispositif spécial, en construisant la maison des protagonistes en coupe, avec trois pièces enchaînées. il utilise ce décor plusieurs fois, pour obtenir d'excellents effets. D'une manière générale, en dépit de ses défauts, le film est très bien mis en scène, il faut juste pour l'accepter être prèt à adopter la logique lente et à demi-endormie de Harry Langdon...

 

Heart trouble, le long métrage suivant, n'a pas survécu. Selon les historiens, il n'aurait été sorti qu'en douce par la First National qui souhaitait se débarrasser de Langdon. Cela fait de cet étrange film la dernière trace de l'auteur Harry Langdon, en même temps que son dernier film muet...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet 1928 Comédie
11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 17:24

Au milieu de l'oeuvre parfois légère de l'auteur de, ahem, Angels & demons, Ed TV est une bien étrange oasis. Sur un sujet pareil, au même moment ou presque, Peter Weir donnait à voir avec The Truman Show une belle fable, un film noble et digne, qui montrait les dérives possibles de la téléréalité (D'ailleurs largement confirmées depuis). Avec Ed TV, on a l'autre versant, le côté franchement iconoclaste, et le sentiment d'assister à un spectacle vaguement complaisant, mais surtout profondément burlesque.

 

Ed est donc un parfait inconnu, un homme totalement dénué d'ambition et de relief, choisi pour être le héros d'une émission de téléréalité précisément parce qu'il est minable, et qui va découvrir bien vite les vices cachés de sa célébrité toute nouvelle. Le principal défaut de ce film est de considérer les dérives de a télévision comme un acquis; la principale qualité repose dans l'humanité clairement affichée du personnage principal... Le final en forme de vengeance des petits sur les puissants est franchement un peu téléphoné, mais le film, décidément, s'en sort bien... La disposition particulière de la situation permet de jouer à fond la carte du miroir, non seulement de la réalité, déformée par la télévision, mais aussi d'un certain monde du spectacle.

Les pantins qui s'agitent ici se divisent en trois clans distincts: ceux qui se laissent faire, souhaitant vaguement en profiter, comme Ed le naïf, et son impayable frère Ray qui croit que ça va lui permettre de vendre sa camelote (Un salon de body building); ceux qui sont prêts à se vendre à la télévision, que ce soit le mannequin Jill (Liz Hurley) dont la participation est planifiée par la production, et qui est absolument prête à tout face à une caméra (Une scène d'anthologie qui résume les excès de la télé-réalité la voit accueillir Ed chez elle, dans le simple but de l'amener au lit en direct!), ou la maman d'Ed, qui à l'idée que la télévision va venir chez elle, se transforme en Blanche Dubois! Enfin, ceux qui ne veulent pas étaler leur vie à l'écran sont représentés par Shari, la petite amie jalouse de son intimité. Mais ces derniers, décidément, son bien peu nombreux... Tant dans le film que dans le monde réel, ou désormais on est persuadé que pour devenir quelqu'un il suffit d'apparaître à la télévision, qu'on ait fait quelque chose qui le justifie, ou pas: il suffit d'allumer la télévision aujourd'hui pour être instantanément envahi par des dizaines d'Ed, mais en beaucoup moins humains...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 08:04

A l'écart de la comédie burlesque, une frange plus sophistiquée est apparue, et vit ses plus belles heures dans les années 20. On pense bien évidemment à Lubitsch et ses magnifiques films muets Américains, temples de la subtilité, mais on n'en est pas très loin, en fait. Sidney Franklin est un réalisateur plus modeste, mais dont on ne peut pas dire qu'il ne soit pas capable, et avec Constance Talmadge et Ronald Colman, qui ont travaillé ensemble et avec le même réalisateur et scénariste (Hans Kräly, qui a aussi travaillé avec Lubitsch, comme quoi tout se tient), on obtient un résultat des plus enthousiasmants.

A Vienne, Joseph Weyringer et sa femme Helen sont en pleine crise. Elle lui reproche de ne plus l'aimer, et il veut clairement aller voir ailleurs. Elle lui en donne l'occasion en "retournant chez sa mère", mais en fait, elle va voir sa soeur, une célèbre artiste en tournée. elles sont jumelles, et la seule différence physique entre elles, c'est un grain de beauté envahissant sous la lèvre inférieure. La soeur, dont le nom de scène est La Perry, suggère à Helen de regagner le coeur de son époux en jouant avec lui: elle refaçonne son apparence, jusqu'à lui faire d'elle une copie conforme d'elle-même. Ainsi affublée, une Helen gonflée à bloc se lance, sous l'identité de sa soeur jumelle, à la conquête de son propre mari.

Le scénario de Kräly fonctionne très bien, si ce n'était un petit détail au début: la façon dont on introduit la soeur jumelle dont manifestement Joseph n'a jamais entendu parler est un peu excessive. Sinon, c'est un bonheur de tous les instants. Un troisième personnage joué par George K. Arthur sert de faire-valoir en même temps que de concurrent auprès de Joseph pour les affections de sa "belle-soeur", et la façon dont Helen-La Perry lorsqu'elle voit les deux hommes embrasse goulument l'ami de celui-ci en l'appelant "cher beau-frère" est le point de départ des réjouissances. Colman est splendide, jouant sur l'embarras et le tourment lié au dilemme de la situation. Arthur joue de son visage lunaire, et rappelle un peu le rôle de Creighton Hale dans The marriage circle, de Lubitsch. Enfin, Constance Talmadge, la star, est magnifique, d'une part avec deux rôles de jumelles aux caractères dissemblables, mais surtout en Helen timide qui fait semblant d'être sa soeur extravertie, et qui en fait souvent légèrement trop: c'est un régal. La façon dont elle utilise ses yeux, la mobilité de son beau visage, est irrésistible.

Les effets spéciaux ont été soignés, c'est-à-dire qu'on les oublie vite tant la performance de Constance Talmadge nous persuade littéralement qu'elles sont deux. On notera toutefois une façon constamment intelligente d'utiliser le montage pour éviter d'avoir trop souvent recours à des truquages photographiques, même si ceux-ci (vieux comme le cinéma) sont totalement réussis. On note aussi que les miroirs sont utilisés et sous haute surveillance...

A la fin, le film se conclut sur un fascinant passage de relais, lorsque Joseph dit à celle qu'il croit être sa belle soeur que ça ne peut pas marcher, et qu'il se tourne vers La Perry en croyant qu'elle est son épouse. En un jeu de regard de Constance Talmadge à elle-même, les deux femmes échangent leur personnalité, et Helen "revient", un moment touchant et troublant, qui annonce une fin qui donne des légers frissons de bonheur cinématographique...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Sidney Franklin Constance Talmadge Comédie