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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 09:28

Tourné en mai 1924, soit une fois que les premiers films d'une bobine de Chase ont commencé à faire leur effet sur le public, ce petit film d'une dizaine de minutes a ensuite connu le destin de tant d'autres films muets: il a disparu. C'est tout simple: tirez dix copies d'un film, détruisez le négatif, usez les copies jusqu'à la corde, et enfin celles qui restent à peu près exploitables, laissez-les pourrir sur place jusqu'à décomposition. Voilà ce qui est arrivé à 75% du cinéma muet.

Heureusement, parfois, un film fait surface, voire la moitié d'un film, voire un fragment. C'est mieux que rien, mais ça fera toujours râler les cinéphiles, de savoir qu'on puisse voir aujourd'hui baucoup de films certes, mais qu'une période aussi importante ne nous soit connue que par bribes. Quant à ce film, réalisé par McCarey, on se doute qu'il était aussi recommandable que les autres de la série. Et on peut toujours se régaler des quelques minutes fixées heureusement pour la postérité dans cet extrait, qu'on peut voir ici in extenso: il se passe de commentaires, donc je me tais.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 09:19

Charley Chase dans un western? Qui plus est, sans moustache? on demande à voir ça, un peu inquiet... Et puis on confirme: Chase joue Jimmy Jump, exceptionnellement sans moustache dans ce petit film situé en plein désert: il arrive dans un ranch pour vendre des objets d'une inutilité absolue, et tombe en pleine guerre entre les propriétaires du ranch (La fille du patron est interprétée par Blanche Mehaffey) et un gang de bandits mené par le grand Leo willis, méchant à tout faire chez Roach.

C'est vrai que du début à la fin, on ne parvient pas à retrouver la patte de Chase (On imaginerait plus facilement Harold Lloyd dans cette situtation, qu'il a plus ou moins joué dans deux ou trois petits westerns en 1918-1919), mais David Kalat, avec raison, attribue cet étrange film à la volonté de diversifier les genres d'une série dont on ne savait pas quel accueil le public lui réserverait: tourné, comme les cinq ou six premiers films de la série Jimmy Jump, en octobre 1923, le film a sagement attendu que ses petits camarades soient présentés au puiblic, à raison d'un par semaine, en janvier 1924...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie James Parrott Charley Chase
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 09:10

Encore un "Charley Chase" tourné en octobre 1923, Just a minute est une petite merveille de comique, pas du tout répétitif malgré le script: le jour de son mariage, un jeune vendeur d'automobiles doit satisfaire le caprice d'un client qui désire essayer une voiture pour un petit tout, d'abord seul, puis avec son épouse, puis avec son abominable famille. Le temps perdu s'accumule, et comme le client irascible est interprété par la géniale brute Noah Young, on mesure vite la panade dans laquelle Chase se trouve. Le titre se justifie par le fait que la future épouse est délaissée, et de temps à autre, Charley lui glisse, depuis la voiture, cette phrase: just a minute, dear.

Modèle de concision, réalisation très sobre, entièrement centrée sur la situation, et bien sur Chase joue à merveille l'employé qui renâcle un peu, mais va tout faire pour satisfaire son employeur... au prix de son mariage.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 09:00

Deuxième film de Chase pour Roach, également tourné (Par Percy "Scott" Pembroke, souvent réalisateur des comédies de Stan laurel avant l'arrivée de Chase) en octobre 1923, cette bobine fait beaucoup pour établir le style de l'acteur: il y incarne un jeune homme qui est employé par une bourgeoise en qualité de chauffeur. La dame lui laisse les coudées franches, l'habille et lui laisse la limousine; il se retrouve à séduire une jeune femme (Blanche Mehaffey, voir ci-contre) dont la famille peu reluisante croit que Jimmy Jump (Chase) est un richissime prétendant. A la in du film, le frère pickpocket de la jeune femme entraine une série de complications, pendant que le mari de l'employeuse chasse son chauffeur qu'il croit être l'amant de son épouse... Ca fait beaucoup pour un seul film.

 

Une différence notable avec les films ultérieurs: si Charley a bien un travail ici, il ne sera pas souvent domestique, mais plutôt de l'autre coté de la barre. Sinon, ces comédies à quiproquos sont un exemple étonnant de construction, qui réussissent à ficeler autant d'informations en aussi peu de temps.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Chase
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 08:55

Sorti en janvier 1924, ce petit film est le premier court métrage produit par Hal Roach mettant en vedette Charley Chase. Acteur dans les années 1914-1920, il a été amené, à cause de son physique trop commun, à devenir gagman, notamment pour Sennett, puis réalisateur: Chez Sennett encore, mais aussi pour Billy West, le notable imitateur de Chaplin. Le fait que Charley Chase soit un homme grand, maigre, au physique moyen, le condamnait sans doute dans les années 10 à ne pas pouvoir développer son jeu dans un univers burlesque dominé par le grotesque, mais les années 20 étaient plus propices à le voir développer son art d'acteur, surtout Chez Hal Roach ou Lloyd avait démontré qu'il n'était pas nécessaire d'avoir recours à l'exagération pour faire de la comédie. Chase, qui avait hérité de l'enviable poste de directeur général des studios Roach, tout en réalisant de nombreux films, a donc troqué son poste contre une série à son nom, ou plutôt son pseudonyme: son vrai nom, en effet, était Charles Parrott.

Qui est Jay Howe? le réalisateur, pardi. Pour le reste, n'allons pas plus loin. Charley Chase, bien qu'acteur, reste manifestement le patron (Leo McCarey, qui tourna un nombre conséquent de ses courts, dira à la mort de chase qu'il avait tout appris de l'acteur, et non le contraire). At first sight conte le coup de foudre, doublé d'un quiproquo, entre deux tourtereaux. Les deux sont persuadés que l'autre est riche. la jeune femme est incarnée par Blanche Mehaffey, et elle incarne une bonne: elle est dans la voiture avec chauffeur, à attendre sa patronne, quand Chase la voit, et tombe instantanément amoureux. C'est réciproque, ils se donnent rendez-vous. Le jeune homme emprunte donc un costume pour faire bonne figure, et sur le lieu de rendez-vous, il voit la jeune femme. une voiture s'arrête à coté d'elle, et Chase profite de sa présence: il en claque bruyamment la portière pendant que la jeune femme regarde ailleurs, elle se retourne, et a l'illusion que le jeune homme en haut-de-forme est sorti de sa limousine. (Remplacez la jeune femme par une fleuriste aveugle, pour rigoler...). Le reste de l'intrigue de ce très court film voit le patron et la patronne, qui sont amants, se prendre les pieds dans des quiproquos.

Cette histoire est tangible, réaliste, tendre, et basée pour une grande part sur des situtations et l'embarras qui s'en dégage: ce premier film d'une bobine, qui démarre une série qui sera abondante, possède déja les caractéristiques des films suivants, et Chase n'aura pas à faire évoluer son personnage il est déjà en place. Son univers aussi.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Chase
3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 20:52

Un petit théâtre un brin miteux, qui présente un spectacle de music-hall classique, fait de numéros sensationnels, de numéros musicaux, et autres dresseurs de singe. Buster en est l'accessoiriste-machiniste-homme à tout faire, maltraité par tous, y compris Joe Roberts, qui est son supérieur, mais met aussi les pieds sur scène quand il le faut. Et ce personnage de rien du tout, qui bien sur a une vie des plus tristes, rêve... Les six premières minutes de ce film sont en fait le rêve du machiniste, qui se voit sur les planches, lui aussi, mais aussi dans le public: 28 Keaton sont donc dans un théâtre. La scène est célèbre, et est un tour de force parfaitement amené: Keaton entre dans le théâtre après avoir payé sa place, et... voyez le film.

 

Ce rêve, sinon, serait un peu gratuit s'il n'était prolongé par une scène durant laquelle Buster, encore dans son rêve, ne voyait des jumelles (l'une d'entre elles, toujours filmée de loin, était Virginia Fox), mais chacune à son tour. Puis, il les voit toutes deux ensembles, face à un miroir chacune... Désespéré par ce qu'il croit être le début de la folie, il aperçoit son triple reflet dans les trois miroirs d'une loge, et comprend finalement qu'il n'a pas la berlue. Le thème de la multiplication des Busters y trouve un bel écho, mais les jumelles, si elles justifient a posteriori la cohésion de la présence du rêve, disparaissent du film avant de revenir sans crier gare à la fin. Cette enfilade bon enfant de gags liés aux planches, dans lesquels Buster fait montre de son talent et de son savoir-faire en absolument tout (Y compris quand il faut être un singe, il pousse la logique jusqu'au bout), reste un film certes spectaculaire, mais qui manque de substance. Sauf, sans doute, pour les hallucinantes premières minutes, techniquement superbes, et dont les images, comme souvent avec Keaton, vont vous hanter toute votre vie.

Et c'est aussi un film très privé, dans lequel Buster Keaton, enfant de la balle parfois littéralement torturé sur scène par un père indigne, semble régler ses comptes, non seulement avec le milieu, ses exigences et sa cruauté, mais aussi dans une scène de déluge inattendu, avec le public consentant de ces spectacles d'enchaînements surréalistes dans lesquels les artistes laissaient parfois des plumes...

The playhouse (Buster Keaton & Eddie Cline, 1921)
The playhouse (Buster Keaton & Eddie Cline, 1921)
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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 20:11

Réalisé par le vétéran Roy Del Ruth, qui fut director chez Sennett avant de trouver un hâvre à la Warner, Blonde crazy est en fait un héritier direct de la sensation créée par l'extraordinaire Public enemy, de William Wellman. On y retrouve James Cagney en sympathique fripouille qui entraine la belle Joan Blondell dans sa molle chute: contrairement au film de Wellman, Blonde crazy se maintient assez fermement du coté de la comédie, et si les "criminels", ici des escrocs sans grande envergure, y paient leur dette, personne ne meurt...

 

Bert (Cagney), un groom spécialiste en trafics en tous genres, s'associe à Anne (Blondell), une femme de chambre de l'hôtel où ils travaillent dans une série de petites escroqueries. Sur leur route, ils rencontrent Louis Calhern qui leur joue un tour de cochon, et Ray Milland qui sous des dehors innocents s'avère retors. Pendant ce temps, les deux stars se courent après sans jamais assumer totalement leur amour réciproque.

 

Le principal problème du film, c'est son manque de rythme; un comble, quand on a l'acteur au débit de mitraillette, associé à une actrice des plus énergiques, et un supporting cast de choix... mais le film se traine beaucoup, et si le spectacle en vaut la peine, c'est souvent un peu poussif... Cela dit, on est en pleine permissivité, et les situations risquées abondent, depuis la scène célèbre durant laquelle Cagney parle à Blondell qui prend son bain, et le metteur en scène nous gratifie d'un certain nombre de plans anatomiques de la jeune femme (Qui insiste bien pour que Cagney reste à la porte, mais nous laisse entrer...), jusqu'aux dialogues bourrés de sous-entendus grivois: un client de l'hôtel, à Blondell qui lui demande s'il faut faire le lit: "vous savez, le lit, à mon age, ce n'est pas grand chose; juste un endroit ou poser ma tête...". Ca ne casse pas des briques, mais c'est une atmosphère délurée, qui rend toujours ces petits films du début des années 30 plaisants à regarder...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 10:53

Faut-il présenter ce film? Pas touché par l'apparition du parlant, qui était désormais bien installé en 1929, et amené à se généraliser, Chaplin se lance dans un muet, avec pour seule idée l'envie de placer son personnage de vagabond dans la ville. Par la ville, c'est toute la société, voire l'humanité qui est visée par Chaplin, pourtant il n'y a pas ici, pas plus que dans ses deux précédents longs métrages, d'intention de satire sociale: en dépit de quelques remarques acerbes et guoguenardes sur l'homo Américanus, c'est un mélodrame comique mais pur, juste une histoire d'amour impossible, pour un homme qui n'a plus rien à attendre de la vie, et qui va se trouver tout à coup, pendant quelques jours, une raison de vivre, et un but impossible à atteindre.

L'histoire très simple est bien connue: un vagabond tombe amoureux d'une jeune vendeuse de fleurs, aveugle, qui le croit riche. Les circonstances vont l'aider à entretenir cette illusion, lorsqu'il va "sauver" un homme riche et saoul du suicide, et devenir son meilleur ami; le problème étant que lorsqu'il est sobre l'homme ne le reconnait plus, et que l'illusion est très difficile à maintenir...

L'ouverture "parlante" parodique de ce film, manifeste burlesque qui voit les officiels s'exprimer dans une langue canardesque avant que le vagabond qui se réveille vautré sur la statue qu'on inaugure ne leur fasse littéralement des pieds de nez, place City lights dans la continuité directe de son oeuvre de comédie; pourtant l'auteur va souvent laisser la mélancolie s'installer. Les scènes de comédie, nombreuses et variées, sont parmi les meilleures de toute l'oeuvre: la scène de boxe, la meilleure de tous les temps (Je confesse détester cette occupation brutale, mais le cinéma a su souvent rendre ce sport, que je juge d'une absolue stupidité, intéressant...) avec sa chorégraphie hilarante partagée avec Hank Mann. Les scènes des joyeux fêtards, où Chaplin est plus brillant que jamais, ou encore la courte scène avec Albert Austin... En revanche, Chaplin, à en croire le fabuleux documentaire Unknown Chaplin de Kevin Brownlow et David Gill, était très peu satisfait de Virginia Cherrill. N'empêche! On à peine à imaginer la fleuriste jouée par une autre. Georgia Hale, qui a failli prendre sa place en 1929, aurait sans doute été compétente, mais le film a trop marqué les mémoires pour qu'on spécule des heures durant de façon inutile. Tel quel, il nous présente une version idéalisée de l'étoile impossible à atteindre, presque rêvée. Cette notion éclaire d'ailleurs la scène finale d'un jour intéressant, et d'une multitude d'interprétations; j'y reviendrai. En attendant, le film donne définitivement raison à Chaplin, dont on sait que ce film représente le plus extrême exemple de ses méthodes de travail: deux ans durant, il s'est livré à de l'improvisation sur pellicule, faisant sortir des développements, des situations inattendues; rien n'était écrit; le résultat est d'une rare perfection, d'une grande poésie, et chaque séquence brille par la fluidité de sa narration, et par l'éloquence de ce qui est montré. Deux exemples parmi d'autres: la scène de la rencontre, qui bloqua Chaplin durant plusieurs mois, tient à un seul fil, ou plutôt un seul plan: le vagabond, qui passe par les voitures elles-mêmes pour traverser une route encombrée, est appelé par la jeune aveugle, qui désormais, ayant entendu une portière, va croire que son client est riche. La simplicité de la scène à l'écran est une des sept merveilles du muet. Comme un écho à cette scène, la fin voit Chaplin se battre contre des gamins, et on s'aperçoit après quelques instants que la jeune femme, qui voit désormais, a été témoin de la scène. Elle est désormais libre de tout souci, et propriétaire d'un magasin. Elle n'imagine pas que ce vagabond aux habits déchirés, parfaitement ridicule, puisse être son prince charmant. Tout ici passe par le regard, et bien sur le geste qui va tout faire comprendre à la jeune femme, soit le fait de toucher la main du vagabond. La scène est très belle, et ouverte: on a le droit de considérer que les deux amis vont continuer leur chemin ensemble, mais Chaplin a aussi chargé son personnage comme jamais: il est sale, pathétique, et semble-t-il irrécupérable. Il sort de prison. Ce peut donc être aussi leur dernière rencontre. Sinon, la scène est cruelle, puisque non seulement les gamins en ont après Chaplin, mais la jeune femme avant de le reconnaître se moque ouvertement de lui.

Le film ne se départit pas d'une certaine ironie, incarnée par Harry Myers et son valet, Allan Garcia, qui jouera le patron dans Modern Times: bref, un type désagréable. Myers est le sympathique ivrogne devenu absolument imbuvable (Si j'ose dire) quand il est sobre: un commentaire acerbe sur les années qui viennent de s'écouler, faite de divertissements orgiaques et dans lesquels les Etats-Unis viennent de s'oublier. Chaplin n'a pas été en reste, et à travers ce personnage de soiffard schizophrène, il y a probablement un peu de lui même. Mais le valet, lui, n'a qu'une seule personnalité: c'est lui qui jette Chaplin sans ménagement, qui veille au grain, qui est la bonne conscience conservatrice de son maître... Autre ironie, celle qui consiste à faire de la jeune orpheline pauvre et aveugle, qui vend des fleurs, et qui rêve du prince charmant, quelqu'un de finalement plus riche que le 'prince' lui même. Cette ironie éclate également dans la dernière scène, bien plus complexe qu'il n'y paraît. Elle ne s'attend pas du tout à ce que ce moins que rien soit effectivement son prince charmant, parce que c'est tout simplement impossible...

Ce qu'il a fini par transformer en un film muet militant n'était pourtant pas parti sur ces auspices. Mais Chaplin l'a transformé en un manifeste de l'art muet dans toute sa splendeur, toujours aussi beau à la dixième vision; je le sais, j'ai compté. Film parfait, quoi qu'on dise de Virginia Cherrill, film qui nous rappelle que le cinéma, c'est de l'émotion pure, et ici, ce sont toutes les émotions.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1931 Comédie
28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 17:47

Merveilleux! ce court métrage souligne a posteriori le fait que durant deux films, ses derniers courts métrages coréalisés avec Eddie Cline, Keaton tatonnait. Le défaut de ces deux films erratiques et souvent très hétérogènes, le manque de cohésion, est ici passé à la trappe, au profit d'un scénario basé sur un Buster affligé de la même condition qu'ont affrontée beaucoup de ses collègues comédiens: il a faim, comme Chaplin, Langdon ou Laurel et Hardy dans de si nombreux films. La motivation est donc là dès le départ, mais c'est une fausse piste: le principal moteur de son personnage qui va bientôt se débattre avec la justice, c'est surtout d'échapper à la police... A la faveur d'une tentative désespérée d'imiter un passant qui a jeté un fer à cheval en arrière et immédiatement trouvé un portefeuille plein, Buster fait de même, et le fer atterrit, bien sur, sur la tête d'un policeman. Il n'en faut pas plus pour faire du héros un fugitif, et la tentation d'accumuler les policiers, qui ira très loin avec Cops en 1922, est déja là. Néanmoins, le film suit un cheminement autre que le simple enfilage de poursuite. Une séquence voit en effet un bandit faire une photo anthropométrique en prison, alors que Buster passe dans la rue. Par curiosité, il jette un regard discret, et le bandit se baisse à ce moment précis, puis sévade dans une scène hallucinante par son économie: le bandit passe devant une fenètre grillagée, éteint la lumière. On voit alors son ombre passer devant le jour projeté par la fenètre, puis on rallume: il n'est plus là. Un plan-séquence de quinze secondes, d'une clarté absolue, et un sacré sac d'embrouilles pour Buster, puisque c'est sa photo qui va être placardée partout...

 

La paranoia et la poisse, ce sont bien les deux moteurs de ce film, mais il y en a un autre, c'est le mouvement: courir pour échapper aux policiers, utiliser les voitures, trams ou  trains pour se déplacer et aller toujours plus vite, et à l'intérieur des trains, courir pour échapper à se poursuivants. Les variations ici sont nombreuses, j'en retiens deux: d'une part, Buster échappe à des flics en s'accrochant à l'arrière d'une voiture en marche, ce qui a du être assez douloureux; d'autre part, dans un plan célèbre, un train,  dans le lointain, s'approche de la caméra. Au fur et à mesure on commence à voir une silhouette à l'avant. Buster, impassible, est assis, et le train ne s'arrête qu'au plus près de la caméra: un plan spectaculaire, inoubliable, qui met en avant le caractère particulier, qui se joue des distances, mais aussi de la profondeur de champ, du style de Keaton, qui ne considère jamais le champ de la caméra comme une scène de théâtre, mais qui utilise toutes les ressources spatiales du cinématographe. Un génie génial, donc, dans un excellent film...

 

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 09:24

 

 

Les frères Farrelly, ce ne sont rien que des provinciaux sentimentaux. Pas des provocateurs, pas des gros méchants pétomanes... C'est vrai, ils aimeraient bien essayer de faire semblant de le cacher, mais ils n'y parviennent pas. En attendant Hall pass, qui me semble bien parti pour faire semblant d'être un gros film beauf, comme d'habitude, on peut constater sur l'ensemble de la filmographie une tendance à faire dans les genres éprouvés de la comédie, des petites oeuvres tendres, à peine réhaussées de quelques épices bidon: allumage de pets, scènes scatologiques (Dumb & dumber, 1994), poupée gonflable, vomissement post-coïtal (Kingpin, 1996), Zigounette dans la braguette, coiffure à l'ADN (Something about Mary, 1996), schizophrénie obsessoïdale, gros hercule (Me, myself and Irene, 2000), pets intempestifs (Osmosis Jones, 2001), blagues lourdes sur le surpoids (Shallow Hal, 2001), diverses combinaisons graveleuses pour parler de la difficulté de trouver une intimité quand on est siamois (Stuck on you, 2003), le comportement gras des fans de sport en plein action (Fever pitch, 2005), et un catalogue de dépravation sexuelle des plus croquignolets (Heartbreak kid, 2007, et, en fait, tous leurs films...). Mais tous ces films ressortent quand même de la comédie la plus traditionnelle, à la mise en scène soignée, avec des vraies histoires (sauf peut-être Dumb and dumber, et sans parler d'Osmosis Jones pour lequel ils n'ont réalisé que la moitié du film, le reste étant de l'animation).

 

Kingpin est leur premier effort en ce genre, avec l'appui d'une star, ou du moins d'un acteur montant: Woody Harrelson est Roy Munson, un joueur de Bowling qui a tout perdu en même temps que sa main droite, et ce par la faute d'Ernie McCracken (Bill Murray), un champion local qui n'a pas supporté de lui passer sa couronne... Roy cherche durant 16 as une consolation dans l'alcool, avant de rencontrer Ishmael, un Amish doué pour le bowling. Les deux se lancent dans une association inattendue, afin de trouver de quoi sauver la comunauté d'Ishmael...

 

Dans le résumé qui précède, rien qui ne puisse être écrit dans le scénario d'un film Disney, et de fait la tendresse pour les losers magnifiques est la maitre mot, comme toujours... Si on peut fait la fine bouche, les occasions ne manquant pas (Notamment quand Woody Harrelson révèle avoir trait un taureau avec la bouche), l'histoire aussi ressassée soit-elle tient la route, et on a envie de la suivre jusqu'au bout. Le cinéma de ces deux frères est sans prétentions, terre-à-terre, mais étrangement rassurant... Leur petite manie d'intégrer des handicapés, physiques ou mentaux à tous leurs films, le thème récurrent du changement physique, leur franchise désarmante en matière de vulgarité, me sont personnellement indispensables.

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Published by François Massarelli - dans Comédie