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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 11:45

Arsène Lupin s'introduit dans la très haute société et vole deux tableaux de maître au président du conseil, négligeant un Michel-Ange qui s'avère faux... Puis il escroque des bijoutiers sous le déguisement d'un affable viticulteur d'âge mûr; enfin, il est enlevé par des espions à la solde de l'empereur Guillaume II, afin de tester la pertinence d'un système de protection...

Jacques Becker a réalisé treize films, dont deux qu'on peut sans trop de problème considérer comme des oeuvres de commande... N'empêche, sur ce Lupin, qui fait suite au relativement célèbre Ali Baba avec Fernandel, Becker avait plus ou moins demandé le poste. Tout de suite, je le dis: mais pourquoi?

Peut-être pour l'époque... Lupin, c'est le plus souvent les années 1900, des toilettes spécifiques, des rues qui commencent à peine à se remplir d'automobiles qui roulent à du trente-cinq à l'heure, une société qui tarde à sortir du XIXe siècle, et un voleur qui lui a compris qu'il fallait au contraire sortir de l'indolence. Et Becker, qui a recréé avec un génie particulier le Paris de Casque d'or, aimait ce genre de défi. Il se retrouve ici dans l'oeil du metteur en scène et sa façon de regarder notamment les femmes, de la petite manucure qui participe bien malgré elle à une arnaque menée par Lupin, à la baronne Mina Von Kraft qui travaille pour l'empereur Guillaume. On sent bien qu'un soin très particulier a été apporté au moindre détail de vêtement, et cette salutaire maniaquerie se retrouve même dans les coiffures et les décorations d'intérieur. 

Mais si certains aspects sont plaisants, notamment une scène d'arrestation dans un salon de coiffure qui tient autant de la comédie que d'une étude poussée des habitudes sociales et hygiéniques de l'homme de1900, il faut bien avouer qu'on s'ennuie poliment mais fermement. Et puis Lupin! Lupin, c'est l'arlésienne, on en parle bien plus qu'on ne le voit, et avec Robert Lamoureux on ne voit que lui.

Et en plus, c'est Lamoureux, et décidément il me porte sur les nerfs.

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker Comédie
24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 09:36

Deux femmes dont la vie part en déconfiture totale vont échanger leurs demeures respectives le temps d'une petite période de vacances: Amanda (Cameron Diaz), qui confectionne des bandes-annonces à L.A., va donc s'installer dans un petit cottage du Sud de la campagne proche de Londres. La propriétaire de la maison en question, Iris (Kate Winslet), qui est rédactrice chez un éditeur, va en revanche s'installer dans la demeure immense de l'Américaine pour quelques jours...

Les deux ont du mal à gérer leurs aventures sentimentales et vont bien sûr rencontrer l'amour avec un grand A (Respectivement Jude Law et Jack Black), cela va sans dire...

On peut tout simplement se passer de ce genre de film. Pourquoi pas après tout? Il ne sert pas à grand chose, ne prouve rien, n'avance aucune hypothèse sur le sens de la vie et repose même sur des clichés éculés et des comportements stéréotypés... Comme 100% des films d'action, d'ailleurs. 

A la vérité, il est remarquable pour son casting, ses performances (Eli Wallach en scénariste du troisième âge qu'on persuade d'assister à une célébration de sa carrière), et la qualité visuelle indéniable de l'ensemble. On aboutit à un feel-good movie, ce qui n'est déjà pas si mal!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 11:32

C'est un film qui s'intéresse à un sujet souvent évoqué au cinéma, et souvent traité par les cinémas Français, Italiens, et Américains, sous un jour très boulevardier, propice à toutes les vulgarités: le démon de midi... Etienne Dorsay (Jean Rochefort) est un fonctionnaire d'un ministère, installé, efficace, respecté: pas un rigolo, donc. Marié à une femme qu'il adore, Marthe (Danièle Delorme), et père de deux adolescentes, il n'est pas du genre à faire n'importe quoi, jusqu'à ce jour où, dans un parking, il a vu Charlotte (Annie Duperey). Passant sur une bouche d'aération à la façon de Marilyn, elle fait voler sa robe... et revient sur ses pas pour danser, ignorant qu'elle vient d'être vue, et qu'elle a charmé les yeux d'un quadragénaire qui n'en revient pas. Le film va nous conter la désastreuse équipée de Dorsay pour non seulement rencontrer la jeune femme, mais aussi avoir une relation avec elle: déni, mensonges, échafaudage de plans tous plus lamentables les uns que les autres... Jean Rochefort est parfait dans le rôle du séducteur malgré lui, qui n'avait pas prévu de se remettre en selle. La duplicité, le mensonge du bonhomme qui s'apprête à tromper sa femme, deviennent des sources de gags y compris quand le cavalier émérite Jean Rochefort incarne un homme qui tente de se réconcilier avec l'art de l'équitation, et est nullissime!

Sinon, le film est aussi une chronique de l'amitié, et on sait que Yves Robert a depuis longtemps souhaité montrer l'amitié, les Copains pour reprendre le titre d'un de ces premiers films dans lesquels il a esquissé une telle thématique: c'est vrai qu'avec Jean-Loup Dabadie, ils ont su trouver le ton pour peindre une sorte de famille, de fratrie sous la forme d'une bande d'amis-pou-la-vie, unis par leur pratique du tennis, mais pas que. Partageant les bons moments surtout mais aussi les mauvais... Daniel (Claude Brasseur), énigmatique garagiste qui cache même à ses copains ce qui en 1976 est encore une fêlure, son homosexualité; Simon (Guy Bedos), le médecin pied-noir flanqué d'une mère envahissante (Marthe Villalonga) et qui lui pourrit la vie... ce dont il n'aurait pas vraiment besoin tant ce médecin hypochondriaque et pessimiste fait ça très bien tout seul; enfin, Bouly (Victor Lanoux), le costaud du groupe, est marié et coureur, ce qui va lui apporter bien des ennuis. Dans un premier temps, Etienne hésite à partager son tourment avec eux, mais ils finiront par devenir complices, de la même manière qu'ils feront corps pour soutenir Bouly dans les conséquences désastreuses de ses frasques.

A ce sujet, d'ailleurs, il est frappant de voir à quel point les acteurs, le metteur en scène et le scénariste ont su créer des personnages parfaitement viables, de chair et d'os, qu'on jurerait avoir rencontrés. Lanoux n'avait pas la tâche facile, lui qui incarne un macho dragueur qui trompe sa femme comme on s'attelle à un sport extrême... Il réussit pourtant, au-delà de la vulgarité satisfaite du bonhomme (le T-shirt moulant "bizoo-bizoo" sur pantalon patte d'eph!) à être touchant... Ils le sont tous, et on applaudira la façon dont les auteurs du film ont réussi à faire de la comédie fine avec les tourments familiaux du médecin juif pied-noir affublé d'une mère qui l'empêche de respirer, ou de leur subtilité pour évoquer la vie compliquée de Daniel, l'un des premiers gays du cinéma français à échapper à la caricature et au bon mot. Bref, non seulement les personnages existent, mais on croit aussi dur comme fer en leur amitié, ce qui au passage justifiera une suite!

Sinon, bien sûr, le film offrira aussi bien un arc narratif fini à la désastreuse aventure d'Etienne auprès de Charlotte (qui ne s'appelle d'ailleurs pas Charlotte!), et permettra aussi à Danièle Delorme, pour sa première vraie apparition dans un film de son mari, d'être plus qu'un personnage stéréotypé de femme légitime qui doit faire face à l'infidélité de son mari: elle incarne une jeune quadragénaire qui prend la décision de reprendre des études de droit, et se frotte au mode qui l'entoure. Si on passera sur l'omniprésence des étudiants aux cheveux longs qui envahissent son salon, on peut quand même se réjouir de la lamentable aventure de Lucien, le copain des filles Dorsay, tombé amoureux de leur mère et qui la poursuit d'une assiduité pathétique: Christophe Bourseiller la joue à la Droopy, c'est déjà drôle, mais la façon dont elle réagit accentue encore l'aspect vaguement minable de la mésaventure d'Etienne. 

Le choix narratif de laisser Etienne nous raconter sa vie, avec une certaine ironie à l'égard de lui-même, n'empêche pas le film de respirer ailleurs, et de faire le bonheur de ses spectateurs par des quiproquos dont le personnage n'a de toute façon pas connaissance: il n'avait par exemple absolument pas repéré le manège de Lucien, par exemple, pas plus qu'il n'avait vu l'effet qu'il fait sur Mme Espéranza (Martine Sarcey), une collaboratrice qui croit qu'il veut la séduire suite à une méprise... Ces éléments contribuent à la richesse du film et surtout à l'excellence de la comédie. Car comme le formidable 10 de Blake Edwards (qui lui doit beaucoup), Un éléphant ça trompe énormément n'est pas qu'un film réussi sur la lamentable tentation, c'et aussi et surtout une comédie de concours, un chef d'oeuvre de son réalisateur et du cinéma français des années 70; en ce qui me concerne, l'effet madeleine est là et bien là, et on ne peut qu'avoir envie d'en revoir aussi la suite, le fort bien nommé Nous irons tous au paradis.

 

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 16:13

Nicolas Philibert (Jean-Paul Belmondo) est parti de France avant la Révolution, et a réussi aux Amériques... Prêt à se marier avec la fille de son principal collaborateur et employeur, il doit rendre des comptes: il est déjà marié, en France... Il doit donc partir sur le champ, retrouver son épouse (Marlène Jobert), très volage et attirée par les nobles, et divorcer, ce qui est rendu possible par les lois de la république... 

Une fois arrivé, Nicolas Philibert commence à courir dans tous les sens, d'un camp (les révolutionnaires) à l'autre (la réaction) mais ne s'arrêtera jamais; c'est d'une part le principe du film, mais aussi une sorte de profession de foi de Jean-Paul Rappeneau. Tout y est basé sur l'idée de mouvement, celui d'un homme pressé qui va découvrir que le lien qui l'unissait à son épouse est toujours vivace... Une belle idée. 

Mais juste une idée, car si le film est rythmé, forcément, peuplé d'acteurs qu'on a plaisir à revoir (Michel Auclair et Pierre Brasseur, par exemple, ou encore Julien Guiomar formidable, Patrick Préjean en Royaliste militant), et de séquences basées sur de savoureux quiproquos, l'ensemble manque justement de moments qui permettrait aux personnages d'exister au-delà de cette perpétuelle agitation. D'ailleurs la seule motivation qui soit donnée aux personnages principaux, est une prophétie qui prédisait un avenir de princesse à la jeune femme (d'où son obsession de fricoter avec les nobles), et franchement, dans ces circonstances, qu'est-ce qui a bien pu faire qu'on les marie, ces deux-là?

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 15:17

Une comédie? Du bout des lèvres... Nicolas Montei (Marcello Mastroianni) est Italien vivant en France, et il est comédien. Acteur serait plus juste, car le mot "comédien" désigne une personne qui fait vivre un personnage, alors que Nicolas, lui, handicapé par son accent, va de petit job en petit job, des "panouilles" comme on disait alors: le matin, il double des dessins animés, l'après-midi il tourne un docu-fiction dans lequel il incarne un personnage du XVIIIe siècle, furtivement; le soir, il apparaît au théâtre, le temps de se faire tuer à la fin d'un acte, puis il file avec son copain Clément (Jean Rochefort) pour un numéro de duo illusionniste dans un cabaret à strip-tease... Bref, il vit et fait son métier, mais le plaisir n'y est plus. 

Dans la vie non plus, d'ailleurs: coincé entre un mariage fini mais qui s'éternise, avec deux enfants qui sont à l'affût de toutes les occasions de garder leur père, et un ménage avec une compagne (Françoise Fabian), qui bat de l'aile, puisqu'elle lui reproche sa trop grande proximité avec l'autre (Carla Gravina), celle qui aurait du disparaître de sa vie... En attendant, c'est Clément qui s'en va: il va travailler dans le privé, puisqu'on lui propose un job bien payé dans la publicité chez Panzani...

Le titre est assez clair, Robert avec son complice Jean-Loup Dabadie s'adressent ici avec tendresse aux obscurs, aux sans-grade, aux sans-plaisir du métier. Qui sont parfois, aussi, des sans-le-sou: après leur prestation nocturne, Clément et Nicolas doivent parfois mendier pour obtenir leur cachet, et ça ne marche pas toujours. Je le disais, la comédie est douce-amère, et le propos sombre. Bien sûr que c'est une profession, mais elle n'est pas rose, et le public n'aide pas: ainsi, on reconnaît Nicolas Montei, mais on ne sait pas pourquoi. Quand il signe un autographe, c'est à tout hasard... Et les autres, les gens installés, n'aident pas vraiment, ainsi un metteur en scène du docu-fiction (Xavier Gélin) traite-t-il Nicolas qui arrive en retard de "salaud", ou un metteur en scène de théâtre (Yves Robert) pour sa part, se défoule sur une actrice, qui, il est vrai, n'est pas terrible, terrible... Les acteurs "installés", eux, n'ont aucun regard pour ces troufions du métier.

C'est une grande réussite, car Yves Robert n'a pour autant rien changé à sa façon de faire, ses séquences dominées par la tendresse entre les personnages, la complicité du public acquise au pauvre Nicolas y compris quand il tente une manipulation un rien hypocrite pour se placer auprès de sa maîtresse après avoir échoué auprès de son épouse! et le réalisateur se passe parfois de mots pour conter certains passages de son film, comme une énigmatique rencontre de Nicolas avec une femme qu'on n'identifie pas encore, vie à travers une vitre, sans paroles... Nicolas semble vivre à part des autres une aventure qui risque de le détruire et ses amis et famille avec, et ce n'est pourtant pas faute de l'aimer, comme le prouve en permanence le personnage grave de Françoise Fabian...

Ce n'est sans doute pas encore le grand film-sur-les-copains que Robert et Dabadie rêvent de faire, mais il ne tardera pas, d'autant qu'ils ont enfin trouvé leur interprète: il est dans ce film, et ce n'est pas Mastroianni. En attendant, on peut déguster ce petit film délicat, il est touchant et il vise juste.

 

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 11:22

Mr et Mrs Moose sont mariés, pour le pire et l'inesthétique. Elle a, un intertitre nous le signale, un visage apte à "arrêter les pendules", et lui un faciès qui pourrait les faire repartir... Elle (Vivien Oakland) a un nez proéminent, une mine en relief, un excès de respiration en 3D; lui (Charley Chase) a des dents qui dépassent, mais tant que ça en devient risible pour l'humanité entière... 

Ils vont tous les deux, mais sans en informer l'autre, procéder à des changements radicaux, l'un chez le dentiste et l'autre chez le chirurgien esthétique. Quand ils sortent, ils se sentent tellement renaître qu'ils vont chacun expérimenter leur nouveau pouvoir de séduction avec un(e) inconnu(e), et mettre leur mariage en danger. Et bien sûr, ils ne vont pas reconnaître, face à eux, leur conjoint...

C'est merveilleux, et il restait une fois ces bases posées, à ajouter que bien sûr, les tractations avec le destin pour maintenir la confusion aussi longtemps que possible, font partie des moments les plus intéressants du film, qui est virtuose. Reste aussi que le metteur en scène s'amuse en effet à questionner la validité des liens du mariage, dans un film qui certes reste une comédie, mais... on est passé près d'un désastre moral. Les comédies 'matrimoniales" de Hal Roach étaient clairement en avance sur leur temps.

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Leo McCarey Muet Comédie
10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 09:47

Yves Robert est, foncièrement, un gentil... Un homme qui est généralement un observateur de l'humanité amoureux du détail, qu'il restitue ensuite dans des portraits qui sont généralement ceux de personnages assez positifs. Il a assumé une curiosité dans les années 60 pour les loufoques, les révolutionnaires en douceur, une curiosité annoncée par Blaireau dans Ni vu ni connu, et qui se retrouve dans tant de personnages: les gamins fédérés les uns contre les autres avec leurs codes d'honneur dans La guerre de Boutons, le Bébert dans son Omnibus, Les Copains et leurs multiples façon d'assaisonner le potache, et bien sûr Alexandre le bienheureux, e gentil qui veut qu'on lui foute la paix...

C'est pour ça qu'on s'étonne au départ devant cette adaptation d'un roman de Marcel Aymé, autour du personnage tellement désagréable de Hector, comte de Clérambard (Philippe Noiret): noble désargenté en 1910, il n'a plus que son château et sa famille(sa femme, Martine Sarcey; son fils, Gérard Lartigau; sa belle-mère, Lise Delamare). Pour pouvoir conserver le château, le Comte vend des pulls tricotés par les trois membres de sa famille, et économise sur la viande en massacrant les chats et les chiens du village. ...Ce que lui reproche justement Gustalin, son voisin (Robert Dalban). 

Au village, d'un côté il y a la vie qui s'incarne en Léonie dite la Langouste (Dany Carrel), solide fille à soldats dont le jeune vicomte Octave de Clérambard est secrètement amoureux, et de l'autre il y a les affaires: l'avoué Galuchon (Claude Piéplu) mettrait bien main basse sur le château du comte et pour ça il est prêt à donner sa fille en mariage (avec une confortable dot, s'entend, car elle est fort disgracieuse, la pauvre) à Octave, avec la complicité du curé (Roger Carel). C'est dans ce contexte que Clérambard va, enfin, voir la lumière: c'est après un meurtre de chien de trop, qu'il reçoit la visite de St François d'Assise qui lui demande de prendre exemple sur lui, de respecter les animaux et les êtres, et d'aller vers la lumière de l'infinie bonté et de la pauvreté. On a connu le Comte comme un être désagréable, un véritable tyran domestique, eh bien attendons-nous à voir des changements...

Yves Robert se retrouve vraiment à son aise avec cette nouvelle fable rurale, située dans un charmant village de Bourgogne; c'est un des aspects les plus remarquables de ses films, cette faculté qu'il avait à utiliser avec les moyens du bord, la photogénie des endroits qu'il choisissait pour y situer ses histoires, comme Ni vu ni connu, Les Copains, La guerre des Boutons et Alexandre le bienheureux. Il avait compris qu'un décor ne doit pas se contenter d'être pratique, il se doit d'avoir du caractère... Il a donc choisi d'une part de retourner dans le village de Semur en Auxois qui avait accueilli le tournage de Ni vu ni connu, et a ajouté pour faire bonne mesure le château de Marigny-le-Cahouët pour figurer celui des Clérambard...

Dans sa grande rigueur, le film prend pour cible, après le portrait goguenard de la mentalité très XIXe d'un petit village de 1910, le délire religieux, et la façon dont un certain nombre de médiocres, vont essayer soit de gérer la crise, soit carrément d'en profiter. Il y a quelques coups de griffes, mais je vais de nouveau me servir de l'adjectif loufoque, pour dire que force reste, effectivement, au farfelu, dans cette histoire qui passe par un certain nombre d'hypothèses de miracles, et qui est bâtie sur deux personnages: celui d'un sale type touché par la grâce, et celui d'une prostituée militante qui, état incarnée par Dany Carrel, n'a pas sa langue dans sa poche. Jean-Loup Dabadie n'a d'ailleurs eu qu'à se pencher sur Marcel Aymé, et Yves Robert faire confiance à son actrice, et le résultat est là. Par contre, l'idée saugrenue de faire de la fille Galuchon un laideron affublé de la voix de Roger Carel, ne s'imposait sans doute pas...

 

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 11:14

Survivre à l'étonnante bête à six têtes qu'était Monty Python n'était pas facile, y compris pour Terry Jones, qui ne manquait pas d'atouts: il était comme les six autres auteur et acteur, mais il ajoutait un talent particulier pour es casquettes littéraires (polémiste, historien, conteur, romancier) et il avait aussi endossé la responsabilité à deux reprises et demi de réalisateur des films du groupe. Il avait aussi prouvé, en 1987, qu'il pouvait tourner le script d'un autre, sans aucun rapport avec Python (Personal services)... Pour le réalisateur-acteur-auteur, Erik représente le moment où il va à la fois aller de l'avant, et assumer son passé. Si Erik n'est pas un film Monty Python, il y ressemble par de nombreux aspects. Pour commencer, il contient des prestations des deux frères ennemis, les deux plus opposés l'un à l'autre du groupe de comédiens: Jones lui-même, et John Cleese. Ensuite, le scénario qui oscille entre vérité historique , données ethno-socio-culturelles sur les vikings, et philosophie farfelue, est finalement d'un esprit assez proche de Brian ou de The holy grail...

Erik (Tim Robbins) participe à un raid avec d'autres vikings et au moment de violer une jeune femme (Samntha Bond), s'interroge sur le sens de sa vie; incapable de parvenir à ses fins, il est choqué de voir la jeune femme violée par ses copains, et il les tue... mais elle aussi. Rongé par la cumpabilité, il s'interroge et sur les conseils d'une sage (Eartha Kitt) il va partir pour une quête (hum) et essayer de dépasser l'âge de Ragnarok (hiver, guerre, pillages, etc) pour aller vers un âge d'or avec les autres vikings...

Voilà voilà: tout est dit, finalement, une quête, et suffisamment d'occasions pour de l'heroic-fantasy torpillée de l'intérieur par des dialogues qui peinent longtemps à faire rire. Jones (qui assume l'un des rôles les plus glorieusement idiots de sa carrière) a souvent admis le ratage du film en accusant le montage; de fait il y en a un autre (que je verrai le moment venu), plus court et sans doute plus incisif. Mais en l'état ce film dans lequel même John Cleese (avec pourtant un rôle en or, celui d'un roi à la cruauté qui n'a d'égale que sa courtoisie) ne parvient pas à être drôle, ne décolle que lors de la rencontre des vikings avec les habitants en toges transparentes d'un pays éclairé et pacifique, qui sont en réalité des naïfs hédonistes complètement crétins... C'est maigre.

Pire, on a le sentiment fâcheux que Jones se met systématiquement dans les pas de Terry Gilliam (qui la même époque sortait un autre désastre, mais d'un tout autre genre, avec The adventures of Baron Munchausen), sans avoir la capacité technique de réaliser un film: qu'on en juge par la pauvreté des transparences ou de la plupart des effets spéciaux, qui sont miteux.

Mais ça nous permet d'entendre un chef d'oeuvre musical qui fait ti-dum ti-ti-ti-dum, donc c'est déjà ça...

 

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Published by François Massarelli - dans Terry Jones Comédie
6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 14:19

Romeo Bosetti, c'est l'un des noms qui reviennent souvent lorsqu'on parle des burlesques Français des tous débuts du cinéma. Chez Gaumont, le monsieur précurseur du surréalisme a créé un style propre, fait d'une excentricité contrôlée, jouant plus sur la notion de décalage que sur le chaos, contrairement à un Jean Durand dont la troupe de comédiens-acrobates avait pour mission de faire régner l'anarchie dès le début d'un film. 

Expressions photographiques (1906) est une fantaisie basée sur un principe simple: trouver dans la vie amoureuse des équivalents de ce qu'on fait en photographie, et donc bien sur en matière de cinématographie. La prise d'un cliché, ou l'histoire d'un couple, placés sur le même plan, une idée poétique de Louis Feuillade, qui donne un film court et plaisant. C'st aussi d'une grande sophistication, Bosetti jouant le rôle principal sans aucun dérapage vers le grotesque...

On peut sans doute s'étonner de la présence de Feuillade, le moustachu bourru, futur auteur des serials prestigieux et de drames, au générique de cette comédie, mais voilà: il en va ainsi des trajectoires de cinéma des pionniers, ils étaient souvent versatiles... Et même s'il serait loin de se spécialiser dans le genre, Feuillade a aussi donné dans la comédie en tant que réalisateur.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade Romeo Bosetti
4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 16:05

Alexandre (Philippe Noiret) n'est pas heureux: agriculteur, il possède de la terre, beaucoup de terre, et depuis dix ans qu'il est marié, son épouse "La Grande" (Françoise Brion) le force à travailler dur, sans aucun répit... Lui qui souhaiterait tant s'arrêter un peu, faire la grasse matinée, taquiner le poisson dans le Loir, jouer au billard avec ses copains (Jean Carmet, Pierre Richard), se laisser aller à jouer au foot avec les enfants de l'école du village... et avoir un chien. Il y en a un d'ailleurs, qui lui est réservé chez un voisin (Paul le Person) mais Alexandre attend le bon moment d'en parler à son épouse. Donc Alexandre étouffe et n'en peut plus. Il explose, même, mais rien n'y fait: elle lui impose des corvées tous les jours, d'un claquement de doigts. Y compris de la grimper, c'est dire.

Quand elle meurt (dans un des accidents les moins spectaculaires et les plus économiques de l'histoire du septième art), Alexandre comprend qu'il est enfin libre, il se rend donc dans sa chambre et va devenir un repoussoir pour une partie du village, un modèle pour d'autres...

Cette fable tournée au milieu de 1967 arrive à point nommé... Robert a bien senti les grands changements en cours en cette fin des années 60, même si la France Gââââââââulliste n'est pas encore concernée de façon très marquée... Alexandre n'est pourtant pas un hippie avant l'heure, juste un homme qui souhaite arrêter le cours des choses, et se consacrer au bonheur de l'instant. On remarquera deux choses: d'une part on est loin de l'utopie, car ce que veut Alexandre, c'est être seul, et qu'on lui foute la paix... Quand vient Agathe (Marlène Jobert) qui s'intéresse beaucoup à celui que tous montrent du doigt, il lui arrivera bien de la lutiner... Il y a aura des suiveurs aussi, parmi les copains et jusqu'aux enfants (contrairement à la vaste majorité de la population atterrée devant un agriculteur qui provoque de lui même le manque à gagner!), mais Alexandre n'a qu'un seul but, un bonheur égoïste, et j'en ai peur, parfaitement compréhensible. Là où la fable d'Yves Robert est un rien militante, c'est sans doute dans l'hypothèse de tout arrêter...

Mais ce qui compte dans ce film merveilleusement cotonneux et confortable, loin des furies des émeutes Américaines ou des futures barricades Parisiennes, loin enfin des utopies du Larzac, car je le répète Alexandre ne vit que pour lui seul, c'est que c'est une comédie, une de ces oeuvres au ton particulièrement recherché, qui ont fait tout le prix d'un cinéaste comme Yves Robert. Ici il fait la synthèse du meilleur de sa filmographie: vous y entendrez Paul Le Person traiter Philippe Noiret de "Couille molle" comme les enfants de la Guerre des boutons, et on y retrouvera un peu de l'esprit de Ni vu ni connu. Et avec l'apport de la couleur, qui embellit l'Eure-et-Loir, on a un atout considérable, pour un film qui donne envie d'y vivre! La comédie est rigoureuse, tout en reposant sur un montage et un rythme sûrs; c'est une grande réussite, et un classique à sa façon...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert