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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 20:11

Réalisé par le vétéran Roy Del Ruth, qui fut director chez Sennett avant de trouver un hâvre à la Warner, Blonde crazy est en fait un héritier direct de la sensation créée par l'extraordinaire Public enemy, de William Wellman. On y retrouve James Cagney en sympathique fripouille qui entraine la belle Joan Blondell dans sa molle chute: contrairement au film de Wellman, Blonde crazy se maintient assez fermement du coté de la comédie, et si les "criminels", ici des escrocs sans grande envergure, y paient leur dette, personne ne meurt...

 

Bert (Cagney), un groom spécialiste en trafics en tous genres, s'associe à Anne (Blondell), une femme de chambre de l'hôtel où ils travaillent dans une série de petites escroqueries. Sur leur route, ils rencontrent Louis Calhern qui leur joue un tour de cochon, et Ray Milland qui sous des dehors innocents s'avère retors. Pendant ce temps, les deux stars se courent après sans jamais assumer totalement leur amour réciproque.

 

Le principal problème du film, c'est son manque de rythme; un comble, quand on a l'acteur au débit de mitraillette, associé à une actrice des plus énergiques, et un supporting cast de choix... mais le film se traine beaucoup, et si le spectacle en vaut la peine, c'est souvent un peu poussif... Cela dit, on est en pleine permissivité, et les situations risquées abondent, depuis la scène célèbre durant laquelle Cagney parle à Blondell qui prend son bain, et le metteur en scène nous gratifie d'un certain nombre de plans anatomiques de la jeune femme (Qui insiste bien pour que Cagney reste à la porte, mais nous laisse entrer...), jusqu'aux dialogues bourrés de sous-entendus grivois: un client de l'hôtel, à Blondell qui lui demande s'il faut faire le lit: "vous savez, le lit, à mon age, ce n'est pas grand chose; juste un endroit ou poser ma tête...". Ca ne casse pas des briques, mais c'est une atmosphère délurée, qui rend toujours ces petits films du début des années 30 plaisants à regarder...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 10:03

Avanti, ou l'art de rebondir d'une façon inattendue. l'échec public de The private life of Sherlock Holmes avait de quoi rendre bougon, et le tour de cochon joué à Wilder par ses producteurs aurait pu le terrasser de façon durable, mais deux ans après cette douloureuse expérience, voici un film drôle, sentimental, impertinent, et léger, en dépit de sa longueur. Situé entre la gravité du précédent, et la frénésie du suivant (The front page, 1974), c'est une halte bienvenue... 

"Permesso?" Cette demande à la fois polie et obligée, c'est bien sur ce que dans un hôtel le personnel demande au client afin de savoir s'il a ou non le droit d'entrer. "Avanti!": voilà la réponse à donner, et voilà donc ce que nous dit Wilder, et de fait le rythme du film est au début du moins, apparemment rapide: Avanti! Wendell Armbruster Jr (Jack Lemmon) a un avion à attraper, et le voilà, sur l'écran, qui quitte le jet privé de la compagnie qui porte le nom de son père. On le distingue bien même à distance, il porte un gilet rouge par dessus une tenue de golf. Il prend donc l'avion, avec si peu de bagages, et trouve un homme avec lequel échanger ses vêtements. on apprendra, à la douane Italienne, qu'il est venu en quatrième vitesse, parce qu'il a eu une mauvaise nouvelle. On apprend, en même temps, que le monsieur est un type pressé, manquant totalement d'humour, et assez franchement désagréable, ce que les fonctionnaires Italiens commencent gentiment à lui faire payer dès l'aéroport. Il doit donc se rendre à Ischia, dans la baie de Naples, ou son père qui prenait ses vacances annuelles a eu un accident de voiture, et est décédé. Comme il va devenir sous peu le remplaçant de son père, et que la situation de l'entreprise n'est pas brillante, il faut faire vite. 

Seulement Wendell Armbruster Jr n'est pas seul: dans le même train, dans le même bateau, et bientôt dans le même hôtel, une jeune Anglaise, Pamela Piggott (Juliet Mills) semble le suivre. Armbruster apprend la raison: son père n'était pas seul dans l'accident, il y avait aussi une femme, Katherine, la mère de Pamela. Par ailleurs, Armbruster apprend que les deux tourtereaux en étaient à leur dixième période de vacances ensemble...

A coté de la rencontre entre miss Piggott, l'Anglaise complexée et minée par son obsession du surpoids, et Wendell Armbruster, l'homme pressé et conservateur qui n'a jamais pris le temps d'apprécier la vie, on fera la connaissance aussi de signor Carlucci (Clive Revill), un gérant de l'hôtel particulièrement arrangeant pour les enfants de ceux qu'il considérait comme ses amis; on verra aussi Bruno, maitre d'hôtel et maître chanteur, qui possède un certain nombre de photos compromettantes, ainsi qu'une maitresse encombrante; sinon, il y aura la famille Trotta, Napolitaine pur jus, qui a une vision de la vie qui implique l'abduction éventuelle des êtres chers, en échange de rétribution, et tout ce petit monde est mené au pas de charge dans une intrigue sans temps mort, du moins le croit-on tant que Wendell Armbruster, éternel homme pressé, tient la barre. Seulement, de la découverte de la double vie de son père, à la désagréable habitude des habitants de la région de prendre leur temps, en passant par les désirs de Miss Piggott, qui vont à l'encontre de siens en ce qui concerne les arrangements funéraires, Armbruster voit vite que la partie est loin d'être à son avantage... En dépit donc de son obsession d'imposer son rythme personnel à tout ce qui passe autour de lui, Armbruster va finalement, comme Miss Piggott, se laisser aller, et succomber au charme de l'endroit, comme l'avaient fait avant eux leurs parents...

Golfeur au début du film, un homme comme Wendell ne pouvait faire que ce sport de riches. Le vêtement en est d'ailleurs aussi codé que ridicule en toute autres circonstances, ce qui permet aux premières scènes de charger le pauvre Lemmon de tout un poids satirique: voilà bien un Américain de la bonne société; comme il s'appelle Armbruster, on sent l'homme habitué à diriger: son nom est doté d'un suffixe (Er) qui l'identifie comme un actif. De fait, il se comporte au début en véritable dictateur, ou comme une armée en conquête. Le seul autre Américain vivant du film, le diplomate-barbouze qui vient en hélicoptère pour chercher le corps paternel, se comporte de façon encore pire: il passe son temps à pester contre les Italiens, qu'il appelle "Foreigners", soit étrangers, assure que c'était mieux sous Mussolini, et n'a aucune ouverture d'esprit. On juge d'autant mieux la transformation du personnage principal...

Miss Piggott, quant à elle, est affublée d'un nom qui la condamnait en effet à cultiver des complexes, et les allusions à son poids sont nombreuses; mais au moins, elle vient préparée: c'est elle, dans le bateau, qui rappelle à un Armbruster indifférent qu'en Italien, le simple fait de demander du savon, revient à chanter un opéra... Elle succombera d'autant plus vite à la magie des lieux. d'autant que contrairement à Wendell, elle savait ce qui se passait tous les étés. A ce sujet, Roger Ebert à la sortie du film se plaignait que le personnage de  Lemmon mette si longtemps à comprendre la nature des vacances de son père, et estimait que ça mettait le personnage en porte-à-faux vis-à-vis du public; il me semble que c'est justement le but de Wilder.

Cette délicieuse comédie qui se laisse vite porter par le rythme particulier du lieu, et ralentit considérablement sur la dernière heure, a bénéficié de la permissivité du début des années 72, ce qui apparaît dans un certain nombre de scènes. La première est un gag splendide, entièrement visuel, qui repose sur le fait qu'Armbruster doit se changer une fois dans l'avion. Il trouve un homme auquel proposer un échange de vêtements, et ils vont tous les deux dans les toilettes. Pas un mot n'est prononcé, mais la réaction de tout le monde dans l'avion est hilarante. Sinon la fameuse scène de la baignade, durant laquelle les deux acteurs sont totalement nus, à l'exception des chaussettes noires de Lemmon, est justement célèbre; certains commentateurs du film se plaignent de ces scènes de nudité pour leur manque d'érotisme! C'est vrai quà notre époque de silhouettes calibrées, ces scènes détonnent. Tant mieux: de fait, les acteurs, aussi peu habitués à se déshabiller que leurs personnages, révèlent une peau peu habituée à être si exposée. Il me semble que cette franchise sert plutôt bien le film... Sinon, on est définitivement dans le monde magique des comédies de Wilder, avec ses personnages de conte de fée, son Carlucci-bonne fée, qui arrange tout en avance. C'est la deuxième fois que Clive Revill joue pour Wilder; la fois précédente, c'était pour incarner un Russe, ici, c'est avec l'accent Italien que le maitre de cérémonies arrange tout, à la façon dont Moustache tirait quelques ficelles dans Irma la douce. les dialogues, toujours aussi riches, nous gratifient des passages obligés de tout film de Wilder qui se respecte: on a droit aux sous-entendus, à des allusions vachardes à la culture de l'époque (Lemmon, en particulier, dont le personnage cherche à se montrer au goût du jour, mais montre surtout qu'il est à coté de la plaque, lorsqu'il fait l'éloge de la libération des moeurs, tant qu'elle n'est pas entachée d'amour. Mais Miss Piggott nous montre une photo assez ridicule de son ex-fiancé Bertram, guitariste dans un groupe de rock progressif... ). 

La bonne chère, la musique Napolitaine, la douceur de la Méditerrannée, le charme de Miss Piggott... tout comme Pamela qui "devient sa mère" en jouant la manucure de l'hôtel  lorsqu'il faut dissimuler à un visiteur intempestif la nature de leur relation, Wendell Armbruster Junior devient enfin son père. Si on en revient à l'importance du dernier mot dans un film de Wilder, on constatera que la dernière chose importante ici, c'est Lemmon qui la dit: "Miss Piggott, si vous perdez ne serait-ce qu'un gramme, c'est fini entre nous", lui dit-il avant de partir. Lui qui lui disait, lorsqu'elle mentionnait ses kilos en trop lors de leur premier échange: "Oui, j'ai remarqué.". Lui qui l'a appelé d'un terme insultant qui faisait allusion à l'imposante taille de son arrière-train, d'ailleurs surestimée à mon avis. Bref, de butor, goujat, détestable personnage, il se laisse enfin aller et devient un brave homme, nous permettant au bout de deux heures et vingt minutes de l'aimer. Si The private life of Sherlock Holmes était à bien des égards un testament noir pour Wilder et Diamond, Avanti! et sa célébration de l'amour simple, son plaidoyer pour ralentir et prendre le temps, ressemble à une résurrection. Les deux films n'ont peut-être pas la même importance par rapport à la carrière de leur auteur, mais celui-ci nous permet de nous laisser aller complètement.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 17:47

Merveilleux! ce court métrage souligne a posteriori le fait que durant deux films, ses derniers courts métrages coréalisés avec Eddie Cline, Keaton tatonnait. Le défaut de ces deux films erratiques et souvent très hétérogènes, le manque de cohésion, est ici passé à la trappe, au profit d'un scénario basé sur un Buster affligé de la même condition qu'ont affrontée beaucoup de ses collègues comédiens: il a faim, comme Chaplin, Langdon ou Laurel et Hardy dans de si nombreux films. La motivation est donc là dès le départ, mais c'est une fausse piste: le principal moteur de son personnage qui va bientôt se débattre avec la justice, c'est surtout d'échapper à la police... A la faveur d'une tentative désespérée d'imiter un passant qui a jeté un fer à cheval en arrière et immédiatement trouvé un portefeuille plein, Buster fait de même, et le fer atterrit, bien sur, sur la tête d'un policeman. Il n'en faut pas plus pour faire du héros un fugitif, et la tentation d'accumuler les policiers, qui ira très loin avec Cops en 1922, est déja là. Néanmoins, le film suit un cheminement autre que le simple enfilage de poursuite. Une séquence voit en effet un bandit faire une photo anthropométrique en prison, alors que Buster passe dans la rue. Par curiosité, il jette un regard discret, et le bandit se baisse à ce moment précis, puis sévade dans une scène hallucinante par son économie: le bandit passe devant une fenètre grillagée, éteint la lumière. On voit alors son ombre passer devant le jour projeté par la fenètre, puis on rallume: il n'est plus là. Un plan-séquence de quinze secondes, d'une clarté absolue, et un sacré sac d'embrouilles pour Buster, puisque c'est sa photo qui va être placardée partout...

 

La paranoia et la poisse, ce sont bien les deux moteurs de ce film, mais il y en a un autre, c'est le mouvement: courir pour échapper aux policiers, utiliser les voitures, trams ou  trains pour se déplacer et aller toujours plus vite, et à l'intérieur des trains, courir pour échapper à se poursuivants. Les variations ici sont nombreuses, j'en retiens deux: d'une part, Buster échappe à des flics en s'accrochant à l'arrière d'une voiture en marche, ce qui a du être assez douloureux; d'autre part, dans un plan célèbre, un train,  dans le lointain, s'approche de la caméra. Au fur et à mesure on commence à voir une silhouette à l'avant. Buster, impassible, est assis, et le train ne s'arrête qu'au plus près de la caméra: un plan spectaculaire, inoubliable, qui met en avant le caractère particulier, qui se joue des distances, mais aussi de la profondeur de champ, du style de Keaton, qui ne considère jamais le champ de la caméra comme une scène de théâtre, mais qui utilise toutes les ressources spatiales du cinématographe. Un génie génial, donc, dans un excellent film...

 

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 09:24

 

 

Les frères Farrelly, ce ne sont rien que des provinciaux sentimentaux. Pas des provocateurs, pas des gros méchants pétomanes... C'est vrai, ils aimeraient bien essayer de faire semblant de le cacher, mais ils n'y parviennent pas. En attendant Hall pass, qui me semble bien parti pour faire semblant d'être un gros film beauf, comme d'habitude, on peut constater sur l'ensemble de la filmographie une tendance à faire dans les genres éprouvés de la comédie, des petites oeuvres tendres, à peine réhaussées de quelques épices bidon: allumage de pets, scènes scatologiques (Dumb & dumber, 1994), poupée gonflable, vomissement post-coïtal (Kingpin, 1996), Zigounette dans la braguette, coiffure à l'ADN (Something about Mary, 1996), schizophrénie obsessoïdale, gros hercule (Me, myself and Irene, 2000), pets intempestifs (Osmosis Jones, 2001), blagues lourdes sur le surpoids (Shallow Hal, 2001), diverses combinaisons graveleuses pour parler de la difficulté de trouver une intimité quand on est siamois (Stuck on you, 2003), le comportement gras des fans de sport en plein action (Fever pitch, 2005), et un catalogue de dépravation sexuelle des plus croquignolets (Heartbreak kid, 2007, et, en fait, tous leurs films...). Mais tous ces films ressortent quand même de la comédie la plus traditionnelle, à la mise en scène soignée, avec des vraies histoires (sauf peut-être Dumb and dumber, et sans parler d'Osmosis Jones pour lequel ils n'ont réalisé que la moitié du film, le reste étant de l'animation).

 

Kingpin est leur premier effort en ce genre, avec l'appui d'une star, ou du moins d'un acteur montant: Woody Harrelson est Roy Munson, un joueur de Bowling qui a tout perdu en même temps que sa main droite, et ce par la faute d'Ernie McCracken (Bill Murray), un champion local qui n'a pas supporté de lui passer sa couronne... Roy cherche durant 16 as une consolation dans l'alcool, avant de rencontrer Ishmael, un Amish doué pour le bowling. Les deux se lancent dans une association inattendue, afin de trouver de quoi sauver la comunauté d'Ishmael...

 

Dans le résumé qui précède, rien qui ne puisse être écrit dans le scénario d'un film Disney, et de fait la tendresse pour les losers magnifiques est la maitre mot, comme toujours... Si on peut fait la fine bouche, les occasions ne manquant pas (Notamment quand Woody Harrelson révèle avoir trait un taureau avec la bouche), l'histoire aussi ressassée soit-elle tient la route, et on a envie de la suivre jusqu'au bout. Le cinéma de ces deux frères est sans prétentions, terre-à-terre, mais étrangement rassurant... Leur petite manie d'intégrer des handicapés, physiques ou mentaux à tous leurs films, le thème récurrent du changement physique, leur franchise désarmante en matière de vulgarité, me sont personnellement indispensables.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:05

 

Dans cette comédie très bien faite à tous points de vue, Bette Davis est une riche héritière d'un magnat du pétrole Texan (Eugene Pallette) habituée à faire caprice sur caprice, qui souhaite se marier avec un populaire musicien interprété par Jack Carson. Ils ont contacté Steve Collins (James Cagney), un pilote criblé de dettes qui accepte de les emmener à Las Vegas afin de semarier, mais celui-ci comprend vite qu'il y a plus d'argent à se faire en faisant affaire avec le père qui s'oppose violemment au mariage. Il conclut donc un accord avec celui-ci, lui promettant de ramener la jeune femme contre une somme substantielle...

 

Warner a beaucoup insisté à la sortie de ce film sur le coté historique de la "rencontre" entre Cagney et Davis, deux de ses plus grandes stars; mais c'est avoir la mémoire un peu courte: les deux partageaient le générique d'une comédie dès 1934: il s'agissait de Jimmy the gent, de Michael Curtiz, dans lequel Cagney était un margoulin qui se lançait dans le business de l'agence matrimoniale, et Davis travaillait pour la concurrence... Ca ne faisait pas dans la dentelle, mais c'était très plaisant de toute façon. Cette amnésie est peut-être à mettre sur le compte que le film de 1934 était un "véhicule" pour Cagney, et Davis y était en deuxième position. Ici, nous avons une affiche clairement partagée par les deux stars, et l'alchimie entre les deux fonctionne très bien. Le film aurait pu stagner, dans la mesure ou après l'enlèvement de davis par Cagney, ils sont perdu dans un désert à la fronttière entre Californie et Nevada, mais ils se situent juste à coté d'une "ville fantôme" dont le seul habitant est Harry davenport dans le rôle d'un vieil hotelier pittoresque. Les trois "naufragés vont cohabiter, et bien sur les deux stars vont d'escarmouches en calineries, et de chicaneries en baisers... Sinon, la digne héritière (Ainsi, comme entémoigne ici une photo, que son kidnappeur) va faire connaissance avec le trop-plein d'affection des cactus locaux.

 

Le film a du rythme, les acteurs n'ont rien pour les arrêter, et le spectacle est plaisant; manque, sans doute, un grauin de folie, on nepeut qu'imaginer ce qu'un Hawks aurait fait avec cette comédie sage. William Keighley, ici, a assuré le spectacle, est s'est, comme d'habitude, retranché derrière les dialogues (parfaitement écrits, d'ailleurs) et la situation. ce n'est pas à proprement parler une déception, mais c'est un film sans génie. Mais ce qui rattrape tout, c'est de se dire que finalement ce genre de film était le tout-venant de la Warner en 1941: Pas mal pour du menu fretin, quand même... Et d'ailleurs, comme c'est la Warner, la musique de cette sympathique mais anecdotique comédie est signée de Max Steiner. Pas son meilleur "score", mais quand même: la classe!

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Published by François Massarelli - dans Comédie
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 11:02

C'est inattendu: depuis 20 ans que Hugh Grant peine à se démarquer de cette image de Britannique vaguement décalé et mignon, à chaque fois qu'il participe à un film Américain, on le met de nouveau dans le même rôle. Les productions Britanniques lui offrent des défis nettement plus importants (Un premier ministre en plein désarroi personnel dans Love actually, par exemple), sont parfois de réels succès (le goujat infâme dans les deux Bridget jones), mais on ne retient que cette image de Britannique qui ne se fait pas au monde Américain qui l'entoure. il y a même des gens que ça énerve.

 

Bon, d'accord, Hugh Grant n'est ni Cary grant (Qui a pu jouer tant d'Américains dans sa carrière) ni Ronald Colman. C'est vrai. Pourtant, ce film, au pedigree incertain (Kelly Makin est un réalisateur Canadien de séries TV, et de comédies passe-partout) n'est pas la comédie fade qu'on attend, il est même meilleur que Analyse this et Analyse that, de Harold Ramis, dans lesquels Billy Crystal psychanalysait le mafioso Robert de Niro, pour rester dans un sujet similaire, à savoir: une famille de la mafia accueille en son sein un type qui n'a absolument rien à y faire.

 

Michael, donc, un commissaire-priseur vaguement maladroit, veut se marier avec une jeune enseignante, Gina (Jeanne Tripplehorn), la femme de sa vie. Ils ne se connaissent que depuis trois mois, mais c'est l'évidence, ils sont faits l'un pour l'autre. Les réticences de Gina s'expliqueront très vite: elle est issue d'une famille Italienne, les Vitale, dont la plupart des membres ont fait de la prison, et son oncle, Vito Grazioni, est l'un des derniers "gros" parrains en activité. se marier, estime-t-elle, c'est attirer les pires ennuisdans la vie innocente de Michael... Et pourtant celui-ci, séduit par Frank, le père (James Caan) de Gina, va réussir à convaincre la jeune femme... et s'attirer de réels ennuis, en effet!

 

La notion de comédie romantique, un genre de plus en plus affadi par la codification, plus ou moins liée à l'influence de la télévision, est ici contournée: ce n'est pas tant l'union des contraires représentée par Gina et Michael qui est en cause, mais pluôt la rencontre entre Frank et Michael; d'ailleurs, si on peut râler devant le fait que Frank soit un brave type, il est intéressant de constater que la sympathie entre les deux personnages fonctionne très vite, et on se retrouve à plusieurs reprises dans un buddy movie, dont les péripéties amoureuses sont passée au second plan.

Ensuite, la personnalité même de Hugh Grant, son décalage humoristique permanent et le fait qu'il ne puisse absolument pas passer pour un Amérivain, à plus forte raison un Italo-Américain, sont mis à profit dans des scènes burlesques ou le jeune homme tente d'une façon pathétique de passer pour "Mickey-blue-eyes", un mythique mafioso de Kansas City: ses efforts pour arttrapper l'accent, ses attitudes et sa gestuelle le rendent immanquablement drôle.

Pour finir, le film joue sans se cacher la carte référentiele, citant des noms de personnages tout droit sortis de Goodfellas (Johnny Two-Tone), dans lequel Martin Scorsese se livrait à une de ses hilarantes énumérations quasi-zoologiques des familles Italiennes et de ses représentants les plus pittoresques. Mieux, certains acteurs et figurants reviennent des films en question, le plus spectaculaire étant James caan lui-même, qui sans trop se forcer domine le jeu global. On sait qu'il peut être pathétique (Sonny Corleone dans The godfather), qu'il peut être dangereux sous une façade bonhomme (Bottle rocket), on sait aussi cependant qu'il n'hésite pas à se rabaisser dans un rôle s'il en vaut la peine, comme lorsqu'il interprète le calvaire de Paul sheldon dans Misery; ici, il se moque gentiment de lui-même, et nous entraine dans son sillage.

 

Voilà une bonen surprise, donc, que cette comédie tout à fait fréquentable. m'en rappelerai-je dans six mois? Probablement non, mais ce fut une heure et demie très plaisante. Si j'osais, je dirais que ça aurait pu être la mise en bouche avant une carrière Américaine pour Hugh Grant... qui n'aura jamais lieu, suite à un retentissant petit scandale.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 17:08

Keaton aime a encadrer ses films d'une manière unique et a souvent cherché des débuts ou des fins qui marquent, sans pour autant qu'ils aient un rapport évident avec le reste du film. ici, c'est un intertitre bateau, nous annonçant la lente montée du soleil au matin, suivi d'un plan animé nous montrant un soleil extrêmement pressé. La séquence qui suit est étrange, et totalement détachée du reste du film, à part pour un détail: dans ce film, Joe Roberts et Buster Keaton vivent ensemble, n'étant antagonistes que sur un seul point, qu'on verra plus tard. C'est à ma connaissance le seul cas de film dans lequel ils ne soient pas des ennemis (si on s'en tient aux courts métrages qui permettent à Roberts de développer un personnage, par opposition à One week, ou l'acteur n'a qu'une apparition), et le lien entre les deux est mal défini. Un plan nous permet d'établir une hypothèse: il se peut, tout simplement, qu'ils soient frères.

 

Ils habitent dans une maison ou tout est rationnalisé, automatisé, avec une ingénierie compliquée mais fonctionnelle, dont ils usent calmement, surement et sans heurts. Ils en sont probablement les co-inventeurs, mais la vision de ces cinq minutes est hallucinante: chaque objet a deux ou trois utilités, tel le fourneau-gramophone, ou la table qui une fois retournée debient un cadre attaché au mur. un ensemble de cables accrochés au plafond leur permet d'avoir accès durant le repas au poivre, sel, etc... C'est le Buster ingénieur que l'on retrouve, celui qui ne cherche pas à nous faire rire aux larmes, mais bien à nous épater. D'ailleurs, une fois quittée la maison, les deux hommes se sretrouvent dans un film bien plus traditionnel: ils sont tous les deux employés dans une ferme, et courtisent la même jeune femme (Sybil Seely), dont le père, un vieux bougon brutal, est joué par un vieux bougon brutal: Joe Keaton.

 

Le reste du film conte donc la rivalité pas trop agressive entre les deux hommes pour gagner le coeur de la belle. Celle-ci est mise à contribution en particulier pour improviser un pas de danse qui va conduire à une série de quiproquos. Alors qu'elle danse, elle tombe nez à nez avec Roberts, un peu embarrassé. Elle lui demande assistance sur son ballet, et Buster arrive et les trouve enlacés. Il se lance dans une lamentable grande scène de jalousie ultra mal jouée, prouvant que le propos de ce film est surtout de s'amuser un peu... j'en retiens pourtant des gags étranges et attachants, tel cette course-poursuite entre Buster et le chien Luke (De Roscoe Arbuckle) ou ce beau plan qui voit la jeune fille faire son choix, et enlacer enfin Buster. Celui-ci, totalement immobile et apparemment impassible, manifeste son émotion en fermant les yeux quelques secondes... Sinon, le final voit le jeune couple dans une moto avec side-car, embarquer un prêtre, qui les marie, mais l'équipage se retrouve dans une rivière, donc dans l'eau, élément Keatonien par excellence (TOUS SES FILMS!!!!). La mariage, oui, mais une fois marié, semble-t-il nous dire, tout tombe à l'eau!!

 

Voilà, c'est le 4e film de Buster Keaton, sorti en 1921, et l'équipe est en place. De grandes choses vont bientôt pouvoir à nouveau se jouer après ces aimables mais un peu maigres amusements... Pour finir, le titre est du au déguisement d'épouvantail que Keaton est à un moment amené à utiliser pour échapper à son poursuivant canin.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:22

Premier film Paramount, première réalisation en solo, première réalisation aux Etats-Unis, première comédie à la Wilder, aussi. On lira de-ci, de-là, les commentateurs parler au sujet de ce film comme du "premier Wilder". Ce genre d'approximations est rendu inévitable. Surtout que The major and the minor est à la fois un film d'une immense signification, et un modeste (presque) début; vrai, cette gentille comédie avec ses airs de ne pas y toucher, semble déja porter en elle les germes de ce que sera la carrière du grand metteur en scène, son oeuvre, ses personnages, ses dialogues... Ses gags allusifs et sa petite manie (Délicieuse) de mélanger le grandiose et le trivial, le sublime et le vulgaire. Après tout, l'argument fera des petits: une jeune femme, Susan Applegate, lassée d'esayer de percer à New York, et fatiguée des avances de vieux cochons auxquels elle prodigue des massages du cuir chevelu, choisit de repartir vers son Iowa natal, mais son argent ne le lui permet pas; elle se fait donc passer pour une enfant de douze ans, Sousou, et à la faveur d'une poursuite dans le train, se réfugie dans le compartiment du major Philip Kirby, instructeur d'une académie militaire, dans laquelle elle va rester environ une semaine: elle y aura fort à faire, repoussant les avances de cadets tous plus entreprenants les uns que les autres, et réalisant qu'il lui faut empêcher le mariage de 'son' major avec une abominable pimbêche, Pamela Hill. Son passé revient toutefois la hanter, puisque c'est un des vieux dégoutants auxquels elle a refusé de céder qui la reconnaitra et le dira à Miss Hill, justement...

Au delà des recours Wilderiens au sous-entendu et de l'inévitable obsession sexuelle de 80% des males (le reste de l'oeuvre portera ce pourcentage à 99% mais ici les plus obsédés sont des adolescents en uniforme, qui utilisent tous le même vieux trucs, prétexte à quelques allusions verbales réjouissantes), le mensonge et la dsimulation, accompagnés d'occasionnels déguisements ou inversion de personnages, reviendront en force: Some like it hot, bien sur, mais aussi Kiss me stupid, The private life of Sherlock Holmes, The fortune cookie, Irma la douce, et dans un autre genre Witness for the prosecution!


D'autre part, le film est vraiment un conte de fée, baigné évidemment dans l'Amérique de 1942 (Parmi les signes extérieurs de culture populaire, on remarquera le gag des élèves de l'école voisine qui se prennent toutes pour Veronica Lake, la passion pour Benny Goodman d'un jeune cadet doué en claquettes...), avec sa Cendrillon à l'envers, son prince charmant, sa grenouille : un véritable petit caillou, isolé durant le film par une des bonnes fées, Lucy, la seule à connaitre la vérité: à douze ans, et très précoce, elle est passionnée de science et a isolé un tétard à fins d'expérimentation. A la fin, le don de cette grenouille à Susan va permettre la rencontre du Major et de la vraie Susan. Et le film a bien sur sa méchante fée; cette tendance reviendra chez Wilder, lui inspirant d'authentiques contes (Sabrina) ou des histoires plus détournées (Irma), mais les mélangeant toujours au vulgaire avec méthode et délectation.


La méchante fée, c'est l'abominable fiancée, Pamela Hill, flanquée en guise de balise d'un tic verbal: elle passe son temps à dire l'adjectif "Beguiling". Une manie qui permettra à Susan-Sousou de l'imiter efficacement pour se faire passer pour elle et accélérer la promotion voulue par Kirby. Par ailleurs, pour une femme qui vit dans un contexte militaire, le nom de Hill, renvoie à une colline à prendre: entre miss HIll et sa carrière de soldat, Kirby doit choisir sa bataille. Si Kirby est un nom neutre et vaguement sympathique, Miss Applegate, qui habite à Stevenson, Iowa, renvoie à l'amérique profonde, celle qu'on retrouvera des années plus tard à Climax, nevada, ou dans l'Arizona de Ace in the hole. Bien sur, Applegate renvoie aussi à cette si Américaine denrée qu'est la tarte aux pommes, même si Mrs Applegate vend... des fraises.


Ainsi, film-matrice plus marquant que le sympathique mais brouillon Mauvaise graine, The major and the minor est-il un digne début pour son metteur en scène; cependant, si on prend plaisir à la comédie, certains aspects restent encore embryonnaires. Ginger Rogers, déja revenue de tout, peine à aller au-delà de l'amertume d'une vie déja vécue. On aura plus tard, plus d'affection pour les personnages à venir, et cette grande andouille de Ray Milland est plus attachant, finalement. Mais quelle naïveté! L'histoire ne tient pas vraiment debout, au-delà de son charme et de sa joliesse... Un moment durant lequel le cinéaste, avec la complicité de son chef opérateur Leo Tover, met Susan en danger, puisqu'elle a décidé de dire la vérité à son major, et s'ets habillée en femme, la voit déambuler dans les couloirs désert, et peu éclairés de l'académie militaire, et bien sur au lieu de rendez-vous, le major est absent, et Miss Hill, qui a flairé le pot-aux-roses, l'attend. la gravité affleure, et la lutte entre les deux femmes reste courtoise, mais la photo louche vers le noir... Cet aspect marquera durablement l'oeuvre de Billy Wilder, les trois films suivants en fourniront l'essence: Five graves to cairo, Double indemnity, The lost week-end, trois films noirs, dont un joyau, permettront à Billy Wilder d'enfin donner à sa verve sa vraie couleur, et de signer, toujours avec son co-scénariste Charles Brackett, des comédies plus graves qu'il n'y parait. A foreign affair, avec marlene Dietrich, sera une meilleure introduction à la comédie selon wilder: drôle, toujours. Caustique, bien sur. Mais surtout noire, noire...

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 17:21

Donc, Blake Edwards nous a quittés, et comment dire, il y avait, le concernant, trois écoles. Des inconditionnels, des réfractaires, et des enthousiastes, prèts à défendre le bonhomme en cas de besoin, mais aussi prèts à reconnaitre que, comment dire, Curse of the Pink Panther ne valait pas tripette. J'appartiens a priori à la dernière catégorie, mais je n'ai pas encore vu tous ses films. Cela dit, il y en a un grand nombre que je considère comme des classiques, et sur lesquels je peux compter; j'y reviens, et y reviendrai encore souvent: The party, The great race, What did you do in the war daddy, Victor Victoria, 10, The pink panther, Experiment in terror, Days of wine and roses.. et Breakfast at Tiffany's.

Le film aurait pu être mis en scène par John Frankenheimer, mais selon Patrick Brion, Audrey Hepburn aurait mis son veto. On doit s'en réjouir; non que j'aie une dent contre Frankenheimer, je me dis juste que je ne l'imagine pas mettant en scène une telle comédie, d'une part, et que je suis parfaitement satisfait avec ce qu'Edwards en a fait: il se l'est approprié, envers et contre tous, en laissant chacun faire son boulot d'une part, mais aussi en ajoutant de façon spectaculaire son grain de sel inimitable. Les avis sont partagés sur ce film, mais j'avoue qu'il me transporte totalement, qu'il est, à lui tout seul, une autre planète... rappelons à toutes fins utiles l'histoire, celle de Holly Golightly (Audrey Hepburn), call-girl qui vit une vie joyeusement dissolue, seule avec son chat dans un chouette appartement, entre ses sorties avec des vieux messieurs. elle est à la recherche de "Mr Big": non le grand amour, mais le gros compte en banque; un jour, un nouveau voisin vient s'installer et débarque inopinément dans sa vie: Paul Varjak (George Peppard) est écrivain, mais il est surtout un jeune homme qui vit aux crochets d'une dame quadragénaire, mariée, et riche (Patricia Neal). Entre les deux, la complicité est immédiate, et ele va évidemment beaucoup plus loin que la seule amitié, mais Holly (son pseudonyme, on l'apprend durant le film) ne veut absolument pas s'engager, fuyant tout ce qui la fixerait dans cette existence.

 

Ce film prend sa source dans un roman de Truman Capote dont le propos était beaucoup plus risqué, avec des allusions à l'homosexualité. En réalité, ça n'a pas d'importance, la notoriété du film a dépassé celle du livre; il est devenu, clairement, un "véhicule" pour Audrey Hepburn, en même temps qu'un passionnant champ d'expérimentation pour le Blake Edwards des grands jours. Bien sur, l'écrin est splendide, et le film est toujours envoûtant pour son coté intemporel, et la puissance de son esthétique, due autant à la grâce de miss Hepburn qu'à l'inventitivité de Edith Head, costumière de luxe à la Paramount, qui a d'autant plus revendiqué ce film que sa contribution est cruciale; on s'y habille et déshabille beaucoup, devant nous, y compris dans un taxi à la fin!Le costume y définit les deux vies excentriques de Paul et Holly, lui enchainé à sa maitresse et les costumes qu'elle lui offre, et elle utilisant sa garde-robe comme une déclaration d'indépendance permanente. Le propos principal tient à mon sens dans deux scènes clés, la première étant celle durant laquelle, surprise, le mari de Holly un habitant de l'Oklahoma qui la connait sous son nom de Lula Mae, vient la chercher, pensant naïvement la reprendre. Il l'a  épousée alors qu'elle avait 14 ans, et on s'attend à un développement façon Child Bride (le fameux film de "sexploitation") ou même Mountain justice, de Curtiz, ces films qui nous racontent la vie fruste des montagnagrds franchement arriérés; Mais à l'arrivée de Doc, son mari, Holly est réellement heureuse de le revoir. On pourrait accabler le mari, se dire qu'avec un départ dans la vie comme celui-ci, Holly ne pouvait que se fuir; on évite pourtant la dénonciation, pour entrer de plein-pied dans la question cruciale: mais qui est vraiment Holly? C'est la question à laquelle elle ne veut pas répondre, de même qu'elle met un point d'honneur à ne pas nommer son chat, dont elle assure qu'il aura un nom "quand elle aura son chez-soi, avec ses meubles". Autant dire jamais. La deuxième scène est importante, à plus forte raison parce que c'est la fin du film, lorsqu'après un passage en prison (pour diveres raisons, savoureuses, mais passons) elle décide dans un taxi de libérer son chat, et voit fuir Paul excédé (en substance, il en a marre de ses excentricités), et comprend qu'elle l'aime et va devoir, enfin, se fixer, quel qu'en soit le prix. Très belle scène d'amour, avec l'ingrédient des grands jours, une pluie battante, et l'indispensable petite touche surréaliste: entre les deux amants, un chat trempé, qui se demande ce qu'il fait là...

 

Blake Edwards s'est approprié le film, qui par ailleurs ressemble beaucoup à une production Paramount de grande classe: couleurs splendides, production soignée, mais en prime, il ya l'humour décalé, présent en particulier dans la fameuse scène de la party chez Holly, au cours de laquelle le son passe totalement au second plan, pour favoriser les gags visuels, et George Peppard lâché au milieu de tous ces gens, tel un comique muet un brin décalé. On reverra ça chez Edwards, bien sur, il n'empêche que la scène est superbe. Et il y a le cas Mickey Rooney, interprétant un Japonais de carnaval, le sujet qui fâche le plus les gens à propos de ce film; Edwards a du batailler ferme pour maintenir ce personnage caricatural qui passe son temps à pester contre Holly et ses amis. Mais d'une part les gags (raciaux, donc) de mauvais goût sont tellement gros qu'ils confinent à une certaine forme d'absurde; ensuite, le coté loufoque sied assez bien à la vie dans une bulle sixties de Holly Golightly. Enfin, cela renforce par l'absurde la notion d'aliénation, qui est soit dit en passant au coeur non seulement de ce film, mais aussi de The party, Victor Victoria, The Tamarind seed, Days of wine and roses, Experiment in terror, et de tous ces moments de doute, de déguisement ou de mensonge dans les films de Blake Edwards... Par ailleurs, son sens de la comédie et son timing le pousse à réaliser de nombreuses scènes en plan-séquence, et sous sa direction sure et précise d'admirateur des prouesses burlesques, les acteurs font des merveilles. Audrey Hepburn, pour moi, n'a jamais été meilleure, y compris chez Donen.

 

Le charme indéfinissable de ce film doit sans doute beaucoup à l'impossibilité de le catégoriser de façon définitive, tant comme une comédie que comme un film sentimental; c'est comme toute l'oeuvre du metteur en scène qui ne sest jamais cantonné dans un style tout en imprimant sa marque à tous ses films. La scène durant laquelle Paul se laisse suivre par "Doc" commence d'ailleurs comme une scène d'un film policier, avec la complicité de Henry Mancini (A ce propos, faut-il rappeler que ce grand film est aussi l'une des premières participations de Mancini à un film de Blake Edwards, et une partition superbe? on y trouve, en thème de générique, et repris souvent, dont une fois interprété par Audrey Hepburn, Moon River.). Mais il est aussi un film très beau et qui propose un regard très humain sur l'aliénation d'un peuple tout entier tourné vers la réussite, et dont il nous conte les aventures de deux exclus, qui ont à un moment pris la tangente, l'une par la case Hollywood, avant la quasi-prostitution, et l'autre, un écrivain raté qui vit dans sa propre ombre, et a besoin de faux sentiments de femmes mures pour survivre. Un bien grand, noble et puissant sujet, pour un film inépuisable, qui commence par un petit déjeuner décalé, pris devant la devanture de Tiffany's, au petit matin.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie
28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:23

Somme de comédie, le seizième film de Billy Wilder est un tel classique qu’il n’a pas vraiment besoin d’être défendu. En même temps qu’un film drôle et enlevé, c’est aussi une reconstitution très soignée, d’une époque saisie non seulement dans ses apparences, mais aussi dans son esprit. Si Diamond et Wilder ont, on le sait, du métier, on peut quand même s’étonner de ce que le metteur en scène ait su aussi bien capter l’esprit de l’époque de la prohibition, lui qui était en Europe à cette époque. Du reste, l’élégance et la classe de la mise en scène éclatent au grand jour dans la séquence d’ouverture, toute en mouvement, qui voit un corbillard rempli de mines interlopes, poursuivi par des policiers dont les balles de mitraillettes vont percer le cercueil qui trône au milieu du véhicule mortuaire, révélant un flot de liquide : lorsque les bandits soulèvent le couvercle du cercueil, et contemplent les dégâts sur les bouteilles d’alcool frelaté, l’air désolé. Un titre, alors, confirme ironiquement ce que nous savions déjà : Chicago, 1929. Pas un mot n’a été prononcé.

Donc, reconstitution magnifique et maniaque, bourrée d’allusions à la mode, à la culture populaire de l’époque, Some like it hot remplit sa mission jusqu’à se situer dans le monde du spectacle et sur les lieux de plaisir, de Chicago à Miami, nous montrant le jazz, la prohibition, mais aussi la civilisation des loisirs en action, à travers les séquences de plage, et les scènes situées dans l’hôtel luxueux. On peut ici rappeler l’argument du film : parce qu’ils ont assisté à un règlement de comptes sanglant, deux musiciens (Tony Curtis et Jack Lemmon) sont amenés à se déguiser en femmes pour se cacher dans un orchestre de jazz composé uniquement de femmes. Ils partent donc en train pour Miami on d’une part les gangsters (au premier rang desquels George Raft) ne manqueront pas de venir, et d’autre part l’un d’entre eux (Joe, Tony Curtis) va jouer son va-tout et se faire passer pour millionnaire afin de séduire Sugar, la très plantureuse et irrésistible chanteuse de l’orchestre interprétée par Marilyn Monroe.

La construction fait mouche, divisée en trois actes, le premier avec l’intrigue autour des gangsters, la fuite des musiciens, et les scènes limites des deux hommes arrivant dans le train rempli de jeunes femmes (Jack Lemmon, en particulier, a du mal à cacher sa joie) ; un deuxième acte met en place le stratagème de Joe et ses trucs pour attirer Sugar, au grand dam de Gerry « Daphné » (Lemmon) ; enfin un troisième acte plus nerveux précipite les choses, autour de la rencontre improbable entre les gangsters responsables du massacre (venus assister à un congrès des « amis de l’opéra Italien), et les deux témoins gênants, qui sont vite reconnus. Tous les styles de comédie sont plus ou moins explorés, et Wilder peut ainsi rendre hommage à Lubitsch, Hawks, mais aussi aux burlesques, avec un final très physique. Du reste, le style de Wilder est, n’en déplaise à sa légende et ses propres déclarations, très visuel : son utilisation du signe cinématographique est aussi virtuose que son recours à des gags dialogués : voir en particulier son plaisir à annoncer George Raft, par ses guêtres, et répéter le motif dans toutes les variations possibles, y compris dans les dialogues bien sur. Le film est donc un plaisir constant, magnifiquement capté par Charles Lang dans un noir et blanc superbe : le film reste à ce jour l’un des exemples les plus anciens du choix du noir et blanc, à une époque ou la couleur se généralise. Wilder y sera fidèle jusqu’à 1966. Sinon, outre les dialogues, remplis de bons mots et de phrases qui resteront, on retiendra l’époustouflante imitation de Cary Grant (Epoque Bringing up baby) par Tony Curtis, qui donne lieu à la phrase « Some like it hot, but I personally prefer Classical music » qui bien sur donnera son titre au film. George Raft aura droit aussi à un gag allusif, lorsqu'il reproche à un gangster de jouer avec une pièce de monnaie, le cinglant d'un "Where did you learn that cheap trick?" savoureux.

Les thèmes explorés par le film ont été déjà largement évoqués dans la filmographie de Wilder jusqu’ici : le sexe (De plus en plus présent, et sous des allusions de moins en moins codées, voir à ce sujet la fameuse scène du train, lorsque Jack Lemmon est submergé par des paires de jambes et des filles en nuisette), la dissimulation et le déguisement (Ici source de survie pour les deux musiciens, source d’amour pour Joe et d’embêtements sans fin pour Gerry), mais aussi l’obsession, incarnée par de nombreux personnages, surtout les gangsters (Spats Colombo et ses guêtres, Toothpick Charlie et ses cure-dents). Mais bien sur, comment ne pas évoquer la confusion des sexes, à travers ce très troublant voyage de deux hommes à travers leur féminité cachée, de Joe qui trouve très vite sa voix, et incarne à merveille la sophistication hautaine, à Gerry, qui se trouve si bien en femme qu’il succombe très vite à un certain nombre de réflexes : il sait trouver els mots pour reprocher ses gestes déplacés à Bienstock, le très falot assistant du chef d’orchestre Sweet Sue, il est dans un état second suite à la proposition de mariage d’Osgood Fielding III, et bien sur il s’invente d’autorité un prénom inattendu, comme s’il avait déjà prévu le cas : Daphné, au lieu de Geraldine. Si on se concentre beaucoup sur les mésaventures de Gerry, décidément coincé dans la peau de Daphné puisque contrairement à Joe, il n’a pas l’échappatoire d’être Junior, le faux milliardaire qui tourne la tête de Sugar. Joe n’est pas en reste, toutefois, qui au moment de passer la défroque de Junior, oublie facilement les boucles d’oreilles encombrantes, auxquelles il finit par s’habituer. Une seconde peau ?
L’intelligence de ce film, qui navigue entre deux eaux (le public visé est familial , mais les allusions rendent le spectacle pus chaud . remarquez, certains l’aiment précisément chaud.), ets de ne pas transformer cette histoire de confusion en un prétexte pour toute l’histoire, ce qui donne des résultats moins brillants : prenons par exemple le cas de Goodbye Charlie, de Minnelli. Mais cette comédie ratée est aussi un peu présente dans le film de Wilder : lorsque Toothpick Charlie quitte les lieux de sa trahison, il est par deux fois fait allusion au titre de la pièce de George Axelrod, publiée en 1959 : toujours cette tendance de Wilder de faire allusion à la culture de son temps, y compris lorsqu’il situe un film en 1929. Ce n’est certainement pas un hasard si le film cite par le biais de ce titre une pièce dans laquelle un acteur revient à la vie sous la forme d’une femme, désormais condamné à vivre dans la peau d’une femme…

Voilà, toutes ces raisons conduisent à l’inévitable conclusion : s’il manque parfois un peu de cœur, ce film est un spectacle, une comédie dont on ne se lasse pas, qui a bien mérité son statut de classique, et qui va asseoir une bonne fois pour toutes Wilder, qui pourra ensuite bénéficier de sa nouvelle collaboration avec Mirisch pour 7 autres films, avec lesquels il fera beaucoup de choses, pas toujours ce qu’il veut, mais au moins va-t-il pouvoir essayer. Je reprochais tout à l’heure à cette comédie parfaite de manquer un peu d’âme, ce n’est qu’une petite réserve. Du reste, le film suivant rattrapera de façon spectaculaire ce (petit) défaut.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie