Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 18:13

A Vienne, le Lieutenant Niki (Maurice Chevalier)est toujours prêt. Pour son empereur, bien sur, mais aussi pour les dames, qui se bousculent au portillon! C'en est au point où quand un de ses collègues (Charlie Ruggles) le consulte pour que Niki lui donne son avis sur une jeune violoniste, Franzi  (Claudette Colbert), c'est finalement Niki qui se retrouve au bras de la jeune femme. Il en néglige d'ailleurs bien vite toutes les autres. Jusqu'à un drame: lors de l'arrivée du Roi Adolph XV (George Barbier) d'un royaume quelconque, en compagnie de sa fille Anna (Miriam Hopkins), Niki qui n'a que Franzi dans son champ de vision sourit béatement, ce que la jeune femme pincée prend pour une moquerie. pour réparer ce qui menace de devenir un incident diplomatique, Niki se sacrifie et prétend avoir été sous le charme d'Anna...

Oui, Miriam Hopkins en jeune femme pincée... Ca surprend, mais elle le fait très bien. Le film est la troisième production parlante-et-chantante de Lubitsch pour la Paramount, et cette fois Jeanette McDonald n'est pas présente. Les deux actrices en vedette ne sont, ni l'une ni l'autre, des chanteuses, et ça s'entend... d'où une tendance à mettre les ritournelles en veilleuse. On ne s'en plaindra pas, après tout: ce n'est pas ce qu'on vient chercher dans un Lubitsch, enfin!

...Et c'est justement délicieux. L'histoire, on peut assez facilement le constater, pourrait largement déboucher sur de la mélancolie, car après tout il y est question de rang social, et de trois niveaux qui ne peuvent cohabiter: la Princesse, le lieutenant et la violoniste... Le lieutenant étant d'extraction noble, le mariage avec la princesse devient possible. Il peut en revanche facilement fricoter avec Franzi (Voire prendre des petits déjeuners avec elle) mais ne pourra l'épouser: elle le sait d'ailleurs très bien... Mais si le film nous raconte d'une certaine façon la prise au piège du séducteur, et le renvoi à l'égout de la jeune musicienne, il le fait avec le style si léger du Lubitsch "Viennois"... bien que ce dernier soit Berlinois! Et les scènes d'anthologie sont nombreuses...

Citons deux perles: la seule confrontation dans ce film entre Hopkins et Colbert est une merveille. Ce qui aurait du tourner au règlement de comptes (Aussi bien entre les personnages qu'entre les deux actrices, d'ailleurs) se résout en une merveilleuse séquence de complicité féminine. Et il en résultera une métamorphose de Anna, de vieille chrysalide en papillon flambant neuf, qui occasionne un grand moment de slapstick: Chevalier pouvait aussi, en fin, se taire!

Lubitsch cherchait la bonne formule à cette époque: ce film a été suivi d'une oeuvre ambitieuse et douloureuse, Broken Lullaby, puis d'une quatrième comédie musicale (One hour with you) reprenant la trame d'un de ses films muets (The marriage circle), et enfin d'un film qui reprend la même réflexion sur les différences de classe, à nouveau avec Miriam Hopkins: mais en compagnie de Herbert Marshall et de Kay Francis: dans Trouble in paradise, la comédie n'est plus musicale, et la mélancolie ne se cachera plus. Ici, c'est à peine si on y pense...

 

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code Ernst Lubitsch
13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 18:06

Ce film n'est pas une parodie, mais... une comédie postale! Une fois de plus le script est surtout un très très vague prétexte à déchaîner le feu du gag, et à dresser James Finlayson et Stan Laurel l'un contre l'autre... une fois de plus, les deux comédiens tiennent à peu près la même place dans ce court métrage, qui met Laurel, client de la poste (Qui en ces lointaines années  semble couvrir un nombre impressionnant d'activités!), et Finlayson qui est "inspecteur des postes". Son rôle semble être de s'assurer que les clients d'un bureau de poste peuvent sans trop de problème penser à timbrer leurs lettres, et que la morale soit sauve dans le rayon "photographie" du lieu...

C'est très léger, pas toujours fin, et Laurel et Finlayson finissent par se poursuivre dans les trieuses de courrier. A ma connaissance, c'est un cas unique de ce genre de situation dans l'histoire du cinéma, mais je ne suis pas infaillible.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 16:33

Pas besoin de trop y réfléchir: le titre de ce film nous dit assez clairement qu'il y sera question de sport... Plus précisément d'équitation. Laurel y est un jockey Anglais, la star de son employeur (James Finlayson). Pour participer à une compétition qui mettra le cheval Paprika aux prises avec Zeb, l'étoile montante du sport équestre, Donawho-Laurel doit s'entraîner, et se tenir à un régime très strict. Puis la deuxième bobine est consacrée à la course proprement dite...

Ce film est-il la parodie d'un genre, ou d'un film précis? Il m'est impossible de le dire, mais les autres films de la série de Stan Laurel Comedies produites par Roach en 1923 et 1924 sont généralement orientées vers une oeuvre. Probablement le film visé, n'a-t-il laissé aucune trace. Mais il y avait effectivement des films qui s'intéressaient à l'équitation: Ford, par exemple, en a tourné deux à la Fox (Kentucky pride et The Shamrock Handicap)... 

Il n'y a pas de quoi se relever la nuit, mais les fans de Stan Laurel retrouveront cet esprit farceur, ce refus de s'interdire un gag, même idiot, et cet esprit de corps dont fait preuve l'équipe du film, la même dans tous ces courts métrages: Finlayson, Rowe, la jeune Ena Gregory... Ils sont tous là. Et Zeb Vs Paprika possède un atout inattendu, probablement imprévu: à un moment, Laurel mis au régime malgré lui se déguise en marmiton pour pouvoir manger à sa guise. Il va donc se grimer, en se dessinant une moustache et... c'est troublant: il devient Chaplin. Même moustache, presque le même regard, et même propension à roter comme un malpropre quand il finit sa volaille. Quand il éclate de rire, il ne fait plus du tout illusion, mais... un reste de chez Karno? C'est en tout cas très troublant...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 09:48

L'heure est donc au jeu. mais de quel jeu s'agit-il? Essentiellement, plutôt que d'une quelconque activité ludique partagée par les personnages de cet étrange film, qui rassurez-vous ne s'ennuient jamais, je pense qu'il s'agit plutôt d'un contrat à passer entre le metteur en scène, et son spectateur: selon ledit contrat, le premier s'amuse à pousser le second à s'amuser avec son film... Ce qui requiert du travail, pour l'un comme pour l'autre. Et c'est là sans doute que d'une certaine façon, Tati a commis une erreur. S'il lui a été largement autorisé de prendre du plaisir à accomplir un film, méthodiquement, à travers trois années de tournage, le public, lui, ne s'y est absolument pas retrouvé. 

Le film n'a pas d'intrigue. C'est un fait, ce n'est en rien un reproche et a posteriori, je pense qu'il n'y en avait pas beaucoup non plus, ni dans Jour de fête, ni dans Mon oncle... Et qu'il n'y pas l'ombre d'une trame dans Les vacances de M. Hulot... Ici, tout dépend du décor, et Tati y place ses personnages. Jamais au hasard, cela dit, et le film obéit à une structure assez pensée, dans laquelle le chaos naîtra inévitablement, et pas que de la faute de M. Hulot: cette fois, tout le monde se rend coupable de destruction... D'ailleurs, une demi-douzaine de "faux-Hulots" sont cachés au hasard des pérégrinations du personnage et de ceux avec lesquels il entre en contact, ce qui ne leur facilite pas les choses! Les dialogues, comme d'habitude, n'ont aucune espèce d'importance, et d'ailleurs ils sont largement dominés par l'anglais, une langue que tant de Français n'étaient pas capables de comprendre ou de parler en 1967... ou cinquante ans plus tard. Un autre parti-pris de Tati est de doser les couleurs d'une façon rigoureuse et austère: dans un premier temps tout est gris, décors comme personnages. Puis ça et là, un flash de couleur s'invite, progressivement. A la fin du film, la couleur est beaucoup plus présente avec la reprise de la vie du petit matin Parisien.

L'aliénation dont M. Hulot était le témoin dans Mon oncle est à nouveau le sujet de ce film, qui prolonge la réflexion/méditation sur l'irruption de la modernité dans notre vieux monde. On se souvient de la fin de Mon oncle, qui voyait les faubourgs disparaître au profit d'un monde absurde et froid... C'est désormais, à en croire les séquences de Playtime, une affaire réglée: on ne quittera pas un univers de verre et de béton, que Tati a construit, et utilisé jusque dans ses moindres recoins dans ses séquences organisées de la façon suivante:

Le film commence par l'arrivée d'un groupe de touristes Américaines à l'aéroport d'Orly, qui se rendent ensuite en ville.

Puis on assiste à l'arrivée de M. Hulot dans un immeuble ultra-moderne, qui a un rendez-vous important, mais se perd dans le dédale. Il se retrouve à une exposition d'objets modernes... Exposition à laquelle arrivent elles aussi les Américaines.

Quittant l' exposition, Hulot croise un vieil ami qui l'invite à prendre un verre dans son appartement. Nous ne suivons pas Hulot, mais nous restons à la fenêtre: une grande baie vitrée nous permet de profiter du spectacle muet à l'intérieur de cet appartement, et de celui des voisins.

En sortant de l'appartement, Hulot croise un autre ami, qui travaille au restaurant Royal Garden, dont c'est justement la soirée d'inauguration. Hulot et le portier s'y rendent, les Américaines y dînent aussi... Le restaurant n'est pas prêt à fonctionner, et la soirée tourne au désastre.

Au petit matin, Hulot qui a rencontré une jeune et charmante touriste Américaine (Barbara Dennek), la voit partir vers l'aéroport, pendant que la vie Parisienne reprend ses droits: les voitures forment un étrange carrousel, puis le film se termine sur une vision des lumières d'Orly, dans la nuit.

Occasionnellement, par la magie d'une porte vitrée qui réfléchit comme ça, sans penser à mal, un reflet du Paris de toujours se retrouve brièvement à l'image, souligné par la musique: le Sacré coeur, la tour Eiffel, ou l'Arc de Triomphe ont ainsi droit à des "cameos" qui sous-tendent le propos de Tati, et qui rappellent l'opposition fondamentale entre classicisme/poésie et modernité, qui était le thème principal de Mon Oncle. Un autre message clair est placé dans son film par Tati, qui déroule son générique sur un beau ciel nuageux, et qui ne loupera pas une occasion d'ouvrir des portes vers le ciel, du début à la fin du film. Du reste, du point de vue des Américaines, on vient à Playtime par les airs...

La jeune femme, identifiée sous le nom de Barbara, est le seul personnage véritablement identifiée dans le groupe des Américaines. Comme d'habitude, Tati a distribué avec soin ses personnages à des acteurs qui ont des tâches extrêmement précises à accomplir, et c'est d'autant plus évident dans les séquences du restaurant... On peut citer le portier qui, avec la complicité involontaire de Hulot, a cassé une porte vitrée, et va malgré tout, le bouton de porte dans la main, faire son boulot toute la nuit, ouvrant une porte imaginaire pour tous les clients; il y a un videur aussi, à l'affût de tout comportement qui indique un excès de boisson; un garçon malchanceux déchire un à un tous ses vêtements à cause d'un mobilier trop agressif... Bref, Playtime, c'est la fête du petit détail, dans laquelle les comportements de uns et des autres sont dictés par le décor: ça a beaucoup joué pour le manque de succès du film, et c'est dommage. Notons que bien des gags se déroulent parfois à l'insu du spectateur, qui est ensuite guidé vers l'action en cours, prenant le train en marche. C'est comme la vie, quoi...

Et ça a ses limites; la séquence très élaborée des appartements-vitrines, par exemple, requiert une concentration, et une adhésion du spectateur, qui me semblent difficile à solliciter: à gauche, l'appartement de l'ami de Hulot dans lequel il vit avec sa famille (Tout le monde habillé de gris). ils vont regarder un match de boxe à la télévision... tout comme dans l'appartement de droite, organisé symétriquement. Mais Tati s'amuse, de temps à autre, à faire "réagir" les gens de droite à ce qui se passe dans l'appartement de gauche, alors que ces réactions sont plus certainement provoquées par l'émission sportive: ainsi, quand à droite un homme enlève sa chemise, à gauche les parents demandent à leur fille de sortir de la pièce. Puis quand c'est au tour du monsieur de gauche de se déshabiller, la voisine de droite s'enfonce dans son fauteuil, et regarde avec intérêt... Toute la séquence est un dispositif savant, gonflé, mais lourd à mettre en route, et qui tend à prendre beaucoup trop de place, pour finalement pas grand chose...

Mais dans l'ensemble, le film est un objet fascinant, unique en son genre, et on ne dira même pas qu'il est en avance sur son temps: cinquante ans après, Playtime n'a pas vraiment de descendance! Il est pourtant la suite logique de Mon oncle, le deuxième film d'une trilogie qu'on oserait presque qualifier d'inachevée tant le troisième film (Trafic) me paraît décevant. Une vision de la modernité dans ce qu'elle a de plus embarrassant, absurde, déshumanisé, mais aussi rigolote, poétique, et pour qui voudra prendre le temps d'observer, riche en options. J'insiste là-dessus: on ne peut pas imposer la vision de Playtime, c'est un film qu'il faut vouloir voir.

 

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 16:51

Ce film qui date de la dernière année du muet n'est peut-être pas le joyau de la couronne des années 20, mais il est quand même valable à plus d'un titre: d'une part, cette petite comédie sans prétention est l'un des deniers films majeurs (Studio important, star notable) à avoir été retrouvé, sachant que ce genre de découverte sera désormais très rare compte tenu de l'utilisation de pellicule "nitrate". Ensuite, la Warner, désormais propriétaire du film, a mis des moyens conséquents dans la restauration, ce qui est une excellente nouvelle; enfin, il y a Colleen Moore, dans un rôle qui n'est plus de son âge, mais on s'en fout: elle est une 'flapper' qui tombe amoureuse de son patron, et celui-ci, interprété par Neil Hamilton, la met à l'épreuve car il doute de sa moralité.

Colleen Moore peut ainsi s'en donner à coeur joie et passer d'une émotion à l'autre avec une virtuosité qui laissera pantois, et comme elle est, rappelons-le, une ancienne danseuse, elle joue de son corps avec une aisance peu commune y compris à l'époque du muet. Elle a un rôle qui la rapproche beaucoup de Clara Bow qui avait triomphé dans un personnage assez proche (It, Clarence Badger, 1927), mais on peut aussi penser à la jeunesse dorée incarnée par Joan Crawford dans Our dancing daughters en 1928... Seiter n'est pas Lubitsch, mais il fait bien son boulot, et la splendide copie est une autre bonne nouvelle. Le film est typique de l'approche du cinéma Américain dans ces années du "jazz age": on montre la jeunesse, tout en lui donnant une leçon de savoir-vivre. Notons que le père du héros, sensé incarner la docte sagesse, s'avère finalement un peu plus sensé que son fils... Mais un peu trop pragmatique pourtant! Prenant acte du fait que son fils fricote avec une employée de son magason, il la licencie sur le champ...

"Jazz age": ça mérite peut être un rappe en forme d'explication: en ces années 20, faites de contradictions, d'une part des pères-la-pudeur ont eu la peau de l'alcool et d'autre part la débauche est devenue un sport national. C'était le rôle des stars, Clara Bow, Joan Crawford ou Colleen Moore, d'incarner un juste milieu: des filles qui aiment faire la fête, mais sans pour autant s'abîmer dans la luxure: c'est tout le sujet de ce film, justement...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1929 Colleen Moore
10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 09:08

Un scénario tout simple, pour un film de grande qualité, qui permet de transformer une promenade en ville en une course poursuite délicatement surréaliste: le point de départ est simple, emprunt de ce talent particulier qu'avaient les équipes des studios Roach pour montrer la vraie vie de l'homo Californicus, dans son milieu naturel, dans les années 20... Laurel est donc le client d'un tramway qui est angoissé: il ne connaît pas le trajet et ne sait pas quelle correspondance prendre. Le contrôleur lui conseille de suivre une jeune femme (Katherine Grant) qui a prévu le même itinéraire...

Et voilà, le tour est joué! Pour le reste, la jeune femme musarde en chemin: elle se rend dans un grand magasin, y téléphone, et à chaque détour, non seulement laurel menace de se perdre, mais en plus le fait qu'il la suive avec insistance devient de pus en plus louche. Et pour couronner le tout, il est désormais suivi par... le détective du magasin (James Finlayson).

Le film a été tourné en toute liberté, les scènes d'extérieurs ont été filmées sur le remblai de Venice Beach, et certaines scènes d'intérieurs (La magasin, et son rayon des tissus) ont certainement profité des décors de Safety last dont le tournage était contemporain...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 16:39

Le générique, surprenant, donne le ton: il a été tourné d'une façon novatrice, par un Tati décidé dès le départ à faire contraster deux mondes... Des panneaux plantés sur un chantier, au lieu d'indiquer les immeubles et entreprises en devenir, annonce le rôle de tout un chacun dans la production. Et pour finir, un plan d'un faubourg un poil suranné nous donne, enfin, le titre du film: Mon Oncle est écrit à la craie, en lettres liées, sur un mur...

Le ton est donné, et on ne sortira plus de cette dichotomie, de ce passage d'un monde vieillot mais poétique (Hulot, les vieux quartiers dont les magasins poussiéreux ferment les uns après les autres), à un monde tourné vers l'avenir, l'efficacité et l'optimisation, totalement déshumanisé et mécanisé, froid et moche (Les Arpel, l'usine, et les maisons "futuristes" au design complètement idiot...). M. Hulot a beau être le frère de Mme Arpel, son beau-frère Charles ne le porte pas dans son coeur: il est si désordonné, au lieu d'être un exemple pour son neveu, le petit Gérard. Pourtant, le gosse adore son oncle et ne s'amuse que quand il passe du temps avec lui... Allez comprendre!

Ce qui tient lieu d'intrigue au film c'est que les Arpel tendent la main à Hulot: ils souhaitent lui permettre d'avoir une situation, à l'usine où travaille Charles Arpel: c'est un homme important, il y est sous-directeur! Et Mme Arpel souhaite aussi placer son frère avec la voisine, une femme seule, mais si chic! Et durant tout ce temps, le célibataire distrait peut se rendre utile et passer du temps avec Gérard...

Et puis c'est tout: Tati n'a pas besoin de grand chose de plus... Et ce prétexte lui permet de se lâcher sur une vision corrosive et mordante du monde en devenir, celui de la banlieue de la fin des années 50. On sait tout de suite où son coeur le porte, du reste: il est Hulot, et il amis une charmante jeune fille dans le petit monde où vit "mon oncle" au début du film, qui grandit, pleine de promesses, avant la fin du film...

Le metteur en scène s'amuse beaucoup à régler des ballets dans l'espace urbain, banlieusard, dans les bureaux froids et les jardins tellement bizarres qu'ils en deviennent surréalistes: comme d'habitude, ce film requiert un effort particulier, il faut se laisser glisser confortablement dans chaque plan et se laisser surprendre, en regardant là où Tati nous dit de regarder. des fois ça fonctionne mieux que d'autres mais le regard de Tati n'est finalement pas si éloigné de celui d'un Chaplin, d'un Langdon ou d'un Keaton... 

S'il est parfois méchant avec les lieux, les habitations, les objets et les mécaniques, il ne se départit jamais d'une certaine tendresse envers les gens. Ceux qu'il maltraite ont droit au moins au bénéfice du doute: Mme Arpel est après tout bien intentionnée, et elle souffre d'une double aliénation: prisonnière de son statut de mère au foyer et dépendante de tous les objets idiots dont elle s'entoure: à un moment, elle disparaît littéralement! Mais même le très conservateur M. Arpel a droit à une certaine forme de rédemption, à la fin du film, de la part de son fils...

Par contre, pour le monde qu'il nous dépeint, Tati est sans pitié: son personnage est exilé "en province", et doit abandonner son quartier si pittoresque (et les promesses de la jolie voisine), et les démolisseurs sont déjà là. Pour construire des grands ensembles, je suppose... Qu'on l'aime (Parce qu'on s'est laissé piéger par son rythme indolent et l'acuité de son regard) ou qu'on ne l'aime pas (parce que son rythme est quand même bien particulier et les parti-pris de Tati sur le son le placeraient presque dans l'avant-garde en ces cotonneuses années 50), il faut bien reconnaître que Tati, hélas, était un visionnaire.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 09:15

Les Townsend sont un couple heureux, John (Adolphe Menjou) a plus que réussi, et son épouse Carol (Genevieve Tobin) est très heureuse... même si de plus en plus elle constate qu'ils sont "techniquement mariés" , sans plus: comme elle le dit elle-même, le lit double est devenu deux lits jumeaux, puis dernièrement deux chambres. Elle se dit que ça doit être sa santé et consulte en secret un docteur, ami du couple. Celui-ci lui révèle involontairement que John lui ment: il prétend faire du polo, beaucoup de polo, on ne l'a jamais vu au club...

Eric Schulteis (Edward Everett Horton) est un magnat de la sardine, il est célibataire... c'est le meilleur ami de John depuis toujours, mais il est aussi amoureux fou de Carol. Il ne s'en cache d'ailleurs pas... Celle-ci va l'utiliser pour fouiller un peu dans la vie de son mari.

Et justement, Carol découvre que les secrets de John cachent une aventure avec Charlotte (Mary Astor), sa meileure amie...

Ce petit scénario boulevardier est divisé en deux parties d'environ une demi-heure chacune: j'avoue un faible pour la première dans laquelle Genevieve Tobin mène l'enquête, et son mari par le bout du nez: elle a une verve rare, et il est dommage qu'elle n'ait pas été plus employée pour ses qualités de comédienne. Mais la deuxième partie, plus enlevée, et plus traditionnelle (Portes qui claquent, quiproquos, confrontation...) a ses qualités aussi. Disons qu'elle est plus rythmée, mais que tout y rentre dans l'ordre d'une façon si propre...

Quoi qu'il en soit, on passe du bon temps: vous avez la liste des quatre principaux acteurs plus haut. Ajoutons-y pour faire bonne mesure Guy Kibee et Hugh Herbert: la Warner dans toute sa splendeur...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 08:57

En France, on ne sait plus comment vendre un film... A plus forte raison une comédie. Ce film au demeurant pétri de qualités est aujourd'hui vendu comme, je cite, une comédie hilarante, et une bande-annonce le fait passer comme une comédie sentimentale à l'Américaine... Rien à voir pourtant.

Victoria (Virginie Efira) est avocate, mère de deux charmantes filles dont elle ne s'occupe pas vraiment: elle n'a pas le temps. Comme elle ne sait plus trop où elle va, elle consulte des magnétiseurs, voyantes et autres psys, afin de mettre de l'ordre dans sa vie... et son ex-compagnon, un écrivain, lui taille un costard dans une publication à succès sur un blog. Comme si tout ça n'était pas suffisant, deux nouveautés lui tombent dessus lorsqu'elle se rend au mariage d'une amie: d'une part, l'un de ses meilleurs amis (Melvil Poupaud) est soupçonné par sa compagne d'une tentative de meurtre, en pleine confusion du mariage (Vous savez, ces cérémonies déplaisantes où tout le monde consomme des quantités impressionnantes de breuvages inutiles et qui rendent complètement con); d'autre part Sam (Vincent Lacoste), un ancien client qui se trouve être à la même fiesta, sollicite une aide de sa part, et elle l'engage comme jeune homme au pair...

A partir du moment où Sam entre dans la vie de Victoria, on n'attend plus que l'inévitable rapprochement entre les deux. Il viendra bien, mais tardivement, et ce ne sera pas le feu d'artifice qu'on attendrait normalement... Justine Triet l'a bien dit, elle a choisi une approche de comédie, mais elle est partie d'une situation de drame, plus que d'autre chose: son film nous parle de l'aliénation d'une femme qui travaille. Et Virginie Efira cumule les casquettes: mauvaise mère, accro aux médicaments (ce qu'une voyante lui fait remarquer avec insistance), plus aussi pointue dans son boulot d'avocate qu'elle aurait pu l'être, et sentimentale au mauvais moment: elle ne souhaite pas défendre son ami accusé de meurtre parce qu'il ne va lui apporter que des ennuis, mais elle n'arrive pas à lui dire non.

Bref, tout ça sonne dangereusement comme un de films français blêmes dans lesquels les gens s'engueulent à tour de bras en jetant les assiettes et en se lançant des "putains" et des "merdes", n'est-ce-pas, ça fait tellement vrai? bref, un film français! Mais Vincent Lacoste, avec son éternelle adolescence, est jeté là-dedans, comme un lutin, et ça change tout... Pour le meilleur: d'une certaine manière sa seule présence rend le film intéressant... Donc, "hilarant", non. "Déjanté", cet ignoble adjectif qui ne veut plus rien dire, encore moins. Mais ça en vaut la peine...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie
8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 16:52

James Finlayson est un vieil homme, aisé et fort bien logé, le Baron Buttontop... mais il a un regret: celui d'avoir chassé sa fille qui avait fugué en compagnie d'un goujat et bien sur celui-ci l'avait laissée enceinte... Il fait rechercher la mère et l'enfant (Stan Laurel), qui a maintenant 25 ans, et est un conducteur de calèche. Et en dépit d'une certaine aversion pour le gamin (Qui, il est vrai, n'a pas inventé l'eau chaude), il va se débrouiller pour le faire se marier avec un beau parti, miss Flavia de Lorgnette (Mae Laurel), qui pour reprendre un intertitre, dispose de trois bonnes raisons pour qu'on l'épouse: elle vaut trois millions de dollars...

Bien sur, tous ces films parodiques mettant Stan Laurel aux prises avec James Finlayson, ridiculisant du même coup les genres cinématographiques en vogue en en extrapolant tous les poncifs, finissent par revenir au même... Mais il y a là-dedans une joie enfantine de tout casser sans trop réfléchir, en ne se prenant jamais au sérieux, et une véritable recherche qui passerait inaperçue, si tous ces films n'avaient pas un jour débouché sur une oeuvre comique parée de la plus grande des richesses, et d'une rigueur à toute épreuve...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy