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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 15:55

Laura Seton (Mary Astor) va se marier avec Johnny Case (Robert Ames). Elle est une jeune héritière, qui vit dans une gigantesque demeure, où toute la famille est installée: le père (un magnat à succès de la finance), et ses trois enfants. Outre Laura, il y a aussi Linda (Ann Harding) et Ned (William Holden, mais pas le même!). Autant Laura est à l'image de son père, hautaine et coincée (elle croit dur comme fer qu'elle va posséder son mari, et que se marier avec lui va le hausser à son niveau à elle), autant Ned, qui aurait du mal à cacher son alcoolisme, et Linda sont humains et pétris de fantaisie. Du reste, Linda ne perd pas de temps avant de constater qu'elle en pince sérieusement pour Johnny, qui de son côté a du mal à accepter la façon dont les deux Seton qui mènent tout le monde par le bout du nez, semblent s'occuper de son avenir sans lui demander son avis...

C'était une pièce à succès, dont l'adaptation la plus célèbre n'est pas ce film: il s'agit de l'adaptation par George Cukor, en 1938, réalisée pour la Columbia (ici, c'est un film tardif réalisé pour Pathé peu de temps avant que sa branche Aéricaine ne périclite). On s'attendrait à ce que Edward Griffith se contente de filmer platement les scènes, il n'en fait rien, anticipant parfois le cinéma d'un Capra avec l'utilisation de caméras multiples pour permettre aux acteurs de continuer à délivrer un texte comme au théâtre, tout en rendant possible un montage plus élaboré: un bon point, donc... Pour le reste, on voit venir l'idylle entre Hardin et Ames avec une bonne demi-heure d'avance, et Griffith donne à Mary Astor la scène inévitable de ces années pré-code, à savoir une séquence en déshabillé vaporeux...

Soyons indulgents envers un film qui a manifestement survécu contre vents et marées, et qui montre souvent des signes de décomposition qui ne trompent pas... Sans compter que le film bénéficie du jeu étrange mais toujours inspiré de Ann Harding, injustement oubliée (mais pas de tout le monde!), et s'illumine lorsque apparaît le grand Edward Everett Horton; justement, c'est le seul acteur présent dans les deux versions, et dans le même rôle par-dessus le marché! 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 09:35

Nouvelle-Angleterre, vers 1900: une petite officine de pompes funèbres est en train de sérieusement péricliter, au point que les deux personnes qui y travaillent économisent les cercueils: ils en ont un, et à la fin de chaque service de funérailles ils retirent le cadavre, l'enterrent et amènent la boîte ) la maison. Pour Waldo Trunmbull (Vincent Price), le patron de l'entreprise, il faut trouver une idée, d'autant que le propriétaire (Basil Rathbone) de la maison occupée par l'entreprise réclame des loyers impayés. L'idée viendra fatalement à Trumbull: puisque les temps son durs, il décide, avec son employé le fidèle Gillie (Peter Lorre) de provoquer la mort de ses futurs clients plutôt que de l'attendre...

D'emblée, forcément, on est intrigué par le casting hallucinant: ajoutons pour faire bonne mesure le fait que le beau-père de Trumbull est joué par Boris Karloff, et on comprendra pourquoi le film intrigue touts ceux qui en ont entendu parler sans le voir... Mais la vérité est plus prosaïque: en 1963, tout ce petit monde est au bout du rouleau, sauf peut-être Price qui assume avec un certain aplomb les rôles gothiques qu'on lui confie chez Roger Corman. Lorre est lessivé, Karloff est au bout de ses capacités physiques (et ça se voit) et Rathbone n'est plus que l'ombre de ce flamboyant moustachu qui affrontait Erroll Flynn en duel... Et Tourneur tourne son avant-dernier long métrage pour le cinéma...

Etait-il d'ailleurs le meilleur pour tourner ce film? Il est arrivé sur le projet à la demande de Richard Matheson, le scénariste, qui n'a pas tari d'éloges sur lui. Mais il n'est pas à l'aise, d'autant que s'il savait presque tout faire, la comédie n'est pas vraiment son rayon... Et ça se voit. Ces aventures comiques saupoudrées d'humour conjugal de mauvais goût (Waldo Trumbull est marié à la fille de son vieil associé et se comporte de façon odieuse avec elle, qui de son côté porte des décolletés dangereux qui affolent Gillie), de cascades en accéléré où Lorre est systématiquement remplacé par un cascadeur qui porte un masque de Peter Lorre(!) et qui n'a pas la même corpulence, et on finit par se ire que le meilleur du film est représenté par ce chat, Rhubarb, qui se déplace de scène en scène, comme un clin d'oeil à la carrière plus prestigieuse de Tourneur...

Au moins le film s'emballe-t-il lorsqu'une sous-intrigue se met en place: Rathbone, qu'on a décidé de supprimer bien entendu, souffre de catalepsie, et va semer le chaos sur son passage rien qu'en étant APPAREMMENT mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tourneur
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 12:03

Dans une petite ville de Californie, Woodboro, une série de meurtres sordides se déroule, liés semble-t-il à une jeune étudiante, Sidney (Neve Campbell) qui a déjà souffert l'année passée des suites du meurtre de sa mère, une affaire dans laquelle un suspect a été arrêté, mais il clame son innocence. Lors des événements, les étudiants libérés par les dirigeants de l'université qui craint la poursuite des meurtres sur le campus, se déchaînent, et... les meurtres s'enchaînent.

Il y a un malentendu persistant sur ce film, dont il est vrai qu'il a d'une part relancé d'une façon spectaculaire tout un genre (le "slasher movie") qui était auparavant voué aux salles de cinéma confidentielles et à la vidéo, mais qui après la sortie de Scream, joue dans la cour des grands. Et pourtant, il me semble impossible de confondre voire comparer ce film avec Seven par exemple...

C'est que Scream est d'abord une parodie, ou plutôt un pastiche, qui s'appuie sur les codes du genre en permanence pour mieux effectuer un commentaire éclairé. Donc le cinéma, et en particulier d'horreur, est omniprésent dans la vie des ces jeunes, qui citent les films comme ils respirent. Le cinéma est aussi partout dans la structure de ce film, qui s'amuse à parfois faire rimer les scènes des films vues sur des écrans par les protagonistes, les conversations des uns et des autres, et les scènes vécues par les personnages... L'interprétation est souvent inspirée, avec quelques excès: Matthew Lillard en particulier en fait sans doute environ 15 fois trop!

Et puis si le film a été souvent pris au premier degré par de nombreux fans, ce qui est affligeant, on peut aussi souligner qu'à bien des égards, Scream ne peut qu'appartenir à une ère qui précède le 11 septembre 2001 et sa redistribution des cartes. La façon dont il présente le bain de sang, le meurtre et les accumulations de morts violentes dans sa progression date, en effet, d'une autre époque... Quoi qu'il en soit, c'est à la fois un film extrêmement intelligent dans sa conception, et une belle évocation du cinéma à travers un genre si spécifique, tout en proposant comme le font souvent ces films, une intéressante vision de l'horreur de devenir adulte, pour le personnage de Sidney Prescott interprété par Neve campbell.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Horreur Boo!
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 11:42

Un Anglais comme vous et moi (Martin Freeman) apprend le même jour que sa maison ET sa planète vont être détruits: son foyer par la construction d'une autoroute, et sa planète par des aliens très procéduriers, les Vogons. Il est sauvé par un ami alien (Mos Def) qui lui enseigne les rudiments de l'auto-stop dans la Galaxie, et le voilà condamné à errer de planète en vaisseau spatial, flanqué d'une petite amie au tempérament volage (Zooey Deschanel), d'un Président Galactique au cerveau littéralement fendu (Sam Rockwell) et d'un robot paranoïaque et hypochondriaque (Alan Rickman), à la recherche de... de quoi, au fait?

Réputé (à juste titre) inadaptable, le livre de Douglas Adams a pourtant fait l'objet de plusieurs adaptations: outre ce film, il y a eu une série Anglaise et des adaptations théâtrales: normal, c'est une véritable institution... L'esprit du livre (j'évite de parler d'un roman, ici, car c'est un récit qui se torpille en permanence) est résolument basé sur un absurde éclairé et même vaguement logique, qui obéit aux non-lois du non sens. Et c'est là qu'en dépit d'efforts réels, le film souffre d'une loi économique: co-financé par les Américains, il subit, au moins partiellement une mise à plat qui le rend un peu fade. D'autant que c'est Touchstone, donc Disney...

Donc le film semble jouer sur deux niveaux, d'un côté le comique absurde basé sur une certaine poésie d'invention, et une vision satirique de la société Britannique, avec les Vogons en parfaite représentation de l'Homo Britannicus Fonctionarium, et Martin Freeman parfait en victime toute désignée des événements; de l'autre, une intrigue qui n'en finit pas d'essayer de se structurer de façon raisonnable. Les numéros d'acteurs sont souvent brillants, avec une mention spéciale pour l'androïde paranoïaque (pour reprendre les mots appropriés de Thom Yorke) interprété par la voix d'Alan Rickman.

Donc, le film reste un aimable divertissement, à savourer en famille et avec un tube d'aspirine pour les réfractaires à l'absurde.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Comédie
2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 10:44

Miles Kendig (Walter Matthau) est un vieux routard de la CIA, le genre efficace et sans complexes... Un pur, aussi, qui accomplit les missions, mais ne s'occupe pas de politique. Mais un jour, un supérieur vient lui chercher des ennuis pour une initiative qu'il n'a pas pris, et Miles décide, sur le champ, de donner sa démission... Mais il ne va pas s'arrêter là, et donne à l'arrêt de sa carrière un tournant spectaculaire, corrosif, explosif et souvent très rigolo...

Hopscotch, c'est la marelle, et c'est donc un jeu: c'est exactement ce que va faire Miles Kendig, un jeu dans lequel il va exposer avec une certaine maestria la bêtise de celui qui l'a disgracié... Et il va effectivement, durant tout le film et en ne comptant que sur la distante complicité d'une petite amie (Glenda Jackson) qui elle aussi a quitté le sérail, s'amuser avec ses anciens petits camarades, en écrivant puis en rendant publiques les pages incendiaires de ses mémoires, qui sont comme on l'imagine rudement compromettantes pour l'agence Américaine... 

Donc, Walter Matthau en vieil espion malicieux, forcément ça donne envie. Qu'il se livre en prime à un jeu de massacre dans lequel personne ne meurt et qui est guidé par sa seule espièglerie, ça donne au film un angle intéressant... Et au final, la mise en scène de Ronald Neame, bien évidemment assujettie d'une part aux caprices élaborés de sa star, et aux mésaventures des pauvres victimes de son humour, est d'une grande précision, d'un rythme remarquablement soutenu, et toute en rimes savamment orchestrées d'une scène à l'autre. Et au-delà du plaisir qu'il procure, ce film me paraît être une parfaite introduction aux "valeurs" des années 80, dont le très méprisable Myerson (Ned Beatty), la principale cible de Kendig, est de toute évidence l'incarnation ultime: conservatisme, technocratie hautaine, inculture et petitesse. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 17:44

Après deux films à message, Lang persiste et signe, une dernière fois, dans une relative indépendance. You and me, moins apprécié que Fury et relativement peu montré, est un étrange film dans sa filmographie, mais après tout, pas plus que, au hasard, Hangmen also die ou Cloak and dagger... Une expérience, en quelque sorte, dans laquelle il poursuit son exploration de la notion de culpabilité et de l'implacabilité du destin, dans un cadre fortement inattendu pour lui: la comédie!

Joe (George Raft) et Helen (Sylvia Sidney) travaillent tous les deux dans le grand magasin de M. Morris. Ce dernier s'est fait une spécialité d'ouvrir les portes de son établissement à tous les repris de justice, ex-taulards et brebis égarées qu'il a pu trouver, et la plupart d'entre eux lui sont reconnaissants. Mais tous ne savent pas forcément qu'absolument tous les employés ont un casier judiciaire, et de fait Joe, s'il n'a pas caché la vérité à Helen (il fut un redoutable braqueur de banques), ignore que cette dernière a un casier, et qu'elle doit encore voir son officier de probation toutes les semaines... Quand ils se marient, elle n'ose toujours pas lui dire. Pendant ce temps, un malfrat rode autour du magasin, et essaie de monter tous les anciens prisonniers contre leur patron. Joe résiste, mais jusqu'à quand?

C'est un sujet formidable, mais aussi propice à monter un drame édifiant, qu'une comédie légère. De façon étonnante, c'est cette dernière option que Lang a prise, en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour que le drame "conjugal" prenne le plus de place possible. Si George Raft est surtout sobre dans ce rôle inattendu (il n'a jamais eu la réputation d'être un acteur surdoué), il est au moins parfaitement convenable, et même touchant face à la grande Sylvia Sidney. Pour une fois, celle-ci qui tournait pour la troisième fois consécutive, et la dernière hélas, pour Lang, est dès le départ de l'autre côté de la barrière de la loi, et on n'est pas près d'oublier la scène fabuleuse qui la montre expliquer à un tableau noir, craie en pogne, à huit truands endurcis l'exact pourcentage de misère auquel ils auront droit une fois le partage effectué à l'avantage du commanditaire d'un casse! Et l'actrice, qui avait de la répartie, est intégralement crédible aussi bien en épouse inquiète du lendemain, qu'en criminelle endurcie qui se rappelle le bon vieux temps, sans jamais se placer du mauvais côté du Code Hays... Du grand art, quoi.

Mais une fois gratté le vernis de la comédie, le film offre une fois de plus une réflexion sur le bien-fondé du crime, non pas d'un point de vue moral, mais bien d'un côté pratique. C'est inattendu, mais cela n'empêche pas Lang d'avoir doté ses personnages d'un code éthique réel. A ce titre, c'est le principal moteur de l'action et la source des retournements de situation... Comédie oblige, ceux-ci sont généralement un brin trop roses, et certainement bien trop optimistes pour Lang...

Mais celui-ci a su signer ce film d'une autre façon, en confiant de façon étrange à Kurt Weill la bande originale. Celui-ci, probablement sous l'influence du metteur en scène, a donc non seulement signé la musique, mais il a aussi fourni deux chansons "en situation", à la manière de Brecht! Une scène éminemment théâtrale reprend le style du dramaturge Allemand en mettant en scène, lors d'une réunion nostalgique d'anciens truands, les impressions que le destin judiciaires leur inspirent...

Voilà qui fait effectivement un curieux mélange, mais en dépit de ces bizarreries, le film conserve un caractère très proche des thèmes de Lang, de son humanité profonde, et de son obsession de la culpabilité personnelle, qui nous aide à comprendre, non seulement que Joe en veuille à Helen de dissimuler son passé, mais aussi et surtout que celle-ci souhaite s'en affranchir en le cachant. Et comment ne pas se souvenir de M en voyant ces rendez-vous secrets de la pègre? Si ce n'est pas le meilleur film de Lang, il a au moins le mérite, convenons-en, de provoquer la réflexion!

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir Comédie
1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 09:41

Yorgos Lanthimos ne fait rien comme tout le monde, décidément. Après avoir proposé des radiographies méchantes de familles dysfonctionnelles (on ne souvient en particulier de Dogtooth et de son atmosphère hallucinante de huis-clos glaçant) il continue dans cette voie en s'intéressant à une sorte de triangle amoureux historique, et à la lutte de pouvoir qui s'y déroule... Il s'appuie sur les personnages de la Reine Anne et de sa confidente, la belle Sarah Marlborough, épouse d'un ministre d'une part, mais aussi et surtout, nous dit le film, première ministre officieuse... vers le mieu du règne de la monarque, une jeune servante, Abigail Hill, a commencé en effet à supplanter la belle aristocrate dans les faveurs de la Reine.

Anne (Olivia Colman) est essentiellement une Reine détachée des affaires, trop préoccupée de ses lubies et de ses soucis grandissants de santé. Sarah (Rachel Weisz) tient donc fermement les rênes du pouvoir, sans que quiconque (pas même Lord Godolphin, premier ministre en titre) ne songe s'en émouvoir ou s'en offusquer. C'est qu'elle a une guerre à accomplir! Pendant ce temps, l'opposition Tory menée par lord Harley (Nicolas Hoult) essaie de trouver un angle pour affaiblir le pouvoir. C'est à peu près à ce moment qu'arrive Abigail Hill (Emma Stone), noble tombée en disgrâce, venue trouver un travail de servante auprès de la Reine. Mal accueillie, vite soucieuse de se venger de l'attitude hautaine de Sarah, Abigail a trois atouts: une sexualité peu regardante, une réactivité impressionnante et surtout, elle connait un secret d'état qui peut l'amener loin, très loin: elle sait tout de l'amitié réelle de la reine et de Sarah...

Traité comme une comédie grinçante, le film nous entraîne avec brio dans les arcanes du pouvoir, en se concentrant le plus souvent sur les chicaneries et les escarmouches, en mélangeant au fur et à mesure de chapitres, les points de vue: certains chapitres en effet penchent du côté de Sarah, d'autres d'Abigail... La personnalité presque monstrueusement excentrique de la Reine (Olivia Colman joue le rôle constamment au bord de la caricature), constamment hors-jeu, joue beaucoup à installer un malaise pathétique au lieu de forcer vers la caricature. Mais c'est la confrontation entre les deux autres femmes qui est le plus passionnant du film...

Lanthimos utilise à merveille les décors luxueux de Hatfield House et des angles distordus par des lentilles extravagantes. L'idée souligne justement l'idée d'un point de vue extérieur, tout en nous invitant à prendre le film comme ce qu'il est: une distorsion de la réalité historique, dans laquelle les anecdotes ont été retravaillées. Et il choisit une position de caméra souvent basse justement, afin d'accentuer l'impression du spectateur d'assister à une série d'événements auxquels il n'aurait pas du être convié. Bref le film choisit une voie constamment éloignée de l'académisme en vogue dans ce genre de reconstitution historique. Et les acteurs et actrices s'amusent d'un dialogue d'une méchanceté sans égale...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yorgos Lanthimos
27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 16:40

Donc, Marion Davies ne voulait pas jouer dans des tragédies, surtout pas, et William Randolph Hearst ne voulait pas qu'elle interprète des comédies... Je ne sais pas de quoi ils pouvaient vraiment parler à San Simeon, quand le couple en venait à aborder les productions Cosmopolitan! Mais ils ont fini par trouver un terrain d'entente, puisque en 1922, When Knighthood was in flower était bien un film historique traité avec sérieux, dans lequel l'actrice injectait une solide dose de dérision! Le cas de ce film tourné l'année suivante par le vétéran Sidney Olcott, est encore plus flagrant: il montre que les compromis entre la star et son producteur-éditeur finissent par pencher définitivement en faveur de Marion... Tant mieux.

Au début du XIXe siècle, on nous présente la faune dorée de New York, un certain nombre de personnages d'ailleurs authentiques qui font la pluie et le beau temps à New York: l'ingénieur Robert Fulton, l'écrivain Washington Irving, ou le financier multi-tâches John Jacob Astor; c'est dans le cercle de ces éminences que l'on annonce le décès d'un ancien immigrant Irlandais, O'Day, dont le testament promet à son beau-fils le jeune et ambitieux Larry Delavan (Harrison Ford) une fortune. Sauf que ce n'est pas le cas: le défunt lègue en effet sa fortune à un neveu éloigné, Patrick. A charge pour Delavan de devenir le tuteur du jeune homme, s'il vient: car il vit en Irlande, auprès de son père et de sa jeune soeur: celle-ci, Patricia, est aussi flamboyante que ses origines le lui permettent! Mais Patrick est malade, et la famille O'Day, par-dessus le marché, est expulsée de son logement. 

Moins d'un mois plus tard, "Patrick" arrive en compagnie de son père qui a mal vécu le voyage jusqu'à New York, et est très malade. Sauf que ce n'est évidemment pas Patrick, mais Patricia...

C'est une très belle surprise: un film très soigné, dans lequel l'équipe trouve dans l'évocation d'un New York disparu et mythique (et sérieusement en contact avec le progrès et le raffinement, via toute l'intelligentsia réunie dans les beaux quartiers) une source de plaisir constant, une légèreté et un plaisir de narration, auquel Marion Davies n'est absolument pas étrangère. Il est évident qu'elle a mené toute cette production à la baguette et c'est une réussite. Par ailleurs, non seulement elle joue la comédie du déguisement à fond, sans faute, mais en prime, elle paie de sa personne. Et sous son influence, le film qui aurait pu être un mélo ou un drame pesant, se mue en comédie.

Le film se joue aussi d'un défaut qui aurait pu déstabiliser le spectateur: il y a une ellipse, au moment de l'arrivée de "Pat" à New York, la production nous prive de réelle explication quant à la substitution de Patricia en Patrick. Cette explication viendra dans le final, et c'est assez adroit. Le fait d'avoir vu le jeune homme mal en point en Irlande, du reste, suffit à nous éclairer, et le choix de traiter le voyage, dans tout son pathos, en flash-back, sert le film puisqu'il permet d'utiliser l'effet de surprise. Quant à Marion Davies en jeune garçon, on ne s'étonnera guère du fait que celle qui allait quelques années plus tard (en 1928) si bien croquer les actrices de premier plan du muet dans le génial The Patsy, puisse s'en tirer avec les honneurs.

La réalisation d'Olcott est constamment fonctionnelle; bien sûr, il ne faut pas s'attendre à des passages complexes, des expériences novatrices, mais le metteur en scène a su parfaitement placer son point de vue et demander à ses acteurs (parmi lesquels on reconnaîtra le "jeune" Louis Wolheim dans un superbe rôle de brute) le meilleur. Il a bien su maîtriser les foules dans l'évocation d'un New York nocturne et qui s'encanaille, et a insufflé une solide dose d'Irlande dans le film. L'interprétation est retenue et inspirée... Et les décors adroits combinés avec une mise en scène délicieusement à l'ancienne jouent aussi beaucoup pour la réussite du film: pas de surprises, c'est devenu un énorme succès. Largement mérité.

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 Marion Davies Muet Comédie Sidney Olcott
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 15:13

Le film commence sans ambiguité par un carton qui nous indique qu'il a été approuvé par le "motion picture code administration", qui depuis quelques mois régissait le monde des studios. C'est donc un film "post-code" plutôt qu'autre chose, mais c'est aussi et surtout une sympathique comédie bien dans la manière des productions WB/First National de l'époque, marquée par l'interprétation d'un certain nombre des acteurs qui ont fait les beaux jours de la période pré-code...

Spot Cash Cutler (Pat O'Brien) est un petit escroc, disons, légal: dans un magasin de la populaire deuxième avenue de New York, il attire le chaland en baratinant, et en promettant monts et merveilles à des gogos qui sont ensuite invités à enchérir sur des objets qui ne valent pas grand chose... Sachant que son baratin est sans appel, il en vit tranquillement, jusqu'à ce que le même jour deux femmes entrent dans sa vie. D'un côté, Barbara (Ann Dvorak) est une authentique pauvre, qui meurt littéralement de faim... mais qui essaie aussi de lui vendre une soit-disant "montre de famille", absolument similaire aux dix qu'il a en magasin! Mais Millicent Clark (Claire Dodd) est une autre paire de manche; cette dame de la plus haute société lui achète un bijou pour cinquante dollars, dont il apprend plus tard par voie de presse qu'elle l'a fait authentifier, et qu'elle en a retiré plusieurs milliers. S'il emploie et héberge la première, il va aussi s'associer avec la seconde, au risque de perdre ce qui lui reste d'honnêteté.

C'est une comédie qui va aussi vite que son dialogue: Pat O'Brien pouvait sans problème rivaliser sur la rapidité de sa diction avec James Cagney! Et c'est cette atmosphère de verve langagière qui emporte l'adhésion dans ce petit film... Le spectateur est invité à prendre parti pour une véritable fripouille, aux méthodes douteuses, dont le capital de sympathie est énorme. Il est vrai que les escrocs de la cinquième avenue autour de Millicent, sont autrement plus redoutables... O'Brien est excellent, Ann Dvorak et Claire Dodd (parfaite pour jouer les garces bourgeoises, décidément) ne sont pas en reste. A noter qu'elles allaient toutes deux, assez progressivement, disparaître des rôles importants du cinéma Américain. Dommage...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 09:18

A Paris, le très respecté Charles Bonnet (Hugh Griffith) vend un tableau exceptionnel, pour une fort coquette somme... Quand elle apprend cette nouvelle, sa fille Nicole (Audrey Hepburn) manque de s'étrangler, puisque c'est un faux, un authentique faux entièrement peint, comme toute la collection Bonnet, par Charles. Un faussaire génial, patient et sournois, qui arrondit sa retraite avec des ventes très rares, mais spectaculaires... Il pousse même le bouchon jusqu'à prêter une statuette supposée être de Benvenuto Cellini, mais qui en réalité est une création de feu son père, à un musée Parisien... Sa fille le prévient, un jour quelqu'un s'apercevra de la supercherie! En attendant, c'est un cambrioleur qui va se mêler de venir voir la collection de plus près, le fringant Simon Dermott (Peter O'Toole). Quand Nicole le surprend, elle le blesse, et... le ramène chez lui. Mais Simon est-il un cambrioleur, ou une menace pour le bien-être de la petite famille? 

Le film est fermement ancré dans une tradition des années 50 et 60, le film de casse mâtiné de comédie, et de fait, c'est plutôt une récréation pour le grand Wyler qui sort de l'ambiance lourde de The collector... Tourné à Paris, avec d'ailleurs de nombreux acteurs du cru, linguistiquement compatibles (Jacques Marin, Charles Boyer, Fernand Gravey et Dalio), c'est aussi la dernière collaboration entre Wyler et Audrey Hepburn: comme d'habitude celle-ci est splendide, et le moins qu'on puisse dire, c'est que son "couple" avec ¨Peter O'Toole fonctionne à merveille. De manière plus inattendue, le film nous présente aussi une vision rare de Eli Wallach en magnat Américain de pacotille, et en romantique invétéré de surcroît, ce qui tranche sur ses personnages habituels, mais il n'a pas l'air de bouder son plaisir...

Le "casse" conté dans le film est plus que farfelu, et se base sur une situation inquiétante pour les Bonnet: leur statue va être expertisée par principe car c'est obligatoire en cas de contrat d'assurance et les responsables du musée sont obligés d'assurer leur emprunt. Une formalité donc mais qui va tourner à la catastrophe, et Nicole va se résoudre à demander de l'aide à "son" cambrioleur, qui va monter une ingénieuse combine, dont l'exécution prend bien toute la deuxième heure du film. Donc, oui, vous avez bien lu, Audrey Hepburn et Peter O'Toole se livrent au cambriolage d'un musée.

Le film est adorable, léger dans son ton, toujours superbe esthétiquement, puisque en raison de l'abondance d'oeuvres d'art, Wyler a poussé la palette de couleurs juste ce qu'il faut afin de profiter au maximum de ce monde artistique un peu décalé. Romantique mais jamais nunuche, Audrey Hepburn prend elle aussi un plaisir évident à donner la réplique à Peter O'Toole, et on peut décidément faire bien pire dans une journée que de visionner cette adorable sucrerie d'un autre âge, qui se situe quelques part entre Charade, en beaucoup moins précis dans son sens parodique, et les comédies "Parisiennes" de Minnelli ou Blake Edwards... Bref, avec Audrey Hepburn et ses toilettes, on est en pleine bulle des sixties. ...Et plus encore, puisque ces farfelus qui arnaquent le monde sans jamais se faire prendre, et vivent dans un monde parallèle fait d'art et de beauté, sont tout à fait à leur place dans la grande galerie des marginaux sublimes de William Wyler.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Comédie