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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 11:14

Amarilly Jenkins (Mary Pickford) vit de ce que d'aucuns considèrent comme le mauvais côté de San Francisco, avec sa famille Irlandaise: elle a quatre frères, ceux qui sont adultes sont devenus policiers, et ceux qui ne le sont pas encore sont plus ou moins des voyous... La mère (Kate Price) est une fière lavandière, fille de lavandière et si Amarilly veut bien suivre la lignée, mère de lavandière. Une famille simple, saine, qui vit sa petite vie tranquille loin des soucis, et en plus Amarilly a un petit ami, le barman Terry (William Scott). Jusqu'au jour où, à l faveur d'une bagarre qui a éclaté alors qu'il s'encanaillait, Amarilly ramène à la maison le beau dandy Gordon Philips (Norman Kerry), un oisif qui est doté d'une famille qui est tout le contraire de celle d'Amarilly. A partir du moment où la jeune femme est entrée dans la vie de Gordon et de sa riche famille, ceux-ci se mettent en tête de l'élever socialement et humainement, si possible...

Marshall Neilan et Mary Pickford, avec ce scénario insubmersible de Frances Marion, visent la comédie tout de suite, et ils ont raison!: l'énergie déployée par tous les acteurs, Pickford en tête, pour mettre en valeur les qualités humaines et la vie profondément enthousiaste des Jenkins, ne peuvent aller que dans ce sens. Du coup le film se joue de coups de théâtre qui en d'autres circonstances auraient pu tourner au drame, et la rencontre entre les Jenkins et la richesse va devenir, pour la famille Irlandaise, juste une expérience burlesque. Dans le contexte cinématographique éminemment édifiant de la fin des années, c'est une excellente idée, et c'est assez novateur.

Le film, durant vingt minutes, nous promène d'ailleurs dune famille à l'autre avec un montage parallèle discret, nous permettant d'avoir fait notre choix au moment où Norman Kerry et Mary Pickford se rejoignent. Le choix de l'acteur est excellent, car il n'a pas son pareil pour jouer à la fois une fripouille et un type sympathique... Et il extrêmement crédible en fêtard. La bonne humeur générale, la vivacité de la production, l'abattage de Pickford, rien n'est raté dans ce joli film, l'un des derniers de l'actrice pour Artcraft avant la création de sa compagnie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1918 Marshall Neilan Muet Comédie Mary Pickford
28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 15:28

Le Charleston est sans doute l'une des obsessions les plus folles des années 20: cette danse foncièrement joyeuse et délirante, après tout, s'explique très bien dans un pays qui était en proie à une vague d'optimisme sans précédent, et qui allait d'ailleurs le payer très cher... Mais c'était aussi une façon pour le très grand public d'appréhender et de participer au développement du jazz, qui reste tellement indissociable de la période qu'on l'a appelée The jazz age...

La comédie ne pouvait que s'en emparer, et à l'instar de l'autre Charley, Chase, Bowers a donc conçu cette comédie pour se moquer gentiment, non seulement des maniaques du Charleston, de cette mode qui consistait effectivement à organiser des concours un peu partout, mais aussi des pères-la-pudeur invétérés qui voyaient dans la danse comme dans toutes les occasions de s'amuser, le spectre de l'immoralité... 

Alors que le garçon de ferme (Bowers, le seul acteur identifié) se passionne pour le charleston, le fermier organise des réunions avec ses voisins pour organiser la riposte contre cette danse. Charley envisage pour sa part d'apprendre à danser à la perfection, afin de gagner une coupe, un prix, et tant qu'à faire la main de la mystérieuse Senorita De Coy. ...Ce qui n'arrange pas les affaires de la fille de la ferme, qui est amoureuse de lui.

Toute la première partie est consacrée au désastre que consiste l'obsession de danser du héros, qui a acheté une méthode, et passe son temps à tracer des pas à la craie dans toute la maison. La deuxième partie est plus intéressante, et nous y voyons le géniale bricoleur inventer des chaussures qui dansent toutes seules, qui vont bien évidemment occasionner leur lot d'ennuis. Une sous-intrigue, consacrée à la jeune fille de la maison, est l'occasion pour Bowers de se vautrer dans le douteux, puisque la jeune actrice est très enrobée, et ses efforts pour danser font bien sûr bouger les meubles... Pas du meilleur goût, mais le personnage aura sa revanche.

On voit ici les limites du style de Bowers, qui développe pour ses films des trésors d'invention en animation, mais reste attaché à un burlesque assez rétrograde. ...Pour ne pas dire rustique.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 09:20

Le film avait tout pour être un désastre, voire pour ne jamais être fini, c'est en réalité un miracle... Deux stars, qui n'ont jamais joué ensemble, et dont les méthodes de travail comme l'hygiène de vie, ne pouvaient pas être plus différentes; un metteur en scène spécialiste de la guérilla filmique, que ce soit à Hollywood ou ailleurs, mais dont la tendance à cochonner ses films est plus que légendaire, sans parler de son hygiène de vie à lui aussi! un producteur controversé, une équipe prise sur deux continents et la majorité des extérieurs filmés sur un troisième... N'en jetez plus! 

Je pense que ce qui a attiré le producteur Sam Spiegel, le réalisateur John Huston et le scénariste James Agee dans le film, c'est précisément le bizarre de l'aventure: une histoire d'amour entre deux personnes d'âge mur, ayant vécu dans dux mondes que tout sépare, et qui se retrouvent l'un avec l'autre à la faveur d'aventures plus qu'improbables. Mais c'est précisément l'essence des bons films... Y compris s'ils sont tournés en studio, mais Huston a amené Bogart et Hepburn au Zaïre pour son film... Et ça se voit!

En 1914, dans une petite colonie Britannique, un pasteur (Robert Morley) et sa soeur Rose (Katharine Hepburn) se sont installés dans une petite mission, où ils répandent la bonne parole Méthodiste... Mais les Allemands menacent: comme le leur apprend le Canadien Charlie Allnut (Humphrey Bogart), un marin qui les ravitaille en bateau, la guerre est déclarée, et les soldats de Guillaume II qui tiennent les colonies Allemandes en Afrique pourraient bien se croire obligés de venir attaquer. Et c'est précisément ce qui arrive: les Allemands vont un raid, tue, brûlent le village et s'en vont après avoir frappé le pasteur. Celui-ci, sous le choc, décède quelques heures plus tard, et Charlie revient pour emmener la missionnaire... Celle-ci, qui va être obligée de cohabiter avec le très rustique batelier, va concevoir un plan afin de reprendre du poil de la bête et "faire son travail" pariotique: utiliser le bateau de Charlie, l'African Queen, pour faire un travail de sabotage sur un bateau Allemand. la cohabitation entre les deux vieux solitaires commence...

Et c'est merveilleux, car Huston, qui savait occasionnellement réussir un film, a parfaitement compris le parti qu'il pouvait tirer de ces personnages en filmant à leur hauteur, avec une petite préférence pour le point de vue de Rose, la vieille fille qui s'était enterrée avec son frère, un raté (de son propre aveu...) dont la rigueur cachait à peine l'amertume d'une vie d'échec... Un échec que Rose, toujours comme il faut, peine à cacher elle aussi. c'est donc à travers les yeux de la novice que nous verrons cette aventure, mais aussi parfois à travers ceux de Charlie Allnut, un homme ni instruit ni sophistiqué, dont Bogart fait un vrai gamin, et le compose avec un humour et une tendresse qu'il a rarement réussi à atteindre. L'histoire d'amour entre eux n'est ni saugrenue ni ironique, elle est juste, attendue, et forte. Et les épreuves du tournage (au fait qu'on se rassure, les sangsues sont fausses) ont cimenté le film: une fois qu'on commence à le regarder, impossible de détourner les yeux...

En plus, la beauté naturelle des paysages, et le Technicolor certes fonctionnel plutôt que flamboyant (pour Jack Cardiff, c'était des couleurs presque laides, et il estimait n'avoir fait aucun effort particulier au contraire de ses contributions aux oeuvres de Powell par exemple) viennent contribuer à cette harmonie. Comment ne pas s'intéresser à cette aventure frissonnante pour deux oubliés, qui vont improviser avec un patriotisme inattendu une réplique musclée à leur façon, pour faire leur devoir en pleine guerre? 

Et le pire, c'est que le film n'est devenu une comédie qu'avec l'interprétation de ses stars... Qui de plus, restent pour 80% les seuls humains visibles du film. Bref, une prouesse, en même temps qu'une histoire irrésistible.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 16:09

Dans ce court métrage de deux bobines, on assiste à peu d'invention, beaucoup d'animation: je m'explique... Bowers adorait faire reposer ses films sur une invention de son personnage, mais ici il a laissé libre cours à son imagination pour explorer son univers autrement. Tout au plus assiste-t-on à d'étranges greffes, mais le film glisse joyeusement vers le grand n'importe quoi, totalement assumé bien sûr...

Au départ, nous assistons à une rencontre entre les membres d'un club de menteurs. Ils s'échangent les anecdotes, et sachant que la première présentée concerne l'introduction d'une quarantaine d'éléphants, on se doute que le taux de mensonges va être haut. Néanmoins un membre est insatisfait, au prétexte que "tous ces mensonges pourraient être vrais!". Sortant, il rencontre Charley, qui va lui raconter une authentiquement invraisemblable (mais invraisemblablement authentique) histoire à dormir debout...

Chaque histoire, aussi idiote soit-elle (et elles le sont...) donne lieu à une illustration, bien sûr, c'est le plaisir de ce film. Et l'histoire de Bowers, dans laquelle il utilise des greffes d'arbres à chat pour dératiser une maison où on en est réduit à chasser les rongeurs à coups de balais ("alors que ce serait si pratique d'utiliser un aspirateur"), est de loin la plus glorieusement stupide de toutes... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 09:56

Le film qui inaugure la carrière de Cukor à la MGM n'est pas une franche comédie, ce serait trop simple. Par contre, c'est de toute évidence un film de prestige, une sorte de Grand Hotel II après le carton du film-mammouth de Edmund Goulding qui osait rassembler une pléiade de stars dans le décor d'un palace, et a obtenu un succès phénoménal en retour. La formule avait du bon, la MGM s'est donc empressée de trouver le moyen de recommencer...

La pièce de Edna Ferber et George Kaufman a été adaptée, entre autres, par la plume acerbe de Herman Mankiewicz (celui dont son frère Joe a toujours dit "le génie, c'est lui"), et ça se sent. Plutôt qu'un lieu commun à tous les personnages, cette histoire qui en combine plusieurs nous conte les quelques jours qui précède un dîner où se retrouveront les personnages...

Oliver Jordan (Lionel Barrymore) est un armateur fini, raboté par la crise, et qui découvre à la faveur d'évanouissements répétés que son coeur est arrivé au bout de sa course. Son épouse Millicent (Billie Burke) a tellement pris des habitudes dans la haute société qu'elle ne se rend pas compte, et a décidé d'impressionner en organisant un dîner pour un Britannique de passage (qui ne se déplacera d'ailleurs même pas), quitte à y inviter, pour faire plaisir à son mari, le nouveau riche Dan Packard (Wallace Beery), et son épouse Kit (Jean Harlow), deux Américains très moyens, épouvantablement vulgaires, mais attirés par le clinquant. Et Dan pense pouvoir utiliser la soirée pour noyer le poisson, car il s'apprête à déposséder Oliver de son entreprise... Egalement invités, le médecin de famille (Edmund Lowe) des Jordan et son épouse (Karen Morley), et ça promet du sport: le bon docteur prodigue ses soins à Mme Packard qui elle lui prodigue ses charmes... Pour donner un peu de brillant à la soirée, Millicent a également invité la grande actrice Carlotta Vance (Marie Dressler), vieille amie de la famille, et un de ses collègues, l'acteur alcoolique (et fini) Larry Renault (John Barrymore). Ce que personne ne sait, c'est que Renault est l'amant de Paula (Madge Evans), la fille des Jordan qui n'a que 19 ans. Renault les a aussi, mais plusieurs fois... Et puis il y a aussi un autre problème: Renault se suicide juste avant le dîner...

Le film oscille constamment entre comédie (au vinaigre, bien sûr) et drame, servi par des performance exceptionnelles: celle de Wallace Beery pour commencer, j'ai un problème sérieux avec le bonhomme, mais c'était un grand acteur. Et ici meilleur que jamais... M'est avis que Cukor s'est mis en tête d'utiliser la personnalité de chaque acteur au maximum, et chaque personnage prend du même coup une vérité impressionnante. Donc oui, le film est bavard, mais c'est un bavardage salutaire... Et le courage de Marie Dressler qui joue quasiment son propre rôle, et celui de John Barrymore qui interprète un acteur has-been, lessivé par le parlant, surnommé "The great profile" (il n'en a qu'un, ajoute-t-on) et devenu alcoolique et consommateur de petites jeunes femmes, a quelque chose de stupéfiant...

Le film en devient presque la naissance à lui tout seul du style de Cukor, cette tendance à constamment confondre la comédie et le drame, derrière une classe de façade, et à croquer avec un talent fou les femmes: qu'elles soient de la génération d'avant celle d'avant (Dressler), parvenue en couchant (Harlow), déconnectée des réalités à force de luxe (Burke, et ses préparatifs névrotiques pour la soirée!), trahie et souffrant en silence (Morley), ou à l'aube d'une vie qu'elle va s'empresser de gâcher (Evans)... L'Amérique de 1933, vue à travers ses femmes.

N'empêche que le meilleur moment du film reste, vers la fin, un échange légendaire entre Harlow et Dressler: 

Harlow: I was reading a book the other day (je lisais un livre, l'autre jour)

Marie Dressler ne dit rien, mais s'arrête d'avancer, médusée...

Dressler: Reading a book?? (un livre??)

Harlow: Yes, it's all about civilisation or something, (...) do you know that the guy said that machinery is going to take the place of every profession? (Oui, un livre sur la civilisation ou quelque chose comme ça... Vous savez que le type disait que les machines vont bientôt replacer toutes les professions?)

Dressler: Oh, my dear, (elle la regarde des pieds à la tête) that's something you need never worry about! (Ma chère vous n'avez aucun raison de vous en inquiéter)

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor Comédie Pre-code
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 09:48

Et donc ceci est le film qui gagna l'oscar du meilleur film pour cette année-là, contre Saving private Ryan (!) et The thin red line (!!): j'arrêterai de persifler tout de suite après vous avoir fait remarquer que ce n'est sans doute pas parce qu'il était meilleur, car ça se saurait...

Non, Shakespeare in love, c'est le cinéma Britannique des années 90: ça a le goût du cinéma Britannique, ça a l'accent, les acteurs... Mais c'est du prêt à filmer, brillant et alerte, souvent drôle, agréable aux yeux et aux oreilles, et au final vide comme du vent. Maintenant, du vent, du vent, on en aurait bien besoin par cette période de canicule. Donc on regarde un film dans la quiétude de son salon: pourquoi pas cet agréable passe-temps avec des allusions rigolotes à Shakespeare? On y trouve des anecdotes toutes plus fausses les unes que les autres, dont on est à peu près sûr qu'un jour on nous les ressortira dans des copies à l'université...

Et le pire, c'est qu'après tout ça rien n'y fait: cet ersatz de film se consomme sans aucun déplaisir, laissant comme le vent un modeste souvenir, avant de se faire oublier.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Shakespeare
24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 12:02

Charley a inventé une machine, une fois de plus... et ça énerve tout le monde dans la pension où il habite. Mais elle va lui apporter de grandes choses, pense-t-il, la preuve: il hérite d'une somme fabuleuse, à une condition: celle de rendre publique son invention. Il va donc devoir se déplacer jusque chez un vieil oncle, lequel a par ailleurs intérêt à ce que Charley échoue dans son entreprise...

La machine inventée par Bowers est une fois de plus totalement farfelue, mais le film inverse la structure des films précédents: la première bobine démontre l'invention (avec 8 minutes très douloureuses durant laquelle la scène particulièrement inutile de la confection d'une poupée par les bras articulés du machin tendrait à nous démotiver sérieusement), puis une deuxième bobine consacrée à l'intrigue, et à la contrainte d'amener le machin très encombrant à bon port.

Et au final: anecdotique. Une fois acceptée la différence des films de Bowers, force est de constater qu'il n'est pas Keaton. Mais alors pas du tout...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Animation Comédie Charley Bowers
23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 13:48

Charley débarque (en cheval!) en ville, de sa campagne natale, pour demander sa main à une jeune femme un peu embarrassée... Finalement, elle lui propose d'en parler à son père. Celui-ci tient un restaurant, est particulièrement intimidant, et quand le jeune homme vient chez lui et n'arrive pas à en placer une on s'imagine qu'il a répondu à une annonce: car le restaurant cherche un plongeur...

Mais s'il commence à travailler de suite, la confusion ne va pas s'arrêter là, car les employés du restaurant ont décidé de se mettre en grève suite à l'engagement du nouveau venu, non syndiqué. Le plongeur inexpérimenté va donc devoir tenir le restaurant quasiment tout seul...

Comme bien d'autres films de Bowers, il est divisé en deux parties bien distinctes, la première exposant la situation, l'autre exploitant une invention. Cette fois, c'est une machine à faire la cuisine, totalement loufoque, qui rend les exercices du même genre de Chaplin (la machine à manger dans Modern Times) et Keaton (Electric House) finalement assez raisonnable. Je dois dire que la confection du ragoût d'huître (sic) m'intrigue, et que la façon dont on fait pousser les boîtes de petits pois aussi...

Sinon il y a aussi un aspect documentaire: en 1926, il y avait à la fois la montée aux Etats-Unis d'une conscience sociale dans le milieu professionnel, et la défiance du public à l'égard des syndicats, accusés de sectarisme. On voit les deux dans le film.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers
23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 11:38

Ceci est le plus ancien des courts métrages de Bowers tournés avec acteurs, dont lui-même, qui nous soit parvenu. Des différences sensibles entre le synopsis tel qu'il  été publié de l'autre côté de l'Atlantique, et le film tel qu'on peut le voir (une version française de deux bobines, avec intertitres du plus pur style "comique français 1925") m'incitent à la prudence, c'est pourquoi je n'émettrai pas l"hypothèse selon laquelle le film serait complet. Enfin en l'état, il est au moins cohérent...

Charley a décidé d'inventer une machine dont il est persuadé que l'humanité l'attend de pied ferme: un système qui rend les oeufs incassables. Sans grande surprise, ça n'intéresse personne... sauf bien sûr l'association des expéditeurs d'oeufs, qui lui font une commande. A lui maintenant de construire la machine... Mais ce ne sera pas ça le plus difficile, non: le plus ardu sera de trouver les oeufs pour se livrer à l'expérience, et les ramener en un seul morceau...

On est dans une Amérique semi-rurale, largement explorée par le monde de Mack Sennett, et où Bowers n'a aucun mal à nous faire accepter son personnage d'inventeur farfelu, en décalage complet avec l'environnement. Son film est franchement loufoque, d'abord gentiment, avant une séquence d'animation d'anthologie: pour ramener des oeufs, l'inventeur les a entreposés dans un panier placé en sécurité, juste au-dessus du moteur de sa Ford T. Quand il veut les récupérer, il arrive juste à temps pour assister à l'éclosion... d'une cinquantaine de toutes petites voitures...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 17:24

Plus ou moins perdu et reconstruit à partir de plusieurs copies par une poignée de collectionneurs fous qui se sont aperçus qu'ils possédaient des fragments d'un court métrage inconnu de Lloyd, ce film aurait tout pour être rangé dans la catégorie des films très accessoires de l'acteur, en vérité: il date de 1917, soit la période durant laquelle l'acteur expérimentait en transposant le monde de coups de pieds aux fesses de son personnage Lonesome Luke, dans un monde un peu plus réaliste, en incarnant désormais un jeune homme un peu plus tangible, et tout ça par la grâce d'une paire de lunettes. On va même aller plus loin: ce film est répertorié dans sa filmographie comme étant le deuxième court métrage qui le voit chausser cet accessoire.

On ne sait plus vraiment comment il se fait que Lloyd s'en est affublé, en vérité: bien des protagonistes (à commencer par le comédien lui-même, et son producteur et ami Hal Roach) s'en sont attribué les mérites, mais quoi qu'il en soit, c'était une idée de génie, qui fait qu'aujourd'hui on reconnaît immédiatement « le comédien aux lunettes », alors que franchement, ce pauvre Lonesome Luke ne ressemblait pas à grand chose...

L'intrigue ? Eh bien... Lloyd, en voiture avec une petite amie (ce n'est pas Bebe Daniels, et elle va disparaître du film après un plan ou deux), perd sa casquette ; il veut la récupérer, mais elle est entre les mains d'un escroc, et Lloyd ne parvient pas à la récupérer facilement. Pire: dans l'échange houleux qui s'ensuit, un policier (Sammy Brooks) intervient, et donne raison au malfrat. Arrêté, Lloyd n'a pas d'autre ressource que... de taper sur le policier pour se libérer, puis décide de se déguiser pour échapper à la police. Et donc, il enlève son pardessus, sa casquette, et... ses lunettes.

Oui, vous avez bien lu.

Ses lunettes.

A priori, si dans un de ses films, on voyait Lloyd prendre une douche, il porterait ses lunettes: il dort avec ses lunettes. Dans certains films, on jurerait qu'il est né avec.

Mais là, non seulement il s'en débarrasse pour se déguiser (en femme), mais pire : quand un poivrot (Snub Pollard) qui a été viré de chez lui cherche à se déguiser pour retourner au bercail, il va trouver les vêtements, et les lunettes, et donc il ressemble à Harold Lloyd !

Dans le reste du film, on passe de quiproquo en poursuite, et Bebe Daniels intervient, car c'est l'épouse de Snub : elle a donc surpris chez elle un type déguisé (Snub Pollard), qui venait pour cambrioler la maison, car il avait besoin d'argent, et bien sûr elle prend désormais Lloyd, affublé de ses propres lunettes, pour le bandit.

Bien sûr, que c'est embrouillé : mais si je récapitule, on verra mieux l'intérêt du film : car quand il perd ses lunettes, Lloyd perd son identité. On a franchement moins envie de le suivre, et d'ailleurs on le perd plus ou moins de vue. Et ces lunettes finissent pas le résumer, comme le fait que lorsqu'elle souhaite décrire le cambrioleur, Bebe Daniels n'a qu'un seul détail à donner : il avait des lunettes!

Le film prouve donc par A + B que Lloyd se résume à ses lunettes, et qu'elles lui confèrent finalement ce super-pouvoir qui fait qu'on l'aime tant ! A noter dans une scène, un faux raccord : Lloyd perd ses lunettes le temps d'un plan très bref, qui me fait émettre l'hypothèse suivante : et si tout simplement une majorité du film avait été tourné avec l'acteur au naturel, puis les lunettes ajoutées parce que ça lui donnait un je-ne-sais quoi d'indicible ? Le plan en question aurait tout simplement pu être oublié dans la bataille.

Ce qui prouve, pour peu que mon hypothèse soit la bonne, que Pinched est vraiment situé au début de cette aventure optique, et que si ce n'est pas le premier film dans lequel notre comédien arbore son indispensable complément (ce serait le deuxième, voir plus haut), ce serait au moins le court métrage avec lequel il aurait pris la décision de ne plus jamais les quitter.

Et j'ai gardé le meilleur pour la fin: Snub Pollard, qui a fièrement arboré une moustache de gros morse dans tant de courts métrages, est ici glabre...

Décidément!

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet