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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:32

Deux clowns essaient de prendre une photo d'une statue qui a la bougeotte, et leur joue à sa façon des tours...

Que la statue ne soit pas immobile est connu dès le départ par les deux autres protagonistes, puisqu'ils essaient d'en régler la position à l'aide d'une manivelle... Mais il faut plus le deviner que le voir, ce qui pose la question de la lisibilité de ce cinéma premier, dans lequel la caméra se mettait à bonne distance d'un inamovible proscénium. Mais la statue qui bouge aurait pu donner lieu à des gags nettement plus satisfaisants si ça avait été à l'insu des deux clowns... Au lieu de cela, on a face à nous un interminable film de cinq minutes...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Alice Guy Muet
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:27

C'est, à l'origine, un spectacle donné par des acrobates burlesques: ceux-ci interprètent des maçons qui sont sur un échafaudage, et qui en se passant des sacs de ciment, en projettent un peu partout y compris sur des gendarmes qui passaient par là.

Comme souvent dans la comédie contemporaine de ce film, c'est assez frustrant, et pour tout dire fortement basique. Notons quand même que même à la très respectable Gaumont, le pandore en prend plain la figure...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 15:16

Un homme tente de se déshabiller pour prendre un bain, mais il en est empêché par le fait qu'à chaque fois qu'il enlève un de ses vêtements, un autre le remplace... comme par magie cinématographique.

Continuant à observer les tendances du cinéma de son époque, Alice Guy a donc, avec ce film, donné sa propre version du Déshabillage impossible, de Méliès, un film qui date quand même de 1903. Elle y utilise la technique chère à Méliès d'arrêter la caméra au bon moment et d'en reprendre l'activité afin de donner à voir des transitions fantastiques... Un truquage (ou un effet spécial, rien que pour embêter ceux qui pensent que ce terme a du attendre l'arrivée de l'informatique dans le cinéma!) déjà fort bien connue à cette période

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy Comédie
16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 17:30

Alfred Boulard (Maurice Chevalier) est électricien, mais ça n'empêche personne de pousser la chansonnette. Un jour, avec sa petite amie Suzanne (Josette Day), ils se décident à se rendre à une audition, où l'aspirant chanteur fait une très belle prestation... devant des chaises vides. Tant pis... mais alors qu'il fait son travail d'électricien, dans un hôpital, on a besoin d'une transfusion en express, et il est donneur universel. La malade est une actrice connue internationalement, Mona Thalia (Elvire Popesco). Non seulement la nouvelle fait le tour de Paris, mais en prime, Mona décide de pousser la carrière d'Alfred, sous deux conditions: d'une part, il doit faire de la tragédie; et d'autre part, il doit, alors qu'ils sont en week-end dans le spacieux château de la vedette à La Baule, la rejoindre dans sa chambre...

Une comédie chez Duvivier? Et pourquoi pas, après tout? Pour Hitchcock, c'était pareil: dès qu'on a prononcé le nom du cinéaste, on parle de suspense. Les béotiens parlent même d'horreur... Non, avec Duvivier, c'est le romantisme foncièrement pessimiste de son oeuvre qui est systématiquement mis en avant, et on pense à Panique, à La belle équipe... C'était pourtant un metteur en scène très versatile, qui a toujours gardé une part de comédie dans de nombreux films qui n'en sont pas: son Poil de Carotte de 1925, ou encore La fin du jour, Pot-Bouille et même La chambre ardente, l'un de ses derniers films, possèdent tous de nombreux et merveilleux moments d'humour plus que volontaire. Et que penser du Mariage de Mademoiselle Beulemans, de Allo Berlin, ici Paris, des deux Don Camillo, de La fête à Henriette, de L'homme à l'imperméable ou du Diable et les dix commandements? Autant de films qui sont tous différents, mais certains d'entre eux sont totalement des films de l'auteur Duvivier... L'homme du jour n'est pas en reste, qui s'inscrit dans la continuité de la thématique abordée par le réalisateur dans son film immédiatement précédent, rien moins que La belle équipe!

Alfred Boulard, le chansonnier qui ne percera décidément jamais, c'est un type du peuple, un homme qui avant la célébrité soudaine, factice et embarrassante dont il va disposer, est heureux en amour, copain avec ses colocataires de la petite pension de famille où il vit, et a un travail qui lui laisse le temps de rêver. La tempête médiatique (comme on ne disait encore pas à l'époque) qu'il traverse va tout lui enlever, et il sera tout seul... L'image de la solidarité populaire en prend un coup, et les braves gens dans le film sont tous des égoïstes superficiels... Le monde du spectacle en prend un coup aussi: Elvire Popesco n'avait pas grand chose à faire pour être profondément irritante, elle y parvient admirablement ici, en vedette de pacotille qui n'a pas son pareil pour tirer en permanence la couverture à elle-même; son agent, qui essaie de sponsoriser Suzanne dans l'espoir de coucher avec elle, n'est pas mieux, mais les artistes vus et entendus ne sont pas tristes non plus: un chanteur interprété par Raymond Aimos dans l'audition est une caricature infâme d'un chanteur réaliste, et Suzanne quant à elle est absolument atroce. Josette Day, qui a rarement été aussi bien dirigée (elle a tourné pour Pagnol, ceci explique donc cela) s'en donne à coeur joie!

La comédie est franche et bien enlevée, sans le côté foutraque des derniers tiers des films de René Clair, par exemple: ici, Duvivier tient le cap, et avec des dialogues formidables de Spaak et Vildrac, s'amuse comme un fou. Alfred ira loin, jusqu'à se faire arrêter suite à une bagarre de rue: celle-ci est un peu poussive, mais la scène qui suit, dans un commissariat, est un sommet d'humour à tous niveaux: gags visuels, rythme, dialogues, et loufoquerie ambiante... Alfred va également, dans une scène fortement amusante, dialoguer avec Maurice Chevalier lui-même, un exercice périlleux, et ça passe comme une lettre à la poste. Quelques chansons sont chantées (dont deux classiques, Prosper et Y'a d'la joie, excusez du peu), mais toujours en situation, ce n'est pas une "vraie" comédie musicale... et c'est une constante surprise, un film qui mérite d'être évalué à égalité avec d'autres grands films du metteur en scène dans les années 30.

Maintenant, le film n'a pas de fin tragique du tout, mais pour une morale de conte de fées, on repassera: les acteurs riches resteront des acteurs riches, les électriciens des électriciens, et les vendeuses de fleurs esseulées resteront, désespérément, des vendeuses de fleurs esseulées...

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:38

1981: alors que la France prépare des élections durant lesquelles la peur d'une hypothèse de l'arrivée au pouvoir de la gauche semble très partagée par le personnel des services de renseignement, Hubert Bonnisseur de la Bath reçoit une mission importante, celle d'aller récupérer un espion parti en Afrique et dont on est sans nouvelles... Il en profitera pour écraser une rébellion légitime et assurer la solidité d'une dictature amie de la France...

On a accueilli la nouvelle du retour de l'espion le plus lamentable du cinéma français avec plaisir... Mais c'était avant de savoir que cette fois Michel Hazanavicius ne serait pas de l'aventure, et on le comprend: il a autre chose à faire, après tout, et on peut forcément admettre que de refaire une troisième fois un passage par une franchise serait un choix difficilement justifiable. Par ailleurs, et histoire d'enfoncer le clou, la raison qu'il a invoquée était que le script ne lui a pas vraiment semblé intéressant: bref, on tourne en rond...

Certes, Dujardin (qui ressemble à Chirac et semble en permanence sur le point de citer l'infâme discours de Dakar de Sarkozy) reste Dujardin, et la façon dont le film inclut l'âge du comédien en insistant sur l'idée de la relève, incarnée par Pierre Niney, offre des possibilités. Mais si le script de Jean-François Halin est plein de bonnes idées, notamment de tirer sur le comportement sempiternel de la politique française vis-à-vis de l'Afrique, la façon dont Bedos a traité le racisme du personnage manque de subtilité. Chez Hazanavicius, le personnage se suffisait à lui même, c'était tout le projet qui était baigné d'une sorte de second degré permanent. Pas ici, où on a le sentiment que les scènes doivent commenter le racisme de OSS 117, comme pour nous rassurer, ou par pédagogie. Je sais bien qu'il y a beaucoup d'imbéciles racistes en France, et que tous ne sont pas candidats à la présidentielle, mais ceux-là vont-ils aller voir un tel film? Bref, c'est bien maladroit, et le rire (on rit souvent) s'étrangle parfois dans l'irritation...

Et dans la gêne: c'est bien long, tout ça. Pour d'excellentes idées (le générique époustouflant qui met OSS dans les pas du James Bond de Roger Moore et copiant Maurice Bonder), on a aussi des scènes qui se traînent, des moments où on a l'impression que l'intrigue prend le dessus (sacrilège), et surtout, surtout, on va le confirmer, même si on le savait déjà: Nicolas Bedos n'est pas Michel Hazanavicius. Il 'est pas un cinéaste passionné par la forme, qui va inclure cette dernière en première place de ce qu'il souhaite faire, en se glissant dans un genre et ses contraintes formelles avec un talent insoupçonnable. Chez Hazanavicius, le style est indissociable du fond, c'est pour ça que The artist est muet, c'est pour ça que Rio ne répond plus ressemble tellement à un film de 1967. Celui-ci ressemble à une tentative de faire vintage, comme on dit. Alors R12, Walkman, ordinateur portable de 54 kilos, pantalons larges... mais le tout inscrit dans un film où le style se résume parfois à d'improbables plans-séquences embarrassants qui ne ressemblent à rien, ou une scène de nuit au bleuté qui bave tellement qu'on se demande franchement si on n'aurait pas été plus tranquille à la laisser telle quelle, c'est à dire en pleine lumière. Bref, ce n'est pas très sérieux, tout ça.... enfin je me comprends.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:29

Sur la terrasse d'un cabaret, un client demande une absinthe, et ne faisant pas suffisamment attention à ses gestes, ajoute de l'eau... dans son chapeau au lieu du verre. Quand il boit, le liquide est pur. Il s'ensuit une scène de confusion bien compréhensible...

C'est un peu un retour à L'arroseur arrosé des frères Lumière, avec des occasions manquées: à distance, par exemple, la scène (un seul plan, c'est encore la règle que de se passer du montage) n'est pas des plus lisibles. Un couple à droite qui a vu l'incident n'est utilisé que pour souligner la drôlerie (qui, on le pense bien, c'est quelque peu émoussée 120 années plus tard!) en riant de bon coeur, et le final trahit l'amateurisme des comédiens, avec un garçon qui attend les instructions en regardant vers la caméra avant d'arroser son client qui s'étrangle...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:14

Tourné en un plan unique, nous voyons un épisode Parisien qui aura de la descendance: des cambrioleurs sont appréhendés sur les toits par la maréchaussée sous l'oeil des habitants...

C'est la découverte d'un terrain de jeux qui fascinera les cinéastes de chez Gaumont et Pathé, puis les Italiens et les Américains, dans d'innombrables comédies tournées à des cadences infernales: les toits des villes, et leurs improbables possibilités... 

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 09:54

Un mendiant, faux aveugle trompe la vigilance d'un gardien de la paix en jouant un tour pendable à un bourgeois...

Ce petit film de 1898 réalisé chez Gaumont, donc par Alice Guy, représente une trace extrêmement ancienne de l'influence d'un cinéaste sur un autre... Bien sûr, on pourra objecter que c'est tellement ancien qu'on pourrait avancer que l'influence ici a pu s'exercer d'Alice Guy vers Méliès, mais au vu des premiers films de l'une comme de l'autre, on sent bien que ces scènes de comédie agressive et vite finie, située sur une fausse scène de théâtre (le plancher et les décors peints sont mis en évidence) est quand même une imitation consciente par Alice Guy du style de Méliès: trouver une métaphore visuelle d'un gag comique et la mettre en scène en évitant de dépasser la minute: le chaînon manquant véritable, en quelque sorte, entre L'arroseur arrosé, et Le voyage dans la lune...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 16:24

Même s'ils sont très Parisiens, Bastien et Alfred veulent changer d'air... Chômeurs ou de petits boulots en petits boulots, ils en viennent à rêver du Canada: comme le dit en permanence Bastien (Albert Préjean), c'est grand, et il y a "des Eskimos au Nord et des nègres et des Peaux-rouges au Sud"... C'est lui, d'ailleurs, qui souhaite y emmener son copain pour échapper aux entretiens d'embauche, aux figurations d'un jour. Alfred (Hubert Prélier), lui, suit son copain plus qu'autre chose. Mais arrivés au Hâvre, il leur faut attendre que le bateau, le paquebot Tenacity, répare une avarie. Dans la pension de famille où ils trompent l'ennui, ils se lient avec la petite serveuse Thérèse (Marie Glory): Bastien la drague effrontément entre deux rencontres d'un soir, et Alfred, lui, est amoureux...

C'est un film à part dans la carrière de Duvivier, mais d'abord parce que c'était le préféré de son auteur quand on lui demandait de choisir un film des années 30! Donc, la décennie de La tête d'un homme, de Pépé le Moko, de La Belle équipe et La fin du jour, excusez du peu... Dans l'état du film tel qu'on peut le voir aujourd'hui (et encore il me semble qu'il a même été considéré comme perdu corps et biens), ça peut étonner, tant il ressemble à un film de vacances...

Pourtant, le metteur en scène y montre tout son univers: il part d'ailleurs d'un étonnant prologue, une scène de danse tahitienne avec moult nudité, qui s'achève au bout d'une minute par le mot fin... Les héros sont au cinéma avec leur bande de copains, et parlent forcément, après la séance, d'exotisme! De la bande de sept ou huit gaillards qui fréquentent tous les mêmes studios Parisiens où ils gagnent de quoi survivre, Duvivier va en extraire deux, et les montrer partir vers leur terre promise, sous les moqueries des autres. Comme toujours chez Duvivier, le groupe semble résister à toute tentation de solidarité! Enfin, les deux vont tourner autour de la même femme, comme dans La belle équipe. Duvivier y montre en permanence son talent pour le gros plan pertinent et la composition de première classe... Et bien que ce soit une comédie, ça ne finira pas sans amertume. On parie qu'on ne verra jamais le Canada?

Pourtant, c'est un petit film, tourné par une équipe réduite à même le pavé Hâvrais, aussi souvent en extérieurs que possible. Du coup, on y parle relativement peu (avec Préjean, difficile de faire autrement que d'avoir du texte inutile, des "mon vieux", "mon pote", et autres "t'es une gentille fille"), et le film passe souvent par de poétiques décrochages narratifs: un tour en bateau dans le port du Hâvre, une promenade dans les bois ou une soirée sur la plage... Il flotte ici un air de liberté, malgré l'amertume qui pèse. Situé au Hâvre, le film n'est pas le Quai des brumes, mais participe quand même un peu à sa façon à l'émergence d'un courant du cinéma Français des années 30.

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 09:11

Une étudiante brillante en astronomie (Jennifer Lawrence) a repéré une comète inconnue en mouvement; elle s'en ouvre auprès de collègues, dont son professeur, Randall Mindy (Leonardo di Caprio). Ils font des calculs, et constatent que selon toute vraisemblance elle force sur la terre qu'elle percutera 6 mois pus tard. Ils sonnent le branle-bas au plus haut niveau de la communauté scientifique, et bien vite l'alerte arrive à la maison Blanche... Mais aussi bien au niveau présidentiel qu'au niveau des médias, personne n'écoute ni ne prend en compte la menace. Tour à tour moqués parce qu'ils ne passent pas très bien à la télévision, ou érigés en lanceurs d'alerte officiels, et donc plus faciles à contrôler, les deux scientifiques se rendent vite compte que leur mission d'alerter l'humanité est impossible...

Un intéressant paradoxe: ce film qui est en passe de devenir un phénomène (énorme succès sur la plateforme Netflix, et des sujets sur France Info!) a été rendu possible, justement parce qu'il est distribué sur internet seulement... Et ça tombe bien, car s'il avait été distribué à l'ancienne, il aurait du passer par tant de filtres et d'étapes de développement, qu'il ne serait sans doute même pas encore tourné... Donc pour une fois, ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous d'avoir notre petit robinet à films.

L'année dernière, un film de Charlie Brooker (par ailleurs l'heureux papa de Black mirror) tentait de faire de la comédie grinçante avec le retour sur la situation délicate actuellement traversée par l'humanité (et je parle bien ici de la pandémie et non de cette supposée et absurde dictature des démocraties dénoncée par les imbéciles sur les réseaux), dans un film raté: Death to 2020 reposait sur un gimmick et un seul, et était tellement tarte que je ne dois pas être le seul à ne pas l'avoir regardé jusqu'au bout (notons que la chaîne et le réalisateur ont récidivé cette année avec Death to 2021: ça va probablement devenir une tradition, les Britanniques adorent rajouter des trucs systématiques lors de la période des fêtes)... Don't look up, film spectaculaire et doté d'un gros budget, évite les mêmes écueils, pour commencer en utilisant la parabole: pour parler du monde dans lequel nous vivons depuis 2019 (ou 2016, car l'élément de politique intérieure des Etats-Unis est crucial pour le film), d'une communauté scientifique qui ne parvient plus à faire passer les messages (pandémie et/ou réchauffement climatique), le film passe par le truchement d'une intrigue totalement fausse, et même extrêmement simple, dont on ne dévie jamais, y compris quand l'humanité décrite sous nos yeux, elle, noie le poisson avec allégresse... Car dans ce film, la terre va effectivement être détruite par une méga comète, c'est inéluctable, et les scientifiques qui passent le film entier à sonner l'alarme ont raison. Ce qui nous rappelle évidemment notre situation, et non, Randall Mindy n'est pas le Dr Raoult, mais son contraire, c'est à dire un scientifique intègre, ou plus ou moins: pas facile dans le monde de 2021 de rester à 100% concentré sur ses convictions!

Ce film qui nous rappelle avec humour à nos responsabilités vis-à-vis des générations futures a aussi un autre aspect paradoxal, plus dangereux celui-ci: il est long, très long, et aujourd'hui les mêmes qui sont capables de passer une nuit entière à regarder 51 épisodes d'une même série, n'aiment pas passer trop de temps sur un seul film. Je dis "plus dangereux" pour la postérité du film (dans 6 mois, on en parlera comme d'un vieux film, et "en plus il est long"), bien entendu, même si je pense que par bien des côtés il ne sera pas oblitéré avant longtemps. Adam McKay, qui est aussi militant que connaisseur des médias, a tout fait justement pour que le film repose sur des solides bases narratives: une situation claire, une utilisation contrôlée et constamment inventive des sources médiatiques, et une chronologie globalement linéaire, dans laquelle les décrochages sont minimes: des flashes de rappel, ou des montages parallèles qui alternent les causes et leurs effets, pour mieux montrer les mécanismes dialectiques à l'oeuvre...

Car l'essentiel du film repose sur la communication des nouvelles et son exploitation par les corps constitués. Une situation qui permet à McKay de viser juste, sur la présidence Trump d'une part, mais aussi sur une Amérique et une planète désormais engluée dans l'idée préconçue qu'on peut en permanence fabriquer "sa" vérité à sa guise, comme cette présidence girouette qui commence par railler les scientifiques, avant de demander des infos à "ses" scientifiques (qui vont confirmer exactement le diagnostic), mais pas pour établir la vérité, non: pour servir ses intérêts... Puis une fois les deux héros discrédités une fois de plus en public, la présidence va utiliser l'expression "don't look up", en réaction à l'injonction classique de la science-fiction: n'écoutez pas ces alarmistes, ils racontent n'importe quoi. Les meetings présidentiels dans le film sont troublants de par leur ressemblance avec la campagne Trump. 

Les personnages sont brillants, dans la mesure où le dosage entre caricature et reflet de la réalité est rendu si facile par la situation dans laquelle se trouve le monde, finalement... Il y a vingt ans, on aurait pu râler devant cette présidente qui se réfugie en permanence dans la grossièreté et la bêtise, qui se fait repérer à envoyer des textos avec photos salaces à l'appui, qui réalise que le fait de fumer en public lui donne une image de rebelle auprès des débiles qui par ailleurs votent pour elle, et par dessus le marché elle est flanquée d'un "chief of staff" qui est encore pire qu'elle (imaginez Cyril Hanouna en premier ministre d'Eric Zemmour... ou pas, d'ailleurs, c'est doublement effrayant) et qui n'est autre que son fils... Mais aujourd'hui ça passe tout seul, et pour cause! Sinon, les autres personnages, notamment les deux principaux, évitent en permanence le piège de n'être que des minables dans un jeu de massacre: on les aime bien, y compris quand ils se fourvoient...

Logique, riche, avec suffisamment de matière pour qu'on puisse y retrouver notre monde (futilité des médias, atrocité de la musique, incarnée par Ariana Grande qui joue avec gourmandise une chanteuse écervelée richissime au QI de moule, omniprésence des réseaux sociaux, promptitude de l'Américain moyen à tout questionner, politique corrompue, businessmen érigés en consciences par dessus les services publics et les scientifiques, et sondages comme seule marche à suivre), le film est formidablement interprété par un casting de luxe: Leonardo di Caprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep, Tomer Sisley, Jonah Hill, Melanie Lynskey, Timothée Chalamet, Cate Blanchett, Ron Perlman ou encore Himesh Patel... C'est curieux, il fut un temps où les castings de luxe étaient réservés aux films commémoratifs (The longest day, par exemple)... Plus maintenant: un conseil, quand vous voyez un film, même rigolo, avec 25 stars dedans, c'est qu'il y a probablement quelque chose qui ne tourne pas rond, du tout, du tout, du tout...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction