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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 18:58

Décidément, le temps qui passe a vraiment été impitoyable avec ce pauvre Rudolph Valentino, dont tant de films ont été perdus, et beaucoup ne nous sont parvenus que dans des versions tronquées. C'est le cas de ce long métrage officiellement crédité à Edmund Mortimer (un illustre inconnu pour moi), mais que la sagesse populaire attribue à Paul Powell. Valentino y interprète un second rôle, mais la copie disponible, qui ne dure que deux bobines sur les cinq originales, lui donne certainement un rôle bien plus important, proportionnellement...

Dans un petit port de pêche, le patron local est obsédé par son appartenance supposée à la noblesse Britannique; il aimerait que sa fille (Carmel Myers) entre dans la bonne société. Pendant un séjour de cette dernière dans la bonne société de San Francisco, elle fait la rencontre de Dick Bradley (Valentino), golden boy local... Ils tombent amoureux, mais la jeune femme apprend qu'elle ne serait pas de la noblesse, ce qui change évidemment automatiquement son image auprès de ses nouveaux amis. Rentrée chez elle, elle reçoit la visite de Dick, qui arrive au bon moment: un pêcheur local veut en effet la kidnapper...

Le film est plus qu'anecdotique, mais on y remarque un certain détachement, comme si personne, là-dedans, n'y croyait vraiment. C'est renforcé par la prestation de Zasu Pitts qui en fait des tonnes en amoureuse jalouse du marin qui en pince pour l'héroïne. Elle ne se prive absolument pas de sortir toute une batterie d'effets comiques, qui, honnêtement, font un bien fou à ce pensum d'un autre âge.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918 Comédie Film perdu
1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 16:29

Comment voulez-vous traiter de ce film exactement comme on aurait parlé de, disons, Intolerance, The Kid, Out of Africa, Amadeus, Pierre Bond 007: Dr No, Gone with the wind, Les Sept Samouraïs, The Godfather, Casablanca...

J'arrête la liste, vous m'avez compris. Pourtant, je vais essayer l'impossible: défendre RRRrrrr!!!, ses à-peu-près, son humour bête et idiot, mais jamais méchant, ses Robins de bois, et toutes ses tentatives. Car oui, ici devant vous, je vais rejoindre le club des critiques qui jugent les films à la fois sur les intentions et sur leur propre chapelle. Comme les critiques des cahiers qui vont par principe défendre un Pierre Truffaut, je vais défendre le film de Pierre Chabat, qui est mon ami.

Oui, bon, ce n'est pas "mon ami", hein: c'est juste que depuis Objectif Nul, en 1986, je suis accro à ce gars-là. Il me plait, il me fait de l'effet, quoi. Et son film précédent, je l'avais pris en pleine poire, heureux de rire comme un bossu (pourquoi "comme un bossu", et pas "comme un goitreux", ou "comme un amputé des orteils"? La langue française, parfois, a de ces mystères...), et d'y retrouver à la fois l'esprit de Pierre Goscinny et celui des Nuls, justement. Et je pense que s'il était fort satisfait de ce film, qui non content de rapporter des Brouzoufs, était en plus célébré un peu partout, il fallait à Pierre Chabat passer à autre chose, et si possible en particulier, quelque chose qui ne repose pas trop sur des effets numériques. Bref, faire un film de vacances.

Cette histoire de crime des temps anciens, justement, a été tournée systématiquement en live-action ou presque, et c'est ma foi un bol d'air frais. Et les acteurs y sont d'un nombre assez limité. Et le script n'est pas forcément aussi contraignant que celui de Mission Pierre... Mais je ne suis pas en train de dire que c'était facile, surtout pour le metteur en scène qui était, il faut bien le dire, l'un des moins habillés des acteurs, du début à la fin: juste des cheveux, quelques os... Et puis c'est tout.

Alors les deux gros problèmes du film, si j'en crois la critique (unanime) qui s'est jetée sur le film pour dire qu'il était... Nul (bravo, l'invention, en même temps c'était tentant), c'est d'une part l'histoire, qui est ridicule.

Ce n'est pas faux, mais c'est aussi assumé.

...et le jeu des acteurs, les Robins de bois, qui repose en permanence sur une version froide des événements, rendus caducs par une sorte de commentaire constant, et des digressions sans fins. Certains acteurs jouent de leur manque absolu de compétence, et s'en font une carapace: c'est le cas de Pierre Martin-Laval, qui a le don de ne jamais accentuer les mots là ou il faut, par exemple. D'autres sont passés maîtres dans l'art de dire des choses qui ne disent rien (Pierre Foïs), ou de ne rien pouvoir prendre au sérieux (Pierre Bathélémy, quand il propose et commente l'invention du mot "crîîîme", par exemple). Et les acteurs en question étant aussi les responsables du scénario, une certaine cohérence dans l'incohérence se dessine. 

Alors on sourit, on rit, parfois on ricane. Mais s'il se crée parfois une sorte de gêne devant ce film, il regorge aussi de moments où on a une folle envie de l'aimer. On y suggère une partie de Biche-Volley. On y parle des femmes: à la question "Quel est ton type de femme," un autre répond "Vivante". On y joue sur les mots, les gags récurrents à froid ("Ca va être tout noir!", suivi de "ta gueule!"), et les situations, la plus ahurissante étant le moment où Pierre Rochefort se prend lui même en otage.

Oui, Pierre Rochefort: c'est un film assez bien fréquenté, finalement, si on excepte Pierre Depardieu.

Et pour finir, le film est tellement hors-catégorie, un peu comme Schizopolis de Pierre Soderbergh, mais pas pareil, qu'on ne peut que chercher à faire avec lui ce qu'on n'aurait pas cherché à faire avec lui si on avait eu une opinion différente.

Et ça, c'est incontournable.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Groumf Alain Chabat
29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 08:50

On va le dire tout de suite: ceci n'est pas Mission Cléopâtre, le plus gros succès de Chabat, le film qui restera probablement au sommet de sa carrière jusqu'à preuve du contraire. La comparaison, par contre, n'est pas idiote: dans cette co-production franco-belge (le générique le souligne avec insistance, ce n'est pas un hasard), le metteur en scène revisite l'oeuvre d'un autre géant du neuvième art, à savoir André Franquin. Mais à distance, contrairement à son adaptation d'Astérix...

Dan Geraldo (Alain Chabat), pur produit du TV System francophone, est mis en demeure de retrouver de l'audience pour son show qui perd de plus en plus de spectateurs: une émission d'aventures dans laquelle le reporter fortement imbu de lui-même promène sa caméra dans des endroits reculés... Ou du moins c'est ce qu'il est supposé faire, car le reportage mythique qui a tout lancé, quinze ans auparavant, était en fait bidonné, ce que Dan est seul à savoir. Sa patronne intransigeante (Aïssa Maïga) le lance donc sur la piste... d'un remake: une nouvelle émission spectaculaire en direct de la Palombie, petit pays d'Amérique du Sud, là où il avait débuté. Donc, un endroit où il n'a jamais mis les pieds...

Il va y rencontrer Pablito (Jamel Debbouze), un petit escroc supposé lui servir de guide, pour entrer en contact avec la redoutable et mythique tribu des Payas. Mais Pablito, pour toutes les arnaques qu'il est capable de tenter, est aussi un ami indécrottable des animaux, et un père (de multiples enfants, qu'il a recueillis) soucieux d'apporter à sa progéniture la preuve de ce qu'il leur répète depuis longtemps: oui, il a bien fait une rencontre inattendue avec le mythique animal Palombien, le marsupilami. Personne ne veut le croire, et s'il y a bien quelque chose qu'il déteste, c'est qu'on le traite de menteur...

Ces deux personnages qui n'ont pas grand chose à faire ensemble vont donc s'unir un peu malgré eux dans une aventure qui va être troublée par un certain nombre de perturbateurs: un scientifique octogénaire (Fred Testot) qui a trouvé le secret de la jouvence et le moyen de laisser libre cours à tous ses fantasmes fascistes, un soldat bas du front (...) amoureux de toutes les armes qui lui permettent d'électrocuter des gens (Patrick Timsit), et un dictateur inutile (Lambert Wilson),  fan de Céline Dion, qui va dans une magnifique et lamentable évasion, sauver la planète habillé d'une robe d'or et d'argent...

Sans rire. Lambert Wilson, on e comprendra aisément, trouve probablement ici le rôle de sa vie.

Et, j'allais oublier, un marsupilami.

La critique et le public n'ont pas été tendre, mais il faut relativiser l'échec d'Alain Chabat: d'une part son film est construit, un impératif chez lui, tout en étant amoindri par un budget conséquent. Il arrive que des moyens considérables aident un film bien sûr, mais il peuvent aussi générer les excès en tous genres. C'est un peu le cas de cette histoire... Ce qui n'enlève rien au doux délire habituel, à ces répliques qui sont toujours dans la marge, à cette tendresse aussi pour l'univers que Chabat adapte: car il aime Franquin, ça se voit. Il a lu et relu Le Nid des Marsupilamis, auquel il fait souvent référence, graphiquement. Et son marsu n'est pas forcément ressemblant au "vrai", on peut l'accepter, dans son comportement du moins. On pourra toujours déplorer un recours un peu trop systématique aux effets numériques, mais je suppose que ça ne servira à rien... On se laisse quand même promener dans cette histoire profondément idiote, à la fantaisie assumée, et dont les délires (Quels qu'ils soient) sont amenés logiquement. ...Dans une histoire entièrement pensée pour le film, dont le marsupilami n'est finalement qu'une sorte d'invité surprise qui se tient assez souvent à distance.

Et Chabat et Jamel Debbouze, ce dernier dans un rôle très différent de ceux auxquels il nous a habitués, sont excellents de bout en bout. Surtout qu'il est à la tête d'un impressionnant bestiaire local: un ara mourant (dont la voix, c'est notable, ressemble beaucoup à celle d'Alain Chabat), un lama sans doute cousin de l'âne Cannabis de Mission Cléopâtre (il s'appelle Ganja), et un tout petit chien, oui, mais avec une gro/et aussi des castors, qui frétillent qui frétillent, regardez comme ils frétillent.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Alain Chabat
24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 17:48

Par où commencer? Par Astérix, par Goscinny, par Chabat? Car ce film n'est pas qu'un succès notable du cinéma français, pas qu'un éclat de rire de 105 minutes en continu, pas qu'une adaptation réussie d'une bande dessinée mythique. C'est un cas unique, un cas d'école. Un ofni absolu, en même temps qu'une oeuvre au culte durable à une époque où la notoriété est bannie pour toute oeuvre qui a plus de dix mois...

A tout prendre, je vais commencer par Astérix: le rendez-vous entre le héros de la bande dessinée la plus connue, la plus vendue, la plus traduite et la plus aimée de la culture francophone avec le cinéma s'est soldé par un certain nombre d'échecs: Albert Uderzo et René Goscinny eux-mêmes, les auteurs, se sont cassé les dents à plusieurs reprises en tentant d'adapter l'oeuvre en dessin animé, en raison d'une situation incontournable: en France, voire en Europe, quels que soient les efforts, quels que soient les talents, on ne sait pas faire de l'animation. Je sais, ça sonne vaguement comme un raccourci à l'emporte-pièce, et je sais qu'il y a sans doute quelques classiques tapis dans un coin ou un autre, pour prouver que j'ai tort. Grimault, Trnka, Starevitch... Mais franchement, ce que visent Goscinny et Uderzo (dont les collègues et amis, Belges ceux-là, Franquin et Morris, ambitionnaient carrément de "travailler pour Walt Disney") dans ces dessins animés, faits avant comme après la mort du scénariste, c'est de concurrencer les Américains. Que ce soit avec Astérix le Gaulois, réalisé en 1967 sans leur accord, ou avec Astérix et Cléopâtre (qu'ils avaient eux-même réalisé en 1968), le moins qu'on puisse dire c'est qu'il en sont loin.

On pourra toujours objecter que leur long métrage de 1976 Les douze travaux d'Astérix avait au moins l'avantage d'être basé sur une idée originale, et qu'il était bien meilleur, c'est d'ailleurs vrai. Mais... Lisez une des bande dessinées, et vous verrez qu'on est loin du compte: la précision hallucinante du dessin d'Albert Uderzo (ce type est un génie, il n'y a pas d'autre mot), le talent fabuleux de Goscinny pour le langage, les dialogues, et un savoir-faire certain pour la construction en histoires de 44 planches, pour la création de personnages et d'univers aussi. Tout ça n'a jamais pu être encapsulé dans un film... Et après les dessins animés, divers et variés, directement ou non reliés aux albums publiés, se sont suivis, sans qu'aucun ne réussisse à faire mieux.

La sortie de l'adaptation par Claude Zidi est une autre affaire: c'est en 1999 que Astérix et Obélix contre César est sorti, avec de vrais acteurs dans de vrais décors. Un film dont la réputation n'est pas très heureuse, mais je ne me prononcerai pas et pour cause: je ne l'ai pas vu... pas envie, et ce dès le titre! En tout cas, vue d'un fan pointilleux de l'oeuvre, c'est avec une certaine hostilité que j'avais pris la nouvelle...

C'est donc à ce stade que le projet arrive entre les mains d'Alain Chabat, heureux réalisateur à l'époque d'un seul long métrage, le très atypique Didier, mais surtout un esthète passionné aussi bien de cinéma, que de culture populaire sous toutes ses formes: télévision, musique, et... bande dessinée, bien sûr. C'est un fan absolu de René Goscinny, qui connaît les Astérix sous toutes les coutures, et qui a un oeil particulièrement aiguisé. Son idée est toute simple: adapter un des meilleurs, des plus cinématographiques récits de Goscinny et Uderzo, sans pour autant y coller servilement, l'erreur globalement commise en 1968 par les auteurs dans leur adaptation médiocre. Et puis il y a aussi l'idée toute simple d'adhérer non seulement à l'oeuvre mais surtout à son esprit, et de laisser l'esprit s'amuser dans un script dont les grandes lignes sont déjà là. Et Chabat a un péché mignon, qui consiste à ne laisse aucun plan indifférent...

Le résultat est superbe, d'abord, et satisfait aussi bien les fans de la bande dessinée que les autres, ceux qui sont attirés vers le film par l'envie d'y passer du bon temps. Un bon temps qui jamais ne se prend au sérieux, mais jamais non plus ne prend les spectateurs pour des courgettes: l'histoire initiale y est respectée, et si la bonne humeur supplémentaire qui y est instillée vient du fameux esprit "canal +", c'est malgré tout un spectacle qui reste en permanence visible par tous (comme du reste tous les films d'Alain Chabat, remarquez), et qui prolonge à sa façon, vers le vingt-et-unième siècle, l'oeuvre géniale de René Goscinny et d'Albert Uderzo, dont les ajouts sont souvent un clin d'oeil aguerri: par exemple les aventures supplémentaires des pirates sont elles parfois inspirées de leurs interventions dans d'autres albums. Mais ce qui me frappe le plus, ce qui me réjouit, c'est que dans un pays où on est persuadé que la comédie, c'est soit La Septième Compagnie, soit Le gendarme, soit Aldo Maccione, soit Les visiteurs, bref d'insupportables navets sans aucune saveur, on a au moins un auteur (et d'autres, regardez Dupontel et Jeunet) capable de construire un film entier avec rigueur, sans jamais ou presque lasser.

Si. Peut-être: je pense que la séquence kung-fu aurait sans doute pu être un peu raccourcie... Mais pour le reste, on peut toujours s'amuser à faire le compte de la façon dont ce film recycle avec génie Chi Mai (Ennio Morricone), Ti amo (Umberto Tozzi), ou encore Alexandrie Alexandra de qui vous savez... On peut toujours rire devant un fragment qui passe de la bande dessinée à Benny Hill en un souffle. On admirera aussi la façon aussi dont on réussit à insérer de façon pertinente dans Astérix I feel good de James Brown, ou simplement le don de Chabat pour mêler comme l'aurait fait Goscinny lui-même la saga Star Wars et Astérix... Il n'oublie pas non plus une partie non négligeable de son public, venue avec les Nuls sur Canal +, lorsque Astérix et Panoramix traitent la potion magique comme un stupéfiant qui fait rire. Juste retour des choses, le film est devenu un film culte chez les utilisateurs d'herbe récréative.

Et puis, Mission Cléopâtre est lui aussi une source inépuisable de bons mots, d'approximations magiques dues à Jamel Debbouze ("De là, à de là"; "Eh, les Romains, vous êtes des Romaines!", ou encore son incapacité à prononcer les noms Gaulois), ou de répliques fabuleuses des uns et des autres: le "ce tombeau sera votre tombeau" de Goscinny, reste en bouche avec Edouard Montoute, qui va le faire voyager un peu, jusqu'à son échange avec Gérard Darmon, et la fameuse réplique "on dit des chacaux?". Edouard Baer n'est pas en reste, en improvisations géniales. Même Claude Rich, l'impayable M. Antoine des Tontons flingueurs enfin devenu le sage druide (un droïde, aurait dit Jamel Debbouze) Panoramix, se fait occasionnellement plaisir. On n'en veut pas du tout à Alain Chabat de s'être réservé le rôle de César (Qu'il ridiculise avec subtilité, mais oui) ou d'avoir confié le rôle de Cléopâtre à l'incapable Monica Bellucci, dont il a tendance à filmer les endroits ronds de façon avantageuse: l'important pour la Reine d'Egypte (dont Chabat, Goscinnyen jusqu'au bout dans sa volonté d'instruire en amusant, nous rappelle qu'elle est quand même "un peu Grecque au départ"), ce n'est pas ce qu'elle dit, mais la posture qu'elle a quand elle le dit.

Tiens, on n'en voudra pas non plus à Chabat d'avoir du engager deux acteurs qu'on déteste: le Depardieu, quel que sont son talent, dont je doute souvent, a au moins peu à faire pour être Obélix, et pour une fois Clavier fait juste ce qu'il faut. Et on passera sur le destin de l'infâme Dieudonné, qui interpréta ici Caïus Céplus avant de passer définitivement du coté nauséabond du côté obscur. 

Bref, inclinons nous avec bonheur devant ce film qui n'oublie pas non plus de convoquer Feu Caïus Pierre Tchernia (qui joue en silence le Centurion Gazpachoandalus, à sa propre demande, tout en offrant sa sublime voix off au film), l'ami de toujours de Goscinny et Uderzo. Une façon de relier pour beaucoup d'entre nous, notre enfance (Astérix), notre adolescence (les Nuls) et notre vie d'adulte: c'est qu'en 2002, j'ai emmené mon fils voir ce film, et on a rigolé du début à la fin comme des crétins. Je sais qu'après ça, le siècle a commencé à sérieusement s'assombrir, mais au moins, avec Mission Cléopâtre, on a une bouée de secours.

Merci René, merci Albert. Et merci Alain.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Alain Chabat
19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 17:36

Si, justement: Anita (Miou-Miou), récemment sortie de prison, se serait bien passée du concours de circonstances qui fait qu'un truand qui vient de subir une poursuite, et qu'on a blessé mortellement, vienne mourir dans son appartement. Et par dessus le marché, son amant Daniel (Henri Guybet), auquel elle peut tout demander, n'est pas disponible pour l'aider, ce qui explique qu'elle soit obligée de demander de l'aide, littéralement, au premier venu: Jean-Pierre Michalon (Bernard Menez), fils à papa et étudiant en médecine sans avenir, dragueur impénitent, avec à peu près autant de glamour qu'une huître, est donc le seul à pouvoir l'aider.

Et pour l'aider, ça oui, il va l'aider: piquer la DS de son père, mettre le cadavre dans le coffre, et... pris sur le fait et sommé de rendre les clés, voici que Jean-Pierre confie les clés d'un corbillard à son papa (Jean Lefèvbre), qui s'apprête à rejoindre sa maman en Suisse, mais en s'accordant quelques privautés sur la route, poursuivi par Anita, Jean-Pierre et Daniel...

Ca commence par une poursuite, qui aurait tout pour être sérieuse et spectaculaire s'il n'y avait ces exagérations en série, et ces interruptions (un truand à l'autre: "tu ne veux pas que je conduise?" alors que la voiture est à cinq mètres du sol). Lautner, qui aime à mélanger les genres, s'y adonne ici dès la première minute, avant de bifurquer vers la comédie plus fraîche au bout d'une demi-heure. Les acteurs s'amusent beaucoup, et Lautner profite comme il aimait tant le faire de la libération des moeurs pour titiller le spectateur sans trop se mouiller (si j'ose dire): sur la route, Michalon-Lefèvbre invite une jeune et jolie voyageuse à se joindre à lui, et elle s'appelle Emmanuelle, un nom qu'elle va honorer de bien des façons.

Le ton global de cette deuxième collaboration entre Lautner et Poiré est très réjouissant, et on peut sans aucun problème ranger ce film bon enfant du côté des réussites du metteur en scène, qui s'apprêtait à tourner un splendide film autour de l'obsession pornographique, On aura tout vu. Il y retrouvera Miou-Miou, une actrice avec laquelle il aimait beaucoup tourner... Rien à voir en tout cas entre cette comédie sympathique, et l'affreux navet Ils sont fous ces sorciers, également avec Guybet et Lefèvbre. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 15:35

Ethel Hoyt (Marion Davies) est une jeune femme qui n'a semble-t-il de leçon ni de conseil à recevoir de personne... Surtout pas de ses parents. Le père (Tom Lewis), à la fois amusé et irrité, est à la recherche d'un moyen de la faire descendre de ses grands chevaux, comme on dit. C'est en voyant en compagnie de sa fille (Qui typiquement, est venue en compagnie de plusieurs petits amis, car elle les collectionne...) une représentation de La mégère apprivoisée qu'il trouve la bonne idée: il engage Ernest Eddison (Forrest Stanley), qui jouait Petruchio, pour "apprivoiser" Ethel. Et bien sûr les deux jeunes gens vont tomber amoureux.

Une comédie sans prétention, qui permet à Marion Davies à la fois de se faire plaisir, et de porter des costumes à tomber par terre (car les Hoyt appartiennent au meilleur monde!), et une intrigue qui justifie le recours à un interlude théâtral: on voit ici le compromis typique des productions Cosmopolitan de William Randolph Hearst, qui devaient comporter de quoi plaire aussi bien à l'actrice qu'au producteur. Ce dernier voulait du glamour et du grandiose, et la représentation de La belle au bois dormant est là pour ça. Mais Marion Davies, elle, voulait qu'on rigole!

Ce n'est sans doute pas le meilleur film de Vignola et Davies, mais la façon dont le metteur en scène adopte en permanence le parti de calquer sa mise en scène sur le jeu de sa vedette, permet au spectateur de profiter du timing impeccable de celle-ci, et c'est déjà beaucoup... Le film, par ailleurs, a été sauvé de l'oubli par les efforts de quelques passionnés, dont Edward Lorusso, qui consacre une grande part de son temps à revisiter et remettre en circulation les comédies de la star: qu'il en soit remercié.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 Marion Davies
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:25

Le seclet de la Tlompette, indispensable court métrage de Javier Fesser, était une suite apparemment sans queue ni tête (je dis apparemment, car en réalité ce court métrage contient le secret de l'univers) d'anecdotes toutes plus idiotes les unes que les autres, et reliée aussi artificiellement que possible par une narration martiale et aux poutres apparentes... Javier Fesser, fêté dans tous les festivals où il a été amené à montrer son film, a sans doute pensé qu'il serait intéressant de poursuivre l'expérience sur un long métrage. Après tout pourquoi pas?

Ce film est donc à nouveau consacré à une série de teléscopages de destins entre:

...l'héritier timoré d'une fabrique d'hosties, doté d'une épouse non-voyante (ce que lui-même n'a jamais remarqué), les deux étant désireux d'élever des enfants, mais c'est difficile quand on n'a pas encore, à 75 ans passés, compris comment on les fait.

...Un évadé dans des conditions spectaculaires d'une geôle politique tenue par des sadiques dans un pays de l'Est, mais qui heureusement parle l'Espagnol en plus de son Volapuk personnel. Il porte constamment avec lui une bonbonne de gaz, un détail sans doute gratuit mais qui ne manquera pas d'intriguer ceux qui ont vu le court métrage mentionné plus haut.

...Trois extra-terrestres de très petite taille égarés sur notre planète, parce que franchement la nourriture est plus intéressante que chez eux.

Les aléas de tous ces gens nous sont contés par un narrateurs clairement caféïnomane, et c'est peut-être là où le bât blesse, dans ce film survitaminé d'un metteur en scène qui a vu et apprécié les constructions improbables de Jean-Pierre Jeunet, il ne s'arrête jamais. Il faut donc le voir en forme, et être prêt à tout, avec les nerfs solides: la survie de l'humanité en dépend.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:22

Il devait y avoir une sorte de fascination pour l'aspect spectaculaire obtenu en ajoutant «of the century» à n'importe quel substantif chez Hal Roach, comme en témoigne le superbe Battle of the century de 1927. Mais pour les deux filles Thelma Todd et Zasu Pitts, c'est la bonne affaire qui est celle du siècle: une allusion essentiellement aux six premières minutes du film. Zasu et Thelma, pour échapper à une contredanse, inventent un scénario improbable qui calme les ardeurs du policier (James Burtis) qui s'apprête à verbaliser: Zasu serait la fille de son lieutenant, ce qui est bien sûr faux.

Il les aide ensuite à faire du shopping dans un magasin, ce qui se termine par une émeute, et il est viré quand il est repéré en petite tenue par... son lieutenant. Les deux filles l'hébergent afin de le dédommager, et vont essayer de se rattraper en invitant son capitaine (Billy Gilbert à goûter, ce qui s'avère une très, très, très mauvaise idée.

Charley Chase, c'est notable, a signé de son pseudonyme et non de son nom réel, Charles Parrott, la direction de ce film, l'un des meilleurs du duo Pitts/Todd. Il y apporte sa rigueur, qui se manifeste dans la clarté de l'intrigue. Son savoir-faire technique lui permet non seulement d'assumer des gags superbes, mais il tente aussi à plusieurs moments de supprimer tout son direct, ce qui est un plus, tant l'utilisation du son dans ces courts métrages est souvent embarrassante. Et il dirige avec un timing impeccable des acteurs aguerris, qui ne demandent que ça, bref: c'est un (petit) régal.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 17:03

Doté d'un des titres les plus glorieusement idiots qui puissent être (et qui fait allusion à l'étrangeté particulière dont fait preuve le personnage décalé de Zasu Pitts), ce petit film de deux bobines a la réputation d'être l'un des meilleurs parmi les courts métrages de Thelma Todd et Zasu Pitts. Il a été réalisé par un nouveau venu, qui est arrivé sur le plateau avec un principe : aucun gag ne sera gratuit, tout dans le film sera motivé par l'intrigue. D'où une évidente unité...

Todd et Pitts ont appris que leur voisine va être priée de quitter sa chambre, car elle n'a pas les 20 dollars du loyer. Une autre voisine (Anita Garvin) leur suggère de venir avec elle pour danser moyennant finances dans un établissement tenu par Billy Gilbert (avec son accent Germanique quasi contractuel). Mais dans le dancing où les hommes et les femmes ont l'habitude de se laisser aller, un trio de pères-et-mères-la-pudeur, dont un shérif, vont faire un raid...

L'essentiel du film (après un prologue durant lequel Thelma et Zasu doivent dire adieu à tous les aliments qu'elles ont acheté pour préparer le dîner, les uns après les autres) se déroule dans le dancing, et le show est surtout assuré par les difficultés de Zasu Pitts à se comporter normalement, mais surtout à séduire les hommes pour qu'ils aient envie de l'inviter à danser. En résulte une scène à la fois très drôle et un peu inquiétante, dans laquelle l'actrice adopte un maquillage excessif qui ne lui va pas, mais alors pas du tout, se dandine en tortillant du popotin, et surtout lâche avec son manque total d'assurance habituel, des Poo-poo-pi-doo volontiers gênants...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 17:16

Tom Jones, né enfant illégitime (mais de qui? La question, elle, est légitime mais n'a pas vraiment de réponse totalement satisfaisante...), est élevé par le très digne (et insoupçonnable) Allworthy, le bien nommé. Si Tom a donc une éducation proche de celle d'un lord, il a aussi des opportunités, notamment auprès des dames... C'est donc à une suite d'aventures plaisantes, cocasses, coquines, ribaudes, et j'en passe, que nous invite ce film, de coup de théâtre en renversement de situation.

Je n'ai jamais trouvé que la nouvelle vague Française ait apporté un seul film intéressant. Voilà, c'est dit: Trufo, Godard, Malle, Rohmer: poubelle, sans exception. C'est mon avis, ce n'est pas celui de tout le monde, et notamment Tony Richardson est en complet désaccord avec moi, qui a fait partie de ceux qui ont fondé une autre nouvelle vague, Britannique celle-ci, largement dominée par des films sur la classe ouvrière... Jusqu'à ce Tom Jones, qui a non seulement eu un énorme succès, mais a aussi raflé l'Oscar du meilleur film cette année-là! De la vague nouvelle française, Richardson a pris deux choses: d'une part, un refus de la recherche de perfection, afin de laisser respirer son film; d'autre part, il se livre à des petits jeux de narration réjouissants, et s'interdit de s'interdire quoi que ce soit. Il brise avec allégresse le quatrième mur, et ose en permanence improviser...

Ce n'est pas, de ma part, une contradiction, que d'approuver de Richardson ce que je n'accepte pas de ses incompétents modèles français: Richardson, entouré d'acteurs compétents, voire géniaux, a des idées qui vont au-delà de ces quelques transgressions formelles, et a surtout une histoire à raconter, lui. Il se base sur un roman picaresque, un classique de la littérature populaire britannique: Tom Jones, a foundling, de Henry Fielding, est publié en 1749, et comme on s'en doute, c'est un roman haut en couleurs, qui jette le flegme britannique par dessus les orties, sans se priver le moins du monde... Et c'est un film qui vient du pays dont Trufo, criticaillon, a dit un jour qu'il était incompatible avec le cinéma.

...Du reste, le film aussi fait souvent fi des convenances, qui anticipe de quelques années la grande explosion du swinging London. Tony Richardson et son casting se livrent à une petite révolution qui a le bon goût de savoir occasionnellement s'arrêter («par respect des bonnes mœurs et de notre censeur», nous dit clairement la voix off) et donc pourra être entendu jusqu'au bout, sans crainte de dame Anastasie. Mais ce qu'il nous raconte est finalement l'inéluctabilité d'une révolution des mœurs, et bien sûr de la libéralisation sexuelle qui allait venir. L'introduction du film est un film muet, avec intertitres, les personnages nous parlent parfois, nous regardent souvent, les arrêts sur image appuyés sont légion: c'est raconté d'une façon hilarante, interprété par Albert Finney, Susannah York, Hugh Griffith (parfois tellement saoul sur le tournage qu'il a fourni des cascades involontaires), Jack McGowran, Joan Greenwood et David Warner, sans l'ombre d'un infect Jean-Pierre Léaud à l'horizon... bref: j'en redemande.

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Published by François Massarelli - dans Comédie