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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:34

Schenström et Madsen, le grand dépendu et le petit pas si malingre, vivent dans un petit appartement à Copenhague en face de deux jeunes femmes avec lesquelles ils ont une complicité de voisinage: pour rien au monde ils ne manqueraient ces conversations d'une fenêtre à l'autre, qui tournent parfois à un concours farfelu de mimes... Madsen, qui rend parfois des services à la voyante qui habite sur leur palier, apprend de cette dernière qu'il va probablement devenir riche, et trouver l'âme soeur, mais pas avant d'avoir triomphé d'un ennemi redoutable. Pour ce dernier, il est vitre trouvé, c'est un voisin irascible qui habite le même étage. Mais un avocat lui annonce qu'il va hériter la fortune considérable d'un Américain excentrique...

Sorti en décembre 1929, à l'heure où le cinéma du monde entier s'adonnait aux joies étranges du parlant, du balbutiant, du chantant, du bêlant, du bégayant, ce film a le bon goût d'être muet, une situation qui va durer pour Carl Schenström, Harald Madsen et Lau Lauritzen jusqu'à la sortie en mars 1932 de leur dernier long métrage silencieux, I kantonnement, réactualisation du burlesque troupier. Ce film qui nous occupe est assez typique, dans la mesure où l'intrigue, simple comme bonjour et traitée de façon linéaire avec suffisamment de quiproquos et de confusion pour maintenir l'intérêt, permet aux deux acteurs de faire exactement ce pour quoi ils sont devenus des superstars mondiales en leur époque: des numéros physiques, un authentique ballet de pantomime de haute voltige, dans les situations suivantes:

Ils sont vendeurs de bananes sur la côte, et attendent leurs clients sur un radeau et risquent en permanence de se retrouver à l'eau; comment piquer le petit déjeuner du voisin quand il pourrait sortir à n'importe quel moment et vous coller une baffe terminale? on les verra en hommes-sandwiches, déguisés en hommes de la bonne société pour vendre des vêtements, mais s'efforçant de ne jamais montrer leur dos à leurs fiancées, car on y lit la réclame du magasin, et elles ne sont pas au courant qu'ils sont fauchés... Puis on les retrouve aux prises avec des fantômes dans un souterrain! C'est vivace, bon enfant, assez typique de Lauritzen et de ses productions élégantes tournées sur la côte en plein été, avec des jolies filles, dont Nina Kalckar et Marguerite Viby (ici de droite à gauche), qui une fois n'est pas coutume, diront toutes les deux "Oui" à la fin...

 

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Published by François Massarelli - dans Schenström & Madsen Lau Lauritzen Muet Comédie 1929
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 18:19

Marc Marronnier (Gaspard Proust) se marie, et trois plus tard divorce. Il en résulte un livre, qui s'appelle L'amour dure trois ans, qu'il a signé d'un pseudonyme, Feodor Belvedere.

Il aime une jeune femme (Louise Bourgoin) mais ne peut se résoudre à lui avouer qu'il a écrit un best-seller basé sur une négation de l'amour...

Ils se réconcilient, se fâchent, ont des amis qui s'aiment (Frédérique Bel) ou pas (Joey Starr), et vivent dans un microcosme très Parisiano-Canal + (celui d'avant le fascisme médiatique à la Bolloré-Zemmour), bref, dans un milieu probablement fréquenté par Frédéric Beigbeder... Celui-ci s'est d'ailleurs amusé à se placer partout, à faire jouer Gaspard Proust un clone de Beigbeder, et comme il savait que les coutures de son film se verraient, il a tout fait pour que les coutures se voient encore plus: adresses directement au public, digressions, chronologie inversée...

Quant à moi, je renonce: l'amour dure peut-être trois ans, mais ce film étrange et mal foutu dure 95 minutes.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 17:52

L'arpète, nous dit le Larousse, est un terme désuet qui désignait un apprenti, terme qui est resté un peu plus longtemps utilisé dans le monde de la couture: un(e) arpète, c'est donc le plus souvent une jeune couturière en bas de l'échelle... Et c'est exactement ce qu'est Lucienne Legrand, dans le rôle de Jacqueline: une apprentie qui rêve à égaler le patron, un jour... En attendant, elle ne rate pas une occasion de se distinguer: elle essaie les robes de la maison Pommier où elle travaille, robes qui lui vont d'ailleurs bien, et file en douce pour aller acheter un petit goûter pour tout l'atelier... Un jour qu'elle se fait pincer, Pommier l'oblige à jouer une cliente, pour appâter un Américain qui fait le difficile. Ca marche tant et si bien que le monsieur est fou de cette belle cliente qui prétend avoir ses entrées dans les ambassades...

Ce qui n'est pas du tout du goût de Jules (Raymond Guérin-Catelain), le peintre, avec lequel elle vit à Montmartre: il est noceur, mais il a de la morale, et ce qu'on propose à Jacqueline, ça ressemble quand même à une forme de prostitution, il y a donc de l'eau dans le gaz, non seulement entre Jacqueline et Pommier, mais aussi entre Jacqueline et Jules... Et comme pour ne rien arranger le riche Américain n'est autre que le père de ce dernier, vous comprendrez qu'il y a 1) du grabuge et 2) comme qui dirait une impossibilité de résumer ce film sainement!

Donatien, arrivé en cinéma presque sur un coup de tête, a réalisé une vingtaine de films, dont les deux tiers nous dit-on seraient perdus. Beaucoup d'entre eux sont l'occasion de présenter à son avantage son épouse et collaboratrice Lucienne Legrand, peintre, modèle, actrice, etc... Une actrice qu'on attend en Catherine Hessling et qui vaut bien mieux que ça. Parfois desservie par un script qui part volontiers dans tous les sens, elle donne de sa personne avec un bel entrain... Et Donatien, lui, n'est ni Renoir ni L'Herbier ni Gance: auteur de films aux titres aussi divers que Miss Edith, duchesse, L'île de la mort, Mon curé chez les pauvres et (mais vous l'aurez anticipé) Mon curé chez les riches, et Le château de la mort lente, il se rêvait sans doute un peu en Ernst Lubitsch Parisien, mais n'était pas aidé par le fait que la culture Parisienne ne pouvait pas s'exporter aussi facilement. Et si son film se passe dans le milieu de la mode, il multiplie de façon parfois étonnante les digressions (une bobine consacrée à une soirée des quat'zarts qui est un prétexte à déshabillages intensifs), et les non-sequiturs, passe d'une lecture fine et ironique du milieu de la mode à des remarques d'une désespérante franchouillardise ("c'est du vin français, il ne peut pas faire de mal", une remarque dont on aimerait dire qu'elle est antédiluvienne, hélas elle doit encore probablement encore s'entendre dans notre étrange pays)... On introduit Jules comme "le fils adoptif" de Jacqueline... avant de les voir se jeter l'un sur l'autre, ce qui est pour le moins gênant.

Plus étrange encore: Lucienne Legrand, que Donatien rêvait en star comme s'il était Hearst et elle Marion Davies, a été dirigée dans le rôle d'une jeune apprentie, mais elle fait son âge. Et elle garde intact un certain pouvoir de séduction, ainsi qu'une belle énergie, et le fait de ne pas, mais alors pas du tout, avoir froid aux yeux: elle est quasiment nue durant une bobine entière, uniquement habillée d'une hypothétique ceinture de chasteté et d'une perruque blonde... Et réussit à ne pas être (trop) ridicule.

Bref, de fait, c'est un film qui est probablement assez peu digne, mais qui ne  ressemble à rien de ce que j'aie vu auparavant, d'une part. Et d'autre part, dans la troupe de Donatien, il y avait l'immense Pauline Carton, et il me semble que ça c'est quand même un signe d'intelligence...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Muet Comédie
21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 10:42

Sam (Andrew Garfield) est un angeleno, un habitant de Los Angeles donc, sans emploi, et manifestement sans perspectives non plus, si ce n'est celle d'une expulsion imminente: il n'a pas d'argent, donc pas de quoi payer son loyer... Entre deux non-activités (prendre des jumelles pour reluquer les voisines peu avares de montrer leurs charmes, ou même ne pas prendre les jumelles pour les regarder de façon plus directe), il fait la connaissance de Sarah (Riley Keough), une jolie voisine qui lui plaît immédiatement, et qui vit en co-location avec deux copines. Le courant passe bien entre Sam et Sarah, qui se promettent de se voir le lendemain...

Mais le lendemain, la jeune femme a disparu, l'appartement est vide, et les infos seront sans appel: le corps calciné d'une  jeune femme qui pourrait bien être Sarah a été retrouvé sur les lieux d'un accident médiatique: un richissime producteur-industriel-homme de médias a été retrouvé et identifié, après l'enlèvement du personnage. Sam, persuadé d'avoir à faire à un complot de grande ampleur, mène l'enquête...

Une enquête, donc, ô combien foutraque, dans un film où on parle souvent des mouffettes, ce petit animal si mal-aimé, ou encore du réservoir d'eau situé à deux encablures de l'appartement de Sam, le si poétiquement nommé Silver Lake... Un film également hanté par le souvenir du cinéma (Vous vous rappelez, cet art de l'image...): on est à Hollywood, et tout un chacun aime le cinéma, dont Sam: il possède des affiches de films, et pas du Fast and furious, hein, du vrai film; il regarde constamment des films, et il va jusqu'à en rêver: il réinvente Sarah en Marilyn nue dans une piscine comme dans le film inachevé Something's got to give; quand il s'endort après une nuit de débauche, c'est sur la tombe de la grande* Janet Gaynor, dont il va d'ailleurs regarder sur recommandation de sa maman le merveilleux Seventh Heaven réalisé par l'immense Frank Borzage; et toutes ses fréquentations sont justement en lien avec le cinéma, aspirantes actrices ou actrices has-been ("j'ai été actrice entre l'âge de trois et cinq mois", lui dit une d'elles)... Enfin, la comédie est habillée en permanence d'une bande-son qui la rapproche d'un Hitchcock des années 50, à la Bernard Herrmann... Et tant que j'y pense, l'atmosphère  du film est très proche de celle de Vertigo!

Et si cette enquête semble ne pas tenir compte, ni de la logique, ni de la frontière entre rêve et réalité, ni du contexte, celui dans lequel un tueur sadique de chiens rôde, on peut toujours se demander comme le fait un personnage à un moment, pourquoi Sam, qui décidément est bizarre (il n'a pas un sou mais il a deux Gibson chez lui, et pas de la gnognotte, par exemple) se promène toujours avec des biscuits pour chiens sur lui... De là à penser (c'est mon cas) que c'est LUI le tueur de chiens, il n'y a qu'un pas. Mais le film, ayant l'étrange bon goût de ne proposer aucune solution réellement satisfaisante pour les 94 mystères qu'il soulève, et gardant probablement des clés pour les 17 prochains visionnages, décidément bien sympathique...

Non qu'il soit très achevé, ni novateur: les femmes, ici, sont quand même bien crédules, soit condamnées à devenir de la chair à canon pour producteurs, soit prostituées, soit éternelles starlettes qui ne perceront jamais, comme Riki Lindhome, qui quand elle est habillée, porte des vêtements pour des rôles de figuration, mais des vêtements qui donnent sérieusement l'impression qu'elle a du tourner dans un porno... Voici un film donc qui nous en dit probablement plus sur son auteur que sur les gens en général! Un film qui sera sans doute aussi facile à placer dans une conversation entre cinéphiles aguerris, qu'une mention de la pochette de l'album Houses of the Holy, de Led Zeppelin, dans un congrès de pédiatres.

*Hum!

 

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Published by François Massarelli - dans David Robert Mitchell Comédie
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 16:30

Un fils de très bonne famille veut se marier avec la fille d'un boutiquier, sa mère (Alice Joyce) s'y oppose... Elle souhaite utiliser des stratagèmes pour empêcher ça, il n'est pas en reste: alors qu'il est supposé partir en Europe avec sa mère, le fils décide de lui échapper et de rester en ville pour se marier; de son côté, la mère envoie une cousine à sa place et incognito, revient elle aussi parce qu'elle a deviné les intentions de son fils... Les voilà tous dans la maison, la nuit, à se faire mutuellement peur: jack, mary, la mère, sa bonne (Zasu Pitts), et même un cambrioleur (Jean Hersholt) très au courant des allers et venues des gens de la haute, qui pensait trouver la maison vide, tout en prenant les deux femmes pour des consoeurs...

C'est à l'origine une pièce de théâtre, qui profite de la vogue des maisons hantées tout en proposant quelque chose de différent. D'une part c'est splendide, très réussi, avec les acteurs idéaux de bout en bout: Alice Joyce est parfaite en mère snob, Hersholt aussi en cambrioleur de luxe. Et Zasu Pitts en bonne évaporée est comme à son habitude un régal permanent, et elle est d'ailleurs avec son regard absent le principal vecteur de la comédie. 

Sans parler du fait que ce film est le deuxième à ma connaissance à opposer l'actrice à Jean Hersholt. Qu'il est plaisant de les retrouver ensemble... Si Melville Brown, relativement habile artisan, ne se distingue pas par la mise en scène, on profite ici du savoir-faire acquis par les studios Américains au niveau de la photo de John Sturmar, largement nocturne: l'influence des films européens y est savamment diluée dans 'efficacité Américaine. Si ce film n'est pas The cat and the canary, il reste un vrai plaisir, un petit bijou de comédie bien dosée.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 08:28

Sensé continuer la veine de Ma Loute et P'tit Quinquin, ce Coin-Coin étrange et venu d'ailleurs est d'ailleurs la suite de ce dernier... Donc, c'est alors qu'il cherchait, sans doute, un raccourci qu'il ne trouverait jamais que Coin-coin les a vus... Les flaques de glu.

De la glu, ou une sorte de bouse qui sent fort, assimilable soit à "un gros tas ed'brin" pour reprendre une expression locale, soit à du gasoil, il en pleut parfois littéralement. C'est, je crois, un gag.

Autre gag, l'enquête sur ces phénomènes probablement extra-terrestres échoit au commandant de gendarmerie Van Der Weyden et à son fidèle Carpentier, comme ça on retrouve tout son monde, puisque Coin-coin, c'est Quinquin qui a grandi...

On se confronte à l'évolution du monde, par exemple Eve, la petite amie du héros, a désormais une copine, ce qui déclenche parfois des commentaires acerbes. Calais n'étant pas loin, on croise beaucoup d'Africains et de migrants divers. Là aussi, les commentaires fusent: les "héros" ne sont pas en reste. Un parti néo-fasciste, le Bloc, va participer aux élections, et manifestement la présence des migrants est une aubaine pour eux: toute la population les soutient, et Coin-coin est même engagé pour faire partie du service d'ordre.

Et puis ça dégénère: les flaques extra-humaines donnent naissance à des entités qui provoquent le clonage de quelques humains, dont le commandant et Eve; les gendarmes n'y comprennent rien; Coin-coin fricote avec une fille qui le mène par le bout du nez (entre autres); des déguisements de carnaval se font voir, dont un du commandant; le clergé ne s'arrange pas, et les soupçons de pédophilie avec; on parle de zombies à la fin; l'apocalypse pousse les gendarmes à délirer sec, tout le temps: cascades automobiles, dialogue idiot en permanence, logorrhée et surtout un prout facial permanent, dont le commandant use et abuse pour signaler son trouble.

Cette suite qui ne va nulle part s'imposait-elle? Pour ma part je dirais bien non.

"Non."

 

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Published by François Massarelli - dans Bruno Dumont Comédie
23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 10:30

Dans l'étrange et rugueux univers de Bruno Dumont, P'tit Quinquin avait tout pour surprendre: certes, il avait déjà filmé le Nord (au sens large puisqu'ici il s'agit du Pas-De-Calais) et ses habitants, privilégiant aussi souvent que possible et en fonction des besoins des non-acteurs, ou acteurs non professionnels pour être plus exact. Mais son cinéma se faisait globalement bien plus remarquer pour son naturalisme que pour d'autres ingrédients. Car ce film en quatre épisodes, ou cette série, choisissez la dénomination qui vous conviendra, est dans on intention une enquête policière burlesque...

Dans un petit village sur la Côte d'Opale, on trouve le cadavre d'une vache qui contient tout ou presque, mais en morceaux, du cadavre d'une femme, bientôt identifiée comme étant Mme Lebleu, fermière... Bientôt d'autres cadavres vont s'ajouter: un immigré d'Afrique centrale, M. Bihry, sera lui aussi trouvé dans un bovin; M. Lebleu, le mari éprouvé, sera découvert dans sa fosse à purin; le fils Bihry se tirera une balle dans la tête après avoir tenté un baroud d'honneur en forme de jihad sans grand conviction; la petite Aurélie, une adolescente qui avait une relation confuse avec ce dernier, sera retrouvée mangée par des cochons, et enfin on trouvera le corps d'une majorette, qui entretenait avec M. Lebleu des rapports d'affection, sur la plage, avec des attributs de sirène...

L'une des clés du mystère semble être la morale, puisque les deux premières victimes étaient amants et que toutes les suivantes ont un lien: le veuf, puis sa maîtresse, ou encore le fils d'une victime, puis une jeune femme qui a été tentée d'avoir une relation avec lui... 

Mais arrêtons-nous, quelques instants: j'ai écrit, plus haut, "burlesque", et au vu de ce résumé d'une sombre affaire (qui ne sera d'ailleurs absolument pas élucidée dans le film!) qui implique des nombreux décès, tous plus sordides les uns que les autres (tiens, il me revient à l'esprit qu'à un moment, on a trouvé la tête de Mme Lebleu sur une bouse de vache...) on peut se demander ce qui justifierait un tel adjectif! C'est qu'en laissant les gens du cru s'exprimer à leur façon, en encourageant le recours aux idiotismes les plus farfelus, et en confiant l'enquête à deux policiers certes chevronnés, mais surtout fortement pittoresques, Dumont a fait pencher vers le loufoque et l'absurde cette sombre histoire de possession d'un village par un démon qui restera anonyme...

Car les deux gendarmes de Calais qui mènent l'enquête, le commandant Van Der Weyden (Bernard Pruvost) et l'inspecteur Carpentier (Philippe Jore) sont des limiers d'un genre nouveau: le premier, un quinquagénaire au corps gauche, au visage mobile (bardé de tics et de mouvements nerveux), a une diction qui semble avoir une vie propre et indépendante de sa volonté, avec comme il se doit un fort accent nordique et des considérations qui font appel à un bon sens, disons, gendarmistique (notamment ses vues sur le couple formé par une fermière locale et un travailleur immigré, nous rappelle l'influence des idées nauséabondes d'un parti néo-fasciste très implanté dans ces régions); le deuxième est dévoué au premier et le compète, en exprimant parfois de manière plus simple et plus directe, les mêmes considérations. Les deux forment un couple indissociable, uni dans ses dialogues qui reposent sur une solide base de phrases répétées jusqu'à l'absurde ("On est au coeur du mal, là, Carpentier" "c'est sûr, mon commandant")... Et l'intégralité de cette enquête semble vue du point de vue des enfants, de P'tit Quinquin (Alane Delhaye), le gamin d'une autre famille Lebleu, qui s'emmerderait ferme qu'il n'y avait les copains, le vélo, la plage et les bagarres, sans oublier la petite Eve (Lucy Caron), son amoureuse qui monte sur son vélo pour leurs équipées sauvages sur la cote. Leur point de vue de gamins qui souhaitent vivre leur vie tout en participant à une enquête qui les mobilise, débouche sur une vraie poésie, même si eux aussi sont rattrapés par la xénophobie ambiante...

On est parfois par terre, parfois pantois, parfois embarrassé aussi devant cette humanité (rappel ici d'un autre film de Dumont qui lui aussi montrait une enquête) qui ne cherche pas à s'embellir, et Dumont multiplie d'ailleurs les provocations de casting, privilégiant souvent des acteurs qui ont les plus grandes difficultés à parler ou se faire comprendre (le médecin légiste tient le pompon), et même des gens qui ont des difficultés motrices, pour les mettre en avant. la gêne que nous ressentons est-elle de notre fait ou un but délibéré du metteur en scène, je n'ai à ce stade pas de réponse. Et la donnée idéologique, cette trace de racisme dans les personnages, au vu des résultats  d'élection, nous fait nous poser la question: le personnage est raciste, certes. Mais quelle part ces gens prennent-ils dans cette flambée xénophobe? Comme le dit le commandant de gendarmerie, on est au coeur du mal, et la morale, l'intolérance, le soupçon quant au voisin, et des comportements antédiluviens quant au moeurs sont ici mis en valeur, d'une façon qui pourrait bien être une nouvelle forme de naturalisme. Dont d'ailleurs, dans une pirouette, Dumont souligne les contours à travers un échange rigolo entre Carpentier et Van Der Weyden, qui commentent le fait qu'on ait trouvé des restes humains dans le corps d'une vache: "la bête humaine... c'est du Zola, mon commandant!" "On n'est pas là pour philosopher, Carpentier!"...

...Quant aux crimes, je vais vous dire ma façon de penser: c'est le cagoulard qui a fait le coup.

 

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Published by François Massarelli - dans Bruno Dumont Comédie
19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 16:38

Commençons par une digression: je n'ai pas pris la précaution de traduire le titre, car bien que je ne pratique pas la langue de Cervantès, j'ai le soupçon qu'il n'est pas bien difficile à comprendre! Et rien que parce que pendant des années, sans doute motivés par le même instinct stupide de protectionnisme culturel que leur ancien confrère en fascisme Mussolini qui prit la décision d'imposer le doublage dans tous les cinémas du territoire, les Espagnols ont consommé leurs médias en Espagnol, y compris lorsqu'ils achetaient des disques!

Mais revenons à nos moutons et à un champion de la digression: mon premier contact avec le cinéma fiévreux et dérangé de Javier Fesser, c'était lors de la diffusion du court métrage El secdleto de la tlompeta sur France 2 à la fin des années 90... moins de vingt minutes d'une histoire qui ne démarrait jamais, faute de logique, et qui passait son temps à digresser d'une manière totalement idiote: bref, un bonheur...

Les choses ont bien changé, car Fesser, qui a manifestement installé dans le paysage espagnol son propre style et sa propre façon de faire (avec ses collaborateurs, ses acteurs et son public) est devenu un touche-à-tout qui a un peu perdu sa punkitude réjouissante. Il reste un observateur des travers de notre monde, et un metteur en scène attaché à des histoires gentiment loufoques, mais avait-il besoin de réaliser un film à sketches à partir de quatre idées ténues et pas toujours d'une immense richesse, sur 129 minutes? Car ce film parfois, mais pas souvent, drôle, est long, et même très long. Et les meilleurs gags sont sans doute ceux qui font se croiser les intrigues. Toutes, de toute façon, se traînent en longueur et finissent par lasser...

Même la plus courte, c'est à dire la première: un industriel qui a révolutionné la voiture en Espagne dans les années 70, subit le caprice embarrassant de son fils, un raté qui va devoir lui succéder: puis on nous raconte le début de la lamentable histoire d'un monsieur à la vie réglée come du papier à musique, qui a décidé de se lever à 6h30 pour aller photographier le lever de soleil sur la plage qui est située juste en face de chez lui... et ne parviendra jamais à s'y rendre; un jardinier Africain désespéré de ne pas arriver à joindre les deux bouts propose ses services à une femme qui est sur le point d'être expulsée de chez elle et qui a décidé de lui en faire baver tellement elle est en colère; enfin, un industriel corrompu saisit la chance de sa vie: il a entendu parler d'une entreprise qui pour des sommes énormes, fournit à ses clients (maris volages, pourris pris la main dans le sac, etc) des excuses en béton, avec moult détails pyrotechniques... sauf qu'il les engage au mauvais moment.

Il y a des bons moments, donc, mon préféré reste celui qui expose le fonctionnement de cette entreprise d'alibis (qui s'appelle tout simplement La excusa): c'est très drôle et le timing est excellent... Pour le reste, trop, c'est trop...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Javier Fesser
16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 11:23

C'est l'anniversaire de Sue Buttons (Allison Janney): cette respectable mais timide quinquagénaire, qui aimerait tant qu'on la remarque tant elle est effacée, va soudain sans le savoir trouver l'occasion de sa vie: surprenant son mari Karl (Matthew Modine) en pleine action avec une autre femme dans un motel (à laquelle en plus il a apporté des fleurs alors qu'il a oublié de souhaiter son anniversaire à son épouse), elle lui provoque une crise cardiaque... Une fois débarrassée de l'autre femme elle décide de se débarrasser du corps de son mari, puis va annoncer à une émission de télévision locale qu'il a disparu. Grâce à quelques mensonges bien dosés, les médias vont s'intéresser à l'affaire, et les habitants du Kentucky remarquer, enfin, que Sue Buttons existe...

Sauf que Karl était tout sauf un citoyen modèle, et au moment de sa mort, fuyait avec l'argent de sa banque, et des tueurs pas rigolos du tout aux basques... Des tueurs qui viennent très vite renifler du côté de chez Sue.

Il faudrait nommer d'autres personnages: le beau-frère de l'héroïne, approché par les mafieux, et qui essaie tant bien que mal de rester dans le droit chemin; ses deux patronnes, un couple de lesbiennes très folkloriques  au verbe plus que, hum, fleuri; la petite soeur de Sue, une journaliste arriviste qui voudrait bien garder le contrôle médiatique de l'affaire; des tueurs sadiques et mutiques; et enfin une inspectrice qui a tout compris tout de suite mais que personne ne veut croire...

Mais cette comédie n'est pas Fargo. Même si on voit bien la connection, à travers ce personnage effacé qui veut tout à coup exister, il est difficile de ne pas penser à Jerry Sondegaard dans le film des Coen! Mais si Allison Janney assure comme toujours, le reste de la distribution finit par pâlir et le film montre en permanence ses coutures. La caricature tombe souvent à plat... Si vous pouvez la voir en VO, la bande-annonce suffira: elle est plus réussie que le film.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 09:39

Dans un minable théâtre forain, le rôle principal d'une pièce située à la Renaissance va être tenu, pour la première fois, pas la doublure de l'acteur, l'homme à tout faire Honorin (Fernandel) car la vedette, fils du patron-directeur-propriétaire-metteur en scène-auteur Cascaroni, a une rage de dents. Mais Honorin, qui connaît le rôle par coeur mais n'a pas l'habitude, a le trac. Il sollicite l'aide du voyant-hypnotiseur Cagliostro, dont la roulotte est en face du théâtre: celui-ci 'hypnotise et l'envoie à la cour de François Ier pour s'habituer à son rôle... 

S'ensuit une comédie un rien schizophrène, dans laquelle d'une part Christian-Jacque s'est inspiré de la rigueur de la comédie Américaine, et  reconstitué un univers assez solide, avec décors et costumes idoines... dans lequel il a d'autre part amené Fernandel dont la mission est de tout dynamiter avec sa logique populaire du XXe siècle. C'est une comédie soignée visuellement dans laquelle, cinéma français oblige, le flot verbal permanent finit par l'emporter. Alors oui, c'est souvent drôle, mais on ne compte plus les occasions manquées parce que la star passe son temps à tout commenter... Et Fernandel a surtout recours à l'humour de comptoir! Il y a malgré tout, y compris dans la surabondance dialoguée, des moments de grâce loufoque, une joie enfantine pour les anachronismes, et l'utilisation magique d'un petit Larousse qui s'avère bien pratique...

Pour finir, jetons un regard nostalgique sur un film qui en son temps était un passe-partout des diffusions de cinéma à toute heure (Entre La Grande Vadrouille et Fanfan la Tulipe!) et qui maintenant serait sans doute programmé dans le Cinéma de Minuit, à 2h du matin, pour que personne ne le regarde... Ou sur Youtube.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie