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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 16:46

Un film qui commence, et.. ah tiens non, en fait il ne commence pas: il n'est pas encore fait. La cause? Le script, refusé par la commission de censure, qui a objecté à toutes les provocations. la faute en incombe non à l'un (Henri Crémieux) des deux scénaristes, un provocateur obsédé par la noirceur et le glauque, mais plutôt à la mésentente entre lui et son partenaire (Louis Seigner), nettement plus raisonnable... Nous allons assister à leur remise des compteurs à zéro, et le film, de scène en scène, dans deux directions bien différentes, va se dérouler sous nos yeux: l'histoire d'Henriette (Dany Robin), née le jour de sa propre fête, qui est aussi la fête nationale; ce 14 juillet, la jeune femme envisage de passer la journée avec son fiancé Robert (Michel Roux), qui est photographe pour la presse, mais évidemment il a des obligations (plus ou moins, hum) professionnelles; et elle rencontre Marcel (Michel Auclair), pardon Maurice, un mauvais garçon au coeur d'or pour l'un des scénaristes, et... un assassin anarchiste et fou pour l'autre...

Je ne sais pas si Duvivier et Jeanson, les deux scénaristes de ce film, se sont auto-caricaturés en ce couple maudit de scribouillards qui ont manifestement leurs habitudes: ils écrivent en villégiature, accompagnés d'une scripte, Nicole (Micheline Francey), et de deux femmes anonymes dont je doute qu'elles soient leurs épouses légitimes, et qui dans l'ensemble ne servent pas à grand chose... Tout ce petit monde partage bien évidemment la même suite d'un hôtel à la bonne franquette. En tout cas Duvivier ne s'épargne pas, les scènes "noires" du film étant souvent une auto-parodie, mais en un peu trop poussé à mon goût (Cette manie de pencher la caméra pour faire croire qu'on joue sur le style... enfin.). Il nous donne aussi un clin d'oeil à Don Camillo, dans l'une des premières scènes... Mais si Seigner triomphe de son partenaire, le résultat n'est pas pour autant un film à l'eau de rose: Henriette et Robert vont passer par des expériences qui risquent de marquer leur couple de façon durable. Enfin, Duvivier et Jeanson par le biais de leurs scénaristes commentent tout: 'un des auteurs hurle à l'approche d'une troupe de filles dénudées, mais il n'empêche que nous les voyons bel et bien, dans la scène située dans le cabaret qui répond au nom admirable de "Le cochon qui sommeille"! D'ailleurs à chaque fois que Crémieux se fait reprendre pour une de ses idées sordides par Seigner, Duvivier nous montre la scène à ne pas faire...

Cela étant dit, et étant admis que le film est à mon humble avis trop long, le constant parasitage de l'action par les allers et retours des deux scénaristes, le franc-parler de Jeanson, la frimousse de Dany Robin, excellente et l'incroyable présence de Michel Auclair, le Paris de Duvivier, et bien sûr Montmartre, font que cette comédie franchement unique en son genre (Il y a eu un remake, à propos) nous manquait, depuis qu'une sombre histoire compliquée de droits nous en avait privé. Elle est de retour, tant mieux!

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 21:14

Christian Fellous travaille dans la termite. D'ailleurs, il n'a pas son pareil pour déceler des termites dans une charpente, là où le client un peu âgé n'aurait a priori rien vu... De là à imaginer qu'il magouille un peu pour forcer la vente, il n'y a qu'un pas. Noceur, assez désagréable, il a assez jalousement construit sa vie, entre son divorce et les jours négociés avec sa fille unique Vanessa, son travail, et ses soirées très très arrosées, qui se finissent généralement par des coucheries pas trop glorieuses. Et son mal-être est probablement lié à celui de son père Kader qui a travaillé et milité toute sa vie pour s'imposer malgré ses origines Algériennes, et celui de son frère qui lui est au bord du suicide depuis le départ de son épouse. Bref, tout n'est pas rose, mais Christian lui a au moins réussi à se construire une carapace, et en plus il a un vrai trésor: sa fille, qui fait partie d'une troupe de majorettes. Elle aime ça, elle est douée, il la gâte...

...Et c'est de là que viendront deux opportunités. D'une part parmi les copines de Vanessa, il y a Alizée et sa maman célibataire, d'une espèce rare: elle est enceinte de quatre mois, et le rapprochement avec Christian va vite être inévitable. D'autre part, Vanessa travaille d'arrache-pied, comme toutes les majorettes, pour un triathlon de l'été qui va mobiliser toute la municipalité de Montauban, et l'équipe d'aviron a besoin d'un rameur. Un rôle que peut jouer Christian, sans problème... Bref, la vie prend une tournure plus belle, il se met à faire les bons choix.

C'est là qu'une plainte de client victime de vente forcée vient tout gâcher...

Le choix de Sami Bouajila pour interpréter Christian, le fait de proposer à Zinedine Souallem le rôle de son frère (Il y est génial, et sans jamais forcer, comme d'habitude), et de nommer le père Kader (C'est Daniel Prévost), tout va dans une direction que pourtant Rabaté ne souligne qu'en une seule occasion. Mais il y a du racisme dans la soudaine volte-face d'une ville entière, qui commençait à aimer son rameur providentiel, mais déteste volontiers le petit escroc, pourtant pas bien méchant... Il le dit lui même à Christine (Isabelle Carré), la maman d'Alizée, pourtant: "je ne suis pas un homme bien". Mais Christian a surtout du mal à accepter de s'ouvrir vers les autres. le film nous montre le parcours d'un homme qui commence à aimer d'être aimé...

Et le film nous promène à travers cette histoire mi-quotidienne, mi-triste, maintenant la comédie par un écheveau austère de répliques, situations en demi-teintes. Le drame, en fait, n'est jamais loin. C'est la farce qui triomphera, dans une scène inattendue, en forme d'épiphanie et d'auto-sacrifice... Et qui manque presque sa cible. Car Rabaté, qui maintenait une atmosphère cocasse avec son papy veuf qui découvrait les joies de la transgression dans Les petits ruisseaux, et modernisait la comédie à la Tati avec une bonne dose d'absurde dans Ni à vendre ni à louer, est ici bien avare de rires... Et honnêtement, son personnage de râleur impénitent, il mériterait parfois un bon coup de pied quelque part, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Pascal Rabaté Comédie
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 09:40

Catherine Aigroz vient de perdre son compagnon: suite à une action musclée de la police, l'ennemi public numéro 1 a en effet été abattu en gare de Montargis par une moche matinée d'hiver. Et Catherine est enceinte, et arrivée à terme... La naissance, sous le contrôle de l'assistance publique, est pour la jeune femme un traumatisme, et pour être clair, elle n'a pas l'intention de garder l'enfant. Mais très vite, les visites se succèdent: un commissaire de police (Maurice Biraud) vient pour lui secouer les puces, puis les rivaux de son Pierrot-La-Veine, toues ces braves gens n'ont qu'une idée: faire main basse sur le butin de Pierrot, et se doutent qu'elle sait. 

Oui, elle sait, mais elle est déterminée à ne rien dire, et quand elle sort enfin de l'assistance, avec son petit et aussi avec sa copine Marité (Anouk Ferjac), et son fils, c'est suivie de près par deux bandes de caïds armés jusque aux dents que Catherine prend la route de l'arrière-pays Niçois, pour y retrouver l'argent: elle sait qu'il est quelque part dans la propriété que Pierrot avait acheté. Mais... où exactement?

Cette histoire, concoctée par Marcel Jullian notamment, d'après un roman noir de Jean Amila au nom évocateur de Langes radieux, commence comme un film noir méthodique, assez sec, avec une voix off calme et sans passion aucune. Le ton est plutôt froid et dramatique, et le destin de Catherine ne prête pas à la rigolade; l'illusion continue assez longtemps, en particulier avec les interventions de Renée Saint-Cyr en médecin responsable de Catherine à l'Assistance publique: moraliste, bourgeoise, mais mère poule, comme d'habitude Lautner sait parfaitement quel rôle confier à sa maman... On peut voir aussi dans le portrait du commissaire Verdier, par Biraud, un rôle de dur à cuire qui tranche sur les interprétations de minable ou de cave qui étaient sa spécialité. Verdier sait ce qu'il veut et quand il montre les dents dans sa première scène, il impressionne... Pourtant c'est une comédie, et elle ne va pas tarder à virer au baroque...

Pour ça, il fallait à Lautner une exposition, une vraie, et surtout il fallait un voyage: quand Catherine et Marité vont en Provence, ça change tout, et on quitte la grisaille pour un petit coin de solitude et de nature, où la présence de gangsters armés jusqu'au dents va gentiment jurer avec la quiétude des lieux, les aspirations évidentes des deux femmes à prendre du bon temps, et le voisin plus que farfelu interprété par Paul Préboist. Et le film se métamorphose intégralement, Lautner se lâche, Fellous s'amuse comme un gamin à filmer des gangsters dans la nature en fête, et ma foi tout ceci n'est plus tout à fait un film de gangsters...

Continuant son jeu avec les codes et les genres, Lautner (Continuant sa collaboration avec Michel Audiard qui est plutôt inspiré) restructure la "guerre" telle que Lino Ventura et ses copains l'avaient vécue dans Ne nous fâchons pas (A ce propos, un porte-clé à l'effigie du héros de ce dernier film est parfaitement visible dans une scène) et la filme comme un western: une baraque isolée, deux femmes retranchées, un caïd passé plus ou moins de leur côté et qui coucherait bien avec les deux (Henri Garcin en mode Burt Lancaster), et des bâtons dans les roues: il faut impérativement nourrir les deux enfants toutes les trois heures, et ça ne facilité pas le maniement des armes; et en prime, Paul Préboist est un poids mort qui fait furieusement penser à un Walter Brennan en mode Rio Bravo provençal... la dynamite en moins, les dents (pourries) en plus! Et l'arrivée des gangsters, le siège, les fusillades, l'apprentissage du maniement des armes, le décompte mortuaire... C'est règlement de comptes à Nice-Corral, et Lautner, Darc, André Pousse (Arrivée grandiose de l'acteur dans un rôle sublime de parrain de la pègre, après un tout petit rôle dans Ne nous fâchons pas), sont tous dans leur élément!

Que dire d'autre? Mireille Darc est celle qui permet à Lautner d'opérer un tel virage au sein d'une seul et même film, et il n'y aurait sans doute pas eu moyen de tenter cette expérience sans elle. Femme idéale dans le moyen La grande sauterelle, elle devient une femme d'action, qui a un vrai parcours (il lui faudra faire son deuil, puis accepter d'être mère) et qui est le centre d'une intrigue certes fort exagérée, mais qui grâce à son exposition méthodique, tient fort bien la route. Le ton choisi est constamment sur la brèche, et si j'excepte les clowneries de Préboist (Qui en fait des tonnes, je l'accorde), on reste finalement dans le raisonnable. Et au final, en dépit de la menace permanente représentée par la bande d'André Pousse, des remarques sexistes proférées par un homosexuel avéré (Amidou est excellent mais bien sur le rôle est une faite de goût: autre temps, autres moeurs), et de l'aide apportée par un rouleur de mécaniques, ce sont bien deux femmes qui triompheront des hommes. 

Donc pas de raison de faire la fine bouche, bien au contraire. La critique Française reste pourtant bien mitigée sur ce film... tant pis pour eux.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir Comédie
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:16

Trois éléments vont présider à l'existence de ce film: d'une part, Tati voit bien que sa bête noire, le progrès, est en train de gagner, et que la déshumanisation qui l'amusait en 1958, qui gagnait du terrain en 1966, est désormais accomplie. Bref, il y a des machines partout, et elles prennent toute la place! Ensuite, le metteur en scène a besoin de se refaire, parce que son film Playtime l'a mis sur la paille, et pour de bon. Ensuite, il serait temps, pense-t-il, que ce M. Hulot passe la main, prenne sa retraite. Il n'en peut plus de M. Hulot...

Et ça se voit, car contrairement à son voeu, Tati ne parvient pas à se débarrasser du personnage: commercialement, il se doute que Trafic ne sera pas viable si le public ne peut pas au moins retrouver son personnage fétiche, le dernier lien du metteur en scène avec un public qui l'a déserté, effarouché par son étrange film/jeu de piste Playtime.

La firme Altra, une entreprise de modeste taille, est très fière de participer à une rencontre internationale, un salon de l'auto à Amsterdam. Ils vont y présenter un modèle révolutionnaire de camionnette-tente, qu'ils ont baptisé "Camping-car", et toute la troupe se prépare: une voiture amène le décor du stand, un camion apporte le "camping-car", et enfin la "Public-relations" du groupe, une jeune Américaine flanquée d'un tout petit chien, voyage dans une minuscule voiture décapotable. La première voiture arrive à temps dans la capitale Néerlandaise, et installe le décor, mais... les autres n'arriveront jamais à temps. 

Notons que le dessinateur des plans, qui accompagne le modèle à l'intérieur du camion, n'est autre que M. Hulot...

A côté de ces péripéties, on a un certain nombre de fils rouges, car on sait que Tati, qu'on accuse souvent à tort de ne pas structurer ses films, a un penchant pour ce genre de progression parallèle: le petit chien, en lui-même, est un fil rouge, car on voit bien qu'il est partagé entre suivre sa maîtresse, et vivre sa propre vie! la jeune Américaine est intéressante à suivre aussi, car bien qu'elle ait une voiture absolument minuscule, elle change de toilette environ une dizaine de fois, et vit littéralement dans son véhicule avec lequel d'ailleurs elle se faufile partout. Enfin, durant tout ce temps, on assiste par endroits au triomphe absolu du progrès, à travers les postes de télévision qui sont en marche durant le film, et retransmettent le direct du premier contact humain avec la lune. Donc à la fin du film,on pourra toujours dire que c'est la faute à Neil Armstrong, et pas à M. Hulot, parce que les employés d'Altra, passionnés par l'émission, laissent filer le temps...

Mais on verra quand même le "salon" d'Amsterdam: il est lui aussi un fil rouge et nous rappelle un peu, par son accumulation de voitures et de gens, parce qu'il est souvent filmé en contre-plongée, l'univers de Playtime. Tati s'amuse comme lui seul le faisait: il filme de très loin les préparatifs de techniciens (tous en imperméable beige, tiens!) qui placent des fils pour délimiter les stands, et se trouvent à interpréter un étrange ballet en levant méticuleusement les pieds pour passer d'un stand à l'autre; il nous montre avec bonheur les curieuses musiques interprétées dans le salon de l'auto par les visiteurs qui ouvrent et referment portières et coffres; et il insiste sur son thème favori, en nous montrant que le décor du stand Altra est inspiré par le camping et la vie au grand air: c'est donc un faux paysage de forêt, avec un magnétophone qui gazouille. Ce qui n'empêchera pas le patron et le seul technicien qui sera là à temps de se perdre "dans les bois"!

Le reste est dévolu au voyage, aux avaries, aux accidents, aux passages en force à la douane, aux réparations chez les garagistes de plusieurs pays. Comme d'habitude chez Tati on parle, on parle, mais tout le monde s'en fout et personne ne s'écoute... Mais les gags visuels inspirés par le monde de l'automobile sont très nombreux: de la vision d'un concerto pour doigts dans le nez, à un carambolage qui ne fera heureusement aucune victime, mais se résout en cascades légèrement surréalistes (Avec la fameuse VW "Coccinelle" rouge qui "poursuit" une roue comme pour la dévorer, une des séquences les plus connues du film): on ne manque pas de gags ni d'occasion de rire dans le film...

...Mais le rire se grippe. Tati/Hulot est vieux, encore plus à part que d'habitude. Il se fait virer à la fin du film, oui mais pourquoi? Il n'est pas plus responsable qu'un autre. D'ailleurs il fait bien peu: dans son film, Tati montre Hulot qui arrive le plus souvent après la bataille, s'agite en vain, et au final n'a plus aucune incidence sur le monde qu'il croit habiter... La fin du film nous montre un paysage de voitures, sous la pluie, dans lequel quelques rares humains se fraient un chemin: on les voit bien, ils portent tous des parapluies noirs. 

Au moment de prendre sa retraite, au moins Hulot a une satisfaction: contrairement à tout ce qui s'est passé auparavant dans sa carrière, il a, semble-t-il, conquis la jeune personne qui a voyagé avec lui. Comment? 

Mystère... Mais soyons heureux pour lui.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 13:57

Les années 30, dans l'image que nous renvoient notamment le cinéma et d'autres médias (à commencer par Les Aventures de Tintin) sont une période dans laquelle on va beaucoup chercher un exutoire aux tracasseries dans le sport. Ajoutons à cela le développement de la radio et du cinéma, et on a une source pour ce tout petit film de René Clément, qui doit énormément à son principal interprète: Jaques Tati a en effet écrit le scénario... 

Dans une cour de ferme, un boxeur s'entraîne, et épuise ses partenaires les uns après les autres... un employé de la ferme (Jacques Tati), un doux rêveur, va être "engagé" pour l'occasion, et participer à un match qui dégénère, en compagnie d'un facteur et de deux coqs, le tout sous l'oeil malicieux d'un groupe d'enfants.

Alors que les boxeurs s'entraînent, on aperçoit Tati pour la première fois; il est en pleine occupation sérieuse, puisqu'il joue avec des enfants! Et justement il "joue" un boxeur, interviewé par un gamin et filmé par la même occasion par un ustensile qui ressemble vaguement à une caméra. Dès ses premières apparitions cinématographiques, Tati se place donc résolument du côté des petits, à l'écart... Et son garçon de ferme, bien sur, n'est pas d'une efficacité redoutable: il a déjà la tête ailleurs. Remarquez, sur le ring, ce n'est pas non plus très impressionnant! "Roger", finalement, ne connaît rien à la boxe, et doit faire comme 15 ans plus tard M. Hulot avec le tennis: trouver des raccourcis afin d'avancer!

Le film, un petit court burlesque de 11 minutes, doit beaucoup aux comiques Américains, et le match de boxe présente des réminiscences de Stan Laurel et de Chaplin. mais arrêtons-nous quelques instants sur le personnage qui ouvre et clôt le film: ce n'est ni un fermier ni un boxeur, mais un facteur (Max Martel). Il arrive et donne au manager du boxeur le message qu'il attendait, permettant d'amener l'intrigue ou ce qui en tient lieu, et il reprend sa tournée à la fin du film, suivi des yeux par les gamins, dont un qui le "filme"... Prémonitoire.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 16:32

A Ste-Sévère sur Indre, une fête foraine se prépare. La vie de la journée va s'organiser autour de ses stands, ses flonflons et ses forains, d'autant que ceux-ci vont profiter allègrement du café situé juste à côté de leurs baraques. Parmi les locaux, on s'intéresse surtout à François, le facteur (Jacques Tati), un vrai rigolo celui-ci. Mais la fête foraine va lui apporter son lot de doute, en effet il va y voir (en contrebande, il n'a pas payé sa place) un documentaire sur les nouvelles méthodes des Postes Américaines... qui lui donne des complexes: est-il si efficace qu'il le croit? Les forains vont bien s'amuser à le guider pour "améliorer son rendement".

Fred Orain, le producteur du film, croyait en Tati et avait bien vu la réussite de son court métrage L'école des facteurs (1946), dont ce film est la prolongation: même personnage, et finalement un peu la même mission: aller plus vite. Dans le court c'est à partir d'une consigne venue d'en haut, dans le long c'est une lubie due essentiellement à une consommation de Cognac un peu trop assidue. Le film s'est donc tourné dans le petit village du sud de l'Indre, par Tati assisté de son ami Henri Marquet. Le choix du village est déterminant, car une fois sur place, les deux complices ont ajouté beaucoup d'éléments qui dépendent justement de cette place des fêtes centrales, et de son café, son boucher, etc... Contrairement à L'école des facteurs, il y a beaucoup plus qu'un seul personnage dans Jour de fête. François le facteur n'arrive qu'au bout de dix minutes, durant lesquelles Tati nous fait visiter son coin de paradis aux allures de village éternel, coincé dans un monde à part...

...un monde à part dont le facteur est l'un des "notables", en quelque sorte, dans le sens où tout le monde le connaît: d'ailleurs son manque d'efficacité, du à une certaine tendance à la distraction, reste un sujet de rigolade généralisé, qui va pousser les deux forains (Paul Frankeur et Guy Decomble) à se payer, relativement gentiment, sa tête, et bien sur à la saouler copieusement. Mais François est aussi débrouillard, organisé, et a parfois une impressionnante capacité d'adaptation: ce qui fait de lui un personnage bien différent de Hulot, en effet. Il est de plus très franchouillard, ce qui est accentué par une bande-son à la limite du collage surréaliste ("Ben mon vieux, il est pas bien çui-là mon vieux!").

Au-delà de son personnage, Tati s'intéresse à un choc culturel inattendu, entre un petit village Français aussi pittoresque que possible (Et dont la version originale du film, tournée en 1947, montre beaucoup des habitants dans leur propre rôle), et un hypothétique progrès, discuté par tous, et qui leur donne de leur pauvre facteur une image dégradée... Le même sujet, en somme, que dans Mon Oncle, ou dans Playtime dans lesquels Tati nous montre la lutte inégale entre le passé et le futurisme à tout prix... Mais dans Jour de fête, le cinéaste est bien moins soucieux de cet excès du progrès, qu'il ne le sera plus tard; pour l'heure, il s'est fixé deux objectifs: capter avec tendresse l'indolence d'un village à l'heure de la sieste, et y lâcher un électron libre dont on va pouvoir tirer des gags. Car dans l'esprit de Fred Orain comme dans celui de Jacques Tati, la confection d'un film de comédie burlesque (J'ose le dire, c'est tellement approprié: à l'Américaine!) relève de la mission sacrée. A ce titre, le film est un événement exceptionnel dans l'histoire du cinéma Français. Après, les nombreuses extases de m'as-tu-vus du microcosme cinématographique Français (L'Herbier, Gaudare, Trufo) qui y ont vu de la nouvelle vague ou du néo-réalisme, on s'en fout: quelle importance d'ailleurs? Jour de fête est important justement parce qu'il s'agit d'un long métrage comique: on y rigole, avec sagesse.

Je ne reviens pas sur l'histoire tumultueuse du film, ses trois versions (Une en noir et blanc, car la version tournée en Thomsoncolor refusait de se laisser tirer; une en noir et blanc avec ajout de séquences tournées en 1961 pour justifier des inserts de couleurs; la version couleurs du film, enfin tirée en 1994), mais je vais profiter de cet espace pour dire à quel point je pense que Tati était un grand cinéaste de l'image ET DU SON. Mais surtout pas de la parole... Ajoutées en post-synchronisation, les répliques de tous ces gens sont parfois abominables à entendre, sans parler de l'accent rustique, le genre agricole, qui est forcé jusqu'à en devenir irritant. Tati, lui, s'en foutait comme de l'an 40. le public, finalement, aussi, qui a fait au film un triomphe dès sa sortie...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 18:46

Le titre (Affligeant, mais tellement classique) nous l'indique: après la Bretagne (Le Monocle noir, 1962), et la Corse (L'oeil du Monocle, 1963), Georges Lautner emporte ses troupes vers Hong-Kong et Macao, et les extérieurs ne trompent pas: c'est de l'authentique. Ce troisième et dernier film de la série n'en finit pas de s'éloigner encore plus du raisonnable, mais on reste une fois de plus le postérieur entre non pas deux, mais trois chaises: une intrigue due au "Colonel" Rémy, et aussi incompréhensible (Et inutile, du reste) que les précédentes; un personnage joué par un acteur excentrique qui profite de toutes les occasions de faire l'andouille (Tout en restant froidement impassible), et est furieusement contagieux, entraînant dans son sillage non seulement Robert Dalban, mais aussi Marcel Dalio et même Barbara Steele, qui versent eux aussi dans la rigolade et e grand n'importe quoi; et enfin, les envies d'un metteur en scène qui a envie de s'amuser avec la caméra, et ne perd pas une occasion d'égratigner la logique et les codes: Meurisse en gros plan s'adresse directement à la caméra pour souligner l'improbabilité d'une tuerie baroque à laquelle il vient de se livrer, un dîner drogué vire à une sorte de ballet tiré d'un West Side Story Chinois et psychédélique et Meurisse, Dalban et Dalio chantent un "J'irai revoir ma Normandie" sur une scène Chinoise, dans une scène qui poussera quand même plus d'un spectateur à se gratter l'occiput d'un index songeur...

C'est que si Lautner saute en marche dans le train des productions exotiques d'espionnage en se rendant à l'autre bout du monde (Il en ramène de nombreuses vues documentaires dans les rues, qu'il a intégrées au montage), s'il s'amuse avec son intrigue et avec ses personnages, se payant d'ailleurs le luxe de nous offrir une apparition inattendue de Lino Ventura (En écho à celle de Meurisse dans Les Tontons Flingueurs), il n'en reste pas moins qu'il devait quand même en avoir un peu marre de son Commandant Dromard, de ses intrigues à la mord-moi-le-monocle concoctées par un Colonel Rémy à la manque, et il devait rêver de passer à des films qui lui permettraient de se lâcher, mais vraiment. Soit, dans l'ordre, Les Barbouzes, puis Ne nous fâchons pas... Grâce au succès des Tontons Flingueurs et de son association miraculeuse avec Michel Audiard, il pouvait y aller...

Dont acte.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 15:35

Les films avec Marion Davies ne sont sans doute pas des révolutions cinématographiques, et ont d'ailleurs une réputation assez peu enviable, au regard de l'histoire du cinéma muet Américain... Et c'est bien dommage! Ce film de 1922 est un conte de fées, qui aurait pu être interprété comme un mélodrame (On pense parfois à la première partie de Way down east, et il se peut que ce ne soit pas involontaire), mais on a (sagement) choisi la voie de la comédie à la place. L'histoire compliquée du couple Hearst (Magnat de la presse et producteur) et de sa maîtresse Marion (Actrice dans les films qu'il produisait avec son studio Cosmopolitan) est connue, et on sait qu'il la souhaitait tragédienne dans des oeuvres épiques, alors qu'elle aimait tant interpréter des comédies...

Prudence Cole a été élevée par ses deux tantes dans la petite localité de Pottsville, dans la plus pure tradition Quaker. Rigueur, pas de distraction, des vêtements aussi tristes que dépassés, pas de sorties.... ce qui n'empêche pas de rêver: elle souhaite revoir un ami d'enfance dont la famille habite à quelques pas, et qui lui a promis un jour d'être son chevalier servant. Mais quand elle revoit Henry (Hallam Cooley), celui-ci a bien changé: il fréquente la bonne société, et les oisifs... mais Prudence s'accroche à ses rêves de petite fille, et elle réussit à obtenir de ses tantes de visiter Henry et sa famille dans leur environnement, sur la côte, dans une station balnéaire extrêmement huppée. Prudence Cole, avec ses robes du siècle d'avant, et sa naïveté, va avoir les plus grandes difficultés à s'adapter à cette ambiance. Mais afin de conquérir Henry, elle va trouver l'aide précieuse de Cheyne Rovein (Forrest Stanley), un peintre qui la voit instantanément comme différente des autres, et qui va s'attacher en lui créant des vêtements, à révéler au monde la beauté intérieure de la jeune femme.

La réalisation de Vignola est impeccable, sans aucune fioriture certes, mais constamment à hauteur de personnages. La direction d'acteurs est toujours très bien dosée, et on a parfois le sentiment que la comédie, sans avoir été plaquée sur le conte de fées, a été savamment distillée (Probablement afin de ne pas effaroucher Hearst!)... du coup il me semble bien difficile de faire la fine bouche devant ce film qui combine la "formule" Marion Davies (Une jeune femme qui possède bien des atouts mais qui est "différente", et souvent cachée, soit par les convenances, soit par les vêtements), avec une saine critique de la bonne société Californienne et ses "sang-bleus" oisifs, massés au bord de la piscine... Une scène formidable occupe un large terrain, au milieu du film, et concerne la "transformation" de Prudence de chrysalide en papillon: ça prend la forme d'une saynète de théâtre, mise en scène et aux costumes imaginés par Rovein. la séquence est superbe, et relance complètement le film dans une nouvelle direction. On comprend que la Paramount et la Cosmopolitan aient donné leur feu vert, ensuite, à l'ambitieux et très réussi When Knighthood was in flower.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1922 Marion Davies
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 16:06

Succès oblige... Toutefois, on ne prend pas exactement les mêmes et on ne recommence pas tout à fait... Si l'équipe, au fond, présente une certaine continuité (Jacques Robert au scénario, Maurice fellous à la photo et bien sur Lautner à la réalisation), seuls Paul Meurisse et la femme fatale Elga Andersen reviennent pour cette suite. Et à la Bretagne essentiellement nocturne qui servait de cadre au premier film, Lautner a substitué cette fois ci le sud de la Corse. Ce qui renforce l'impression d'être dans un film encore plus personnel de Lautner, car soyons juste: il l'aimait, sa Méditerranée!

Lautner, justement, fait ici quelque chose d'inattendu: il interprète un officier SS dans un prologue qui donne le ton; en apparence sérieuse, cette introduction est du grand n'importe quoi, et ne fait que nous embrouiller. Et le film part aussi dans cette direction, autour d'un hypothétique trésor caché par une troupe de soldats nazis tous décimés, sauf un... Qui est courtisé par tous les gouvernements de la planète. Pour la France, c'est le commandant Dromard, désormais accompagné d'un fidèle soldat, le sergent Poussin (Robert Dalban). Sinon, il y a des Russes, des Anglais, des... des quoi, d'ailleurs? Tout le monde s'allie avec tout le monde, tout le temps, et bien tous ces gens se doublent et se descendent les uns à la suite des autres. Il y a Maurice Biraud, en intellectuel (Parfois assis, mais il lui arrive aussi de marcher, voire de nager) dépassé par les événements, alors qu'à un point il est le seul à connaître la cachette du trésor... Et il y a de purs moments déconnatoires dans lesquels l'impassibilité de Paul Meurisse ne fait qu'envenimer l'impression grandissante d'un film totalement loufoque: il faut avoir vu l'immense acteur shakespearien se livrer avec la rigueur à un twist endiablé. Il faut aussi voir de quelle façon Lautner dépense son énergie pour mettre au point une mort violente aussi baroque que possible: cette fois, c'est à travers un filtre de couleur et le bras gauche d'un contrebassiste qu'on essaie de tuer quelqu'un. Sic.

Je suis sur que ce pauvre Colonel Rémy (Ancien résistant, créateur du personnage, un homme qui a autant d'humour que le militaire moyen) n'a rien vu venir quand il a écrit un argument pour ce film! Un peu longuet toutefois, ce deuxième "Monocle" consacre le style "policier détourné" du premier, en allant encore un peu plus vers la parodie. On sait ce qu'il y a au bout de ce cheminement... Le terminus des prétentieux.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 11:47

Les trois premiers plans du film donnent le ton: dans le premier, on voit un bateau sur la plage, les vagues créent le seul mouvement, et le seul bruit: pas un touriste, pas un être humain à l'horizon... Le deuxième crée une rupture assez violente: c'est l'image d'une gare dans laquelle des gens vont et viennent. Puis le troisième enfonce le clou... Une famille attend un train sur le quai, les deux parents et leur fils... et celui-ci se prend une torgnole magistrale, et particulièrement sonore. Ca y est, le film a commencé et ne quittera plus cette thématique: d'une part, l'invasion d'un coin de paradis par des êtres humains qui vont y déplacer leur rancoeur, leur mesquinerie et leur animosité, de l'autre toute une société qui s'apprête à déferler sur la côte, amenant avec elle toutes leurs habitudes, bonnes et surtout mauvaises. Aucun d'entre eux ou presque n'aura l'idée de se laisser aller. Aucun, sauf...

Le grain de sable, bien sur, ce sera M. Hulot (Jacques Tati): timide, effacé, décalé jusqu'à l'extrême, roulant dans un abominable tacot et tellement gaffeur qu'il va s'attirer l'inimitié de tous ou presque les vacanciers de la petite station balnéaire où il va séjourner. Maintenant, si Hulot est le grain de sable (Ou un grain de sable parmi tant d'autres, après tout on est en bord de mer), il est aussi le fil rouge, dans un film qui a beau accumuler gag sur gag, parfois d'une façon apparemment disjointe, il est malgré tout construit à partir des arrivées des uns et des autres, et la pétarade du moteur de la voiture du héros joue un rôle dans cet échafaudage rigoureux, quand elle arrive à hauteur de la rue du commandant Charcot!

Alors tous ces vacanciers qui se sont finalement contentés de déplacer leur vie Parisienne (Ou Berlinoise, comme cet homme d'affaires qui répond au doux nom de Schmutt, et qui passe son temps à interrompre ses vacances pour répondre au téléphone) à St-Marc sur Mer, Hôtel de la plage, et qui reprennent exactement le fil de leurs activités, n'ont pas besoin d'un trublion qui vient, lui, faire exactement le contraire de ce qu'ils font: s'amuser, s'intéresser à tout, prendre du bon temps... Le vieux militaire raconte sa vie, ce qui revient à replonger dans un passé pas si lointain dont on ne veut plus, le Marxiste gonfle tout le monde avec ses théories à la noix, les gens reconstituent une discipline dont on devrait justement se débarrasser (Gymnastique de groupe, par exemple), les vacanciers répondent tous en même temps à l'appel de la cloche et quand ils mangent, la plage est totalement vide de monde, et quand les dames s'extasient en choeur devant "les bateaux, les coquillages", c'est mécanique. Hulot, pourtant, n'est qu'un homme qui a pris des vacances, comme eux. Sauf que lui il en profite... 

Les seuls à trouver des qualités à Hulot, sont une jeune femme, Martine, qui passe pourtant tout le film à manquer ses rendez-vous avec lui; une Anglaise d'une certain âge, qu'il amuse et d'ailleurs elle lui pardonne tout, la friponne; un vieux monsieur que les coquillages lassent; et enfin les gosses. Surtout un d'ailleurs: il aime bien Hulot, qu'il prend pour modèle... Mais on note que comme dans Mon Oncle, comme dans Playtime, Hulot est condamné à rester à l'écart des femmes qu'il aurait pu séduire: comme Chaplin, tiens!

Occasionnellement, on quitte la plage de St-Marc et son hôtel, pour des matches de tennis, à proximité du bourg, une séquence d'enterrement dans le quartier d'Heinlex, et un pique-nique dont l'essentiel se situe sur la lande de Cavaro, près d'une dune. Une séquence aussi, a été tournée à 35 km au nord, à La Roche-Bernard... Mais l'essentiel du film occupe la plage, qui lie les scènes entre elles, grâce à un dispositif de lieux particulièrement fixés dans l'oeil du spectateur grâce à une exposition exemplaire: l'hôtel et ses deux entrées, le remblai (Aujourd'hui occupé par un restaurant sur la plage, le France), les maisons (aux devantures ajoutées pour le film) de la rue du Commandant Charcot, sur le remblai... Et la plage, bien sur, divisée en deux par la zone rocheuse, dont une jetée part vers le sud; sur cette jetée, Tati et ses techniciens ont érigé un petit phare en trompe-l'oeil, qui ne trompe d'ailleurs pas grand monde! Voilà donc le terrain de jeu du maître, le reste est du pur plaisir: des gens qui se baignent et des gens qui les regardent, des comportements qui se déroulent dans leur douce vérité comique, ceux qui font du sport, ceux qui se promènent, ceux qui regardent les autres, en râlant, ceux qui draguent...

Il y a eu trois versions du film, en tout: celle de 1953 est la plus rarement vue; la deuxième a gommé un certain nombre de défauts, en particulier l'intrusion permanente de la parole via la radio dans l'hôtel, mais en a aussi ajouté: des boucles sonores qui rappellent en permanence la présence de la plage y compris quand elle n'est pas dans le champ ("Eh, l'autre, il est tombé à l'eau") et qui prennent toute la place; la bande-son a été ré-enregistrée, la musique remplacée par une nouvelle interprétation, et des bruitages inutiles rajoutés (ainsi, au mythique "oh, un coquillage", vient désormais s'ajouter un "plic!") d'un coquillage lancé dans une flaque d'eau...). Enfin, le montage resserré de 1960 s'est vu adjoindre en 1978 une nouvelle séquence qui ne s'intègre qu'avec réserves. Je vais faire comme d'habitude: seule vaut, à mes yeux la version de 1953, y compris avec ses défauts...

Ca se devine sans doute: je suis moi-même St-Marcois. Donc j'ai un oeil particulier sur ce film, qui me montre des lieux qui ont bien changé. Ils n'avaient pas changé tant que ça quand j'avais 10 ans, je peux vous le dire. D'où un inévitable sentiment de nostalgie, une inévitable tendresse pour ce film. N'empêche: St-Marcois ou pas, je défie quiconque de me trouver dans le cinéma Français des 80 dernières années une comédie d'essence visuelle aussi réussie, aussi aboutie et aussi définitive que celle-ci. Que ce soit chez Tati, dont les autres films si on excepte Parade sont loin d'être des navets, ou chez ses suiveurs les Rabaté (Qui d'ailleurs a tourné un film "de vacances" quasi muet, Ni à vendre ni à louer, pas loin: entre St-Nazaire, Donges et Le Croisic, et ce n'est sans doute pas un hasard) et les Jeunet, d'hier ou d'aujourd'hui. Avec ses vacances de rêve, son sable qui sent bon l'enfance, l'insouciance, son héros qui sans jamais avoir recours à la moindre violence, sans se départir ni de sa timidité, ni de son exquise politesse, semble hurler un impressionnant 'mort aux cons', finalement, Les Vacances de M. Hulot est un chef d'oeuvre. ...Bonne rentrée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati