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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 07:22

De tous les metteurs en scène de Sennett, il était le plus extrême, celui qui ne reculait devant aucun gag, aucune opportunité d'en rajouter: la filmographie de Del Lord est une suite fascinante de courts métrages surréalistes. Il a surtout tourné avec Sid Smith et Billy Bevan, mais au début de sa plus longue période pour le studio, il a aussi dirigé le comédien loucheur Ben Turpin, notamment dans ce classique de l'auto-dérision. C'est d'ailleurs l'un des nombreux films de Sennett dans lequel le lieu de l'action et le lieu du tournage se correspondent à 100%: le studio d'Edendale...

Harry Gribbon tourne un film chez Sennett, un western dont l'acteur principal (Sid Smith) est plutôt frileux quant aux cascades. Il faut trouver quelqu'un capable d'effectuer exactement les gestes compliqués qui sont requis par l'action! Arrive alors par hasard dans le studio un cow-boy inattendu, Joe Magee (Turpin), qui par un hasard extraordinaire fait exactement ce qui est demandé, mais par hasard. Il est engagé (Une scène dans laquelle il joue avec Madeline Hurlock l'a convaincu), et la vie ne va pas être des plus tranquilles...

Il y avait deux moyens de faire du métrage facile de pellicule chez Sennett, et ils sont tous les deux représentés abondamment dans ce film: d'une part, le fait de tourner dans le studio une histoire de tournage, comme dans The extra girl, le long métrage de F. richard Jones exactement contemporain avec Mabel Normand. C'est simple, ça permet de ne plus se soucier du cadrage, et le public adore... Et d'autre part, profiter de la vie, et filmer ce qui se passe dans les rues, comme un incendie qu'on se débrouillera ensuite pour incorporer dans n'importe quel film. C'est donc une suite de scènes dans lesquelles Turpin doit faire cascade idiote après cascade idiote, et c'est assez drôle. Mais on constate, d'une part, que le studio aime à s'auto-caricaturer en une espèce d'asile dans lequel se jouerait un concours du plus frénétique, et d'autre part que les cascades sont non seulement dangereuses dans l'histoire, mais qu'elles ont du occasionner plus d'un souci chez ces acteurs pourtant rompus à l'exercice. Et Del Lord, qui était auparavant en charge des cascades automobiles (Quiconque voit un de ses films le devinera très vite); ne se prive d'absolument rien.

...L'inconscient!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 19:01

Radnor (Pour info, oui, le réalisateur de ce film est bien le Ted Mosby de la série How I Met Your Mother, et non il n'a pas "produit" le film, cessons de confondre les postes, svp) s'est un peu pris pour Woody Allen, là... Rassurez-vous, je ne veux pas dire qu'il a réalisé un film indigent qui pompe tout sur le pire de Bergman et l'oeuvre répugnante (Oui, c'est un point de vue, c'est le mien) de Fellini en multipliant les fautes techniques et les micros-dans-le-champ, non non: il a fait un film qui tente d'accumuler les numéros d'acteurs réunis dans une intrigue aux fils parfois un peu lâches. Mais au moins les gens dont on nous narre les aventures sont des gens normaux, pas des dramaturges, des écrivains (Même si le héros du film aspire à cette fonction), etc... 

Alors parfois on s'ennuie un peu, et puis parfois il y a un peu de magie. Les dialogues sont souvent un peu légers, mais les acteurs s'en sortent bien: Radnor est parfaitement à l'aise dans le rôle d'un écrivain raté qui cherche par tous les moyens à se distraire lui-même de sa destinée, alors pourquoi ne pas improviser l'adoption illégale d'un gamin en fuite! Malin Akerman est convaincante en jeune femme avec un sérieux complexe de la relation, due à une maladie qui la prive de système pileux, et bien sur Zoe Kazan en jeune cousine de Radnor qui découvre le dilemme de son partenaire qui voudrait quitter New York pour la Californie, à un fort mauvais moment, car leur couple est en danger et elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Ces deux-là fournissent avec talent les engueulades épiques propres au genre. Maintenant, on va être clair, le film a fait un flop, et on comprend un peu pourquoi...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 18:58

Suite de la passionnante et parfois très étonnante exploration de la courte mais remarquable carrière de l'actrice Zoe Kazan, décidément atypique et riche: ce petit film repose sur un truc (Et des effets spéciaux) plus ou moins éculé, à savoir le fait de demander à un (e) acteur (trice) de jouer deux rôles, et ici plus particulièrement celui de jumelles... fortement dissemblables par la personnalité.

Et justement, le fait de jouer va devenir le sujet, car Laurel et Audrey ont un accident, juste après que la première ait décidé, après tant d'années de séparation, d'essayer de singer la deuxième, par sa coiffure et son maquillage. Elles se ressemblent désormais comme deux gouttes d'eau, et lors de l'accident, l'une décède et son corps est tellement brûlé qu'il est impossible de l'identifier. Qui est la survivante? La jeune femme dynamique à laquelle tout sourit, ou la fille pathétique et dépressive, qui n'a jamais quitté le giron familial? En tout cas, une chose est sure: la confusion sera totale, et celle qui a survécu va vivre des moments intenses...

Le script tient à peu près la route, mais surtout le film repose entièrement sur les épaules de la jeune actrice, de son talent pour dramatiser la comédie, et rendre comique les moments touchants. L'émotion ici fait partie des trucs avérés, mais elle le transcende très bien. Après, ça vire au sentimental un peu tiède, mais je le répète: quels que soient ses partenaires, Zoe Kazan vole la vedette sans aucun effort. Le film la suit et adopte en permanence son point de vue, gentiment farfelu, mais ô combien sain.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 09:24

Si les films produits à l'époque du muet par Mack Sennett sont reconnus comme les plus farfelus, à plus forte raison ceux tournés dans les années 20, alors il est peut-être temps de rappeler que de tous les metteurs en scène (Et non des moindres: Harry Edwards, Roy Del Ruth, Clarence Badger, Eddie Cline ou encore Clyde Bruckman font partie de la liste!) du studio, Del Lord était sans doute le plus doué parmi les spécialistes en matière de bouffonnerie. Bref ses films sont idiots, et ce volontairement: une sorte de pure synthèse parfaite de ce qui faisait le style Sennett: scripts qui prennent l'eau, situations imbéciles, acteurs en roue libre, le fameux cyclorama de Mack Sennett utilisé plein tubes, tournage à 12 images secondes pour être montré à 24, etc... Rien ne lui faisait peur, rien ne l'arrêtait, et le résultat, c'est que ses films sont glorieusement et définitivement crétins. Celui-ci ni plus, ni moins que les autres...

En Bullomania, on aime particulièrement les toreadors. Et du coup, la princesse Ernestine (Madeline Hurlock) ne pourra se marier qu'avec un de ces tueurs. Le chauffeur du roi, Adonis (Sid Smith) décide donc de le devenir. Parallèlement, le torero Manuel Risotto (Andy Clyde) kidnappe la jeune femme, ce qui occasionne une poursuite, dans laquelle la confusion s'installe: on croise en effet un inventeur qui vient de mettre la dernière main à la fusée qui l'amènera sur Mars... et le reste est indescriptible, défiant glorieusement toute tentative de critiquer quoi que ce soit. On notera aussi que contrairement à Mud and Sand, de Stan Laurel, ce film ne tente pas un seul instant de parodier, au delà du parallèle avec le titre, le film Blood and sand de Fred Niblo avec Rudolf Valentino. Quoi qu'il en soit, la stupidité militante, à ce niveau, devient purement et simplement de la beauté.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 10:18

Anton Lorenze? Inconnu au bataillon, si ce n'est pour un film... celui-ci bien sur, réalisé en 1933 dans le sillage de la "révolution" The front page, le film de Lewis Milestone qui avait seriv à établir les histoires de journalistes comme un genre à part entière. Le principal titre de gloire de ce petit film, une comédie concentrée en une heure, c'est Peggy Shannon, une actrice qui aurait pu atteindre à plus de notoriété, mais sera empêchée de percer avant de décéder bien tôt, à 34 ans, des ravages de l'alcoolisme. Ici, elle interprète une de ces femmes indépendantes qui ont fait l'intérêt des films pre-code, une journaliste ambitieuse et douée, et bien sur intègre...

Jerry Hampton (Peggy Shannon) démissionne de la rédaction de son journal le jour où elle apprend que son enquête sur un suicide louche a été refusée parce qu'elle mettait en cause un gros bonnet. Elle se réfugie dans un petit patelin, Apex, Californie, où le journal local cherche un rédacteur en chef. Elle va s'appliquer à transformer la rédaction en une équipe moderne, affairée, et diablement efficace, tout en accompagnant la transformation de la localité en une vraie ville: la preuve, au bout que quelques mois, on y trouve des hommes d'affaire véreux...

C'est mignon, efficace, et gentiment drôle: Sterling Holloway y interprète un petit rôle, de ceux dont il avait le secret. Shannon est dynamique et excellente en femme moderne qui sait ce qu'elle veut, sans jamais exagérer sur sa séduction. On sent bien que le film est fauché, mais il est interprété avec une certaine conviction... reste à imaginer ce qu'un autre metteur en scène en aurait fait bien sur, mais en l'état on est déjà bien content de pouvoir disposer de ces petits films qui  nous rappellent qu'Hollywood en 1933 n'était pas limité aux Warner, Fox, MGM, Paramount, ni même aux Columbia voire aux Republic. Il y avait aussi les films de la Modern film and Sound corporation...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:47

Ce qui est sans doute le troisième film interprété par Chaplin à la Keystone, après Making a living et Kid auto races at Venice est un film de l'actrice Mabel Normand: une excellente occasion de rappeler l'importance de celle qui, non contente d'être la star féminine numéro un du studio de Mack Sennett, avait aussi pris en charge la réalisation de certains de ses films. Plus que Henry Lehrman, metteur en scène des deux premiers, c'est finalement à elle qu'on doit la vraie apparition du personnage de Chaplin, même si il ne faut pas se leurrer: elle lui a certainement attribué un rôle, mais la gestuelle, l'incroyable contrôle, et cette vie intérieure trahie par le moindre mouvement de canne, c'est du Charles Chaplin à 100%! De là à faire comme tous les premiers historiens du cinéma, qui ont directement imputé à Chaplin seul la création de tous ces films de jeunesse, il y a un pas qu'on ne peut pas franchir... La preuve en images.

D'ailleurs, dans Mabel's strange predicament, Chaplin est la valeur ajoutée: il est un client saoul dans un hôtel, qui vient ajouter un grain de sel rigolo dans la routine d'un lieu de villégiature qui se transforme aisément en une mine d'embarras. Mabel est, avec son chien, cliente de l'hôtel; elle y reçoit (en tout bien tout honneur) son petit ami, et elle a des voisins qui sont un vieux couple dot l'épouse ressemble à une définition vivante du mot "irascible". Suite à un incident, Mabel et son chien se retrouvent coincées dans le couloir, la jeune femme étant en déshabillé... Elle se réfugie dans la chambre d'en face, sous le lit en attendant d'y voir plus clair. Mais le voisin revient, suivi par son petit ami à elle, puis l'épouse... et enfin Chaplin, toujours aussi saoul.

Dans cette usine de saucisses filmiques qu'était la compagnie de Sennett, Mabel Normand est celle qui la première a ralenti l'action, afin de donner corps aux personnages, mais aussi afin de laisser son charme mutin agir... Cette situation ne serait pas aussi embarrassante si Mabel Normand n'était pas une jeune et jolie demoiselle, bien sur. Mais que de chemin parcouru entre les films tournés-montés improvisés dans la rue (Kid auto races) et ce petit mélodrame rigolo de la non-infidélité...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 16:49

On parle parfois de western spaghetti, en faisant allusion à la branche Italienne du genre; Tampopo a été présenté comme le premier western-ramen, du nom de cette spécialité culinaire Japonaise, qui donne son principal argument au film: la restauratrice Tampopo, en effet, entend bien trouver la recette idéale de ramen pour faire venir un maximum de clients dans sa petite échoppe, mais pour cela, il lui fait faire appel à un maître: celui-ci, Goro, sera donc l'élément westernien du film, constamment coiffé d'un vieux chapeau de cuir, et doté d'un caractère volontiers laconique: on n'est donc pas surpris lorsque à la fin du film il part au loin... au volant de son camion. Donc de western, il n'y a point! Par contre, pour ce qui est des nouilles et de leur bouillon, ce n'est pas ça qui manque, et il est bon à savoir que ce film est l'un de ceux qui vous donnera faim quand vous le visionnerez...

Raconter Tampopo s'avère impossible, tant Itami s'est amusé à dynamiter sa propre narration par des digressions, qui toutes tournent autour de la nourriture: anecdotes drolatiques, séquences burlesques, et même une séquence érotique du plus haut mauvais goût se succèdent venant généralement parasiter l'intrigue principale en se greffant plus ou moins artificiellement. Ca vous rappelle quelque chose? Moi oui: ce film est presque structuré comme un épisode du Monty Python's flying circus! Et ça commence dès le départ, avant lême le générique, avec l'étrange vision d'une salle de cinéma dans laquelle s'installent un gangster (Vêtu intégralement de blanc) et sa maîtresse, qui font installer un table sur laquelle un maître d'hôtel dépose des victuailles. Puis l'homme nous parle: car après tout nous avons un point commun, nous allons voir un film aussi! Mais le fait qu'il s'apprête à manger ne l'empêche pas de terroriser les autres spectateurs, qu'il menace de tuer s'il leur vient l'idée de faire le moindre bruit en mangeant des chips... Un écho, peut-être, annonciateur d'une scène dans le film: une dame enseigne à plusieurs jeune femmes les bonnes manières occidentales dans un restaurant, où elle entend bien faire passer l'idée que quand un Italien mange des spaghetti alla vongole, on n'entend pas un bruit... Mais c'était compter sans le client occidental, occuper à manger aussi bruyamment que possible... son plat de spaghetti.

L'humour, souvent bon enfant, se fait intrigant et même surréaliste, voire franchement grinçant: la scène durant laquelle un père de famille, constatant que son épouse est au bout de sa maladie, l'exhorte à faire à manger, pensant qu'elle ne pourra pas mourir si on lui permet d'accomplir sa mission... le résultat sera logique, cruel et sans appel. Mais l'humour de l'intrigue principale, celle de Tampopo (Nobuko Miyamoto) et de Goro le routier-cowboy (Tsutomu Yamazaki), reste d'un humour le plus souvent bon enfant, et possède constamment un charme poétique qui rend le film, décidément attachant. C'est donc non seulement un Ofni, un film unique en son genre, c'est aussi le chef d'oeuvre inclassable d'un metteur en scène oublié, pourvoyeur de comédies et excentrique à l'oeil gourmand.

...Gourmand, c'est bien le mot. Ce film entièrement dédié à la joie de manger ne se contente pas de vous donner envie de participer à la fête. Il est une fête, entièrement consacrée au plaisir d'être en vie.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 15:29

Dans la carrière inégale de Boorman, ce thriller au vitriol occupe selon moi une place de choix: c'est l'un de ses meilleurs films... bref, ce n'est pas Zardoz ou Exorcist II: The heretic! Il met en scène Pierce Brosnan dans un rôle qui permet sans doute à l'acteur de régler ses comptes avec l'un des rôles les plus connus qu'il a interprétés dans sa vie (Je pense qu'il est inutile de préciser lequel) et autour d'une intrigue d'espionnage un peu tordue, s'amuse à faire de la politique-fiction qui se termine de façon spectaculaire. C'est une farce noire et souvent comique... mais qui passe aussi par une certaine dose de tragique. 

Grillé en Europe, l'agent secret du MI6 (Les services secrets Britanniques) Andy Osnard (Pierce Brosnan) est nommé sur un poste qui a tout de a punition: il va devoir en effet être la liaison du MI6 à Panama, et ça ne le ravit pas du tout... Une fois arrivé, il doit en particulier trouver un Britannique qui vit sur place, afin d'en faire une source d'information; son choix s'arrête sur Harry Pendel (Geoffrey Rush), un tailleur installé depuis quelques temps, et qui a pignon sur rue: il habille tout le monde, de la majorité présidentielle à l'opposition, en passant par des banquiers, des Américains aussi... Il a une enseigne prestigieuse, Pendel & Braithwaite, supposés avoir commencé à Savile Row à Londres... Mais c'est faux: Pendel est un ancien taulard, qui a payé pour son vieil oncle en allant en prison à sa place, et que ce dernier a ensuite mis "au chaud" en l'exilant à Panama. Il a appris son métier en prison, mais il le fait plutôt bien; Andy Osnard sait tout cela, et pour exploiter les secrets éventuels que pourrait avoir glané Pendel dans l'exercice de son métier, il le fait plus ou moins chanter. Mais Pendel, qui a menti toute sa vie (Son épouse Louisa, interprétée par Jamie Lee Curtis, n' pas la moindre idée de son passé), va mentir à nouveau pour se sortir de cette impasse, et inventer pour satisfaire l'agent des bobards tous plus grands les uns que les autres...

L'intrigue est inspirée d'un roman de John Le Carré, qui a situé son intrigue dans Panama, à cause de son passé tortueux... Et on le voit, entre une classe politique qui fait plus ou moins semblant d'être une démocratie exemplaire bien qu'elle soit bâtie sur les ruines à la fois de la folie criminelle de Noriega, et de la destruction du pays par les Américains qui a suivi sa destitution, une opposition de coeur qui est muselée de fait , mais qu'on croit capable de toutes les folies, les Américains dont la droite ne rêve que de revenir pour s'installer durablement, et les observateurs de tout poil, qui n'attendent qu'un signal quel qu'il soit pour tenter de s'intaller durablement parmi les gens qui comptent à Panama, il y a du sport; une double référence à Casablanca achève de nous montrer les lieux comme un panier de crabes: quand il arrive, Osnard, dédaigneux, compare en effet Panama à la ville du film mythique de Curtiz... et à la fin, s'adressant à l'ambassadeur Britannique, il cite la fameuse phrase finale du film!

Osnard est un sale type, c'est évident dès la première scène: l'éloigner en l'envoyant à Panama, en fait, sonne plus comme une mise à l'écart qu'une promotion, et le bonhomme a tous les défauts du monde: raciste, sans gène, vulgaire, opportuniste, hypocrite, et en prime il se prend pour un séducteur irrésistible. Il essaiera d'ailleurs à plusieurs reprises de séduire (d'une façon odieuse, bien sur) Louisa Pendel... Mais sans succès. car la seule chose qui semble fonctionner dans le film, c'est le fait que les Pendel vont raffermir leur couple, qui n'a jamais connu d'accroc. Louisa s'est faite à la réserve de son mari, et sa part de mystère. Mais elle est prête, lorsqu'il s'absente un peu trop souvent, à s'imaginer qu'il a une aventure! ...la vérité, c'est que Pendel est un homme qui ne sait pas vraiment dire non. Il tient à l'illusion qu'il a savamment construite sur tant d'années, et il a vu ceux qui se sont levés contre les injustices se faire arrêter, torturer ou pire. Il a gardé de cette époque deux solides amitiés: Michelangelo Abraxas (Brendan Gleeson), un ancien opposant à Noriega qui est devenu alcoolique d'une part, et Marta (Leonor Valera), une jeune opposante qui a subi la destruction de son visage et de sa beauté en représailles de ses activités politiques. Elle travaille désormais à ses côtés à la boutique. Ce sont ces deux personnages, qui, à la suite des mensonges improvisés de Pendel, vont souffrir vraiment.

Pour le reste, le film est un conflit entre trois personnages, l'odieux Andy Osnard et ses manières de viking priapique, Harry Pendel le tailleur qui veut rester à l'écart des ennuis autant qu'il veut épargner la vérité à sa petite famille, et Louisa qui va profiter de l'aventure pour en savoir un peu plus sur son mari, et réaffirmer son amour pour lui... quant aux Britanniques et aux Américains, ils vont se distinguer par une réaction aux bobards de Pendel, qui va dépasser toute dimension raisonnable. 

Moral? Non... Le film est pourtant satirique et très drôle, en même temps que tragique et propre à susciter l'indignation. et c'est le portrait d'un type formidable, auquel on s'attache malgré soi, le petit tailleur Harry Pendel, pour moi le plus beau rôle de Geoffrey Rush! Quant à Jamie Lee Curtis et Pierce Brosnan, ils sont explosifs. Et Brosnan avait vraiment une envie impérieuse d'interpréter un agent secret totalement détestable, on le sent bien.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:15

C'est ce film qui va faire le lien entre les carrières russes respectives de Joseph Ermolieff, Jacob Protozanoff, Ivan Mosjoukine, Natalie Lyssenko et Alexandre Volkoff, d'une part, et leur arrivée en France d'autre part; littéralement: en fuyant la révolution (Ou les révolutions pour être exact), et l'annonce par Lénine de la nationalisation, Mosjoukine et ses associés emportaient avec eux le cinéma. Et leur voyage, de Moscou à Yalta, de Yalta à Constantinople, et de Constantinople à Marseille, a été l'occasion pour eux de tourner un film... Scénarisé par Mosjoukine et Volkoff, mis en scène par Protozanoff, interprété par Mosjoukine et Lyssenko, et produit par Ermolieff. Son intrigue ressemble à une histoire sans queue ni tête improvisée sur la route, et filmée dans des décors qui varient sans cesse, et pour cause!

Le comte de Granier est heureux: il va marier son fils Charles, le plus grand, le plus raisonnable aussi. Son fils Octave, c'est une autre paire de manches, ou de gants de boxe: il est passionné de sport, mais ce grand nigaud n'a pas la moindre notion de ce que c'est que de séduire une femme. Ce qui est loi d'être le cas de Charles: quand sa future belle-soeur lui demande d'aller chercher son grand frère, Octave le trouve aux côtés de l'actrice Yvonne Lelis, une dangereuse séductrice. Il les pousse à rompre, mais Yvonne va le séduire... Et Octave, subjugué, et désavoué par son père va peu à peu tomber dans tous les pièges tendus par la fourbe actrice, devenant lui-même acteur, puis trichant au jeu pour pouvoir subvenir aux besoins toujours plus importants de son épouse... Puis lorsque la déchéance s'installe, ils vont trouver avec leur fille un travail dans un cirque. Mais la petite, acrobate, fait une chute, et il n'y a plus qu'une ressource: trouver de l'argent auprès de la famille De Granier. Et au besoin, le voler...

Les quinze premières minutes épousent le rythme de la comédie, et rappellent la façon excentrique de Mosjoukine de traiter ce genre, que ce soit dans Le brasier ardent, Kean ou Feu Mathias Pascal... Protozanoff semble donner corps ici à une vision totalement due à son acteur-scénariste, qui a semble-t-il décidé de montrer au public les atouts de la troupe. Et le film, avec ses ruptures de ton, qui permettent d'explorer à peu près tous les genres, et de montrer la versatilité de ses acteurs, en particulier Mosjoukine et Lyssenko, devient une démonstration des capacités de cette troupe ambulante, qui va devenir la base de la société Albatros. Donc ce film en forme de tout et de rien, foncièrement sympathique par son côté surréaliste, est une démonstration de force...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Comédie Albatros Ivan Mosjoukine
17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 12:39

Affaire classée? La grande vadrouille, son climat tranquille de comédie familiale, son esprit si consensuel, son aspect de gros bonbon-madeleine des trente glorieuses, ses deux stars indiscutables qui se voient l'un et l'autre fournir un boulevard qu'ils ne se privent pas d'emprunter... du plaisir, vite consommé, vite oublié. Certes, maintenant, il y a d'autres façons de voir. J'en constate deux, et bien sur elles sont en conflit l'une avec l'autre...

1: En contant les aventures de Stanislas Lefort (Louis De Funès) et Augustin Bouvet (Bourvil), le chef d'orchestre et le peintre en bâtiment, qui sont amenés malgré eux à participer à l'effort de résistance et à aider des parachutistes Anglais égarés dans la France occupée, on aurait pu imaginer qu'Oury allait exalter l'esprit de résistance et taper sur les nazis. J'aime bien quand on tape sur les nazis (On m'a même une fois accusé d'intolérance à ce sujet, comme quoi la connerie n'a plus de limites), mais Oury, qui aurait eu bien des raisons de le faire, s'en garde bien. Car la grande vadrouille, je le disais plus haut, est un film familial et de consensus, qui nous conte les aventures familiales et consensuels de deux français moyens, de milieux fort différents, qui prennent sur eux en effet, mais qui sont aidés en cela par tous les Français qu'ils rencontrent (A se demander comment, devant un pays aussi unanimement résistant, les nazis ont réussi à occuper le pays durant cinq années...), car eh oui, il n'y a pas un seul collaborateur dans ce film! Ils sont aussi aidés par le fait que les occupants se sont arrêtés à la moitié du boulot, ils ont oublié d'envahir le sud de la France, qui était rappelons-le sous la juridiction de la France de vichy, un authentique état fasciste qui prenait le prétexte de la collaboration imposée pour se livrer à des mesures dictatoriales. Donc le passage en zone dite libre, qui est le but de la fin du film, n'aurait pas été une si bonne nouvelle que ça dans la vraie France de 1942. Et puis tous ces Allemands qu'on rencontre, qui sont de braves pères de famille, qui préviennent même Lefort: "Attention, je suis de la wehrmacht! mis si j'étais de la Gestapo, vous auriez de gros ennuis"... Et cet avion de reconnaissance, sans armes, qui semble être la seule ressource, à la fin, contre les planeurs qui font échapper trois soldats Anglais vers la liberté, me semblent bien courts... 

Bref, à trop vouloir le consensus pour ne pas trop bousculer la marmite, on obtient peut-être une bonne soupe. Mais un certain nombre de résistants, de déportés, de survivants de la torture, ont peut-être trouvé le film un peu trop gentil... Pas les Gaullistes, ils étaient anesthésiés par l'accession de leur petit chef à eux à la magistrature suprême, et d'ailleurs, en permettant à un Touvier, à un Papon de continuer à exercer, le pouvoir gaulliste ne faisait pas grand chose de très différent de la morale consensuelle de ce film.

2: D'un autre côté, c'est un film, et je le répète, un film familial, une comédie. Pas une leçon d'histoire. Aucun agenda volontaire, Oury qui a lui vécu sans trop de problème en zone libre, a après tout survécu à la guerre, évité la déportation, et son envie de tourner la page n'a rien d'un geste irrespectueux, ni oublieux. Et le triomphe de son film lui donne, d'une certaine façon, raison. On sait de toutes façons ce qui se tramait, et tant que les politiciens désireux de tourner la page en réécrivant l'histoire une fois qu'ils auront accédé au pouvoir n'y accèdent pas, on continuera à le savoir. Que cela ne nous empêche pas de rire à un "comment ça, merde alors? But alors you are French?". Le film respire la joie de vivre des trente glorieuses, les années 60, les vacances dans le Sud! Je pense qu'Oury et Danièle Thompson, sa fille, savaient parfaitement ce qu'ils faisaient en choisissant d'écarter tout drame excessif, ils ne faisaient pas autre chose que Goscinny et Uderzo réécrivant à leur façon l'histoire de la gaule post-Alésia.

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Published by François Massarelli - dans Comédie