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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 13:38

Sonny Steele (Robert Redford) est un "cowboy électrique", un ancien champion de rodéo qui a trouvé à son corps défendant une seconde carrière, puisqu'il participe à des spectacles en tant que caution publicitaire: il chevauche une monture, affublé de guirlandes électriques, pour faire la promotion de céréales matinales. Il boit: ce n'est pas une surprise, puisqu'il n'aime pas ce qu'il est devenu... D'autres indices permettent de le situer vraiment au plus bas, ayant divorcé entre duex conquêtes douteuses, perdu ses repères, sa passion pour les chevaux, etc... Mais deux évènements vont changer les choses: Hallie (Jane Fonda), une journaliste qui l'a repéré va essayer d'en savoir plus sur ce personnage exploité par une compagnie cynique; et un jour, en se rendant à une répétition d'un évènement publicitaire, il voit que le magnifique cheval qu'on lui a confié a été drogué, et maltraité. Il monte sur le cheval et s'enfuit, dans le but de permettre à l'animal de retrouver la santé et les grands espaces... La compagnie lance la police à ses trousses, mais Hallie est bien décidée à transformer l'anecdote en scoop...

 

Ce qui frappe de prime abord dans ce film, c'est sa construction, qui épouse la renaissance d'un personnage en même temps que d'autres évolutions positives: la découverte de l'humanisme de Sonny par Hallie, puis leur graduelle conquête l'un de l'autre, la réalisation par la compagnie victime du vol que le voleur, à savoir Sonny, va peut-être leur permettre d'engranger des bénéfices conséquents, et de faire semblant de s'acheter une conduite, et enfin la libération progressive du cheval qui va enfin pouvoir assumer en pleine nature sa condition d'étalon. Pollack passe ainsi de l'Amérique, fausse, de Las Vegas de 1979, de ses intérieurs en plastique ou le ridicule, le strass et le disco règnent en maîtres, à ces grands espaces magnifiques où l'imperturbable Sonny, qui retrouve ainsi sa vocation réelle, va conduire son ami, le cheval qu'il a volé. La comédie, les constrastes entre les personnages, mais aussi la tendresse sous-jacente, alliée à la dénonciation d'une Amérique qui se perd dans sa propre course au profit, permettent à Pollack, un an avant le superbe Bronco Billy de Clint Eastwood, d'ajouter sa pierre à un cinéma Américain qui renvoie directement à Frank Capra.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 10:23

A boom, dans les Flandres, en 1616. On apprend que l’occupant Espagnol s’apprête à traverser le village, et les bourgeois s’inquiètent: ne vont-ils pas procéder à des massacres, des pillages, des viols en série comme ils en ont la réputation? Le bourgmestre (André Alerme) croit avoir trouvé la parade: il va se faire passer pour mort, fraîchement décédé, ce qui devrait calmer les ardeurs de l’envahisseur. Mais son épouse (Françoise Rosay) et les autres dames de notables ont une autre idée: celle d’accueillir avec bienveillance (Et plus si affinités) les espagnols, qui vont effectivement s’arrêter, et profiter de l’aubaine en festoyant, fraternisant, et bien plus… La ville se souviendra longtemps de cette occasion, à n’en pas douter.

Feyder ne faisait rien comme tout le monde. Pas même, semble-t-il, comme lui-même! Ce film, son plus connu, et l’un des rares à avoir une réputation internationale, est totalement éloigné des préoccupations habituelles de l’auteur de L’Atlantide, Carmen, ou Le grand jeu: pas ici de personnage lancé dans une fuite en avant mortelle, pas de noirceur et de destinée… Juste une farce, pour reprendre les propres mots du metteur en scène, qui avait envie avec son co-scénariste Charles Spaak d’une fantaisie historique, creusant son sillon avec une nouvelle fois, la troisième consécutive, la place de choix offerte à son épouse, qui revient après son rôle exceptionnel dans Pension Mimosas, en dame bourgmestre, qui prend le pouvoir avec panache derrière le dos de son mari. On pourra tout de même trouver ici des parallèles avec deux films muets de Feyder : d’une part, il y a derrière Françoise Rosay, comme un rappel de l’art de la manipulation subtile telle que Gribiche la pratiquait, en 1925; et le ton satirique n’est pas non plus éloigné de celui des Nouveaux Messieurs, l’ironie s’appliquant ici non sur la vie politique, mais plutôt sur le comportement des échevins, tous pleutres, et unis dans leur lâcheté derrière leur chef en petitesse, le bourgmestre. 

Si Jan Bruegel est l’un des personnages du film, (Il est l’amoureux de Siska, la fille du bourgmestre que ce dernier a promise au boucher), c’est que Feyder a souhaité souligner de multiples façons la principale influence picturale de son film, mis en images avec un soin rare dans le cinéma Français de l’époque par Harry Stradling: les citations des maîtres Flamands abondent, et le film voit ses personnages se réfugier dans plus d’une fête nocturne, permettant la reproduction des ambiances festives des tableaux qui l’inspirent. Mais on note que cette référence à la peinture passe uniquement par des aspects festifs, justement : là encore, il n’y aura pas de heurts ni d’intrigues: tous les personnages qui tentent de tromper, manœuvrer, contrer même les plans de madame la bourgmestre trouveront à qui parler: Delphin, interprétant le nain qui suit le duc Espagnol, ou encore les échevins qui tentent de reprendre le dessus voyant la situation leur échapper, ne parviendront pas à changer la donne: le passage des Espagnols sera sans douleur, juste un rêve. 

Et c’est là que l’histoire, de façon inattendue, s’en mêle: d’une part, le film a été produit avec des capitaux européens, dont Allemands (Il en existe même semble-t-il une version Allemande, comme pour le film Les gens du Voyage réalisé à Munich trois ans plus tard); ensuite, il dépeint une atmosphère d’angoisse liée à l’occupation qui ne se résout que grâce à une collaboration active de la part de la population féminine trop heureuse de l’aubaine. Le salace et l’ironie déboucheront inévitablement, pas tout de suite, mais a posteriori au regard de la position importante du film dans les années 30, sur des accusations de mauvais goût et d’apologie de la collaboration… Pourtant ce que Feyder voulait, c’était prendre du bon temps, et montrer les femmes prendre le pouvoir, lui qui s’était amusé en 1928 à montrer l’assemblée Nationale occupée par des ballerines! Si Goebbels a souvent été cité comme ayant particulièrement apprécié le film, il n’en reste pas moins que celui-ci sera interdit durant la guerre, sur recommandation des autorités d’occupation justement. Pour une fois, on peut citer Sadoul, lui-même communiste et résistant, qui a toujours défendu le film de Feyder qu'il trouvait purement magnifique.

Halte bienvenue dans le parcours de Feyder, La kermesse héroïque a été un succès certain, gagnant même des prix en France et en Europe. C’est justice, le film étant un parfait équilibre entre l’ironie, le mauvais goût calculé (Et magnifiquement enluminé et costumé ce qui ne gâche rien), la subtilité et le ton farceur invoqué. Et c’est un bien beau film, dans lequel on peut savourer encore et toujours le métier de Françoise Rosay, confrontée cette fois à Louis Jouvet, menant une étrange fable au féminisme, disons, terrien.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Feyder
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:54

New York, 1964... Les Etats-Unis, pour la première fois, accueillent les quatre membres d'un groupe musical Anglais qui a fait succomber toute, ou presque, la jeunesse du pays. Et justement, dans le New Jersey, un groupe de six adolescents se prépare à rouler vers New York, sous l'impulsion de Pam (Theresa Saldana): celle-ci a en effet l'intention de s'introduire dans l'hôtel fréquenté par les quatre musiciens, afin de prendre des photos et devenir journaliste grâce à son scoop. Autour d'elle, on retrouve Larry (Marc McClure), un fils d'entrepreneur des pompes funèbres qui fournit l'indispensable limousine qui permettra d'accomplir le plan, et qui en pince sérieusement pour Pam; Rosie (Wendy Jo Sperber), qui souhaite tout simplement s'approcher de son idole Paul McCartney; Grace (Nancy Allen), une jeune femme bientôt mariée qui s'autorise une dernière folie; Janis (Susan Kendall Newman) quant à elle vient parce qu'elle désire aller protester contre la présence des Beatles, qu'elle considère comme une simple mode passagère, et Tony (Bobby Di Cicco) vient surtout parce qu'il souhaite séduire Janis, et lui aussi est particulièrement remonté contre les Beatles... Et bien sur, si les six jeunes vont s'approcher de très près des musiciens, tout ne va pas aller selon leurs désirs.

 

L'essentiel de l'intrigue tourne autour du fameux Ed Sullivan Show de février 1964, lorsque la Télévision Américaine a pour la première fois retransmis le virus de la Beatlemania. un jour symbolique puisque des millions d'Américains étaient ce jour devant leur poste, mais aussi parce que c'est d'une certaine manière le point de rencontre historique de l'American way of life et de la contre-culture telle que les Beatles, à leur façon bien particulière, pouvaient la véhiculer. Zemeckis, qui s'amusera une autre illustre fois à remettre ses pas dans l'Histoire, en la reconstituant à sa façon, avec Forrest Gump (1994), montre ici comment il peut manipuler la vérité (Les images ultra-connues de la prestation des Beatles) en y ajoutant non seulement ses personnages mais aussi toute une intrigue. Sinon, il prend un malin plaisir à démultiplier les points de vue à partir des plans de foule (Les fans qui campent devant l'hôtel des Beatles), de choses aussi anodines que le retour des quatre musiciens dans leur chambre (Vus de sous un lit par Grace qui a atterri par hasard dans leur chambre en essayant d'échapper à un vigile de l'hôtel); on pense d'ailleurs à Back to the future et la mission de Marty, qui doit s'assurer de faire en sorte que le passé se déroule dans le bon sens; c'est exactement ce que fait Zemeckis ici, qui rejoue la prestation des Beatles au Ed Sullivan Show, vue de loin et simultanément dans des écrans de contrôle qui passent la vidéo authentique, originale, de l'événement: l'effet est saisissant. Et comme Zemeckis est déjà une incontrôlable boule d'énergie délirante, le film défile à un tempo hystérique... A rapprocher de 1941, construit l'année suivante par Spielberg sur un mode similaire avec d'ailleurs certains acteurs de ce film; rappelons que les scénaristes de 1941 sont justement Bob Gale et Robert Zemeckis, les auteurs de ce film. Si tout n'est pas réussi, la belle énergie déployée par certains acteurs (Nancy Allen et Theresa Saldana en particulier), l'humour basé sur une observation minutieuse des comportements, et le ton gentiment bouffon de l'ensemble font de ce premier long métrage une belle réussite.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 16:52

Contemporain à la fois des premiers films "psychologiques" de DeMille (The cheat en particulier), et de l'explosion du burlesque grotesque à l'imitation de la Kesytone, ce film est étonnant à plus d'un titre, d'abord par l'intrigue qui permet non seulement la comédie mais aussi, par moments, le drame, et ensuite par le soin de la mise en scène, constamment inventive et surprenante par son raffinement... Autant dire que si le film parle d'un soupçon de tricherie extra-conjugale, ce qui n'a rien d'exceptionnel dans les films "urbains" de Roscoe Arbuckle, il n'en est pas moins une expérience de subtilité unique en son genre qui tranche de façon radicale avec le gros des productions de la Keystone, et on se demande bien quelle a pu être la réaction de Mack Sennett devant cette production qui est bien loin d'arborer son style.

Arbuckle y est un médecin, marié depuis quelques années sans doute à Mabel Normand, et les deux tourtereaux sont vus au début du film se parant pour sortir, dans une salle de bains... il y a un peu de chamaillerie gentillette, rien de bien grave, mais plus tard, la jeune femme apprend la venue d'un vieil ami d'école, ce qui va provoquer la jalousie de Roscoe. De plus, pour tout compliquer, un groupe de voleurs va essayer de s'introduire dans la maison, amenant avec lui des quiproquos, de la confusion, et du drame...

Les vingt-cinq minutes du film sont utilisées pour installer une intrigue certes conventionnelle, mais qui tend à privilégier les personnages et l'atmosphère sur le gag. Bien sûr on rit, mais il y a toujours un soupçon d'inquiétude, un brin de sophistication aussi, à tel point que Roscoe (habillé cete fois sans aucune exagération burlesque, c'est notable) et Al St-John (dans une certaine mesure) réussissent même à élaborer un jeu subtil! La photo de Elgin Lessley est très étudiée, avec pour mission évidente de reproduire l'atmosphère sophistiquée des films de DeMille: les éclairages, qui privilégient une source de lumière intérieure au plan, contribuent ainsi grandement à l'ambiance particulière du film, et comment ne pas penser à The cheat?

Sans en être une parodie, le film montre que le metteur en scène a su s'en approprier le style, sans jamais céder  trop de terrain sur ses affinités burlesques (La construction du film mène à un dénouement spectaculaire et hautement physique) ni la bonne humeur de l'ensemble: le titre d'ailleurs nous informe sans trop nous en dire sur le fait qu'il ne faut pas prendre tout ce qu'on voit ici pour argent comptant; je parle évidement du titre Anglais, pas de l'infâme titre Français dont il ne sera ici plus question... Aisément un chef d'oeuvre paradoxal pour le grand et sous-estimé Roscoe Arbuckle.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Roscoe Arbuckle
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:09

OVNI récent, Cabin in the woods n'est pas ce qu'il parait être. Mais ça, la plupart des nombreuses personnes qui se sont intéressés au film le savent déja: c'est un superbe acte de parodie et de réflexion sur un genre, une approche intellectuelle rare et précieuse, qui renvoie tant de parodies et de métafilms à leurs chères études... Et c'est une nouvelle fois une brillante pépite dans la mine d'idées de Joss Whedon, père de Buffy, Angel, Dollhouse, Firefly, récent metteur en scène heureux de The avengers, et repreneur gonflé de Shakespeare dans un Much Ado Bout Nothing qu'on brûle de voir... Parmi les acteurs on remarquera les habitués Fran Kranz (Dollhouse, Much ado about nothing), Amy Acker qui a comme d'habitude une blouse blanche et une sortie spectaculaire (Angel, Dollhouse), l'admirable Tom Lenk en stagiaire douteux (Buffy, Angel) et tant qu'à faire Chris 'Thor' Hemsworth (The Avengers); Si Goddard est bien le réalisateur, il faut rappeler qu'il a débuté dans l'ombre de Whedon sur Buffy, qu'ils sont co-scénaristes sur ce film et que la raison pour laquelle Whedon ne l'a pas réalisé est sans doute que le méga-film Paramount / Disney sur lequel il travaillait alors était probablement déjà suffisant pour son appétit; cela ne l'a pas empêché de visiter le plateau fréquemment, et d'apposer sa touche... Et celle-ci est tout sauf discrète.

 

Cinq ados (Chris Hemsworth, Kristen Connolly, Fran Kranz, Anna Hutchinson, Jesse Williams) partent en week-end dans une cabane dans les bois qui leur est prétée par le cousin de l'un deux. Parallèlement à leur arrivée sur les lieux, on assiste à d'étranges scènes dans un bureau de contrôle qui semble justement monitorer les héros, leur arrivée et leurs réactions comme dans un gigantesque show de télé-réalité. Mais on découvrira que c'est bien différent lors des premières manifestations de créatures étranges, et généralement meurtrières. Les adolescents auront beau se comporter comme on attend qu'ils le fassent, la situation va dégénérer dans des proportions inattendues, et plutôt réjouissantes...

 

Les surprises finales, inévitables, sont séparées en deux catégories: d'une part, ce que les scénaristes cachent aux personnages, mais nous montrent non seulement tôt dans le film (Voire pour la toute première scène!), à savoir la façon dont les héros sont observés, scrutés, poussés à agir dans un sens ou dans l'autre; à ce titre, la peinture d'une entreprise dont les finalités restent bien obscures, mais dont la vie quotidienne est faite de moyens de tromper l'ennui (Chicanes, drague, alcool, paris idiots) détonne lorsqu'en fond les écrans de contrôle renvoient des images de diverses activités de massacre et autres phénomènes sanglants dont sont victimes les cinq héros! L'ironie ici est propice à de superbes ruptures de ton, et cette double casquette ironie/violence rend en plus le film plus regardable et plus intelligent: on n'est définitivement pas devant I know what you did last summer... Heureusement! D'autre part, les surprises réservées au spectateur sont largement concentrées sur la fin, et on ne va pas bien sur les révéler ici; mais avec Whedon, on passe le temps en compagnie d'un groupe humain qui tient moins de la famille dysfonctionnelle que d'habitude, mais dont les gagnants seront comme d'habitude les losers... Enfin, gagnants, gagnants... C'est beaucoup dire!

L'accumulation de scènes d'anthologie va de pair avec un dialogue brillantissime dans lequel le loser le plus acharné de la bande (Qui fume des substances qui font rire en permanence) se distingue avec aisance, et on a même droit à une scène d'approche amoureuse d'une rare délicatesse... Mais qu'on se rassure: il est aussi question d'apocalypse potentielle, ce que les fans de Buffy, Firefly, Dollhouse, The Avengers et Angel connaissent bien; enfin, comme toujours, le scénario (Et l'impeccable mise en scène de Goddard) joue brillamment sur plusieurs niveaux, et sur le principe des poupées russes. Ce film à regarder sans modération "n'est pas Citizen Kane" selon les mots de Whedon commentant le premier épisode de sa série Buffy the Vampire Slayer, mais on s'y amuse énormément, et on n'est pas au bout de ses surprises. Hautement recommandé, un méta-chef d'oeuvre qui en plus est...

 

...du fun pur.

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Comédie
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 18:52

Molière dans un film muet? et Allemand, en plus? De tous points de vue, ça sonne bizarre: les admirateurs de Molière, tenants d'un théâtre classique ne peuvent que faire la fine bouche, à plus forte raison devant une adaptation qui ne retient que l'essentiel, du point de vue des deux principaux contributeurs: le metteur en scène Murnau et le scénariste Carl Mayer; par ailleurs, les admirateurs du cinéaste vont aussi avoir tendance à considérer le film comme un étrange accident dans l'oeuvre de l'auteur de Nosferatu, Faust et Sunrise... C'est vrai qu'il n'avait pas prévu de réaliser ce film, qui lui est tombé dans les mains et qu'on lui a demandé de faire en échange d'une carte blanche sur Faust. Donc le soupçon d'un film pour rien est assez tentant: alors qu'en fait, pas du tout. Que le film trahisse Molière, soyons honnête: je m'en fous. que ce soit vrai ou faux, peu me chaut. Non, occupons-nous plutôt de l'autre présupposé...

Mayer et Murnau ont non seulement retenu l'essentiel de la pièce, à savoir la découverte par Elmire de la nouvelle situation de son mari, devenu prisonnier d'une fascination pour le dévot Tartuffe, l'installation de celui-ci au domicile, et les tentatives de la jeune femme de faire entendre raison à Orgon après avoir découvert que le pieux et saint homme en avait en vérité beaucoup plus après la fortune d'Orgon qu'après son salut éternel... Pour le persuader, elle va utiliser dans un premier temps la raison, mais Orgon est trop aveuglé pour l'écouter; puis, elle va tenter de faire semblant de séduire Tartuffe avec la complicité de son mari, avant de finir par mettre celui-ci devant le fait accompli. La pièce se déroule dans un décor intérieur exclusivement, dans une grande maison blanche, dans un certain nombre de pièces, mais l'endroit le plus représentatif est un grand hall au milieu duquel un gigantesque escalier trône. Il va permettre aux quatre personnages (Elmire, Orgon, la bonne Dorine et Bien sur tartuffe lui-même) de passer d'un étage à l'autre, soit de s'élever ou de descendre. La scène de la révélation finale aura lieu bien sur en bas, après que chacun soit descendu, voire se soit abaissé...

Les deux auteurs ont ajouté un prologue afin de situer cette histoire de faux saint et d'hypocrisie dans le contexte du XXe siècle. Ce n'est pas un grand moment filmique, c'est de la comédie assez peu intéressante, mais cela passe: un jeune homme qui a découvert que son grand-père l'a déshérité au profit d'une gouvernante qui entend bien profiter de la situation et empocher le magot, quitte à empoisonner le vieux: la pièce est donc montrée à travers un film projetée à la maison par le jeune homme déguisé. On peut penser aussi que le prologue et la fin ont été ajoutés afin d'enrichir le film, qui sinon ne durerait pas plus de 45 minutes... quoi qu'il en soit, c'est une faute de goût, mais ça n'entame en rien le pouvoir de fascination de la partie centrale du film...

Le prologue a en plus l'avantage de simplifier fondamentalement l'intrigue, en écho à la situation d'Elmire. le film dans le film est lui aussi le théâtre d'une troublante mise en abyme: à l'intérieur de la comédie, se niche le drame d'Elmire, épouse délaissée par un mari presqu'amoureux de son "ami" Tartuffe. C'est un drame dans lequel les corps vont jouer un rôle essentiel: celui, presqu'effacé de Werner Krauss (Orgon), caché dans des vêtements qui nient totalement son corps, et qui conviennent à la nouvelle spiritualité qu'il affiche. par contraste, Jannings en Tartuffe est parfaitement défini, jouant avec une grand efficacité de sa silhouette volontiers ridicule (Conforme à la silhouette traditionnelle du personnage tel qu'il est souvent joué), accentuée par les vêtements du XVIIe siècle. il affichera d'ailleurs à la fin du film une conscience de son physique lorsqu'il s'apprêtera à passer au lit avec Elmire... Dorine, interprétée par Lucie Höfflich, est quant à elle d'une sensualité un peu ronde, mais elle affiche une certaine gourmandise au moment de préparer le lit de ses maîtres alors qu'Orgon revient de voyage. enfin, Lil Dagover (Elmire) joue beaucoup de la blancheur de son buste, et de la sensualité de ses épaules nues, aussi bien dans ses contacts avec son mari, que dans ses tentatives de confondre Tartuffe. Mais Murnau n'oublie pas de la montrer, dans le cadre de l'escalier, qui descend de dos, abattue par une courte entrevue hors-champ avec Orgon, dont nous ne saurons rien, si ce n'est qu'elle y a compris que son mari ne la désirait plus... Orgon, jusqu'à la fin, est systématiquement amené à ne considérer la sensualité que dans des boudoirs, des placards, hors-champ, ou en coulisses. De fait, si le propos d'Elmire est de la reconquérir, Murnau semble de son côté l'exclure, faisant de cette histoire d'abord et avant tout une confrontation entre Elmire et Tartuffe, sous la vigilance de Dorine: c'est aussi vrai en ce qui concerne les points de vue exprimés dans le film...

Tartuffe n'est sans doute pas le plus grand des films de Murnau, mais il a des atouts considérables, une fois qu'on admet la présence un peu irritante de ses prologue et épilogue... Il prolonge un peu la réflexion du film précédent (Le dernier des hommes) sur l'habit qui ne fait pas le moine, ce qu'on retrouvera du reste un peu dans Faust. En parlant de moine, il est aussi le film du metteur en scène dans lequel il s'attaque le plus à la religion en tant que corps constitué, bien que ce soit basé sur un personnage qui de toute évidence est un faux zélote. Les Américains en distribuant le film ont d'ailleurs cherché à en atténuer la charge anti-religieuse comme en témoigne une comparaison entre les différentes versions en circulation... Tartuffe est pour finir une vraie comédie, une parenthèse légère, traitée avec sérieux, et avec sensualité, ce qui est rare chez Murnau. 

 

Herr Tartüff (Friedrich Wilhelm Murnau, 1925)
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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1925 Comédie
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 09:25

Ce film est longtemps resté invisible, de la volonté même de son créateur principal, à savoir bien sur Harold Lloyd, qui s'était passionné pour un roman publié dans le Saturday Evening Post, écrit par Clarence Budington Kelland. De fait, il a tenté l'impossible, avec la complicité de son collaborateur des années de gloire, Sam Taylor: adapter un roman d'une part, relativement éloigné de son style, tout en y insérant d'autre part un personnage qu'il puisse jouer, et son univers habituel, fait d'un choc entre une version de Harold et le reste du monde... Pour surprenant qu'il soit, le film reste une grande date par son ambition et le coup de poker qu'il représentait. Mais ce fut un échec commercial, en même temps qu'une occasion particulièrement douloureuse pour Lloyd de se prendre une volée de bois vert critique, ce qui explique sans doute pourquoi le film est resté si longtemps à l'écart des réseaux de diffusion...

Ezekiel (non, pas Harold!) Cobb, le fils d'un missionnaire qui a grandi en Chine, revient brièvement aux USA, à Stockport sa ville natale, dans le but d'y trouver une femme qui accepte de le suivre et de se marier avec lui, afin de retourner à la mission en y fondant une famille. Une fois arrivé, il tente de prendre contact avec un révérend suposé l'accueillir pour le temps de son séjour, mais il arive trop tard, le vieil homme venant juste de succomber. Il était candidat réformiste aux élections municipales, et le parti qui le sponsorisait réussit à persuader Ezekiel de se présenter à sa place, en l'assurant que ce serait symbolique puisqu'il ne peut en aucun cas assurer sa propre élection. Croyant participer à une entreprise de représentation démocratique, Ezekiel change la donne en se battant avec le maire sortant corrompu, Morgan, et va se faire malencontreusement élire. Le problème, c'est qu'il découvre qu'il n'était qu'un pion, un faux candidat présent pour donner l'illusion de la démocratie, et faciliter l'élection de Morgan. Une fois élu, il prend la décision de vraiment faire le travail de maire...

Ezekiel est une variation sur les benêts habituels, allant partout dans la région distribuer des leçons de philosophie dont tout le monde se fout éperdument, citées directement à la source: le livre de chevet du missionnaire est en effet un recueil de citations de Ling Po, un poète Chinois. Il a aussi une manie, à chaque fois qu'un rendez-vous important doit être assuré, il s'efforce de se rendre chez son ami Tien Wang, à Chinatown, pour y prendre le thé... Une gentille caricature, qui joue à la fois sur les clichés de politesse et de sagesse des Chinois, et sur une peu banale affinité entre l'occidental Lloyd et les pas si caricaturaux personnages chinois. Du reste, le morceau de bravoure dans le film est le baroud d'honneur de Cobb, qui va perdre suite à une supercherie son poste de maire et qui tente le tout pour le tout, en se lançant dans une manipulation, aux dépens de tous y compris de ses appuis et du public, qui consiste à faire croire que le problème de la corruption et du gangstérisme qui gangrène la ville, représenté par la machine politique de Morgan, va être éradiqué en arrêtant tous les bandits et en leur coupant la tête...

De fait, mis au pied du mur, Cobb se comporte sciemment en dictateur pour un jour, l'idée étant bien sur de penser au bien commun. On n'est pas si éloigné d'une vision d'un Capra, qui voit Smith prendre le pouvoir sur le sénat dans Mr Smith goes to Washington, contre la machine politique qui l'a mis au pouvoir...

Le film est assez long, à 102 minutes, et a sans doute été monté de façon très serrée, pour y incorporer le plus possible de scènes qui tournent autour du combat politique de Cobb. Mais il y a des gags, et une intrigue sentimentale, bien entendu, qui va permettre à Lloyd de montrer un changement sensible dans le personnage de Cobb, qui va bénéficier du soutien d'Una Merkel. La gouaille de l'actrice, identifiée grâce à ses films Warner comme partie intégrante du cinéma de ces années pré-code, contraste évidemment fortement avec les habituelles oies blanches des films de Lloyd... Tout le film, d'ailleurs, est plus adulte que d'habitude...

On comprend la rareté du film, qui reste par enddroits maladroits, avec un personnage trop caricatural, qui de plus ne fait plus vraiment 25 ans. Mais le courage de la remise en question de Lloyd, et sa volonté de tenter par tous les moyens un renouvellement de son cinéma, forcent au moins le respect. Le film, précurseur des grands films politiques de capra, dont il adopte d'ailleurs l'urgence dans les dernières bobines, vaut bien plus que sa réputation...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code Sam Taylor
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 16:29

Jamais comme tout le monde! Non content d'avoir mis le monde du cinéma à ses pieds en 1989 avec Sex, lies, and videotape, d'avoir mis tout le monde d'accord contre lui avec Kafka et King of the hill, il avait ensuite tenté une incursion remarquée dans le film noir, avec Underneath en 1995, puis sorti un improbable mais réjouissant film fourre-tout avec lequel il a encore rencontré l'incompréhension générale, le superbe (ou pas) Schizopolis... Je passe sur Gray's anatomy, un film consacré au comédien Spalding Gray, que je n'ai pas vu. C'est à ce moment que se situe Out of sight, à nouveau un film noir, mais passé par le filtre de la comédie, et adaptation d'Elmore Leonard, à un moment où c'est justement la mode: Danny de Vito, qui a produit le Get Shorty! de Barry Sonnenfeld adapté aussi de Leonard, est de nouveau derrière ce nouvel opus. L'heure est donc à la parodie, mais Soderbergh n'en oublie pas son goût pour l'expérimentation. Et puis pour en finir avec ce préambule, le film est aussi pour lui l'occasion, d'une part, de travailler pour la première fois avec George Clooney, Don Cheadle et Luis Guzman, mais aussi de rencontrer le succès planétaire.

Jack Foley (Clooney) s'est évadé de prison grace à son copain (et collègue braqueur de banques)  "Buddy" (Ving Rhames). Leur but: s'incruster dans un braquage de luxe dont ils savent qu'il va se produire à Detroit, et qui implique un certain nombre de leurs anciens co-détenus. Mais un grain de sable va apparaitre, lorsqu'au moment de s'évader les deux truands sont obligés de s'emparer d'une jeune femme avec un gros flingue qui passait par là: l'inspectrice Karen Sisco (Jennifer Lopez, impeccable!!). Contre toute attente, Karen et Jack tombent instantanément amoureux, ce que bien évidemment pas un des deux n'admettra...

 

Les morceaux de choix ne manquent pas, depuis l'évasion de jack assortie d'un passage à deux dans un coffre à disserter sur Bonnie and Clyde, jusqu'à la superbe séquence de braquage par deux équipes qui ont fait une alliance fragile, et qui n'ont ni les mêmes méthodes, ni les mêmes buts. Soderbergh et ses acteurs s'amusent, ce qui n'empêche pas le metteur en scène de livrer de superbes séquences de vie en prison, avec ses économies parallèles et ses dangers inattendus, ni de montrer un Detroit défiguré par la crise, au son de la musique des Isley Brothers, une vieille gloire locale. La musique du film, confiée au DJ David Holmes, est d'ailleurs une réelle source de bonheur. Et les caractères sont parfaitement campés par des acteurs tous impeccables, avec en particulier Don Cheadle en truand psychopathe étrangement raisonnable.

On notera aussi un bouleversement de la chronologie qui ajoute à la première partie un soupçon de suspense probablement imprévu: pourquoi Jack Foley sort-il en colère de cet immeuble, et jette-t-il sa cravate avant d'improviser à mains nues un braquage de banque? Un moment fort, déstabilisant, qui fait plus pour installer le personnage que toutes les méthodes Stanislavskiennes imaginables; bien sur, la réponse sera donnée dans un flash-back. Et puis, il y a ce moment durant lequel Foley et Sisco se retrouvent enfin, dans ce qu'ils appellent un 'temps mort', réussissant enfin à vivre, aussi brièvement et intensément que possible, leur amour interdit. Un moment magique, rêvé, ou vécu? Le doute passe parfois, même si la fin nous apporte un élément de réponse. la renaissance de Soderbergh passe par ce film, sans lequel il n'y aurait eu ni Traffic, ni Erin Brokovich, ni Ocean's 11.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir Comédie
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:01

Tourné entre The blue eagle (1926) et le très étonnant Hangman's house (1928), Upstream a beaucoup fait parler de lui depuis 2009 et la découverte d'une copie dans une archive de Nouvelle-Zélande. Un Ford qui reparait, c'est bien sur un évènement, même si ce film n'est pas de l'importance de The iron horse, de Three bad men ou de Four sons, pour s'en tenir au muet. Il provient d'une période fabuleuse non seulement pour le metteur en scène, mais aussi et surtout pour le studio, qui avait ainsi en ses rangs les metteurs en scène Raoul Walsh, Howard Hawks, Friedrich W. Murnau et Frank Borzage en plus de Ford, et qui sous l'impulsion de William Fox avait décidé de réaliser des films de prestige, artistiquement novateurs et aux moyens luxueux (Seventh Heaven, Sunrise...). Du coup, un certain nombre de commentateurs se sont laisser aller à des spéculations sur ce film, et beaucoup se sont  hasardé à dire des bêtises. On a pu ainsi lire (Télérama, bien sur) que ce film était la seule incursion de Ford dans un style sous l'influence de Murnau, alors que c'est en réalité l'un des derniers films qui n'en ait pas énormément bénéficié: dès Hangman's house, Ford explorera des techniques largement inspirées du grand metteur en scène, auquel il continuera de rendre hommage des années durant, dans des films de tout genre (The searchers, The long voyage home, Four sons... tous les styles explorés par Ford seront pour lui l'occasion d'utiliser sa technique héritée de Murnau, et pas seulement dans un contexte, hum, "expressionniste"...). Donc, en attendant, Ford réalise une petite comédie, dans laquelle il se livre de façon discrète à de petites recherches photographiques et des essais de diffusion de la lumière...

Dans une pension d'artistes, les uns et les autres cohabitent tant bien que mal. Les fins de mois sont difficiles, mais il règne dans l'ensemble une certaine camaraderie. Un agent vient pourtant engager le pire des artistes du lieu: le dernier descendant, infâme acteur, d'une famille d'histrions célèbres, l'idée étant tout simplement d'utiliser la notoriété de son nom pour faire une grande publicité sur une production de Hamlet. Il part, et grâce à quelques conseils prodigués à la va-vite par l'un de ses voisins, va triompher... Et attraper la grosse tête. Lorsqu'il revient dans la pension, il va revenir en triomphateur, du moins le croit-il...

Il y a peu à dire sur ce film, une fois qu'on se sera réjoui qu'un film perdu ait pu être retrouvé... C'est une très charmante comédie qui se voit comme un rien, durant à peine une heure. On y retrouve une certaine tendresse de Ford pour ses personnages, avec ses types (Le charlatan interprété par un Francis Ford apparaissant plus jeune que le soiffard incorrigible que l'on voit habituellement), son humour ethnique (Les deux 'Callahan', qui répètent leur numéro de claquettes en permanence, sont en fait un Irlandais et un Juif, extrêmement complices) et son petit groupe humain en pleine dérive, dans lequel l'entraide finit, comme dans d'autres films plus prestigieux (Iron Horse, Three bad men, Stagecoach, Wagon Master), par aller de soi... Le sentimentalisme du metteur en scène est là et bien là, mais tempéré par une solide dose d'authentique joie de vivre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1927 Comédie
20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:14

Elle n'était pas strictement spécialisée dans le genre, mais le fait est que carole Lombard avait un don pour la screwball comedy, à plus forte raison dans la mesure ou elle ne se refugiait derrière aucune dignité de façade pour éviter de se vautrer dans le gag: l'héritage de son passage chez Mack Sennett, sans aucun doute. Tourné par Wesley Ruggles, ce film est à nouveau partagé avec Fred McMurray, son partenaire fréquent; je parle du Fred McMurray pré-Double indemnity, bien entendu, et ici il joue de façon particulièrement fine un avocat totalement honnête, et donc totalement fauché, dont l'épouse se désespère puisqu'il n'accepte jamais les affaires juteuses. Elle décide de prendre un emploi, ce qu'il refuse catégoriquement, et se met dans un pétrin impressionnant lorsque le vieux cochon chez lequel elle a postulé pour être secrétaire particulière (...!) décède après qu'elle soit partie précipitamment de chez lui... Menteuse pathologique, elle réalise que si elle s'accuse du crime, l'affaire sera plus intéressante pour son avocat de mari.... Ajoutons à cela la présence mystérieuse et burlesque d'un criminologue alcoolique qui fréquente le tribunal en se livrant à d'improbables excentricités, et le tableau sera complet...

 

Non seulement il y a une intrigue, basée sur l'importance pour tout le monde que l'innocente soit coupable, à commencer par l'innocente elle-même, mais en plus, on a une galerie de portraits loufoques, de la terrible menteuse (Lombard a un tic qui trahit ses mensonges à venir, elle gonfle sa joue avec la langue, invitant le public à être son complice), à l'avocat tellement honnête qu'il en devient ridicule et comique, en passant par un John Barrymore en fin de course qui prête ses traits - et son alcoolisme, hélas, pas feint -à Charley Jasper, excentrique bonhomme dont la présence permet un dernier acte de haute volée, et par Edgar Kennedy, le bougon extraordinaire rodé chez Hal Roach, et qui a tant oeuvré pour le bonheur des fans de Laurel et Hardy... Ici, il joue un inspecteur de police dont la patience est mise à rude épreuve par Carole Lombard. La présence de Barrymore, qui n'a plus rien d'une star à l'époque, est due à l'insistance de Lombard, qui avait adoré travailler avec lui trois ans plus tôt sur Twentieth Century. Ruggles ne se cache pas derrière des artifices de mise en scène, il fait comme Hawks, et laisse parler et jouer ses acteurs, leur imposant un rythme légèrement accéléré. Au final, du grand art, de la comédie supérieure à consommer sans modération, qu'on trouve au sein d'un coffret dédié à Carole Lombard.

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Published by François Massarelli - dans Comédie