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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 09:31

Mabel Normand a besoin d'une réhabilitation: a plus d'un titre, d'ailleurs. Au-delà d'un cercle d'initiés, ou de gens qui l'ont découverte au hasard des films qu'elle a interprétés aux côtés de comédiens plus en cour (Roscoe Arbuckle, avec lequel elle a interprété de nombreux films en tandem sous la direction de l'imposant acteur, ou même Chaplin, dont la venue dans le studio Keystone a été postérieure à la notoriété de la dame), son nom n'a semble-t-il aucune résonnance auprès du grand public, contrairement à Chaplin, Keaton, Lloyd et dans une moindre mesure Langdon. Non seulement comédienne et scénariste (Et gagwoman, car on ne travaille pas chez Mack Sennett en ces années 10 et 20 sans contribuer en matière de gags!), elle est aussi metteur en scène, en particulier entre 1914 et 1915, puisqu'elle sera effectivement créditée en tant que réalisatrice au générique de plusieurs de ses courts métrages, et non des moindres: elle y dirige des stars de la Keystone, dont Roscoe Arbuckle, des nouveaux venus comme Chaplin, Charles Parrott (Futur Charley Chase) ou Al St-John. Les films qui nous sont parvenus montrent une certaine originalité comparés à ce qui formait le tout-venant de la Keystone: un humour volontiers grossier mais assumé, baroque, souvent frénétique et grotesque. Mabel au milieu de ce cirque est souvent une jeune femme fragile, un peu gauche mais toujours séduisante. Elle a sans doute été pour beaucoup dans la capacité du studio à évoluer, justement, et si la rencontre entre Chaplin et la jeune femme a été paraît-il houleuse, il a certainement plus appris d'elle que de Henry Lehrman, ou de George Nichols, les deux metteurs en scène les plus fréquents de ses films avant qu'il ne mette en scène lui-même.

Normand n'a pas été seulement un grand nom de la Keystone ou des studios Mack Sennett (On sait que celui-ci a souvent négocié des virages dans sa carrière, et que le studio a changé de nom très souvent): elle a aussi, à divers moments de sa carrière, tourné pour Goldwyn ou même Hal Roach à la fin des années 20. Les oeuvres de cette époque ne sont pas ses réalisations, ce qui n'est pas si important quand on considère la façon dont bien des comédiens travaillaient: Lloyd ou Laurel n'étaient pas non plus les réalisateurs de leurs films, mais on sait bien qui était le patron... On peut émettre aussi l'hypothèse concernant Mabel Normand que sur des films mis en scène par d'aures, elle avait toujours son mot à dire. On le sent bien ici, dans un film tourné 8 ou 9 ans après sa glorieuse période de co-vedettariat avec Roscoe Arbuckle. Long métrage de 6 bobines, il est écrit par Mack Sennett, et dirigé par F. Richard Jones, qui n'est pas n'importe qui: c'est le directeur général du studio, un superviseur qui fera aussi ce travail au studio de Hal Roach plus tard dans la décennie. Clairement, le film porte les marques d'une oeuvre envisagée pour représenter le prestige d'un studio... Un studio pourtant encore assimilé, parfois avec raison, avec de la comédie déjantée, délirante et pas vraiment sophistiquée en ce début des années 20. Pourtant ce film est d'une grande délicatesse, et propose une forme de comédie bien plus fine que la production habituelle de Sennett. Tout y est fait pour permettre à Mabel Normand d'y installer son style, et le jeu des acteurs est d'une grande subtilité...

Sue Graham est la fille d'un garagiste (George Nichols) qui vit loin vers l'est, dans une petite bourgade tranquille. La vie y est calme, réglée, même longtemps à l'avance: le garagiste a promis depuis belle lurette sa fille au commerçant local (Vernon Dent). Mais Sue aime depuis l'enfance son ami Dave (Ralph Graves) qui le lui rend bien, et la jeune femme souhaite par dessus tout devenir une actrice de premier plan, et percer bien sur à Hollywood. Alors que le mariage se précise à l'horizon, elle envoie sa contribution à un concours organisé par un studio, et suite à un quiproquo, gagne le premier prix, ce qu'elle apprend le jour même de son mariage. Avec l'aide de Dave, elle s'enfuit, mais arrivée à Hollywood elle déchante bien vite: elle va bien être engagée par le sudio, mais en tant qu'ouvrière. La situation se précipite lorsque Dave la rejoint et lui annonce que ses parents ont tout vendu pour la rejoindre à leur tour...

Dans le script et la continuité du film, on peut voir la marque de Sennett, qui aimait jongler avec les formules pré-établies: plusieurs intrigues imbriquées, qui auraient sans problème aucun pu fournir la matière de plusieurs films; tout ce qui concerne bien sur l'envie de cinéma par opposition à la vie rurale et tranquille imposée à la jeune femme d'abord. Ensuite, à l'intérieur de la première partie, les rivalités avec un rectangle amoureux: Vernon Dent veut Mabel, qui aime Ralph Graves, mais celui-ci est convoitée par une jeune veuve avide de chair fraîche qui ne lésine pas trop sur les moyens (Charlotte Mineau). Tout ceci est la base de nombreux courts métrages Sennett! ensuite, bien sur, les tribulations de Mabel au studio, qui sous un faux nom est bien le studio Sennett avec son personnel (On y croise Eddie Gribbon, Billy Bevan, Max Davidson, et même le chien Teddy et les lions du studio!): dans cette partie du film, on trouve bien sur tous les gags les plus traditionnels, même si le rythme en est plutôt tranquille. La concurrence avec Hal Roach et son style de comédie civilisée est passé par là... Enfin une dernière sous-intrigue est développée dans les deux dernières bobines: un ami Hollywoodien de Mabel la conseille financièrement et s'avère un escroc qui tente de piquer les économies de ses parents. Une intervention de Mabel superbement mise en images, avec une arme, débouche sur une scène d'action de mélodrame pur, sans un gramme de comédie... Tout ce déluge d'intrigues tend à déboucher sur une impression de déséquilibre, et on aurait aimé que les deux personnages de la première demi-heure que sont l'ex-futur marié (Dent) et la veuve-vamp (Mineau) ne disparaissent pas aussi sèchement. D'où une impression fugitive de collage...

Ce qui tient malgré tout le film ensemble, et le rend fascinant, c'est la monopolisation de l'écran par Mabel Normand, et son volontarisme, sans parler de son implication physique.Elle est une héroïne rompue à toutes les facettes de la comédie, mais compose avant tout un personnage d'une grande cohérence. Elle n'est pas ridicule en fille dévouée qui n'a rien à perdre et qui attaque le voleur des économies de ses parents avec un revolver... La mise en scène d'une grande efficacité de F. Richard Jones la suit, d'autant que l'accent mis sur un jeu aussi subtil que possible nous rend sensible aux personnages. Le pathos déployé dans l'histoire (La fuite de Mabel ne se fait pas sans larmes, et le père est souvent saisi par la mélancolie devant l'attitude de sa fille) passe plutôt bien: ce film ne se prive pas de mobiliser nos sentiments et le fait avec savoir-faire... Tout en le faisant dans un certain conservatisme quand même: la morale de cette histoire édifiante, c'est qu'une femme doit réfléchir à la possibilité de devenir une mère au foyer sans histoires avant de se lancer dans une perspective aussi fâcheuse que d'imaginer réussir à Hollywood. Car contrairement à n'importe quel personnage de Lloyd par exemple, Sue Graham ne réussira pas. Mais alors, pas du tout... Mais elle trouvera le bonheur dans son couple, et la conclusion, toute réactionnaire qu'elle soit, ne peut s'empêcher de faire exactement comme le film: elle s'accomplit grâce au cinéma. C'est l'un des atouts les plus forts de ce long métrage, que de nous donner à voir le fonctionnement de l'usine à rêves, et l'envers du décor des films Sennett, avec humour et tendresse, sans jamais forcer la dose. Et c'est une raison de plus pour faire de ce film un passage obligé pour qui s'intéresse à la comédie burlesque Américaine. Comme Ella Cinders, de Alfred E. Green, avec Colleen Moore... Un film qui lui doit d'ailleurs beaucoup.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie
3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 17:16

Une image, située au début de ce film de trois bobines, est restée célèbre: un cadre en forme de coeur accueille un à un la tête de chacun des principaux protagonistes de ce triangle amoureux: Roscoe Arbuckle soi-même, en garçon de ferme, puis Mabel Normand, la fille du fermier, et enfin Al St-John, le rival malheureux. Cette image a tellement été utilisée pour symboliser à la fois les grotesque amours un brin rustiques, et le cinéma muet dans son ensemble, qu'il a donné à ce film une aura de classique... Diablement méritée: d'une part, en trois bobines, Arbuckle ralentit volontiers le rythme souvent frénétique des productions Keystone. Il prend le temps d'assoir ses caractères, et raconte une histoire, finalement assez classique... Jusqu'à un certain point: Une fois l'accord des parents de la belle obtenu pour le mariage, Mabel et Roscoe se marient, et trouvent une petite maison sur le bord de l'océan. Mais le rival a décidé de se venger et fait appel à des bandits. Lors d'une tempête mémorable, ils font glisser la cabane en bois sur l'eau, et les deux amoureux dérivent donc sur les vagues du Pacifique!

Non seulement Arbuckle semble garder le meilleur de Sennett (Lisibilité, des acteurs rompus à toute sorte de gags), mais il montre avec ce film une maitrise peu commune en 1916 de l'ensemble des moyens cinématographiques: composition, éclairage, ombres... Comme dans l'excellent He did and he didn't, sorti le même mois (Mais probablement antérieur), il fait glisser son propore univers burlesque vers un terrain nouveau, ne reniant ni les règles du comique franc et massif qu'il pratique, mais en laissant apparemment sans effort son film se laisser envahir par une tendance contemplative et artistique inattendue, comme cette scène (Qui vire au gag allègre) durant laquelle au soir, Mabel observe tendrement son mari pêcher: celui-ci est vu en ombre chinoise devant l'Océan Pacifique, puis se battant avec un gros poisson. Une autre scène fait un usage subtil de l'ombre: Mabel s'endort dans on lit, pendant que Roscoe veille. Il ouvre la porte, et un rayon de lumière projette l'ombre du mari, qui semble embrasser son épouse...

Venant de l'usine à gags qu'était la Keystone en cette période, c'est une glorieuse surprise de découvrir ce film: c'est une merveille, une comédie de grande qualité, un chef d'oeuvre à part entière, voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Comédie Roscoe Arbuckle
31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 16:50

Ce film est situé à un moment clé de la carrière de Vidor, et si sa réputation d'excellent film sur les effets inattendus de la magie et l'illusion d'Hollywood n'est plus à faire, je pense qu'il faut voir dans cette comédie en apparence anodine bien plus qu'une simple pochade. Rappelons que Show People, tourné durant la fin du muet pour la MGM, fait partie de la période dorée de l'activité de Vidor, et a été possible grâce à l'envie forte de Marion Davies de tourner de nouveau avec lui. Depuis peu de temps, l'actrice est enfin en position d'imposer ses choix à son amant-pygmalion, l'ombrageux William Randolph Hearst, qui voit pourtant d'un mauvais oeil sa dulcinée lui échapper en tournant autre chose que des drames... Et de son côté, Vidor qui a réalisé en 1925 The big parade tente d'imposer ses sujets, dont l'ambitieux mais peu commercial The crowd (Sorti au début de cette années 1928) n'est que le début. Il a du, afin de pouvoir mener ses projets à bien, accepter des commandes qui ne lui correspondent pas toujours (Proud Flesh, La Bohême, Bardelys the magnificent). De même le film The patsy qui le voit travailler pour la première fois avec Davies, est-il essentiellement une commande... Pourtant, Show people va arriver à point nommé pour permettre au cinéaste de montrer, grâce à ce jeu de miroirs qu'est le film (Tourné à la MGM, et truffé d'apparitions de sommités des studios de cinéma), de montrer quelle est sa place...

Peggy Pepper débarque dans un studio à Hollywood, avec son père qui comme il le dit lui-même, est prêt à "laisser les producteurs tourner des films" avec sa fille. Mais la réalité est moins facile, et c'est grâce à l'entremise de Billy Boone, un acteur de films burlesques, que Peggy est amenée à tourner un film... Comique. Elle fait ses classes dans les jes d'eau, les poursuites idiotes et les tartes à la crême, continuant à rêver de mieux en compagnie de Billy, jusqu'au jour ou elle est appelée, sans son complice, à tourner pour des productions ambitieuses. Elle va alors non seulement fréquenter une toute autre catégorie de personnes, mais aussi prendre lé grosse tête, jusqu'à laisser un gandin poudré, de vieille noblesse Européenne, la demander en mariage...

Le Hollywood dans lequel Vidor tourne son film est le vrai, ce qui lui permet de faire appel à un grand nombre de copains et de stars: certains ne font que passer (Douglas Fairbanks, George K. Arhur, Renée Adorée, John Gilbert), d'autres se prètent volontiers à la comédie. Les deux passages les plus impressionnants à ce niveau restent bien sur l'intevention de Chaplin au naturel, qui débouche sur une vraie scène complète, et bien sur l'apparition de... Marion Davies qui gare sa voiture un peu énergiquement devant Peggy Pepper. Le regard à la fois tendre et gentiment mordant de Vidor fait mouche du début à la fin de ce film, qui n'est certes pas le premier à promener ses caméras à l'intérieur des studios montrés tels qu'ils sont, mais le fait bien et avec esprit: beaucoup de gags sont basés sur le décalage entre l'image de glamour colportée par les films, et la vraie vie du studio. Les différences de ton, de méthode, de prétentions aussi entre les comiques (Dont les films ressemblent à une version cauchemardesque des moments les plus grotesques de l'écurie Sennett!) et les cinéastes plus "artistiques" sont là aussi l'occasion pour Vidor de s'amuser, parfois à ses dépens, comme lorsqu'il montre Billy faire la moue devant la projection de... Bardelys the magnificent! Mais c'est là aussi un message du metteur en scène à sa hiérarchie, lui qui souhaite consacrer son temps à des films selon son coeur. Il apparai lui-même à la fin, proposant à Peggy et à Billy de tourner un film ensemble, et c'est comme par hasard par le tournage d'une scène qui fait penser à the big parade que Show people se termine. Peggy, revenue de sa crise ridicule de prétention, a retenu la leçon et est désormais vraie. Et la surprise réelle de Billy découvrant en plein tournage l'identité de sa co-vedette permettra au metteur en scène de réussir sa scène au-delà de toute espérance.

En plus de cette thématique qui rapproche son film du naturalisme de The crowd, Vidor en profite aussi pouraffirmer l'égalité entre les êtres, dans un système qui est basée sur une hiérarchie assumée, calculée et entretenue. Si Billy rappelle que tous les acteurs ou presque ont commencé par la comédie, il est lui-même très désireux de s'élever au-dessus de sa propre condition. Mais quand Peggy le fait, elle en oublie toute humanité! Le film sert donc de piqure de rappel, en contrebande et en passant par la comédie, ce qui fait agréablement passer la pilule... Mais Vidor, éternel auteur, fait quand même oeuvre de subversion avec ce beau film, dans lequel ceux qui oublient d'où ils viennent et regardent les autres de haut se voient imposés une bonne cure de tartes à la crême.

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Published by François Massarelli - dans Muet King Vidor 1928 Marion Davies Comédie
4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 11:10

Il y a dans le film Looney tunes, back in action de Joe Dante, sorti en 1963, un gag récurrent et pourtant relativement discret: lors d'un passage du film situé à Paris, tous les murs sont couverts d'affiches de films de Jerry Lewis, certains aux titres fictifs. La raison est simple: les Français ont la désastreuse réputation d'avoir à l'égard de Lewis une indulgence coupable... Une analyse que je partage: presque aucun de ses films n'est abouti au-delà d'une enfilade trop longue de numéros disjoints et qui doivent tant à d'autres (Dont Stan Laurel, un authentique génie qui n'a jamais eu, lui, les moyens dont disposait Lewis à la Paramount avant de tomber en disgrâce). La comparaison souvent effectuée, par Bénayoun notamment, de Lewis avec un Keaton ou même un Etaix, est une absurdité. Mais si je disais tout à l'heure "presque aucun" de ses films n'est abouti, c'est que nous avons une exception; une comédie globalement réussie: The Nutty Professor, dont l'affligeant titre Français a au moins le mérite d'annoncer la couleur: Dr Jerry et Mr Love.

Cette variation des années 60 sur le thème du Dr Jekyll et de son Mr Hyde est ancrée dans les année 60 d'une telle manière que c'est presque une capsule temporelle: Julius Kelp, professeur de physique disgracieux, distrait et timide, est constamment raillé par ses élèves, mal vu par a hiérarchie de l'université ou il travaille, et il est amoureux d'une de ses étudiantes, Stella Purdy. Celle-ci lui propose de la rejoindre au Purple Pit, le club où les étudiants passent le plus clair de leur temps hors des classes. Kelp n'est pas Adonis, e après quelques tentatives malheureuses (Et souvent hilarante) de faire du body-building, il se résout à utiliser ses impressionnantes connaissances en chimie pour se créer un double plus présentable. C'est donc Mr Love, un odieux personnage, archétype de la coolitude, qui se rend au Purple Pit, et qui va séduire Stella...

Si Lewis esquisse une vague thématique autour de la schizophrénie, il s'arrête à temps heureusement, et reste concentré sur la peinture d'une Amérique repliée sur ses conventions et son fossé de générations, dans laquelle un rebelle se doit d'être un bellâtre égocentrique. Une Amérique de convention, mais croquée avec finesse dans une mise en scène haute en couleurs, au montage juste. On pourra toujours objecter que le film est un peu longuet (Keaton, Lloyd, Chaplin, avaient le secret pour doser leurs huit bobines, Lewis a le budget pour ajouter vingt minutes de trop...), au moins il est toujours plaisant à voir, avec son mélange d'observation cruelle, de caractérisation: pour une fois que Lewis peut être autre chose qu'une andouille, il s'en donne à coeur joie avec Buddy Love. Je sais que le bruit court qu'il s'agirait d'une caricature pas toujours tendre de l'ancien copain Dean Martin, mais en soi, ça tient tout seul sans avoir besoin d'y ajouter un sous-texte...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 09:28

Tout va mal au château, et il faut dire que Madame la marquise (Madeleine Renaud) s'entête: plutôt que de vendre la bâtisse, elle s'acharne à vouloir faire venir les clients de son hôtellerie dispendieuse. Il y a bien un truc, qui consiste en un petit sabotage par le garagiste local (Xavier Gélin) de toutes les voitures qui passent à sa portée. Les propriétaires des véhicules n'ont plus qu'à demander asile au manoir, don les prix prohibitifs sont rendus plus doux par le fait qu'il n'y a pas d'autre solution... Charlie, le garagiste, est bien un peu scrupuleux, mais les beaux yeux de la baronne Amélie (Marthe Keller), la petite fille de la marquise, l'empêchent de trop rechigner. C'est dans ce contexte que débarque une nuit le baron César (Yves Montand). Il est beau, a de la prestance, du charme, et surtout des ennuis: il a toute la police du pays aux trousses e une valise pleine de billets... Très vite, toute la population de la vieille demeure se met en branle pour le satisfaire... ou lui soutirer son pognon. Surtout les femmes.

Il est un peu rapide de voir en ce film, comme un célèbre hebdomadaire coutumier des raccourcis à l'emporte-pièce, l'a fait, "l'esprit de mai 68". C'est étrange, faux, et surtout justifié par le fait qu'on y assiste à un balle généralement immoral. Et si de Broca s'est amusé à mettre en scène des manoeuvres assez peu orthodoxes en effet, c'est surtout dans la lignée d'une libéralisation progressive des moeurs cinématographiques. L'enjeu dans cette comédie est en fait double: d'une part, c'est leur survie que jouent les nobles du château, oisifs, manipulateurs, mais foncièrement unis jusqu'à tout risquer: le meurtre, l'adultère au su et au vu de tous, la magouille, l'escroquerie. Et c'est un matriarcat qui nous est présenté, dans lequel l'unique mâle (Du moins le seul homme à vivre en permanence au château) incarné par Jean Rochefort se contente d'appliquer les ordres de sa maman, la très entreprenante marquise. Mais les femmes, unies derrière l'aïeule gentiment immorale, font corps à tous les sens du terme, n'ayant finalement pas d'autre finalité que de servir un homme et un seul, le parangon de la masculinité absolue, interprété avec gourmandise par un Yves Montand en vacances... On est donc loin d'une certaine vision du féminisme. Par contre on est en pleine comédie, fraîche, drôle (C'est bien le moins), au ton gentiment absurde, et traversée par des bribes de satire joyeuse. Et ça, ce n'est pas rien.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 08:40

1988, à Berkeley: Mark O'Brien (John Hawkes) est un poète quadragénaire, isolé dans une paralysie partielle depuis une polio attrapée à un très jeune âge. Il a un problème: s'il est paralysé, dépendant d'un poumon d'acier, et d'une assistance constante, une vie sexuelle lui est possible. Problème: il n'a évidemment jamais eu d'occasion. Avec l'assistance souvent un brin réticente du père Brendan (William H. Macy), son confesseur, il va s'engager dans une nouvelle voie pour lui: à la recherche d'une possibilité d'explorer les possibilités d'une vie sexuelle, il va tomber sur une thérapeute, Cheryl (Helen Hunt), qui va lui fournir une aide précieuse, et inattendue...

C'est un joli film, une de ces nombreuses oeuvres venue des Etats-Unis qui explorent les multiples chemins de la différence, parfois avec une tendance un peu trop marquée à appuyer sur le pathos de façon très prononcée. Celui-ci ne fait pas exception, mais il faut dure que l'anecdote de Mark O'Brien est authentique, basée sur un roman autobiographique qu'il a écrit avec beaucoup d'humour (On seeing a sex surrogate), un humour qui passe beaucoup dans le film: O'Brien l'utilise comme mécanisme social, Cheryl en possède un solide, et les entrevues-confessions avec le père Brendan se déroulent au beau milieu de l'église, O'Brien ne pouvant pas entrer dans le confessionnal en raison de la place que prend son brancard. Ainsi les deux hommes régalent-ils les quelques pénitents qui s'aventurent pour prier de détails croustillants dont la crudité est constamment magnifiée par le talent poétique de Mark... Le film partage cette crudité inévitable, mais à aucun moment le côté technique ne sort du cadre justifié de l'exploration tragicomique vécue dans toute sa dimension physique par Mark et Cheryl.

Reste qu'au-delà de l'inévitable plaidoyer pour la reconnaissance et l'abolition de la différence, véritable passage obligé de ce genre de film, le sujet glisse plutôt vers Cheryl, ainsi que vers d'autres femmes dont la présence n'est pas ressentie que par le point de vue de Mark: nous voyons ainsi Cheryl chez elle, dans une petite vie de femme mariée avec un homme au foyer qui a donc du accepter le métier qu'elle pratique, et qui lui fait effectivement avoir des relations sexuelles avec ses patients. Les effets de sa relation avec O'Brien, mais aussi les limites, les contours flous et propices à un certain malaise de son gagne-pain sont explorés de façon très juste, tout comme le doute d'une autre femme à laquelle Mark a déclaré son amour, et qui mettra longtemps, très longtemps à lui répondre, coincée probablement derrière des réticences inavouables mais finalement compréhensibles... C'est une réflexion sur les sentiments, le sexe, la capacité à donner, voire à partager un partenaire, qui se met en oeuvre dans un film finalement hanté à la fois par les utopies du passé (On est à Berkeley, Californie, e le métier de Cheryl vient en droite ligne des mouvements de la contre-culture des années 60-70), et le constat de leur échec. Et au final, un beau film qui change agréablement du tout-venant.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 10:24

http://sarcasmalley.com/BTroom.jpgA Washington, dans une vieille maison, un homme d'âge mur attend. Aucune expression sur le visage, il regarde la télévision, et une femme Afro-Américaine qu'il appelle Louise lui apporte son petit déjeuner, en lui rappelant une triste nouvelle: 'Le vieil homme est mort'. Aucune réaction de la part de Louise, pourtant Chance, l'homme auquel elle parle, est un simple d'esprit, un homme recueilli dès son plus jeune âge par un homme aujourd'hui décédé, et qui a occupé toute sa vie à prendre soin du jardin. Il n'est jamais sorti de la maison... Pourquoi a-t-il été recueilli, dans quelles circonstances, quel est le lien avec le défunt, autant de questions qui seront sans réponse, car Chance ne le sait pas lui-même. Mais sans plus le savoir, il est au pied du mur: la maison est vendue, et il lui faut partir... Louise ne sait pas non plus le lui faire comprendre. Lorsque des avocats passent pour constater l'état des lieux, ils sont très étonnés de trouver un quinquagénaire sur les lieux, et lui font finalement comprendre qu'il va devoir quitter son environnement. Obéissant, Chance met son plus beau costume (Il est autorisé à se servir dans les vêtements de son bienfaiteur, même si le pantalon est trop court) et sort dignement... Se retrouve dans un quartier défavorisé, et est très vite agressé... Mais il ne le comprend pas non plus. A chaque fois qu'il croise une noire, il lui demande si elle peut lui donner à manger, comme Louise le faisait, et c'est totalement perdu qu'il se retrouve au centre-ville, devant un écran géant de télévision qui diffuse son image depuis une vitrine de boutique d'électronique. Il a un léger souci, lorsqu'une voiture dont le chauffeur ne l'a pas vu le heurte: la propriétaire, Eve Rand, en sort, et le recueille; elle est mariée à un homme riche mais mourant, Ben Rand, et durant quelques jours, le jardinier laconique va les bouleverser: Il se présente comme Chance le jardinier (Chance the gardener) mais ils croient avoir affaire à un certain Chauncey Gardiner. Il n'est personne, mais pour eux, il est l'homme providentiel, un conseiller sage dont les platitudes vont trouver l'oreille du président, et bouleverser une nation entière. La presse et les services secrets sont sur les dents: qui est cet homme miraculeux, si fort qu'il n'a laissé aucune trace derrière lui?

 

http://deeperintomovies.net/journal/image09/beingthere6.jpgPeter Sellers incarne un homme qui se contente d'être là, et dont le fait de vivre, pour reprendre les mots de Ben Rand, est un état d'esprit: il ne sait que vivre, de fait! Dans ce contexte, Being there est un titre parfait. C'est un de ces films étonnants, si riches en interprétations possibles qu'ils en deviennent inépuisables. C'est aussi l'une des oeuvres les plus importantes de l'acteur Peter Sellers, le dernier film qu'il sortira de son vivant, et un testament solide pour l'acteur qui a procédé ici comme il l'a toujours fait pour créer un personnage: c'est par la voix que l'acteur Britannique a commencé sa caractérisation,en trouvant l'accent parfait: Américain, mais neutre, comme une feuille blanche sur laquelle on s'apprêterait à écrire dans un Anglais impeccable mais totalement froid. Le reste, une passivité minérale, une quasi-impassibilité impressionnante, semble découler de cette utilisation magistrale de la voix. Chance est en fait l'homme providentiel puisqu'il est si vide qu'il renvoie à tout interlocuteur exactement ce qu'il souhaite y voir, et la première piste à suivre est bien évidemment la satire politique, qui montre un pays entier soudain fasciné par le vide intégral d'un homme qui est tellement envahi de premier degré qu'il en devient un expert de la métaphore: à chaque fois qu'il parle de jardin, on comprend qu'il évoque la nation, quand il mentionne une plante, on croit qu'il s'agit de l'entreprise! Les platitudes pétries du bon sens et de l'optimisme d'un enfant (Ce que Chance est, à en croire Louise) deviennent des devises philosiophiques à l'image du destin d'une nation, pendue à ses lèvres. Mais il serait trop simple de s'abandoner à une interprétatation entièrement consacrée à cette satire au vitriol: si on s'amuse de la confusion, et de ses ramifications sans fin, on constate que le personnage de Chance est d'une part constamment touchant, avec sa douceur et son incroyable regard parfois perdu, qui se raccroche systématiquement à l'affectif pour essayer de garder un semblant de contrôle. D'autre part, le message est que ce pays, en 1979, est justement à la recherche d'un renouveau, d'une innocence perdue... Celle-ci, incarnée par un jardinier simplet, en vaut une autre. Entre la douceur cryptique d'un chance et l'agressivité d'un Reagan, le choix est vite fait! Néanmoins la piste politique renvoie aussi à un cinglant constat d'échec, puisque Chance la "coquille vide" n'est après tout que le reflet direct, passé par la moulinette abrutissante de la télévision, d'une société malade qui tourne en rond autour du vide. Il est le produit parfait de décennies de politique aveugle...

 http://cinema1544.files.wordpress.com/2011/03/maclean-seducing-sellers.png

Ashby a choisi de traiter son film d'une façon objective, en donnant au spectateur le rôle de l'observateur: on sait tout ce qu'il y a à savoir de Chance dès la première demi-heure, afin de pouvoir observer sa confrontation au monde extérieur en toute connaissance de cause. L'effet burlesque est très fort, et tout en étant constamment basé sur un dialogue de sourds, renvoie aussi à une présence physique. celle-ci est tributaire à mon sens de la connaissance par sellers des grands comédiens du cinéma muet, en particulier l'impossible décalage de Stan Laurel dont il était un très grand fan, et l'ancrage profond d'Harry Langdon dans une sorte d'enfance éternelle. Mais il y a aussi des allusions à Buster Keaton: soit Chance réagit avec retard, comme Langdon, soit il réagit par l'impassivité totale, comme Buster. Et une scène renvoie directement à Keaton: lorsque Eve vient le rejoindre dans sa chambre (Une première tentative a échoué de manière lamentable, mais eve a cru qu'il sagissait d'une rigueur morale de la part de Chance plus que de l'impossibilité à exprimer une affection de façon physique): elle se jette sur lui, et comme la télévision passe une scène d'amour d'un téléfilm, il répond à ses baisers de façon fougueuse, en imitation de ce qui se passe sur l'écran: le projectionniste interprété par Keaton prenait ainsi des leçons d'un film, sur la marche à suivre dans les gestes de l'amour, à la fin de Sherlock Jr. Ashby multiplie les plans larges et fixes, et garde une certaine distance qui épouse la froideur de chance: d'eune certaine façon, c'est de son point de vue qu'il s'agit! Comme il le dit souvent, en parlant de la télévision bien sur, 'I like to watch'.

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Drôle mais jamais vulgaire, tout en prenant acte de la transgression passée des années 70 (Shirley MacLaine joue ici sa première scène de masturbation, par exemple!), parfaitement dosé entre métaphore à la Capra, et observation satirique sans trop de méchanceté, le film se prète avec sa dose de mystère à bien des interprétations, permettant de s'interroger sur l'esprit Américain, sur la religion, sur la chose politique: là ou Ben Rand (Melvyn Douglas) voit en Chance un renouveau qui va lui permettre d'affronter la mort en toute confiance, le président des Etats-Unis (Jack Warden) devient obsédé par Chance, au point d'en perdre le sommeil et l'appétit sexuel! Et durant le film, un seul homme, le médecin personnel de Rand, va flairer le pot-aux-roses, mais il est difficile de savoir ce qu'il va faire de cette information: laisser faire le destin, qui pourrait bien envoyer un simple d'esprit à la Maison Blanche, ou bien révéler la vérité, et précipiter le pays dans le chaos? Aucune de ces deux options n'est évoquée, mais elles coulent de source... Being there est bien un film de la même trempe qu'un Forrest Gump, mais, comment dire... Tellement plus beau, tellement plus fort.

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Published by François Massarelli - dans Hal Ashby Comédie
27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 18:45

Sorti discrètement, à une période de crise du cinéma Mexicain, avant un carton dans plusieurs festivals, le premier film d'Alfonso Cuaron a beaucoup de qualités. La première, c'est qu'il est une comédie joyeuse, tout en touchant (Un peu, ce n'est pas l'essentiel du film) à un sujet brûlant qui ne prêtait en rien à rire: le SIDA. Tomas Tomas est un publicitaire coureur, capable de partir d'une noce avec la mariée pour une petite escapade en souvenir du bon vieux temps, au nez et à la barbe du marié. Il se tape tout ce qui bouge, y compris sa patronne et la jolie infirmière qui travaille au cabinet de son ami et voisin Mateo, un médecin. Et un soir, il a justement rendez-vous avec les deux femmes simultanément, et tente de les honorer tour à tour en passant d'un appartement à l'autre, et... c'est là qu'il va découvrir une nouvelle raison de vivre: il passe d'un appartement à l'autre en parcourant une corniche qui fait la jonction entre les fenêtres, et entre les deux logis distincts ou il est supposé filer le parfait amour avec deux femmes différentes, un autre appartement lui réserve une vision angélique: une femme d'une beauté absolue, qui le subjugue par une gestuelle étrange. Tomas Tomas l'obsédé sexuel est enfin tombé amoureux... Mais il n'est pas au bout de ses peines! en effet, Sylvia Silva, l'infirmière déçue, lui a joué un tour pendable en trafiquant une feuille qui contient les résultats d'un test H.I.V. Un coup de machine à écrire, et il devient positif...

On est dans la comédie de moeurs bien sûr, mais on voit que le film tend à adopter une posture ironique dès le titre. Si comme moi vous n'êtes en rien familier avec la langue de Cervantes, sachez que Solo con tu pareja signifie "avec ton partenaire seulement", une morale rassurante qui est loin d'être observée par tous les protagonistes.

Parmi les bonnes surprises réservées par le film, il y a bien sur la beauté de la photographie, signée par Emmanuel Lubetzki, le complice qui reviendra sur les cinq films suivants. Le script malin de Carlos Cuaron est un modèle de mélange entre provocation, situations de comédies (Louchant beaucoup sur les classiques de la "screwball comedy", dont il partage le soin et la lisibilité), et ironie relativement gentille, qui réussit à pousser l'exagération (Avec ces touristes Japonais qu'on trimbale partout), sans que ça vire au n'importe quoi. Un regret, un seul, mais de taille: l'interprétation, pas toujours à la hauteur, et tendant à casser le rythme. Dommage... Mais ce film a ouvert à Cuaron les portes du cinéma mondial, toutes grandes. Qui s'en plaindra?

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Published by François Massarelli - dans Alfonso Cuaron Comédie
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 21:55

Avec son troisième opus, Sturges réalise une superbe comédie, qui tend à se situer sans efforts au pinacle du genre: avec Barbara Stanwyck en garce au coeur tendre, et un Henry Fonda inattendu mais dont la transition vers la comédie loufoque est une réussite, The lady Eve est un classique instantané. Après l'Amérique profonde et les petites gens de Christmas in July, Sturges s'attaque à la représentation d'un tout autre monde, avec la famille Pike, des parvenus (Foncièrement sympathiques toutefois, le père est interprété par Eugene Palette, c'est tout dire) dont le dernier exemplaire, Charlie (Fonda), ne s'intéresse absolument pas à l'industrie de brasserie qui a fait leur fortune. Non, son hobby, ce sont les serpents, qu'il a été étudier et chercher en pleine Amazonie. Sur le bateau qui le ramène aux Etats-Unis, il va faire la connaissance de trois escrocs, interprétés par Charles Coburn, Melville Cooper et Barbara Stanwyck. Ils se font passer pour des gens de la bonne société et se chargent de plumer le jeune naïf, mais Jean, la jeune femme, tombe amoureuse de Charlie... et lorsque la romance est bien partie, la vérité vient tout gâcher...

Il y a finalement, une double raison au titre: d'une part, Stanwyck est amenée à jouer une femme, supposée être un sosie de Jean, mais qui serait une noble Britannique; cette 'Eve' est celle par laquelle Charlie va découvrir à quel point il lui faut retrouver Jean... Mais Eve est aussi et surtout une allusion à la Genèse, à laquelle le film renvoie par de multiples indices: le serpent de Charlie, qui va d'ailleurs semer la pagaille dans une courte scène, est également présent au générique sous la forme d'un cartoon, et s'accompagne lors de la première rencontre entre Charlie et Jean d'un jeter de pomme: la jeune femme lance en effet un trognon sur le jeune homme qui s'apprête à embarquer sur le paquebot afin qu'il lève la tête et qu'elle puisse juger de son physique. Le film va nous montrer, à travers les marivaudages pilotés par une Stanwyck en très grande forme, un jeu très allusif du chat et de la souris dans lequel le jeune homme est la proie: non seulement des escrocs (Dont Charles Coburn on s'en doute, compose un chef saisissant), mais surtout... de la femme. Avec un grand F. Bref: une grande comédie intemporelle, réjouissante et indispensable. Un classique, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Preston Sturges Comédie
8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 09:33

Cette délicieuse comédie est à mettre dans la même catégorie que Her sister from Paris, réalisé par Franklin également sur un scénario de Hanns Kräly, avec là encore Constance Talmadge face à Ronald Colman.

Sortie un an plus tôt, cette comédie (Dont le titre est d'ailleurs forgé sur le même principe, on peut éventuellement parler de 'formule' au sens Hollywoodien du terme) nous montre une situation assez compliquée, avec l'arrivée d'un richissime Américain sur le sol Britannique, accompagné de sa fille dépressive. Celle-ci tend à se déguiser en laideron pour éviter d'attirer les prétendants qui en voudraient plus à son portefeuille qu'à sa personne, et elle rencontre par un hasard extraordinaire un lord désargenté, qui va instantanément tomber amoureux d'elle. Il s'appelle Menford, et il ne sait pas encore qu'il vient de croiser la chance de sa vie: un associé un brin véreux va en effet lui proposer de tenter sa chance pour être l'heureux élu et gagner le gros lot, moyennant un partage des richesses. Le problème, c'est qu'il va y avoir des complications à justifier de la sincérité de l'affection à partir du moment où le contrat qui lie Lord Menford avec son partenaire (Interprété par Jean Hersholt) sera mis sur la place publique...

Les quiproquos abondent, dans une construction savante qui favorise les délicieux moments de doute, de confusion, et les micro-machinations... Et puis soyons francs: Ronald Colman et son talent fou (En particulier lorsqu'il s'agit de jouer l'embarras, d'ailleurs) en compagnie de Constance Talmadge et son timing fabuleux, c'est une combinaison forcément gagnante! C'était la première des productions First National de Franklin avec Miss Talmadge, mais on ne va pas s'étonner qu'ils aient récidivé, tant ce film est réussi: dans la même famille que les productions de Lubitsch (Avec la complicité de Kräly, d'ailleurs) qui n'allaient pas tarder à se manifester. Avec moins d'invention en matière de raccourci génial, sans doute, mais Her night of romance est un film qui possède une sacrée classe. 

La star en titre s'en donne à coeur joie, depuis cette scène inaugurale où elle apparaît en indescriptible vieille fille (c'est-à-dire avec des lunettes, le code n°1 pour indiquer la mocheté à cette glorieuse époque) qui dissuade les photographes de passer du temps en leur compagnie, jusqu'à cette nuit au cours de laquelle suite à une avalanche de chassés croisés inracontable, elle se retrouve à partager la chambre d'un homme qui est forcé par les circonstances de se prétendre son mari, en passant par une scène osée au cours de laquelle elle demande à Colman, qu'elle croit médecin, d'écouter son coeur en posant délicatement sa tête sur son sein gauche... Mélange d'ingénuité désarmante et de friponnerie caractérisée, la scène n'est qu'un des nombreux prétextes réjouissants pour se précipiter sur ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie Sidney Franklin Constance Talmadge