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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:11

Ces presque 6 minutes sont le meilleur segment d'un film d'hommage à la capitale de notre petit pays, intitulé Paris je t'aime, et divisé en vingt segments: un par arrondissement, et pour chaque segment un réalisateur différent. N'ayant pas de temps à perdre, je me consacrerai uniquement à celui des frères Coen, qui est une petite chose burlesque, drôle et poétique, avec un acteur toujours aussi inspiré, dont le beau visage si parlant s'accomode ici sans aucun problème de ne jamais prononcer une syllabe.

Il faut dire qu'on ne lui en laisse pas le temps, et du reste, il aurait bien du mal: Steve Buscemi est un touriste Américain manifestement un peu intimidé par Paris, et qui attend tranquillement le métro à la station Tuileries. Il consulte nerveusement un livre-guide lui conseillant notamment de ne pas croiser les regards des autres personnes présentes, afin de ne pas s'attirer d'ennuis; c'est ce moment précis qu'a choisi une jeune femme sur le quai d'en face, pourtant très occupée à ses mamours avec un jeune homme, pour le regarder droit dans les yeux. S'ensuit une altercation burlesque entre notre héros et un voyou très remonté ("Kessta? Tu veux te la faire, ma meuf, c'est ça?"), qui s'achèvera dans l'humiliation totale, et qui reste très drôle en dépit de la douleur évidente de la situation pour ce pauvre touriste: au milieu d'un long métrage lénifiant et pontifiant, ces quelques minutes de bouffonerie iconoclaste, dont la malchance du personnage renvoie à d'autres héros marqués par la poisse : Le dude et sa voiture, le 'Serious man', le barbier... et tant d'autres.

Tuileries (Joel & Ethan Coen, 2005)
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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 15:58

C'est donc si on en croit Polanski lui-même après avoir constaté que les films d'épouvante qui sortaient sur les écrans à cette époque le faisaient beaucoup plus rire que frissonner que le cinéaste a mis son nouveau long métrage en chantier... empreint de cet esprit frondeur et libertaire qui faisait alors florès, le film de vampires de Polanski est donc à la croisée des chemins, affectant de suivre une trame d'authentique film d'horreur, mais réservant à ses spectateurs une succession de gags et de réinterprétations grotesques de scènes inévitables et de personnages attendus, dans un mélange parfaitement dosé entre référence obligatoire et gag délirant! Son professeur Abronsius, flanqué de son disciple Alfred, m'ont l'air aussi vrais que les personnages des films Universal des années 30 dans leur baroque alors révolutionnaire. Jack McGowran et Roman Polanski ne se privent pas de jouer dans un registre burlesque, tandis que l'intrigue se déroule selon les conventions du genre: arrivée de deux citadins en pleine Transylvanie infestée de vampires, chez des paysans qui n'admettront pas la vérité, comportement mystérieux des hôteliers, enlèvement sepctaculaire d'une jeune femme, morsures diverses, et chateau  sinistre infesté de vampires dont le raffinement n'empêche pas la vilénie...

Donc on s'embarque dans un spectacle salutairement réussi, parfait sur un point comme sur l'autre, qui est en prime une superbe capsule temporelle, un retour vers les années 60, avec cette esthétique si particulière et sa musique (Choeurs et clavecins, en mode ouvertement psychédélique) si typique: après tout, le film est un héritiéer direct du "swinging London"! Mais plus que tout ce qui marque dans ce film pourtant produit (De loin, il a été tourné en Grande-Bretagne) par la fort conservatrice MGM, c'est l'érotisme ouvert qui informe en permanence certains personnages: non pas ce pauvre Pr Abronsius, relique de musée, obsédé par ses recherches, et dont l'abandon de sa propre libido doit bien remonter à plusieurs décennies, mais bien Alfred, qui ne voit autour de lui que seins offets, peaux à peine couvertes de mousse, et surtout la belle Sarah, la fille des hôteliers, qu'il lui faudra essayer de soustraire à un destin pire que la mort, avec de vraies canines dedans! Et outre Alfred, outre Sarah, une jeune femme aux sens alertes, il y a le père, Shagal, qui passe ses nuits à tenter de lutiner au nez et à la barbe de son épouse, la jeune servante. Il y arrivera d'ailleurs, une fois vampirisé...

 

Cette obsession sexuelle qui est partout, c'est un peu le seul point qui évolue positivement dans le film, qui nous rappelle avec un grand rire narquois, franc et massif, que nous sommes tous mortels, alors... Profitons-en vite. Et profitons-en aussi pour rire en chemin... Avec ce film, par exemple, un exemple parfaitement équilibré de comédie effrayante, à moins que ce ne soit de l'effroi comique.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 16:17

C'est inattendu de trouver dans la filmographie de John Ford cette comédie Columbia, dont le style visuel et le rythme nous renvoient d'ailleurs à Capra; cela n'a rien d'étonnant pourtant: ce dernier préparait alors son film Mr Deeds goes to town, avec Jean Arthur qui joue aussi dans ce film... Mais la comédie de Ford n'est pas aussi "sociale" que les oeuvres contemporaines de Capra: il s'agit ici de partir d'une intrigue liée à une ressemblance frappante entre deux hommes, et les quiproquos qui s'ensuivent lorsque cette ressemblance est rendue publique... En effet, Arthur Jones (Edward G. Robinson) est un employé de bureau minable, falôt, effacé, et qui a le malheur de ressembler trait pour trait à "Killer" Mannion, un bandit de la pire espèce qui vient de s'évader de prison dans le but de faire la peau à celui qui l'a doublé... Une fois Jones arrêté par erreur, le bruit se répand, et Mannion fait irruption chez lui pour profiter de la situation et s'installer dans son ombre.

Ce qui prime ici, c'est le plaisir communicatif des acteurs, et du metteur en scène, devant une histoire qui passe en revue les différentes sortes de confusion, et les péripéties liées à la différence essentielle entre Mannion et Jones (A un moment crucial, Jean Arthur ne reconnait Jones que parce qu'il s'évanouit!), l'un dur, voire ultra-violent, l'autre plus doux et naïf qu'un agneau. Pas de fable à la Deeds ou Smith pourtant ici, même si Ford se plait à peindre, une fois n'est pas coutume, une monde citadin qui n'est pourtant que fort rarement son univers... et on ne s'étonnera pas que les héros, quand on leur demande quelle est leur aspiration profonde, émettent le désir de voyager, pour s'échapper de cet asile de fous qu'est la ville montrée par John Ford.

Et un autre aspect sur lequel je m'en voudrais de ne pas passer, c'est bien sur la prouesse de la double interprétation de Robinson, caricature de Little Caesar d'une part, et pauvre nigaud dépassé par les évènements, qui nous convie lors d'une scène à voir l'effet que font sur lui son premier verre de whisky, et ...son premier cigare! Et mentionner cette prouesse ne serait rien si on n'y ajoutait pas un rappel de l'exceptionnelle photographie de Joseph August qui a eu à mettre au point des effets spéciaux absolument parfaits pour renre crédibles ces allées et venues de deux sosies, souvent ensemble à l'écran. The whole town's talking est un film rare, et honnêtement on se demande bien pourquoi; si ce n'est pas à proprement parler un film dans la tradition de John Ford, c'est un excellent divertissement.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Comédie
10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 13:38

Sonny Steele (Robert Redford) est un "cowboy électrique", un ancien champion de rodéo qui a trouvé à son corps défendant une seconde carrière, puisqu'il participe à des spectacles en tant que caution publicitaire: il chevauche une monture, affublé de guirlandes électriques, pour faire la promotion de céréales matinales. Il boit: ce n'est pas une surprise, puisqu'il n'aime pas ce qu'il est devenu... D'autres indices permettent de le situer vraiment au plus bas, ayant divorcé entre duex conquêtes douteuses, perdu ses repères, sa passion pour les chevaux, etc... Mais deux évènements vont changer les choses: Hallie (Jane Fonda), une journaliste qui l'a repéré va essayer d'en savoir plus sur ce personnage exploité par une compagnie cynique; et un jour, en se rendant à une répétition d'un évènement publicitaire, il voit que le magnifique cheval qu'on lui a confié a été drogué, et maltraité. Il monte sur le cheval et s'enfuit, dans le but de permettre à l'animal de retrouver la santé et les grands espaces... La compagnie lance la police à ses trousses, mais Hallie est bien décidée à transformer l'anecdote en scoop...

 

Ce qui frappe de prime abord dans ce film, c'est sa construction, qui épouse la renaissance d'un personnage en même temps que d'autres évolutions positives: la découverte de l'humanisme de Sonny par Hallie, puis leur graduelle conquête l'un de l'autre, la réalisation par la compagnie victime du vol que le voleur, à savoir Sonny, va peut-être leur permettre d'engranger des bénéfices conséquents, et de faire semblant de s'acheter une conduite, et enfin la libération progressive du cheval qui va enfin pouvoir assumer en pleine nature sa condition d'étalon. Pollack passe ainsi de l'Amérique, fausse, de Las Vegas de 1979, de ses intérieurs en plastique ou le ridicule, le strass et le disco règnent en maîtres, à ces grands espaces magnifiques où l'imperturbable Sonny, qui retrouve ainsi sa vocation réelle, va conduire son ami, le cheval qu'il a volé. La comédie, les constrastes entre les personnages, mais aussi la tendresse sous-jacente, alliée à la dénonciation d'une Amérique qui se perd dans sa propre course au profit, permettent à Pollack, un an avant le superbe Bronco Billy de Clint Eastwood, d'ajouter sa pierre à un cinéma Américain qui renvoie directement à Frank Capra.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 10:23

A boom, dans les Flandres, en 1616. On apprend que l’occupant Espagnol s’apprête à traverser le village, et les bourgeois s’inquiètent: ne vont-ils pas procéder à des massacres, des pillages, des viols en série comme ils en ont la réputation? Le bourgmestre (André Alerme) croit avoir trouvé la parade: il va se faire passer pour mort, fraîchement décédé, ce qui devrait calmer les ardeurs de l’envahisseur. Mais son épouse (Françoise Rosay) et les autres dames de notables ont une autre idée: celle d’accueillir avec bienveillance (Et plus si affinités) les espagnols, qui vont effectivement s’arrêter, et profiter de l’aubaine en festoyant, fraternisant, et bien plus… La ville se souviendra longtemps de cette occasion, à n’en pas douter.

Feyder ne faisait rien comme tout le monde. Pas même, semble-t-il, comme lui-même! Ce film, son plus connu, et l’un des rares à avoir une réputation internationale, est totalement éloigné des préoccupations habituelles de l’auteur de L’Atlantide, Carmen, ou Le grand jeu: pas ici de personnage lancé dans une fuite en avant mortelle, pas de noirceur et de destinée… Juste une farce, pour reprendre les propres mots du metteur en scène, qui avait envie avec son co-scénariste Charles Spaak d’une fantaisie historique, creusant son sillon avec une nouvelle fois, la troisième consécutive, la place de choix offerte à son épouse, qui revient après son rôle exceptionnel dans Pension Mimosas, en dame bourgmestre, qui prend le pouvoir avec panache derrière le dos de son mari. On pourra tout de même trouver ici des parallèles avec deux films muets de Feyder : d’une part, il y a derrière Françoise Rosay, comme un rappel de l’art de la manipulation subtile telle que Gribiche la pratiquait, en 1925; et le ton satirique n’est pas non plus éloigné de celui des Nouveaux Messieurs, l’ironie s’appliquant ici non sur la vie politique, mais plutôt sur le comportement des échevins, tous pleutres, et unis dans leur lâcheté derrière leur chef en petitesse, le bourgmestre. 

Si Jan Bruegel est l’un des personnages du film, (Il est l’amoureux de Siska, la fille du bourgmestre que ce dernier a promise au boucher), c’est que Feyder a souhaité souligner de multiples façons la principale influence picturale de son film, mis en images avec un soin rare dans le cinéma Français de l’époque par Harry Stradling: les citations des maîtres Flamands abondent, et le film voit ses personnages se réfugier dans plus d’une fête nocturne, permettant la reproduction des ambiances festives des tableaux qui l’inspirent. Mais on note que cette référence à la peinture passe uniquement par des aspects festifs, justement : là encore, il n’y aura pas de heurts ni d’intrigues: tous les personnages qui tentent de tromper, manœuvrer, contrer même les plans de madame la bourgmestre trouveront à qui parler: Delphin, interprétant le nain qui suit le duc Espagnol, ou encore les échevins qui tentent de reprendre le dessus voyant la situation leur échapper, ne parviendront pas à changer la donne: le passage des Espagnols sera sans douleur, juste un rêve. 

Et c’est là que l’histoire, de façon inattendue, s’en mêle: d’une part, le film a été produit avec des capitaux européens, dont Allemands (Il en existe même semble-t-il une version Allemande, comme pour le film Les gens du Voyage réalisé à Munich trois ans plus tard); ensuite, il dépeint une atmosphère d’angoisse liée à l’occupation qui ne se résout que grâce à une collaboration active de la part de la population féminine trop heureuse de l’aubaine. Le salace et l’ironie déboucheront inévitablement, pas tout de suite, mais a posteriori au regard de la position importante du film dans les années 30, sur des accusations de mauvais goût et d’apologie de la collaboration… Pourtant ce que Feyder voulait, c’était prendre du bon temps, et montrer les femmes prendre le pouvoir, lui qui s’était amusé en 1928 à montrer l’assemblée Nationale occupée par des ballerines! Si Goebbels a souvent été cité comme ayant particulièrement apprécié le film, il n’en reste pas moins que celui-ci sera interdit durant la guerre, sur recommandation des autorités d’occupation justement. Pour une fois, on peut citer Sadoul, lui-même communiste et résistant, qui a toujours défendu le film de Feyder qu'il trouvait purement magnifique.

Halte bienvenue dans le parcours de Feyder, La kermesse héroïque a été un succès certain, gagnant même des prix en France et en Europe. C’est justice, le film étant un parfait équilibre entre l’ironie, le mauvais goût calculé (Et magnifiquement enluminé et costumé ce qui ne gâche rien), la subtilité et le ton farceur invoqué. Et c’est un bien beau film, dans lequel on peut savourer encore et toujours le métier de Françoise Rosay, confrontée cette fois à Louis Jouvet, menant une étrange fable au féminisme, disons, terrien.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Feyder
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:54

New York, 1964... Les Etats-Unis, pour la première fois, accueillent les quatre membres d'un groupe musical Anglais qui a fait succomber toute, ou presque, la jeunesse du pays. Et justement, dans le New Jersey, un groupe de six adolescents se prépare à rouler vers New York, sous l'impulsion de Pam (Theresa Saldana): celle-ci a en effet l'intention de s'introduire dans l'hôtel fréquenté par les quatre musiciens, afin de prendre des photos et devenir journaliste grâce à son scoop. Autour d'elle, on retrouve Larry (Marc McClure), un fils d'entrepreneur des pompes funèbres qui fournit l'indispensable limousine qui permettra d'accomplir le plan, et qui en pince sérieusement pour Pam; Rosie (Wendy Jo Sperber), qui souhaite tout simplement s'approcher de son idole Paul McCartney; Grace (Nancy Allen), une jeune femme bientôt mariée qui s'autorise une dernière folie; Janis (Susan Kendall Newman) quant à elle vient parce qu'elle désire aller protester contre la présence des Beatles, qu'elle considère comme une simple mode passagère, et Tony (Bobby Di Cicco) vient surtout parce qu'il souhaite séduire Janis, et lui aussi est particulièrement remonté contre les Beatles... Et bien sur, si les six jeunes vont s'approcher de très près des musiciens, tout ne va pas aller selon leurs désirs.

 

L'essentiel de l'intrigue tourne autour du fameux Ed Sullivan Show de février 1964, lorsque la Télévision Américaine a pour la première fois retransmis le virus de la Beatlemania. un jour symbolique puisque des millions d'Américains étaient ce jour devant leur poste, mais aussi parce que c'est d'une certaine manière le point de rencontre historique de l'American way of life et de la contre-culture telle que les Beatles, à leur façon bien particulière, pouvaient la véhiculer. Zemeckis, qui s'amusera une autre illustre fois à remettre ses pas dans l'Histoire, en la reconstituant à sa façon, avec Forrest Gump (1994), montre ici comment il peut manipuler la vérité (Les images ultra-connues de la prestation des Beatles) en y ajoutant non seulement ses personnages mais aussi toute une intrigue. Sinon, il prend un malin plaisir à démultiplier les points de vue à partir des plans de foule (Les fans qui campent devant l'hôtel des Beatles), de choses aussi anodines que le retour des quatre musiciens dans leur chambre (Vus de sous un lit par Grace qui a atterri par hasard dans leur chambre en essayant d'échapper à un vigile de l'hôtel); on pense d'ailleurs à Back to the future et la mission de Marty, qui doit s'assurer de faire en sorte que le passé se déroule dans le bon sens; c'est exactement ce que fait Zemeckis ici, qui rejoue la prestation des Beatles au Ed Sullivan Show, vue de loin et simultanément dans des écrans de contrôle qui passent la vidéo authentique, originale, de l'événement: l'effet est saisissant. Et comme Zemeckis est déjà une incontrôlable boule d'énergie délirante, le film défile à un tempo hystérique... A rapprocher de 1941, construit l'année suivante par Spielberg sur un mode similaire avec d'ailleurs certains acteurs de ce film; rappelons que les scénaristes de 1941 sont justement Bob Gale et Robert Zemeckis, les auteurs de ce film. Si tout n'est pas réussi, la belle énergie déployée par certains acteurs (Nancy Allen et Theresa Saldana en particulier), l'humour basé sur une observation minutieuse des comportements, et le ton gentiment bouffon de l'ensemble font de ce premier long métrage une belle réussite.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 16:52

Contemporain à la fois des premiers films "psychologiques" de DeMille (The cheat en particulier), et de l'explosion du burlesque grotesque à l'imitation de la Kesytone, ce film est étonnant à plus d'un titre, d'abord par l'intrigue qui permet non seulement la comédie mais aussi, par moments, le drame, et ensuite par le soin de la mise en scène, constamment inventive et surprenante par son raffinement... Autant dire que si le film parle d'un soupçon de tricherie extra-conjugale, ce qui n'a rien d'exceptionnel dans les films "urbains" de Roscoe Arbuckle, il n'en est pas moins une expérience de subtilité unique en son genre qui tranche de façon radicale avec le gros des productions de la Keystone, et on se demande bien quelle a pu être la réaction de Mack Sennett devant cette production qui est bien loin d'arborer son style.

Arbuckle y est un médecin, marié depuis quelques années sans doute à Mabel Normand, et les deux tourtereaux sont vus au début du film se parant pour sortir, dans une salle de bains... il y a un peu de chamaillerie gentillette, rien de bien grave, mais plus tard, la jeune femme apprend la venue d'un vieil ami d'école, ce qui va provoquer la jalousie de Roscoe. De plus, pour tout compliquer, un groupe de voleurs va essayer de s'introduire dans la maison, amenant avec lui des quiproquos, de la confusion, et du drame...

Les vingt-cinq minutes du film sont utilisées pour installer une intrigue certes conventionnelle, mais qui tend à privilégier les personnages et l'atmosphère sur le gag. Bien sûr on rit, mais il y a toujours un soupçon d'inquiétude, un brin de sophistication aussi, à tel point que Roscoe (habillé cete fois sans aucune exagération burlesque, c'est notable) et Al St-John (dans une certaine mesure) réussissent même à élaborer un jeu subtil! La photo de Elgin Lessley est très étudiée, avec pour mission évidente de reproduire l'atmosphère sophistiquée des films de DeMille: les éclairages, qui privilégient une source de lumière intérieure au plan, contribuent ainsi grandement à l'ambiance particulière du film, et comment ne pas penser à The cheat?

Sans en être une parodie, le film montre que le metteur en scène a su s'en approprier le style, sans jamais céder  trop de terrain sur ses affinités burlesques (La construction du film mène à un dénouement spectaculaire et hautement physique) ni la bonne humeur de l'ensemble: le titre d'ailleurs nous informe sans trop nous en dire sur le fait qu'il ne faut pas prendre tout ce qu'on voit ici pour argent comptant; je parle évidement du titre Anglais, pas de l'infâme titre Français dont il ne sera ici plus question... Aisément un chef d'oeuvre paradoxal pour le grand et sous-estimé Roscoe Arbuckle.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Roscoe Arbuckle
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:09

OVNI récent, Cabin in the woods n'est pas ce qu'il parait être. Mais ça, la plupart des nombreuses personnes qui se sont intéressés au film le savent déja: c'est un superbe acte de parodie et de réflexion sur un genre, une approche intellectuelle rare et précieuse, qui renvoie tant de parodies et de métafilms à leurs chères études... Et c'est une nouvelle fois une brillante pépite dans la mine d'idées de Joss Whedon, père de Buffy, Angel, Dollhouse, Firefly, récent metteur en scène heureux de The avengers, et repreneur gonflé de Shakespeare dans un Much Ado Bout Nothing qu'on brûle de voir... Parmi les acteurs on remarquera les habitués Fran Kranz (Dollhouse, Much ado about nothing), Amy Acker qui a comme d'habitude une blouse blanche et une sortie spectaculaire (Angel, Dollhouse), l'admirable Tom Lenk en stagiaire douteux (Buffy, Angel) et tant qu'à faire Chris 'Thor' Hemsworth (The Avengers); Si Goddard est bien le réalisateur, il faut rappeler qu'il a débuté dans l'ombre de Whedon sur Buffy, qu'ils sont co-scénaristes sur ce film et que la raison pour laquelle Whedon ne l'a pas réalisé est sans doute que le méga-film Paramount / Disney sur lequel il travaillait alors était probablement déjà suffisant pour son appétit; cela ne l'a pas empêché de visiter le plateau fréquemment, et d'apposer sa touche... Et celle-ci est tout sauf discrète.

 

Cinq ados (Chris Hemsworth, Kristen Connolly, Fran Kranz, Anna Hutchinson, Jesse Williams) partent en week-end dans une cabane dans les bois qui leur est prétée par le cousin de l'un deux. Parallèlement à leur arrivée sur les lieux, on assiste à d'étranges scènes dans un bureau de contrôle qui semble justement monitorer les héros, leur arrivée et leurs réactions comme dans un gigantesque show de télé-réalité. Mais on découvrira que c'est bien différent lors des premières manifestations de créatures étranges, et généralement meurtrières. Les adolescents auront beau se comporter comme on attend qu'ils le fassent, la situation va dégénérer dans des proportions inattendues, et plutôt réjouissantes...

 

Les surprises finales, inévitables, sont séparées en deux catégories: d'une part, ce que les scénaristes cachent aux personnages, mais nous montrent non seulement tôt dans le film (Voire pour la toute première scène!), à savoir la façon dont les héros sont observés, scrutés, poussés à agir dans un sens ou dans l'autre; à ce titre, la peinture d'une entreprise dont les finalités restent bien obscures, mais dont la vie quotidienne est faite de moyens de tromper l'ennui (Chicanes, drague, alcool, paris idiots) détonne lorsqu'en fond les écrans de contrôle renvoient des images de diverses activités de massacre et autres phénomènes sanglants dont sont victimes les cinq héros! L'ironie ici est propice à de superbes ruptures de ton, et cette double casquette ironie/violence rend en plus le film plus regardable et plus intelligent: on n'est définitivement pas devant I know what you did last summer... Heureusement! D'autre part, les surprises réservées au spectateur sont largement concentrées sur la fin, et on ne va pas bien sur les révéler ici; mais avec Whedon, on passe le temps en compagnie d'un groupe humain qui tient moins de la famille dysfonctionnelle que d'habitude, mais dont les gagnants seront comme d'habitude les losers... Enfin, gagnants, gagnants... C'est beaucoup dire!

L'accumulation de scènes d'anthologie va de pair avec un dialogue brillantissime dans lequel le loser le plus acharné de la bande (Qui fume des substances qui font rire en permanence) se distingue avec aisance, et on a même droit à une scène d'approche amoureuse d'une rare délicatesse... Mais qu'on se rassure: il est aussi question d'apocalypse potentielle, ce que les fans de Buffy, Firefly, Dollhouse, The Avengers et Angel connaissent bien; enfin, comme toujours, le scénario (Et l'impeccable mise en scène de Goddard) joue brillamment sur plusieurs niveaux, et sur le principe des poupées russes. Ce film à regarder sans modération "n'est pas Citizen Kane" selon les mots de Whedon commentant le premier épisode de sa série Buffy the Vampire Slayer, mais on s'y amuse énormément, et on n'est pas au bout de ses surprises. Hautement recommandé, un méta-chef d'oeuvre qui en plus est...

 

...du fun pur.

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Comédie
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 18:52

Molière dans un film muet? et Allemand, en plus? De tous points de vue, ça sonne bizarre: les admirateurs de Molière, tenants d'un théâtre classique ne peuvent que faire la fine bouche, à plus forte raison devant une adaptation qui ne retient que l'essentiel, du point de vue des deux principaux contributeurs: le metteur en scène Murnau et le scénariste Carl Mayer; par ailleurs, les admirateurs du cinéaste vont aussi avoir tendance à considérer le film comme un étrange accident dans l'oeuvre de l'auteur de Nosferatu, Faust et Sunrise... C'est vrai qu'il n'avait pas prévu de réaliser ce film, qui lui est tombé dans les mains et qu'on lui a demandé de faire en échange d'une carte blanche sur Faust. Donc le soupçon d'un film pour rien est assez tentant: alors qu'en fait, pas du tout. Que le film trahisse Molière, soyons honnête: je m'en fous. que ce soit vrai ou faux, peu me chaut. Non, occupons-nous plutôt de l'autre présupposé...

Mayer et Murnau ont non seulement retenu l'essentiel de la pièce, à savoir la découverte par Elmire de la nouvelle situation de son mari, devenu prisonnier d'une fascination pour le dévot Tartuffe, l'installation de celui-ci au domicile, et les tentatives de la jeune femme de faire entendre raison à Orgon après avoir découvert que le pieux et saint homme en avait en vérité beaucoup plus après la fortune d'Orgon qu'après son salut éternel... Pour le persuader, elle va utiliser dans un premier temps la raison, mais Orgon est trop aveuglé pour l'écouter; puis, elle va tenter de faire semblant de séduire Tartuffe avec la complicité de son mari, avant de finir par mettre celui-ci devant le fait accompli. La pièce se déroule dans un décor intérieur exclusivement, dans une grande maison blanche, dans un certain nombre de pièces, mais l'endroit le plus représentatif est un grand hall au milieu duquel un gigantesque escalier trône. Il va permettre aux quatre personnages (Elmire, Orgon, la bonne Dorine et Bien sur tartuffe lui-même) de passer d'un étage à l'autre, soit de s'élever ou de descendre. La scène de la révélation finale aura lieu bien sur en bas, après que chacun soit descendu, voire se soit abaissé...

Les deux auteurs ont ajouté un prologue afin de situer cette histoire de faux saint et d'hypocrisie dans le contexte du XXe siècle. Ce n'est pas un grand moment filmique, c'est de la comédie assez peu intéressante, mais cela passe: un jeune homme qui a découvert que son grand-père l'a déshérité au profit d'une gouvernante qui entend bien profiter de la situation et empocher le magot, quitte à empoisonner le vieux: la pièce est donc montrée à travers un film projetée à la maison par le jeune homme déguisé. On peut penser aussi que le prologue et la fin ont été ajoutés afin d'enrichir le film, qui sinon ne durerait pas plus de 45 minutes... quoi qu'il en soit, c'est une faute de goût, mais ça n'entame en rien le pouvoir de fascination de la partie centrale du film...

Le prologue a en plus l'avantage de simplifier fondamentalement l'intrigue, en écho à la situation d'Elmire. le film dans le film est lui aussi le théâtre d'une troublante mise en abyme: à l'intérieur de la comédie, se niche le drame d'Elmire, épouse délaissée par un mari presqu'amoureux de son "ami" Tartuffe. C'est un drame dans lequel les corps vont jouer un rôle essentiel: celui, presqu'effacé de Werner Krauss (Orgon), caché dans des vêtements qui nient totalement son corps, et qui conviennent à la nouvelle spiritualité qu'il affiche. par contraste, Jannings en Tartuffe est parfaitement défini, jouant avec une grand efficacité de sa silhouette volontiers ridicule (Conforme à la silhouette traditionnelle du personnage tel qu'il est souvent joué), accentuée par les vêtements du XVIIe siècle. il affichera d'ailleurs à la fin du film une conscience de son physique lorsqu'il s'apprêtera à passer au lit avec Elmire... Dorine, interprétée par Lucie Höfflich, est quant à elle d'une sensualité un peu ronde, mais elle affiche une certaine gourmandise au moment de préparer le lit de ses maîtres alors qu'Orgon revient de voyage. enfin, Lil Dagover (Elmire) joue beaucoup de la blancheur de son buste, et de la sensualité de ses épaules nues, aussi bien dans ses contacts avec son mari, que dans ses tentatives de confondre Tartuffe. Mais Murnau n'oublie pas de la montrer, dans le cadre de l'escalier, qui descend de dos, abattue par une courte entrevue hors-champ avec Orgon, dont nous ne saurons rien, si ce n'est qu'elle y a compris que son mari ne la désirait plus... Orgon, jusqu'à la fin, est systématiquement amené à ne considérer la sensualité que dans des boudoirs, des placards, hors-champ, ou en coulisses. De fait, si le propos d'Elmire est de la reconquérir, Murnau semble de son côté l'exclure, faisant de cette histoire d'abord et avant tout une confrontation entre Elmire et Tartuffe, sous la vigilance de Dorine: c'est aussi vrai en ce qui concerne les points de vue exprimés dans le film...

Tartuffe n'est sans doute pas le plus grand des films de Murnau, mais il a des atouts considérables, une fois qu'on admet la présence un peu irritante de ses prologue et épilogue... Il prolonge un peu la réflexion du film précédent (Le dernier des hommes) sur l'habit qui ne fait pas le moine, ce qu'on retrouvera du reste un peu dans Faust. En parlant de moine, il est aussi le film du metteur en scène dans lequel il s'attaque le plus à la religion en tant que corps constitué, bien que ce soit basé sur un personnage qui de toute évidence est un faux zélote. Les Américains en distribuant le film ont d'ailleurs cherché à en atténuer la charge anti-religieuse comme en témoigne une comparaison entre les différentes versions en circulation... Tartuffe est pour finir une vraie comédie, une parenthèse légère, traitée avec sérieux, et avec sensualité, ce qui est rare chez Murnau. 

 

Herr Tartüff (Friedrich Wilhelm Murnau, 1925)
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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1925 Comédie
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 09:25

Ce film est longtemps resté invisible, de la volonté même de son créateur principal, à savoir bien sur Harold Lloyd, qui s'était passionné pour un roman publié dans le Saturday Evening Post, écrit par Clarence Budington Kelland. De fait, il a tenté l'impossible, avec la complicité de son collaborateur des années de gloire, Sam Taylor: adapter un roman d'une part, relativement éloigné de son style, tout en y insérant d'autre part un personnage qu'il puisse jouer, et son univers habituel, fait d'un choc entre une version de Harold et le reste du monde... Pour surprenant qu'il soit, le film reste une grande date par son ambition et le coup de poker qu'il représentait. Mais ce fut un échec commercial, en même temps qu'une occasion particulièrement douloureuse pour Lloyd de se prendre une volée de bois vert critique, ce qui explique sans doute pourquoi le film est resté si longtemps à l'écart des réseaux de diffusion...

Ezekiel (non, pas Harold!) Cobb, le fils d'un missionnaire qui a grandi en Chine, revient brièvement aux USA, à Stockport sa ville natale, dans le but d'y trouver une femme qui accepte de le suivre et de se marier avec lui, afin de retourner à la mission en y fondant une famille. Une fois arrivé, il tente de prendre contact avec un révérend suposé l'accueillir pour le temps de son séjour, mais il arive trop tard, le vieil homme venant juste de succomber. Il était candidat réformiste aux élections municipales, et le parti qui le sponsorisait réussit à persuader Ezekiel de se présenter à sa place, en l'assurant que ce serait symbolique puisqu'il ne peut en aucun cas assurer sa propre élection. Croyant participer à une entreprise de représentation démocratique, Ezekiel change la donne en se battant avec le maire sortant corrompu, Morgan, et va se faire malencontreusement élire. Le problème, c'est qu'il découvre qu'il n'était qu'un pion, un faux candidat présent pour donner l'illusion de la démocratie, et faciliter l'élection de Morgan. Une fois élu, il prend la décision de vraiment faire le travail de maire...

Ezekiel est une variation sur les benêts habituels, allant partout dans la région distribuer des leçons de philosophie dont tout le monde se fout éperdument, citées directement à la source: le livre de chevet du missionnaire est en effet un recueil de citations de Ling Po, un poète Chinois. Il a aussi une manie, à chaque fois qu'un rendez-vous important doit être assuré, il s'efforce de se rendre chez son ami Tien Wang, à Chinatown, pour y prendre le thé... Une gentille caricature, qui joue à la fois sur les clichés de politesse et de sagesse des Chinois, et sur une peu banale affinité entre l'occidental Lloyd et les pas si caricaturaux personnages chinois. Du reste, le morceau de bravoure dans le film est le baroud d'honneur de Cobb, qui va perdre suite à une supercherie son poste de maire et qui tente le tout pour le tout, en se lançant dans une manipulation, aux dépens de tous y compris de ses appuis et du public, qui consiste à faire croire que le problème de la corruption et du gangstérisme qui gangrène la ville, représenté par la machine politique de Morgan, va être éradiqué en arrêtant tous les bandits et en leur coupant la tête...

De fait, mis au pied du mur, Cobb se comporte sciemment en dictateur pour un jour, l'idée étant bien sur de penser au bien commun. On n'est pas si éloigné d'une vision d'un Capra, qui voit Smith prendre le pouvoir sur le sénat dans Mr Smith goes to Washington, contre la machine politique qui l'a mis au pouvoir...

Le film est assez long, à 102 minutes, et a sans doute été monté de façon très serrée, pour y incorporer le plus possible de scènes qui tournent autour du combat politique de Cobb. Mais il y a des gags, et une intrigue sentimentale, bien entendu, qui va permettre à Lloyd de montrer un changement sensible dans le personnage de Cobb, qui va bénéficier du soutien d'Una Merkel. La gouaille de l'actrice, identifiée grâce à ses films Warner comme partie intégrante du cinéma de ces années pré-code, contraste évidemment fortement avec les habituelles oies blanches des films de Lloyd... Tout le film, d'ailleurs, est plus adulte que d'habitude...

On comprend la rareté du film, qui reste par enddroits maladroits, avec un personnage trop caricatural, qui de plus ne fait plus vraiment 25 ans. Mais le courage de la remise en question de Lloyd, et sa volonté de tenter par tous les moyens un renouvellement de son cinéma, forcent au moins le respect. Le film, précurseur des grands films politiques de capra, dont il adopte d'ailleurs l'urgence dans les dernières bobines, vaut bien plus que sa réputation...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code Sam Taylor