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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 10:44

Meilin "Mei-Mei" Lee est une jeune fille de Toronto, qui se définit comme à l'aube de sa vie d'adulte, car elle a... treize ans. Chinoise, élevée entre traditions et modernité, elle a beaucoup participé au culte des ancêtres dans sa famille, dont les parents gèrent un petit temple à la gloire de la famille Lee et de sa filiation par des contes et légendes au dieu Panda roux... Mais c'est aussi une adolescente de 2002, très intégrée dans une bande de copines très soudées, toutes fans d'un boys band dont on annonce qu'il pourrait bien, un jour, venir jouer à Toronto.

Mei-Mei a du mal à assumer son indépendance face à une mère envahissante, et ses copines sont inquiètes pour elles... D'autant qu'un jour le malheur arrive: non pas le souci qui arrive à bien des futures femmes aux alentours de cette aube d'adolescence, mais bien pire: Mei-Mei est affligée d'une malédiction familiale, qui a donné à tous les membres féminins de sa famille un don de métamorphose en grand panda roux... Ce qui va poser problème puisqu'en attendant qu'elle puisse "contrôler son Panda", le jeune fille doit subir des transformations à chaque émotion forte, c'est à dire toujours...

C'est le premier long métrage de Domee Shi, qui a mis énormément d'elle-même dans ce film, situé dans sa communauté et dans sa ville d'adoption. De là à parier qu'elle ait eu un problème avec sa mère durant l'adolescence, il n'y a qu'un pas que le film nous engage allègrement à franchir! Car très vite on verra dans le film que la vraie malédiction, pour Mei-Mei, au delà de la métaphore menstruelle qui prouve que, décidément, les films distribués par Disney évoluent considérablement, est sa filiation, et la présence immense, incontournable et envahissante de sa maman, et l'incapacité de la jeune fille à assumer son envie de s'écarter du giron familial...

Le fait de passer par une représentation du "monstre" intérieur de n'importe quelle adolescente à travers un animal plus ou moins lié à la culture et la mythologie d'une communauté spécifique est assez typique de Pixar, bien sûr, et avec un gros panda roux, on coche en prime les nombreuses cases d'acceptabilité pour Disney! Mais le film est bluffant pour son invention, et le décalage entre la représentation de 2002 à travers les yeux et la dynamique (excès probable de sucre, ici) d'un jeune fille de treize ans, et le monde intérieur de ces femmes chinoises qui doivent affronter leur panda privatif est une source constante d'émerveillement. Finalement, si ce n'était pour la sous-musique envahissante d'un boys band qui prend un peu toute la place et qui est loin, très loin, de montrer la moindre preuve d'originalité et de talent, et pour la manie agaçante des dessins animés de se terminer sur une tentation étouffante du gigantesque (toujours impeccablement réalisé), le film est un vent de fraîcheur dans un studio connu pour son étonnante capacité de renouveau: chapeau.

...Et en plus, c'est toujours drôle.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Comédie Disney
8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 07:15

Dans un monde parallèle qui a longtemps été dirigé par des forces magiques, vivent désormais des elfes, centaures, trolls, fées et autres sirènes... mais ce petit monde a oublié la science de la magie, et à l'exception de quelques personnages un peu fantasques, se replie sur sa normalité. Nous faisons la connaissance d'une famille Elfe: Laurel, la mère, élève désormais seule ses deux garçons Barley et Ian, car leur père est décédé durant sa deuxième grossesse. Barley a bien quelques souvenirs de lui, mais bien sûr Ian vit dans l'immense frustration de ne jamais l'avoir connu. La frustration, mais aussi une intense timidité, voire une gêne phénoménale: Ian n'a pas confiance en lui, et son frère l'embarrasse plus qu'autre chose, car Barley est obsédé par l'histoire, le passé, donc la magie. Il considère que les gens devraient reprendre le contact avec ce qu'ils sont vraiment.

A la faveur du 16e anniversaire de Ian, les deux garçons vont en avoir l'occasion: leur père, qui était lui aussi fasciné par l'histoire de la magie et la science disparue des sorts et des objets magiques, leur a laissé un héritage, à ne leur donner qu'une fois cet âge atteint. Un sort, et les objets pour le réaliser, qui leur permettra de passer une journée avec leur père: pour Barley, l'occasion, enfin, de lui dire au revoir, et pour Ian la possibilité de faire sa connaissance...

Tout n'ira pas comme prévu, évidemment. C'est un film Pixar qui obéit aux lois qui régissent le plus souvent les films du studio: deux personnages qui sont opposés par les faits et qui sont amenés à cohabiter, se révéler et découvrir qui ils sont vraiment, et changer le monde par cette occasion. On coche un peu toutes les cases, y compris celle de l'humour.

On peut être agacé par cette incapacité qu'ont ces films à compléter leur originalité esthétique par une gamme de possibilités scénaristiques qui n'aient pas l'air d'être tirées du manuel, mais on a au moins l'avantage d'être face à une merveille de design. La texture de ce monde en particulier, mélange permanent entre l'Amérique profonde et un univers magique qui ne demande finalement qu'à être révélé à ses habitants, est fabuleuse. Les personnages, eux, cochent toutes les cases réglementaires...

Et il y a quand même une série de gags gonflés, sur la brèche, avec ce que je ne vois pas comment appeler autrement que le demi-père des deux jeunes elfes... Un non-personnage, entité incomplète, dont la possibilité de le rendre complet devient très vite l'enjeu du film. Avec des chaussettes violettes.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney Pixar
3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 17:07

Il y a le feu dans une maison, la brigade locale intervient: Mickey en capitaine et ses subordonnés Goofy et Donald... La lutte contre le feu est rude, mais il sera encore plus difficile de faire comprendre à la charmante bovidée qui prend un bain à l'étage, qui se croit la victime de trois pervers, qu'il en va de sa vie!

La formule consacrée pour les premiers Mickey, qui met aux prises les trois amis dans des parties différentes de l'intrigue, est largement utilisée pour la première partie, mais c'est unis comme un seul homme que les trois vont se lancer à l'assaut de la salle de bain, et de l'infortunée Clarabelle: quelques constats s'imposent... d'une part, le cinéma est entré dans la grade frilosité de l'après-code, mais cela ne semble pas gêner l'équipe de Sharpsteen, qui base une grande partie de son court métrage sur la nudité (certes non anatomiquement correcte, mais bon) d'un personnage, et de la supposée concupiscence des trois autres: ce n'est pas banal. Ensuite, la brigade devant faire face à un feu, il n'y a pas une minute à perdre, et le rythme est donc survitaminé. Tant mieux! Enfin, le style Disney insiste ici: comme dans les Silly symphonies, chez Mickey, tout ennemi, qu'il soit humain, animal, animé ou inanimé, est doté de volonté: ici, le feu. Et c'est un sacré ennemi!

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation
3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 16:59

Les trois amis Mickey, Donald et Goofy ont acheté un bateau en kit: ils commentent les instructions: c'est facile, un enfant pourrait le faire... et se lancent. On suit les péripéties des uns et des autres, et le lancement du Queen Minnie promet d'être spectaculaire...

Nous sommes ici en plein classicisme absolu, d'une époque durant laquelle les ateliers Disney s'étaient lancés dans la production de longs métrages, mais un seul était sorti, et du coup certains des courts métrages qui sortaient retenaient cette attention toute particulière qui avait déjà accompli des chefs d'oeuvre: 10 ans plus tard, ce ne serait plus vraiment le cas. 

C'est Mickey d'avant la dernière mutation de son design, quand les yeux réduits à un trait vertical se sont précisés en e vulgaires yeux de bande dessinée, affadissant paradoxalement le personnage. Et comme dans tous les grands courts métrages de la série, Ben Sharpsteen ne nous présente le trio que pour mieux l'éclater en trois, donnant à chaque protagoniste du fil à retordre... 

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation
1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 10:54

Tout commence par une idée simple, qu'on peut considérer comme une uchronie: la comète qui est supposée avoir tué les dinosaures (à moins que ce ne soit un événement météorologique) serait passée à côté de la terre, et donc notre planète a un visage bien différent de celui que nous connaissons: les dinosaures ont continué à vivre et prospérer...

Des dinosaures doués de paroles et même civilisés, on craint immédiatement le retour au film Dinosaur des ateliers de confection Disney (moi gentil iguanodon, toi méchant carnataure) et heureusement il n'en est rien: le bon goût de Pixar reste intact dans ce qui reste pourtant l'un de leurs plus grands flops. 

Pourquoi un flop? Certains accusent un script qui ne serait pas à la hauteur, et c'est vrai que l'équilibre habituellement facilement atteint entre leçons de vie à la Disney (tu seras un dinosaure courageux, mon fils), pathos (le papa qui disparaît, en d'autre temps c'est la maman de Bambi qui symbolisait le passage à la vie adulte), humour gentiment idiot (les fruits hallucinogènes) et merveille visuelle (ces décors!!) est ici largement handicapé par le premier de ces ingrédients, qui admettons-le est toujours le pire...

Peut-être le fait qu'il y ait eu des problèmes durant le travail sur le long métrage, avec changement de réalisateur et de direction, est-il une indication d'un projet mal parti dès le départ. C'est, à l'arrivée, définitivement un poids léger dans l'histoire du studio.

Mais cette histoire d'un petit apatosaure inadapté qui réussit à affronter la vie grâce à un petit humain (les humains sont des bestioles qui vivent dans l'ombre des dinos, et donc ils ne parlent pas) est un charmant film... pour les petits, et sans doute un peu moins pour les grands. Reste un étonnant et finalement assez logique arrière-plan de western, une rencontre avec un stégosaure névrosé, et une chevauchée de T-Rex (et d'un apatosaure) au milieu de vaches-bisons: ne boudons pas trop notre plaisir...

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Disney
2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 17:18

Dans une pièce, d'un côté un garçon d'origine Indienne se plonge avec délices dans un dessin animé de super-héros, et de l'autre, son père essaie de trouver le calme nécessaire à la méditation religieuse. Comme le compromis est impossible, le père éteint le téléviseur et le petit Sanjay, totalement contre son gré, doit participer à l'exercice de méditation paternel. Jusqu'à ce que son imagination ne commence à se mettre en route...

Voici donc comment Pixar a sorti le premier film autobiographique de son histoire! Blague à part, Sanjay Patel a choisi une voie intéressante pour conter son histoire, d'abord toute en douceur, avant de partir dans toutes les directions en suivant l'imagination de son double enfant. Pas de grande surprise au bout, le message reste consciencieusement consensuel bien sûr...

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation Pixar
18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 07:10

Cette adaptation d'un conte d'Andersen a beau se cacher derrière un titre accrocheur et passe-partout, on constatera que les traducteurs s'en sont retournés vers le titre initial: en français c'est donc La reine des neiges... Le plus énorme des succès Disney de ces dernières années est donc, aussi, une grande réussite.

Le scénario, plus ou moins adapté d'Andersen, concentre tout son pouvoir magique sur une relation, mais elle n'est pas celle de la belle cruche et d'un prince charmant: au contraire d'ailleurs puisque dans le film le prince en prend sérieusement pour son grade. Non, la relation cette fois est celle qui unit ou devrait unir deux soeurs, dissemblables et complémentaires, qui autrefois s'adoraient, mais aujourd'hui ne se voient jamais: Elsa la blonde, princesse héritière d'un royaume Nordique, et sa petite soeur Anna la rousse, qui ne comprend pas pourquoi sa grande soeur la boude...

Nous le savons, nous, car un prologue magistral nous l'a appris: Elsa a des pouvoirs magiques qu'elle ne contrôle pas, et manque de tuer Anna lors d'une séance de jeu; Elsa peut en effet geler à volonté tout ce qu'elle touche, voire tout ce qui l'entoure, un pouvoir lié à ses émotions et qu'elle contrôle très mal; une malédiction qui la condamne à vivre seule ou cloîtrée, et dont elle ne peut parler à personne. La mort de la petite Anna a été empêchée par les trolls, mais elles ont été séparées pour permettre à la petite d'oublier... Le film commence vraiment par le couronnement d'Elsa, qui voit Anna faire la rencontre d'un prince un peu pressé de se marier, ce qui va précipiter bien des ennuis, puis des malheurs...

L'animation est superbe: du moins, une fois acceptée l'horripilante manie de tous les studios Américains de donner la même tête (grands yeux, petit nez retroussé) à tous les personnages féminins importants depuis l'avènement de Pixar, une fois acceptés les tendances et autres tropes (le meilleur ami du héros masculin est donc un animal sympa presque doué de parole, l'hyperactivité de a jeune femme fantasque, la créature décalée, etc); on est chez Disney, donc on se repose un peu sur les vieilles recettes, mais dans ce monde de neige et de froid (en plein été), le script permet au décor de passer d'un été enchanteur et un peu trop beau, à un hiver cauchemardesque qui nous réserve un bon nombre de surprises splendides. 

Et pour une fois cette satisfaction s'étend à la bande originale d'un film qui repose énormément sur sa musique (composée par Christophe Beck), et les chansons (Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez); celles-ci sont parfaitement intégrées dans le tissu narratif et (en anglais en tout cas) d'un e grande qualité: on n'y fait, pour une fois, pas trop. 

Pour finir, si comme toujours il convient de ne pas trop prendre tout cela au sérieux, le fait est que si Anna cherche au bout d'un moment, à trouver l'amour, comme toute héroïne Disney qui se respecte, donc auprès d'un gaillard pas trop crétin, Elsa elle a d'autres préoccupations, liées en particulier à son évidente incompatibilité avec le monde: c'est vrai qu'elle jette un froid. Une petite ouverture métaphorique de Disney vers une autre humanité, une autre sexualité? 

Dans ce cas, pourquoi ne pas y aller carrément?

Question sans réponse...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Musical Disney
23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 09:46

Aucun moyen pour moi de vérifier si la liste de réalisateurs (aucun n'est au générique) donné par un site vulgarisateur bien connu est authentique, mais suivant le bon vieil adage, j'ai décidé d'imprimer la légende... C'est que ce film, le dernier des musicals extravagants de l'ère pré-code, est un cas d'espèce. A l'origine, on avait au début du parlant cette option, de créer des films qui seraient des patchworks de studio, dans lesquels une sorte de revue mal fichue, avec sketchs, danse, chansons, numéros en Technicolor et vedettes sous contrat, permettait de remplir les bobines et les salles, en tournant un bouche-trou triomphal à moindre coût puisque tout le monde qui tournait ces machins était sous contrat. Mais Hollywood Party, qui était avancé comme une sorte de publicité interne à la MGM, a pris tant de temps à se faire qu'au final c'est un désastre absolu.

D'une part il y a une intrigue, si on ose dire; confronté à l'absolue nullité (Extraits à l'appui) de son film Schnarzan the Conqueror, l'acteur Jimmy Durante se décide à tenter le tout pour le tout: on annonce 'arrivée à Hollywood du Baron de Munchausen (??????), qui a ramené de la savane une troupe de vrais lions, Durante-Schnarzan lui dédie une fiesta grandiose, où des dizaines de chorus-girls et des centaines de stars vont se presser. Et il décide de ne pas inviter sa co-star Lupe Velez don le tempérament volcanique ne peut tolérer un refus...

D'autre part la multiplicité d'équipes, le côté morcelé du tournage, et le manque totale d'investissement de qui que ce soit on transformé ce film en un étrange cadavre exquis, une comédie qui n'est pas drôle (Durante est un outrage permanent à l'art de faire rire, mais il ne le sait pas), dans laquelle même Laurel et Hardy (pourtant parmi les plus décents, avec un interlude Disney en Technicolor) semblent naufragés. On gardera en mémoire l'un des plus hallucinants passages, où Durante et Velez, avec 2 grammes de vêtements sur eux, parodient Tarzan... Aucun des metteurs en scène qui ont oeuvré sur cet étrange objet n'a daigné le signer, on pense que George Stevens est bien le réalisateur des scènes avec Laurel et Hardy (et leur rencontre avec Lupe Velez)...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Animation Disney Laurel & Hardy Navets
5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:35

Joe Gardner est un pianiste de jazz, à Harlem, qui n'a jamais eu la chance de sa vie: se faire engager pour un boulot de pianiste, un vrai. Plus ou moins découragé par sa mère qui ne souhaite pas qu'il prenne le même chemin que son père, un musicien qui a galéré toute sa vie, il gagne la sienne en dirigeant l'orchestre d'un collège public local: et franchement, ils ne sont pas bons, à part une petite tromboniste qui m'a tout l'air d'avoir le feu sacré.

La chance arrive pourtant: un de ses anciens élèves, devenu batteur professionnel, lui signale que la grande saxophoniste Dorothea Williams se produit en quartet au club Half Note et a perdu son pianiste... Il se rend sur place pour une audition, époustoufle tout le monde, et apprend qu'il a le job! Il est heureux, c'est la chance de sa vie, il ne regarde pas où il va, tombe dan un trou, et...

Se retrouve, âme en transit, sur un escalator galactique en direction d'une grande, très grande lumière. Ca ne lui convient pas, mais alors pas du tout, il se rebelle, et se retrouve dans un autre univers, un autre site de transit: non pas l'au-delà, mais le "you seminar", un endroit où les âmes des humains futurs sont dotés des caractéristiques qui les différencieront plus tard. Une fois dotés de leurs éléments constitutifs, elles peuvent aller vers la terre. Joe va devoir aider une âme réfractaire à tout valider, afin de lui prendre son badge et retourner sur terre, car l'âme n°22, de son côté, n'a pas, mis alors pas du tout envie de tester la vie terrestre...

C'est cette intrigue existentielle qui est le point de départ de ce film, pour lequel on distingue essentiellement trois aspects: d'une part, donc, un nouvel univers Pixar dans lequel une fois de plus on nous montre comment chacun peut compter (au fait, un thème récurrent en particulier chez Pete Docter: voir Monsters Inc, Up et Inside out), ensuite un portrait sensible et affectueux, à l'écart des clichés réducteurs, de la communauté afro-américaine; enfin, une belle promenade dans le monde du jazz et de sa difficulté: à l'écart des clichés, là aussi, et réalisé avec une rigueur qui laisse pantois. La séquence de l'audition est d'une beauté picturale, et d'une exactitude impressionnantes. Et non seulement les gestes de ces musiciens sont totalement crédibles, mais la musique en est aussi une version complètement dans la ligne du jazz actuel, c'est-à-dire qu'on y entend une musique qui vient en droite ligne des années 60 et de leurs cassures révolutionnaires, en John Coltrane (même si Dorothea Williams joue de l'alto et non du ténor) et du quintet de Miles Davis de 1964 - 1968...

Mais avec Pixar, rien n'est jamais simple, et si on peut toujours essayer de leur reprocher d'appliquer une formule (conte initiatique + buddy movie + exploitation d'un univers représenté dans son intégrité), les films se différencient toujours par leur sensibilité, et par le fait que chacun d'entre eux représente un défi visuel, voire plusieurs... Et techniquement comme esthétiquement, celui-ci se distingue par son exceptionnelle richesse, et la façon dont les recherches picturales ont débouché sur un au-delà et un "avant" des plus singuliers, avec ces âmes rondouillardes et ces "guides" spirituels en fil de fer; l'animation y est superlative, les décors surprenants, et les gags distribués avec une précision d'horloger. 

Mais pour moi, le sel du film provient plus de la façon dont Joe, éternel loser, va revenir sur terre, et au lieu d'y retrouver le bonheur, y être confronté à son propre univers, mais par personne interposée, car quand il retourne sur terre avec un stratagème, il emmène accidentellement "22" avec lui, et au lieu d'habiter son corps, Joe va devoir passer une demi-heure de film dans la peau d'un... Non, regardez-le plutôt, je ne veux pas vous gâcher ce plaisir. Mais le conte initiatique double va aussi passer par la découverte du plaisir de vivre par l'âme n°22, dans la peau d'un pianiste de jazz frustré, et c'est irrésistible.

Et pour finir, le film a été fait dans un souci de respect culturel, de la communauté Afro-Américaine d'abord, mais aussi afin de ne pas enfermer l'intrigue existentielle dans une seule obédience religieuse. Une façon de respecter les religions comme celles et ceux qui n'en ont pas, ce que les Américains ont parfois tendance à oublier.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Pete Docter Disney
8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 18:38

Je n'ai pas coutume de créditer Walt Disney à un quelconque rôle créatif sur ses films. Le monsieur, sur l'essentiel de sa carrière n'a été qu'un chef d'entreprise, vaguement esclavagiste, sans aucun talent particulier pour l'animation qu'il n'a pratiqué qu'aux heures les plus crues du studio, sur les films de la série Alice in Cartoonland, alors que les films Disney n'étaient finalement qu'une variation, pour ne pas dire un plagiat, de la série Felix The Cat. Le "créateur de Mickey", notez l'apparition de guillemets ironiques, a surtout admirablement su s'entourer, en engageant des génies de l'animation comme Ub Iwerks (C'est lui, le créateur de Mickey, le seul), David Hand (Réalisateur, excusez du peu, de la plupart des magiques Silly symphonies, mais aussi de Snow white et Bambi...), ou toute l'équipe ici réunie pour les segments qui composent ce film. Mais il a parfois su s'impliquer, vraiment diriger les tournages, lorsque un film lui tenait plus à coeur. Il y avait une vision de Walt pour Fantasia, qu'aucun animateur, aucun réalisateur ne partageait vraiment, et Disney lui-même s'est impliqué derrière chaque segment, dans toutes les réunions autour du storyboard, et comme le producteur en titre Ben Sharpsteen, il mérite quelque part un crédit de réalisation pour cette fois-ci... C'est, après tout, de sa vision qu'il s'agit, une vision éminemment controversée et douteuse: Comme si on pouvait s'approprier les classiques et les détourner, dans un projet destiné aux enfants, mais dans lequel on faisait tout pour les détourner de l'écran (dessins animé abstrait, interludes éducatifs, moments effrayants, etc). et pourtant, c'est un classique... Un classique paradoxal qui part d'une collaboration entre Disney et le chef d'orchestre, lui aussi controversé, Leopold Stokowski.

Rappelons que le film (Qui fut d'abord baptisé "Film-concert", en raison de sa structure calquée sur celle d'un programme de vulgarisation classique) présente un certain nombre de segments, préparés par des réalisateurs différents, tous basés sur des oeuvres musicales préexistantes: L'apprenti sorcier, de Paul Dukas, mis en images par James Algar, est le plus célèbre, c'est aussi le point de départ de l'aventure à travers une rencontre inopinée entre Disney et Stokowski... Mais le film commence vraiment par la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, réorchestrée pour grand orchestre plutôt que solo d'orgue, et imaginée par Samuel Armstrong. Du même Samuel Armstrong, on assiste à une mise en image de la suite Casse-Noisette de Tchaikovski. L'un des morceaux de bravoure du film est bien sûr la vision préhistorique, par Bill Roberts et Paul Satterfield, du Sacre du printemps (Dans laquelle Walt Disney s'est beaucoup impliqué, voulant à tout prix que son film soit pionnier dans la représentation des dinosaures) de Stravinsky, unique compositeur sollicité encore vivant durant la préparation du film.

La deuxième partie du film tourne essentiellement autour de trois segments: La VIe symphonie, dite pastorale, de Beethoven, interprétée par Hamilton Luske et Jim Handley, célèbre pour ses visions sucrées et excessivement mièvres de la mythologie grecque; La danse des heures de Hamilcar Ponchielli, est réalisée par Norman Ferguson et Thornton Hee, et très honnêtement avec ses ballets d'autruches, d'hippopotames, d'éléphants et de crocodiles, reste un sommet du film; enfin, le spectacle se termine sur une étrange association, celle de La nuit sur le mont chauve, de Modeste Moussorgsky adapté par Wilfred Jackson, suivi immédiatement par un Avé maria de Schubert également illustré par Jackson. Cette fin était finement calculée: d'un côté, les excès baroques et l'animation horrifique, et de l'autre une fin toute en apaisement, dotée qui plus est de connotations religieuses passe-partout... Le fil rouge, c'est bien sûr le retour systématique à l'orchestre dirigé par Stokoswki, accompagné d'un présentateur, ici un critique de musique réputé, Deems Taylor. Tant qu'à faire, ces segments sont filmés par rien moins que James Wong Howe: Disney est en quête de crédibilité dans le monde de cinéma...

Disons tout de suite ce qui me parait une évidence: l'intention était ridicule, tant elle part des principes communément admis chez Disney: la musique en elle-même ne dit rien, elle doit donc être illustrée, quitte à la trahir. C'est exactement le même principe qui aujourd'hui pousse des producteurs d'émissions sur M6 à recycler des tonnes et des tonnes de chansons connues pour les utiliser dans la bande-son de leurs shows de recyclage bricolatoire et autres sous-produits du lobby immobilier et des mafias de chefs cuistots (Ou comment recycler Radiohead pour en faire la bande-son idéale du moment durant lequel un apprenti marmiton se trouve humilié par un chef nazi)... Il y a un côté purement sophiste à ce recyclage chez Disney, qui transparaît d'ailleurs dans la décision, parfois, de couper dans les oeuvres, qui prouve s'il en était besoin, que le matériau musical, censé être mis en valeur, devient donc dispensable, comme tout autre aspect de la production, au service du film. Ceci étant posé, le résultat est, après tout, du cinéma, et c'est la raison pour laquelle on ne peut que succomber à Fantasia, à condition d'en accepter les longueurs, les pleins, les déliés, le côté expérimental, et surtout le culot monumental de la chose... Car il fallait être gonflé pour imposer au public le Sacre du printemps, de Stravinsky, encore scandaleux à l'époque de la réalisation du film... Il fallait aussi du cran, non seulement pour consacrer deux heures à la musique dite classique, mais en prime le faire en compagnie d'un chef qui ne plaisait pas à toute la communauté musicale Américaine (Rappelons que le film est sorti à une époque où sortir un film en Europe est devenu quasi impossible)...

Alors le résultat, c'est qu'en dépit de ses défauts (L'anthropomorphisme parfois insupportable, voire la sale manie de donner non seulement aux animaux, mais aussi aux objets et à la matière une vie et des intentions humaines, la tendance parfois vomitive au mignon à tout prix, notamment dans la vision de la Symphonie pastorale, un refus de choisir entre abstrait et figuratif qui fait que le premier segment, supposé s'inspirer des oeuvres abstraites de Oskar Fischinger qui a fini par claquer la porte de la production, sert surtout de présentation de nombreux motifs de décors et d'effets spéciaux qui vont ensuite être recyclés sur le film entier, ce qui n'en fait pas une introduction très passionnante, etc...), le film est d'une constante invention, à tous points de vue, c'est aussi un long métrage qui en dépit de son morcellement, court sur un thème récurrent et cohérent: montrer le chaos pour en tirer les conditions de la renaissance et de la paix. Et comme par hasard, le film a créé le chaos, via un échec commercial cuisant, avant de devenir, tel un serpent de mer, le mètre étalon de la bonne santé retrouvée du studio à travers des ressorties fréquentes.

Fantasia a aussi prolongé l'esprit de découvertes technologiques et artistiques contenu dans les merveilleuses Silly Symphonies, ces courts métrages de 1929 à 1939, dont l'esprit se retrouve d'ailleurs ici plus d'une fois, y compris dans des segments aussi peu ressemblants les uns aux autres que La danse des heures, L'apprenti sorcier, Casse noisette, et oui, même la Symphonie pastorale avec ses "centaurettes" topless.

Fantasia (Walt Disney, Ben Sharpsteen, 1940)
Fantasia (Walt Disney, Ben Sharpsteen, 1940)
Fantasia (Walt Disney, Ben Sharpsteen, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Animation Disney