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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 08:10

Existe-t-il quelque part un film plus influent que celui-ci? ...car quand on pense à la façon dont ce premier long métrage Disney a laissé une marque sur le cinéma, on est face à du vertigineux! Comme on dit, il y a un avant et un après...

Avant, c'est un fonctionnement du système cinématographique dans lequel l'animation est reléguée, cantonnée dans les compléments de programme, et laissée à l'écart des longs métrages; à de très rares exceptions près: certes, en Allemagne (Lotte Reiniger et ses ombres chinoises) et en France (Ladislas Starewicz et ses poupées manipulées en stop-motion) il y a eu des longs métrages mais leur succès et leur portée n'a rien de comparable. Dans le cinéma Américain, il y a eu essentiellement les tentatives de Willis O'Brien (The lost World, King Kong...); pour le reste...

Mais Snow White inaugure une sorte de domination par l'évidence de Disney et ses équipes sur le cinéma familial mondial, qui finira pas passer par des oeuvres aujourd'hui mythiques. Et pour couronner le tout, certains sont magnifiques!

Maintenant il est de coutume de dire "oh oui, mais Blanche-Neige a bien vieilli quand même": c'est indéniablement un film de 1937... Dans lequel l'intrigue est une épure, simplifiée à l'extrême: la reine maléfique est jalouse, Blanche Neige échappe à la mort, se réfugie chez les nains, la reine comprend la situation, intervient de nouveau, les nains arrivent trop tard, mais le Prince qui passait par là fait son travail, fin! Des balises qui de plus sont truffées de chansons, mon impression est que le film est pour moitié occupé par ces interludes musicaux, dont je vous avouerai qu'on peut très bien couper le son: même s'ils font partie intégrante du film...

Non, c'est l'animation qui m'enthousiasme: même si j'avoue une certaine irritation devant ce qui était déjà une tradition fermement établie chez Disney, à savoir cette assimilation systématique du monde animal et des petits animaux de la forêt aux héroïnes pures, la façon dont durant trois ans les studios Disney ont tout sacrifié au long métrage qu'ils préparaient, et chaque court métrage (notamment le fameux The old mill) devenait un chantier expérimental pour telle ou telle technique, et l'implication de chaque responsable de l'animation dans chaque séquence, tout porte ses fruits, et le résultat est toujours aussi exceptionnel tant d'années après. Ce film porte en germe tout ce que Disney fera, et plus encore, car il date du'ne époque où l'économie (réutilisation systématique de cellos, répétition de gestes, etc) n'était pas encore la règle. Bref, l'animation coûtait cher, c'était un luxe même. Mais quel résultat!

Et quelles frayeurs aussi, car je pense que ce qui mettra toujours les productions Disney au sommet, c'est ce monde intérieur effrayant qui y est étalé de façon presque indécente, dans lequel de pures jeunes filles sont soumises aux pires cauchemars dans de sombres forêts. Ici, c'est le prototype...

Pour finir, n'ayant que peu de place pour mentionner dans le bandeau-titre les nombreux metteurs en scènes officiels (car pas vraiment crédités de façon très claire au générique), j'ai décidé d'y placer le nom du superviseur David Hand. Car pour tous les documents d'époque qui nous montre un certain Walt venant sur le plateau pour y visiter ses employés, il convient quand même de rappeler que chez Disney, s'il y a un homme qui n'était absolument pas impliqué dans la partie artistique, autrement que pour la supervision des travaux déjà finis, c'était Walt. Et ce n'est pas parce que le bonhomme a déplu à Disney au point d'être écarté de l'histoire du studio, qu'il faut oublier l'importance de David Hand...

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 17:15

Tout en affichant ma méfiance, j'ai décidé de faire comme tout le monde et de créditer Waly Disney à la réalisation de ce film, mais je n'y crois pas une seconde: c'est très probablement Ub Iwerks, principal animateur de ce qui est la toute première (et la plus courte!) des Silly symphonies, ces courts métrages qui allaient pendant environ dix années envahir les cinémas, bien placés dans des programmes de complément des longs métrages, et parfois rafler la vedette tellement ils étaient bons. Et chacun d'entre eux allait à sa façon apporter une pierre à l'édifice: l'utilisation inventive de la couleur, les raffinements de la bande-son, les essais de perspective et l'illusion du relief, tout vient des Silly symphonies! 

Pourquoi ne pas en créditer le patron lui-même? Tout simplement parce que le bonhomme a passé sa vie à placarder son nom sur des films réalisés par d'autres, le moins souvent possible crédités, alors que le nom de Walt Disney était sur toutes les lèvres: mais David Hand, Ub Iwerks, Burt Gillett, Jack King ou d'autres encore ont toujours fait beaucoup plus que le VRP Disney, commercial de génie, oui, mais dont la principale idée aura été de s'approprier les personnages des autres, à commencer par Mickey Mouse, créé par Iwerks...

Ce qui n'enlève rien à ce film, véritable merveille de grand n'importe quoi ironique et macabre, dont les squelettes prennent vie à l'heure où tout le monde se couche, et se lance dans une grande faradole à la fois noire et idiote, faisant autant rire que peur. La musique de Carl Stalling (futur compositeur pour les Looney Tunes et les Merrie Melodies de la Warner, les éternels concurrents) y est formidable et a clairement servi de base pour les danses joyeusement crétines de ces squelettes bien inoffensifs. Pas un plan de trop, pas un geste inutile: cette Danse macabre (qui tourne autour de Saint-Saens plus qu'autre chose, sans jamais citer ouvertement le maître) est tellement rigolote que les modèles d'animation qu'elle propose seront utilisés dans plusieurs autres films de l'époque.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Silly symphonies Disney
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 17:00

C'est sans doute afin de donner un dernier coup de tournevis à leur nouvelle invention géniale que les ateliers Disney ont mis ce film de court métrage en chantier. Bien leur en a pris: le film a remporté haut la main l'Oscar du meilleur court métrage d'animation... L'utilisation de la caméra multi-plans, ici expérimentée avec succès (un dispositif qui permet de représenter plusieurs couches de décor, et d'atteindre un plus grand réalisme) va donner un avantage considérable à Disney, au moment d'entamer le premier long métrage maison, l'ambitieux Snow white and the Seven Dwarfs...

Un moulin tout vermoulu sert de refuge à toute une faune: oiseaux, rongeurs ont élu domicile dans son enceinte branlante, et sous l'ombre de ses ailes, une petite mare est habitée par des grenouilles. Mais le vent se lève, et l'orage menace...

Voilà, c'est tout, et c'est parfaitement suffisant pour remplir un court métrage de 8 minutes, rempli de prouesses d'animation, qui réussissent à être à la fois réalistes et en droite ligne de l'univers anthropomorphe des premiers courts métrages Silly symphonies: du coup, le film se place en précurseur de Blanche-Neige, bien sûr, mais aussi Bambi voire certains aspects de Fantasia.

 

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Published by François Massarelli - dans Disney Animation Silly symphonies
16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 18:59

Tout film de la série Silly symphonies se doit d'avoir un angle d'approche technique, ici il est vite trouvé: King Neptune est essentiellement le deuxième film Disney à se pavaner en Technicolor trois bandes, le système de Gone with the wind dont Disney avait à cette époque l'exclusivité sur les autres studios d'animation. Et la mission donnée à Burt Gillett était simple: montrer de l'action, du mouvement, pour en mettre plein la vue...

Quant à l'intrigue, elle est réduite à l'essentiel: des pirates (avinés, pas fins et très schématiques) avisent un groupe de sirènes et décident de  les kidnapper, provoquant ainsi la colère de Neptune, et le déchaînement des eaux... Le film anticipe sur la Petite sirène à sa façon, et aurait largement pu s'appeler King Neptune and the Topless Mermaids, tellement ça saute aux yeux... 

Notons pour finir que Gillett, le metteur en scène (non crédité selon les mauvaises habitudes de la maison) était attaché à son personnage de Neptune puisqu'il l'a utilisé dans d'autres films... et pas forcément tous des Disney.

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Published by François Massarelli - dans Disney Silly symphonies Pre-code Animation
3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 10:14

C'est toujours un plaisir de voir les courts métrages de la série Goofy réalisés chez Disney dans les années 40 et 50, particulièrement ceux consacrés au sport: un paradoxe personnellement puisque rien, mais alors rien du tout ne m'intéresse dans le sport! Mais la routine établie vers le début des années 40 était de les traiter en faux documentaires, et de jouer sur deux décalages: d'un côté, le décalage entre la simplicité légendaire du personnage, et la préciosité éminemment prétentieuse du narrateur, John McLeish; de l'autre, le décalage entre les commentaires sur la bonne tenue du sport à pratiquer, et les tentatives plus que burlesques de Goofy...

The art of skiing (dans lequel le narrateur passe son temps à insister sur une prononciation par ailleurs plus que douteuse) n'est que l'un de ces films parfaitement équilibrés, et on y voit Goofy aux prises avec des skis récalcitrants. On notera qu'il ne parle pas, se contentant de faire entendre son fameux cri: la raison est bien simple, et c'est aussi la raison pour laquelle il a été amené à devenir la mascotte de ces faux documentaires,au lieu de continuer à avoir sa série de mésaventures narratives: LA "voix" de Goofy depuis 1932, Pinto Colvig, était en froid avec son ancien patron. 

Pour finir, je rappelle que s'il y a bien quelqu'un qui n'a jamais rien fait dans un film Disney, c'est Disney lui-même. Le réalisateur de ce film est Jack Kinney; retenez bien ce nom, car vous ne le verrez pas au générique...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney
1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 10:30

Pour faire court: un film de science-fiction dystopique, à vocation profondément écologique, avec un message d'espoir (mais à peine, quand même, car l'avenir n'est pas rose), et qui plus est visible en famille, ça ne court pas les rues. Quand en plus on y rigole, que demander de mieux? Wall-E est une merveille! 

Dans un avenir très, très lointain, la terre est totalement désertée. Seuls sans doute, quelques organismes survivent (nous savons qu'un cafard, par exemple, est bien vivant, et même bondissant!), et la seule activité semble être celle d'un robot nettoyeur, qui se nomme Wall-E (Waste Allocation Load Lifter, Earth Class: un nettoyeur de déchets, en gros), et qui a reconstruit une sorte de petit univers personnel autour des objets qu'il décide de garder... Il va faire une rencontre, celle de EVE (Extraterrestrial Vegetation Evaluator), une jolie robote dont la mission est de venir sur terre pour trouver des traces de végétation. Et... Elle en trouve!

Elle est envoyée de l'espace, où un vaisseau en perpétuel transit conduit les humains vers nulle part. Habitués à leur sort, immobiles et résignés, ces bibendums ont bien besoin qu'on leur secoue les puces, c'est ce qui va arriver! 

Au-delà même de sa métaphore et de son intrigue parfaitement construite, Wall-E est une réussite à tous les niveaux, par son esthétique (on évite l'abominable écueil de Cars), par son scénario, par ses personnages, mais aussi par le choix de mise en scène, de doser en les faisant progresser, les péripéties:: au début, nous sommes face aux aventures Tatiesques d'un petit robot quasi muet, puis le dialogue s'installe peu à peu, ainsi que les rencontres.

La mise en scène fait un grand usage d'un geste, qu'o retrouve dans tous les stades de l'intrigue, et qui est d'abord le signe d'humanité retenu par Wall-E: prendre la main de quelqu'un. Ce que vont faire les humains à leur tour en se redécouvrant au fur et à mesure... Un geste simple, donc, mais riche de sens dans un message que d'aucuns trouveront probablement gnan-gnan. Tant pis pour eux...

C'est constamment merveilleux, souvent très drôle, et d'une richesse insoupçonnable. Pixar et Stanton ont ancré leur film dans l'histoire du cinéma, en faisant de Wall-E un romantique qui se regarde Hello Dolly pour se raccrocher à l'humanité. De même, lors de son "éveil", un humain cherche sur son ordinateur des infos sur les plantes, et tombe sur un plan extrait de A corner in wheat, de Griffith! Plus tard, sa (re)découverte de la station debout est l'occasion de ressortir du placard Also Sprach Zarathustra, de Richard Strauss! 2001, encore et toujours... Mais Wall-E ne se contente pas de se placer dans l'histoire de la science-fiction et du cinéma, c'est un grand film surprenant, à voir et revoir séance tenante.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Disney Andrew Stanton
30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 11:09

La tradition est respectée: The Incredibles, en 2004, avait été à l'origine de la confection d'un court métrage qui en explorait certaines coulisses: lors de l'intrigue, les Parr devaient laisser à leur baby-sitter Kari leur dernier né, le petit Jack-Jack, dont on soulignait à plusieurs reprises, dans le long métrage, l'absence de pouvoirs... détectés, du moins. Et Kari vivait un enfer.

Cette fois, c'est Edna Mode qui doit faire la baby-sitter, et elle sait, parce que Bob Parr le lui a dit, qu'il y a effectivement des pouvoirs, mais pas qu'un peu: en ayant vu d'autres, Edna est fascinée et volontaire pour le garder, avec comme corollaire à cette mission, la confection d'un costume tout-terrain. 

Pas de suspense, ni de grosse surprise pour qui a vu le film Incredibles 2, donc, mais ce n'est pas grave: Jack-Jack et Edna, c'est un couple paradoxal qui fonctionne très bien, et la découverte des pouvoirs de ce danger public à face d'ange (la plupart du temps, du moins), est une source inépuisable de gags sublimes. Le film, qui mord légèrement sur le long métrage, a été dirigé par le superviseur de l'intrigue du film de Brad Bird, Ted Mathot, et une bonne part de l'animation découle directement du long métrage: comme quoi le recyclage a parfois du bon!

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney
30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 10:54

Dans la maison d'une famille Sino-Canadienne, la maman prépare des baos: des petits raviolis fourrés aux légumes, cuits à la vapeur. Elle met la table pour elle et son mari, et le repas se passe... très vite: Monsieur avale tout très vite et part au travail, laissant Madame toute seule. De dépit, elle enfourne un bao... sauf que celui-ci se rebelle! elle le sort de sa bouche et constate que le dernier bao se comporte comme un nouveau-né... Elle va donc s'en occuper, l'accompagner dans ses premiers pas, le nourrir, le voir grandir, et le voir l'abandonner...

Un grand nombre de personnes ont exprimé leur confusion devant ce film, aux Etats-Unis. Il faudra s'y faire: encouragés par certains dirigeants, les gens ont décidé de voir le monde avec les oeillères de leur ethno-centrisme ragaillardi! Donc, je le dis pour le blanc moyen, ce film est empreint de culture Chinoise, et plus précisément il nous parle du "syndrome du nid vide". Le fait de mêler, comme Domee Shi l'a fait, nourriture et famille, émotions et culture, est assez typiquement Chinois en effet, et c'est fait de façon magistrale. Après, si les gens ne peuvent comprendre ce qui est devant leurs yeux, tant pis! Reste un film superbe, plus intimiste que bien des courts métrages Pixar, tout en proposant ce qui fait le meilleur de la plupart d'entre eux: de l'émotion, car on y affronte effectivement une thématique (familiale bien sûr) douloureuse, mais aussi une animation des objets inanimés, plus une esthétique intéressante.

Réjouissons-nous que pour accompagner le film dans lequel Helen Parr prend les rênes de l'entreprise familiale qui sauve le monde (Incredibles 2), les dirigeants de Pixar aient encouragé une femme, qui plus est d'origine doublement exotique: elle aussi est Sino-Canadienne.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney
30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 09:58

Je n'aime pas cette manie, chez Disney ou les autres, de gâcher un film a posteriori en livrant une suite contractuelle. D'ailleurs, on constatera que dans bien des cas, en particulier pour les films Disney-Canal Historique, la suite est purement et simplement un objet commercial et ultra-formaté qui sort directement en vidéo, sans passer par les salles: Mulan 2, Le bossu de Notre-Dame 2, etc... Oui, mais il y a eu Toy Story 2! Ou la possibilité, cinq années plus tard, de revenir aux personnages et d'aller plus loin, et honnêtement, de faire mieux, beaucoup mieux, que le film initial. On pourrait aussi argumenter à partir des exemples habituels, The Godfather Part II ou The Empire Strikes Back, et conclure, après tout, qu'il y a suite et suite... Pourtant on n'attendait pas (en fin, JE n'attendais pas!) de suite au carton fabuleux de Brad Bird, à ce qui restait pour moi le film le plus abouti de toute la galaxie Pixar. Tellement complet, achevé, fermé aussi, que 'on pouvait vraiment se demander ce qui motiverait une remise en route de la franchise. Mais entre le premier film et le deuxième il y a eu le passage de quatorze années, des changements internes au studio, la carrière de Brad Bird qui a eu des hauts (Ratatouille, avec Pixar, et Mission Impossible, le protocole fantôme, sans Pixar) et des bas, voire très bas (L'échec commercial de Tomorrowland, pour Disney)...

...et il y a eu Donald Trump et l'affaire Weinstein.

Bref: le monde quatorze années après The incredibles a suffisamment changé, et tous ces gens ont suffisamment ruminé pour qu'on puisse espérer, au moins un bon film, non? Mais si ce n'était que ça!

La décision prise pour relancer la machine a été de prendre exactement à la fin du premier: on se rappelle que dans une fin ouverte qui laisse présager un retour en grâce des super-héros, la famille Parr unie comme jamais, après avoir débarrassé leur ville de la menace de Buddy, le fan de super-héros passé du coté des Super-Méchants, s'apprêtait à affronter un autre Super-Méchant, qui faisait son apparition. C'est généralement casse-gueule, mais le film commence en effet par développer cette situation, de deux façons: bien sûr, on aura une bataille héroïque, délirante, dans laquelle toute la famille (et leur copain Frozone) vont s'impliquer, pour un résultat en demi-teintes: menace écartée, certes, mais des dizaines de bâtiments endommagés, des sommes considérables volées à la banque, et en prime, le criminel ne sera pas arrêté! Un reproche qui sera souligné par tous, avec pour effet de confirmer de façon plus importante encore la défiance à l'égard des super-héros. Comme le dit un policier aux Parr: laissez faire les assurances, bon sang!

La deuxième façon de réintroduire la scène de fin du premier film fait l'objet de la séquence d'ouverture: on y rappelle un gag qui a servi d'argument au court métrage Baby-Sitting Jack-Jack. Rick Dicker est un agent des services secrets dont le boulot consiste à "nettoyer" derrière les super-héros, et notamment effacer la mémoire des témoins qui ont vu quelque chose qui pourrait les amener à percer l'identité des super-héros: ici, Dicker efface la mémoire de Tony, le garçon qu'on voyait flirter avec Violet Parr à la fin du film; il a vu les "indestructibles" en action, et a reconnu Violet... Un effacement qui sera lourd de conséquences, puisque en effaçant la mémoire de ce jour-là, Dcker efface aussi tout souvenir de Violet. Mais rassurons-nous, le film ne va pas nous conter les mésaventures de Violet tentant de reconquérir le jeune homme, non: leur idylle balbutiante n'est que la victime collatérale d'une situation qui dans son ensemble est plus détaillée, plus réaliste presque, que dans le premier film: après l'affaire lamentable d'un sauvetage partiel qui tourne mal en effet, les super-héros sont donc conspués par la police, la justice et la presse, sans parler du public; les Parr sont privés de leur maison qui a brûlé à la fin du premier film; et il faut tout reconstruire... 

C'est ici qu'intervient un nouveau groupe de protagonistes: un milliardaire enthousiaste avec un lien fort au passé (son père était un mécène qui aidait les super-héros à l'époque de leur gloire, et est mort dans des circonstances tragiques); ce nouveau personnage, Winston Deavor, est un spécialiste de la télécommunication, et il travaille avec sa soeur Evelyn (incidemment, elle est délicieusement interprétée par la grande Catherine Keener) dans une firme multinationale aux moyens super-illimités...

Bien sûr qu'on sent que ça va amener des ennuis, mais reprenons.

...Aux moyens super-illimités, donc, avec lesquels ils ont décidé de contacter autant de super-héros mis au ban que possible, afin d'aider à leur réhabilitation: simple, dit Winston Deavor... Il suffit de manipuler l'opinion, et d'assurer soi-même la couverture médiatique. Il s'agit aussi de contrôler l'impulsivité des justiciers aux super-pouvoirs, et c'est la raison pour laquelle les premiers essais seront faits, non pas avec le "couple" Mr Incredible/Frozone, jugés trop "destructeurs", mais avec ElastiGirl, soit Mme Parr, dont le style plus subtil, plus féminin, conviendra à merveille à un retour en grâce sous monitoring médiatique. Si josais, je dirais que cette fois c'est elle qui fait bande à Parr...

Beaucoup des éléments de la thématique du premier film sont donc présents, à commencer par le sens aigu de la famille, la difficulté de cohabiter à côté des gens "normaux", la quête identitaire (même si le film nous la présente comme partiellement résolue)... Il y a aussi des reprises intelligentes de certains atouts: la présence d'Edna Mode, jalouse car les Deavor ont fait appel à un autre designer pour les costumes des Parr; la question des super-pouvoirs potentiels de Jack-Jack, dont nous savons nous qu'ils sont particulièrement délirants si nous avons vu le court métrage qui lui était consacré, ce que Bob Parr, puis ses enfants, et enfin Helen vers la fin, vont découvrir par eux-mêmes... Mais le plus important, c'est sans doute la reprise par le deuxième film de la situation de base, mais inversée: cette fois, c'est Helen qui part pour travailler pendant que Bob reste à la maison, permettant en effet à toute une thématique de se mettre en place, autour de la guéguerre des genres. Helen, d'ailleurs appuyée par Evelyn, se met en avant d'une façon inattendue quand on a vu le premier film, et Bob apparaît effectivement comme un gros super-nounours incapable de maîtriser sa force exceptionnelle... 

A ces éléments viennent s'ajouter de nouvelles épices fascinantes: Brad Bird étudie de quelle façon les nouveaux communicants pourraient en effet "vendre" du super-héros, en optimisant tout et n'importe quoi. Le portrait de Winston Deavor, tout en en faisant un personnage positif, est ambigu, et nous laisse un goût étrange, surtout quand il fait dire à Helen "It's time to make Super-Heroes great again": sans doute pas un hasard, non? Le film joue sur cette ambiguité, en nous montrant un monde qui tourne fort mal, finalement, où le public peut nous apparaître comme une masse de crétins ignorants des bienfaits qui les préservent, et capables de se jeter dans le moindre piège médiatique. Tiens donc!

...Mais le film n'est pas qu'un prêche, c'est d'abord et avant tout une montagne russe de gags, d'émotions, de séquences d'action impeccablement réalisés, et d'animation sublime. Le rendu des personnages est de plus en plus beau, le style de Brad Bird et Pixar est ici à son plus haut niveau, et en prime le rendu des décors est encore plus hallucinant que la dernière fois. La musique est splendide, etc etc. Pour finir, Jack-Jack est absolument Incredible.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Disney Brad Bird
17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 15:28

Dans ce film qui est particulièrement surprenant, ce qui compte n'est pas l'intrigue, ou du moins celle qui fait semblant de s'installer sous nos yeux ébahis. Car si le film est totalement une oeuvre de 2013, en 3D et images de synthèse, elle commence... par être un petit dessin animé en noir et blanc, avec post-synchronisation qui craque qui souffle et qui pète de rigueur, et qui n'occupe qu'une proportion infime de l'écran. Car, et on va vite s'en apercevoir, ce que nous voyons n'est pas un authentique dessin animé de Mickey Mouse de 1929, mais bien... un faux qui est projeté dans une salle, et dont les personnages vont être propulsés en dehors de l'écran par le méchant, Peg-leg Pete.

A la base, l'histoire est une sempiternelle ballade dans la campagne pour Mickey et toute sa ménagerie, qui est rendue dangereuse par l'irruption de l'ennemi juré de Mickey, qui a vu... Minnie. Ne reculant devant aucune vilenie, le gros chat va l'enlever et semer la terreur... Jusqu'au moment où, propulsés hors de l'écran, Mickey et le cheval Horace se retrouvent dans le cinéma, occupés à regarder eux aussi le film. Le reste, qui va très vite et qui est très drôle, montre de quelle façon les personnages (en couleurs) qui passent de notre côté de l'écran trouvent à agir sur le film étant projeté pour renverser (littéralement, parfois) la donne. C'est une nouvelle merveille...

La réalisatrice, Lauren McMullan, est une grande fan de la période des premiers Mickey, et ça se voit: elle a très bien étudié leur rythme, leur approximation, le rapport entre le son et l'image, et surtout leur incroyable grossièreté. Mais elle joue aussi beaucoup sur le décalage temporel, sur le fait par exemple qu'une fois passé de l'autre côté de l'écran, Mickey adopte une vision beaucoup plus cynique, et a aussi accès... à un portable! Non, je n'en dirai pas plus, mais sachez toutefois que le film est disponible sur Youtube, et aussi sur le DVD/Blu-ray de Frozen/La Reine des Neiges (ce qui fait au moins une raison de l'acheter), et qu'Eric Godlberg, le grand historien-animateur surdoué, est l'un des responsables de l'animation.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney