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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 18:01

Le duc Otto Von Liebenheim (Claud Allister) va se marier, du moins le croit-il: sa fiancée, la belle comtesse Mara (Jeanette McDonald), l'a pourtant habitué à partir sans crier gare, c'est la troisième fois! Il va essayer de la reconquérir, mais la belle s'est installée à Monte-Carlo, ou elle espère naïvement faire une fortune au jeu... Elle va, bien sur, tout perdre. Sauf l'admiration d'un inconnu, Rudolph (Jack Buchanan) qui va essayer de se rendre vite indispensable, en se faisant passer pour un coiffeur aux largesses inattendues, auprès de celle qui n'a pas les moyens d'en engager un...

Quiconque a vu le précédent film de Lubitsch, The Love Parade, sera immédiatement en territoire connu: comédie musicale empreinte d'audaces, de délicieux marivaudages et de sous-entendus grivois , les chansons y sont parfaitement intégrées et la comédie n'y est jamais non plus un prétexte au remplissage. Bien sur, on est dans une ère pré-Berkeley (A une ou deux années près), donc pas de chorégraphie au sens strict: juste un incessant balet des corps, des têtes et du reste, pour ces riches oisifs et leurs valets et domestiques, qui se retrouvent dans une situation proche du Monsieur Beaucaire de André Messager: un prince, déguisé en un coiffeur qui prétend être noble... L'occasion pour les acteurs du film, dans le final, de se mesurer à ceux de la pièce...

Comme le film précédent, celui-ci est une réussite, aussi friponne que peut l'être un film de Lubitsch de 1930, et une fois de plus l'auteur se contrefiche des limitations de la caméra, à cette époque ou les plus grands metteurs en scène tendaient à marquer un temps d'arrêt pour apprivoiser le nouveau médium, Lubitsch fait comme il l'a toujours fait: du Lubitsch! Avec ou sans Maurice Chevalier... Mais avec Jack Buchanan, excellent, l'inévitable Jeannette McDonald, et en soubrette décalée, la grande ZaSu Pitts. 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Pré-code Musical
20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 09:00

L'année 1929, il valait mieux parler, sinon le succès ne pouvait pas être au rendez-vous. Combien de films Américains ont-ils sacrifiés sur l'autel absurde du micro, cette croyance dans le fait que le muet était définitivement révolu? Du reste, peu de films muets d'envergure ont été tournés cette année-là. Dans cette situation d'expédition des derniers films muets, sacrifiés au tout-bavard, Eternal love ne fait pas exception: généralement considéré comme étant sans le moindre intérêt, et par ailleurs il est vrai qu'il se rattache justement essentiellement au style muet de Lubitsch, plongé dans la routine flamboyante et un peu vide des productions de John Barrymore, des films à l'ancienne, entièrement à la gloire de l'acteur, et tournés selon ses termes.

Et pourtant...

Début du XIXe siècle: dans les Alpes Suisses, une petite communauté montagnarde subit de plein fouet l'occupation Française. A la fin des conflits, la libération est le prétexte d'une célébration durant laquelle tout le village se retrouve à danser et boire. Et Marcus (John Barrymore) en profite pour une fois de plus dire son amour à la belle Ciglia (Camilla Horn), la nièce du prêtre de la paroisse. Il n'est as le seul sur les rangs: Lorenz (Victor Varconi), un utre villageois un peu moins impétueux que lui, est amoureux de la belle. Mais s'il est clair que Ciglia aime Marcus, ce n'est pas au point de céder à ses avances alors qu'il a clairement trop bu. Il rentre donc chez lui, saoul, et ne s'attendait pas à trouver dans sa chambre Pia (Mona Rico), une jeune femme qui le suit partout et qui elle est prête à tout... Y compris, le lendemain, à faire un scandale retentissant: Marcus épouse donc Pia, et Ciglia est promise à Lorenz; le drame couve...

On retrouve ici deux univers: celui de Barrymore y est présent, son impétuosité, le romantisme exacerbé, la flamboyance des sentiments, des actions, du sacrifice et aussi, parfois, l'excès dans le péché! Les clichés qui ont la peau dure, aussi... De son côté, Lubitsch apporte sa science de la mise en scène des liens invisibles entre les êtres, son savoir-faire pour représenter la foule et son idéologie, et bien sur un ton décalé, qui passe par une observation pointilleuse et un sens du détail consommé. Et cerise sur le gâteau, Lubistch a réalisé en 1920, dans les montagnes enneigées du Tyrol, Romeo und Julia im Schnee, une autre histoire d'amour, mais qui était elle traitée beaucoup plus sur le ton de la comédie. C'est d'ailleurs l'une des clés de l'oubli flagrant dans lequel ce film tardif est tombé: ce n'est pas une comédie, mais bien un film ouvertement sentimental, dont la noirceur rejoint l'âpreté souvent associée au lointain souvenir du film perdu The patriot, réalisé l'année précédente par Lubitsch. et juste avant, le metteur en scène avait tourné pour la MGM The student prince, qui faisait évoluer la comédie sentimentale vers le drame... Or ce n'est pas l'image de lubitsch aux Etats-unis; peut-être le metteur en scène a =-t-il aussi peu gouté cet exercice de style?

...En ce cas ça ne se voit pas beaucoup, car s'il a bien fait le travail qui lui était demandé et utilisé son savoir-faire pour tourner des séquences lyriques de LA star Barrymore en montagnard fier, dans les décors absolument magnifiques de l'Alberta, des scènes d'avalanche et des scènes de foule impeccables, ce qui a le plus motivé Lubitsch dans ce film, c'est bien sur l'intime, le fonctionnement visuel d'une communauté en proie à la suspicion et au ragot; il lui fat peu d'images pour installer dès le début du film cette impression de rejet basé sur la jalousie et la bêtise, de Marcus par la population des braves gens qui jamais ne se mêleront d'autre chose que de ce qui ne les regarde pas!

Et la façon dont Lubitsch utilise la caméra et le montage, les détails et parfois leur absence, pour amener une idée à bon port, est ici au sommet de son art: plusieurs scènes pour se faire plaisir, en fait: dans l'une, on voit le prêtre chez lui, servi par sa bonne qui est triste de le voir soucieux. On la suit jusqu'à la pièce ou est Ciglia, et la bonne est triste de la voir soucieuse également. Une cloche: on a sonné: la bonne va voir, revient et apparaît radieuse à la porte: Ciglia pleine d'espoir attend: mais c'est Lorenz. Quelques instants après sa visite, la cloche de nouveau: la bonne va ouvrir, et Ciglia attend: cette fois, quand la porte de la pièce s'ouvre, on aperçoit juste la main de la bonne qui dépose dans la pièce un fusil. Nous savons à qui appartient ce fusil, et Ciglia aussi. Son visage s'éclaire... pas d'intertitre, même pas une image de Marcus, mais le message est passé. Dans l'autre scène qui me vient à l'esprit, Marcus est rentré chez lui après sa tentative maladroite de séduire Ciglia lors d'un bal costumé, et il est flanqué de Pia. Il se débarrasse d'elle sans le moindre ménagement, avant de rentrer dans sa maison. Quelques instants plus tard, il ressort, inquiet: et si la jeune femme était restée pour tenter d'entrer? Il ne la voit pas, rentre de nouveau dans sa maison. Le dernier plan nous le montre entrant dans sa chambre et déposant ses affaires puis regardant droit devant lui, une expression de surprise au visage; nous ne verrons pas ce qu'il a vu, mais la caméra fait un léger détour sur la droite, et au mur, nous apercevons, accroché à une patère, le masque que portait Pia...

Certes, ces jolies efforts de mise en scène sont au service d'un mélodrame des plus embarrassants, et ces belles images ne sont guère plus que le dernier souffle d'un cinéma muet en pleine agonie. Mais dans un film qui tente, à sa façon, de donner la version de Lubitsch de la mise en scène à la Murnau (C'est flagrant dans la façon de montrer les intérieurs de ces maisons rigoristes de montagnards teigneux), qui une fois posé le style de jeu flamboyant et encombrant de la Star incontestée, permet à des acteurs aussi intéressants que Varconi et Horn (Très probablement dirigés en Allemand, ils sont d'une grande justesse) de briller dans des rôles qui échappent eux aux clichés qui auraient pu les handicaper, il y a beaucoup plus que ces conventions. Que ce ne soit pas le meilleur film de Lubitch, c'est entendu, mais c'est un excellent film de John Barrymore.

Pour finir, une petite pointe d'ironie positive: Mary Pickford, qui avait fait venir Lubitsch aux Etats-Unis en 1923, lui gardait rancune de leur mésentente sur le tournage de Rosita. Elle prétendait des années plus tard que c'était un incapable, qu'il n'était motivé que par la représentation des portes... C'est amusant de constater qu'ici, on a en effet une "mise en scène des portes", dans ces scènes qui savent utiliser les rapports entre les gens et le fonctionnement ancillaire des maisons, pour montrer la vie. Mais c'est sans doute aussi très paradoxal, que ce film muet tardif et si mal vu ait survécu justement grâce à l'appui, du vivant de la star; de... la Fondation Mary Pickford, entièrement dédiée à la préservation et au sauvetage des films muets.

Merci, Mary, grande dame jusqu'au bout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch John Barrymore 1929
23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 17:54

Il est paradoxal de constater qu'afin de prouver ce qu'il avançait à cette époque (En gros, que la plupart des metteurs en scène du cinéma Américain contemporain étaient des fainéants en matière de mise en route d'une signification qui ne passe que par les images) Ernst Lubitsch ait été chercher, en compagnie de son complice Hans Kräly, la pièce de Wilde. Oscar Wilde, de fait, est le prince de la suggestion par le sous-entendu, mais cela passe chez lui par la verbalisation de l'innuendo plutôt que par sa matérialisation picturale! Mais peu importe, justement, ou mieux: en utilisant le théâtre essentiellement verbal, et en en trouvant la traduction visuelle, Lubitsch affirme avec génie son incroyable style...

http://www.doctormacro.com/Images/Colman,%20Ronald/Annex/Annex%20-%20Colman,%20Ronald%20(Lady%20Windermere's%20Fan)_01.jpg

Lady Windermere file le parfait amour avec son Lord, et doit patiemment ignorer les appels du pied de plus en plus insistants de leur ami Lord Darlington, décidément très amoureux d'elle. Mais celui-ci lui révèle que son mari a déjà vu en secret une mystérieuse intrigante, madame Erlynne. Elle confronte Lord Windermere, dont les dénégations ne la satisfont pas. Il se trouve que Mrs Erlynne est en vérité la mère disparue de l'héroïne, qui a négocié avec le mari les conditions de son retour en société, mais souhaite le faire sans révéler son identité, tant le scandale qui l'a vue disparaître a été important... Les faux-semblants, les frustrations et les amours impossibles vont culminer dans une cascade de quiproquos qui seront lourds de conséquences...

Ce film, comme la pièce qui en est à la source, est un sommet de subtilité, mais aussi une oeuvre noire, qui montre comment le bonheur des uns peut être entièrement dépendant du sacrifice et du malheur des autres... Les scènes montrées par Lubitsch, dont la rigueur légendaire ets ici à son sommet, vont toutes dans le sens de l'inéluctable sacrifice de Mrs Erlynne pour celle qui la méprise, la prend d'ailleurs pour sa rivale, un sacrifice double: social, d'une part, mais aussi affectif puisque jamais la vérité des liens entre les deux femmes ne sera mise au grand jour. Lubitsch se paie aussi avec bonheur la bonne société (Londonienne en théorie, mais comme son modèle le Chaplin de A Woman Of Paris, Lubitsch tape sur toutes les sociétés occidentales avec son film). Les mécanismes d'un ostracisme sont montrés de façon rigoureuse dans une superbe et fort satirique scène aux courses, réglées comme avec un métronome; les trois garces de la bonne société qui manifestent leur désapprobation face à l'arrivée d'une femme qu'elles considèrent comme une intrigante, ont-elles pris le temps d'aviser derrière elles, la tapisserie de grande taille sur laquelle on voit Jésus, représenté dans l'anecdote de la femme adultère?

Plus que d'autres, ce film magnifiquement interprété (La palme irait selon moi au rôle difficile de May Mc Avoy en Lady Windermere, et bien sûr à la retenue fabuleuse de Ronald Colman, génial en Lord Darlington), qui ne possède aucun défaut, rigoureux de la première à la dernière image, est une inépuisable source de bonheur cinématographique, l'un des meilleurs films d'un auteur il est vrai surdoué, et peu avare de chefs d'oeuvre...

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Muet 1925
6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 18:39

Les films tournés en Allemagne par Ernst Lubitsch entre 1915 et 1922 sont à bien des égards un « tour de chauffe » pour la prestigieuse carrière du metteur en scène aux Etats-Unis. S’ils préfigurent un grand nombre de traits communs à ses films Américains (Un goût assumé pour l’utilisation du vaudeville, une ordonnance maniaque pour la mise en scène et une tendance à la coquinerie), les genres identifiés sont loin de ces comédies douces-amères et de ces films fripons qui feront le sel de son cinéma. On distingue des comédies burlesques avec des personnages inspirés de l’univers Juif et Berlinois dans lequel le metteur en scène évoluait, des comédies grotesques, des comédies « montagnardes » (Dont on retrouvera le pendant « dramatique » dans le film de 1928, Eternal love), et quelques films dramatiques ou d’aventure, à très gros budget. Ces derniers n’auront finalement aucune réelle descendance lors de son passage à Hollywood… Le metteur en scène est vite hautement respecté et sera même un temps assimilé à une sorte de figure tutélaire dans les studios Allemands, un "patron" symbolique. Il bénéficie de sa propre troupe, dans laquelle on trouve des acteurs qui vont être amenés à faire parler d'eux de façon importante, y compris aux Etats-Unis, Jannings et Negri en tête. mais il y a aussi des acteurs moins connus mais qui changent de rôle de film en film: Julius Falkenstein, Victor Janson, Ossi Oswalda...

Voici un petit tour d’horizon de quelques films accessibles, passés à la télévision ou diffusés en DVD depuis quelques années.

 

Als ich tot war (1916)

Dans ce film, Lubitsch joue un homme qui feint d'être mort, pour mieux revenir chez lui, auprès de sa femme que sa belle-mère a monté contre lui. Bien sur, on est un peu dans la Kolossale Rigolade, mais cette histoire de dissimulation, de déguisement dans un cadre boulevardier est malgré tout annonciatrice de biens des films futurs.

 

Schuhpalast Pinkus (1916)

 
L'un des premiers films importants de Lubitsch. Sous la farce évidente, une tendance déjà affirmée à faire peser chaque geste, chaque placement maniaque d'appareil... Et des éléments qui se retrouveront dans The shop around the corner sont ici clairement expérimentés, notamment la façon dont un employé peut s'élever pour peu qu'il manque de scrupules, sans pour autant faire de mal à qui que ce soit. Un juste milieu de la débrouille pour grimper les échelons sociaux... La comédie y est moins germanique (Donc, plus subtile!) que dans ses autres farces contemporaines.

 

Das fidele Gefängnis (1917)
Dans ce moyen métrage situé au début de sa gloire, Lubitsch explore avec délectation les errements d'un quarteron de personnages qui se déguisent, se mentent et se trompent: un mari volage qui court le guilledou au lieu de répondre à une convocation de la police, un comte coureur de jupons obligé d'aller en prison à sa place, une épouse qui cherche à coincer son époux en se faisant passer pour une autre, et une servante déguisée en dame de la haute qui se paie le luxe de retourner à sa condition au lieu de mener la grande vie avec un bourgeois. Une fois faux semblants, tromperies et situations limites mis de coté, tout retournera dans l'ordre. Tout ceci est un peu rustique, mais on est déjà dans un univers proche de celui qui sera le théâtre de ses films du début des années 30.

 

Ich möchte kein Mann sein (1918)

Sur un scénario du déjà fidèle Hanns Kräly, Lubitsch tricote un petit film gonflé, dans lequel il explore la confusion des genres à l'aide d'un petit bout de bonne femme (Ossi Oswalda) qui décide de se déguiser en homme pour sortir en boîte, boire jusqu'à la biture, fumer à en vomir, et draguer sans vergogne... Et se retrouve pintée, dans les bras de son percepteur. Une petite merveille, certes avec un soupçon de l'artillerie lourde déployée par Lubitsch dans ses comédies Allemandes, mais c'est déjà un film riche en possibilités.

 

Die Augen der Mumie Ma (1918)

Alors qu'il devenait lentement mais surement le numéro un du cinéma Allemand, Lubitsch s'essayait à tous les genres, dont un certain exotisme de pacotille. Il y reviendra d'ailleurs (Sumurun, Die Weib Des Pharao), mais ce film ne passe plus, excepté pour certaines séquences triées sur le volet. Le final en particulier, dont l'intérêt relatif est du aux talents conjugués de Jannings et Negri. Pour le reste, il fallait bien faire bouillir la marmite et faire oublier une guerre en voie d'être perdue.

 

Meyer aus Berlin (1918)

Retrouvé dans les années 80, ce film de quatre bobines avec Lubitsch dans le rôle de Meyer, une sorte de double en véritable caricature de lui-même, accuse les défauts de ce genre hérité du vaudeville boulevardier. Paradoxalement, diffusé à la télévision, il a aussi constitué une introduction à Lubitsch pour un grand nombre de néophytes…

 

 

Die Austernprinzessin (1919)

Lubitsch délaisse la comédie burlesque populiste pour une expérience de "comédie grotesque", autour d'une caricature de magnat Américain qui accepte de marier sa fille pour satisfaire un caprice de celle-ci. Mais le grotesque, qui va pousser Lubitsch à expérimenter de façon innovante sur la représentation d'une fiesta délirante (Et qui préfigure son propre film So this is Paris), permet aussi à ce bon Ernst de pousser le bouchon en matière de coquinerie. Bref, c'est délicieux.

 

Madame Du Barry (1919)
Faire mentir l'histoire? Pas vraiment, Kräly et Lubitsch prennent le contrepied des historiens, justement: leur France qui va de Louis XV en révolution, elle est vue du point de vue d'une femme qui a essayé de ne pas choisir entre l'intérêt (Monter dans l'ascenseur social par le lit s'il le faut, et devenir la maitresse du roi), et la passion (aimer éternellement celui qu'elle a été obligée de laisser sur le bas-côté, quitte à aiguiser son désir de vengeance...).
Si les évènements semblent se précipiter, et si les révolutionnaires ne sont que des pouilleux malappris, c'est que du point de vue de la Du Barry, c'était une réalité.
C'est donc parfois historiquement discutable, mais toujours percutant, avec d'un coté Emil Jannings en Louis XV et Pola Negri en du Barry, et de l'autre le sens hallucinant de la composition, de la lisibilité et du maniement des foules du maitre.

 

 

Die Puppe (1919)

Un jeune homme doit obligatoirement se marier afin de satisfaire son oncle qui craint de disparaitre en ne laissant aucun espoir d'héritier à l'horizon. Comme c'est une irréversible andouille, il se "marie" avec une poupée grandeur nature. Sauf que chez le fabricant, ce jour-là, un assistant du patron a cassé la poupée promise; afin de gagner du temps, la fille du patron va donc le temps d'une longue journée, "jouer" la poupée, et provoquer beaucoup d'émois...
Le déguisement, sous toutes ses formes, et le jeu à être quelqu'un d'autre, voilà des thèmes Lubitschiens fréquents. Mais ici, le metteur en scène s'amuse à multiplier les niveaux: une femme joue à être une poupée qui joue à être une femme... Tout ça va permettre à un homme effrayé de tout y compris de son ombre, de trouver l'amour, l'âme soeur, voire tout simplement de... devenir un homme.
Et puis, comment ne pas s'émouvoir de voir cette mise en scène qui met délibérément l'accent sur le factice, depuis cette ouverture durant laquelle Lubitsch soi-même plante le décor d'une maison de poupées? Les arbres en carton-pâte, les toiles peintes, tout l'univers du film semble renvoyer à une esthétique liée autant au théâtre qu'à l'enfance, et fait encore mieux ressortir l'ineptie du benêt dont Ossi Oswalda, impeccable comme d'habitude, va inexplicablement tomber amoureuse.

 

Kohlhielses Töchter (1920)

Un gros benêt aime Gretel, la deuxième fille de l'aubergiste. Alors il lui demande sa main, mais on lui répond que la première doit d'abord être mariée, et il faut dire qu'elle est gratinée. Alors notre héros n'a comme autre solution que de se marier avec la grande soeur en espérant la lasser suffisamment vite pour pouvoir ensuite épouser la deuxième. Un plan idiot, et qui ne va pas du tout se dérouler comme prévu... Tourné en pleine montagne, ce film joue beaucoup sur la grosse comédie, mais le fait avec tendresse, d'autant que les acteurs qui sur-jouent cette pantalonnade ne sont autres que des sommités, dont Emil Jannings et Henny Porten. Hanns Kräly et Lubitsch continuent à explorer les abords les plus drolatiques de l'amour sous toutes ses formes...

 

Romeo und Julia im Schnee (1920)

Romeo et Juliette dans la neige: Lubitsch transpose Shakespeare dans la montagne Allemande et impose à ses Montaigus et Capulets des comportements un brin rustique. Grosse comédie la encore, mais le sens de l'observation du metteur en scène, et son équipe qui tourne toute seule, rendent bien service à l'ensemble. Un film qui sert de brouillon paradoxal à l'unique film muet dramatique de Lubitsch aux Etats-Unis, Eternal love (1928)

 

Sumurun (1920)

Encore un mélange... Pola Negri est une danseuse, dans une Arabie mythique, qui débarque dans un petit royaume en pleine crise: la favorite du Sheik complote pour se faire remplacer dans le harem, afin de pouvoir filer le parfait amour avec un autre que le dangereux souverain. La danseuse va faire tourner les coeurs, et ça finira mal...... Mais pas pour tout le monde. Les mille et une nuits, ou du moins leur version décorative. D'une part, c'est assez ennuyeux, et tout ce petit monde se prend trop au sérieux; d'autre part, Lubitsch a toujours ce sens aigu de la composition, et accessoirement sait manier les foules comme pas un. Mais au-delà de l'aspect impressionnant de la forme, un film peu convaincant, sinon par l'intrusion occasionnelle de comédie...

 

Ann Boleyn (1920)
La triste destinée de la femme la plus connue de ce bon Henry VIII, de son arrivée à la cour jusqu'à sa séparation en deux tronçons. On pense à Madame Du Barry, qui a d'ailleurs subi la même opération, mais ici, il s'agit moins du portrait d'une intrigante piégée par l'amour, que du portrait d'une amoureuse piégée par l'intrigue. Henny Porten compose donc une femme victime de ses sentiments, et Emil Jannings met tout son poids dans l'interprétation d'un monstre royal, aux appétits phénoménaux; comme d'habitude, Lubitsch mélange adroitement les styles et les tons, passant de marivaudage en drame, et la belle ordonnance de la mise en scène est accompagnée déjà d'un sens de la suggestion... Le style du metteur en scène se raffine avant de devenir la fameuse "Lubitsch Touch".

 

Die Bergkatze (1921)

Ce film combine deux courants de la comédie Lubitschienne Allemande: les films situés en montagne, dans un décor de neige authentique, et la comédie grotesque, à la façon de La poupée ou de La princesse aux huîtres. Pola Negri se prête joyeusement à cette opérette muette avec bonheur. L'ordonnance légendaire et l'inventivité des décors font mouche une fois de plus dans un film qui évite l'écueil d'une certaine vulgarité en usant avec intelligence de chemins de traverse...

 

Das Weib des Pharao (1922)

Avec un Emil Jannings qui tente de faire le spectacle à lui tout seul, ce très gros film de Lubitsch fait plutôt partie des oeuvres spectaculaires du maître, démonstration de force plus que pièce maîtresse. L’intrigue sert de prétexte à des scènes de foule, dans un orientalisme de pacotille qui vient en droite ligne de Sumurun. Mais ce film énorme lui a apporté un ticket pour la Californie, alors réjouissons-nous!

 

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Muet
8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:07

Hitchcock disait, lorsqu'on lui demandait quelle était l'histoire parfaite pour le cinéma, que la meilleur façon de commencer était "boy meets girl". Avec ce film, Lubitsch ose boys meet girl.... George, un peintre sans le sou, et son copain Tom, un dramaturge jamais publié, rencontrent dans un train Gilda, une jeune femme en partance pour Paris. elle est mieux lotie qu'eux, bien qu'elle soit également artiste: elle travaille pour Max Plunkett, le publicitaire. Tout ce petit monde débarque dans la capitale, et vit alors une étrange histoire d'amours, puisque Gilda aime Tom et George, et elle trompe Tom avec George et George avec Tom. Jusqu'au jour ou les trois décident de mettre carte sur table, et de se concentrer sur le travail, à l'écart du sexe! Avec l'abstinence, Gilda devient selon sa propre formule "mère des arts", et aide ses compagnons d'infortune à percer. Le prremier à réussir, c'est Tom; mais lorsqu'il doit partir pour Londres, afin de donner toute sa chance à une pièce qui va triompher, l'inévitable arrive: George et Gilda sont seuls...

 

D'une pièce de Noel Coward certainement brillante, que je n'ai pas vue, Ernst Lubitsch a réussi, tout en maintenant avec la complicité du scénariste Ben Hecht la cohésion de la pièce initiale, à faire un film rigoureux, essentel, à la fois drôle et franchement impertinent, dans lequel toutes les possibilités de combinaison des alliances sont évoquées. Y compris, sous-entendue à la fin, un ménage à trois tumultueux... En pleine époque pré-code, c'est-à-dire avant le renforcement de le censure dans le cinéma Américain, le metteur en scène jongle avec les situations inconvenantes et les sous-entendus brillament amenés. On a d'abord la conversation au cours de laquelle Gilda avoue à ses deux amis qu'elle les a tous les deux trompés avec l'autre, avant de se décider pour un "gentleman's agreement". Puis cette situation au cours de laquelle Tom laisse ses deux amis seuls, et Gilda après une embrassade soudaine va sur un lit, se couche et dit doucement à tom: "We had a gentleman's agreement, but unfortunately, I'm no gentleman..." elle prend donc la responsibilité de la situation, mais ensuite, c'est l'arrivée de Tom à Paris qui va inverser la situation... Après la fuite de Gilda aux Etats-Unis, ou elle se marie avec Max Plunkett, on les voit tous deux, depuis la rue, à l'intérieur d'un magason de literie, venir mesurer un lit pour deux. Cette petite scène muette est très éloquente, d'autant qu'on la voit avant d'entendre parler du mariage. La fuite avec Max est pour Gilda une initiative visant à préserver l'amitié de ses deux amants, mais elle n'est pas sans contrepartie! Enfin, la fin est la aussi très claire: s'ils évoquent à nouveau le "gentleman's agreement", cette situation basée sur un accord mutuel qui implique qu'aucun des trois ne tente de revenir à une situation amoureuse, Tom et Gilda, puis Gilda et tom viennent d'échanger des baisers sans la moindre équivoque...

 

Lubitsch sera toujours le maitre du non dit, c'est une évidence, mais c'est aussi un champion du non-montré. Un gag de ce film admirable me reste à l'esprit: lorsque Tom et George se rendent chez Max et Gilda, dans le but de récupérer leur amie mais certainement aussi pour mettre un joyeux bazar dans la vie rangée du trop tiède M. Plunkett (Le grand edward Everett Horton, rien de moins), un nom revient sans cesse: M. Egelbauer est en effet l'invité d'honneur de la soirée organisée cette nuit-là chez les Plunkett, et c'est un industriel courtisé par Max, qui souhaite que sa femme soit aussi veule que lui. Sans dire un mot, on voit donc les deux amis se rendre au salon, alors que M. Egelbauer est en train de chanter d'une voix de baryton, et sans qu'on les suive, on entend tout à coup les deux hommes l'imiter en chantant son nom. Dans le vacarme qui s'ensuit, la caméra ne bouge toujours pas, et c'est depuis l'entrée que nous assistons à ce qui se passe, sans rien voir... Mais nous pouvons tout imaginer: Lubitsch partageait avec d'autres (Wellman, notamment) un sens de la mise ne scène si puissant qu'il pouvait se priver avec bonheur de la scène à faire! Ajoutons que George, c'est Gary Cooper, Tom Fredric March, et que Miriam Hopkins, alors en pleine gloire méritée, prête son joli minois propice aux arrières-pensées les moins religieuses à la belle Gilda. Elle compose un personnage étonnant et moderne de femme qui prend deux hommes sous son aile, et qui assume sans aucune honte ce qu'elle reconnait comme un trait plutôt masculin, le fait d'aimer deux hommes à égalité, sans envie de choisir... sans qu'on puisse la blâmer: Fredric March et Gary Cooper, quand même!!

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 10:44

La maison Matuschek est une boutique de Budapest ou il fait manifestement bon travailler. Alfred Kralik (james Stewart) y est le bras droit du patron, Hugo Matuschek (Frank Morgan), depuis longtemps, quand arrive une jeune femme qui souhaite se faire embaucher, Klara Novak (Margaret Sullavan); celle-ci et Kralik ne s'entendent pas et sont assez souvent engagés dans des conflits d'ego. Paralèlement, ils écrivent l'un et l'autre à des inconnus, tombant rapidement amoureux de leur correspondant respectif qu'ils n'ont jamais rencontré... bien sur, Klara et Alfred sont destinés à se rendre compte un jour qu'ils sont ces correspondants mystérieux. En plus de ces aventures sentimentales, on voit la vie au jour le jour de la maison Matuschek, ses employés, ses petits tracas, ses ventes miraculeuses...

 

Je ne laisserai à ce sujet aucune ambiguité: je considère ce film comme l'un des plus beaux jamais réalisés... Une boutique en Hongrie en 1940, il y a la une inévitable symbolique, mais la vie telle qu'elle se déroule sous nos yeux n'a apparemment pas de rapports avec la tourmente alors en cours dans l'Europe de 1940. Le monde qui est dépeint dans ce beau film est une sorte de bulle préservée, dans laquelle chaque être est respecté, a droit à s'exprimer. L'humanité affleure de chaque échange, et le sentiment est que le pire des dangers pour Matuschek et compagnie, c'est cet insupportable vadas, l'employé séducteur (Joseph Schildkraut) qui a profité tant et si bien des largesse de son patron qu'il couche avec l'épouse de celui-ci, et avec la complicité de me Matuschek, lui éponge le portefeuille... n'empêche, aussi risible cette menace sit-elle, elle est prise avec le plus grand sérieux par Hugo Matuschek, qui soupçonne Kralik et va jusqu'à licencier celui-ci à cause de ces soupçons infondés. mais apprennant la vérité le vieil homme tente de se suicider. Les autres employés font alors corps autour de leur patron, et Kralik est réembauché, et enfin portyé à un poste de plus haute responsabilité. C'est cette humanité qui est en danger, en 1940, en Europe. Saisie dans son quotidien, avec la plus grande des tendresses, elle ne demande qu'à être préservée, c'est pourquoi il lui sied tant d'être contée dans une histoire aussi intemporelle.

 

L'histoire d'amour entre Klara et Alfred Kralik (Il me semble logique d'appeler la jeune femme Klara, mais je peine à écrire un simple "Alfred" ici; personne, il me semble, n'appelle James Stewart Alfred dans le film, comme s'il avait trop longtemps été M. Kralik...) est l'une des plus belles qui soient, d'abord parce que Lubitsch a sans aucune difficulté la complicité du public, auquel il révèle sans efforts le pot-aux-roses; ensuite, parce qu'il a choisi des acteurs qu'on n'a pas envie de ne pas suivre, dans leur troisième film ensemble. La capacité de Stewart à passer d'employé modèle un rien pompeux à amoureux transi d'une inconnue sasn tomber dans le ridicule, la métamorphose permanentede Margaret Sullavan de bourrique qui aime tant à se payer la tête de son supérieur Kralik, en une jeune femme secrètement amoureuse d'un idéal, sans tomber dans la mièvrerie, sont pour Lubitsch des atouts de poids. Le metteur en scène sait plus que tout autre faire oublier la mise en scène, par un travail extraordinaire sur les acteurs, dans lequel tout compte: texte, diction, rythme, expression... Bref, un travail de direction hors-pair, de mise en scène ultra-précise qui bien entendu ne se remarque jamais. Et le tout baigne dans une atmosphère constamment entre micro-tragique et comédie tendre: l'un des plus beaux films de Ernst Lubitsch, et l'une des plus belles comédies de tous les temps.

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:00

Une fois arrivé aux Etats-Unis, Lubitsch a vite découvert que son style de comédie allait devoir évoluer, d'autant que sa première production Rosita, avec Mary Pickford a été dans l'ensemble une expérience mal vécue par tous les protagonistes. Les films qu'il a réalisés pour la Warner entre 1924 et 1926 constituent donc les premiers éléments de ce qu'on a appelé la "Lubitsch touch", un nouveau style, inspiré de films plus sophistiqués, et qui vont vite être parmi ce qu'il y a de meilleur. Cette comédie en est un exemple parfait. Interprété par le fidèle Monte Blue, déjà au générique de The marriage circle, il retrouve dans So this is Paris Patsy Ruth Miller, André (George) Bérenger et Lilyan Tashman; quatre protagonistes, c'est qu'à l'origine, le film était une pièce de théâtre... Sous le titre Le réveillon, la pièce était une production vaguement boulevardière de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Hans Kräly, le collaborateur de Lubitsch a conservé le cadre Parisien, et les deux complices se sont efforcés non seulement de conserver les intérieurs (aucune scène en extérieur donc), mais aussi de souligner la nature théâtrale du matériel en poussant Monte Blue à utiliser son beau visage mobile pour faire des clins d'oeil au public. Parallèlement, Lubitsch va se livrer à un étonnant numéro de cinéma pré-sonore en filmant d'une façon très moderne un bal délirant, avec démonstration hallucinante de charleston... 

Théâtre:

M. et Mme Giraud sont mariés et heureux. Quoique... Mme Giraud (Patsy Ruth Miller) lit des romans à l'eau de rose dont les finals pleins de sentiments gluants la laissent toute émoustillée. Alors lorsque le voisin (George Bérenger), qui est danseur, se retrouve à demi nu en face, il y a de quoi s'émouvoir... Monsieur Giraud (Monte Blue) va y mettre bon ordre, du moins le croit-il, car une fois en face, il découvre que la voisine, donc, Mme Lallé, l'épouse du danseur, est une ancienne petite amie (Lilyan Tashman). De son coté, M. Lallé ne va pas tarder à découvrir que Mme Giraud est fort intéressante... Donc, on est en plein boulevard, et tout le monde ne va pas tarder à se désirer, se donner des rendez-vous, se tromper, se mentir...

Désir:

Bien sur, en 1926, le cinéma n'a pas encore fait le tour des expressions directes et visuelles du désir, mais le film regorge d'allusions qui sont d'autant plus intéressantes, qu'elles sont en pleine lumière, la mise en scène rigoureuse de Lubitsch étant en pleine ligne claire, il n'y a que peu d'ambiguïté... Donc, Mme Giraud prise de suée après la fin de son roman, qui aperçoit l'exotique voisin, ou encore le regard égrillard de Monte Blue éméché, la tête tournée par toutes les jambes mises à nu devant lui, ou bien sur la canne qui sert de prétexte, au début, à M. Lallé pour venir voir la belle Mme Giraud. Cette même canne, substitut phallique, lui sert à attirer l'attention de la belle voisine lorsque celle-ci est perdue dans sa rêverie en écoutant la radio.

Tromperie:

La franchise de Lubitsch ici est à des degrés divers; si elle désire effectivement dépasser le confort un brin ennuyeux de sa situation conjugale, Mme Giraud ne cédera jamais aux avances de M. Lallé. M. Giraud, en revanche, attiré dans un piège par Mme Lallé, ne va pas révéler lé vérité à son épouse, et va s'empêtrer dans des mensonges plus gros les uns que les autres. Quant aux Lallé, bien sur, ce sont des chauds lapins, prèts à tout pour tromper leurs conjoints... on retrouve donc cette graduation dans la tromperie de The Marriage circle, qui permettait à Lubitsch d'éviter de trop prêter le flanc à la censure, gardant les héros un peu plus propres que les personnages secondaires. Néanmoins, on notera que Monte Blue va plus loin que dans le film précédent...

 Mensonge:

Tout le film suit la logique boulevardière, avec des mensonges organisés entre certains couples: M. Giraud ment à Mme, en lui révélant jamais qu'il a développé une amitié interlope avec Mme Lallé, ni qu'il a été arrêté par un policier en se rendant à un rendez-vous avec la voisine, et non au chevet d'un malade mourant. M. Lallé est supposé se rendre dans un sanatorium pour se faire soigner à la fin, alors qu'il va en prison à la place de M. Giraud, et ce pour trois jours. Du coup, son épouse n'a pas besoin de lui mentir avant de partir prendre du bon temps avec un joyeux luron rencontré au hasard d'un bal... Enfin, Mme Giraud en veut à son mari, mais ne lui révélera pas qu'elle était avec le voisin lorsque lui-même était au bal avec Mme Lallé...

 Cinéma pré-sonore:

La séquence est justement célèbre, et constitue une exception dans le cinéma Américain, généralement très peu perméable aux prouesses de montage, et aux séquences visuelles détachées du fil narratif d'une film: alors que Mme Giraud reste à la maison, croyant que son mari est parti purger sa peine de prison, elle écoute la radio, et on nous donne à voir un charleston endiablé, de plus en plus délirant, avec surimpressions, et un montage furieux. Occasionnellement, on y aperçoit Monte Blue et Lilyan Tashman, mais c'est très accessoire. La séquence semble à elle toute seule résumer et illustrer l'esprit "jazz" des années 20, le coté déluré, et la consommation frénétique de plaisirs, d'alcool (encouragée par la prohibition, de fait): en 6 minutes, Lubitsch qui ne se livrera que rarement à ce genre de digression a donc capturé l'essence d'une décennie.

Comme les autres Warner de Lubitsch que j'ai pu voir, on est face à un film superbe, absolument indispensable, distrayant, drôle, impertinent, qui a sa place au sein de l'oeuvre merveilleuse de l'un des plus grands cinéastes Américains de tous les temps, et qu'importe qu'il soit Berlinois.

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Muet Comédie 1926