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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:46

Retour à la noirceur... Ce film prend une fois de plus prétexte de flash-backs à la recherche de secrets de famille plus ou moins enfouis, pour fouiller dans l'âme de certaines femmes. Les hommes? A l'image de cette statuette d'argile souvent montrée dans le film, et qui est la production de l'une des protagonistes, ils ont le sexe érigé, mais coupé à la moitié: ils sont bien sûr souvent l'objet des secrets, mais n'en sont jamais le sujet, et ils restent à l'écart; une fois de plus, c'est une affaire de femmes.

Julieta s'apprête à tirer un trait sur sa vie à Madrid, une vie uniquement passée à attendre que sa fille Antia qui l'a quittée il y a douze ans, donne de ses nouvelles ou revienne, et elle va donc suivre son amoureux Lorenzo au Portugal... mais peu avant le départ, elle croise Béa, la meilleure amie de sa fille quand elle était adolescente, et celle-ci lui dit qu'elle a vu Antia. Elle va bien, elle a des enfants... Bouleversée, Julieta annule son départ, et sous le prétexte d'écrire à sa fille, replonge dans ses souvenirs, à partir d'une nuit dans un train, lorsqu'elle a fait la rencontre de Xoan, un jeune homme séduisant. Un pêcheur passionné, retenu à terre par la maladie de sa femme... Une nuit d'amour dans le train plus tard, les destins de Xoan et Julieta allaient être liés... Du moins pour un temps.

Aucune provocation, aucun humour non plus. Almodovar retrouve avec ce très beau film qui vous agrippe et ne vous lâche plus, la rigueur de La fleur de mon secret, de Volver ou de Etreintes brisées, mais il se refuse à détacher son regard et le nôtre, par des notations humoristiques, du drame de cette femme, qui vit dans l'éternelle incompréhension d'une absence. Celle-ci ne sera d'ailleurs pas totalement ni comprise, ni résolue dans le cours du film, mais Almodovar s'est plu à en montrer l'effet, les contours, avec l'aide de plusieurs actrices: Adriana Ugarte interpète Julieta jeune, et Emma Suarez à quarante-cinq ans.Tout autour d'elle est fait de regret, de souvenirs aussi, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si un épisode prémonitoire du flash-back nous raconte la visite de Julieta à sa maman atteinte d'Alzheimer. Car le souvenir a beau être douloureux, au point qu'on veuille s'en débarrasser, il est aussi vital, et Julieta âgée est en grand danger de se perdre en essayant d'oublier son passé.

La mise en scène est faite de cette magnifique passion des personnages, suivant Julieta surtout dans ses recherches, égarements, décisions et regrets. chaque détail bien sûr compte, et Almodovar se permet parfois une douce ironie: lorsqu'on dit à Julieta qu'elle n'est pas vieille, un poster au fond la pièce annonce la production d'une pièce: The old woman... Une scène superbe lui permet de nous surprendre en passant d'une actrice à l'autre au sein de la même période temporelle, comme pour montrer le poids d'un traumatisme sur le personnage de Julieta. Il se livre aussi à une belle auto-parodie, en choisissant de privilégier pour la jeunesse de Julieta la palette de couleurs vives voire criardes qui était la sienne à ses débuts, pour contrer avec les nuances plus sobres et naturelles des scènes contemporaines. 

Bref: un film magnifique, un de plus.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Espagne
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 17:41

On appréciera la différence entre le titre Espagnol et le titre Français, qui semble exploiter sans vergogne le succès contemporain d'un certain film Warner d'Alan Crosland... Mais pourtant, le film de Perojo n'a rien à voir. Pour commencer, l'acteur Français qui incarne un noir dans le film n'a pas eu besoin de se grimer, lui... Le sujet du film est, essentiellement la difficulté à se faire accepter pour un noir, y compris dans l'Europe compréhensive des années 20, et à faire oublier la couleur de peau. Comme le dit le protagoniste, pour être accepté quand on est noir, il fait être danseur ou boxeur...

Et pourtant le film est copieusement raciste. Si il y est clair que Peter est raffiné, qu'il est amoureux d'une blanche, qu'il est cultivé et fréquentable, il reste, au fond, un noir. S'il a toutes ces qualités, cela fait de lui, selon ses propres termes, un "blanc" à la peau noire! C'est, rappelons-le, une autre époque: Peter Wald (Raymond De Sarka) est un grand danseur venu des Amériques avec l'enviable réputation d'être le meilleur danseur de charleston du monde. A Madrid, il croise la route de la jeune Emma (Concha Piquer), constamment flanquée de son papa si admiratif qui est persuadé que la jeune femme est destinée à être une star. Wald, qui a beaucoup souffert pour s'imposer, prend la jeune femme sous son aile, et en peu de temps tombe amoureux d'elle. Emma, reconnaissante, ne peut pourtant pas se laisser aller à dire "oui" à un nègre... Sic. Pourtant la jeune femme va évoluer.

Je ne vais pas accabler le film, d'abord parce que c'est trop facile et que ça ne rimerait à rien. D'autant qu'à sa façon, Perojo avait dans l'idée de montrer qu'on pouvait être noir et "avoir une belle âme"; bon, afin de montrer ça, il nous est dit que Peter a "l'âme d'un blanc", donc on s'enfonce, mais encore une fois ça ne rimerait à rien de s'acharner! Le film est une restauration Lobster, qui a l'avantage de s'aventurer du côté de l'Espagne, dont Perojo était en cette période l'un des meilleurs cinéastes. Entre Paris et Madrid, il était devenu champion dans l'art de composer des co-productions, ce qui explique ici la présence, non seulement du danseur Raymond de Sarka, mais aussi d'Andrew Angelmann, connu pour sa tête impayable qui égaye un certain nombre de plans mémorables du Journal d'une fille perdue de Pabst. Quelles que soient les intentions de Perojo, et leur racisme explicite, le film est surtout un peu trop gnan-gnan, avec une histoire qui manque d'enjeu. Un ou deux moments de mise en scène surnagent, comme le moment durant lequel Peter tente (innocemment) de séduire Emma, et que celle-ci, à la fois fascinée et dégoûtée, s'évanouit! ou encore lorsque Peter, à la plage, regarde avec amour sa partenaire, avant de prendre une cigarette et d'apercevoir son reflet: instantanément, il devient triste... Pour le reste, pas de grandes avancées dans ce mélodrame.

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Published by François Massarelli - dans Espagne Muet 1927
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 17:00
Vale (Alejandro Amenabar, 2015)

Je n'aime pas la pub, à plus forte raison la publicité pour le vin ou l'alcool, ces produits pour sous-développés du bulbe. Mais lorsqu'une marque de bière propose à Amenabar de réaliser un film à vocation publicitaire, et que celui-ci décoche un court métrage de plus de dix minutes sous forme de comédie, on en redemande. Oui, vous avez bien lu: une comédie... L'auteur de The others a de l'humour, mais ce n'est pas ce à quoi il nous a habitués, ces derniers temps...

Une touriste Américaine (Dakota Johnson) visite l'Espagne, et se lie avec un groupe d'autochtones. On pourrait s'attendre à ce qu'elle soit larguée durant les conversations, mais en fait c'est un jeune homme de la bande (Quim Guttierez), ne parvenant pas à baragouiner le moindre mot d'Anglais, qui est perdu. D'autant qu'il en pince pour la belle.

C'est tendre, finement observé, et en plus c'est conclu par une fin ouverte. Sur laquelle je ne dirai rien, mais la bière semble y jouer un rôle important... Pour ceux que ce breuvage pour touristes en short ne rebute pas, c'est un plus...

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Espagne Comédie
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:05
Ouvre les yeux (Alejandro Amenabar, 1997)

Ce film est décidément bien curieux. Il est à la fois un gadget sans nom, un de ces films entièrement basés sur un coup de théâtre qui a tout de la tricherie, ce qui explique qu'un réalisateur de films de mauvais gout s'y soit attaché au point d'en faire un fort vomitif remake (Vanilla Sky, l'un des plus mauvais rôles de Tom Cruise, ce qui vous donne une idée de l'insondable) et en même temps un film totalement en phase avec la thématique de son auteur, celui-ci ayant sauvé le tout du naufrage par quelques bonnes idées... et par de véritables provocations. L'intrigue est irracontable, d'autant qu'il est délicat de ne pas en dévoiler les contours.

Pour résumer toutefois, sachez que Cesar (Eduardo Noriega) est un jeune homme tout ce qu'il y a de riche, qui a tout: le luxe, la beauté, les femmes, et un penchant pour la solitude. Jusqu'au jour où il rencontre Sofia (Penelope Cruz). Il tombe amoureux, mais ne profitera pas très longtemps de la félicité du coup de foudre, puisque le même jour il est victime d'un accident de voiture provoqué par une femme jalouse, Nuria (Najwa Nimri). si cette dernière y restera, Cesar survit mais il est affreusement défiguré. C'est pour lui la fin de la période dorée: Sofia l'évite... Jusqu'au moment ou elle revient vers lui et le soutient dans son nouvel espoir: Cesar va expérimenter un miracle de chirurgie... Mais il va aussi avoir des visions, de la confusion mentale, et ça va mal finir... ou pas.

Disons que le film est bien une oeuvre d'Amenabar, on voit son penchant pour une mise en scène qui inclut le contrôle absolu du spectateur. Le script, bien que basé sur une intrigue qui est rendue logique par son pesant d'explications rationnelles au moment adéquat, inclut en particulier l'obsession pour le passage vers la mort, un thème récurrent dans les cinq premiers longs métrages du metteur en scène. On regrette bien sur de ne pas pouvoir aimer le personnage principal, un goujat particulièrement imbu de lui-même, mais le film possède suffisamment de péripéties pour que son parcours lui soit au moins désagréable... Et Amenabar, on ne doit pas l'oublier, possède un humour vachard qui se manifeste ici aux moments les plus inattendus. Il en fallait pour faire passer la pilule de l'intrigue d'ailleurs. Pour en savoir plus... voyez le film.

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Espagne Science-fiction
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 19:08

Avec son cinquième long métrage, Amenabar ne rend pas son chef d'oeuvre, mais un objet filmique ultra-cohérent dans lequel, fidèle à ses convictions, il assène une thèse rare dans un film sur l'antiquité: la religion, c'est mal. Partout ou il y en a, ça fiche tout en l'air, c'est incompatible avec la science et les avancées humaines, et ça ne rapporte que du proto-fascisme, donc il vaut mieux s'en débarrasser, même si ça part parfois d'idées généreuses.

 

A Alexandrie, au quatrième siècle de l'ère dans laquelle nous vivons, la ville vivait un équilibre fragile, dans un empire Romain qui avait profondément changé; l'un des changements les plus perceptibles était la tolérance nouvelle, voire l'encouragement à l'égard de la Chrétienté. Autour de la bibliothèque, et de l'université, lieux de tolérance oecuménique symbolisée par Hypatie, la philosophe, les derniers païens, les Juifs et les Chrétiens s'affrontent. Parmi les protagonistes du film, deux hommes qui vont finalement se convertir au Christianisme tournent autour d'Hypatie, incarnée avec talent par Rachel Weisz dans un rôle plutôt délicat. Oreste, amoureux de longue date de celle qui reste son professeur, deviendra un préfet Romain tolérant dont la tolérance va finalement se heurter à l'obscurantisme d'un Chrsitianisme de plus en plus fondamentaliste, s'en prennent aux païens, à la science, et aux Juifs. Et Davus, ancien esclave d'Hypatie venu au Christianisme par dépit, va rejoindre une fois libre les rangs des soldats de la nouvelle religion.

 

Une scène d'affrontement d'orateurs au début du film ne laisse pas présager de la violence que la lutte va prendre au cours du film. De fait, le cours de l'histoire est le plus souvent tourné autour de l'idée que la Chrétienté a épousé une certaine forme de progrès, et le talent d'Ammonius, le plus zélé des fous de Jésus dans le film, emporte presque l'admiration... Sauf qu'il va s'avérer dangereux, extrémiste, manipulateur, pillard... Et le propos d'Amenabar, qui n'a pas caché dans The others le peu d'amour qu'il a pour la religion, nous montre au contraire que son développement en ce cas précis va à l'encontre du progrès, désignant la science comme un ennemi en la personne d'Hypatie, la femme qui a enseigné aux hommes ne pouvant être qu'une sorcière. Il affirme par ailleurs dans sa mise en scène l'obsession du cercle, forme parfaite, trop parfaite, admirée des scientifiques égarés avant qu'Hypatie ne révèle dans une scène splendide l'orbite de forme elliptique de la terre autour du soleil... Le cercle, reproduit par ces nombreuses vues aériennes de la bibliothèque (Au fait, on ne la quitte quasiment jamais), relayé par ces scènes de foule organisées de façon concentriques, avec ces foules qui suivent le premier venu du moment qu'il parle plus, et lance mieux les cailloux que son voisin...

 

Le personnage le plus symbolique du film est sans doute Davus, l'esclave amoureux, qui a suivi la Chrétienté parce qu'il a compris que c'était là le sens de l'Histoire. Il a admis la science, l'a pratiquée par amour, mais l'a rejetée lorsque son amour lui a été refusé. Il est sauvé par Amenabar, qui le montre empêchant le martyre d'Hypatie d'une façon assez radicale, mais il faut se rendre à l'évidence, après le sac de la bibliothèque d'Alexandrie (Une scène filmée comme un viol avec toute la science d'un grand cinéaste), après la prise de pouvoir d'une caste intolérante, les reniements de ses propres convictions scientifiques par un homme qui a choisi de se laisser aller au dépit ne sont que la preuve que l'histoire ne marche pas toujours droit...

 

Le classicisme de la mise en scène est une garantie de clarté, et on ne regrette pas le souffle épique d'un film majestueux qui s'inscrit merveilleusement dans l'oeuvre d'Alejandro Amenabar.

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Published by François Massarelli - dans Espagne Alejandro Amenabar