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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:15

Juin 1944, d'un côté de la Manche, on se prépare à un débarquement imminent, pendant que de l'autre côté on redoute ce qu'on appelle une "invasion". Nous assistons aux préparatifs des forces Américaines et Britanniques, aidés par les français et soutenus par le travail sur place de la Résistance, pendant que les Allemands se divisent entre incrédules et réalistes...

Darryl F. Zanuck, ancien nabab de la Fox, est à la manoeuvre sur ce film qu'il a intégralement porté, allant jusqu'à en superviser personnellement la production sur place, et du même coup en assumer une part de la réalisation. On voit très vite qu'on est face à un objet cinématographique peu banal, un filmouth de guerre particulièrement spectaculaire, en même temps qu'un film visant à opérer deux travaux de première importance: d'une part, célébrer l'esprit de la libération, de la fin d'une guerre ressentie comme plus grave et plus douloureuse que les autres; d'autre part, filmer sur les lieux même de l'action tant que c'est encore possible, avec des lieux qui en 18 ans n'ont pas tant bougé que ça... Un double voeu louable, donc, qui nous incitera à passer sur les défauts évidents de la chose: d'une part, une structure entièrement centrée sur le débarquement comme étant le climax ultime du film, qui doit après les séquences d'Omaha Beach survivre pendant les 70 minutes qui restent!

Sinon, des petits soucis de continuité récurrents, et des incrustations défaillantes, viennent s'ajouter à la parade de stars: John Wayne, Henry Fonda, Robert Mitchum, Bourvil, Arletty, Richard Burton, et il y en a plein d'autres. Pourtant ça débouche sur une forte sympathie à l'égard des personnages, qui sont, compte tenu de la situation, vie en place et assez développés pour permettre un visionnage intéressant. 

Passons aussi sur l'impression très gaulienne que l'on soit face à des alliés valeureux, des français utiles, et bien sûr une population intégralement résistante. Peu de nazis parmi les allemands, il y a surtout des pragmatiques, dont Curd Jürgens qui montre tout son mépris à l'égard d'un chef oublieux qui demande depuis sa forteresse qu'on ne le dérange sous aucun prétexte: bref, pas d'idéologie, mais des faits. Ceux-là sont d'autant plus lisibles qu'on peut les voir situés dans les lieux même où ils se sont déroulés, d'Omaha Beach à Ste-Mère-Eglise, en passant par Ouistreham et son casino. Pour ajouter à cette impression de voir l'Histoire en marche (ce qui était clairement l'intention de Zanuck), quelques séquences utilisent des panoramiques impressionnants (Omaha Beach, avec la caméra qui suit la progression des soldats depuis la mer jusqu'à la ligne de défense Allemande), et des vues aériennes, dont une qui est une splendeur: motivée par le point de vue des aviateurs Allemands dégoûtés par leur hiérarchie qui font juste un passage histoire de dire qu'ils étaient là, elle offre une vue de la plage envahie de soldats alliés qui tentent de se protéger de l'attaque, et c'est impressionnant...

Reste deux commentaires qui sont souvent faits sur le film: d'un côté, c'est le produit d'une époque qui vit encore dans la suite des événements directs, une époque durant laquelle on ne questionnera pas la Résistance des français, mais une époque aussi durant laquelle on n'aurait jamais vu des salauds comme Eric Zemmour, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan sur tous les médias pour glaner les suffrages des électeurs. De l'autre, il est de bon ton de rigoler devant la vision du débarquement en le comparant à la version ultra-réaliste de Steve Spielberg réalisée pour le film Saving Private Ryan quelques décennies plus tard. C'est une erreur: les choix de Zanuck sont non seulement liés à des limites techniques (Spielberg bénéficie à cet égard des fruits d'une recherche très poussée, et de conditions tellement plus confortables qu'en 1962), mais aussi à des choix narratifs très précis: celui, en particulier, de fournir tous les points de vue, celui des alliés (comme le film de Spielberg) et celui des Allemands, ce que Private Ryan ne faisait pas du tout. On n'est pas dans la narration d'une guerre à travers chaque impact de balle, mais devant une tentative de recoller tous les morceaux d'une Histoire glorieuse, avant que le temps ne fasse un peu trop son oeuvre, tout en laissant libre cours à une évocation balisée des images d'Epinal: le soldat coincé sur un clocher à Ste-Mère-Eglise, les bottes à l'envers, Fernand Ledoux qui saute de joie à l'annonce du débarquement, malgré les bombes qui détruisent sa maison, ou encore le jeu autour des significations de messages radiophoniques ("Blesse mon coeur d'une langueur monotone"). Et puis, l'officier Allemand qui décide de regarder depuis son bunker dans ses jumelles, une dernière fois avant de passer à autre chose, et qui voit des milliers de bateaux.

 

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Published by François Massarelli - dans Filmouth
28 avril 2022 4 28 /04 /avril /2022 06:41

Nous assistons à la naissance du procédé Cinerama: un prologue (en format 1:33:1 standard) retrace l'évolution de la représentation du mouvement, principalement dans la photographie puis le cinéma, et aboutit à la création du nouveau procédé: l'écran s'élargit, le son se spatialise... S'ensuit une série de représentations: voyages, caméra embarquée sur des véhicules en mouvement, spectacles vus et entendus dans toute leur largeur, etc...

Le nom qui frappera le plus les esprits, au-delà par exemple de la famille Todd (dont le procédé Todd-Ao a été développé en parallèle) est Merian C. Cooper, ci-devant producteur et réalisateur à ses heures, notoirement en compagnie d'Ernest B. Shoedsack, et du coup heureux père d'un célèbre bambin bien poilu: avez-vous jamais entendu parler de... Kong?

Le film est une succession de démonstration par l'image, avec des moments qui ont sérieusement perdu de leur charme, en particulier ces extraits de spectacles pré-péplum, ou cette longue séquence qui nous fait entendre un choeur de Salt Lake City interprétant des extraits du Messie de Haendel... Le plus intéressant (au-delà de l'intérêt sociologique des données ethniques assez embarrassantes, puisque ce tour des Etats-Unis est 100% blanc) est bien sûr l'extraordinaire final qui est un survol magnifique sur triple écran des Etats-Unis.

On en prend plein les yeux, c'est l'idée: on ne m'empêchera pas de penser que c'est aussi une mise en abyme vertigineuse: un film qui s'abstient de raconter une histoire, mais se présente au public pour démontrer ce qu'il est.

 

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Published by François Massarelli - dans Cinerama Documentaire Merian Cooper Filmouth
18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 19:07

Curieux comme ce film pourtant situé fermement dans les milieux du cirque finit par épouser les contours reconnaissables du film musical... Mais c'est pourtant vrai que tout ici tourne autour d'un spectacle collectif à créer, des galères inévitables, des traîtrises, des alliances, des coups durs et des coups de théâtre, comme avant lui, disons, Footlight Parade, 42nd street ou The Bandwagon...

Au début du XXe siècle, Matt Masters (John Wayne) est l'heureux propriétaire d'un cirque western au succès phénoménal: il a décidé de tenter l'aventure d'une tournée Européenne, mais le bateau sombre à son arrivée à Barcelone. D'abord engagés dans une autre tournée, Masters et son équipe vont essayer de retourner à la base du cirque, en en créant un nouveau, spectaculaire, à la mode Européenne...

En même temps que ces péripéties, le film nous conte la difficile filiation d'une jeune enfant de la balle, Toni (Claudia Cardinale) dont le père serait mort, et la mère (Rita Hayworth) s'est enfuie. Matt, qui l'a élevée, en sait bien plus et cache des secrets...

C'est un film de pur plaisir, du plaisir familial de 1964, donc c'est d'une grande sagesse. Hathaway, qui a déjà dirigé les bagarres de John Wayne dans North to Alaska, se fait plaisir en remplissant très simplement son cahier des charges: du cirque, quelques larmes, des incidents et des numéros spectaculaires. Parmi les premiers on notera un naufrage inventif et un incendie gâché par des transparences coupables... Dire que ce film a eu une genèse troublée, avec Nicholas Ray, puis Frank Capra avant que Hathaway ne prenne le manche... Au final, un spectacle inoffensif, parfait pour les enfants... et le Cinerama.

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway Cinerama Filmouth
13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 17:57

En 1910, un aviateur a une idée: pour accompagner l'engouement mondial pour l'aviation, qui est encore un terrain d'exploration et d'expérimentation, pourquoi ne pas sponsoriser une course spectaculaire qui ferait appel à tous les as de ce sport... et à tous les passionnés, acharnés, et à ceux qui n'y arrivent pas encore. Les compétiteurs de tous pays arrivent pour être les premiers à joindre Paris par Londres, et avec eux tout un folklore...

C'est donc durant le turbulentes années 60 que ce film a été tourné, véritable modèle de ce que j'appelle les filmouths. des films opulents, excessifs, excentriques, entièrement taillés pour le grand écran (Cinemascope voire Cinerama), le son stéréophonique, et des programmes longs, avec prologue et entr'acte incorporés. Tout, on l'aura compris, pour faire concurrence à la télévision, donc, en fournissant spectacle familial, frissons et bonne humeur... Parmi les nombreux représentants d'un genre qui était dès son arrivée en voie d'extinction, on peut rappeler les films It's a mad, mad, mad world, The great escape, How the west was won, The wonderful world of the Brothers Grimm, The great race, Circus world, ou encore The sand pebbles. Et dans des catégories à part, The longest day (qui se payait le luxe d'être en noir et blanc) et Lawrence of Arabia, Dr Zhivago et Ryan's Daughter (tous les trois de David Lean).

Extrêmement bien fait tout en étant gentiment prévisible, accompli avec soin par un metteur en scène sans génie mais avec une technique irréprochable, et une pléiade d'acteurs qui se font plaisir tout en assurant le notre, le fait d'avoir situé l'action en 1910 permet une incursion dans un monde hautement esthétique, et c'est à rapprocher de l'excellent The great race de Blake Edwards, qui lui aussi raconte une course spectaculaire située à la même période...

Le film est l'occasion pour l'Angleterre de 1965 (largement aidée par les Etats-Unis du reste, c'est une production Fox) de se payer la fiole du monde qu'elle dominait alors: les Anglais accueillent donc la mort dans l'âme ceux qu'elle appelle avec tant de mépris les étrangers (foreigners), les Italiens, Français, Japonais, Prussiens, et Américains, et tout ce beau monde rivalise entre camaraderie et sales coups; les Français de Jean-Pierre Cassel ne ratent pas une occasion de se moquer du militarisme Germanique (l'officier qui doit concourir n'a jamais volé, mais ce n'est pas grave, il a le manuel d'instructions), mais le film ne rate jamais non plus une occasion de montrer Cassel trop occupé à séduire les femmes de tous pays (toutes sont interprétées par la même actrice) et qui par conséquent n'a aucune chance de gagner; les pompiers, menés par Benny Hill, vont avoir du pain sur la planche avant le départ, les aviateurs Anglais (James Fox) et Américains (Stuart Whitman) se disputent les faveurs de la fille (Sarah Miles) de l'organisateur de la course (Robert Morley) et enfin un noble Anglais très conservateur (Terry-Thomas) est obsédé par la victoire jusqu'à la tricherie...

A noter que ce spectacle sans risque mais pas sans intérêts a un titre à rallonge, une mode des années 60: Those magnificent men in their flying machines, or How I flew from London to Paris in 25 hours and 11 minutes. Ca fait bien pour un paragraphe, mais pour le titre de cet article, c'était un peu trop long...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Filmouth
12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 16:32

Les deux frères Grimm sont des gratte-papiers, dont la mission est de rendre compte aussi "fidèlement" que possible, c'est-à-dire en étant assez flatteurs, de l'histoire familiale de leurs commanditaires. L'un d'entre eux (Karl Boehm) est tout à cette mission, mais l'autre (Lawrence Harvey), d'ailleurs marié et père de deux enfants, fait tout ce qu'il peut pour colporter des histoires fantastiques pour les raconter à sa progéniture. Mais son comportement fantasque met l'entreprise familiale en danger, surtout quand il se décide à coucher sur papier les contes délirants qu'il a entendus, afin de ne pas les voir mourir...

Après plusieurs années à montrer au public des travelogues délirants et spectaculaires, la compagnie Cinerama s'est alliée à d'autres studios pour produire des films narratifs qui puissent être efficaces dans le médium de l'écran hyper-large. Cette production de George Pal est donc la première des deux collaborations entre la compagnie Cinerama et la MGM, l'autre étant How the west was won.

Là où l'évocation de la conquête de l'Ouest permettra une structure épisodique en cinq segments, le films de Pal est concentré sur l'histoire des deux frères, en utilisant bien sûr le prétexte des histoires qui sont racontées pour dévier vers des intrigues fantastiques: dans The dancing princess, il nous décrit la rencontre entre une princesse (Yvette Mimieux) qui aime à danser en cachette, et un bûcheron (Russ Tamblyn); un interlude animé nous raconte l'histoire d'un cordonnier aidé par des elfes, avec Harvey en cordonnier; enfin, Terry Thomas et Buddy Hackett se lancent à l'assaut d'un dragon animé dans The singing bone... Les trois contes sont réalisés par Pal, ancien animateur, et il est le producteur de l'ensemble, mais c'est Henry Levin qui a pris en charge la mise en scène des segments consacrés aux frères Grimm.

C'est... sage, très sage. On sent bien ici l'envie de se faire plaisir en utilisant les ressources spectaculaires du triple écran et du son, en particulier dans toutes les séquences faisant intervenir des véhicules; mais comme la MGM entend bien faire venir toute la famille dans les salles, tellement l'investissement a du être couteux, le public visé est d'abord et avant tout celui des enfants... Donc ça limite quand même le film, narrativement parlant. On critique beaucoup How the west was won, mais j'ai bien peur que ce film musical (aux chanson très dispensables) ne lui soit bien inférieur... Tout en ayant été restauré avec un soin particulièrement notable... Disons que c'est un spectacle approprié pour les nostalgiques du filmouth des années 60, cette espèce disparue de pâtisserie cinématographique...

 

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Published by François Massarelli - dans Cinerama George Pal Filmouth
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 10:09

Un musical tardif, qui a coulé la Universal ou presque, avec une star géniale en totale liberté qui se plie à une intrigue cousue main (même si elle vient d'un musical de Broadway) l'autorisant à toutes les extravagances, tout en étant empreint d'une authentique amertume... Ca sonne comme un OFNI, d'ailleurs ça l'est... C'est un film non seulement à voir, mais aussi à réévaluer. Comme je le disais, la chose n'a pas spécialement été un succès...

Charity Hope Valentine, avec son nom triplement significatif, a deux principales occupations: d'une part elle travaille en tant qu'hôtesse dans un bar à danser, où elle offre une peu de compagnonnage moyennant finances, à des clients désoeuvrés; d'autre part elle rêve du prince charmant: au moment où commence le film elle est en couple avec Charlie, un Italien ombrageux qui est aussi marié... Mais ça ne dure pas longtemps, car il lui pique son argent et la flanque à l'eau à Central Park. Elle se met donc en quête d'un prince charmant...

c'est une quête sentimentale qui va être opérée par une indécrottable sentimentale dans un monde en totale mutation: le bar où travaille Charity est montré en contraste aux bars et dancings de la jet-set, où Charity va suivre une rencontre de passage, l'acteur Vittorio Vitale (Ricardo Montalban): un prétexte gourmand pour Fosse de se moquer de la danse à la mode, dans un éblouissant ballet. Ayant rencontré un "type bien", Oscar (John McMartin), qui est surtout d'une fadeur, d'une pruderie et d'une niaiserie absolues, elle le suit dans une soirée religieuse, menée par Sammy Davis Junior avec des congrégants qui sont tous des hippies, et sinon elle doit faire face à son propre ratage, et ce jusqu'au bout du film...

Fosse a donc adapté un musical et en a complètement éclaté la dimension scénique, en libérant tout: dissociant parfois l'intrigue des numéros chantés, interrompant les chansons pour du dialogue ou le contraire, opérant d'incroyables digressions, toujours avec Shirley MacLaine en ligne de mire. Celle qui avait fait du base-ball à l'université et hésité devant une carrière dans le ballet, met son énergie au service du film, et l'excentricité profonde du projet lui sied parfaitement. La superbe musique de Cy Coleman (à mi-chemin entre le jazz et un commentaire ironique sur l'état de la pop en ces années post-psychédéliques) et la profonde ironie des paroles de Dorothy Fields font de Sweet Charity un film à nul autre pareil.

Je suis un peu plus mitigé sur certaines des idées novatrices voire iconoclastes de Fosse (dont c'était le premier film, et qui maîtrise de nombreux aspects au-delà de la chorégraphie): cette manie qu'il a de substituer des arrêts sur images, traités et appauvris, à des séquences en mouvement, est intéressante en soi mais finit par irriter. Et le dernier chapitre, celui dans lequel Charity glisse vers la réalisation de l'échec, est sans doute un peu long: le film est en cela un filmouth, film géant et pur produit des années 60, qu'on se rappelle les durées de My fair lady ou The sound of music... De même, le choix de Fosse pour une fin amère se justifie, mais elle reste quand même assez déroutante. Si l'amertume en est justifiée, la version "rose" alternative est en soi plus intéressante... Au regard du film, ces remarques ne sont pas grand chose: je le répète, il n'y a pas deux films comme celui-ci, qui mérite le coup d'oeil.

Ah, j'oubliais: on m'en voudrait probablement de ne pas mentionner que le musical de Broadway dont ce film est une adaptation était une variation sur Les Nuits de Cabiria de Fellini. Comme je ne supporte pas ce monsieur, ni son cinéma, je vais juste dire que personnellement je m'en fous. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Shirley MacLaine Bob Fosse Danse Filmouth
13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 09:21

Commençons si vous le voulez bien par une digression: The great escape ou La grande évasion comme on l'appelle ici, est un filmouth à mes yeux. Le filmouth, c'est un type de film quasi exclusif aux années 60, lorsque le cinéma, donc les salles, leurs exploitants, les studios qui fournissaient les films, et les auteurs eux-mêmes, se sont alliés autour d'un objectif: faire concurrence à la télévision, et le faire avec du spectacle. Des films qui ont le point commun d'être longs, très longs même (ce qui ne devrait gêner personne à l'heure du binge-watching, mais curieusement aujourd'hui dès qu'on parle d'un film, si on dit "il est long", tout de suite les gens baillent, ou pire: ils se font une opinion à la seule mention de l'adjectif), mais qui ne sont pas des peplums, ces derniers étant un genre à part: des films spectaculaires certes, qui ne peuvent pas être courts! Pas moyen de traiter Ben-Hur en 90 minutes, semble-t-il, ou de traiter du cas de Moïse  en moins de deux heures... Les filmouths sont donc aussi bien des films de guerre (The longest day), comédies musicales (My fair lady), fresques légères (Those magnificent men in their flying machines), fresques moins légères (Doctor Zhivago), westerns (How the west was won) et même comédies (It's a mad, mad, mad world, The great race). Ils font un usage sans retenue du Technicolor, certains expérimentent (stéréo, notamment) et se présentent le plus souvent comme des spectacles prêts à l'emploi, avec ouverture, entr'acte et exit music, ce qu'on appelle la présentation "road show". Bref, il s'agit de rappeler qu'ils sont avant tout du spectacle...

Et c'est sans doute pour ça que The great escape, film d'évasion qui présente l'un des possibles envers du décor de The longest day, chronique patiente et aussi exhaustive que possible des tentatives d'évasion d'un groupe d'officiers Anglais et Américains prisonniers en Allemagne, est un fleuron du genre. Parce que tout y est méthodiquement dévoué à préparer et accomplir le spectacle: c'est le Puy du fou sans la fausse histoire et la propagande d'extrême-droite, si vous pouvez imaginer ça. 

Je suppose que dans la genèse du film, The magnificent seven a beaucoup joué: après tout le principal apport de ce western, le seul point qui puisse être considéré comme un atout sur le film de Kurosawa, c'est dans les choix de casting. Là où Les sept samouraïs se consacrait surtout à la geste globale en se concentrant un peu plus clairement sur quatre des sept personnages principaux, Sturges choisissait de consacrer finalement le même effort à ses sept spécialistes, au risque d'apparaître un peu mécanique (et au risque de pousser l'un d'entre eux à tout faire pour se faire remarquer). The great escape sera donc un film envahi de personnages, et chacun des huit à dix Anglo-saxons les plus importants sont définis, chacun d'entre eux possède son arc narratif. 

le camp est dirigé par un soldat, le colonel Von Luger, qui semble répugner à dire "Heil Hitler"... Les Allemands du film, c'est un point important, sont des Allemands, pas des nazis: on retrouve la même préoccupation que celle de The longest day, de décrire une histoire en évacuant au maximum les tensions particulières liées à la situation idéologique spécifique de la seconde guerre mondiale. La Gestapo et la SS sont donc bien présents dans le film, mais surtout comme des menaces, et notamment un destin qui pend au nez de l'officier Bartlett, qui prend sur lui de diriger les manoeuvres d'évasion dans le camp, et se voit signifier sans détour que la prochaine tentative d'évasion lui vaudra le peloton d'exécution. Mais pour l'essentiel, le film partage avec La grande illusion, et avec Stalag 17, l'impression de surface, qu'être prisonnier de guerre est d'abord une sorte de compétition sportive assortie d'une obligation de s'évader...

Et c'est là que le film bénéficie grandement de la présence à la barre de John Sturges... Le metteur en scène a réussi à éviter tous les écueils, en donnant à ce camp qu'on découvre avec l'arrivée de tous les prisonniers importants une lisibilité permanente. Et l'intrigue dose savamment les parcours des uns, permettant à chacun de se faire remarquer, sans pour autant voler la vedette à qui que ce soit, car... il y a Steve McQueen! C'est quand même lui qui a tout fait pour qu'on ne voie que lui dans The magnificent seven, et qui y est quasiment parvenu avec subtilité: un tour de force! En lui confiant le rôle de la forte tête qui passe le plus clair de son temps au trou, Sturges a résolu la quadrature du cercle...

Et tant qu'à faire, le metteur en scène a repris pour son nouveau film James Coburn et Charles Bronson, des acteurs chevronnés qui n'ont pas leur pareil pour composer des personnages à partir d'un rien. Une tendance qu'on retrouve dans le reste du casting, dominé par les acteurs Britanniques. James Donald, David McCallum et surtout Richard Attenborough sont ceux qu'on remarque le plus... Une fois que tous ces hommes se sont donné une mission, s'évader, que les rôles ont été distribués, chacun sa fonction, que le ton est donné, le film marche tout seul.

Jusqu'à l'évasion elle-même, modèle de précision et de suspense... Après avoir cantonné ses prisonniers et son public dans le camp, Sturges étend l'univers du film au gré des histoires de chaque évadé, détaillées devant nous, et c'est là que le film rejoint l'Histoire, et nous rappelle qu'il n'est pas la Grande vadrouille: car si s'évader est distrayant, ça oui, en face, on a la gâchette facile, et on verra que la plupart de ces évasions (qui sont généralement inspirées de parcours réels) sont vouées à l'échec. Mais que voulez-vous, un camp de prisonniers, disait Fresnay à Stroheim dans La Grande Illusion, c'est fait pour s'évader... James Donald, en officier supérieur Anglais, rétorque ici à on homologue Allemand que c'est même le devoir solennel de chaque officier de s'évader. Mais la dernière heure du film consacre justement le destin de ces hommes au-delà du folklore, et avec une incroyable économie de moyens, nous rappelle avec dignité que les enjeux de cette guerre contre la barbarie étaient sans doute bien plus importants que le geste sportif de s'évader. La petite histoire rejoint même à sa façon la grande, comme dans ce moment qui nous montre la rencontre d'un de ces évadés (James Coburn) avec la Résistance Française... Et c'est ce qui permet à ce filmouth qui aurait pu tourner à l'exercice boursouflé, qui accomplit l'exploit de drainer encore les foules quand il est montré à la télévision, d'atteindre une vraie réussite.

 

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Published by François Massarelli - dans John Sturges Filmouth
19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 17:00

Au début du XIXe siècle, à l'université de Yale, un visiteur Hawaiien plaide pour la venue de missionnaires dans son archipel afin d'y aider l'implantation de la foi rigoriste, et l'avancée de la population. De jeunes idéalistes, étudiants en théologie, décodent de franchir le pas, mais Abner Hale (Max Von Sydow), l'un des plus zélés, apprend qu'il lui faudra être marié, sinon la promiscuité de toutes les jeunes Hawaiiennes pourrait lui être fatale. On lui trouve assez rapidement une candidate idéale, en la personne de Jerusha Bromley (Julie Andrews), une jeune femme de la bonne société de Nouvelle Angleterre; chrétienne, ça oui, jeune, quoique à 22 ans il est temps qu'elle se marie; mais surtout romantique à souhait, elle a d'ailleurs eu une histoire d'amour qui ne s'est jamais résolue dans le passé...

Les deux jeunes mariés partent donc pour leur nouveau monde, et dès le trajet en bateau on ne tarde pas à constater qu'Abner Hale est investi d'une mission d'évangélisation... permanente, et d'une ouverture d'esprit absolument réduite à zéro. La confrontation avec la culture Hawaiienne tournera vite à un choc de civilisations...

Ce très gros film de 1966 a l'étrange réputation d'être un échec commercial cinglant, mais il ne l'était pas, pas du tout même. Sans doute a-t-il fait moins sensation que The sound of music, l'année précédente, ou que Bonnie and Clyde l'année suivante! George Roy Hill, solide metteur en scène (c'est de famille), a soigné sa copie, qui nécessite une grande dose d'ironie pour être pleinement appréciée; en particulier, alors que le film fait partie de cette catégorie de longs métrages excessifs que j'ai baptisés les Filmouths des années 60, il réussit à développer des personnages en contrepoint de la massivité de la production. Dans l'ensemble, ce film à la durée épique est surtout une charge mordante contre l'obsession d'évangéliser, la bigoterie, l'ethnocentrisme et autres sales manies. Il est vrai que cette confrontation entre un prêtre Calviniste plus sec que possible (il se rend malade à l'idée qu'il a avoué son amour à son épouse et se dit qu'il n'aura pas assez du reste de sa vie pour rendre des comptes à Dieu!) et les moeurs, disons, relâchées, de la Polynésie, est parfois du plus haut comique. Le véritable personnage central du film est donc Jerusha , compréhensive, humaine, et jamais effrayée de donner son amour.

A ce titre, le duo qu'elle forme avec Ali I'Nui (Jocelyne LaGarde), véritable cheffe de l'île donne tout son sel au film, dans de nombreuses scènes: les manières d'Ali I'Nui (qui par son choix, est mariée à son propre frère) provoquent le pasteur, qui vitupère et hurle les insanités d'usage ("Satan", "pêché mortel", "morale" et toutes les autres stupidités du même genre), pendant que Jerusha trouve, TOUJOURS, une issue médiane... Le film ne manque pas non plus de scènes dramatiques, mais il souffre probablement d'être un peu trop long, avec pour seuls moments spectaculaires les tempêtes et autres orages qui se déclenchent toujours à un moment opportun, et en deviennent autant de coïncidences troublantes. Et l'idylle entre Jerusha et la marin (Richard Harris) qu'elle retrouve à des kilomètres de son village natal a un gentil goût de grand n'importe quoi.

Reste un film sympathique, prenant pas moments, qui montre plus de compassion et de compréhension pour un peuple qui n'en finit pas d'être agressé par les tenants de la civilisation chrétienne qui vient les rhabiller et leur dire qu'ils sont tous pourris (littéralement), que pour les missionnaires qui sont venus les rhabiller et les dépouiller de leurs coutumes. Et puis si on veut voir Max Von Sydow dans un grand numéro d'excès, c'est ici! Par contre, Julie Andrews, comme d'habitude, est parfaite. A l'impossible, nul n'est tenu: personne ne lui demanderait donc d'être mauvaise ou médiocre.

 

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Published by François Massarelli - dans Julie Andrews Filmouth
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 18:41

Je ne pense pas que Lean ait conçu ce film comme un baroud d'honneur, un monumental anachronisme à l'époque de l'amour libre et de la contestation anti-Vietnam... Et pourtant, les critiques qui lui sont tombés dessus ne l'ont pas épargné: comme si le succès phénoménal des trois films qui avaient précédé (Kwai, Lawrence, Zhivago) devait impérativement être expié. Mais le temps n'a pas été beaucoup plus tendre avec ce qui devrait être considéré comme un classique, ne serait-ce qu'en raison de son appartenance à l'oeuvre d'un maître. 

L'intrigue est simple, mais surtout ressemble de façon troublante à Mme Bovary. C'est absolument intentionnel... La transposition en Irlande de l'Ouest, en pleine première guerre mondiale (et donc en pleine occupation britannique du pays) a posé un nombre conséquent de problèmes: liés, essentiellement, au temps particulièrement capricieux, mais aussi au fait que les lieux étaient éloignés de tout et en rendaient pas la communication avec la MGM très facile!

Sur la péninsule de Dingle, la vie est organisée entre le village et la mer. Tom Ryan (Leo McKern) est le propriétaire du seul pub de la région, et il apprécie particulièrement cette position centrale. Les Anglais sont présents, un camp de soldats est situé en bordure du village, dont les habitants ne manquent pas une occasion de manifester leur hostilité. Rosy Ryan (Sarah Miles), la fille de Tom, est une jeune femme fantasque et sentimentale, qui rêve de passion et d'absolu, en s'imaginant devenir l'épouse de Charles Shaughnessy (Robert Mitchum), l'instituteur qui s'élève clairement au-dessus du village. En tout cas, elle souhaite clairement sortir d'une enfance qui a été marquée par une certaine complicité avec Michael (John Mills), l'idiot du village. Celui-ci n'est pas prêt à comprendre pourquoi celle qu'il transportait sur son dos dix années auparavant lui refuse de se laisser approcher aujourd'hui... Charles et Rosy vont se marier, mais ce qui aurait été une perspective de bonheur à la fin d'un film, ressemble plutôt à un désenchantement sordide au début... Non que Shaughnessy soit un mauvais bougre... c'est juste qu'en termes mesurés, Rosy veut de la passion, de la vraie, pas un brave homme qui la borde avant les rapports... 

Deux hommes vont arriver au village, qui vont avoir un impact singulier: Tim O'Leary (Barry Foster), chef local et légendaire des Républicains, qui va essayer de profiter de la situation géographique particulière du lieu, pour y passer des armes; et le Major Doryan (Christopher Jones), nouveau commandant de la base militaire, blessé en France. La rencontre entre le beau héros ennemi et la jeune femme en mal de passion ne va pas passer inaperçu. Du travail en perspective pour le père Hugh (Trevor Howard), le curé de la région...

C'est irrésistible: non seulement Lean a donné la pleine mesure à sa peinture d'un amour qui emporte tout sur son passage (Et se résout dans deux scènes d'amour physique assez franches, et qui sont assumées avec aplomb par Sarah Miles), mais il le fait sans négliger de nous livrer un contexte tumultueux. Je pense sincèrement qu'à ce niveau, Ryan's Daughter a plus d'efficacité que Dr Zhivago qui finissait par se perdre et perdre ses spectateurs dans le lyrisme. Ici, on ne perd jamais la situation de vue... Et on en prend plein les yeux: les paysages choisis (Irlande, bien sûr, mais aussi Afrique du Sud, car le temps y était plus gérable), l'écran large, le choix de tourner en 65mm, et bien sur LA scène spectaculaire par excellence: une tempête homérique...

Lean s'amuse même à s'auto-citer avec subtilité, comme lorsqu'il fait jouer son Major Anglais (Christopher Jones, au fait, sans doute l'acteur le plus faible du film... mais au moins on a échappé à Brando!) avec des Allumettes à la façon de Lawrence! Et il nous livre dans une séquence d'imagination de Charles (Quant il visualise ce qu'a pu être la rencontre de Rosy et Doryan sur une plage) un hommage au cinéma d'antan, à travers une composition très 1910! Enfin il retrouve l'inspiration de Kwai, dans la scène de passion sensuelle entre Rosy et son amant, située en pleine nature en fête!

Alors, pourquoi bouder son plaisir? C'est qu'en 1970, des étudiants échauffés à la politique, des cinéphiles attirés par des révolutions formelles, des spectateurs blasés en mal d'expériences et de performance, n'avaient sans doute pas envie de rester 190 minutes en compagnie d'un film à l'ancienne, avec une histoire d'amour vouée à l'échec... Reste que le film s'inscrit dans la mémoire, et y restera longtemps. Il est regrettable que ce soit à cause de Ryan's daughter que Lean a été obligé de rester à l'écart des studios durant quatorze ans, d'une part, et qu'il ait du ravaler ses ambitions pour son film suivant, et ultime. Mais en attendant, quelle fête pour les yeux...

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Filmouth
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 08:51

Oublions un instant l'énormité du film, son casting de luxe et le fait qu'il ait raflé un paquet d'Oscars. Concentrons-nous plutôt sur ce qui compte: Lawrence of Arabia est à la fois un point de départ, un aboutissement et une confirmation. Une oeuvre colossale certes, mais maîtrisée à 100 %, par un génie de la pellicule qui profite au maximum de ses nouveaux jouets (Décors sublimes, 70mm, carte blanche) tout en creusant un peu plus son sillon personnel: comme ses plus grands films, Lawrence est le récit d'un parcours en marge, d'une oeuvre paradoxale, en même temps que l'étude d'un dérapage humain plus grand que nature...

 

Un homme meurt dans un accident de moto, sur une petite route de campagne. T.E. Lawrence (Peter O'Toole) vient de mourir, et un journaliste se rend à la sortie du service funéraire, apostrophe quelques compagnons de route. Tous semblent se défiler. Ironiquement, seul un quelconque sous-fifre semble favorablement répondre à la requête du journaliste... s'ensuit un long flash-back, mais ce début est trompeur: on ne reviendra pas à ce moment posthume de tout le film, et il ne s'agira pas de juger la mémoire du héros, ni d'en cerner tous les contours. Le film est simplement le récit de l'arrivée de T. E. Lawrence en Arabie, de son coup de foudre extraordinaire pour le désert et ses modes de vie, mais aussi de sa découverte d'un penchant sanguinaire pour la violence, qui va s'exacerber dans une suite de batailles toutes plus violentes et hasardeuse les unes que le autres... Lawrence, vite surnommé "d'Arabie", va participer en 1916-1918 aux profonds bouleversements qui agitent le moyen-Orient, d'Aqaba à Damas, et va accomplir un travail gigantesque. il croyait pouvoir travailler pour l'unification des peuples Arabes, mais il va surtout faire le sale boulot pour la couronne Britannique...

 

Une fois de plus, Lean se penche sur un parcours en marge, sur un homme qui a une oeuvre à accomplir, même si elle n'est pas en tout point glorieuse. Il se livre à une narration chronologique, une fois passé le prologue, et à aucun moment ne jugera Lawrence. Pour ce qui est de ses 'supérieurs' (Un terme à prendre comme une certaine ironie, puisque Lawrence n'a que dédain pour la hiérarchie, et le prouve constamment), c'est autre chose: la façon dont le Roi Faiçal (Alec Guiness), le général Allenby (Jack Hawkins, qui dit au moins trois fois dans le film 'je ne fais pas de politique, Dieu merci', mais c'est un odieux mensonge) et le politicien incarné par Claude Rains s'assoient autour d'une table pour se partager le gateau apporté par Lawrence, fait l'objet d'un commentaire acerbe, mais ce n'est pas le héros qui le prononcera: Lawrence vient de sortir de l'Histoire pour entrer au musée...

On ne juge pas l'homme, pas plus qu'on ne jugeait chacun des quatre protagonistes de Bridge on the river Kwai, tous unis par le pont, et antagonistes par les motivations contradictoires; on ne jugera pas non plus Zhivago, qui lui a refusé de choisir face à l'histoire en marche, ou la Fille de Ryan lorsqu'elle trompera un mari trop compréhensif. Mais Lawrence se juge lui-même, et ne s'aime pas: l'une des clés du film reste bien sur ce moment où, après avoir tué un homme puis conduit à la mort un autre par erreur, il avoue qu'il a tué deux hommes, et il y a quelque chose qui ne lui a pas plu: c'est que tuer lui a procuré du plaisir... Cette découverte d'un instinct sanguinaire chez le héros du film contraste bien sur avec l'élégiaque dimension de la première partie, symbolisée par ces plans fascinés autant que fascinants, du soleil levant à l'horizon du désert, des caravanes filmées en grand angle, en 70mm, et cette magnifique propension contemplative qui a donné une réputation au film comme au cinéaste.

 

Non, donc, Lawrence n'est pas l'histoire d'un pacificateur, juste celle d'un homme qui restera privé jusqu'au bout, et qui aura fait des grandes (Et moins grandes) choses comme par accident, parce que l'impulsion ou les goûts d'un moment le lui permettaient. Et le film est une fois de plus pour David Lean l'occasion d'explorer certains contours de l'âme humaine autour d'un choix ou d'une série d'options (De Brief encounter à Passage to India, un thème récurrent de son oeuvre), et de pointer du doigt, d'une façon aussi humaine que possible, ce qui est bien l'expression d'une perversion: car la guerre, comme toujours, peut être pour tout humain la porte ouverte au pire.

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Published by François Massarelli - dans David Lean Filmouth