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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:43

Les premiers films de Borzage, ceux du moins qui ont été conservés, témoignent de la vitalité de sa vision du western, un genre auquel il souscrit dans tous ses développements (Villes sur la frontière, personnalités entre le bien et le mal, plus versées sur ce dernier, conditions précaires et éveil pionnier d'une conscience civilisatrice), mais auquel il ajoute une part toute personnelle: bien sur, les sentiments y ont leur place. Ce film dont la vedette est la cow-girl Texas Guinan, une actrice qui a tourné brièvement, mais uniquement des westerns, montre bien cet aspect...

Dans la ville de La mesa, située sur la Frontière, il y a bien un shérif, mais celle qui fait la pluie et le beau temps, c'est la patronne de The devil's kitchen, le saloon local. On l'appelle La tigresse, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle mérite son surnom... Mais l'arrivée de deux étrangers va bouleverser la ville, et chambouler sa reine: l'un d'entre eux, un pied-tendre comme on dit, surnommé "Le Bostonien", a été victime sur la route des méfaits du bandit local, "Le collectionneur", et du coup Le Bostonien décide de devenir adjoint au shérif. L'autre étranger, un homme élégant aussitôt surnommé The gent, devient l'amant de La tigresse, et ils échafaudent des plans d'avenir... Mais plus dure sera la chute.

On connaît Borzage en chantre de l'amour fou, celui qui soulève les montagnes, et transforme les hommes. Ici, il s'intéresse à l'amour comme facteur de civilisation, avec son héroïne qui devient de plus en plus 'respectable' au fur et à mesure de sa relation avec l'homme de sa vie. sauf que Borzage va également mettre en scène, plus tard, la tempête d'un amour déçu, et c'est là qu'on voit que pour la compagnie Triangle, Texas Guinan était un eu le pendant féminin des westerns de William Hart... Ca va donc canarder. Et c'est un petit bout de femme qui va sortir les armes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1918 Frank Borzage
3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 17:32

Le titre de ce film provient d'une réplique, entendue à deux reprises. Sans ambiguïté, il nuos annonce le retour de Frank Borzage dans son domaine, celui des sentiments, dont nous ne doutons pas un seul instant avec un titre pareil qu'ils seront exacerbés... C'est aussi un retour à l'onirisme, de la part de l'auteur d'une poignée de films qui transcendent allègrement les confinements des genres, en affichant des portes de sortie possibles vers le surnaturel dans un certain nombre de films, dont certains sont parmi les plus intéressants de sa filmographie: Humoresque, Seventh heaven, Strange cargo, et Smilin' through...

Leopold Goronoff (Leo Dorn) est un maestro, un artiste arrivé, pianiste admiré, chef d'orchestre impétueux et novateur, professeur exigeant... et en prime un être détestable, arrogant, imbu de lui-même et totalement irrationnel. Il doit sélectionner parmi plusieurs candidatures un ou une élève, et en lieu et place des habituels tâcherons du clavier, il découvre une perle rare: une jeune pianiste, fille d'un vieil ami à lui, Friedrich Hassman (Felix Bressart) qui a lui aussi voyage depuis l'Europe pour s'installer aux Etats-Unis, mais n'a pas eu beaucoup de chance. Goronoff se décide à prendre sous son aile Myra Hassman (Catherine McLeod), et à faire d'elle une authentique pianiste de concert. Myra va souffrir, et va développer pour son professeur erratique une authentique passion, mais il va aussi falloir le suivre (Prague, Madrif, Londres, Rio...) au gré de ses caprices, et... servir de pianiste d'ambiance pour ses conquêtes nombreuses. Enfin, va se poser un dilemme: que faire de l'ami George (Bill Carter), le confident, l'ami d'enfance, qui se meurt d'amour pour elle depuis toujours, mais... qui n'est pas Goronoff?

C'est pour la compagnie Republic que Borzage tourne ce film, en relative indépendance. L'idée de Herbert Yates, qui souhaite élever son tout petit studio en utilisant les services de metteurs en scène établis et de stars, est bien sur de confier cette tâche de mise en valeur à Frank Borzage, comme il le demandera à Ford en 1950. Mais Borzage en cette fin des années 40 est envahi par le doute, et va avoir les plus grandes difficultés à terminer ce film, changeant d'avis sur certains acteurs, occasionnant des nombres inquiétants de prises... le metteur en scène retravaille avec la couleur, ce qui n'est pas une première pour lui, mais il a des idées très établies, et en particulier voudrait pouvoir utiliser la palette la plus kitsch possible du procédé! Et il a confié le script à Borden Chase, qui s'en sort bien, mais... sous des dehors de comédie, de chronique artistique, de mélodrame et de film fantastique, I've always loved you est difficile à cerner: une partie des fans du cinéaste le rejette complètement, préférant pour cette époque le noir profond de Moonrise. D'autres vont plus loin en rejetant toute l'oeuvre de Borzage au-delà de The mortal storm. Mais certains ont tant d'affection pour ce film, qu'il leur paraît comme un des chefs d'oeuvres du metteur en scène!

Je pense en effet que c'est un film nuique pour commencer, avec lequel on traite à la fois de passion amoureuse, de passion musicale, et d'une façon jamais vue. Le film suggère un lien inattendu qui se forme entre le maître et l'élève, les condamnant à forcer l'autre à jouer, par le simple fait de décider de se mettre au clavier, à des kilomètres de distance... Mais Borzage le suggère, sans jamais le souligner, permettant à ses personnages de vivre leur étrange expérience. Il savait depuis longtemps donner aux sentiments une coloration sacrée, et ne s'est pas privé ici, rappelant l'importance des serments, des objets de substitution aussi: rejoignant les nombreux personnages du réalisateur qui ont eu un mariage de pacotille en attendant le vrai, George, en voyant partir Myra pour faire le tour du monde avec Goronoff, lui donne une bague qu'il a bricolée. Cette bague nous annonce le lien futur entre les deux, mais servira aussi (Sacrilège!à la jeune femme pour faire croire qu'elle est mariée à son professeur lorsque certaines des maîtresses de celui-ci se feront trop insistantes... Car tout l'enjeu de ce film, n'est pas tant de déterminer si Myra a une authentique passion pour son professeur, c'est plus pour George de faire valoir son amour auprès de sa future épouse... 

Borzage utilise le Technicolor avec une vision très personnelle, poussant souvent es tons autour de la sacralisation de l'acte de représentation musicale. Quand Goronoff reçoit des femmes, impossible pour nous de ne pas voir au fond du champ, la "niche" dorée dans laquelle Myra joue, en colère, pour que son professeur séduise d'autres femmes... Et puis en plus de la couleur, bien sur, Borzage utilise la matière musicale même: il a confié à Arthur Rubinstein le soin d'enregistrer les parties fougueuses de piano (Dont plusieurs interprétations du 2e concerto de Rachmaninoff, le fil rouge du film), mais Catherine McLeod est souvent filmé à même le clavier, et si il est évident qu'elle ne joue pas vraiment, elle est plausible du début à la fin, dans ses gestes, la position de ses doigts, le jeu du corps... On comprend dans ce cas le nombre de prises. Et il réussit aussi à mettre en scène les deux concerts auxquels va participer Myra, qui vont être l'un et l'autre révélateurs du trouble de ses sentiments.

C'est amusant de voir que l'intrigue de ce film sera recyclée dans le film suivant, The magnificent doll, mais sans musique, ni la moindre option surnaturelle! Car les deux films sont vraiment différents: celui-ci est déraisonnable, excessif, passionné... les qualificatifs ne manquent évidemment pas, et tous vont dans le même sens: ce film n'est pas ordinaire, et vous plonge dans un univers de sentiments, dont la musique devient le passeur. On se souvient de Chico qui communiquait à distance avec Diane dans Seventh heaven par-delà la guerre, ici, la communication prend une autre tournure, mais elle reste bien fascinante, dans un film qu'on rangerait volontiers pas très loin de certaines oeuvres de Michael Powell. Rien que ça.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 15:08

En choisissant de situer son film au tout début de l'histoire de la démocratie Américaine, Frank Borzage transporte sa thématique favorite, celle de l'amour qui transcende tout, sur un terrain politique, où on ne l'attend vraiment pas. Non que le metteur en scène soit hostile à la politique, bien sur, certains de ses films l'ont vu mettre en valeur des choix personnels évidents, à l'époque de la montée des périls: Little man, what now?, No greater glory, Three comrades ou bien sur The mortal storm étaient, chacun à sa façon, des films engagés. Mais l'engagement ici, ma foi, ne s'impose pas outre mesure, il n'y a plus d'urgence absolue comme il pouvait y en avoir une à l'aube de la guerre.

car le film se passe entre 1785 et 1804, essentiellement: Dolley Paine (Ginger Rogers), fille d'un révolutionnaire quaker qui a retrouvé la foi après une bataille, va devoir se marier selon le voeu de son père à un autre quaker. elle ne le souhaite pas, mais finit par aprécier son mari. Hélas, il meurt des suites de la fièvre jaune. Devenue veuve, elle tient une pension de famille à la capitale, Philadelphie, dans laquelle viennent vivre des membres du congrès. Parmi eux, deux futurs poids lourds de la politique, qui seront l'un et l'autre candidats à la présidentielle: Aaron Burr (David Niven), un ambitieux persuadé de son destin, et James Madison (Burgess Meredith), un pragmatique doux et effacé. L'un et l'autre seront amoureux d ela même femme. Un seul aura sa main, et un seul sera président...

Ginger Rogers chez Borzage, évidemment, ça fait bizarre... mais c'est encore plus étrange de la voir en dame du début du XIXe siècle: que ce soit par son jeu, sa personnalité, ses vêtements, rien ne nous convainc. et si le film, Borzage oblige, se situe bien au niveau des sentiments, c'est encombré d'une comparaison balourde et symbolique entre Dolley, la muse des politiques, et le destin présidentiel... Bien sur, le film a au moins l'avantage de nous amener à revivre une période rarement utilisée dans les films, celle des débuts de la république, mais ça reste anecodtique.

Heureusement,le contraste entre David Niven, flamboyant, passionné, et un rien excessif (Son personnage s'y voit en Napoléon des Etats-Unis, rien que ça... mais c'était la vérité historique!), et la douceur humaine de Burgess Meredith, nous permet de bien comprendre le message sur les choix salutaires que la jeune Amérique a su faire en son temps. Le message est donc essentiellement patriotique, bien relayé par cette bonne vieille Républicaine que Ginger rogers a toujours été toute sa vie.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 12:51

Strange Cargo est un film bien embarrassant, qui semble par bien des aspects faire l'unanimité contre lui, zélateurs comme détracteurs de Frank Borzage s'entendant pour dénoncer une œuvre qui met forcément mal à l'aise, par son approche du fait religieux notamment. Pire, il a osé mêler de façon provocatrice le religieux et le sensuel, à travers une idylle sans fards qui s'exprime à travers les personnages de Clark Gable et de Joan Crawford, et dans le cadre pourtant ultra-sécurisé d'un film MGM ! Les ligues de religieux, catholiques puritains et fanatiques de toutes obédiences se sont rués sur le film pour en demander l'interdiction, et on en viendrait presque à les comprendre, du moins à comprendre, si on s'amuse à adopter leur point de vue, qu'ils l'aient demandé : l'histoire, après tout, est celle d'un groupe de bagnards évadés de Cayenne qui ont emmené une femme, Julie (Joan Crawford) parmi eux, celle-ci cherchant à quitter la spirale de la prostitution et passer aux Etst-Unis ; l'un des bagnards, l'individualiste Verne (Clark Gable) tente tous les travaux d'approche possibles pour séduire Julie, et va parvenir à ses fins dans l'intimité créée entre les deux sur un petit  bateau à bord duquel les prisonniers vont finir leur périple...

 

A cette histoire sordide de rapprochement sensuel, Borzage ajoute ici un étonnant personnage, celui de Cambreau (Ian Hunter) , un bagnard qui semble venir de nulle part et se greffer sur les héros avant même leur évasion : après une sortie, Verne manque à l'appel des prisonniers, mais Cambreau est là pour compléter le nombre de 36 bagnards, permettant à Verne, de son coté, de prendre son temps dans une virée à l'extérieur, qui lui permettra de voir Julie. Puis Cambreau s'immisce dans les projets d'évasion d'un petit groupe, et va non seulement les aider en tout, mais également maintenir le moral des troupes, allant jusqu'à assister chaque homme mourant... Tous, y compris le cynique Hessler, un tueur de veuves à la Landru (Paul Lukas), s'accordent à reconnaître, voire admirer le dévouement presque surhumain de Cambreau, sauf Verne, que les manières trop polies, le laconisme et le recours à la bible de Cambreau agacent...

 

Borzage pose ici la question, à partir du personnage de Cambreau (Une performance énigmatique et comme toujours magnifiquement suggérée plutôt que jouée par Ian Hunter) de l'irruption du divin dans une entreprise privée, qui va accompagner le périple d'un groupe d'hommes certes, mais surtout accompagner Verne (Et Julie) jusqu'à la réalisation de leur amour, de leur nécessité de rédemption et pour Verne de l'importance de s'ouvrir aux autres, et de ne pas ses contenter de tout faire pour soi, mais bien de tendre la main aussi. C'est traité de façon à la fois subtile, les mots qui fâchent n'étant jamais trop clairement prononcés (Gable s'arrête avant de prononcer une phrase qui va lui faire comprendre la situation, en disant à Cambreau sur le point de se noyer, « On est tous Dieu, je suis Dieu, toi aussi, tu es... Il s'arrête, comprend, et sauve l'autre homme)...

 

Après il faut voir à choisir son camp : accepter d'avaler cette histoire de religion adaptée à un homme et un seul, et se régaler une fois de plus de l'irruption du divin dans l'amour, ou de la sensualité dans le religieux. Ce qui compte c'est que grâce à l'intervention inattendue d'un homme, Verne et Julie puissent enfin avancer en assumant ce qui est incontournable, leur amour... Soit on constate que cette fois, le cinéaste a été un cran trop loin dans la représentation d'une idée un peu folle, qu'il n'a pas su forcément mélanger aussi bien le profane et le sacré, et d'ailleurs le sacré tout en étant traité avec respect, est ici un peu trop appuyé dans le geste peu discret du plan de Victor Varconi qui se signe avant de prendre congé de Cambreau. Mais l'aventure de ces bagnards évadés, dans une Guyane poisseuse, ces personnages bien campés, avec Peter Lorre en mouchard corrompu jusqu'à la moelle, et Joan Crawford sommée de jouer sans maquillage, les aspects séduisants ne manquent pas dans ce qui reste un objet filmique non classable...

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 10:05

C'est en plein milieu de son contrat avec la MGM que Borzage a été prêté à la Paramount pour tourner ce film, adapté d'un roman à succès, et qui porte en lui tellement de touches proches du metteur en scène qu'on voit mal comment un autre s'en serait tiré; pour tout dire, la dernière phrase prononcée est "I guess you could call it a... miracle." Le film se situe en effet au milieu d'un combat cher à l'auteur: le conflit entre le devoir, incarné par le travail de l'homme (Ici, un médecin) et l'appel irrésistible de l'amour fou: John Beaven (John Howard) est un étudiant en médecine, qui durant ses études va affronter un redoutable démon, le dr Forster (Akim Tamiroff), un vieux grincheiux génial mais misanthrope et aux vues austères. Acquis aux principes de son mentor, qui n'envisage la médecine que comme un abandon total de soi, il devient un excellent médecin; il est amené à rencontrer une jeune femme, Audrey HIlton (Dorothy Lamour) d'origine Américaine mais élevée en Chine; ils tombent amoureux, et Forster de peur de perdre son meilleur assistant, les sépare en éloignant la jeune femme...

 

Souvent démonstratif, le film tranche sur la production contemporaine de Borzage, nettement plus ancrée dans la réalité (Big City, Three comrades); une certaine tendance au dialogue excessif, aux éditoriaux clamés par un Akim Tamiroff qui fait parfois penser à une imitation de Edward G. Robinson peuvent irriter; reste que Disputed passage est une nouvelle fois un film dans lequel Borzage donne à voir un conflit intérieur... John Howard est tout à fait acceptable en médecin ambitieux pris au piège de ses propres renoncements, et le dernier acte est du Borzage typique: venu en chine pour rechercher la femme qu'il aime encore, le docteur Beaven sauve des vies au risque de perdre la scienne, jusqu'à un point qui a failli être de non-retour; seule l'intervention du Dr Forster le sauvera. Ces séquences se situent dans un hopital de fortune, sous un bombardement: fidèle à sa conviction et son horreur de la guerre, Borzage a réussi à l'évoquer, en pleine coeur d'un conflit, sans la montrer. Et c'est au pied d'un lit dans lequel un homme risque de mourir que la vérité semble se révéler aux yeux du vieux misanthrope, grâce à l'amour d'une femme.

 

Finalement, on devrait être assez satisfait de ce film, qui porte en lui le délire propre à ces situations typiques des films du metteur en scène. Après tout le film est moins exagéré que par exemple Strange cargo... Mais il y a dans ce film un je-ne-sais-quoi d'irritant, un côté "soap opera" excessif et pesant, comme si le metteur en scène se caricaturait lui-même; et en plus l' interprétation de Dorothy Lamour est embarrassante: elle est absolument ridicule en fausse Chinoise...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 14:01

Le meilleur film de la période MGM de Borzage est un nouveau retour, trois ans après Three comrades, sur le nazisme, au même titre que les films visionnaires qu'étaient Little man, what now? et No greater glory. C'est donc un courant profond de l'oeuvre du cinéaste, qui va ici opérer une synthèse entre ces cris d'alarme anti-fascistes, et son thème de l'amour sublime exploré dans la plupart de ses films. On peut aujourd'hui, dans un premier temps, être un peu dérouté par un film anti-nazi qui semble se situer à une distance un peu embarrassante de la vérité, dont l'intrigue se déroule par exemple dans une ville jamais nommée, dont le camp de concentration n'est semble-t-il qu'une sorte de variation musclée d'un ensemble carcéral, ou qui évite de placer dans la bouche des protagonistes le mot "juif", mais il faut se rappeler du fait qu'en 1940 (Le film est sorti en Juin, soit au moment de la reddition des Français, et donc 18 mois avant Pearl Harbor) il fallait un certain courage à un studio Américain pour s'attaquer à une dénonciation du nazisme. De plus, l'appromximation de la peinture d'un camp de concentration s'explique par le fait qu'on ne pouvait pas à cette époque savoir ce qu'on allait trouver cinq ans plus tard après l'intervention alliée.

Allemagne, 1933: on fête l'anniversaire du professeur Victor Roth (Henry Morgan). Universitaire renommé, il célèbre ses 60 ans en famille, auprès de son épouse, des deux grands fils de celle-ci issus d'un premier mariage, de leurs enfants Freya (Margaret Sullavan) et Rudi, et de deux amis proches, étudiants et soupirants de Freya, Martin Breitner (James Stewart) et Fritz Marberg (Robert Young). Tout le monde s'accorde à exprimer une affection sans bornes pour le veil enseignant, mais le repas est interrompu par une nouvelle fâcheuse: on apprend la nomination par Hindenburg du chancelier Hitler. Les avis sont partagés, et l'anniversaire gâché par les débats qui deviennent vite passionnés: d'un côté, les jeunes hommes, à l'exception de Martin, sont enthousiastes à l'idée de l'arrivée des nazis au pouvoir; de l'autre, M. et Mme Roth, leur fille Freya, et Martin sont inquiets: Martin se préoccuppe du devenir des libertés individuelles en Allemagne, et les autres font face à l'inévitable: M. Roth, comme ses enfants Rudi et Freya, est "non-Aryen"... Bien que les jeunes nazis les rassurent dans l'immédiat, les choses ne tardent pas à se précipiter, et l'Allemagne plonge dans le tourbillon totalitaire, dans lequel il faut choisir son camp; la famille sera divisée, Martin qui refuse d'adhérer au parti devient un ennemi déclaré du fascisme, et le professeur Roth ne tardera pas à être arrêté et inetrné dans un camp de concentration... Durant ces évènements, Freya et martin se rapprochent, mais combien de temps pourront-ils résister à la "tempête" du nazisme?

 

Tout réalisme absolument authentique étant finalement impossible dans les conditions de tournage (Avec l'impossibilité d'utiliser le mot "juif", par exemple, et en l'absence de documentation réelle sur certains détails de la vie contemporaine en Allemagne), Borzage et la production ont donc opté pour un style semi-allégorique, qui sied toujours aussi bien au cinéaste. Le film, pourtant, commence quasiment au moment ou se termine le très beau Three comrades, et nous livre une suite potentielle de l'hitsoire, dans laquelle le concept d'amitié indéfectible qui liait les héros du film précédent, jusqu'au-delà de la mort, est ici mis à mal: au début de The mortal storm, tous se jurent fidélité et amitié, mais certains vont mourir, et d'autres seront bannis par certains de leurs "amis". Tout en se réfugiant derrière cette tendance au symbolisme, le film nous montre de façon assez directe les mécanismes des nazis, depuis l'instauration d'un parti, jusqu'à l'exclusion physique des êtres, en passant par le choix clair d'un camp ("Tu es avec nous ou contre nous"), et bien sur les autodafés, les intimidations, la terreur et la torture. Le mal, incarné par des jeunes garçons (Robert Young, mais aussi Robert Stack et William T. Orr), s'installe d'autant plus vicieusement qu'il est accueilli à bras ouvert par beaucoup. Mais l'un des atouts majeurs de cette production qui visait assez ouvertement le public Américain est de laisser deux icones incarner les idéaux démocratiques: Freya est la seule des jeunes adultes de la famille Roth à avoir compris de quelle façon le piège totalitaire allait se refermer sur ses proches, quelle que soit leur opinion ou leur position face au nazisme, et Martin est ici de par ses propos même une personnification des idéaux démocratiques de l'Amérique, tolérante et généreuse...

 

Le film joue beaucoup sur l'indignation du spectateur, depuis le parallèle effectué entre une célébration d'anniversaire située au début qui nous fait presque croire assister à une comédie. Une porte s'ouvre, et la caméra s'engouffre avant le professeur roth dans un amphithéâtre bondé de gens qui ne sont là que pour chanter ses louanges. Le contraste est hallucinant avec une scène ultérieure, qui voit les rangs de l'amphithéâtre rempli de jeunes en uniforme nazi... Le comportement des frères et amis de Freya, qui discutent en assénant des stupidités antidémocratiques, voire sexistes, peut irriter par sa facilté, mais c'est d'une grande efficacité pour le cinéstae qui a besoin assez rapidement de montrer le sentiment d'insécurité des héros dans une Allemagne qui choisit désormais entre les êtres, et rejette ceux qu'elle n'a pas élus à coups de pierre, puis de fusil. Tout ce que Martin a envisagé deviendra vrai, hélas...

 

Du coup, en réservant à James Stewart et Margaret Sullavan le rôle des deux amoureux qui se découvrent, s'épaulent et tombent dans les bras l'un de l'autre comme on devient plus fort en résistant à la barbarie, il éclaire son motif de l'amour absolu entre deux êtres d'un jour nouveau. Bien sur, les deux jeunes vont se réfugier à lécart, comme souvent les amoureux des films du cinéastes, c'est donc dans la montagne, chez Martin et sa mère qu'ils vont trouver un équilibre; cela sera de courte durée, mais un geste important y aura lieu, qui renvoie à tant de simulacres de mariage: la mère de Martin les mariera avant de leur dire adieu, en utilisant une coupe symbolique. Une fois de plus, Borzage détourne la signification du mariage en une cérémonie privée, un choix de deux personnes devant Dieu, voire devant la notion même d'humanité menacée par tant de dangers: c'est par Freya et Martin que Borzage exprime dans ce film sa foi en l'homme, le seul échappatoire du film, devant les doutes éventuels des frères de Freya qui se sont engagés bille en tête dans le nazisme sans réfléchir que leur soeur Juive aurait à en pâtir. Plutôt qu'une réflexion sur l'imbécillité guerrière, intolérante, anti-démocratique ou totalitaire des nazis, le film se veut une réflexion qui incorpore une vraie note d'espoir, ce qui n'étiat pas facile dans la mesure ou tant de protagonistes n'iront pas jusqu'au bout... Mais Borzage croit aux miracles, il l'a déjà prouvé, et c'est à une sorte de conversion miraculeuse qu'assiste le spectateur, lorsqu'apprenant la mort de sa soeur exécutée par ses amis nazis, Otto Von Rohn (Robert Stack) se réjouit que Martin ait pu, lui, rejoindre l'Autriche, et rester libre... En dépit de toute l'indignation que ressentira le spectateur, le cinéaste affirme la prépondérance des idéaux incarnés par Martin, et c'est à un trop jeune homme tombé trop tôt dans les erreurs du nazisme, que revient le dernier mot. Que le metteur en scène ait été empêché d'utiliser des mots ou des notions trop claires, par des éléments de langages imbéciles ("Non-aryen", par exemple) importe peu, puisqu'il s'agit ici de sacraliser l'homme, le seul, pas les "races" (Qui de toute façon n'existent pas), les obédiences ou les différences. Comme le vieux Roth, professeur de physiologie qui affirme devant un parterre de nazis qu'il n'y a aucune différence entre du sang aryen et du sang non-aryen, Borzage situe son débat au sein de l'humanité, pas entre quelques factions que ce soit. En montrant les processus d'exclusion sans pour autant en désigner les victimes ("Non-Aryens" ou "pacifistes"), il ne les diminue pas, pas plus qu'il n'en minimise le danger...

 

Sorti au bon moment aux Etats-unis, à une époque durant laquelle on essayait de ménager Hitler à Hollywood, le film a du attendre avant d'être présenté au public Européen pour cause de guerre. Il est sorti en 1957 en Allemagne de l'Ouest, mais a du attendre encore plus longtemps avant de rencontrer le public Français. Peut-être a-t-on cru qu'il était obsolète en raison de son sujet... Si seulement!

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 11:58

Three comrades est l'un des films les plus connus et reconnus aujourd'hui sur l'ensemble de la carrière de Frank Borzage. C'est bien sur une conjonction exceptionnelle de talents, autour d'une oeuvre adaptée d'un roman de Erich Maria Remarque, l'auteur du déja très célébré A l'ouest, rien de nouveau. F. Scott Fitzgerald a participé au scénario, la production est signée de Joseph L. Mankiewicz, et la MGM a confié à Borzage le soin de diriger Robert Taylor, Franchot Tone, Robert Young et Margaret Sullavan, qui croise donc le chemin du metteur en scène pour une troisième fois... Et de tout cela va sortir un film superbe, qui reprend les réflexions de Borzage sur les lendemains de la première guerre mondiale en offrant une nouvelle vision des coulisses de la montée du nazisme, comme il l'avait fait en particulier dans son impressionnant drame No greater Glory. Mais cette fois-ci, Borzage n'est plus autant dans la métaphore, aussi subtile soit-elle: les armes se feront bientôt entendre en Europe, et le metteur en scène ajoute à sa diatribe anti-guerre un portrait de la vie de tous les jours dans un Berlin ou les factions d'idéologies contradictoires commencent à élever la voix les unes contre les autres, préparant la montée des nazis...

 

Pourtant l'essentiel du film se déroule à l'écart de la politique: trois soldats Allemands démobilisés profitent de leur retour à la vie civile pour se construire un avenir: ils ouvrent un atelier de réparations. Gottfried Lenz (Robert Young) est l'idéaliste de la bande, qui consacre un peu de son temps libre à l'activisme de gauche; Otto Koster (Franchot Tone) est le plus raisonnable des trois, celui qui incarne à plusieurs reprises le renoncement pragmatique (Lorsqu'il décide faire sauter son avion, compagnon d'infortune pendant la guerre, au début du film, par exemple), mais qui sait aussi prendre des décisions dangereuses par amitié (Venger un ami disparu, ou prendre le volant et battre des records de vitesse au péril de a vie pour sauver une jeune femme en danger); enfin Erich Lohkamp (Robert Taylor), désabusé au début du film, devient le plus rêveur, le plus optimiste: il est amoureux. En effet, les "trois camarades" ont rencontré une jeune femme, Patricia (Margaret Sullavan) protégée par un homme riche, Franz Brauer (Lionel Atwill) et dont les idées sont assez représentatives du type de fuite Nationaliste et revancharde  en avant qui amènera Hitler au pouvoir. Malgré la désapprobation de celui-ci, Patricia et Erich s'aiment, se marient (Un mariage de fortune, improvisé dans un café...)... mais Erich découvre bien vite ce que lui a caché sa jeune épouse, bien qu'elle l'ait révélé à Otto et Gottfried: elle est atteinte de tuberculose, et la situation empire...

 

Il y a urgence, nous dit le metteur en scène. Patricia, amie et confidente, amante d'un et presque des Trois Camarades, est une source de bonheur et de liberté bien fragile. Elle est la vie, comme nous le révèle un final magnifique qui reprend des éléments de la fin sublime de A farewell to arms, avec un même sacrifice... De leur côté, les "trois camarades" si complémentaires représentent un peu les trois facettes d'un seul et même homme, une sorte de jeune Allemand trahi par l'irruption d'une guerre dont il ne voulait pas, mais dans laquelle il a été amené à faire son devoir, par la montée des périls, ensuite, par le sentiment de perte des valeurs, de la sécurité, du bonheur, et bien sur par l'approche de la mort. Le film réussit à rester de façon remarquable dans une narration classique, en dépit de sa teneur allégorique, et on a envie d'applaudir lorsque deux des "trois camarades" s'en vont vers l'Amérique disent-ils, accompagnés des silhouettes de leurs amis disparus: inoubliable image...

L'Allemagne de 1920 est chez Borzage un avant-gout de celle qu'il montrera dans The mortal Storm quelques mois plus tard, ajoutant une nouvelle pierre à un édifice rare à Hollywood en ces années troubles: des films non seulement conscients du danger qui se tramait, mais en plus parfaitement admirables sur leur seul mérite cinématographique, avec ce dosage si subtil et si caractéristique des oeuvres de Borzage de peinture des inquiétudes associées à la poésie des amours vécues malgré tout: malgré la mort, malgré la haine, et malgré la guerre ou la tuberculose, amour incarné ici par une splendide Margaret Sullavan.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:23

La confusion des sentiments... Quand on y pense, à part lorsqu'un personnage (Crawford dans Mannequin, par exemple), hésite à se lancer dans les bras de l'amour ou d'une romance apparemment évidente, chez Borzage ce sujet n'est pas courant. Le couple, les amours partagées, sont généralement le fait de deux personnages qui prennent le devant de la scène et dont la réunion devient vite un enjeu inévitable et évident, et bien sur le centre du film. C'est ce qui me fait dire qu'avec ce nouveau film MGM, on est sans doute plus dans un univers proche du cinéaste, mais qui lui a été plus ou moins imposé. Il en a fait d'ailleurs un bien beau film, et a pu de fait travailler de nouveau avec deux actrices (Joan Crawford, Margaret Sullavan) avec lesquelles il lui avait été bénéfique de tourner, mais on est sans odute plus dans l'univers de Joan Crawford... Celle-ci interprète Olivia (De son vrai nom Maggie), une danseuse qui finit par accepter de se marier avec Henry, un riche fermier du Wisconsin. Il ramène sa femme chez lui, et un huis-clos va se jouer entre cinq personnages: Henry (Melvyn Douglas), conscient du fait que son épouse ne l'aime pas comme lui est amoureux; Olivia (Joan Crawford), embarrassée devant la difficulté de faire naitre en elle un amour pour Henry alors que son attirance pour le jeune frère David est évidente; David (Robert Young), marié à une amie d'enfance, et qui trouve en Olivia des désirs qu'il ne connaissait plus, Judy (Margaret sullavan), qui sait à quoi s'en tenir face aux sentiments de David, mais souhaite quand même aider sa nouvelle belle-soeur à s'intégrer, et enfin Anna (Fay Bainter), la grande soeur des deux garçons, qui couve ses frères, a fini par accepter Judy qui ne représentait pas un trop gros risque pour elle, mais voit d'un très mauvais oeil l'arrivée de l'intrigante Olivia...

 

Cette intrigue avec chassé-croisés amoureux se concentre donc plus ou moins sur les amours irrésisitibles mais contrariées de David et Olivia, par lesquelles le drame va se précipiter. Les situations sont parfois complexes, et ne permettent pas toujours la concentration sur ce qui est le vif du sujet dans l'univers de Borzage: ces sentiments qui conditionnent tout. malgré tout, on voit se dessiner une étrange intimité entre ces êtres, tous finalement seuls les uns avec les autres (En dépit de la présence de nombreux domestiques): autant entre maris et femmes qu'entre beau-frère et belle-soeur (Henry et Judy sont par exemple très complices). Et puis il y a la maison qu'Olivia réclame à Henry, symbole de son élévation sociale, mais qu'elle ne verra jamais complétée... Enfin, pour la première fois mais pas la dernière, Margaret Sullavan montre son sens du sacrifice! c'est peu, dans un film resserré qui a tout d'une adaptation théâtrale, mais les 76 minutes de ce divertissement de luxe sont un excellent moyen d'attendre, de la part de Borzage, les feux d'artifice futurs...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 18:44

Retournant à du matériau proche de ses préoccupations, le deuxième film de borzage pour MGM est superbe, illuminé par les prestations de ses deux stars, l'un comme l'autre des monstres sacrés: Spencer Tracy, avec lequel le réalisateur a déja fait trois films, et Joan Crawford qui retournera à deux reprises avec lui. Dès le point de départ, Mannequin s'installe en marge du rêve Américain, dans les quartiers les moins reluisants de new York, mais bien loin des rêves de Chico dans Seventh Heaven, ou des vagabonds de A Man's castle: pour Jessie (Joan Crawford), le rêve est au début du film plus l'unique moyen de tenir debout qu'un véritable espoir. Non qu'elle n'essaie de s'en sortir, ou qu'elle cesse d'y croire: chaque jour à l'usine est un acte de foi. Mais elle n'est pas aidée: son père est un bon à rien à moitié gâteux qui joue de temps à autre au tyran domestique, son frère un incapable militant, et qui se destine sans doute à faire son trou dans la pègre pour s'en sortir, et sa mère souffre le plus en silence possible, mais demande quand même régulièrement à sa fille l'argent qu'elle a gagné pour satisfaire aux caprices des deux hommes de la maison. Afin d'échapper à tout ça, Jessie se marie avec son petit ami Eddie, mais c'est une mauvaise idée, il est aussi feignant que les deux autres réunis.C'est dans ce contexte que Jessie rencontre un homme qui a tout: J. L. Hennessey (Spencer Tracy), un armateur qui a construit une entreprise qui fonctionne très bien, un patron qui a la confiance de ses employés. Il a tout, il est riche, mais à compter du jour de sa rencontre avec Jessie, il va vouloir ce qu'il n'a pas: la jeune femme, en effet, dont il a compris qu'elle était mal mariée, et qu'elle ne pouvait que finir avec lui...

 

Le metteur en scène s'est clairement passionné pour ses personnages, et l'histoire est filmée avec une immense conviction contagieuse, comme une comédie sans en être une. L'amour fluctuant de Jessie pour Eddie, celui plus difficile à définir qu'elle va progressivement ressentir pour John L,  sont des pistes à suivre sans effort pour le spectateur grâce à la grande aisance de Borzage avec non seulement la représentation des sentiments, mais également sa capacité à éveiller chez le spectateur des échos des sentiments des personnages: il suffit de voir Spencer Tracy ici pour comprendre que Jessie finira mariée avec lui et heureuse: travail d'acteurs, oui, mais aussi un savoir-faire inimitable en matière de mise en scène du sentiment amoureux...

 

Un aspect récurrent en particulier est ici traité de nouvelle façon, plus complexe qu'à l'accoutumée: Cette faculté qu'on certains personnages des films de Frank Borzage à agir en qualité de bonne fée, à la façon dont la marraine de Cendrillon lui met le bonheur clés en mains en créant les conditions de sa réalisation, se retrouve ici sur un personnage négatif, Eddie, qui entend profiter de l'affection qu'à J.L. Hennessey pour son épouse, et en profiter financièrement. La transformation (Citrouille en carosse dans Cendrillon) qu'Eddie propose à Jessie est de divorcer de lui, afin de se mettre en position de séduire Hennessey, et au final de lui prendre tout son argent de manière à ce que tous deux, Eddie et Jessie, en profitent. C'est, bien sur, inacceptable, mais cela va permettre un point positif: en entendant Eddie lui donner cette idée odieuse, Jessie réalise qu'elle ne peut pas l'aimer, et le quitte sans aucun regret. Mais Hennessey lui-même, obsédé par Jessie, fait tout pour qu'un jour elle se retrouve chez lui, et ce jour arrive à l'occasion d'une réception luxueuse... Mais ici, la bonne fée se confond évidemment avec le prince, puisque jessie a dansé avec lui lors de leur première rencontre. Enfin, Jessie elle-même y va de sa manipulation, en souhaitant quitter Hennessey alors que celui-ci est riche: elle entend lui prouver qu'elle ne l'a pas épousé pour son argent. Mais elle veille sur lui de bien d'autres façons, comme le prouve la très jolie fin, d'une grande délicatesse...

 

Autre allusion à la transformation de Cendrillon, l'accent mis sur les vêtements de Joan Crawford, dont par exemple le métier de chorus girl n'est capté que dans les coulisses: elle y est vue se changeant, passant d'un atour à l'autre. Et bien sur, quand elle devient mannequin, un défilé donne lieu à une scène de comédie durant laquelle le destin du couple Hennessey va se jouer: cette scène durant laquuelle la jeune femme est vue avec plusieurs toilettes différente tient lieu de bal pour Jessie et Hennessey, et c'est le point de départ de leur relation amoureuse...

 

 Le film est typique de la fin des années 30, pas très éloigné de Capra dans sa représentation d'une Amérique volontariste, dans laquelle ceux qui cessent d'y croire (la mère), ou qui se contentent de la facilité (Les hommes autour de Jessie) sont condamnés à la stagnation. Il faut perséverer, nous dit Borzage par le biais de l'exemple de Hennessey qui a réussi sans marcher sur personne, ou par l'exemple de Jessie qui ne va jamais baisser les bras et croire, surtout devenue enfin seule, à la possibilité de s'élever. Cette métaphore spaciale de l'élévation physique qui symbolise l'ascension sociale, est toujours aussi importante chez Borzage, qui joue avec les ascenseurs et les escaliers pour nous montrer le chemain, dès la première scène: Jessie rentre chez elle, et monte un escalier: elle est fatiguée, mais parvient enfin au sommet. Quel contraste avec la scène durant laquelle elle se rend chez Hennessey, mais tente de partir, alors que Tracy essaie de la retenir en bloquant l'ascenseur! Chez ce doux rêveur millionnaire, au passage, on constate qu'il a un peu réalisé l'ambition de Chico: il vit dans un magnifique appartement au sommet d'un building, ET il est riche...

 

Après un Big City en demi-teintes, Mannequin prouve que Borzage est chez lui à la MGM, qu'il n'a rien perdu et qu'il a de beaux films à faire: il ne s'en privera d'ailleurs pas...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 17:00

Pour démarrer son contrat avec la MGM, Borzage commence par un film atypique, pour le studio du moins... Le générique, avec ses caricatures filiformes qui accompagnent tous les noms du générique, techniciens comme acteurs, on s'attend d'ailleurs à une gentille screwball comedy, comme Bringing up baby dont les crédits usent du même principe... On rit et on sourit parfois dans Big City, mais cette tenttaive de faire passer le film pour une comédie pourrait bien être un truc après coup pour faire avaler la pilule d'un film inconfortable sur un certain nombre de points. En effet, on imagine mal le vieux conservateur Louis B. Mayer, qui avait déja du s'étrangler devant The crowd, Freaks et Gabriel over the White House, voir d'un oeil bienveillant un film dont les héros sont des petites gens, pour beaucoup des immigrants en proie au grand capital... Mais le film n'est pas, bien sur, un manifeste socialiste non plus. On n'est pas très loin de l'univers de Capra, avec son refus des grosses organisations tentaculaires, et sa mise en avant d'un visage humain du capitalisme, bref: c'est un film "populiste".

 

Joe Benton (Spencer Tracy) et sa femme Anna (Luise Rainer), une immigrée Hongroise dont les droits à la citoyenneté Américaine vont bientôt pouvoir être appliqués, sont heureux; d'ailleurs elle va avoir un bébé... Lui est chauffeur de taxi à New York, et travaille pour une société indépendante par opposition à la compagnie Comet dont les chauffeurs n'hésitent pas à attaquer physiquement les collègues indépendants pour leur voler leurs clients. Le frère (Victor Varconi) d'Anna se fait embaucher par la compagnie Comet afin d'espionner leurs agissements, mais il est trahi, et tué. Anna est victime d'un piège, la compagnie Comet lui imputant la responsibilité d'un attentat, et elle va être expulsée... Joe commence alors à la cacher, avec la complicité de ses voisins et amis, mais la justice la recherche...

 

Retrouvant Spencer Tracy après Young America et A Man's castle, Borzage lui adjoint la trop rare Luise Rainer, et on retrouve avec la complicité amoureuse des deux jeunes mariés un caractère très personnel du cinéaste, mais l'essentiel de ce film reste quand même un démarquage de l'oeuvre de Capra. C'est fait avec tendresse, et parfois un peu foutraque aussi comme cette résolution avec des boxeurs en congrès (Dans leur propre rôle) qui viennent prêter main forte aux taxis indépendants... Le sacrifice d'Anna, qui a compris que tant qu'on ne la retrouverait pas les petites gens de son quartier allaient souffir du harcèlement de la police, et la notion d'entraide, renvoient autant à Capra qu'à Borzage. Enfin, l'appel au secours de Joe, dont l'épouse vient d'être mise de force sur un bateau pour retourner en Europe, va occasionner une réponse inattendue des politiciens locaux, qui se déplacent tous pour venir en aide à la jeune femme, un peu de la façon dont les huiles de la ville viennent en aide à Apple Annie dans Lady For A day...

 

Totalement distrayant et très court, ce premier film MGM ne tient pas les promesses de son générique loufoque, mais constitue une entrée en matière d'une des périodes les plus variées de la carrière de son metteur en scène, qui allait retrouver sa vedette bientôt pour une quatrième et dernière fois. Même si l'ombre de Capra est très importante sur ce film, on y retrouve une bonne part de l'univers du réalisateur, à travers sa peinture tendre des petites gens qui vivent un peu en marge du rêve Américain...

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