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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 15:56

Un architecte Anglais rêve de construire un nouveau Taj Mahal, et se retrouve tout à coup face à un énigmatique Yogi qui s'est introduit, ou plutôt matérialisé, dans son salon, et lui propose d'honorer une commande de son maître, le Prince Ayan, richissime Rajah Indien. Celui-ci souhaite construire un tombeau pour son épouse. Herbert Rowland accepte le marché, sans savoir qu'il a mis le pied dans un engrenage fatal de violence, de trahison, de mort... Il ne sait pas non plus, par exemple, que la femme dont il doit construire la tombe n'est en réalité pas morte. Du moins pas encore...

On a surtout retenu de la production de ce film, première des trois adaptations du roman de gare de Thea Von Harbou, que Fritz Lang (qui avait co-rédigé le script auprès de Von Harbou) aurait du le réaliser, mais que son patron Joe May lui avait ravi l'aubaine... On lit souvent aussi que le film est médiocre, ce qu'il n'aurait pas été si... etc etc. Bon, d'une part, c'est Lang lui-même qui a répandu ces notions, avec insistance. D'autre part, j'admire Lang mais il a aussi sa part de films médiocres, parmi lesquels sa version de 1958 de ce même roman tient probablement la palme du navet! Je ne le dirais d'ailleurs pas de cette version, qui fait quarante minutes de plus que le diptyque de Lang.

Venu de Von Harbou et scénarisé par Lang, c'est donc une histoire de vengeance compliquée, dans laquelle on suit les manigances de Ayan (Conrad Veidt), rajah trompé par son épouse (Erna Morena). Il souhaite lui faire payer d'avoir eu une aventure avec l'aventurier Mac Allan (Paul Richter), sous les yeux horrifiés de Rowland (Olaf Fonss) et de sa fiancée Irene qui l'a suivi jusqu'en Inde (Mia May).

Divisé en deux parties, le film épouse dès le départ, et pour trois quarts de sa durée, le rythme imposé par Bernhard Goetzke, qui interprète Ramigani le Yogi. Un personnage qui mobilise toute l'attention sur lui à chaque fois qu'il apparaît, et qui apporte un élément important du film, la magie: c'est en efet par sorcellerie qu'il s'introduit chez Rowland, ou qu'il guérit ce dernier de la lèpre. Mais il est aussi une certaine forme de caution morale pour le dangereux rajah, choisissant d'abandonner celui-ci quand sa soif de vengeance commence à faire des victimes tous azimuts! Un septième personnage retient notre attention, et elle aussi va disparaître tragiquement avant le dernier quart: la petite esclave Mirjanna (Lya de Putti) sert de liaison entre Mac Allan et sa maîtresse la princesse... May s'est finalement beaucoup plus intéressé à elle, ainsi qu'à Ramigani et Ayan, beaucoup plus qu'aux amants maudits... 

La présence de Fonss et de Mia May permet au film d'être une plongée de deux occidentaux dans les grands mystères de l'Inde, au milieu de décors malins. Les Alpes figurent un Himalaya d'une grande beauté, et les eaux de lacs Allemands se voient tout à coup infestés de crocodiles. Tout y est, des éléphants aux tigres, en passant par les serpents et bien entendu les grottes de lépreux. C'est une Inde de fantasmes, un pays d'évasion qui a le parfum incroyable de l'aventure... Si on attrape le rythme du film, il se déroule assez majestueusement jusqu'à une poursuite finale assez haletante. Du dépaysement, en quelque sorte, la spécialité des films monumentaux à épisodes de Joe May qui régnait alors en maître incontesté du cinéma populaire Allemand avant le déferlement de l'avant-garde... et l'avènement de Fritz Lang. Celui-ci est pourtant présent ça et là, à travers une histoire qu'il a fait sienne au point d'en répéter les éléments et contours (la danse de mort, les grottes, les dangers hérités du pulp...) durant toute sa carrière. Les signes cinématographiques (une bague chargée de sens, des traces sur une berge...) sont autant de petites touches proches de celles que Lang et Von Harbou dissémineront plus tard dans tant d'oeuvres...

 

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Published by François Massarelli - dans 1921 Muet Fritz Lang Joe May
15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 14:13

Jeff Warren (Glenn Ford) est un conducteur de locomotive, qui revient de la guerre de Corée et reprend pied dans la routine de son travail: les trajets avec son meilleur copain, le bivouac chez ce dernier en compagnie de son épouse et de la charmante fille de la maison, la vie est simple et pleine de possibilités... Il croise aussi Car Buckley (Broderick Crawford), le taciturne collègue qui a pris du galon en trois ans. Il s'est aussi marié avec une jeune femme désireuse de s'élever, et qui déchante, la belle Vicky (Gloria Grahame)... Celle-ci aide son mari à conserver son boulot, mais elle le fait de la seule façon qu'elle ait jamais pu obtenir les choses, en couchant avec le patron. Pour Carl, c'est l'équation impossible: demander de l'aide à son épouse, coûte que coûte, mais refuser la méthode. Du coup, il tue son patron durant un trajet inter-cité. Mis il y a un témoin potentiel, justement: Warren, qui rentre chez lui... 

Un héros peu loquace, une femme fatale, et un mari jaloux et violent. le triangle amoureux présenté en rappelle un autre, et le décor ferroviaire insiste: ce film est bien un remake de La Bête Humaine de Renoir (1938), et s'éloigne encore plus que le film Français du roman de Zola. Bien que le livre soit mentionné, on en est loin, et le script est du pur film noir Américain... Pour Jeff, l'homme comme vous et moi qui fait son boulot, nouveau brave type qui vient rejoindre les Spencer Tracy, Henry Fonda, Gary Cooper, Randolph Scott ou George Raft des films précédents de Lang, le retour à la vie civile va être le retour aux passions et aux petits matins blêmes, avec la couleur rouge sang du meurtre en prime...

Et justement, le film justifie pleinement son titre, avec une galerie de portraits formidables. Warren a beau être un brave type, il est malgré tout assez ouvert à l'aventure sous tous les sens du terme, et Vicky, qui lui met le grappin dessus, sait ou croit qu'elle n'aura pas trop à le pousser pour qu'il commette un meurtre. Pris dans le feu de passions contradictoires, Carl est piégé entre sa volonté de prestige, et le fait que sa femme est trop belle pour lui. Il souhaite à la fois utiliser cet avantage et garder la beauté de Vicky pour lui. Quant à Vicky, un rôle de garce particulièrement élaboré pour Gloria Grahame, elle a appris la vie essentiellement à travers le désir qu'elle inspire chez les hommes qui l'entourent...

Du coup, le fait que le script déplace les faits du scénario de Renoir (rappelons que dans La Bête Humaine, c'est Gabin lui-même qui était le meurtrier) essentiellement pour des raisons de censure, créée les conditions d'une vision du monde totalement pourrie par le désir et l'incapacité de certains humains de l'assumer. La façon dont Lang semble se débarrasser de la participation de son héros au meurtre et à l'adultère, dégoûté par les manigances de Vicky, permet aussi au couple homicide Carl-Vicky de terminer le film dans une escalade de violence et de mort, qui tendrait à démentir toute notion de happy-end... Tout en nous indiquant que le véritable personnage de ce film est Vicky, la femme qui n'a que sa séduction, mais sait particulièrement s'en servir. Sordide, méchant, grinçant et avec une femme fatale en cerise sur le gâteau: voilà ce qui fait d'un remake boîteux un paradoxal film noir modèle...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 09:29

Sorti en septembre 1946, c'est sans doute un film tardif dans le cycle, pourtant tout lie Cloak and dagger à Man Hunt, Hangmen also die, et Ministry of fear, les trois films de propagande réalisés en 1941, 1942 et 1944 par le réalisateur. Tous parlaient de prise de conscience et de décisions de résistance, face à l'hydre du nazisme. L'intention de Lang était cette fois de permettre au film un lien avec le futur, et l'âge de l'atome, mais la production en a décidé autrement...

1944: Alvah "Al" Jesper (Gary Cooper) est un physicien de renom, que l'OSS (Organisation services secrets) va embaucher en tant que spécialiste pour récupérer deux scientifiques contrôlés par les nazis et les fascistes en Europe et dont les recherches pourraient accélérer les connaissances des puissances de l'axe en matière de bombes atomiques. Il se rend à Zurich pour y récupérer le professeur Katerin Lodor, mais elle lui échappe, et c'est le début d'une course à travers l'Europe, entre la Suisse et l'Italie, pour récupérer l'autre professeur...

Ca commence en bon film de Lang, par une opération vue de nombreux points de vue, avec l'usage des figures Langiennes habituelles: signes, suspense, les inquiétantes visites nocturnes... Puis, bien plus que sur les trois films de propagande précédents, le metteur en scène va s'amuser avec l'accumulation de péripéties improbables dans lesquelles Gary Cooper, espion de circonstance, et pas forcément particulièrement doué, va se perdre et se débrouiller tant bien que mal. Et c'est à la fois plus léger que les autres films, et sans doute très Hitchcockien, comme si une évolution du cinéma faisait tout à coup passer Cloak and dagger entre The 39 steps et, disons, Saboteur ou même Torn curtain (avec lequel d'ailleurs Cloak and dagger comprend plus d'un troublant point commun).

Alvah, profane de choc placé malgré lui dans une situation qui le dépasse, a pourtant une longueur d'avance sur les héros des trois films mentionnés plus haut: il est, lui, volontaire pour se prendre des tuiles et se mettre en danger! Le film, dont le titre est une allusion à l'expression utilisée pour désigner familièrement le monde de l'espionnage, est sans doute le plus romantique des quatre, et pour cause: la guerre est finie, d'où une position paradoxale. Néanmoins, le temps d'un film, Lang relance les conflits, se permettant de nouvelles figures de style, parmi lesquelles l'une des plus notables est l'intrusion (impensable en temps de guerre) d'un personnage de femme Américaine que les sympathies nazies ont transformé en espionne de première classe...

Mais pour la production, il s'agissait de rendre hommage au travail accompli par les services secrets durant la guerre pour effectuer un lien avec les différentes Résistances locales; pour Lang, il fallait plutôt retourner sur le terrain et aller voir si on n'était pas confronté à une fuite du nazisme vers d'autres cieux, puisque il souhaitait montrer qu'après la guerre, une sorte de continuité s'était effectuée entre l'Allemagne d'Hitler, et l'Espagne ou l'Argentine... Une vision pessimiste que la production n'a pas souhaité laisser s'exprimer, faisant de ce petit film d'aventure, au moins, une impeccable intrigue romantique à souhait, où Gary Cooper et Lilli Palmer volent la vedette à la Résistance de la plus belle des manières...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 16:33

C'était une période très difficile pour Lang, sans doute. Le manque de succès de ses films noirs, le manque de soutien aussi, pesaient, et il s'est donc retrouvé à la Republic. Mis contrairement à Wayne ou Ford, qui à la même époque travaillaient volontairement pour la firme fauchée de Herbert Yates parce qu'ils savaient qu'on leur y laisserait les coudées franches, Lang y était plus ou moins obligé parce qu'il était brûlé un peu partout... C'est donc avec ce film, un noir particulièrement sordide, qu'il s'est retrouvé à travailler avant de rentrer à la Fox par la très petite porte afin d'y réaliser un film indigne de lui.

S'il a très mauvaise réputation, ce film en revanche est tout sauf indigne: on y suit les aventures d'un écrivain qui a tué une femme qu'il désirait par peur d'être attrapé, et qui finit par se rendre compte que tout accuse son frère; il va donc le charger... Dès le début, Lang ne nous laisse aucun répit et commence à accumuler les signes. Stephen Byrne (Louis Hayward), l'écrivain raté et frustré, vit dans une petite maison au bord d'une rivière, et durant la scène d'ouverture, le flot charrie des troncs d'arbres et... un cadavre de vache, qui passe son temps à aller et venir entre le fond du jardin et l'estuaire! Quand sa femme de chambre lui demande l'autorisation d'utiliser sa salle de bains, Stephen la voit partir avec un oeil gourmand et insistant. Puis quand il se poste en bas de l'escalier qui mène à l'étage, et qu'il entend la jeune femme terminer ses ablutions, il se regarde dans le miroir, et c'est comme si le metteur en scène utilisait cet artifice pour nous montrer la naissance du monstre à l'intérieur de Stephen...

Le miroir reviendra, du reste, souvent, car Stephen est non seulement un monstre, c'est aussi un homme vaniteux, au cynisme et à l'aplomb phénoménaux. Mais le film bifurque pourtant assez vite, car Lang ne cherche pas à faire de ce film l'histoire de Stephen seul. Ce dernier est marié à la belle Marjorie (Jane Wyatt), qui s'inquiète de la transformation de son mari suite à la "disparition" de leur domestique. Et bien sûr, le personnage le plus positif reste John, le frère de Stephen (Lee Bowman), un modeste employé de banque atteint d'une déformation, et qui a commis une faute et une seule: il a aidé son frère à se débarrasser du corps encombrant de la jeune Emily...

Une fois qu'il a aidé Stephen, John semble endosser à lui seul la responsabilité du crime. Là où Stephen louvoie, donne le change, s'improvise en maître criminel, ne commettant apparemment pas une erreur, John lui s'irrite, s'inquiète et s'enferme chez lui. Et surtout il va devenir pour la sagesse populaire le parfait suspect, comme s'il devenait le principal protagoniste d'une fiction montée de toutes pièces par Stephen! Celui-ci, d'ailleurs, va bénéficier du crime puisque la publicité générée par la disparition, puis l'annonce de la mort d'Emily (dont le corps a été retrouvé, bien sûr, allant et venant sur la rivière): d'écrivain raté, il va devenir un auteur en vue de best-sellers...

Marjorie et John vont se rapprocher, et Stephen de son côté s'éloigner toujours un peu plus de son épouse. Puis il va se lancer dans l'écriture d'un roman inspiré de son expérience, finissant en transposant dans la fausse fiction une réalité bien embarrassante de passer de l'autre côté du miroir. 

Avec sa rivière traîtresse, ses scènes nocturnes et son crime plus crapuleux que jamais, situé au tournant du vingtième siècle, ce film sulfureux est une magistrale plongée dans les tréfonds de l'âme humaine, entre morale (John) et corruption (Stephen), et c'est à sa façon, un authentique chef d'oeuvre du film noir et à mon sens l'une des meilleures manifestations du génie indéniable de Fritz Lang.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 17:41

La Western Union, basée à Omaha, Nebraska, vient de recevoir le feu vert de la Maison Blanche (alors que le président Lincoln, engagé dans la guerre civile, devrait avoir d'autres chats à fouetter) pour partir et construire jusqu'à Salt Lake City une ligne de télégraphe... Edward Creighton (Dean Jagger) est l'homme qui va conduire l'entreprise. Il engage alors plusieurs personnes, dont le mystérieux Shaw (Randolph Scott), qu'il connaît parce que ce dernier lui a sauvé la vie, et le pied-tendre Blake (Robert Young), un dandy, qui a plus d'un tour dans son sac. Les deux hommes deviennent alors à la fois amis et rivaux pour les yeux de la belle Sue (Virginia Gilmore), la soeur de Creighton.

C'est un western très traditionnel, avec un parcours de civilisation, ses hors-la-loi repentis et ses outlaws durs-à-cuire, ses Indiens, ses dilemmes... Lang semble à la fois avoir soigné sa copie (peut-être que Zanuck avait fait peser une menace sur son projet suivant, Man Hunt, qui devait d'autant plus l'enthousiasmer) et s'être mis en pilotage automatique du début à la fin. De beaux décors, de bons sentiments, tout au plus peut-on constater qu'entre le télégraphe et sa mission civilisatrice, et Shaw, un homme moral, juste mais endurci et condamné, Lang s'est sans doute plus intéressé au sort tragique du premier, un homme qui a une vengeance et un sacrifice à accomplir...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 16:48

Lang, un western ?

De prime abord, bien sûr, ça ne colle pas : le metteur en scène est un relativement nouveau venu aux Etats-unis, pour commencer, et la tâche qui lui incombe est largement imposée : le film de Henry King (Jesse James) a beaucoup eu de succès, et la Fox entend bien capitaliser sur cette bonne fortune en produisant une suite qui leur permettra en prime d’utiliser les talents de henry Fonda, très remarqué dans son rôle, de Lincoln l’année précédente… On l’a compris, le film échappe aux préoccupations de Lang qui depuis 1930 n’a pas réalisé beaucoup d’autres films que des thrillers, ou d’un genre approchant. Et cette histoire lui est imposée, avec j’imagine un cahier des charges dans lequel le metteur en scène ne pouvait pas vraiment se projeter.

Et puis on a presque envie de continuer à faire la fine bouche en remarquant que Lang a, après tout, toujours délaissé le prestige pour s’intéresser aux genres les plus populaires, dans la lignée de son maître Louis Feuillade! Et en 1939, Stagecoach, Jesse James et Dodge City ont sérieusement redoré le blason du western, et l’ont enfin sorti de l’ornière dans laquelle le genre végétait, entre séries Z et cow-boys chantants…

Oui, mais voilà : d’une part Lang na pas attendu 1939 pour tâter du western. Il a inclus dans son film Die Spinnen (1919) un hommage appuyé au genre, qu’il fréquentait comme tout le monde dans les salles de cinéma populaires… Et il s’y est probablement, au moins partiellement retrouvé, devant la geste de Frank James, le frère moins flamboyant de Jesse, qui a quitté le droit chemin dans lequel il s’était clandestinement installé pour mener une vengeance, personnelle, absurde, morale … et inachevée. Henry Fonda interprète ici un type bien, mû par une certaine idée (apocryphe, on n’y reviendra pas, je vous renvoie à mes commentaires sur le film de Henry King) de la justice, et qui manquera de se perdre dans les conséquences un thème pour l’auteur de Fury en somme, dans lequel Lang fait, finalement, bien, voire très bien son travail : c’est très distrayant, et pour une première expérience en couleurs, surprenant d’efficacité.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 09:22

J'imagine que pour Fritz Lang, l'occasion était trop belle: en 1921, il projetait de filmer lui-même son script pour Das Indische Grabmal, une monumentale aventure qui avait pour but de booster la réputation du cinéma Allemand et le faire revenir sur le devant de la scène: après tout, Lang était en vue, et il avait déjà tourné un diptyque impressionnant avec Die Spinnen en 1919. Il s'estimait prêt... Mais c'est un autre qui a tourné le film, et depuis ce temps il est probable que l'ombrageux auteur devait en garder une certaine rancune... Car oui, et ç me peine presque de le dire, cette délirante et souvent très vieillotte histoire de Maharaja cruel et amoureux, de péripéties toutes plus téléphonées les unes que les autres, était pour Lang une sorte d'intrigue idéale avec laquelle il se voyait bien relancer sa carrière et par la même occasion dominer le marché Allemand, après avoir boudé le pays pendant plus de vingt années!

La Maharaja d'Eschnapur, Chandra (Walter Reyer), confie à deux architectes Allemand, Harald Berger (Paul Hubschmid) et son beau-frère (Claus Holm) la construction d'un palais. Mais ce que Chandra ne sait pas, c'est que Berger et lui vont rencontrer une femme qui va leur tourner la tête, Seetha (Debra Paget), et que pendant ce temps, sa cour complote sévèrement contre lui...

Lang s'est souvent plaint du Scope, de façon insistante, ce qui explique qu'on le voit ici retourner vers le format académique du 1:33:1. De même, s'il tourne en couleurs, il abandonne les tons nocturnes et souvent inquiétants de Moonfleet, pour tourner en plein soleil et reprendre la palette de ses westerns, profitant des paysages authentiques Indiens, et son film en finit par ressembler à n'importe quel film d'aventures Européen des années cinquante... Je sais: ce n'est en rien un compliment, et je n'ai pas fini.

Car si on se réjouit que Lang ait pu réaliser enfin un rêve vieux de plus de trente années, et du même coup (on peut le considérer comme ça) effectuer l'adaptation définitive du roman de son ex-épouse Thea Von Harbou, il fait quand même dire que cette histoire qui se déroule lentement, presque comme dans un rêve, n'est qu'un ratage particulièrement encombrant, dans lequel tout ce qui faisait la valeur des films de Lang à l'époque du muet (il y reprend son rythme de l'époque) se noie dans l'indigence des dialogues, dans la maladresse du jeu, dans l'inachevé des séquences d'action et dans d'interminables conciliabules sensés nous éclairer sur une intrigue qui n'en avait vraiment pas besoin...

Les seuls aspects positifs de ce film (divisé en deux parties, incidemment "gonflées" en importance puisque chacune a bénéficié de sa propre sortie à deux mois d'écart) sont les petites obsessions de Lang, qui lâche ça et là des scènes qui renvoient aux aspects plus satisfaisants de son oeuvre, une séquence de magie, et surtout, des souterrains, catacombes et autres passages secrets, dans lesquels on rencontrera, tel Mabuse poursuivi dans son délire par les fantômes de son passé, des lépreux qui deviennent à l'occasion l'instrument du destin...

...et aussi, bien sûr, des tigres en peluche, et des crocodiles.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang
27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 17:44

Après deux films à message, Lang persiste et signe, une dernière fois, dans une relative indépendance. You and me, moins apprécié que Fury et relativement peu montré, est un étrange film dans sa filmographie, mais après tout, pas plus que, au hasard, Hangmen also die ou Cloak and dagger... Une expérience, en quelque sorte, dans laquelle il poursuit son exploration de la notion de culpabilité et de l'implacabilité du destin, dans un cadre fortement inattendu pour lui: la comédie!

Joe (George Raft) et Helen (Sylvia Sidney) travaillent tous les deux dans le grand magasin de M. Morris. Ce dernier s'est fait une spécialité d'ouvrir les portes de son établissement à tous les repris de justice, ex-taulards et brebis égarées qu'il a pu trouver, et la plupart d'entre eux lui sont reconnaissants. Mais tous ne savent pas forcément qu'absolument tous les employés ont un casier judiciaire, et de fait Joe, s'il n'a pas caché la vérité à Helen (il fut un redoutable braqueur de banques), ignore que cette dernière a un casier, et qu'elle doit encore voir son officier de probation toutes les semaines... Quand ils se marient, elle n'ose toujours pas lui dire. Pendant ce temps, un malfrat rode autour du magasin, et essaie de monter tous les anciens prisonniers contre leur patron. Joe résiste, mais jusqu'à quand?

C'est un sujet formidable, mais aussi propice à monter un drame édifiant, qu'une comédie légère. De façon étonnante, c'est cette dernière option que Lang a prise, en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour que le drame "conjugal" prenne le plus de place possible. Si George Raft est surtout sobre dans ce rôle inattendu (il n'a jamais eu la réputation d'être un acteur surdoué), il est au moins parfaitement convenable, et même touchant face à la grande Sylvia Sidney. Pour une fois, celle-ci qui tournait pour la troisième fois consécutive, et la dernière hélas, pour Lang, est dès le départ de l'autre côté de la barrière de la loi, et on n'est pas près d'oublier la scène fabuleuse qui la montre expliquer à un tableau noir, craie en pogne, à huit truands endurcis l'exact pourcentage de misère auquel ils auront droit une fois le partage effectué à l'avantage du commanditaire d'un casse! Et l'actrice, qui avait de la répartie, est intégralement crédible aussi bien en épouse inquiète du lendemain, qu'en criminelle endurcie qui se rappelle le bon vieux temps, sans jamais se placer du mauvais côté du Code Hays... Du grand art, quoi.

Mais une fois gratté le vernis de la comédie, le film offre une fois de plus une réflexion sur le bien-fondé du crime, non pas d'un point de vue moral, mais bien d'un côté pratique. C'est inattendu, mais cela n'empêche pas Lang d'avoir doté ses personnages d'un code éthique réel. A ce titre, c'est le principal moteur de l'action et la source des retournements de situation... Comédie oblige, ceux-ci sont généralement un brin trop roses, et certainement bien trop optimistes pour Lang...

Mais celui-ci a su signer ce film d'une autre façon, en confiant de façon étrange à Kurt Weill la bande originale. Celui-ci, probablement sous l'influence du metteur en scène, a donc non seulement signé la musique, mais il a aussi fourni deux chansons "en situation", à la manière de Brecht! Une scène éminemment théâtrale reprend le style du dramaturge Allemand en mettant en scène, lors d'une réunion nostalgique d'anciens truands, les impressions que le destin judiciaires leur inspirent...

Voilà qui fait effectivement un curieux mélange, mais en dépit de ces bizarreries, le film conserve un caractère très proche des thèmes de Lang, de son humanité profonde, et de son obsession de la culpabilité personnelle, qui nous aide à comprendre, non seulement que Joe en veuille à Helen de dissimuler son passé, mais aussi et surtout que celle-ci souhaite s'en affranchir en le cachant. Et comment ne pas se souvenir de M en voyant ces rendez-vous secrets de la pègre? Si ce n'est pas le meilleur film de Lang, il a au moins le mérite, convenons-en, de provoquer la réflexion!

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir Comédie
15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 11:47

Voici un film de Lang peu banal, dans lequel le metteur en scène va, à l'instar de Hitchcock dans les trois quarts de Spellbound, s'intéresser à la psychanalyse et en faire la grille de lecture d'un film noir. L'intrigue pourrait tenir dans cette phrase: "Celia et son nouveau mari, Mark, s'aiment, se désirent, mais"...

Le thriller de Hitchcock inscrivait la psychanalyse dans le cadre d'une enquête policière classique, avec inévitable faux coupable, alors que Lang pour sa part a décidé de situer l'intrigue de son film entre les deux protagonistes principaux, avec une affaire strictement privée, même si de sérieux risques de meurtre existent en effet... Celia (Joan Bennett), qui s'est mariée sur un coup de tête, n'a jusqu'à présent jamais regretté son geste jusqu'à ce qu'une idée de blague idiote lui passe par la tête: en interdisant par jeu l'accès de son mari (Michael Redgrave) à la salle de bain où elle vient de passer du temps, la jeune femme se rend compte qu'elle a influencé un changement radical dans le comportement de son mari. Celui-ci part en prétextant d'odieux mensonges, il est froid et distant... Plus grave, elle découvre qu'il est non seulement secret, mais plus encore cachottier, lui ayant tu l'existence d'un fils issu d'un premier mariage. Il faut dire que le bambin n'est pas facile, et est absolument persuadé que Mark a tué sa mère...

Lang a opté pour ce film, pour une mise en scène qui rappellera The woman in the window, à travers une impression constante de rêve éveillé. Il convoque avec l'excellent Stanley Cortez, toute la panoplie du film noir, mais en particulier appuie très fort sur le symbolisme, avec multitudes de portes, de clés, de pièces secrètes et de curieuses manies (l'idée de "collectionner" des pièces de crime, par exemple) qui rendent le film toujours plus baroque. Cette visite de l'inconscient d'une femme qui se découvre de  plus en plus comme potentielle victime de l'obsession meurtrière de son mari est tellement intériorisée qu'on ne se plaindra pas de son improbabilité. Et Joan Bennett, qui passe de la passion à l'inquiétude, est l'actrice idéale pour effectuer le voyage...

Lang retrouve aussi son univers Allemand, un monde dans lequel l'innocence absolue n'existe pas, et chaque personnage devient un rouage du destin, complice volontaire ou non... Tout ça fait de ce nouveau film qui parle du désir (le sujet principal, rappelons-le, de Woman in the window et de Scarlet Street) sous couvert de fantasmes, un film primordial de son auteur, mais aussi assez difficile d'accès. Le public, par exemple, ne s'est pas précipité... Peut-être parce que la logique, ici, n'a pas de mise: un film dans lequel une porte mène à une pièce, une pièce à une fenêtre, une fenêtre à un mur, et un mur à la mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 17:28

Le deuxième film de Lang avec Edward G. Robinson (qu'il a produit lui-même) est un remake de La Chienne de Renoir, d'après le roman et la pièce du même nom de Georges de La Fouchardière. Lang a soutenu s'être d'abord inspiré du roman, mais un je-ne-sais-quoi de l'ironie vacharde du film de 1931 est plus que palpable dans ce film inégal...

Christopher Cross, un petit homme mal marié, sans histoire, a un jardin secret: il peint. Il peint avec passion, mais son épouse, une infecte mégère qui a perdu son premier mari et qui se plaint tout le temps, est la première à lui dire qu'il n'a aucun talent... Et le lui dit tous les jours. Un jour, après une célébration bien arrosée au bureau, Chris sauve une femme (Joan Bennett) des griffes d'une brute (Dan Duryea). Ils sympathisent, et Chris est instantanément tombé amoureux. Mais Kitty, elle, voit tout de suite le parti qu'elle et son petit ami John (la grosse brute) peuvent tirer...

Contrairement à The Woman in the window, ici pas de rêve, juste le tapis de la réalité qui se dérobe sous les pas d'un homme auquel rien, mais alors, rien d'intéressant, n'aurait jamais du arriver. Une spirale délirante de malchance et d'un destin ironique, qui n'en finit pas de hanter le pauvre homme: son talent de peintre sera reconnu, mais ce sera sous le nom d'un(e) autre. Il pourra retrouver le célibat, mais ce sera pour découvrir que sa maîtresse le trompe... Il en viendra à souhaiter tuer sa femme, mais ce sera une autre qui tombera sous les coups. Ironie suprême, quand il voudra se livrer à la police, on ne le croira même pas! Bref: un minable... Un rôle en or pour un immense acteur en vérité, mais quelle noirceur...

Lang est en terrain connu avec les mêmes acteurs et le même chef-opérateur que le film précédent, et il va y retrouver son sens du cadre, ainsi qu'une tendance géniale à utiliser les portes et fenêtres, et vitrines. D'ailleurs, une scène-clé, ironiquement, cite The woman in the window, quand Robinson voit dans une vitrine qu'on déménage un tableau de Joan Bennett... que son personnage, cette fois, est supposé avoir peint. Dans cette équipée sordide et nocturne, le cinéaste adopte un ton parfois distancié, à la limite du cynisme, qui ne lui sied guère...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir