Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 11:07

Paris: un prévenu, Gérard Louvier (Gérard Lanvin), minable petit cambrioleur certain d'écoper de 10 ans au moins, s'évade le jour de sa confrontation avec un juge. Il emprunte le costume formel d'un magistrat, et est confondu avec le célèbre juge Simon par une jeune femme, la journaliste Julie Boucher (Miou-Miou): celle-ci est "montée" de Nice à Paris pour trouver de l'aide, car elle a découvert une affaire louche qui lui a valu son poste, et elle a manifestement bien besoin d'un juge anti-corruption dans sa vie. Le couple mal assorti se rend donc à Nice...

Le film, scénarisé par Poiré et Audiard, reçoit un peu des deux: au vétéran de fournir tout ce qui concerne la parodie de film noir, et on retrouve sa patte et surtout celle de Lautner dans l'exposition et le traitement sérieux et frontal de l'évasion, de la passion de Julie pour sa cause et de la façon dont la petite troupe va utiliser des moyens pas toujours très orthodoxes pour faire triompher la justice... On sent en effet Lautner bien à la manoeuvre, d'autant qu'il donne un rôle (une bourgeoise une peu, pour reprendre le mot de Miou-Miou, salope sur les bords) à sa môman, la fidèle Renée St-Cyr... 

Poiré, quant à lui, est sans doute plus présent dans les marivaudages entre le faux juge, la journaliste libérée et ses ex, et ex ex: de belles participations de Henri Guybet (qui parle fort) et de Jean-Pierre Daroussin (en amoureux éconduit, auquel il réussit à donner une vraie substance). Servi par des dialogues incisifs, le film semble osciller entre la libération des moeurs des années 70, et une nouvelle ère faite d'une recherche par Julie de confort émotionnel... Le film suivant de l'actrice et de Lautner ira plus loin dans cette direction en faisant l'impasse sur le film noir.

Parce qu'il faut bien le dire, sans grande surprise, le film est certes aimable et fort sympathique, par moment plus réussi que d'autres (dans la première partie, Julie ne sait pas qui est ce "juge" en réalité, et les deux héros vont manger dans un restaurant sur la route et bien sûr il est fréquenté par la police... ), avec ses clins d'oeil à n'en plus finir: oui, il y a encore un Volfoni. Lautner aurait-il besoin d'un "label" Lautner-Audiard pour sa petite entreprise? Au vu des répugnants films réalisé à la même époque avec Belmondo à son plus infect, dont le quasi ouvertement fasciste Le professionnel, ça me semble une évidence. 

Heureusement, ce petit film gentiment anar est si sympathique, au fond.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie
22 juillet 2021 4 22 /07 /juillet /2021 07:40

Un jeune homme sur la route, Jonas (Robert Walker) est recueilli par une femme, Mara (Rita Hayworth) qui le prend pour son fils Rocky disparu depuis quatre ans. Un peu embarrassé, il se laisse faire, et constate très vite que personne ne conteste la méprise, dans l'entourage de la dame, qui vit un peu à l'écart, en gérant une station service où il n'y a pas grand monde pour s'arrêter. L'affaire s'embrouille lorsqu'apparaît la fille de Mara, Billie (Mimsy Farmer), qui non seulement admet que Jonas est en fait son frère, mais en prime ne tarde pas à devenir de plus en plus intime avec lui... Jonas, qui se pense obligé de jouer le jeu, multiplie es questions: où est Rocky, que lui est-il arrivé, et quelle part ont joué dans sa disparition les deux femmes et leur entourage fantomatique? Et pourquoi s'obstine-t-on à le reconnaître comme étant Rocky alors qu'il ne lui ressemble pas du tout?

Certaines de ces questions n'auront pas vraiment de réponse, enfonçant le film dans une espèce d'ambiance entre-deux: entre un conte halluciné (ce serait l'époque, non?) et une évocation mythique, mi-raison, d'un homme perdu et revenu malgré lui d'entre les morts... Pour couronner le tout, Lautner ajoute deux touches qui au lieu de simplifier, compliquent la tâche du spectateur: une voix off du personnage principal, qui a conscience d'être dans un film noir, un vrai, peu importe qu'il soit solaire... Et un flash-back avec un personnage secondaire, un policier d'ailleurs assez peu utilisé dans le film...

C'est tout un genre qui défile sous nos yeux, un genre dont More et Zabriskie Point participent eux aussi, fait d'une narration décousue, de mystères accumulés, d'un soupçon de liberté aussi bien morale que narrative (donc de grosses louchées de nudités psychédéliques, s'entend, c'est une co-production franco-italienne, et Lautner, pas plus que Walker et Farmer, 'est pas avare sur ce point) et d'une solide rasade de clichés cinématographiques de l'époque: la bande originale, sous forte influences (on y "cite" pêle-mêle Morricone et Abbey Road) est à ce titre devenue une légende à elle seule... 

Le film est malgré tout une expérience unique chez Lautner, un film à part. Tourné en Anglais (Lautner disait à qui voulait l'entendre qu'il fallait le voir en français. Il avait bien sûr tort), privé de cette sale manie qu'ont les français de tout résumer au saint dialogue, totalement représentatif du fabuleux chaos culturel d'une époque révolue... Un film voué à l'échec commercial et au culte bizarre... Avec Rita Hayworth en bout de course.

...Et sinon, c'est où, Salina?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner
25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 13:22

Côté pile, une comédie franchouillarde: Jean Lefebvre et Henry Guybet, deux touristes qui ne se connaissaient pas avant, se retrouvent tous les deux dans une biture monumentale sur l'île Maurice et compissent joyeusement une idole locale... Ils sont désormais ensorcelés, et quand ils rentrent à Paris ça ne s'arrange pas, au contraire. 

Affligeant, bien sûr, le film est l'occasion pour deux acteurs populaires de faire exactement ce pourquoi ils ont tapé dans l'oeil du public non exigeant des petits cinémas de quartier, et des séances estivales: ces moments de l'année où la qualité se relâchait un tantinet... Alors vacances sur l'île Maurice, semblant de scénario, numéros d'acteurs (Julien Guiomar sauve quelques scènes du néant) et moments copieusement embarrassants (fallait-il raiment montrer la jeune fille au pair sous sa douche?) abondent...

Côté face, c'est un film de Georges Lautner, mais ses assistants ont un pedigree: Norbert Carbonnaux, auteur de l'immortel nanar Le temps des oeufs durs; Max Pecas, qui a deux importantes filmographies: l'une, consacrée à la comédie nulle, l'autre au porno... On est donc bien loin des comédies de qualité, parfois légèrement transgressives, qui ont fait la réputation de Lautner. Qu'allait-il faire dans cette galère? Je ne sais pas, mais il est venu avec armes et bagages: le fidèle Philippe Castelli joue un petit rôle (nul) et maman Renée St-Cyr est là aussi, dans un de ses rôles les plus fournis pour son fiston. Elle est atroce, bien entendu.

Le film aussi, mais ça vous l'avez déjà compris: il y a trois carrières chez Jean Lefevbre: ses silhouettes de minables dans des films divers, dont sa prestation en soldat saoul dans Les Diaboliques de Clouzot est sans aucun doute la plus notable. Puis, des participations dignes à des comédies, dont il jouera encore des minables, mais avec du métier: bien sûr on pense à Paul Volfoni dans Les Tontons, ou l'immortel Michalon dans Ne nous fâchons pas. Enfin, la notoriété l'a autorisé à se croire casé pour l'éternité, et à ne plus faire le oindre effort, que ce soit sur une scène de théâtre, ou dans des comédies de basse extraction. Et ici, il est particulièrement mauvais...

Ce qui m'amène à poser une question qui restera sans réponse: tourné par un autre, par un de ces chevaliers du navet comme Philippe Clair, Max Pecas ou Jean Girault, le film aurait-il été pire?

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie Navets
23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 17:07

Ancien agent des services secrets, Stefan est rangé: il a un travail "décent", une épouse, et une vie tranquille... Jusqu'à ce qu'un ancien collègue ne le débusque et ne l'embobine dans une sombre affaire d'espionnage, avec d'autres anciens agents: des combines pas nettes, qu'il serait fastidieux et inutile de résumer ici... D'autant que ce n'est pas ce qui compte.

Lautner en est à son deuxième film, et il a déjà une assez bonne idée de ce qu'il veut faire: du cinéma de genre, dans l'ombre du film noir, mais sans pour autant faire pareil. Le roman adapté par Pierre Laroche est une occasion pour lui de détourner une intrigue sans grand intérêt pour y réaliser des scènes paroxystiques, toutes différentes. Il compte sur ses acteurs pour incarner ses personnages et sur ses personnages pour faire tenir l'intrigue: le reste est affaire de sensations, d'émotions, et de timing... 

D'une part, si Jacques Riberolles n'est a priori pas à la hauteur (il fait un peu sous-sous-Delon) dans le rôle principal il a l'avantage d'un certain anonymat. Dans les rôles des deux femmes (la frêle blonde, et la brune fatale) Lautner fai appel à Gisèle André et Juliette Mayniel respectivement, et on est en plein cliché du film noir. Non, plus intéressants, forcément, sont les deux facettes de l'agent manipulateur représentées par Daniel Sorano et Bernard Blier. Ce dernier surtout est exceptionnel... Comme d'habitude.

Le metteur en scène rôde son style et se fait plaisir avec des moments de tension, des scènes nocturnes très soignées et un moment de suspense fort bien traité. Ca manque d'humour, certes, mais ça viendra: deux ans plus tard, Le monocle noir et Paul Meurisse vont offrir cette échappatoire à Lautner...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir Georges Lautner
20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 19:32

Un film, une lanterne, trois parties: les deux premières sont signées de Gilles Grangier, la dernière de Lautner. Le script est lui de Simonin, et les dialogues de Michel Audiard dont la verve est particulièrement présente: c'est qu'il est ici question d'un contexte historique particulier, celui de fermeture "par l'intolérance" des maisons dite de tolérance. Qu'on se le dise tout de suite, le film n'est ni un plaidoyer, ni un aperçu nostalgique, juste un récit goguenard en trois actes, qui fustige le bourgeois à travers l'histoire d'un ironique retournement de situation...

La fermeture: Bernard Blier est le taulier d'une maison qui ferme, donc, à l'heure dite. On assiste aux préparatifs de départ des petites pensionnaires, et aux lamentations des têtes pensantes de l'entreprise comme du petit personnel... Et puis Blier est à la fête! Sinon, on pose dans cette partie des liens avec les deux suivantes: on y fait allusion à Lucette, une fille qui est partie, et qui reviendra dans la deuxième partie. On décide d'un cadeau à lui faire: l'emblématique lanterne...

Le procès: c'est celui d'un malfrat joué par Jean Lefebvre: il a commis un cambriolage chez la baronne Seychelles du Hautpas, née Lucette Granu (Andrea Parisy): bien qu'il ait subtilisé des fortunes en bijoux (qu'il a tous restitués), le cambrioleur est accusé d'avoir volé une lanterne qui n'a pas été retrouvée... Le procès vire au grand n'importe quoi, avec le retour de Blier en témoin lyrique d'une époque révolue.

Et justement, la lanterne revient dans le troisième épisode, Les bons vivants: elle avait été volée par le complice de Lefebvre, joué par Carmet, et Louis de Funès l'achète, semble-t-il pour décorer sa maison à la fin d'un sketch hallucinant où le brave homme, un bourgeois rigoureux, bon et vertueux, offre l'asile à une prostituée (Mireille Darc) puis les choses évoluent, jusqu'à ce que son auguste domicile se transforme en une véritable maison close, semble-t-il sans qu'il en ait eu connaissance...

Sur ce sketch rigolo, les complices qui sont derrière la caméra se paient effectivement la fiole du bon bourgeois de province, ce qui poussa les bonnes gens et autres pères-la-pudeur à vilipender le film, alors que sa principale qualité, justement, est de ne pas trop se prendre au sérieux... 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 14:39

Ayant déjà prouvé qu'il était payant de mélanger sans vergogne le film noir et la comédie avec Le monocle noir, dans lequel il avait introduit en contrebande un certain nombre d'éléments perturbateurs avec tact, afin de miner le film de l'intérieur, Lautner est en quelque sorte passé à la vitesse supérieure avec ce nouveau film, son huitième long métrage. Le "Monocle" est déjà revenu dans un deuxième film, mais il est encore soumis à une production tatillonne qui croit qu'il est impératif que le public puisse encore suivre le film comme si c'était sérieux... Mais Albert Simonin, auteur adapté et adaptateur, puisqu'il est le scénariste de ces Tontons, et Michel Audiard responsable des dialogues, sont sur une mission autrement plus directe: une comédie, qui ne fera que très vaguement semblant d'être un film noir, mais le fera bien.

L'intrigue est essentiellement un cas de règlements de compte liés à des "droits" de succession dans l'affaire florissante d'un parrain du milieu Parisien, et la "crise du personnel" qu'elle enclenche. Chaque acteur a été choisi, finalement, avec soin, pour "incarner" sans aucune réserve un personnage clé du genre, mais cette fois tous le savent: ce sera une parodie. Une parodie, d'ailleurs, qui prend son temps, car si le verbe fleuri de Michel Audiard est présent dès le début, on pourrait presque croire, durant les vingt premières minutes, assister à un film de gangsters classiques... Et Ventura, Blier, Blanche, Venantini et les autres maintiennent l'illusion assez longtemps.

Mais l'esprit frondeur de la comédie s'installe et s'infuse tant et si bien que le film semble succomber sous les coups de boutoirs de cette insolence caractérisée. Cette approche subtile, qui fait défaut au film suivant du trio Lautner-Ventura-Audiard (Les Barbouzes) est sans doute l'une des clés de son succès: on a ainsi un semblant d'intrigue qui fonctionne, et permet à Lautner d'installer sa "petite vie des truands" à travers leurs attitudes (le patron face aux employés, la vie d'un truand n'a rien de démocratique), leurs habitudes (le truand se couche tard et se lève tard, quand il se lève), et surtout leur langage.

Oui, car le film a des dialogues, bien sûr, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Et ils sont savoureux, d'ailleurs... Mais d'abord et avant tout ces Tontons flingueurs, c'est un film et un film c'est de l'image: avec le complice Maurice Fellous, Lautner s'est amusé une fois de plus à prendre les codes du film noir et les appliquer à la lettre, et à parfaire un style fait de la froideur des faits, de collages inattendus (la visite du président Delafoy, sourd comme un pot, pendant qu'autour, ça défouraille à tous les vents), de running gags (les bourre-pifs que se prend Blier), et d'une musique de Michel Magne dont le motif unique a probablement été écrit en 12 secondes, mais est ensuite décliné  de toutes les façons possibles...

Voilà qui fait un divertissement solide, qui a eu un grand succès et fini de forger la carrière de son metteur en scène; celui-ci a fait littéralement des dizaines d'autres films, dont certains sont bien meilleurs encore... Mais de là à faire comme feu Henry Chapier (oui, le grand homme nous a quitté, eh bien, hier) qui fustigeait ce film qui rencontrait un grand succès public, d'un cinglant "vous pavoisez haut... mais vous visez bas". Ce qui est petit, mais on comprend bien ce qui gênait avec Les Tontons Flingueurs: le cinéma, ça pouvait être du style, un style effronté, et qui plus est qui ne gênait pas le public... Une révolution à laquelle la Vouvelle Nague n'était sans doute pas prête.

Mais je ne veux pas non plus affubler Les Tontons Flingueurs d'une trop grande influence, ni de ces intentions ronflantes, car Lautner l'a toujours dit: si on le laissait faire un film en déconnant un peu, et en le laissant concocter ça et là une scène visuellement forte, il était content. Si en plus, le public se dérangeait...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Comédie
19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 15:25

Galia (Mireille Darc) est une jeune femme qui est "montée" à Paris, après avoir vécu toute sa jeunesse à Etretat. Elle est libre comme l'air, et elle fait un travail qui lui plaît, mais est-elle heureuse? Sa liberté passe aussi par le lit, où elle confesse, dans la narration du film (qu'elle effectue systématiquement ou presque au présent, car elle vit dans l'instant) qu'elle passe beaucoup de temps avec des hommes qu'elle vient de rencontrer...

Elle va faire une rencontre déterminante, celle de Nicole (Françoise Prévost), une femme qui est son aînée de quelques années, et qui vient de se jeter dans la Seine. Galia la sauve, la repêche et la recueille, puis écoute son histoire: Nicole est mariée depuis 6 ans, et depuis 6 ans elle souffre... Ne pouvant pas réussir à se faire aimer de son mari Greg (Venantino Venantini), elle a préféré en finir. Elle demande à Galia d'aller chercher chez elle une lettre dans laquelle elle annonce son suicide à son mari; Galia se rend donc chez Nicole et Greg, où il n'y a personne, mais elle prend la décision de laisser la lettre sur place, et de s'intéresser plus avant à cette histoire qui l'intrigue. Son but premier? Venir en aide à Nicole, en faisant souffrir Greg. Vaste programme: si vous voulez mon avis, ça ne va pas marcher...

C'est un changement radical dans la production de Lautner, qui vient d'enchaîner comédie sur comédie, le plus souvent avec Audiard. Pourtant, on se rappelle de ses films noirs d'avant Le Monocle noir, qui sondaient les consciences de notre société... Galia, pourtant, n'est pas Arrêtez les tambours ou Le septième juré, juste une histoire (de Vahé Katcha), d'une jeune femme à l'époque où la sexualité change: les femmes sont désormais libres, elles aussi. Et Mireille Darc est le centre du film, avec son univers de garçonne libre comme l'air, insouciante et un peu rêveuse, qui souhaite donner un peu de sens à son existence, et, hélas pour elle, va trouver de quoi sérieusement s'occuper l'esprit!

Il n'y a finalement que trois acteurs vraiment impliqués dans le film, et l'essentiel se déroule entre Mireille Darc (excellente et très naturelle), et Venantino Venantini. Celui qui jouait "Monsieur Pascal" dans Les Tontons flingueurs, trouve dans ce rôle de séducteur latin une occasion de s'amuser avec son image. On a un peu peur la première fois qu'on le voit dans le film, par le truchement du point de vue de Galia, car elle le voit vraiment comme une abominable caricature. Mais la séduction vénéneuse, la vilenie du personnage, ses calculs insidieux, sa façon extrêmement adroite de manipuler les femmes, vont nous apparaître au fur et à mesure de l'abandon de la jeune femme dans ses bras (qui se déroule parallèlement à sa féminisation progressive, d'ailleurs).

Tout en livrant un portrait assez noir d'une jeune femme à l'ère de la liberté sexuelle, le film est surtout une variation sur la femme: Nicole, Galia, comme deux portraits différents et complémentaires, décalés dans le temps, de l'éternel féminin, sont confrontées toutes deux, victimes naïves, à un vrai, un beau, un sale, un gros con.

Lautner, qui s'amuse souvent assez froidement avec la mort dans ses films, trouve ici dans son travail avec le chef opérateur Maurice Fellous d'autre terrains de jeux: scènes nocturnes impeccables, poésie urbaine crépusculaire, jeu de narration passionnant... Galia est un changement fabuleux dans son oeuvre, qui permet à Mireille Darc de compléter avantageusement la galerie des personnages féminins du metteur en scène. Féministe? Certes pas. Drôle? Non, grinçant plutôt. Sensuel? Ca oui. Et noir, bien sûr, comme de l'encre... Un petit détail pour finir: Lautner joue dans son film! Il y interprète un chauffeur de camion qui engueule Mireille Darc dans la rue... Celle-ci lui répond, en se retournant: "Ne nous fâchons pas". C'était prémonitoire.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner
23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 09:33

Les saints de glace, c'est une période que la sagesse populaire situe traditionnellement à la mi-mai, une sorte de baroud d'honneur de l'hiver, avant que le printemps finisse de s'installer. Ce qui justifie le recours au jeu de mots, sans pour autant le justifier lui totalement, c'est le fait que ce film tourné à Nice, comme tant d'autres films de Lautner (qui aimait la région et était en prime ami avec le maire de l'époque, ce salaud de Jacques Médecin), est situé pour une fois dans une saison plus froide, et en porte constamment la marque: grosses fourrures sur la plage, lumière atténuée, et cols enneigés... Un petit côté glauque qui lui sied étrangement. J'avais été agacé lors d'une précédente vision, je suis maintenant, sinon conquis, en tout cas beaucoup plus enclin à ranger le film du bon côté: clairement, ce n'est pas Ils sont fous ces sorciers de sinistre mémoire.

François Rollin (Claude Brasseur) vit à Nice, et écrit: pas des romans, et rien des très noble: il est scénariste pour la télévision et pond des épisodes de série. Il fait la rencontre, sur une plage, d'une femme seule qui le fascine: Peggy (Mireille Darc). A force d'insister, il la revoit, mais elle résiste à ses avances, et surtout elle est entourée de beaucoup de monde: un mystérieux chauffeur qui la suit en permanence, un jardinier-homme à tout faire louche, et un avocat, Maître Marc Rilson (Alain Delon), qui veille sur elle avec insistance sans que les rapports entre les deux soient d'une franche cordialité. François Rollin va comprendre très vite qu'il est fort mal tombé en rencontrant la jeune femme: elle serait selon Rilson folle, et aurait tué de ses propres mains son mari... mais que voulez-vous, quand on aime, on insiste.

Ce qui séduit ici, c'est justement la froideur de l'ensemble, le parfum de mort qui entoure ces fantômes en sursis. Delon et Darc, magistraux tous les deux, dégagent un mystère qui ne sera pas élucidé par le film: quels sont, en effet, leurs rapports? Comment se sont-ils connus? que veut, enfin, Marc Rilson, qui sait pertinemment qu'aucun homme ne possédera jamais la belle blonde, puisqu'elle tue tous ceux qui s'approchent de trop près? Quel est son lien avec sa propre épouse, mais aussi avec le commissaire local (André Falcon) qui a une étrange complicité avec lui? Le jeu tout en retenue obtenu par Lautner, allié à la précision de la mise en scène, à l'acuité de la cinématographie de Maurice Fellous, tout semble aller dans la bonne direction. 

Tout, ou presque: dans cette adaptation du roman Someone is bleeding de Richard Matheson, on entre en suivant un écrivain, ce qui est un procédé assez classique, en particulier dans un thriller: voir à ce sujet les héros de Stephen King, Paul Sheldon (Misery) ou Jack Torrance (The Shining). Mais François Rollin est interprété par Claude Brasseur en roue libre, qui se comporte du début à la fin en petit dragueur Giscardien à la noix, complètement franchouillard, dont on a l'impression qu'en permanence il va sortir un briquet et allumer ses pets pour épater la galerie. Ca gâche...

Quant au jeu de mots du titre, j'avoue qu'il m'intrigue un tant soit peu: certes, il est un peu justifié par le contraste entre d'une part la passion que semble inspirer Peggy auprès de tous les hommes qui la croisent, qu'ils soient tentés sexuellement (François, le jardinier, le frère de Rilson) ou plus philosophiquement (Marc Rilson) de la posséder, et d'autre part la froideur de toute sa gestuelle, de son regard... Mais quoi qu'il en soit, le titre me paraît surtout comme une facilité un peu puérile. ...Et une dernière chose: quand ils ont tourné la scène d'ouverture, sur la plage (la rencontre entre François et Peggy), Lautner a-t-il oui ou non donné à Claude Brasseur l'instruction de renvoyer à la mémorable séquence de drague Parisienne 1825 de son père et Arletty dans Les enfants du Paradis? Je ne serais pas étonné, même si bien sûr rien ne transparaît dans le texte.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir
19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 17:36

Si, justement: Anita (Miou-Miou), récemment sortie de prison, se serait bien passée du concours de circonstances qui fait qu'un truand qui vient de subir une poursuite, et qu'on a blessé mortellement, vienne mourir dans son appartement. Et par dessus le marché, son amant Daniel (Henri Guybet), auquel elle peut tout demander, n'est pas disponible pour l'aider, ce qui explique qu'elle soit obligée de demander de l'aide, littéralement, au premier venu: Jean-Pierre Michalon (Bernard Menez), fils à papa et étudiant en médecine sans avenir, dragueur impénitent, avec à peu près autant de glamour qu'une huître, est donc le seul à pouvoir l'aider.

Et pour l'aider, ça oui, il va l'aider: piquer la DS de son père, mettre le cadavre dans le coffre, et... pris sur le fait et sommé de rendre les clés, voici que Jean-Pierre confie les clés d'un corbillard à son papa (Jean Lefèvbre), qui s'apprête à rejoindre sa maman en Suisse, mais en s'accordant quelques privautés sur la route, poursuivi par Anita, Jean-Pierre et Daniel...

Ca commence par une poursuite, qui aurait tout pour être sérieuse et spectaculaire s'il n'y avait ces exagérations en série, et ces interruptions (un truand à l'autre: "tu ne veux pas que je conduise?" alors que la voiture est à cinq mètres du sol). Lautner, qui aime à mélanger les genres, s'y adonne ici dès la première minute, avant de bifurquer vers la comédie plus fraîche au bout d'une demi-heure. Les acteurs s'amusent beaucoup, et Lautner profite comme il aimait tant le faire de la libération des moeurs pour titiller le spectateur sans trop se mouiller (si j'ose dire): sur la route, Michalon-Lefèvbre invite une jeune et jolie voyageuse à se joindre à lui, et elle s'appelle Emmanuelle, un nom qu'elle va honorer de bien des façons.

Le ton global de cette deuxième collaboration entre Lautner et Poiré est très réjouissant, et on peut sans aucun problème ranger ce film bon enfant du côté des réussites du metteur en scène, qui s'apprêtait à tourner un splendide film autour de l'obsession pornographique, On aura tout vu. Il y retrouvera Miou-Miou, une actrice avec laquelle il aimait beaucoup tourner... Rien à voir en tout cas entre cette comédie sympathique, et l'affreux navet Ils sont fous ces sorciers, également avec Guybet et Lefèvbre. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 15:45

C'est d'un roman noir de Patrick Alexander, Mort d'une bête à la peau fragile, que Lautner tire son troisième film avec Belmondo. Une fois de plus, Audiard est de la partie, pour l'une des dernières fois, mais le scénario est signé de Lautner et du nouveau venu Jacques Audiard, dont le père, évidemment, se charge des seuls dialogues.

C'est loin d'être son chef d'oeuvre...

Josselin «Joss» Beaumont, un agent secret Français, a été arrêté dans une petite dictature Africaine, alors qu'il se préparait à assassiner le président Njala, sa mission. Mais le gouvernement français ayant changé, les relations avec le président en question aussi, et c'est donc avec la collaboration active du service qui l'a envoyé que Beaumont a été démasqué. Il passe donc deux ans dans un bagne, mais s'évade de façon spectaculaire, et rentre en France juste à temps: le président Njala doit effectuer une visite diplomatique en France: l'occasion pour Joss de terminer sa mission d'une part, et de se venger d'autre part des services qui l'ont trahi...

D'une part : au moins, il y a une histoire, et Belmondo n'est pas en totale liberté comme il pouvait l'être sur le film précédent, l'infect Le guignolo. On pourra toujours discuter de l'opportunité de lui faire dire « Couscous poulet » avec un accent qui donne l'impression qu'à côté de lui Michel Leeb est Victor Hugo, pour un gag totalement idiot, et surtout pas drôle, mais dans l'ensemble, Belmondo joue. Mal, mais il joue. Un personnage bien dans sa ligne (coucheur, raciste, buveur, arbitraire, violent, manipulateur), et qui se croit drôle, bien sûr. Pour le reste, le film est aussi dans la ligne des polars de Lautner, ceux qui sont à prendre au sérieux : une ligne droite, méthodique et assez impitoyable, dans laquelle le destin montre que l'espoir n'a pas sa place, et dont les incidents peuvent ressortir du pus haut baroque.

Mais politiquement... Dans ce film ou on critique en permanence la démocratie et ou on n'utilise pour parler d'un dignitaire étranger que les mots de «négro», «nègre», voire qu'on le compare à un singe, oh, avec subtilité, mais c'est encore pire... On aime Lautner au pays des rigolos, de Bernard Blier et de Francis Blanche, pas quand il devient la concitoyen de Nadine Morano et cette vieille saloperie de Céline, l'écrivain préféré d'Audiard. C'est à fuir, il n'y a rien, mais alors rien à sauver dans ce film nullissime. Pas même la musique de supermarché d'Ennio Morricone.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Navets