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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 18:17

Après Zaza et Manhandled, Stage Struck est le dernier des trois films actuellement survivants de la collaboration entre Gloria Swanson et Allan Dwan à l'époque du muet. Gloria Swanson était une star de la Paramount, depuis ses films avec Cecil B. DeMille entre 1919 (Male and female) et 1921 (The affairs of Anatol). Une fois finie la collaboration avec le grand metteur en scène, la star était passée par une période durant laquelle elle interprétait des films pour Sam Wood, dont le seul que j'aie vu (Beyond the rocks) n'a définitivement rien de convaincant. Les films de Dwan ont de nombreux mérites, et le premier est d'avoir su faire descendre (momentanément, semble-t-il) la diva de son piédestal... Comme les deux précédents, celui-ci est une comédie, qui s'attache essentiellement à la vie du personnage interprété par Gloria Swanson.

Dans une toute petite bourgade de Virginie Occidentale, sur les bords de l'Ohio, Jennie Hagen (Swanson) est serveuse dans un petit restaurant familial, et elle rêve: elle se voit sur les planches, où on pourra venir l'admirer sans réserve. Non qu'elle ait la vocation du théâtre, non: c'est qu'Orme (Lawrence Gray), l'employé du restaurant qui fait les crêpes, est fou de théâtre, et obsédé par les artistes. Jennie est donc persuadée qu'il n'aura d'yeux que pour elle à partir du moment où elle sera une grande artiste. Quand un "showboat" accoste en ville, avec sa promesse de spectacles pour tout le monde, il amène de nouvelles actrices pour l'admiration d'Orme, dont la sculpturale vamp (Lillian Lyons), mais aussi une opportunité de percer enfin sur les planches pour Jennie...

C'est un film formidable, qui se situe dans une Amérique qui est à peu près celle de Harold Lloyd (dans son versant "rural"), avec des situations qui permettent à Gloria Swanson de déployer toute l'étendue de son talent, dans le rôle d'une jeune femme inepte à force de vouloir bien faire. Et on est parfois proche de Buster Keaton, dans une mise en scène qui suit le personnage principal: Allan Dwan et Gloria Swanson ensemble, avaient tout compris à la comédie. Et ce film touche constamment juste, sans jamais se moquer des personnages, mais sans non plus les épargner totalement. Gloria Swanson se moque ouvertement de s propre image avec un humour assez féroce, et pratique sans aucune retenue la comédie physique! Il faut la voir participer à une désastreuse parodie de match de boxe (arbitrée par le grand Ford Sterling), ou accrochée à l'ancre d'un bateau, avec deux gants de boxe dont elle n'arrive pas à se débarrasser...

Si on ajoute l'excellente surprise d'une utilisation du Technicolor (Sur un rêve de théâtre en tout début du film, puis sur le final en forme de conte de fées) qui est exemplaire, voilà 84 minutes à voir et revoir. Quel dommage que la collaboration entre le metteur en scène et la star ait fini avec ce film...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Allan Dwan Gloria Swanson 1925
14 janvier 2018 7 14 /01 /janvier /2018 12:01

C'est après la période durant laquelle elle était la star des films de Cecil B. DeMille, que Gloria Swanson, sur l'avis de son mentor et ami, avait accepté la proposition de la Paramount de la mettre en vedette des films de Sam Wood. Beaucoup de ces productions sont perdues, mais Beyond the Rocks, on s'en rappelle, avait fait l'objet d'une redécouverte majeure lorsqu'une copie quasi complète avait pu être assemblée après que toute trace du film ou presque avait disparu depuis 1925...

Dans le film, l'étoile confirmée Gloria Swanson y partage la vedette avec un relatif nouveau venu, Rudolf Valentino, et c'est le seul film dans lequel ils ont joué ensemble. On attendrait presque, naïvement, que la rencontre ait produit des étincelles... Il n'en est rien.

En Angleterre, dans les années 20, La belle Theodora Fitzgerald est la troisième fille d'un monsieur très bien, mais dont la fortune a été mise à mal. es deux acariâtres demi-soeurs ont d'ailleurs poussé leur père à arranger un mariage avec un brave type, mais bon, il n'a rien de folichon... Mais Theodora a une étrange manie, celle de se mettre en danger: une promenade en barque? elle tombe à l'eu et bien sûr elle ne sait pas nager... Une promenade en montagne? Elle tombe là encore, et s'il n'y avait une corde pour la retenir elle irait s'abîmer dans un précipice. Mais le hasard fait bien les choses, car à chaque fois, la fortune veille sur elle: le beau jeune homme, comte de surcroît, la sauve... Bien sûr il s'avère qu'ils sont faits l'un pour l'autre, et bien sûr, leur destin semble en avoir décidé autrement. 

A moins que...

Oui, je sais: ce résumé est bien plus enlevé, plus dramatique, que ne l'est le film, hélas. Ceux qui ont parlé de découverte majeure, voire de chef d'oeuvre, sont sans doute ceux qui n'ont jamais vu un seul film muet de leur vie. Il y en a, et certains osent se prétendre historiens du cinéma... Bref: Beyond the rocks est un film plus que moyen. Il ne capitalise que sur une seule chose: la confrontation entre ses deux stars. Ceux-ci assurent décemment le strict minimum, tout comme Sam Wood qui bénéficie de moyens considérables (décors, costumes, éclairages, sont particulièrement soignés) mais ne s'adonne à aucune idée de mise en scène qui aurait un peu pimenté la sauce. Il n'a même pas tiré partie de deux scènes qui louchent un peu sur les productions de DeMille, l'une dans laquelle les deux amoureux s'imaginent hors du temps, pouvant enfin laisser lire cours à leur sentiments, et l'autre dans laquelle ils sont déguisés en personnes de la toute fin du XVIIe siècle pendant une fête. De l'une ou l'autre de ces deux scènes, il ne sortira pas grand chose...

Pas d'humour, pas de suspense, pas de surprise. C'est un écrin splendide, mais désespérément vide. Les films de DeMille sont parfois idéologiquement suspects, gonflés, prétentieux, même ridicules. mais ils ont une âme, et c'est de l'art!

Ici...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Gloria Swanson
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 09:10

Gloria Swanson a probablement du apprécier le changement radical dans sa carrière que lui a apporté la décision de confier la réalisation de trois de ses films à Allan Dwan, le franc-tireur qui avait non seulement survécu aux années 10 (il a débuté en 1911) mais aussi à la prise de pouvoir par les studios! Miss Swanson aussi, en 1923, tient du vétéran: certes, elle n'a débuté en 1915, mais elle a eu sa période avec Mack Sennett, puis au moins deux passages importants à la Paramount; d'une part, elle a bien sûr été une actrice de tout premier plan chez Cecil B. DeMille (Male and female, The affairs of Anatol), puis elle a été dirigée vers l'unité de Sam Wood pour lequel elle a interprété des rôles dramatiques (Beyond the rocks) mais elle s'ennuyait ferme. Donc Zaza est l'un des premiers pas pour raviver une carrière qui menaçait de tanguer sérieusement...

Et on se rappelle de quelle Peggy Pepper, devenue Patricia Pépoire, dans le film Show people de King Vidor (1928), se voyait rappeler la comédie, ce milieu dont elle venait, au moment ou elle n'en finissait pas de devenir hautaine et méprisante: il y avait, bien sûr, du Gloria Swanson dans ce portrait amusé effectué par Marion Davies; et Zaza, c'est un peu la quadrature du cercle pour Miss Swanson...

Le film provient d'une pièce à succès des music-halls Parisiens, vaguement inspirée elle-même par Nana dont ce film devient un peu une version "rose", édulcorée et centrée autour de la comédie. A paris, le théâtre Odéon a une vedette incontestée, qui a la première place dans le coeur du public: Zaza (Gloria Swanson) se comporte d'ailleurs comme une insupportable diva capricieuse, ce que l'actrice Florianne (Mary Thurman) a bien du mal à supporter dans la mesure où elle était auparavant la star... Mais si Zaza a bien le comportement détestable d'une actrice imbue d'elle-même qui revendique un traitement à part, elle est aussi folle amoureuse d'un homme, le diplomate Bernard Dufresnes (H. B. Warner) qui vient fidèlement la voir tous les soirs. Il y a un peu de rivalité avec Florianne pour le séduire, mais ça ne durera guère: Dufresnes n'a d'yeux que pour Zaza. 

Seulement, il est marié...

Du coup, on a tout Swanson en un seul film! Dwan a su combiner avec bonheur les capacités de sa star, qui vampirise l'écran avec un bonheur rare! Elle échappe aux clichés en se livrant corps et âme à son rôle, aidée par un casting impressionnant (on décernera une mention spéciale à Lucille La Verne qui joue l'alcoolique mondaine qui recueille au théâtre comme dans les salons les confidences de Zaza) et une réalisation superlative: Dwan se joue de tous les écueils, de ces faux extérieurs tournés dans un studio, qui reconstituent une rue impossible d'un village Français sublimé, de ces scènes durant lesquelles il devra diriger la foule en sachant qu'on n'aura d'yeux que pour la star... Le film ne prend pas trop son temps (84 minutes), le ton est constamment léger, entre drame et comédie, et c'est un régal. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1923 Allan Dwan Gloria Swanson
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 16:39

Avec une réalisation d'Allan Dwan, un scénario de Frank Tuttle et la photo d'Arthur Rosson, on peut considérer Gloria Swanson fort bien entourée... Et ce qui frappe, dès le début du film, c'est l'excellente tenue du slapstick proposé; car en effet, après avoir été sur 5 films la muse de Cecil B. DeMille, puis celle de Sam Wood, dont les films ont eux aussi contribué à forger une image distante de star intouchable pour la belle actrice, Allan Dwan a décidé de changer un peu les choses. Dans Manhandled, on retrouve un thème exploré à deux reprises par DeMille, dans The golden chance d'une part, puis dans son remake Forbidden fruit: la différence impossible à réduire entre les gens de la bonne société et les autres. Et sous couvert, dans les deux films, de vaguement critiquer les riches pour leur côté hautain, on se retrouvait finalement avec les pires clichés sociaux, les pauvres étant finalement destiné à la canaille, l'alcoolisme et la médiocrité... Avec Manhandled, Dwan est honnête, et il est aussi assez proche d'un Harold Lloyd (Safety last, bien sûr) dans sa peinture d'une Amérique moderne, en mouvement, dans laquelle les opportunités sont finalement offertes, il faut donc savoir les saisir au bond...

Tessie (Gloria Swanson) et Jim (Tom Moore) sont deux amoureux de la classe ouvrière. Elle est vendeuse dans un grand magasin, et lui plombier. Il est ambitieux, inventeur à ses heures, et il tente de tout faire pour décrocher un brevet sur une de ses trouvailles. Le résultat c'est qu'il a moins de temps pour sa fiancée. Donc un soir, celle-ci est invitée (Ou réquisitionnée...) par le fils de son patron, le playboy Chip Thorndyke (Arthur Housman), pour se rendre à une soirée où elle va être confrontée à des gens de la très bonne société, dont un sculpteur qui l'engage afin qu'elle pose pour lui, car elle l'a subjuguée. Puis après une expérience malheureuse (Le grand artiste ayant les mains baladeuses), elle est engagée pour un travail inattendu, celui qui consiste à prétendre être une riche héritière Russe... Mais pendant ce temps, Jim ronge son frein...

Le film commence par quinze minutes de mouvement, de gags observés finement, essentiellement consacrés à la vie quotidienne de Tessie. C'est une belle surprise, et une belle revanche pour celle qui a tant incarné de comtesses et autres bourgeoises à salle de bain géantes. Elle est excellente dans la comédie dite "physique", et ce n'est après tout pas une très grande surprise pour une actrice venue de chez Sennett. Et Dwan joue à fond la carte de la comédie sophistiquée sur le reste du film, le ton restant très léger...

Mais la charge est là, bien là: ces gens qui en engagent d'autres pour jouer le rôle de personnalités inexistantes, ou qui tentent de créer un art "uniquement plastique", sont aussi vides que leurs créations, et force reste ici aux deux protagonistes de la classe ouvrière, Gloria Swanson (Ironiquement, future Marquise de la Falaise, mais c'est une autre histoire) et Tom Moore. Un joli film, qui confirme décidément l'intérêt de redécouvrir les oeuvres muettes d'Allan Dwan. Et sinon, ce film est une rare occasion de découvrir Arthur Housman sobre. Pour qui l'a vu chez Laurel et Hardy, ou dans Sunrise, c'est assez étonnant.

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Published by François Massarelli - dans Allan Dwan Muet Gloria Swanson Comédie 1924
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 10:32


Après The Wedding March et ses déboires, et alors même que la question de la deuxième partie soit réglée, Stroheim reçoit une nouvelle proposition, qui va un temps faire croire que le réalisateur n’est pas totalement lessivé. Gloria Swanson, désormais indépendante après sa gloire à la Paramount, vient de triompher dans un film qui avait tout pour faire scandale, Sadie Thompson : une intrigue de sexe et de sueur, un prêtre tenté par la chair, un couple d’acteurs anatomiquement configurés (Swanson et le réalisateur, Raoul Walsh), et un décor d’îles moites. Sous la bannière de la United Artists, Gloria est prête à relancer la machine, et qui mieux que Erich Von Stroheim pour enchérir plus avant sur le scandale. Vrai, lorsque la UA a publié ses sorties programmées pour l’automne-hiver 1928/29, The swamp y figure en troisième position, et il est bien spécifié que Stroheim en sera le réalisateur. Celui-ci est bien sur l’auteur, et si la présence d’une star comme Swanson est une compromission, c’est pour l’instant la seule: le script, épique, est approuvé.

The Swamp, rebaptisé Queen Kelly, concerne à nouveau un petit royaume d’opérette, dans lequel la reine folle s’apprête à convoler en justes noces avec son prince favori. Celui-ci, surnommé Wild Wolfram en raison de ses multiples conquêtes et fréquentations, se sent en vérité prisonnier de cet arrangement, et lorsqu’il rencontre la jeune et jolie pensionnaire d’un couvent voisin (Patricia Kelly), il en tombe illico amoureux. Découvrant l’affaire, la reine fait chasser la jeune fille, qui tente de se suicider, mais sans succès. La reine épouse le prince, et Patricia Kelly apprend en rentrant au couvent que la vieille tante qui paye ses études depuis son enfance est mourante et s’apprête à lui léguer son affaire (Un restaurant ou une maison de danse) dans une poisseuse et lointaine colonie. Kelly s’y rend, est obligé de faire un mariage avec Tully Marshall pour affaires, devient riche et respectée, et lorsque le prince Wolfram, veuf, devient le Roi, il l’appelle à ses cotés.
Les similitudes avec The merry widow sont tellement nombreuses que ça en devient embarrassant. Stroheim a toujours dit le mal qu’il pensait de ce dernier film, mais pourquoi en calquer l’intrigue à ce point? D’autant que les commentaires de Stroheim lui-même sur Queen Kelly, a priori et a posteriori, vont tous dans le même sens: Queen Kelly allait être son chef d’œuvre…

De toutes façons, le film ne se fera pas: commencé en fanfare en novembre 1928, à l’issue d’un casting qui fut long et laborieux, le tournage s’arrête au tiers, en janvier 1929. Swanson elle-même, d’abord subjuguée par son metteur en scène, puis interloquée par sa lenteur et son perfectionnisme excessif, puis horrifiée dira-t-elle par les véritables intentions de l’auteur (Ah bon, ce n’était donc pas une école de danse ?) verra rouge lorsque Stroheim demande à Tully Marshall de lui cracher du jus de tabac dans la main. Honnêtement, peut-on la blâmer?
Un petit retour en arrière s’impose: alors que la production de Sadie Thompson s’est déroulée de façon assez traditionnelle, Queen Kelly a été produit sous la houlette d’un nouveau venu, financier de Boston décidé à faire des affaires à Hollywood, Joseph Kennedy. Devenu l’amant de Gloria Swanson (Quelle famille), Kennedy va laisser l’actrice exercer son autorité morale sur le tournage. Swanson était-elle compétente en la matière? Etait-ce une bonne idée de se lancer si tard dans un film muet ? En tout cas, un grand nombre de choses semblent lui avoir échappé, et la situation dans laquelle elle s’était fourrée avec son financier n’a pas du arranger les choses. De son coté, Stroheim a fait ce qu’on attendait de lui : des tournages longs, harassants, pénibles, pour un résultat certes visuellement magnifique, mais que la censure ne pouvait que rejeter; la scène d’ouverture, avec la Reine qui se réveille, est du pur Stroheim: des plans d’objets nous renseignent sur la vie dissolue de cette reine qui a du champagne à son chevet, des cachets, le Décameron de Boccace et bien sur des statues érotiques partout, dans son palais, mais le coup de Grâce est asséné par Stroheim lorsqu’il nous montre Seena Owen, nue, déambulant d’un pas mal assuré (Elle se lève saoule) au milieu de gardes impassibles. L’actrice a fort peu goûté les journées de tournage dans le plus simple appareil…
Lassée de toutes ces extravagances, Swanson appelle Kennedy et lui ordonne de virer le réalisateur. Kennedy profitera de la débâcle pour jouer un tour de cochon financier à sa maîtresse, mais cela sort du sujet.
Une fois Stroheim viré, Swanson restera longtemps avec le film sur les bras, allant jusqu’à sortir le prologue (Jusqu’au suicide) en y apposant une fin postérieure au licenciement de Stroheim dans laquelle le prince (Walter Byron) se fait hara-kiri devant le corps de son aimée. On ne sait toujours pas qui l’a tournée: le nom de Edmund Goulding est souvent avancé. Cette version ne sera pas montrée aux Etats-Unis, et sortir brièvement en Europe et en Amérique du Sud. Les séquences du marais, avec le fameux mariage, ont été partiellement trouvées (Deux bobines, en fait), et montrent un parallèle intéressant avec le reste du film, mais on se demande, à les visionner, comment il a pu échapper si longtemps à Gloria Swanson qu’il s’agissait d’un bordel… Comme le fait remarquer Richard Koszarki, c’est le genre de lieu dans lequel devait travailler Sadie Thompson.

Outre la parenté douteuse avec The Merry Widow, Queen Kelly souffre sans aucun doute des circonstances dans lesquelles il avait été tourné, et à n’en pas douter, Stroheim fait du Stroheim. Le résultat est selon moi impossible à juger, et si la splendeur visuelle de certaines scènes est admirable, le film en son état se traîne, ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’il est essentiellement réduit à on prologue. Ni Swanson, ni Byron ne sont convaincants, même si Gloria reste toujours charmante. Elle est bien meilleure en jeune femme farouche qui découvre l’horreur de sa vraie situation à Poto-poto, mais il ne s’agissait peut-être pas d’une composition. Tully Marshall est fidèle à lui-même, et Seena Owen est plutôt convaincante en particulier dans la célèbre scène du fouet. L’obsession érotique est particulièrement mise en valeur par le recours aux statues et l’omniprésence des tableaux grivois dans le palais, et on déborde du réalisme soi-disant cher à Stroheim pour entrer de plain-pied dans un univers plus proche de celui de Sternberg. Et puis à quoi bon ? Le film n’est pas fini.

Reste à reprendre l’énigme: Stroheim se fichait-il du monde lorsqu’il disait que ce film serait son chef d’œuvre? Pour un menteur invétéré comme lui, pourquoi pas? Mais je crois, à la lumière de ce qui reste de son œuvre, que le metteur en scène se mettait, à chaque film, en position de tout recommencer, et chaque film à faire était le plus grand enjeu de sa carrière. Chaque film était le premier, les autres ne servant finalement que de brouillon. Chaque film prenait toute son attention, il ne voyait rien d’autre: la surveillance de plus en plus inquiète d’un Thalberg ; la situation d’un Goldwyn, qui passe d’une confortable indépendance au cadre plus rigide de la MGM; la déferlante du parlant… Tous ces évènements, Stroheim les a ignorés, préférant se concentrer sur ses films, et considérant chaque film comme le premier. A la fin des années 20, et autour de Queen Kelly, je suis persuadé que cet aveuglement finit par tourner à vide. Il lui était sans doute utile d’un certain point de vue, et cela lui a sûrement permis de survivre aux mutilations de ses films, mais cela l’a sans doute aussi constamment desservi: cet artiste exigeant a été l’artisan de sa propre chute, par son intransigeance et son incapacité à doser son génie: chaque film devant prouver l’étendue de son talent, il a tout brûlé. Le résultat est sans appel: après Queen Kelly, plus un seul nouveau film ne créditera son nom au poste de metteur en scène. Il y aura malgré tout des tentatives…

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Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet 1929 Gloria Swanson