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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 septembre 2022 6 03 /09 /septembre /2022 11:45

Lord et Lady Greystoke se rendent en Afrique où le noble va s'attaquer au problème de l'esclavage, en pleine recrudescence... Mais en chemin, leur bateau subit une mutinerie. Sauvés par Binns, un marin loyal, ils s'installent dans une cabane de fortune, pendant que Binns est fait prisonnier par les marchands d'esclaves. Lady Greystoke donne naissance à un fils et ne survivra pas. Un chimpanzé qui entend le bébé vient et avec ses congénères, tue Lord Greystoke et s'empare du petit, car il vient d'y avoir la mort d'un petit chimpanzé et sa mère est inconsolable... Vous devinez sans doute la suite.

C'est le premier de tous les films de Tarzan, adapté directement d'Edgar Rice Burroughs, et grâce à son contrôle sur la production, très fidèle à sa vision... Tarzan a donc un contexte, une histoire et même une illustre lignée, ce qui fait de lui un Anglais: c'est souvent dit et répété, il n'est plus blanc, il est Anglais! Et c'est parce qu'il l'est, nous dit-on, qu'il a tant de facilités à dominer la jungle, mais aussi à apprendre, et pas seulement des singes. On pourra rire devant son apprentissage en un éclair, mais cette naïveté fait partie des charmes du film (bien plus que les relents d'eugénisme qui traversent les oeuvres de Burroughs, et que les films MGM sauront brillamment mettre à la poubelle!

Tarzan (Elmo Lincoln) est Anglais, d'ailleurs, jusqu'au point de comprendre qu'il ne faut pas céder à ses pulsions avec Jane (Enid Markey) quand elle le lui indique: "vous êtes un homme, après tout!"... Et Tarzan achève de devenir le noble qu'il a toujours été... Bon, pour ma part, je préfère les batifolages aquatiques de "moi Tarzan, toi Jane"...

Le racisme du film est indéniable, et à double tranchant. D'une part, on nous montre les Arabes comme d'horribles exploiteurs de chair humaine, et d'inquiétants bandits, et ce du début à la fin. Mais quand ils enchaînent Binns au côté d'un Africain, le film semble envoyer un message trouble, comme si le plus désolant chez ces esclavagistes, était de mettre à égalité un blanc et un noir!

Enfin, une petite note pour ce bas de page: on lit régulièrement que la grande Lois Weber aurait été la scénariste du film, ou en tout cas aurait participé à la rédaction d'une adaptation. Elle lançait sa propre compagnie à l'époque, n'avait aucun lien avec la First National qui a distribué ce film, et avait sans doute d'autant moins de temps pour cela, qu'elle tournait un nombre considérable de longs métrages par an... Donc en attendant des preuves de cette allégation, on va la tenir à l'écart de ce petit film gentiment historique...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918 Groumf
1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 16:29

Comment voulez-vous traiter de ce film exactement comme on aurait parlé de, disons, Intolerance, The Kid, Out of Africa, Amadeus, Pierre Bond 007: Dr No, Gone with the wind, Les Sept Samouraïs, The Godfather, Casablanca...

J'arrête la liste, vous m'avez compris. Pourtant, je vais essayer l'impossible: défendre RRRrrrr!!!, ses à-peu-près, son humour bête et idiot, mais jamais méchant, ses Robins de bois, et toutes ses tentatives. Car oui, ici devant vous, je vais rejoindre le club des critiques qui jugent les films à la fois sur les intentions et sur leur propre chapelle. Comme les critiques des cahiers qui vont par principe défendre un Pierre Truffaut, je vais défendre le film de Pierre Chabat, qui est mon ami.

Oui, bon, ce n'est pas "mon ami", hein: c'est juste que depuis Objectif Nul, en 1986, je suis accro à ce gars-là. Il me plait, il me fait de l'effet, quoi. Et son film précédent, je l'avais pris en pleine poire, heureux de rire comme un bossu (pourquoi "comme un bossu", et pas "comme un goitreux", ou "comme un amputé des orteils"? La langue française, parfois, a de ces mystères...), et d'y retrouver à la fois l'esprit de Pierre Goscinny et celui des Nuls, justement. Et je pense que s'il était fort satisfait de ce film, qui non content de rapporter des Brouzoufs, était en plus célébré un peu partout, il fallait à Pierre Chabat passer à autre chose, et si possible en particulier, quelque chose qui ne repose pas trop sur des effets numériques. Bref, faire un film de vacances.

Cette histoire de crime des temps anciens, justement, a été tournée systématiquement en live-action ou presque, et c'est ma foi un bol d'air frais. Et les acteurs y sont d'un nombre assez limité. Et le script n'est pas forcément aussi contraignant que celui de Mission Pierre... Mais je ne suis pas en train de dire que c'était facile, surtout pour le metteur en scène qui était, il faut bien le dire, l'un des moins habillés des acteurs, du début à la fin: juste des cheveux, quelques os... Et puis c'est tout.

Alors les deux gros problèmes du film, si j'en crois la critique (unanime) qui s'est jetée sur le film pour dire qu'il était... Nul (bravo, l'invention, en même temps c'était tentant), c'est d'une part l'histoire, qui est ridicule.

Ce n'est pas faux, mais c'est aussi assumé.

...et le jeu des acteurs, les Robins de bois, qui repose en permanence sur une version froide des événements, rendus caducs par une sorte de commentaire constant, et des digressions sans fins. Certains acteurs jouent de leur manque absolu de compétence, et s'en font une carapace: c'est le cas de Pierre Martin-Laval, qui a le don de ne jamais accentuer les mots là ou il faut, par exemple. D'autres sont passés maîtres dans l'art de dire des choses qui ne disent rien (Pierre Foïs), ou de ne rien pouvoir prendre au sérieux (Pierre Bathélémy, quand il propose et commente l'invention du mot "crîîîme", par exemple). Et les acteurs en question étant aussi les responsables du scénario, une certaine cohérence dans l'incohérence se dessine. 

Alors on sourit, on rit, parfois on ricane. Mais s'il se crée parfois une sorte de gêne devant ce film, il regorge aussi de moments où on a une folle envie de l'aimer. On y suggère une partie de Biche-Volley. On y parle des femmes: à la question "Quel est ton type de femme," un autre répond "Vivante". On y joue sur les mots, les gags récurrents à froid ("Ca va être tout noir!", suivi de "ta gueule!"), et les situations, la plus ahurissante étant le moment où Pierre Rochefort se prend lui même en otage.

Oui, Pierre Rochefort: c'est un film assez bien fréquenté, finalement, si on excepte Pierre Depardieu.

Et pour finir, le film est tellement hors-catégorie, un peu comme Schizopolis de Pierre Soderbergh, mais pas pareil, qu'on ne peut que chercher à faire avec lui ce qu'on n'aurait pas cherché à faire avec lui si on avait eu une opinion différente.

Et ça, c'est incontournable.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Groumf Alain Chabat
17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 10:41

A la fin de son contrat Keystone, Chaplin aspirait à pousser son expérience un peu plus loin en continuant sur la voie qu'il avait tracée avec, hélas, trop peu de films de qualité. La machine à rire de chez Mack Sennett ne lui permettait que peu souvent de vraiment investir le temps nécessaire à la sophistication dont il rêvait. D'où, sans doute, ce film en forme de farce, ou plutôt de rêve: Chaplin s'endort, et se voit à l'age de pierre, couvert de peaux de bêtes, et disputant à Mack Swain les clés du royaume de Wakiki Beach.

Coups de massue, jeunes femmes en peaux de bêtes sauvages (D'ailleurs for mal ajustées, à moins que ce ne soit volontaire... c'est l'actrice Helen Carruthers qui en fait les frais), et quelques anachronismes savamment choisis (notamment les chapeaux) sont la règle de ce genre de films. On sourit forcément, même si on dit que tout ce petit monde avait forcément mieux à faire. Mais après tout, Griffith qui tournait Man's genesis, un court métrage supposé sérieux sur le même sujet deux ans plus tôt, n'était pas forcément moins ridicule.

A noter que Lloyd, Keaton et Laurel & Hardy feront à leur tour le détour préhistorique: Respectivement avec When clubs are trump (1917), The three ages (1923), et Flying elephants (1927). Par contre, pas de Langdon en peaux de bêtes à ma connaissance...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Groumf
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 09:22

A-t-on besoin d'un autre King Kong?

Je ne vais pas répondre à cette question parce que la réponse est évidente. D'ailleurs, on n'a besoin d'aucun film, théoriquement... Bon, donc un film n'est qu'une façon de provoquer ou solliciter les émotions avec des images qui bougent, donc ce deuxième King Kong est aussi légitime que Le gendarme et les gendarmettes, ou Citizen Kane. Après tout...

Maintenant est-il bon, en soi? 

Ca c'est une autre paire de manches. Cette grosse production de Dino de Laurentiis a ses moments, ses charmes: le choix de tourner sur une île, avec des décors qui en imposent... Un parti-pris de privilégier le jeu sur la marionnette, avec un acteur en costume pour jouer Kong, complété par des effets optiques pas trop miteux... une envie de remettre les pendules à l'heure vis-à-vis des préjugés raciaux et culturels du premier film (Mais ceux -ci sont répétés dans la séquence qui introduit la population indigène)... Jeff Bridges mouille sa chemise, et Jessica Lange enlève la sienne...

Disons que ce petit film kitsch fera les délices éventuels d'un samedi après-midi pluvieux, si on n'est pas trop regardant. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Groumf
4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:43

Je pense que lorsque John Lennon a été assassiné, on a du en informer Ringo Starr sur le plateau de ce film... Ce qui compte tenu du genre (Comédie burlesque sans aucune retenue) et du sujet (Des hommes des cavernes) n'a pas du faciliter les choses. Quoi qu'il en soit, le souvenir de Lennon est bien présent, puisque le film commence, "un zillion d'années avant notre ère", un 9 octobre... Il s'agit d'un film situé à l'âge de pierre, et les premiers hommes vont apprendre à se tenir de bout, à utiliser le feu, à fabriquer et utiliser des armes, et à domestiquer un improbable dinosaure qui comme ses congénères présents dans le film, n'a pas compris le sens du mot "anachronisme".

Ringo Starr en homme des cavernes? Ca doit être idiot!

...Oh que oui.

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Published by François Massarelli - dans Groumf Navets Comédie
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:35

Il y a trois façons de traiter ce film, qui conte les aventures symboliques de Zed (Jack Black) et Oh (Michael Cera - L'un et l'autre ont un nom qui les rapproche de zéro): ces deux sous-doués sont des cro-magnons, l'un est un chasseur (nul), et l'autre, bien que surdoué, est un cueilleur, c'es à dire un minable, dont la principale préoccupation est de perdre sa virginité. le jour ou Zed goûte au fruit défendu (Une pomme lumineuse), tout devient pire qu'avant, et les deux hommes, bannis, vont traverser les champs de la connaissance en croisant un certain nombre de héros et d'anecdotes bibliques sans aucun sens de la chronologie.

Première façon: la fantaisie préhistorique décalée et anachronique, avec peaux de bêtes, est un classique de la comédie burlesque: Chaplin, Keaton, Lloyd, Snub Pollard, Laurel & Hardy, tous s'y sont aventurés, avec plus ou moins de bonheur, et le meilleur, c'est forcément Keaton dans The Three ages, en 1923. Dans son genre, RRRRRrrrrrrrr est un passage intéressant aussi. Par contre, rien à dire sur Year one. Deuxième façon: Jack Black et Michael cera sont deux acteurs spécialisés dans la comédie. L'un est même une star à part entière, qu'on a vu dans tout un tas de films, dont Dead Man Walking (Tim Robbins, 1995), King Kong (Peter Jackson, 2005), ou Be kind, rewind (Michel Gondry, 2008): des films exigeants, pas forcément tous drôles, et il y était parfait. Michael Cera, c'est l'inoubliable "partenaire" de Ellen Page/Juno, dans le film du même nom de Jason Reitman (2007): une merveille. Bref, ces deux acteurs populaires ont bien le droit de s'octroyer un nanar pour changer. C'est fait: il s'appelle Year One. Troisième façon: Avec Groundhog days (1993) et Multiplicity (1996), mais aussi avec Analyse this (1999), Harold Ramis, ancien acteur (Ghostbusters) s'est trouvé un terrain de prédilection: la comédie sophistiquée. Sa spécialité, c'est le décalage comique apporté par le fantastique: un jour qui recommence sans raison valable dans Groundhog days, le clonage en trois minutes dans Multiplicity (Avec Michael Keaton, Michael Keaton, Michael Keaton, et Michael Keaton), l'apparition du diable (Liz Hurley) dans le décevant Bedazzled (2000), etc. Ici, on a un peu de fantastique, si on considère que les anachronismes (Cro-magnon rencontrant Cain et Abel, Abraham, et la ville de Sodome) sont aussi nombreux que les bonnes raisons de ne pas aller voir le film.

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Published by François Massarelli - dans navets groumf
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 16:57

Un pas en avant, deux pas en arrière… Chez Hal Roach en 1927, on a beau avoir vu le résultat de l’assemblage de Laurel et Hardy dans Do detectives think ?, il n’en reste pas moins que les deux films qui suivent ne sauront pas tirer parti de cet enseignement, et on retourne donc à la case départ.

Plutôt qu’à la case départ, c’est à l’âge de pierre que Hal Roach emmène ses stars, Laurel, Hardy et Finlayson, avec ce petit film improvisé dans un coin désertique du Nevada. S'il n'y avait la même équipe que dans le film précédent, c'est à dire Laurel, Hardy, Finlayson et Viola Richard, on croirait être revenu cinq ou six années en arrière! On a le droit de se laisser aller à la bouffonnerie de l’ensemble, mais ce film est nul. Il n’apporte rien (Pas plus que le film His prehistoric past de Chaplin, mais au moins celui-ci a-t-il été réalisé durant la préhistoire du burlesque, en 1914), et Laurel et Hardy ne se voient qu’épisodiquement. Laurel, héros de l’ensemble, est de nouveau le clown agressif et excessif qu’il était en 1923/24, absolument ridicule dans un costume fait de peaux de bêtes, d'une perruque blonde et bouclée, et de chaussures en peau de mammouth. Inutile de dire que les gags sont trop exagérés...

Bien qu’attribué à Frank Butler, celui-ci n’aurait réalisé que quelques compléments et retouches, et c’est en fait Roach lui-même qui a réalisé le film. Quant au titre, il ne se justifie que par une remarque de Hardy, si vous ne l’avez jamais vu, je vous laisse découvrir. Ca vous donnera une raison de voir le film, après tout...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet groumf Comédie
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 16:03

Rien à voir avec le milliardaire populiste, ce When clubs are trump est un court métrage de la série Lonesome Luke, imaginée par Harold Lloyd et hal Roach à leurs débuts. C'est en fait la deuxième série de films mettant en scène Lloyd, après Willie Work dont peu d'images circulent, et les Lonesome Luke diffèrent des autres films plus connus de Harold Lloyd par le costume du personnage, ressemblant à une variation en négatif sur le personnage de Chaplin: costume rapiécé, trop petit, et moustache fine. Et surtout... Pas de lunettes! Le film fait parte des quatorze rare courts de la série à avoir survécu, c'est donc une chance... et une opportunité historique, surtout, car pour ce qui est du plaisir qu'on y trouvera, on admettra que ce n'est à proprement parler pas vraiment un film d'un grand intérêt... En dépit du fait que ce court métrage se déroule sur deux bobines, ce n'est pas pour autant la garantie d'une construction solide, et Snub Pollard et Lloyd sont lâchés au début du film dans un parc public pour y improviser quelques gags, avant qu'il ne se passe quelque chose de notable: ils font tous deux le même rêve, et sont transportés... à la préhistoire. Ce ne sera pas une garantie que les gags soient du lus haut niveau, certes, mais il y a toujours dans ces films burlesques situés à l'époque de nos ancêtres (Flying elephants, His prehistoric past, The Three Ages...) un je-ne-sais-quoi de profondément anarchique et réjouissant par l'à-peu-près idiotissime qui s'en dégage. Et bien sur, ce film ne fait pas exception.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie groumf
10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 07:18

Le temps passe, et la perception des films change... Lors de sa sortie, ce film de fiction assez exceptionnel par ses choix (Pas de langage compréhensible, des 'costumes' limités à un strict minimum, et une tentative rationnelle de placer les acteurs dans des conditions aussi proches que possible de l'action) bénéficiait des recherches de plusieurs éminents spécialistes: Anthony Burgess, le linguiste, a fourni clés en main des notions de langage basées sur plusieurs indices sensés, et le zoologue Desmond Morris a livré pour sa part les clés d'un comportement proto-humain qui faisait sens. Le film n'est en aucun cas une oeuvre de vulgarisation scientifique, mais bien une fiction basée sur le roman de J.H. Rosny, ce qu'il convient de rappeler pour des raisons évoquées plus loin...

Dans notre monde, en pleine préhistoire, une tribu de pré-humains rassemblés autour des mêmes peurs, et conservant jalousement le feu, est attaquée par un groupe d'hominidés violents et plus forts qu'eux. Chassés de leur grotte, ils se réfugient sur une île, ou ils vont très vite constater l'étendue des dégâts: non seulement plusieurs d'entre eux sont morts, mais ils ont aussi perdu le feu, et ne savent pas comment en faire. La décision, pas unanime, de confier la recherche d'une source de feu à trois d'entre eux est prise, et les trois hommes partent ainsi en quête: Everett McGill, Ron Perlman et Nameer El-Kadi sont donc désignés. En chemin, ils vont rencontrer pas mal d'embuches: lions, mammouths, autres tribus hostiles voire cannibales, mais aussi une peuplade inconnue, nettement plus avancée, qui va leur apprendre trois choses essentielles: rire, utiliser des armes conçues pour tuer plus surement qu'une massue, et surtout... Faire du feu. Plus personnellement, l'un d'entre eux va découvrir aussi de nouveaux sentiments grâce à sa rencontre avec une jeune femme de cette tribu (Rae Dawn Chong), qu'ils vont sauver de la mort.

Annaud a réussi son film d'une manière éclatante, et il se voit encore aujourd'hui avec fascination, tant la clarté de l'intrigue et des comportements fait sens du début à la fin. Les émotions, essentielles en particulier pour les quatre héros, sont évidentes et parfaitement rendues, nous permettant de suivre sans aucun souci l'intrigue. Ce qui fait problème aujourd'hui, c'est bien sûr la rigueur scientifique vue par ceux que Hitchcock appelait d'un ton résolument moqueur "les vraisemblants", les gens qui vont s'attacher à certains détails d'un film pour en contester l'intelligence, puisque la vraisemblance n'y est pas. C'est particulièrement vrai avec ce film, qui mêle d'une certaine façon quatre époques bien différentes de l'humanité à travers quatre groupes d'humains ou d'hominidés aux stades d'évolution (Aussi bien physique que comportementale) bien différents... Par ailleurs, il charge un peu trop la barque pour l'animalité de la tribu des héros. Si le but était d'en faire des homo sapiens proches de nous, ils se font sérieusement coiffer au poteau par le tribu plus évoluée dont vient l'héroïne.

Et alors? Reproche-t-on à Guillaume de Baskerville de n'avoir pas existé? Ce film se présente comme une fiction, pas autre chose, et la naïveté de l'ensemble n'enlève rien au fait que c'est, décidément, toujours aussi touchant 30 ans après... Le voyage initiatique vécu par les trois grands dadais est captivant et la supériorité émotionnelle et intellectuelle d'une femme incarnée avec une énergie phénoménale par Rae Dawn Chong fait plaisir à voir. Surtout que depuis ce film, on a pu voir 10 000, de Roland "Ach!" Emmerich, qui retourne à l'âge de pierre des pin-ups à gros seins des films des années 60. La Guerre du feu a au moins tenté une approche, sinon scientifique, au moins sensée, et à la logique comportementale avérée, qui nous conte à sa façon condensée, le merveilleux de l'évolution.

 

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Published by François Massarelli - dans Groumf
5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 17:56

"It wasn't the airplanes, it was beauty killed the beast". En laissant la réplique si connue de Merian Cooper avoir le dernier mot, Peter Jackson rend paradoxalement raison à tous ceux qui pensent qu'on ne refera pas King Kong... Soyons juste: ce film part d'un postulat d'inutilité rare, le film de Merian Cooper et Ernest B. Shoedsack étant effectivement la "8e merveille" du monde, comme le nom de l'attraction conçue autour du grand singe par Carl Denham (Robert Armstrong dans le merveilleux et indispensable film de Cooper et Shoedsack, Jack Black dans la version de Jackson); mais voilà: devenu un monument souvent visité, ayant fait l'objet d'une armée de remakes et autres dérivatifs nippons,  sans compter les innombrables parodies, le film fait partie de l'imaginaire collectif. Dès 1996, Jackson se déclarait prêt à en tourner une version personnelle, ce qui n'a abouti finalement qu'après un autre film, de douze heures celui-ci...

 

Je pense qu'il faut considérer ce King Kong 2005 comme un commentaire de fan, une sorte de rêve de gosse: Peter Jackson a pu s'approcher de très près de son film préféré, a même rencontré sa star Fay Wray avant qu'elle décède (Et Naomi Watts a même eu à cette occasion sa bénédiction pour reprendre le rôle, excusez du peu). Il a même trouvé sur EBay un exemplaire du script signé de Edgar Wallace, qui est visible dans le film, et met constamment ses pieds dans les traces glorieuses de ses aînés: le film a beau durer le double de son modèle, tout y renvoie. Et tout ce qui n'est pas dans le film de 1933 en est une variation aussi respectueuse que possible, ou une extrapolation née d'un imaginaire maladif de sale gosse surdoué qui a tant côtoyé le film qu'il s'en est approprié l'univers: ainsi le peuple indigène de l'île est-il développé dans un sens logique qui tient compte de l'étrange physionomie des rochers: tous sont issus de peuplades différentes, aux couleurs dissemblables, probablement des gens qui se sont échoués, et leur apparent état primitif n'est pas qu'un renvoi à l'époque innocente des films d'aventures des années 30, c'est aussi explicable par le fait que ce peuple survit, après tout, sur une bande de terre très peu étendue, à l'ombre d'un gorille géant. Celui-ci est doté d'une famille dans le film: tous les cadavres de singes géants qui jonchent le sol tendraient à expliquer sa mélancolie: il est le dernier d'une lignée. Bien sur, Jackson n'a pas évité les fautes de gout dans l'excès d'enthousiasme: sa séquence du 'spider pit', qui tente de recréer la fameuse scène perdue de King Kong est un catalogue navrant et lassant de créatures toutes plus immondes les uns que les autres. Mais de fait, on sent un enthousiasme juvénile dans cette réappropriation d'un mythe.

Au-delà du plaisir bluffant de recréer un monde en Nouvelle-Zélande (Dont un New-York enluminé d'une palette qui renvoie au technicolor deux bandes contemporain du premier film), Peter Jackson part de la même histoire, et la situe en la même année que l'original. Si le développement le plus spectaculaire concerne la relation entre Kong le grand singe (Andy Serkis) et Ann Darrow (Naomi Watts), c'est aussi que le cinéaste a probablement voulu sortir des années 30, et de la litanie de hurlements auxquels Fay Wray, en véritable "damsel in distress" des années 30, était condamnée. Elle n'était qu'une anonyme qui souffrait de la faim dans le New York en crise; la Darrow de Naomi Watts est dotée d'un vrai métier, elle est actrice de vaudeville. C'est avec cet ingrédient qu'elle va apprendre à communiquer avec le grand singe, et établir un rapport... Et elle va, à New York, faire une apparition de star pour retrouver son imposant compagnon.

 

On notera par contre que si le thème de la masculinité si présent dans le film initial (Avec l'érection finale de son Empire state building) est repris et légèrement redéveloppé, voire souligné à travers les figures masculines présentes (Jack Driscoll, héros courageux, mais parfois inefficace, supplanté en compagnon d'Ann par Kong; Bruce Baxter, caricature lâche de mâle dominant), c'est malgré tout un autre thème qui l'emporte: on ne s'étonnera pas de retrouver en Jack Black un Carl Denham excessif, obsédé du cinéma, entouré d'un Jack Driscoll dramaturge, d'une Ann Darrow elle aussi du métier: ce film, l'oeuvre d'un passionné qui peut exceptionnellement manipuler les jouets dont il rêve depuis toujours, et qui a quasiment carte blanche après le succès phénoménal de sa trilogie, parle une fois de plus de l'importance de l'imaginaire, de l'art, de la création... du cinéma, bon Dieu!! Donc il est inutile d'aller chercher plus loin: ce film dont on se serait si bien passé tant il ne s'imposait en rien, est une fois de plus une oeuvre personnelle d'un auteur parmi les plus attachants qui soient.

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Published by François Massarelli - dans Peter Jackson groumf