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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 08:39

1939: Stanton Carlisle (Bradley Cooper), un homme inquiétant et mystérieux se joint à des forains dans un patelin à l'écart du monde. Il va s'installer et travailler parmi eux, et montrer assez vite des dispositions spectaculaires pour la manipulation du public, auquel on fait croire que le maître de cérémonie et son assistante possèdent des dons mentaux extraordinaires. Il monte un à un les échelons en ayant de plus en plus la confiance de ses pairs, et finit par "hériter" d'un système mis au point par un vieux forain alcoolique que Carlisle lui-même a plus ou moins poussé vers la tombe. Avec Molly (Rooney Mara), une artiste du cirque (Spécialisée dans... l'électrocution, on peut parler de coup de foudre) qu'il a plus ou moins embobiné, Stanton change de registre et va désormais se produire en ville, dans des salons et des hôtels de luxe. Il attire l'attention de l'étrange psychiatre Lilith Ritter (Cate Blanchett), avec laquelle il monte une escroquerie à grande échelle pour soutirer de l'argent de nombreuses personnes de la bonne société New Yorkaise...

Ca a surpris, forcément, ceux qui attendaient de Del Toro une suite au Labyrinthe de Pan, ou à The shape of water. Mais le metteur en scène a décidé de changer d'univers et déploie ainsi son talent stylistique pour une histoire dans laquelle rien de surnaturel n'effleure, y compris ou surtout d'autant plus qu'il est question ici de don, de transmission de pensée, de fantômes, de médiums et de visite d'entre les morts... Mais pour ce faire, le réalisateur effectue un remake d'un classique du film noir, réalisé en 1947 par Edmund Goulding. Un remake qui va se servir de toute l'expressivité de son metteur en scène pour devenir un tour de force baroque. On n'en attendait pas moins...

Place donc à une intrigue qui part, sinon à la source, d'un passé qui hante le personnage principal. Il est troublant de voir à quel point Bradley Cooper a joué son personnage comme un homme démoniaque, dont les blessures évoquées finissent toujours par remonter à des crimes. Le film, d'ailleurs, commence sans équivoque, par nous montrer l'homme transportant dans une maison délabrée un cadavre, le dissimulant dans une cachette sur le plancher avant de mettre le feu à la baraque: Stan est pour tout le reste du film associé à cette image diabolique... C'est le hasard qui le conduit vers les forains, mais son talent de manipulateur est phénoménal et tout se passe comme s'il poussait les gens à l'aimer, ou l'engager, ou le suivre. Son travail de bonimenteur sera donc basé sur un talent naturel... 

Del Toro prend le temps d'installer un univers de fête foraine qui est d'une incroyable richesse, en laissant libre cours à ses penchants esthétiques, associant les contraires et cherchant la beauté dans les coulisses du monde: la galerie de portraits qui s'ensuit est fabuleuse: Clem (Willem Dafoe), le propriétaire des lieux, est un paradoxe vivant, un forain qui tente de faire avec rigueur et honnêteté un boulot qui consiste à mentir et duper pour soutirer de l'argent, mais légalement. Zeena, la montreuse de cartes (Toni Collette), a vu venir le jeune homme et l'accueille sans ambiguité: elle sait qu'il apportera son lot d'ennuis. Son compagnon, Pete (David Strathaim), est un vieil homme lessivé que l'alcool a complètement ravagé. Molly est une jeune artiste de cirque qui a hérité de la vocation mais qui est sous la protection des larges épaules de Bruno, le costaud (Ron Perlman) dont le meilleur ami est le major Mosquito (Mark Povinelli), homologué (dit la publicité de la foire) comme étant le plus petit homme du monde... D'autres artistes seront vus, sans avoir à proprement parler des rôles de premier plan: un contorsionniste, un homme au système pileux envahissant, des "pinheads", une femme-araignée sortie tout droit de The show, de Tod Browning, des hommes-canons... Et un Geek.

Tel Tod Browning dans certains de ses films (The unholy three, The show, West of Zanzibar, Mark of the vampire et Miracles for sale), le réalisateur va donner les clés de quelques techniques de manipulation du public et autres attractions. Parmi ces dernières on prêtera d'autant plus attention au "geek" qu'il est souligné à plusieurs reprises. C'est donc un artiste de cirque, mais ce que révèle Clem à Stan dans la première demi-heure, c'est qu'il s'agit d'un homme qui est arrivé au bout du rouleau, soit alcoolique, soit junkie. A cette époque, nous révèle le professionnel, les vétérans qui sont revenus opiomanes sont tellement nombreux, il suffit de tomber sur celui qui est allé au bout de son humanité. Le personnage en question, qui va marquer de son empreinte le film tout en étant pratiquement cantonné à sa première demi-heure, est vu pour la première fois quand il croque un poulet en public. 

Vivant, bien sûr.

Et pourtant c'est un film noir, dans lequel le personnage sombre trouvera la femme fatale à sa mesure: inutile de dire qu'il ne s'agira pas de Molly, la frêle enfant de la balle, qui est incarnée ici par Rooney Mara dans un registre qui la rapproche d'autres femmes-enfants des films du metteur en scène, en premier lieu Ofelia (El Laberinto del Fauno) et Elisa (The shape of water). Mais cette fois elle n'est en aucun cas le centre du film... Par contre elle agira à plus d'une reprise en révélateur et en catalyseur. Elle permet aussi au personnage de Stan de perdre une partie de son caractère démoniaque. Non bien sûr, la femme fatale proverbiale du film est bien sûr l'étrange docteur Ritter, qui cache derrière ses manières des penchants pour la manipulation elle aussi, un carnet d'adresses pousse-au-crime, mais surtout des cicatrices mystérieuses... Des séquelles d'une agression perpétrée par l'un des hommes dont elle veut faire une de ses victimes en utilisant les manipulations pseudo-surnaturelles de Stan. Il s'agit donc d'un projet de vengeance, mais une vengeance dans laquelle Stanton est l'instrument, pas le véritable criminel. 

Ce que confirme son statut dans le film: il est venu, il est passé, il a trompé son monde, et puis ...pouf! Le personnage est de toute façon un spécialiste de la séduction immédiate, mais a les plus grandes difficultés à se faire aimer ou à être crédible sur la distance. Bref, il va vers son destin, que je vous laisse évidemment découvrir dans ce nouveau conte noir, pas fantastique sans doute, mais vénéneux... ça oui! Un film dont l'atmosphère est une grande réussite, avec une galerie de personnages qu'on ira retrouver avec bonheur. Deux motivations pour Guillermo Del Toro à faire le film, à n'en pas douter...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Guillermo Del Toro
12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 10:12

Hellboy et ses copains mutants travaillent pour le gouvernement Américain mais leur supérieur le Dr Manning (Jeffrey Tambor) aimerait qu'ils soient un peu plus discrets... Surtout le grand diable rouge. Mais ça va être difficile, car le Prince Nuada du royaume des Elfes a décidé de récupérer le pouvoir en tuant son père et de faire la guerre aux hommes...

J'ai résumé au plus court, parce que même si Guillermo Del Toro s'est investi personnellement et a lui-même imaginé et écrit cette histoire avec la rigueur et le soin qui le caractérisent, l'intérêt est strictement dans la mise en images d'un comic book qui l'a hautement inspiré, et je parle bien sûr ici de sa maîtrise visuelle... et c'est la fête. Grâce à son bon goût, le réalisateur qui n'abuse jamais des effets numériques a su créer de toutes pièces, avec une combinaison de moyens concrets et de moyens virtuels, un univers totalement enthousiasmant, dans lequel l'inquiétant (et parfois le très inquiétant, comme ces myriades de créatures vorace qui mangent les hommes en commençant par leur denrée préférée, les dents) le dispute constamment au féérique...

Si l'univers de Hellboy reste un terrain de jeux moins important que les deux films hispanisants sur le fascisme, ou l'extraordinaire conte The shape of water, Guillermo Del Toro se plaît à mettre en scène ses personnages décalés, véritables marginaux de la lutte contre le mal. Et il est difficile de ne pas craquer pour la loufoquerie de ce grand et costaud diable de Ron Perlman, qui s'émeut de la possibilité qu'un monstre puisse manger un chat (Hellboy adore les chats, une preuve de bon goût, et ce n'est en rien alimentaire) avant de distribuer d'authentiques bourre-pif qui bourrent vraiment les pifs. Un personnage avec cigare mais sans filtre, qui est rafraîchissant par sa réelle originalité dans le tout-venant médiocre des super-héros de tous poils.

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo Del Toro
2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 08:42

Les vampires sont inquiets: il y a un nouveau mutant qui les supprime à raison d'une douzaine par jour... Ils vont donc faire appel à leur pire ennemi, le super-héros pas rigolo Blade, déguisé non intentionnellement en clown cyber-punk...

C'est le quatrième film de long métrage de Del Toro, et c'est une commande des producteurs Germano-Américains du premier opus de cette franchise qui ne contiendra en tout et pour tout que trois films. La star Wesley Snipes y incarne un être mythique, mi-vampire, mi-humain, tout désigné pour combattre les créatures de la nuit (les vampires, bien sûr) avec des armes et une détermination sans faille... Les motivations du metteur en scène sont d'une part de continuer à marquer le cinéma populaire de son empreinte, mais aussi de se concentrer cette fois sur l'illustration pure: il n'a rien injecté de personnel, du moins apparemment, dans ce film, qui est donc bien un film d'action: un truc con, et immédiatement digestible, un héros avec zéro humour et une tendance à distribuer les bourre-pifs avant le petit déjeuner... Avec des scènes étonnantes, parfois. En particulier une très belle mort de vampire sur un magnifique lever de soleil...

Cela a-t-il de l'intérêt? Très peu. Mais bon, sans aucun doute, qu'on le veuille ou non, sans un Blade II ou un Mimic, pas de Labyrinthe de Pan...

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Published by François Massarelli - dans Guillermo Del Toro
27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 11:31

A New York, une entomologiste et un responsable local de la santé ont triomphé d'une épidémie véhiculée par les cafards en prenant le problème à la source: ils ont introduit une mutation des bestioles qui les ont éradiquées... Du moins le croient-ils. Car quelques mois plus tard...

C'est un film d'horreur tout ce qu'il y a de plus classique, avec son lot de sales bêtes qui viennent de partout, pour se frotter les mandibules, ce sera donc toujours un défi pour les insectophobes (j'en suis)... Mais c'est aussi e=le deuxième film, et le premier en Anglais, de Guillermo Del Toro qui doit ici composer avec Miramax qui ne lui a pas laissé les coudées très franches, donc le film s'impose quelques haltes gores un peu gratuites en plus d'un sous-texte dans lequel le metteur en scène commence à explorer ses propres démons: les deux héros (l'entomologiste marié au fonctionnaire local, d'ailleurs un type assez con, dont on regrette presque, spoiler, qu'il s'en sorte à la fin) sont tartes, mais autour d'eux, une petite faune se laisse voir...

On notera en particulier une figue qui revient un peu partout dans ses films, un garçonnet avec de sérieux problèmes de communication, d'ailleurs d'origine Mexicaine, qui est aidé dans la vie par un grand-père très vieillissant, et quelques autres enfants hauts en couleur. La présence obsédante de la religion catholique est un des motifs du film aussi... Un film qui au final paraît bien plus inoffensif que celui qui l'a précédé et celui qui l'a suivi.

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Published by François Massarelli - dans Guillermo Del Toro
20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 07:28

Un jeune garçon perd ses parents, et trouve refuge auprès de sa grand-mère... Qui va lui apprendre à se méfier des sorcières car elles sont partout! Justement, le garçon a fait une mauvaise rencontre dans le quartier, et la grand-mère prend la décision de partir se réfugier dans un hôtel, plus au Sud: manque de chance, on y attend un congrès d'une association caritative bidon, qui est en fait un rassemblement de sorcières décidées à se débarrasser de leur ennemi juré: les enfants... en les transformant en souris!

Le scénario a donc fait se déplacer l'intrigue de la Grande-Bretagne ers les Etats-Unis, plutôt vers le Sud, et les héros sont Afro-américains... Mais si l'espace d'un instant, on croit qu'il va y avoir une métaphore, on se trompe. Je pense d'ailleurs qu'il serait assez malaisé de s'amuser à vouloir tripatouiller Roald Dahl dans un sens qui confinerait à l'anti-racisme ou à un traitement parabolique de l'histoire de la ségrégation, vu son indécrottable antisémitisme assumé jusqu'à la nausée... Pas dans ses écrits apparemment. Zemeckis a néanmoins joué sur la couleur locale, avec notamment un superbe accent sudiste magnifiquement reproduit par la grande (hum) Ellen Chenoweth, qui interprète l'une des "souris". Le,  film, d'ailleurs coécrit et coproduit par Guillermo Del Toro, est surtout une histoire pour enfants, assumée comme telle, avec de purs moments de plaisir. C'était, en tout cas, l'intention!

C'est du Zemeckis, ce qui veut dire que nous avons, aux commandes, un sorcier de l'image qui a pour profession de foi qu'on peut tout faire, et parfois avec lui, le principal problème est qu'il s'emploie généralement à le démontrer. Mais ses plus grands films, même Forrest Gump, réussissent à transcender cet aspect. Ses pires s'y vautrent et s'y engluent. The witches, d'ailleurs également coproduit par Alfonso Cuaron, est au milieu, souvent drôle, et très retenu dans ses 39 premières minutes qui sont une exposition exemplaire au premier degré (si ce n'est une brillante introduction à la Dahl où la narration, par Chris Rock, est véhiculée par une voix off souvent très drôle), mais quand les effets spéciaux sont de la partie, on peut faire confiance à Zemeckis pour d'une part en faire trop, et d'autre part bâcler un peu, en usant et abusant de la motion capture. 

Reste une histoire simple comme bonjour, et quatre prestations impeccables: Stanley Tucci en gérant d'hôtel obséquieux à l'extrême; Octavia Spencer en grand-mère pleine de ressource; Ellen Chenoweth, déjà citée; et bien sûr Anne Hathaway qui s'est fixé comme mission d'aller au bout d'une interprétation qui tire la couverture à elle, fidèle à la loi Hitchcockienne: un méchant réussi, ça peut vous sauver un film. Mais ici, on reste quand même, bien fermement, au milieu...

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis Guillermo Del Toro Alfonso Cuaron
2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 17:49

Comme une pause fun entre deux films-fables autour de l'histoire et de la Guerre d'Espagne, ce Hellboy fait semblant lui aussi de prendre sa source dans l'Histoire avec un grand H, alors qu'il vient beaucoup plus de la fantaisie pure des comic books de Mike Mignola: car l'intrigue concerne, quand même, un démon des enfers, surnommé donc Hellboy, et invoqué en 1944 par une troupe de nazis, dont un immortel avec une tenue à la Darth Vader, avant d'être intercepté et élevé  par une brave troupe d'alliés...

Le film ne fait jamais la bêtise de perdre son humour, et ne perd vraiment son intérêt que quand les CGI sont utilisés avec excès pour créer des monstres d'une laideur absolue (nous sommes donc arrivés à l'âge de la tentacule dégoûtante). L'intrigue ou ce qui en tient lieu, écrite par del Toro lui-même, est parfaitement fonctionnelle et permet au réalisateur de se laisser aller à ses figures imposées, notamment en mettant le monstre du film (Ron Perlman, en pleine forme) aux prises avec des hommes, des femmes, un enfant, et des affections. Le démon mal poli et fumeur de cigares parle peu mais n'en pense pas moins, et voit rouge quand des chatons sont en danger... et surtout, il adore exploser les nazis.

Sinon, il est flanqué d'un copain de bureau, autre créature fantastique, qui est une sorte de mutant aquatique, et qui possède un certain sens de l'humour. Il est, surtout, autant une réminiscence (The creature from the black lagoon) qu'une préfiguration de la créature ultra-sensible et muette de The shape of water...

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro
21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 16:39

1939, en Espagne: les Nationalistes de Franco ont quasiment gagné et les Républicains sont en pleine débandade. Un enfant, accompagné par son tuteur Républicain, arrive dans une petite institution Catholique au Sud du pays, tenue par des sympathisants de la cause perdue, le docteur Casares (Federico Luppi) et Carmen (Marisa Paredes). Carlos (Fernando Tielve), qui apprend à la dure qu'il est venu pour rester dans l'école (son tuteur part sans lui), est un garçon intelligent, qui va être confronté d'abord à la dureté des garçons de son âge, mais aussi à des événements surnaturels: il rencontre le fantôme de l'endroit, un garçon prénommé Santi, dont il va élucider le mystère de la disparition.

Il est aussi confronté à la fin d'un monde, pourtant situé à l'écart des villes et du tumulte de l'arrivée du fascisme. Une fin qui n'aura rien de surnaturel, et qui sera essentiellement l'oeuvre d'un homme, Jacinto (Eduardo Noriega), un ancien pensionnaire devenu concierge et qui garde une rancune particulière envers l'établissement, où il ne reste que parce qu'il sait que la directrice Carmen a de l'or (appartenant aux Républicains) caché quelque part... En attendant de le trouver, il se comporte en véritable cerbère à l'égard des enfants...

Del Toro a conçu ce film comme le premier volet d'un diptyque dont le deuxième volet est bien sûr Le Labyrinthe de Pan, qui lui aussi confronte l'enfance à une certaine forme de surnaturel, sur fonds de Guerre entre Nationalistes et Républicains. Le film est une somme d'obsessions pour le metteur en scène, qui a beaucoup mis de lui-même, tout en respectant la cohérence d'un récit essentiellement Espagnol. Cela n'a pas empêché le réalisateur Mexicain de saupoudrer de sa propre culture cette histoire magnifique: l'anecdote de Santi, le fantôme de l'eau, provient en effet d'une légende Mexicaine; un personnage de jeune garçon fasciné par le graphisme est une réinterprétation de la jeunesse du dessinateur Espagnol Carlos Gimenez, et bien sûr, Carlos est confronté comme Ofelia (Le Labyrinthe) et Elisa (The Shape of Water) d'un côté à une sorte de monstre surnaturel en la personne de ce fantôme vindicatif à la recherche d'une vengeance, de l'autre à un salaud, un bandit sans foi ni loi, qui n'affiche aucune prétention politique, mais dont le manque total de scrupules qu'il affiche nous fait dire qu'il est sans doute très proche du fascisme. De ces deux maux, le pire est bien sûr le deuxième...

Et del Toro accomplit avec ce troisième long métrage une oeuvre rigoureuse et absolument superbe visuellement, dans laquelle il transcrit à sa façon l'univers d'un Mario Bava réadapté pour l'Espagne, dans un décor dont il a choisi chaque centimètre carré, habitant son film de A à Z: choix des acteurs, pilotage du scénario recherche de tous les aspects esthétiques de son fantôme. Un film qui fait peur, mais plus encore par l'horreur palpable et réelle de la présence désormais acquise du fascisme et du Franquisme de l'Espagne de 1939, que par la présence incarnée du mal à travers un fantôme dangereux et jusqu'au-boutiste. D'ailleurs, comme une indication de la direction que va prendre le film, au beau milieu de l'école, une bombe qui s'est enfoncée dans la boue sans exploser, reste, comme un fantôme d'une autre sorte. Une bombe, oui, mais à retardement...

Car Santi fait peur, oui, mais lui, il ne fait pas exploser les enfants quand on le contrarie. Jacinto, si.

Del Toro trouve dans ses garçons qui s'entraident à l'orhelinat après s'être fait la guerre, de nouveaux Chiche-Capons (Les disparus de St-Agil, de Christian-Jacque) mais en moins bavards... Et à travers Casares et Carmen, les deux survivants paradoxaux d'une cause perdue, le metteur en scène nous offre l'image poignante de deux perdants sublimes, et c'est le reflet de toutes les interprétations fictives et littéraires de la Guerre d'Espagne, ce chaos qui aurait pu, ou du faire réagir les autres pays à l'époque...

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro
15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 11:31

Un objet magique, un brave homme victime des circonstances, un riche égoïste capable des pires turpitudes afin de parvenir à ses fins, une petite fille innocente et peu loquace, un homme de main dangereux et sans aucun scrupule, et Ron Perlman... L'univers de Guillermo del Toro est déjà en place dans ce premier long métrage, un conte noir et ironique dans lequel le metteur en scène mélange adroitement conte de fées (Grimm plus que Perrault) et horreur, avec une grande pointe d'ironie...

Cronos, c'est une invention diabolique d'un alchimiste pour dominer le temps. Sauf que cet objet entraîne la perte de tous ceux qui le rencontrent sur son chemin. C'est ce qui arrive à Jesus Gris, un antiquaire d'un certain âge, qui découvre à la faveur d'un moment de jeu avec sa petite fille que dans une statue entreposée dans son magasin, un étrange objet attend qu'on le découvre. Mais une fois que cet objet (qui le rajeunit) aura pris possession de lui, c'est trop tard: il est pris au piège, et en plus un Américain, Angel de La Guardia, va tout faire pour s'approprier le système Cronos, avec l'aide de son neveu...

Alchimie, vampirisme, vie éternelle et possession... Ca fait beaucoup pour un seul film? Mais l'univers de del Toro, situé à l'écart des modes et des habitudes des genres qu'il aime tant, est suffisamment distinctif pour que la pilule passe. Et déjà ses héros, le grand-père Jesus et sa petite-fille Aurora, nous sont sympathiques, comme le seront plus tard les personnages principaux de The shape of water. Et le réalisateur s'amuse beaucoup à charger son décor et ses plans d'une multitude de signes qui sont autant d'invitations à suivre la piste: des références systématiques au temps, des statues en pagaille, non seulement chez l'antiquaire, mais aussi chez le bandit qui le poursuit, car celui-ci a passé sans doute des années à chercher le système Cronos, dans toutes les statues de tous les magasins d'antiquité de toute la terre... Cronos est un premier film, mais c'est un beau début, noir et précieux.

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro
14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 10:21

Ce petit film de rien du tout est la première production de Guillermo del Toro, 23 ans, étudiant et futur réalisateur du Labyrinthe de Pan et de The shape of water... Il y rend ouvertement hommage à ses maîtres du Giallo (le film d'horreur Italien), en proposant une sorte de mini-film d'horreur mal foutu aux couleurs volontairement criardes, tout en parodiant The Exorcist de William Friedkin. 

Le script provient en droite ligne d'un de ces contes courts formidables écrits par Fredric Brown, l'un des maîtres de la forme courte, TRES courte! Un jeune homme, dont le père vient de mourir, décide réaliser un pentagone magique pour invoquer un démon en toute tranquillité, et satisfaire deux désirs: retrouver son père, et être assuré de pouvoir faire une évaluation de géométrie avec succès.

Parce que la géométrie, ce n'est pas son fort...

Tout est dans le titre en fait... Sinon, le réalisateur souhaitait à l'époque rendre son film particulièrement proche de ses modèles en les doublant mal en Italien avec sa voix, alors que les distributeurs souhaitaient imposer un doublage en Espagnol. Dans les années 2000, del Toro est donc revenu sur le mixage (et hélas sur le montage) pour satisfaire cette exigence de départ...

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 16:21

Dans le futur, une brèche s'ouvre dans le Pacifique entre nous (les humains) et les "infra-terrestres", une race sur-évoluée de monstres qui prennent une sale habitude: celle de monter à la surface, et de tout casser. Une riposte est trouvée: des robots géants, pilotés par des groupes d'humains connectés entre eux, vont se battre et même mettre la pâtée aux sales bêtes. 

Sauf que les sales bêtes évoluent, et que les gouvernements des pays limitrophes de la zone ont de moins en moins confiance en des quipes de rangers indisciplinés, et dont les dernières missions ont été catastrophiques. Jusqu'au jour où un ancien responsable de ces missions se rebelle et relance la machine, au sein d'une organisation sur-entraînée...

J'ai moi aussi beaucoup ri en relisant ce résumé, qui est affligeant: ça sonne comme un film de 37e zone, comme une refonte de tout ce qui peut se faire dans le domaine de l'action bête et brutale (beau double pléonasme), du film de science-fiction testostéroné, du succédané de jeu vidéo, et du dessin animé Japonais tourné à 12 images par secondes... Sauf que c'est idiot si on fait la bêtise d'y croire: car les films de Guillermo Del Toro portent en surface leur dose de ce qu'on appelle en Anglais "Suspension of disbelief" (le moment où on cesse d'avoir conscience d'être en face d'une fiction, et on se laisse aller à croire), et ils affichent la couleur en donnant le choix au spectateur. 

Vous pouvez donc choisir et en bon amateur de jeux vidéos vous jeter à corps perdu dans un film qui va vite, ou prendre un peu de distance et apprécier l'humour codifié et détourné. Reste qu'il y a les monstres et les robots, et là, rien à faire, c'est épouvantablement laid. Tant pis, parce que par ailleurs, le sens de gigantisme qui se dégage de ces créatures en proie les unes aux autres, eh bien, est hallucinant... En attendant un autre film de Guillermo Del Toro, un grand cette fois, on peut tout à fait s'abandonner à cette sympathique petite chose.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Guillermo Del Toro