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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 11:16

Joe Greer (James Cagney), pilote automobile, revient chez lui pour retrouver sa famille, et a une surprise: son petit frère Eddie a beaucoup grandi et a décidé de faire comme son grand frère... Pour Joe, qui connaît les risques du métier, c'est un choix contestable, mais il décide de la parrainer... En même temps qu'il laisse son frère entrer un peu plus dans sa vie, Joe rompt avec sa petite amie Lee (Ann Dvorak) qui pour se venger, demande à sa meilleure amie Ann (Joan Blondell) de séduire Eddie...

C'est un mélo, un vrai, derrière le déguisement d'un film sur la course automobile, un sujet dont Hawks était passionné (il y reviendra en douce, en faisant un remake officieux de ce film dans les années 60). C'est probablement l'aspect professionnel qui l'a le plus intéressé, comme on le voit dans la séquence d'ouverture quand Joe et ses font tourner le moteur dans... Le wagon d'un train. Mais au montage (le film est court, 70 minutes bien tassées), l'intrigue a été resserrée façon Warner, autour des personnages et des situations amoureuses. Et Cagney et Blondell étant devenues des stars, c'est eux qui en profitent le plus...

Il y a quand même des séquences inévitables de course, dont une est mémorable (et très dramatique, je vous laisse juges). C'est l'aboutissement d'un arc bien construit, autour du personnage léger de Spud, l'éternel second, interprété par l'excellent Frank McHugh. Pour le reste du film, les exploits sportifs sont souvent traités avec légèreté, ce qui culmine dans une scène finale burlesque dans une ambulance, qui n'est pas sans rappeler la façon dont une amputation, dans The big sky, allait donner lieu à des gags enfantins...

Hawks était un vrai maverick à l'époque, et tournait en cascade pour tous les studios. Mais le style de ce film est d'abord celui de la Warner, un film rythmé à la mitraillette autour de la diction de James Cagney... Il est dommage, même si bien sûr on aime Joan Blondell, qu'on voie ici Ann Dvorak s'effacer un peu plus. Après quelques films, elle va bientôt passer la main.

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Pre-code
5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 09:25

Réalisé en fin d'année 1930, soit une année marquée par un film au succès spectaculaire (The big house) qui est situé dans une prison, ce film est néanmoins bien plus que la simple réponse de la Columbia à la MGM sur un genre donné. Hawks continue d'y faire ses gammes et d'y développer un savoir-faire qui est boosté par le parlant...

Le procureur Brady (Walter Huston) envoie le jeune Bob Graham (Barry Norton) en prison pour le meurtre involontaire d'un sale type qui s'en est pris à une femme dans un speakeasy. Le jeune homme ne va pas tarder à perdre son innocence au milieu des gangsters de la pire espèce, mais v aussi expérimenter la solidarité entre les détenus. Après six ans des dix que doit durer sa peine, il voit arriver à la prison Brady, nommé directeur après une élection malheureuse. Ca va tout changer...

C'est un de ces excellents films des débuts du parlant, où le metteur en scène s'est imposé de garder le contrôle du naturel en permanence. Pas de texte ralenti pour des raisons techniques, ici, pas de prudence à l'égard du débit, Hawks et ses acteurs ont compris que la technique fragile du parlant peut qund même s'accommoder d'une diction rapide, et c'est tant mieux! Occasionnellement, certains acteurs (Karloff en tête mais c'était son style) vont ralentir un peu le rythme, mais ce drame de la prison apparaît comme l'un des meilleurs du genre, car oui: c'était un genre (Thunderbolt, The Big House, 20,000 years in Sing-Sing et même Pardon us avec Laurel et Hardy...).

L'histoire d'amour en toc, par contre, à laquelle Hawks ne s'est pas du tout intéressé, ne joue pas en faveur du film, et cela explique la supériorité, au hasard, de l'impeccable 20,000 years in Sing-Sing de Curtiz.

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Pre-code
6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 17:48

Le Portugais de San Diego Mike Mascarenhas (Edward G. Robinson) est l'énergique patron de la Santa Maria, un bateau de pêche qui se spécialise dans la chasse au thon. Il a perdu une main lors d'un naufrage durant lequel il a sauvé la vie de son second Pipes Boley (Richard Arlen). Quand il revient au port après la mort d'un de ses marins, il rencontre la fille (Zita Johann) de ce dernier et tombe amoureux: parce qu'elle sait que le marin est une bonne opportunité d'échapper à la prostitution, Quita accepte, mais elle va vite tomber amoureuse de Pipes...

Après l'Italien (Little Caesar), le Chinois (The Hatchet man), Robinson était mis à toutes les sauces ethniques par la Warner. Une façon comme une autre de capitaliser sur son talent... ou de lui laisser les coudées franches pour en faire des tonnes et des tonnes, c'est selon les goûts! Hawks connaît son boulot et donne à voir un honnête mélodrame qui bénéficie quand même du ton et du montage propres à la Warner en ces années bénies...

...Et surtout, à travers ce matamore bavard de Mike Mascarhenas, il se prend à accumuler les images autour de ces hommes supposés être saisis dans l'exercice de leur métier, un ingrédient qui passionne toujours le réalisateur. A travers ces gens qu'on nous montre risquant leur vie pour gagner leur pain, dans des circonstances que le film se plaît à montrer toujours plus dangereuses (...il y a des requins!) le cinéaste nous chuchote comme il savait le faire que le travail et le professionnalisme sont l'essence même de l'homme. Et ce film est aussi l'une des rares occasions de retrouver l'étrange visage de Zita Johann, l'héroïne de The Mummy...

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Pre-code
8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 15:59

Mis en chantier après Street Angel de Frank Borzage, qui réunissait Charles Farrell et Janet Gaynor, il me semble que Fazil est une bonne indication d'une volonté délibérée d'érotiser l'acteur, dont les scènes sentimentales dans Old ironsides ou dans les deux films qu'il avait interprété pour Borzage, montraient surtout sa gaucherie (calculée), son côté enfant... Avec Fazil, Hawks avait pour mission de le transformer en un bouillant objet de convoitise pour les spectatrices, un peu à la façon d'un Valentino, en particulier dans sa version "Sheik", auquel ce film fait souvent penser...

Fazil (Farrell) est un prince Arabe fier, et respectueux des lois et coutumes de son pays (le film s'obstine à parler de "race", plutôt que de pays, mais n'étant pas coutumier des gros mots, je m'abstiendrai), doit se rendre à Venise pour une mission diplomatique. Il y fait la connaissance de Fabienne, une jeune Française en villégiature: c'est le coup de foudre réciproque, suivi du'n mariage hâtif... Mais Fazil, à Venise, se révèle un amant capricieux, et un mari jaloux. En particulier, il interdit à son épouse de laisser un autre homme la regarder. Remis à sa place, Fazil repart seul chez lui... Aidée de ses amis qui lui enjoignent de rebrousser chemin, Fabienne se met en tête de le rejoindre...

...et ça finira mal, selon un code bien inscrit dans la tête des gens: east is east, and west is west, and never the twain shall meet, soit l'orient et l'occident ne peuvent pas cohabiter. En d'autres termes, le film fonctionne entièrement sur la base raciste de l'idée qu'un Arabe avec une "Blanche", c'est impossible. Un fantasme délirant, infect et inacceptable aujourd'hui (si vous pensez différemment de ce que je viens d'écrire, je vous interdis de me lire), mais si parfaitement intégré à l'époque qu'on en a imprimé des kilomètres de pellicule. C'est même tout un genre, qui fonctionne sur le frisson de l'interdit, l'exaltation et l'adrénaline du mystérieux: The Sheik, The son of the Sheik, The Arab...

L'intérêt de cette entrée tardive dans le canon est de présenter avec Fabienne, une héroïne autrement plus dégourdie, et bien intéressante non seulement que les autres du genre, mais aussi et surtout que Fazil. En Greta Nissen, l'autre Greta (venue de Norvège via le Danemark), Hawks trouve une actrice qui est à la fois profondément sensuelle, sans exagération, et très naturelle. Fabienne tient tête à Fazil et s'essaie même à l'éduquer sur leur égalité. Les femmes de l'époque avaient conquis le droit de vote, aux Etats-Unis, car ce n'était pas un pays sous-développé comme la France, et cette démarche vers l'égalité informe beaucoup le personnage, et place le curseur du film sur un terrain plus intéressant que le racisme bête et brutal. C'est cette volonté d'égalité qui trouble Fazil (Farrell, évidemment, est troublé), et qui couplé à la franchise érotique du film, le rend finalement assez intéressant, tout en se vautrant dans la dernière bobine dans un tout-venant mélodramatique assez rébarbatif. Quelques belles scènes, d'autres au moins notables par leur aspect direct: le coup de foudre est situé de part et d'autre d'un canal, à Venise, et vu de trois points de vue: celui de Fazil, puis celui de Fabienne, et enfin du point de vue d'un gondolier qui passait par là; la scène du réveil de la nuit de noces est d'une sensualité sans égal; et enfin, la visite par Fabienne du harem de son mari, dont elle n'avait pas connaissance, est un festival de tenues pour lesquelles l'adjectif diaphane a sans doute été inventé...

On le voit, si sa légendaire façon directe de raconter (ici tout est linéaire) est déjà là, on est dans un domaine qui reste assez étranger à l'univers futur d'Howard Hawks, tel qu'il se constituera à l'époque du parlant. Du reste, au vu du film, avec les à-côtés les plus cocasses voire saugrenus (pourquoi avoir demandé à Dale Fuller de porter un nez postiche, par exemple? Pour l'enlaidir? était-ce vraiment nécessaire?) qui semblent trahir le fait que pour le metteur en scène, tout ça n'était pas bien sérieux... Et le film suivant de Charles Farrell, qui recadrera les choses, permettra de situer cette recherche de l'érotisme du personnage, plus près de son caractère naïf: il sera Allen John Pender dans le merveilleux The river de Frank Borzage.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Howard Hawks Muet
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 17:56

Non seulement ce film de Hawks est pour Gary Cooper l'occasion de gagner un Oscar du meilleur acteur, ce qu'il méritait amplement, mais c'est aussi, en 1941, un film paradoxal: interventionniste à l'heure de l'indécision, ce film de prestige a été mis en chantier d'abord comme la célébration d'un héros qui ne voulait absolument pas qu'on parle de ses exploits militaires, et devait justement ne parler que de sa vie pacifiste afin de persuader les Etats-Unis... de ne pas participer au conflit!

Alvin York (Gary Cooper) est un jeune homme du Tennessee, beaucoup plus intéressé par la vie facile, la rigolade et la boisson, que par l'austérité d'une vie paysanne et les congrégations religieuses. Pourtant, le pasteur local (Walter Brennan), sa mère, sa famille et surtout la petite Gracie (Joan Leslie) vont finir par le remettre dans le droit chemin. Revenu à la vie en tant que chrétien rigoriste, York se destine à une vie de fermier, tranquille et sans histoires. Mais on est en 1917, et il lui faut répondre à l'appel massif de la conscription. Ses demandes d'exemption en tant qu'objecteur de conscience resteront lettre morte, la congrégation à laquelle il appartient n'étant pas reconnue. York devra se battre...

Mais lors de sa préparation militaire le jeune soldat quasi inculte étonne tous ses camarades et ses sous-officiers par son exceptionnel talent de tireur... On lui propose alors de devenir caporal instructeur afin de ne pas perdre son talent; Après réflexion, York accepte; peu de temps après, il est envoyé en France...

Alvin York (1887 - 1964) est en effet ce héros malgré lui, un objecteur de conscience qui est parti en France en 1918 et lors d'une action d'éclat totalement improvisée, s'est retrouvé à faire prisonniers plus de 130 soldat Allemands. L'épisode est dans le film, et fait partie des moments les plus franchement réjouissants du film, Hawks et Cooper ayant inversé la situation habituelle en montrant York en débrouillard totalement inconscient de l'extraordinaire exploit qu'il accomplit. Sa motivation est claire dès le départ: en tuant quinze à vingt hommes (Quand York tire, il fait mouche, c'est très clair), il empêchera la mort de centaines d'autres. Comme il le dit dans le film, "je voulais arrêter les armes de tirer"... Le film est réussi justement parce que nous assistons essentiellement à un travail à faire, une action d'éclat qui est d'abord et avant tout affaire de compétences: le savoir-faire, le travail, la valeur d'un homme, bref la thématique essentielle d'un film de Howard Hawks...

Bien sûr, étant à la fois une quasi-oeuvre de propagande (Des mois avant Pearl Harbor, la Warner poussait clairement avec ce film vers l'interventionnisme des Etats-Unis) et un film de prestige qui célèbre un héros Américain, Sergeant York est très long: deux heures et quatorze minutes, c'est encore assez exceptionnel. Pourtant il ne me semble pas trop long, et la première partie de plus d'une heure qui installe personnage et nous donne à voir sa lente transformation de bon à rien en un brave homme rigoriste et à l'avenir tout tracé, est un concentré de film rural Américain, pas trop éloigné des oeuvres de Capra! Il y a du Deeds et du Willoughby (Meet John Doe) dans ce grand gaillard gauche mais sûr de ses convictions qui peut plier à sa volonté plusieurs bataillons armés jusqu'aux dents... Et qui a besoin qu'on l'amène par la main à prendre la bonne décision, parce que le patriotisme aveugle n'explique pas tout. Le film, en réalité, est superbement construit, et ne nous amène pas jusqu'à l'acte d'héroïsme pour qu'on finisse sur des flonflons et des médailles en chocolat: Alvin York n'accomplit son destin que lorsqu'on l'accompagne jusque chez lui après la guerre et les honneurs, pour qu'enfin sa vie commence.

Et justement, Jesse Lasky a mis environ 20 ans à obtenir l'accord de York pour faire un film! Et encore, il a fallu batailler ferme pour qu'il accepte qu'on y parle de son action d'éclat et de son temps de guerre (Qui a été relativement court, environ un mois). Mais reconnaissons que so on avait suivi l'idée du héros, qui était de montrer sa vie après la guerre uniquement, à des fins didactiques, ça aurait probablement été un film d'une aberrante nullité. Tel qu'il est, il a tout: la ferveur, le mouvement chronologique typique des films de Hawks, ce mélange de savoir-faire et de simplicité dans la mise en scène et ce mélange de modestie et d'héroïsme, plus une musique de Max Steiner et un casting premier choix. Et Hawks dirige en expert des scènes de bataille particulièrement impressionnantes.

...Et cette fois, Walter Brennan a le droit de garder ses dents.

 

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Howard Hawks
27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 16:41

De même qu'il convient de savoir commencer une carrière, la fin est importante... bien que je ne sache absolument si Hawks savait que ceci serait son dernier film. Il a quand même du voir les signes un peu partout: le cinéma n'en finissait pas de muter dans tous les sens, et les genres populaires tentaient de se raccrocher à tous les wagons possibles et imaginables, pendant que les auteurs laissaient progressivement la place à des jeunes réalisateurs turbulents... Pas de place pour un vieux réalisateur certes indépendant, mais aussi particulièrement marqué à droite, dans le cinéma Américain des années 70... c'est d'autant plus paradoxal que nombreux sont les petits nouveaux qui d'une manière ou d'une autre se réclameront de son cinéma: Eastwood, Bogdanovich, Carpenter, Milius, tous l'ont dit ou fait comprendre à un moment ou à une autre.

Donc Rio Lobo est le dernier film de Hawks, et donc son dernier western et bien sur son dernier auto-plagiat. Pourtant, quiconque s'endormirait avant la deuxième heure aurait bien du mal à retrouver ici les schémas de Rio Bravo et El Dorado: on y vient tardivement. D'abord, il y a un long prologue poussif durant lequel le Colonel Cord McNally (John Wayne) qui commande une unité Nordiste durant la guerre civile, se fait rouler par une troupe sudiste, mais réussit à triompher d'eux et les faire prisonniers. Ils va se lier avec deux d'entre eux, le Capitaine Cordona (Jorge Rovero) et le Sergent Phillips (Chris Mitchum). Et à la fin de la guerre, ils vont s'allier: d'une part les deux sudistes vont aider le vieux colonel à mettre la main sur deux traîtres de son bataillon, et de son côté, le colonel va leur prêter main-forte pour aller se mêler des exactions malhonnêtes d'un propriétaire terrien qui s'est allié à un shérif corrompu, dans le conté où vit le sergent Phillips...

Et c'est là que les vieilles tambouilles ressortent: autour de Wayne, juste parmi les justes, on retrouve une troupe de bras cassés, avec beaucoup de femmes dont certaines tiennent un discours féministe, tel que Hawks le voyait (Exactement le même que celui des hommes), un vieux porté sur la boisson (Cette fois c'est Jack Elam), un bellâtre (Cordona est d'origine Louisianaise et Mexicaine, donc il drague à tout va), un dentiste rapide de la tenaille... Tout ce petit monde passe son temps à soutenir des sièges et à balancer des bourre-pifs à une troupe ennemie, comme au bon vieux temps de Rio Bravo, et on boit environ une bouteille de whisky frelaté toutes les dix minutes. La partie consacrée au conflit fratricide est hallucinante de stupidité (En gros, c'est un peu de sport dans les bois, et beaucoup de chevalerie, et non un conflit grave de civilisation impliquant de l'esclavage!): les hommes y passent en une minute trente d'ennemis à meilleurs amis du monde... Hawks tente bien de rafraîchit la situation en faisant de ceux qui sont supposés faire la loi les méchants, et en multipliant les personnages féminins, plus une scène de nudité gratuite à la mode 1970, mais on patine, on patine... Hawks aurait-il dû prendre sa retraite? Ce film n'ajoute rien à sa légende, et est constamment mou du genou. Quant à Wayne, il fait vingt-cinq ans de plus que son âge, et c'est pathétique.

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Published by François Massarelli - dans Western Howard Hawks
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 11:54

Ce film, l'avant-dernier de Hawks, illustre parfaitement un adage typiquement Hawksien: quand les personnages sont bons et que l'alchimie entre eux est parfaite, pourquoi ne pas les reprendre? Et du même coup, pourquoi d'ailleurs ne pas reprendre la même trame, les mêmes enjeux? Donc de Rio Bravo, on passe à El Dorado. De là à faire deux bons films, toutefois, ce n'est évidemment pas gagné. Et pourtant...

Cole Thornton (John Wayne), un homme à la gâchette sûre, un professionnel mais doué de moralité, a un rendez-vous pour un travail: il doit porter son flingue et son savoir-faire au service de Bart Jason, un gros bonnet du conté d'El Dorado. Mais le shérif dudit conté, J. P. Harrah (Robert Mitchum), qui est un vieux copain à lui, ne l'entend pas de cette oreille: il sait que Jason entend faire main basse sur les terres de ses voisins, des éleveurs tranquilles, les Mac Donald. Décidé à refuser l'offre, Thornton voit Jason, mais en revenant à El Dorado il est attaqué par un des jeunes Mac Donald. En légitime défense, il le tue, et ramène son corps dans sa famille. Le père de la victime comprend, mais pas sa soeur, l'impétueuse Joey (Michele Carey): elle tire à son tour sur Thornton, et sans pour autant le tuer, lui loge une balle près de la colonne vertébrale...

Quelques temps plus tard, Thornton apprend que Jason n'a plus face à lui qu'un shérif alcoolique et bon à rien: avec l'aide de "Mississippi" (James Caan), un jeune aventurier rencontré sur sa route, il revient pour prêter main-forte à son copain...

Tout ce qui précède est assez éloigné, finalement, de Rio Bravo, mais ce n'est que le prologue. On reviendra immanquablement aux figures imposées: un shérif, peu d'aide, des gens qui se targuent d'être des pros, des innocents et des "civils" qui passent leur temps à se mêler de ce qui ne les regarde pas, et un vieux bras cassé qui parle trop mais qui abat du boulot: Walter Brennan marchait à la dynamite, pour Arthur Hunnicutt ce sera l'arc et les flèches. En lieu et place de Ricky Nelson, James Caan est un "bleu" très convaincant, dont le chapeau déclenche bien des commentaires. On ajoute aussi, par rapport à Rio Bravo, des chevauchées dans une nature rassurante et fortement ciné-génique! Mais si Hawks a décidé d'inverser le shérif et son copain, c'est quand même Mitchum qui sera l'alcoolique auquel il faut venir en aide: pas question de refiler une telle tare à John Wayne!

Ce dernier est ralenti par sa blessure, ce qui sert tout le monde: ça ajoute un brin de suspense, et ça permet à l'acteur de ralentir le rythme d'une façon convaincante, car l'âge et la santé fragile sont là... Les convictions aussi d'ailleurs, car durant le siège inévitable, en fin de film, les échanges portent autour d'un discours sécuritaire bien à droite, qui est probablement celui de tous les protagonistes: Mitchum, Hawks, Wayne et Caan ne s'en sont jamais cachés.

...Et alors? C'est le mythe du western, cette vieille idée que la loi sur la Frontière dépend d'abord des hommes avant de dépendre de la collectivité, que la loi n'est bonne qu'à s'appliquer, elle ne venge pas et elle ne débarrasse pas nécessairement des putois. Non, croyez-moi, on ne fait pas de gros fun qui tâche avec un western de gauche, parce que c'est purement et simplement de ça qu'il s'agit: du fun. Mission, en ce qui me concerne, accomplie: certes, El Dorado n'est pas Rio Bravo, mais... ce n'est pas Rio Lobo non plus.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Howard Hawks
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:44

Réalisé au beau milieu des années 30, ce film est une production "Howard", l'une des premières tentatives de Hawks de produire un film en solo, sous la bannière toutefois de Samuel Goldwyn. le style et le ton du film sont à mi-chemin entre les films qui ont précédé le renforcement du code de production (En 1934), et l'aseptisation générale qui a suivi... Avec une intrigue située dans le San Francisco des années 1850, un script auquel Ben Hecht a collaboré, et des acteurs poids lourds (Edward G. Robinson, Miriam Hopkins, Joel McCrea ou Brian Donlevy), on était en droit d'attendre un spectacle haut en couleurs... D'où une certaine déception.

Mary Rutledge (Miriam Hopkins) arrive a San Francisco en compagnie d'un homme qui a pour intention de créer un journal sur place. Elle est venue pour se marier avec un homme qu'elle connait à peine, et apprend à son arrivée qu'il est mort, lors d'une partie de cartes fatale. Elle prend sur elle, et va désormais travailler dans le casino de l'homme qui l'a tué, Louis Chamalis (Edward G. Robinson), abandonnant toute illusion, jusqu'à ce qu'un jeune, beau, et honnête pionnier (Joel McCrea) ne passe par là et s'intéresse à la jeune femme...

On apprécie la confrontation entre Robinson en canaille, mais un de ces malfrats avec une certaine vision esthétique du crime. Il assume sans rougir un rôle à la Lon Chaney, un salaud amoureux d'une femme qui restera inaccessible même lorsqu'elle se donne à lui... Et la peinture du San Francisco brumeux, sale et corrompu ne manque pas de grandeur, surtout dans d'étonnantes scènes qui montrent les citoyens de la ville, menés par le shériff Harry Carey, prenant a loi en mains... Hawks oublie son style austère pour livrer quelques audaces visuelles avec des ombres que n'aurait pas reniées Michael Curtiz... Mais ces bonnes intentions ne suffisent pas à empêcher le film de souffrir sérieusement; en cause, l'histoire d'amour sirupeuse et mal foutue entre McCrea et Hopkins, l'un et l'autre montrant de sérieuses limites...

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks
31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 11:06

Production de prestige s'il en est, ce film n'est bien sûr pas tout à fait un long métrage réalisé par cinq réalisateurs de renom... C'est l'une anthologie de cinq adaptations de nouvelles de O.Henry, écrivain immensément populaire dont la Fox a souvent tiré des films... Et afin d'assumer le prestige jusqu'au bout, le producteur Andre Hakim a demandé à John Steinbeck lui-même de faire des apparitions dans le film, pour y introduire chacune des histoires. les ambiances sont fort différentes d'un court métrage à l'autre, en fonction bien sur du ton de chaque nouvelle. Mais la compagnie a vraiment mis les petits plats dans les grands en convoquant un casting de rêve... Comme toute anthologie, le film a ses hauts et ses bas, c'est a raison pour laquelle je vais, de façon succincte, plutôt me livrer à une brève description et une courte critique de chaque segment. Pour le reste, le film réussit bien à donner l'impression d'une collection de tranches de vies Américaines, au début du 20e siècle...

The cop and the anthem (Réalisé par Henry Koster, écrit par Lamar Trotti)

Un clochard, interprété par Charles Laughton, décide de se faire arrêter, car l'hier approche... Hélas! il semble que l'humanité soit un peu trop compréhensive pour lui...

Le film se devait de commencer fort: de fait, c'est le meilleur des cinq récits, dominé il est vrai par une prestation mémorable de Laughton... Et une rencontre brève mais fascinante: il a une courte conversation avec une jeune prostituée interprétée par Marilyn Monroe. Le récit est donc enlevé, amer et fortement teinté d'une ironie que n'auront certes pas tous les autres courts métrages du film.

The clarion call (Réalisé par Henry Hathaway, écrit par Richard Breen)

Un policier (Dale Robertson) reconnait un indice dans une affaire de meurtre, qui le renvoie à son passé... Il va retrouver une fripouille (Richard Widmark) qu'il n'a pas vu depuis sa jeunesse, et dont il a deviné qu'il avait tué la victime, et les deux hommes vont mettre toutes leurs cartes sur la table... Et même trop: le policier joue un  jeu très dangereux...

On a là un bon départ vers le film noir, et l'alliance entre Hathaway et Widmark nous permet d'envisager le meilleur.Hélas, si Widmark comme d'habitude vampirise l'écran, son partenaire est un peu faiblard. On appréciera toutefois les notations acerbes sur le salaire de misère que reçoivent les policiers...

The last leaf (Réalisé par Jean Negulesco, écrit par Ivan Goff et Ben Roberts)

Une jeune femme (Anne Baxter) atteinte de pneumonie se laisse mourir, alors que sa soeur (Jean Peters) essaie de l'aider à surmonter sa maladie. la malade est persuadée que lorsque la dernière feuille de l'arbre qu'elle voit de sa fenêtre partira avec le vent, ce sera le signe pour elle de mourir. Parallèlement, leur voisin du dessus, un peintre (Gregory Ratoff), attend vainement de peindre une toile qui ait du sens...

Surprenant, le film est noir à l'extrême. Negulesco l'a uniquement filmé dans un bloc d'appartements, et on quitte rarement la chambre de la mourante. La fin est tire-larmes à souhait, mais ne manque pas de grandeur...

The ransom of Red Chief (Réalisé par Howard Hawks, écrit par  Ben Hecht, Nunnally Johnson et Charles Lederer)

L'unique film court de Hawks, sera le seul segment à être coupé du film! Et pour cause: personne n'y a jamais ri... C'est pourtant assez caustique, mais on manque ici cruellement de personnages à aimer sans doute. Et le metteur en scène a probablement eu du mal à s'intéresser à cette intrigue de deux minables (Fred Allen, Oscar Levant) qui tentent un kidnapping , mais enlèvent un gamin qui va faire d'eux des victimes... Pas très professionnel.

The gift of the magi (Réalisé par Henry King, écrit par Walter Bullock)

La deuxième vraie réussite du film est ce petit conte de Noël, tendre et inattendu. A l'approche des fêtes de fin d'année, un jeune couple (Farley Granger et Jeanne Crain) regrette de ne pouvoir se faire des cadeaux dignes de ce nom, car les temps sont durs... Mais ils vont tous deux trouver des stratagèmes...

On évite les larmes, avec une histoire inattendue, qui joue sur les fétiches des uns et les sales manies des autres, sans se départir du ton tendre choisi par King. Deux aspects de chaque personnalité vont jouer un rôle déterminant: la longue chevelure soyeuse de la jeune femme, et l'obsession du temps du jeune homme. Une fin totalement appropriée pour le film...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Henry Hathaway Howard Hawks
10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:13

La boule de feu, autant le dire, c'est Barbara Stanwyck! Et avec cette histoire gentiment loufoque, on n'est pas très loin de Blanche-neige et les sept nains, mais la figure de prince charmant serait en fait un huitième nain... Je m'explique: dans cette histoire de Brackett et Wilder, les scénaristes qui étaient sur le point de lancer leur propre production pour la Paramount, un groupe de huit scientifiques, tous vieux et barbus sauf un, se sont lancés huit années auparavant dans la rédaction d'une encyclopédie définitive. Ils ne touchent pas encore au but et on sent bien poindre derrière certaines vieilles barbes, comme une certaine lassitude. Sauf chez le plus jeune, le professeur Bertram Potts (Gary Cooper): celui-ci s'est dédié corps et âmes à la langue anglaise, et ne voit pas ce qui pourrait empêcher leur tâche de s'accomplir! Mais il fait un jour un constat alarmant: ayant vécu à l'écart du monde toutes ces années, il se rend compte que sa connaissance de l'argot est limitée, et dépassée. Il se rend donc en quête de gens, pour assembler un panel de spécialistes. Parmi les perles rares, une jeune femme, la belle chanteuse Sugarpuss O'Shea (Barbara Stanwyck) le trouble d'autant plus qu'elle refuse de participer à ses recherches. Mais lorsque le petit ami de celle ci (Dana Andrews) est arrêté, elle est recherchée et doit se réfugier, pourquoi pas, dans la gentilhommière des professeurs, dont les sept plus vieux se réjouissent: elle leur rend la jeunesse... Bertram Potts tente vaillamment de résister...

C'est donc, quatre années après Bringing up baby, un retour de Hawks à la comédie et à sa critique railleuse de l'intellectualisme. Mais derrière le loufoque déballage d'obsédés en tout genre, mathématiques, biologie, langage ou histoire, il y a malgré tout une certaine tendresse qui s'affiche pour ces professeurs décalés, déphasés, qui sont tout à coup confrontés à une époque dont ils ne connaissent rien. Hawks, lui, la connait et on a droit à Gene Krupa et son big band, et à la conga, dont Stanwyck fait une rapide démonstration. Et puis il y a le monde du crime, et des dialogues marqués par un usage effréné de l'argot! Cela étant dit, sans faire la fine bouche, le film prend son temps, et ne laisse pas derrière lui la même dévastation loufoque de toute raison que Bringing up baby, et on est loin ici de l'abattage meurtrier de Twentieth century. le genre était en pleine mutation, et même si Gary Cooper est à son plus vulnérable et que les sept "crânes d'oeuf" sont adorables, Hawks, décidément, n'est pas Lubitsch. Donc on passera du bon temps, dans l'ensemble... Hawks aussi, puisque il "refera" le film avec A song is born en 1948, un film musical qui n'est pas souvent visible, et qui a assez mauvaise réputation. Quant à Wilder et Brackett, qu'on n'ait pas la moindre inquiétude pour eux, ils s'en sont très bien sortis...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Howard Hawks Billy Wilder