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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:27

L'officier Hermann (Ivan Mosjoukine) passe des soirées entières au milieu des autres officiers, à regarder sans y prendre part aux parties endiablées de cartes. Entendant une anecdote racontée par un de ses collègues, dont la grand-mère, une vieille comtesse, a un jour joué trois cartes particulières qui lui ont donné la fortune, il décide de questionner la vieille aristocrate sur son secret. Il cherche à l'approcher en séduisant sa dame de compagnie, et bientôt il réussit à pouvoir lui parler...

Ce sera un désastre.

Ce film est l'un des plus célèbres parmi les films de l'époque pré-révolutionnaire en Russie. Protozanov y développe un style de narration qui joue sur l'extrême lenteur, d'une part: lenteur de jeu et lenteur de rythme. Et il y filme dans des décors et des éclairages particulièrement soignés... Donc soyons clair: le rythme est si particulièrement lent, qu'on risque assez souvent de s'y perdre, paradoxalement... Mosjoukine, pour l'un de ses rôles les plus notables avant son arrivée à Paris, y est l'ombrageux, tourmenté officier abstinent qui ne veut jouer qu'à coup sûr... Et qui pourrait bien être une métaphore narquoise d'autre chose, d'autant que le bellâtre est bien prompt à sortir son arme de poing pour faire peur aux vieilles dames!

Sinon la technique du film fait la part belle aux truquages (eh oui, brave gens, on n'a pas attendu Netflix pour voir des films avec des effets spéciaux), notamment la surimpression, tant utilisée dans les films de Bauer pour véhiculer les pensées, souvenirs, regrets et tourments des protagonistes... Et une séquence finale montre Mosjoukine pris au piège d'une gigantesque toile d'araignée...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Ivan Mosjoukine
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 16:39

Sorti en 1923, mais prêt depuis la fin 1922 quand il a été montré aux exploitants, La maison du mystère est pour la compagnie Albatros d'une grande importance; hérité des productions Ermolieff, qui s'installent à Paris à l'aube des années 20, le petit studio de Montreuil dominé par les Russes, va enfin rencontrer le succès, en particulier grâce à ce film en dix épisodes, qui sera un triomphe, après les succès d'estime des précédentes productions des Russes Blancs (Dits "De Montreuil") qui ont fui la révolution. Leur cinéma est essentiellement basé sur l'émotion, l'évasion et la captation des sentiments à l'écran, et nul mieux que Mosjoukine ne sait exploiter ce créneau. C'est ce que démontre cette imposante mais superbe production de 6h30, entièrement conservée et reconstituée avec un soin incroyable par feue Renée Lichtig, et enfin mise à notre disposition depuis 2015 en DVD dans la collection Flicker Alley.

Julien Villandrit est un chef d'entreprise heureux en amour, mais dont des soucis de comptabilité assombrissent la vie. Sa femme, la tendre Régine, est à son insu l'objet d'un lourd secret: le banquier Marjory est en effet son père, issu d'une liaison passée et secrète. Depuis la mort de la maman, plus personne n'est au courant, et Marjory ne souhaite pas propager la nouvelle... Mais ses largesses pour le jeune couple, et son amour débordant pour Régine finissent par faire jaser, en particulier Henri Corradin: le meilleur ami de Julien est en effet depuis toujours amoureux de Régine, et très, très jaloux... Et bien sûr le drame est inévitable: après avoir fait part de ses soupçons à Julien, Corradin assiste à une bagarre entre les deux hommes, et lorsque Julien (Qui a compris la vérité) va chercher du secours pour venir en aide à Marjory mal en point, son ami tue froidement le banquier. Les empreintes de Villandrit, les traces de lutte, et les rumeurs sur l'infidélité de Régine, tout concourt à faire accuser Julien du crime... C'est le point de départ de 20 années de tumultes, de coups de théâtre, de trahisons et de mésaventures en tous genres...

Le roman de Jules Mary à la base de cette sombre histoire est sans aucun doute un pensum à fuir, mais le traitement qu'en proposent Volkoff (Et Mosjoukine, qui comme d'habitude à la main sur le scénario) est tout en passion... L'âme Russe, toujours, pour le flamboyant Mosjoukine, qui habite chaque scène de son regard intense, et grâce à son jeu d'une puissance rare, et presque unique dans le cinéma Français. Volkoff se tire de l'invraisemblance de chaque scène en jouant avec un talent fou la carte d'un cinéma visuel, tant dans l'utilisation de décors naturels que dans la composition magnifique; il prend par exemple le parti dans le premier épisode de traiter le mariage des Villandrit en cinq minutes d'ombres Chinoises, sans céder à la tentation de la joliesse et de la mièvrerie: ce théâtre d'ombres incorpore aussi le drame à venir. En prime, il se sert du montage comme personne, sans se vautrer dans l'utilisation d'effets à la Gance (Ce qu'il fera malgré tout avec plus de retenue que le metteur en scène de La roue, dans Kean en 1924 et Casanova en 1927): tout ici est dédié à la mise au coeur de l'action, et au coeur des passions, des spectateurs. Une fois mis le pied dans l'engrenage du premier épisode, impossible de s'arrêter ou de demander grâce!

Et le serial, avec sagesse, suit le parcours inévitable du genre: il installe une harmonie (Un mariage, une naissance) à peine entachée de quelques zones d'ombre suffisamment définies pour apporter plus tard leur lot d'ennuis (L'argent, les soupçons d'infidélité, la présence envahissante du "rival" félon Corradin), et le chaos qui s'ensuit (L'arrestation, puis l'incarcération et enfin l'évasion et la fausse mort de Villandrit) va être la toile de fond d'un long retour à la joie et au bonheur, véritable but des protagonistes et du public (En l'occurrence proclamer et prouver son innocence pour avoir le droit de récupérer sa femme et sa fille!). Les règles du genre sont donc bien respectées, et les passages obligés aussi: spectaculaires retournements de situation, traîtrises diverses (le méchant Corradin), dosage de l'émotion, suspense, accélération du rythme en fin d'épisode...

Ni Mosjoukine, ni Volkoff, ni leurs acteurs ne se sont lancés dans cette aventure pour faire passer quelque message paternaliste que ce soit: on n'est pas chez Gaumont, et si "le patron" est bien mis en danger, c'est par son égal, son meilleur ami, un jaloux, un bilieux qui poursuit probablement des motifs peu recommandables. Certes, le monsieur est amoureux. ...La belle affaire! La façon dont Corradin, l'éternel éconduit par Régine (Hélène Darly), l'épouse de Julien, se retrouve tout à coup à dévisager la petite Christiane, la fille des Villandrit (Francine Mussy), nous laisse à penser qu'en plus d'être un lâche, un traître et un assassin (comme lui fait remarquer Villandrit dans leurs retrouvailles de l'épisode 8), Corradin est peut-être aussi un salopard fortement louche. Pour le reste, justement les sous-intrigues du film (un maître-chanteur pétri de remords et mû uniquement par le bien-être de son fils adoré, un évadé sûr de son bon droit, mais qui montre un profil bas en devenant l'humble et anonyme contremaître de l'entreprise dont il est le propriétaire et patron légitime) donnent l'impression d'une véritable humanité, qui s'étend au-delà des stéréotypes. Le héros est un brave homme, qu'il soit patron ou employé. Et le rôle joué par la religion (exactement comme dans Michel Strogoff, même si ici c'est de Catholicisme Romain qu'il s'agit et non de Catholicisme Orthodoxe) est essentiellement décoratif, pour Mosjoukine et Volkoff qui ont compris où s'arrêter pour qu'un motif ne prenne pas toute la place...

Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'au milieu de tout ça, face à Ivan Mosjoukine, qui domine (mais comment pouvait-il en être autrement?), on trouve dans le rôle de Corradin le grand Charles Vanel, qui est superbe. Le clou du film, selon moi, est situé dans le huitième épisode, lorsque les deux hommes luttent après s'être perdus de vue pendant près de quinze ans: ils en sortiront vivants tous deux, mais la lutte est à mort et dure sept minutes, alors tout y passe: les poings, les baffes, l'arrachage de vêtements, les jets d'objets, même les meubles sont mis à contribution dans ce qui est une destruction systématique de l'environnement. Cette lutte se terminera d'une façon inouïe, par la projection d'un des deux protagonistes dans le vide, qui survivra à flanc de falaise. Falaise qui est filmée, entre autres, de très loin, avec des personnages qui ne sont que de menues silhouettes (voir photos plus bas)... Et pourtant, c'est on ne peut plus clair à comprendre. A l'issue de la bagarre, le spectateur est sans doute aussi exténué que les personnages...

C'est frappant, à quel point la mise en scène de ce film, à l'interprétation à la fois sobre et profondément émotionnelle, tranche sur toute la production française de l'époque, à de rares exceptions... Feyder et Crainquebille, ou Visages d'enfants, peut-être? Mais la modernité de Volkoff (et Mosjoukine, et leur assistant non crédité Tourjansky, soyons juste) passe par une habitude Russe d'une part: les personnages et leurs émotions sont constamment relayés par le décor et l'éclairage; et d'autre part, l'influence des Américains est là et bien là: le montage, le rythme de jeu et les angles de prise de vue sont tout entiers dédiés à l'impact émotionnel, et à la rigueur du point de vue. Il en résulte un film joué de façon convaincante, avec autant de fougue que de subtilité. Même si comme je le disais plus haut Mosjoukine domine, ce qui est incontestable, il semble avoir imprimé son style à tous les acteurs... Et c'est la naissance du style Albatros, justement, ces films merveilleux qui vont montrer au cinéma français la marche à suivre!

La Maison du mystère propose donc une évasion express, un divertissement spectaculaire et totalement grisant, dans des images qui sont du cinéma pur de bout en bout. En bref: c'est un film à voir absolument, l'un des chefs d'oeuvre de Mosjoukine, et sans doute l'un des plus beaux films muets Européens... Voilà c'est dit.

 

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Published by François Massarelli - dans Ivan Mosjoukine Muet Albatros 1922 Alexandre Volkoff
3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 09:05

Si Bauer n'a jamais rechigné à réaliser des films de commande pour la nation, qu'elle soit d'obédience Tsariste (Ce film, par exemple, réalisé au début de la première guerre mondiale), ou démocratique (le révolutionnaire de 1917 est pour sa part un film qui exalte l'esprit de la révolution de Février), il ne l'a jamais fait non plus sans une certaine ironie. Ici, la première partie va dans le sens d'un souffle national que tous les pays concernés par le conflit ont ressenti, cet espèce de sentiment enfantin d'aller puiser la gloire au combat, un sentiment qui s'est si vite avéré être puéril... Le point de vue ici est celui d'une jeune femme (Dora Tchitorina), mariée à un officier flamboyant (Ivan Mosjoukine). Elle veut participer à l'effort de guerre et s'engage dans la Croix rouge... les combats sont rudes, les blessés et les morts sont plus nombreux que prévus, et la jeune infirmière de plus en plus tourmentée voit les hommes se succéder... Jusqu'au jour où c'est son mari agonisant qui se trouve devant elle.

Le contraste entre les salons du début du film, ou toute une vie tranquille de bourgeois et de nobles se déroule sous nos yeux, et la peinture dramatique de la guerre, vue surtout au travers des cauchemars de la jeune femme générés par l'horreur, est du pur Bauer, et tend à court-circuiter la volonté propagandesque du film. Mais ironiquement, a jeune femme saura surmonter ses troubles et galvanisée par le sacrifice de son mari, remplira une mission héroïque... De quoi redonner sens au titre si embarrassant par lequel ce film est parfois connu: "gloire à nous, mort aux ennemis". Tout un programme...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914 Yevgueny Bauer Ivan Mosjoukine
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:15

C'est ce film qui va faire le lien entre les carrières russes respectives de Joseph Ermolieff, Jacob Protozanoff, Ivan Mosjoukine, Natalie Lyssenko et Alexandre Volkoff, d'une part, et leur arrivée en France d'autre part; littéralement: en fuyant la révolution (Ou les révolutions pour être exact), et l'annonce par Lénine de la nationalisation, Mosjoukine et ses associés emportaient avec eux le cinéma. Et leur voyage, de Moscou à Yalta, de Yalta à Constantinople, et de Constantinople à Marseille, a été l'occasion pour eux de tourner un film... Scénarisé par Mosjoukine et Volkoff, mis en scène par Protozanoff, interprété par Mosjoukine et Lyssenko, et produit par Ermolieff. Son intrigue ressemble à une histoire sans queue ni tête improvisée sur la route, et filmée dans des décors qui varient sans cesse, et pour cause!

Le comte de Granier est heureux: il va marier son fils Charles, le plus grand, le plus raisonnable aussi. Son fils Octave, c'est une autre paire de manches, ou de gants de boxe: il est passionné de sport, mais ce grand nigaud n'a pas la moindre notion de ce que c'est que de séduire une femme. Ce qui est loi d'être le cas de Charles: quand sa future belle-soeur lui demande d'aller chercher son grand frère, Octave le trouve aux côtés de l'actrice Yvonne Lelis, une dangereuse séductrice. Il les pousse à rompre, mais Yvonne va le séduire... Et Octave, subjugué, et désavoué par son père va peu à peu tomber dans tous les pièges tendus par la fourbe actrice, devenant lui-même acteur, puis trichant au jeu pour pouvoir subvenir aux besoins toujours plus importants de son épouse... Puis lorsque la déchéance s'installe, ils vont trouver avec leur fille un travail dans un cirque. Mais la petite, acrobate, fait une chute, et il n'y a plus qu'une ressource: trouver de l'argent auprès de la famille De Granier. Et au besoin, le voler...

Les quinze premières minutes épousent le rythme de la comédie, et rappellent la façon excentrique de Mosjoukine de traiter ce genre, que ce soit dans Le brasier ardent, Kean ou Feu Mathias Pascal... Protozanoff semble donner corps ici à une vision totalement due à son acteur-scénariste, qui a semble-t-il décidé de montrer au public les atouts de la troupe. Et le film, avec ses ruptures de ton, qui permettent d'explorer à peu près tous les genres, et de montrer la versatilité de ses acteurs, en particulier Mosjoukine et Lyssenko, devient une démonstration des capacités de cette troupe ambulante, qui va devenir la base de la société Albatros. Donc ce film en forme de tout et de rien, foncièrement sympathique par son côté surréaliste, est une démonstration de force...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Comédie Albatros Ivan Mosjoukine
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 16:45

Adapté d'une pièce de Alexander Brody, ce film Universal doit énormément à Boule de Suif, ce qui met d'une certaine façon Sloman dans un club qui avait aussi pour membres, excusez du peu, Kenji Mizoguchi dont l'un des premiers films parlants était une adaptation de la nouvelle de Maupassant, et John Ford, qui savait parfaitement de quelle source la nouvelle Stage to Lordburg était tirée, lorsqu'il travaillait à son film Stagecoach qui en était dérivé... Cette fois, l'histoire est celle d'un petit village frontalier dans l'Autriche de 1914, à l'intérieur duquel s'est installée une forte communauté Juive, dont beaucoup viennent de Russie dont ils ont fui les pogroms orchestrés par les soldats Cosaques. Le rabbin Lyon (Nigel De Brulier) et sa fille Lea (Mary Philbin) y vivent heureux en attendant un possible mariage de la jeune femme, une vraie forte tête. Celle-ci fait la rencontre inopinée d'un bel homme, Constantin (Ivan Mosjoukine), un Russe qui s'est aventuré loin de ses frontières pour chasser. Le Rabbin interdit à Constantin de s'approcher de sa fille, mais celui-ci revient à la faveur de la guerre, et va brièvement occuper le village avec ses Cosaques. Désireux de séduire la jeune femme, il lance un ultimatum à la population: il brûlera le village et ses habitants, à moins que Lea n'accepte de passer la nuit avec lui... La population fait pression sur la jeune femme et son père.

Largement oublié aujourd'hui, Surrender doit essentiellement sa relative notoriété à la présence de Mosjoukine, dont c'était l'unique incursion dans le cinéma Américain. Un accord de distribution qui se voulait un début de contrat avait été trouvé auprès de la Universal pour Michel Strogoff (Victor Tourjanski, 1926) et le studio espérait lancer la star avec les aventures du courrier du tsar... Mais le public n'a pas accroché. Mosjoukine est donc ici traité en invité de luxe, et son crédit vient en deuxième position après celui de Mary Philbin, qui interprète Lea. Le rôle de Constantin est un mélange entre le jeune Mosjoukine un peu rêveur du Brasier ardent, et ses rôles plus flamboyants de soldats Russes au temps du cinéma Tsariste (La dame de pique, de Protazanov, 1916). Mais surtout, il est clairement identifié comme un homme plutôt bon, ce qui tend à contredire son rôle dans des pogroms, évoqué sans aucune retenue au début du film. Pourtant, au moment de tirer sur un écureuil lors d'une partie de chasse, il abaisse son fusil... C'est un affadissement assez difficile à accepter, mais ça permet au moins au jeune homme de pouvoir conquérir le coeur de la jeune femme.

Mary Philbin, auréolée des succès de The merry-go-round (Rupert Julian et Eric Von Stroheim, 1923), et de The phantom of the opera (Rupert Julian et Edward Sedgwick, 1925) est donc la star du film, mais un autre aspect me semble prendre de la place, et ce n'est pas rien: Edward Sloman était, à la Universal dans les années 20, un metteur en scène spécialisé dans des histoires qui mettaient en scène des Juifs de tous horizons, montrés avec une certaine tendresse par l'un d'entre eux, qui avait à coeur de combler un vide assez embarrassant pour une industrie dans laquelle les Juifs avaient pourtant tant d'importance. Un grand nombre de ses films ont disparu, mais celui-ci a toujours été disponible, heureusement. Si l'anecdote de Boule de suif telle que l'a traitée le film ne tient pas forcément la route en raison de la sympathie naturelle que le public ne peut que ressentir à l'égard de Mosjoukine, ou de la médiocrité terrifiante de l'actrice principale (Mary Philbin était objectivement nullissime), la façon dont Sloman nous montre le village, avec ses acteurs Juifs ou non (Nigel de Brulier avait du jouer tous les religieux, de Richelieu de Don Frollo, à des sages Indiens, il était normal qu'un jour ou l'autre il joue un rabbin!), la chaleur et la vie dégagée par la caméra de Gilbert Warrenton, et le rythme sûr du film, dont parfois les intertitres disparaissent au profit de textes intégrés dans les plans, ce qui a un effet dynamique, nous donnent une solide envie d'en voir plus! Quant à Mosjoukine, peu enclin à jouer les seconds couteaux, il prit la décision de retourner en Europe.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine 1927
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 17:36

Le prince Roundgito-Singh (Ivan Mosjoukine) fuit dans de périlleuses circonstances son Tibet natal, dans lequel il était pour le peuple une consolation, tant le tyran qui les gouvernait était craint et vil. Pervenu au terme d'un long voyage en Europe, il interrompt le tournage d'un film, et devant son exotisme, l'actrice principale Lady Anna (Natalie Lyssenko) intriguée, l'invite à se joindre à la production. Lady Anna, justement, qui vit une union fort compliquée avec son producteur de compagnon, jaloux et teigneux, est fort intrigante pour une actrice Française: elle parle le langage maternel du Prince. Quel secret cache-t-elle donc? Et que cherchent exactement les mystérieux individus qui parcourent la ville à la recherche du prince?

Ce film de prestige rocambolesque est l'une des premières productions de la firme Albatros lorsqu'elles se tournèrent vers des jeunes et moins jeunes réalisateurs établis. Et Epstein voyait d'un oeil gourmand les possibilités de mélanger son style audacieux et avant-gardiste avec le "style Mosjoukine". Celui-ci, de fait la plus grande vedette de l'Albatros si ce n'est du cinéma Français, n'allait plus mettre lui-même en scène ses productions (Au vu du Brasier Ardent, on ne peut que le regretter), mais continuait à fournir des scénarios. Un film avec Mosjoukine en provenance des studios Albatros, sur un scénario de la star, forcément ça impose le respect...

Pourtant cette histoire sans queue ni tête (Qualifiée d'idiote par Abel Gance lui-même, et l'auteur de l'immortel nanar La fin du monde était un connaisseur pourtant) sonne comme une métaphore vide de sens de la vie de Mosjoukine l'exilé à Paris. Au moins, Epstein profite des largesses de l'Albatros pour se lancer dans des extravagances stylistiques mâtinées d'une solide dose d'avant-garde... Mais après l'éclat flamboyant et l'humour dévastateur du Brasier Ardent, on reste perplexe devant les possibilités gâchées et le manque d'humour (Les ouvertures vers le baroque ne manquent pourtant pas, loin de là) fait décidément beaucoup pour le côté poids lourd de cette production, menée sans doute par un Mosjoukine fort imbu de lui-même (Mais ce n'est pas nouveau), mais qu'un réalisateur un peu plus aguerri et volontaire aurait certainement su canaliser: voir, à ce sujet, de quelle belle façon L'Herbier l'année suivante sut mélanger son univers et celui de Mosjoukine dans le superbe Feu Mathias Pascal.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1924 Jean Epstein
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 17:43

Ce film présente les mésaventures fort drôlatiques, étonnantes et pleine de rebondissements du chevalier Giacomo Casanova de Seingalt, dont on se demanderait volontiers ou il acquit son titre sinon dans les boudoirs, chambres, lits et sofas les plus aristocratiques, tant la polissonneire lui tient au corps. Nous suivons le chevalier de Venise à St-Petersbourg, puis de retour à Venise, fuyant en permanence les hommes de bien et les hommes de loi dont il a généralement lutiné les épouses à moins qu'elles soient encore en train d'attendre leur tour légitime. La République de Venise s'acharne sur lui, et il va tour à tour s'improviser magicien pour y échapper, se faire passer pour précepteur auprès, s'il vous plait, de la Grande Catherine de Russie, sauver des orphelines en danger, se faire érrêter, condamner à mort,et s'avader, non sans constinuellement s'arrêter pour contempler quelque minois de passage...

Ivan Mosjoukine a constamment fui lui aussi, la Russie communiste d'abord, puis la compagnie Albatros dont il était la vedette principale pour conquérir son indépendance artistique et financière, mais ce n'est pas tout: si on ne va parler de l'affaire Romain Gary ici, a aussi du séduire bon nombre de femmes! Mais l'identification n'est pourtant pas totale entre le maitre d'oeuvre-acteur-scénariste Mosjoukine et le picaresque chevalier. Mosjoukine se sert de la figure légendaire pour installer son image de Douglas Fairbanks à la Franco-russe, bondissant et triomphant de l'adversité sans jamais s'arrêter. Et le film est une fête visuelle permanente, à la rigueur cinématographique d'autant plus étonnante que le scénario joue volontiers la carte parodique. La distribution est bien sur dominée par Mosjoukine, mais il sait s'entourer: on trouve dans le rôle de Catherine la grande Suzanne Bianchetti, préposée aux rôles de reines et d'impératrice. On en peut pas passer sous silence la superbe composition totalement siphonnée de Rudolph Klein-Rogge qui joue son mari, le Tsar Pierre III de Russie, une composition burlesque assez inattendue pour les habitués de ses rôles chez Fritz Lang... Volkoff, complice fréquent de Mosjoukine qu'il a accompagné depuis la Russie jusque à l'Albatros, et l'a ensuite suivi dans sa quête d'indépendance, joue à fond la carte de la grande classe, dans une superproducion dispendieuse dont le luxe est impressionnant, mais sert la carte de l'ode à la joie de vivre, incarnée à travers Mosjoukine par le jouisseur Casanova.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine 1927
14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 16:41

Edmund Kean (1787 - 1833) est le plus grand acteur Anglais de son temps, un génie qui va révolutionner la façon d'interpréter Shakespeare, auquel il rend toute sa verve et tout son sel... C'est aussi, comme tant d'acteurs, un aventurier, un homme qui laisse la passion et l'impulsion le guider. Malheureux en amour, heureux en débauche et riches en dettes... Bref, un rôle sur mesure pour Ivan Mosjoukine, co-scénariste de ce film qui reste l'un de ses classiques, et l'un de ses grands films interprétés pour les studios Albatros avant de tenter la grande aventure d'un cinéma plus grand public avec Michel Strogoff en 1926. Kean est d'ailleurs l'avant-dernière collaboration de Mosjoukine avec les studios de Ermolieff et Kamenka... et c'est une production d'une incroyable richesse, tant par ses décors que par la qualité de l'interprétation, et bien sur l'invention filmique!

La première apparition de Mosjoukine en acteur (Interprétant Romeo) est longuement préparée, elle se confond bien sur avec le véritable commencement du film. Et la confrontation entre Kean, son public, et Shakespeare occupe bien une dizaine de minutes, riches en enseignements. Mosjoukine est d'abord une ombre géante qui se détache des coulisses, avant de manger toute la scène... Bien sûr, contrairement à la légende qu'était Kean, l'acteur de cinéma semble adopter un jeu assez conventionnel pour son Shakespeare, mais le film n'est absolument pas un documentaire, et Volkoff s'intéresse finalement plus à l'effet que fait Kean sur le public (Aussi bien la noblesse et la bourgeoisie que les "Enfants du paradis"!). Et tout au long de ces 141 minutes de cinéma flamboyant, Mosjoukine ne se contient pas vraiment... il faut dire que ce rôle est taillé sur mesure pour la star excentrique du cinéma Franco-Russe, qui lui aussi tendant à faire se confondre, comme Kean dans les scènes où on le voit interpréter Romeo et Juliette, puis Hamlet, le théâtre et sa vie, et séduisait comme d'autres respirent. Et Kean, dans sa vie, prolonge son métier en se déguisant sans cesse pour échapper à ses créanciers. En marin... ou en tigre!

Le film reconstruit à merveille le Londres du XIXe siècle tel que Dumas l'a imaginé dans sa pièce, et Volkoff et Mosjoukine se sont plus à accumuler les scènes de bravoure, toute construites sur une véritable unité dramatique. la plus connue, la plus discutée aussi, est bien sur sensée montrer les excès de la vie de débauche de Kean, qui danse et boit jusqu'au bout de la nuit dans un pub. La scène est électrique, communicative, et recycle merveilleusement le montage rapide tel que Gance l'a utilisé dans La roue. Mais chaque scène possède sa propre identité, dans un grand film qui n'hésite jamais à passer d'un genre à l'autre, d'un seul souffle. C'est encore une fois la marque de fabrique de Mosjoukine, mais avouons que le style de Volkoff a une classe folle...

Ce film qui fut un énorme succès, qui mêle de façon fascinante l'art avec la vie et la mort des artistes, on peut spéculer sur le fait que Carné l'ait vu... En tout cas il est impossible de ne pas y penser. Quant à l'acteur Mosjoukine, qui a manifestement pris énormément de plaisir à interpréter cette auto-caricature d'une rare finesse, il ne pouvait sans doute pas deviner que jouer la mort de Kean, qui s'accroche à Shakespeare (Son seul vrai ami, le souffleur Salomon interprété par Nicolas Koline, lui lit des extraits avant que l'acteur, en transe, le remplace au pied levé) jusqu'à son dernier souffle, serait prémonitoire de sa propre mort dans la misère.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1924
26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 17:59

Une femme (Natalie Lissenko) en proie à des rêves brûlants, à tous les sens du terme, ne sait pas qu'elle y vit ce qui va définir le reste de sa vie... Elle va bientôt rencontrer pour de vrai le célèbre détective Z (Ivan Mosjoukine), engagé par son mari (Nicolas Koline) pour la surveiller, sous un prétexte un peu fumeux... Et bien sur les deux jeunes gens vont tomber amoureux l'un de l'autre, de façon irrémédiable. Ce qui n'en doutons pas va gêner l'enquête du détective. Et quand le mari, pas si bête, indiquera à son détective qu'il souhaiterait ne pas avoir à souffrir personnellement de les avoir rapprochés, la gêne s'installe...

Ivan Mosjoukine réalisait son deuxième film en France avec cette extravagante super-production, qui a le culot de faire la synthèse aussi bien thématique qu'esthétique entre absolument tous les genres possibles et existants en France à cette époque: la comédie, le mélodrame, les films mystérieux à la Fantômas, la comédie burlesque, le drame bourgeois, et bien sur l'avant-garde sous toutes ses formes, recyclée (et parfois anticipée, car Entr'acte de René Clair ne sera réalisé que l'année suivante) par Mosjoukine, qui utilise toutes les ressources du montage, du placement de la caméra, allant jusqu'à intégrer génialement des séquences en négatif.

Il est un acteur survolté, parfaitement à l'aise avec toutes les scènes, et s'amuse à représenter la rencontre entre l'Homme et la Femme, sous le signe du désir symbolisé de toutes les façons possibles. L'acteur s'engage à 100%, jouant tous les rôles qui permettront à l'homme d'apparaître sous son jour le plus fantasque. On pourra sourire des moments de pur machisme (tel que cette incroyable scène dans laquelle le détective montre sa puissance d'homme riche en obtenant l'impossible des jeunes femmes dansant dans un cabaret)... Mais il contre-balance cette incongruité en représentant son surhomme se comporter comme un enfant avec sa grand-mère adorée! Tout Mosjoukine à son meilleur est présent dans ce film: la complicité qui l'unit avec Natalie Lissenko, le génie qui lui permet d'aller jusqu'à se moquer de lui-même, la science du déguisement... Le Brasier n'est pas qu'ardent, c'est un film bouillonnant, excentrique et à voir et revoir.

...pas pour le public de 1923 cependant, semble-t-il, le film ayant coulé la compagnie Albatros une première fois, et renvoyé Mosjoukine à son statut d'acteur. Hum! Le Casanova de Volkoff est quand même diablement Mosjoukinien, non? Et si j'en crois les rumeurs, ce film serait l'un des deux qui auraient décidé Renoir à devenir cinéaste (ce qu'il a bien failli être, du reste)...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1923
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 17:43

Venir à Marcel L'Herbier, c'est quelque chose de difficile: le bonhomme a bien réalisé L'argent (1928), disponible en DVD, qui est un très grand film. Mais à coté, on peut aussi voir le fadasse mélo Eldorado (1921), le très "artistique" (n'est-ce-pas) Homme du large (1920) rassemblés dans un luxueux coffret, ou encore le lourdingue Diable au coeur de 1926, édité en même temps qu'un (beau) livre sur le cinéaste. Pire, dans les années 80, on a "redécouvert" suite à sa restauration le film L'inhumaine (1923), sans doute le film le plus prétentieux du muet.

Pour toutes ces raisons, c'est avec une certaine appréhension qu'on attendait la résurrection de Feu Mathias Pascal (1925), le film dans lequel L'Herbier adaptait Pirandello en compagnie de l'immense acteur Ivan Mosjoukine; ce dernier, probablement le seul monstre sacré du cinéma muet Français, est génial quoi qu'il fasse, et son contrat d'exclusivité avec la société Albatros obligeait L'Herbier à partager la production de son film: le résultat est un miracle, non seulement le meilleur des films de L'Herbier devant L'argent, mais aussi l'un des plus beaux films Français de l'époque muette.

 

Mathias Pascal (Mosjoukine), un jeune homme fantasque épris de liberté, épouse presque par hasard Romilde (Marcelle Pradot). Ce faisant, il abdique toute liberté et souffre du manque d'affection de son épouse et de la haine de sa belle-mère. Le jour ou la mère, mais aussi sa fille meurent, il prend la fuite, s'arrêtant au hasard à Monte-Carlo, ou il devient riche en jouant une nuit entière à la roulette. Reparti au pays, il apprend qu'il est censé être mort, un cadavre anonyme ayant été repêché en son absence... Il repart pour Rome, déterminé à profiter de cette nouvelle liberté qui lui est offerte sur un plateau.

 

178 minutes à suivre les égarements de Mathias Pascal, cela peut sembler excessif à l'heure ou le moindre film dépassant les deux heures se voit obligé de multiplier les morceaux de bravoure numériques, et pourtant il n'ya pas le moindre problème: ce film se boit comme du petit lait. L'Herbier est célèbre pour avoir tendance à confier plus de responsabilité à ses décorateurs (Mallet-Stevens et Autant-Lara sur L'Inhumaine, par exemple) qu'à ses acteurs, mais là il a su faire une exception; si le cadre utilise à merveille les décors de Lazare Meerson (Dont c'était le premier film), les acteurs font mouche. On reconnaitra, outre Mosjoukine et l'Américaine Lois Moran (Qui joue Adrienne, la jeune femme dont Pascal tombe amoureux dans la deuxième partie), Michel Simon dans un de ses premiers rôles, mais aussi Pauline Carton, des années avant ses splendides compositions pour Guitry. Mais évidemment, la principale attraction, c'est Mosjoukine: L'Herbier n'imaginait pas un autre Mathias, et c'est tant mieux. On n'ose imaginer s'il avait suivi son coeur et confié le rôle à l'infect cabot qui encombre tous ses premiers films, Jacque-Catelain, qui possèdait autant de charisme qu'une éponge. Mosjoukine se joue des transitions entre le drame et l'humour noir particulièrement important dans lequel le film baigne, et fait penser par sa science gestuelle et son impressionnante présence aux acteurs burlesques du muet, Chaplin et Keaton en tête; L'Herbier a d'ailleurs le bon goût de laisser sa caméra à distance, comme l'aurait fait Keaton, notamment dans les premières scènes Romaines de liberté, lorsque Pascal renconrtre Adrienne, et qu'il "danse" un étrange ballet avec la jeune femme. Ailleurs, il laisse le rêve prendre le pouvoir, donnant libre cours à son extravagance naturelle, qui se combine sans aucun problème à l'excentricité de Mosjoukine: en particulier, la scène durant laquelle Mathias Pascal se voit agresser le fiancé d'Adrienne, tournée au ralenti, est un savant mélange de comique et de quasi-surréalisme. Néanmoins, le cinéaste ne cède pas totalement à l'humour noir du sujet, et explore deux motifs avec une vraie intelligence: dès la scène du début ou, parti pour demander pour son meilleur ami la main de Romilde, Pascal se voit tout à coup fiancé, il sent que son moi lui échappe. Cette dualité va être soulignée, souvent avec humour (les deux chats "embauchés" dans la bibliothèque, pour chasser les rats) dans le film, mais aussi jusque dans le drame: les deux morts simultanées de la mère et de la fille, ou encore le numéro de duettistes de Romilde et sa mère... A l'heure de découvrir sa "mort", Mathias se dédouble littéralement sous nos yeux, et son "fantôme" reviendra périodiquement le hanter. Paradoxalement, en lien avec cette dualité, le film explore l'aliénation terrifiante dont est victime Mathias Pascal, et il se révèle souvent que le jeune homme abandonne non seulement son identité, mais aussi toute existence: privé de son nom, il ne peut faire aboutir aucune démarche, et sait qu'il ne pourra pas se marier, ni vivre heureux. En abandonnant son nom, il a cru trouver la liberté, mais il a en fait tout bonnement cessé de vivre...

 

On ne remerciera jamais assez Arte de nous donner à voir des films muets au moins une fois par mois, mais il faut reconnaitre que la potion n'a que rarement été aussi agréable: ce Feu Mathias pascal, est tout simplement un film essentiel, toutes époques confondues, et pourvu que la re-découverte des films de Mosjoukine se poursuive!!

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1925