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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 09:38
The Hudsucker proxy (Joel & Ethan Coen, 1994)

New York, 31 décembre 1958, 23:59. Du 44e étage (...A moins que ce ne soit le 45e...?) du méga-building de Hudsucker industries, un jeune homme s'apprête à sauter. Il neige, et une voix off va nous raconter non seulement comment il est venu là, mais aussi comment il va être sauvé... Dans un script qui évoque les grandes et riches heures du cinéma engagé de Frank Capra, et de la comédie sardonique de leur maître revendiqué Preston Sturges, les Coen se livrent à un nouveau pastiche de genre Hollywoodien plus que marqué... Et se plantent dans les grandes largeurs.

Norville Barnes a de la chance: il débarque à New York, en provenance de Muncie, Indiana, pour trouver un travail, et se présente à Hudsucker Industries justement le jour qu'a choisi le président et fondateur Waring Hudsucker pour se suicider. Il s'est jeté du 44e étage. Après quelques jours, Norville (Tim Robbins) va bénéficier d'une promotion inattendue et spectaculaire: ce qu'il ignore, c'est que Sidney J. Mussburger (Paul Newman) l'a mis à la place de président justement parce qu'il a besoin d'un imbécile, quelqu'un qui fasse fuir les actionnaires potentiels, car le décès de Hudsucker a ouvert la porte à des investisseurs extérieurs, et ça signifierait la fin des privilèges pour le cercle restreint des membres du conseil d'administration. Mais l'imbécile met la puce à l'oreille de la presse, et très vite, une jeune et ambitieuse journaliste qui ne possède pas l'ombre d'une scrupule vient enquêter en se faisant passer pour une autre arrivante de Muncie, la belle Amy Archer (Jennifer Jason Leigh). Celle-ci va prendre une place importante pour l'homme qu'elle envisage de crucifier sur l'autel de la première page des journaux, mais bien sur elle va s'attacher à lui, puis tomber amoureuse...

Oui, on tombe beaucoup dans ce film. Le spectateur aussi. J'aime bien le cinéma ultra-référentiel des Coen, leur faculté à singer un genre sans en faire trop, et à prendre leurs personnages pour des crétins sans manquer de respect au spectateur. C'est bien le problème de ce film, au budget confortable, et qui va se planter au box-office de manière assez spectaculaire: ils n'aiment pas les personnages, mais surtout, dans un effort que je n'explique pas, ont imposé à leurs acteurs un jeu excessif qui est parfois sympathique (Tim Robbins en benêt), et parfois infect (Jennifer Jason Leigh réussit à être pire qu'Isabelle Huppert et Gérard Depardieu réunis). C'est irritant, et ça ne mène nulle part. On pouvait faire un film sur l'aliénation du corporatisme moderne sans enfiler de si gros sabots. Et surtout, on peut pasticher Capra sans prendre son cinéma pour ce qu'il n'est pas. Zéro pointé.

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 09:09

Eddie Mannix (Josh Brolin) a du pain sur la planche: ce cadre des studios (Fictifs, mais Mannix, le vrai, travaillait pour la MGM) Capitol doit en effet gérer pas mal de problèmes dans la confection en cours de plusieurs films: la Fox leur a prêté une de leurs stars pour interpréter le Christ dans un peplum, mais les prêtres et rabbins des quatre principales obédiences religieuses Américaines qui ont été consultées sont tous plus ou moins d'accord pour qu'on ne voie pas le personnage du Christ... La star des comédies musicales aquatiques, Dee-Anna Moran (Scarlett Johansson), est célibataire et enceinte, et en prime elle supporte de moins en moins les costumes de sirènes qu'on lui a faits sur mesure! Il fait la marier avant que la mauvaise publicité ne flingue le studio... Le metteur en scène Laurence Laurentz, qui met en oeuvre des films très sophistiqués, se voit flanquer un jeune acteur que le studio souhaite promouvoir, Hobie Doyle (Aden Ehrenreich), mais ce dernier est un cowboy chantant, qui a les plus grandes difficultés à prononcer correctement les dialogues littéraores et amoulés qu'on lui donne à dire.. Mais le pire pour Mannix, qui songe sérieusement à changer de métier, c'est que sa vedette numéro 1 Baird Whitlock (George Clooney) a disparu: en effet, suite à une pause sur le plateau de Hail Caesar!, le film le plus important en cours de tournage (Et le peplum sus-mentionné), il a été kidnappé...

Tout ceci n'est qu'un prétexte pour se promener dans Hollywood, celui des années 50, ce qui permet aux Coen de faire ce qu'ils adorent, recréer une époque souvent vue au cinéma, mais qu'ils vont remodeler à leur guise, avec un dosage subtil de vérité, de caricature et d'allusions. ce dernier ingrédient est quelque peu facilité par le choix radical de donner au héros du film le nom d'Eddie Mannix, qui faisait pour la MGM le même travail, à savoir réparer les problèmes avant qu'ils ne s'accumulent, en utilisant tous les moyens: diplomatie et réunions pour noyer le poisson (On voit Mannix réunir les religions dans une scène très drôle), intimidation (Whitlock se prend une baffe par Mannix après une petite escapade), et coups tordus en tous genres... Il est aussi l'interlocuteur de la presse, symbolisée ici pat Tilda Swinton dans un double rôle: la presse "légitime" incarnée par la journaliste Thora Tacker, et la presse de caniveau par sa soeur jumelle Thessaly, et sait lâcher des informations opportunes pour étouffer les affaires au bon moment. Enfin, il passe au moins une fois par jour au confessionnal, même si ce n'est que pour avouer qu'il a menti à son épouse en fumant deux cigarettes dans la journée... Comme tant de personnages des frères Coen, il envisage de changer de métier afin d'atteindre une certaine décence dont il se sent privé, mais le film le voit végéter dans un statu quo inévitable...

Ce n'est pas le meilleur film de frères Coen, d'autant que son pedigree est des plus douteux: Clooney passait son temps à dire qu'il n'attendait que le feu vert des deux frères pour interpréter le rôle principal d'un film nommé Hail Caesar!, et à force de perpétrer la blague, il a été exaucé, par les Coen qui ont improvisé l'histoire autour du titre. Comme les trois personnages qu'il a incarné précédemment pour les deux réalisateurs, Clooney joue une andouille, bien sur! Comme avec Raising Arizona, Fargo, <strong>The big Lebowski, et The man who wasn't there, l'intrigue tourne autour d'un kidnapping, mais celui-ci est des plus farfelus: Baird Whitlock est en effet enlevé par une cellule communiste (Composée presque exclusivement de scénaristes) qui souhaite le voir propager leur foi... Mais le principal atout de ce film, c'est le plaisir communicatif de reconstituer les studios, les tournages et les genres, un plaisir qui est généralement réduit à un seul genre dans les films des Coen. Ici, ils ont pu recréer avec brio le tournage d'un simili-Ben Hur, d'une connerie avec Esther Williams, d'un film élégant à la Cukor (Avec Emily Beecham interprétant Dierdre, une actrice rousse vêtue de vert, qui est elle une allusion claire à Deborah Kerr jusque dans la diction), des extraits de westerns idiots et réjouissants. la palme revient quand même à une scène de comédie musicale dans laquelle Channing Tatum joue le grand jeu des claquettes et des acrobaties, en chantant impeccablement, le tout sans doublure ni truquage. Cette scène à elle seule prouve qu'on peut aussi se faire plaisir en le faisant bien, et tant pis si le film est un Coen poussif et moyen qui ne mène nulle part dans ce qui est un cirque un peu déjà vu, on y retournera quand même de temps à autre...

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Hollywood
22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 11:31

Tout commence à Brooklyn en 1957, lorsqu'un homme d'âge mur, Rudolf Abel (Mark Rylance) quitte son appartement miteux pour se rendre dans un parc et y peindre. Il y récupère discrètement un objet, car c'est un espion Russe. Mais il est arrêté au terme d'une surveillance sans relâche par la C.I.A. Une fois sous les verrous, son destin ne fait aucun doute. Un cabinet d'avocats informent l'un des meilleurs de ses ténors, Jim Donovan (Tom Hanks) qu'il a été choisi à l'unanimité pour représenter ce client inattendu. L'idée n'est pas, selon eux de gagner le procès, mais de montrer qu'aux Etats-Unis, tout le monde a droit à un avocat, y compris un espion. Donovan s'emballe très vite: il voit l'occasion d'adresser le sujet du devoir d'un espion, et entend éviter la chaise électrique à son client, d'une part parce qu'estime-t-il, il n' a fait que son devoir; ensuite, il pense avec raison qu'en cas d'arrestation d'un Américain à Moscou, le public souhaiterait certainement qu'il s'en sorte aussi. Enfin, Donovan pense qu'un agent Russe pourrait servir de monnaie d'échange dans le futur. C'est donc contre une opinion publique volontiers hostile qu'il se lance dans la défense de son client, avec lequel il sympathique d'ailleurs assez rapidement.

Pendant ce temps, trois événements vont se dérouler à l'Est qui auront des répercussions sur cette affaire: d'une part, un avion U2 de reconnaissance est touché par un missile,et le capitaine Powers (Austin Stowell), qui le pilotait, est capturé. Ensuite, le Mur de Berlin est construit, et l'Allemagne de l'Est durcit sa politique à l'égard de ceux qui veulent le franchir. Enfin, un étudiant Américain, Frederic Pryor (Will Rogers) à Berlin est arrêté, et soupçonné d'espionnage parce qu'il passait le mur avec sur lui sa thèse sur l'économie des pays de l'Est... Les Etats-Unis vont en effet avoir besoin d'une monnaie d'échange, et d'un négociateur qui ne soit ni un espion ni un agent du gouvernement. Donovan est donc le candidat idéal...

C'est toujours étonnant d'envisager une collaboration entre Spielberg, en mode David Lean bien sur puisqu'il est ici question de souffle épique et d'Histoire avec un grand H, et les frères Coen... le script est pourtant bien signé de ces derniers, en collaboration avec Matt Charman. Je ne sais pas dans quelle mesure un tel script aurait pu être à un point ou un autre tourné par les deux frères. Mais l'idée n'est pas stupide, dans la mesure où ils sont passés maîtres dans un certain art du pastiche, et on retrouve un ton parfois sinon burlesque (Il ne faut quand même pas exagérer), en tout cas de comédie légère, avec en particulier l'interprétation de Tom Hanks en Jim Donovan. Il prend un plaisir certain et palpable à jouer ce père de famille décalé dans une situation d'espionnage, et dont les idées, parfois énoncées de façon un peu pépère, vont s'avérer contagieuses... Son rhume aussi, du reste: il ne supporte pas vraiment le climat hivernal de Berlin.

Le propos du film ne débouche pourtant pas sur la comédie. Spielberg aime questionner l'histoire et les comportements moraux passés, ce qu'il a fait avec maestria dans Lincoln. Il prend fait et cause pour Donovan, visionnaire dans un monde dominé par la peur irrationnelle de l'hydre communiste, qui fait oublier à tout un joli paquet de démocrates les idées et 'idéologie de tolérance et de liberté qui fait d'eux des Américains. Ainsi, contre tous, il va défendre l'espion, et va négocier avec des gens d'en face. Spielberg ne le fait pas en homme convaincu de l'angélisme d Khrouchtchev de de son système: on voit avec Donovan lors d'un passage en train dans Berlin, les citoyens abattus froidement parce qu'ils ont tenté de passer le mur. Mais il montre le combat tranquille d'un juste, dans un monde recréé de manière impeccable et passionnante.

Le metteur en scène, comme d'habitude, nous donne à voir des choses que nous n'avons jamais vues, car c'est la marque de son cinéma. A ce titre, la seule séquence ouvertement virtuose de son film est la descente en plein vol de l'avion de Powers, qui débouche sur un suspense très accompli, et est vue du point de vue de l'officier abattu. Spielberg joue aussi avec le point de vue dans la séquence de l'échange sur un pont, qui donne son titre au film. C'est via le regard de Donovan que les agissements des espions d'en face sont aperçus. On se pose finalement les mêmes questions que les Américains: les Russes vont-ils remplir leur partie du contrat?

Avec son ironie adoucie par le traitement de la mise en scène, le film ressemble plus à du Capra qu'à un film des frères Coen. C'est en attendant une oeuvre attachante, profondément humaine, et qui nous présente une fois de plus un portrait d'homme ordinaire qui est amené à faire des choses extraordinaires. Presque malgré lui.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Joel & Ethan Coen
29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 19:52
Burn after reading (Joel &amp; Ethan Coen, 2008)

C'est une histoire de rien. Pour commencer, "Burn after reading", c'est une allusion aux documents "top secrets", qu'on doit brûler après les avoir lus, et le film commence justement dans un temple de ce genre de document: le QG de la CIA à Langley, Virginie. Un homme, Osbourne Cox (John Malkovich), subit une humiliation: il est rétrogradé de son poste d'analyste financier. Du coup, il s'emporte et donne sa démission, ce qu'il n'arrive pas à dire à son épouse, dont il fait bien dire qu'elle ne l'écoute pas. C'est Tilda Swinton, et elle trompe Osbourne avec un con, un gros, un beau, pour tout dire c'est George Clooney, qui a toujours dit qu'à chaque fois qu'il interprète un rôle pour les Coen, il bat des records de crétinerie. Mais là, le con en question est un VRP multi-cartes de la muflerie, car non seulement il trompe sa femme Sandy, une dame qui a fait fortune en écrivant des livres pour enfants, mais en prime il trompe sa maîtresse en répondant aux annonces de rencontres, et en se faisant passer pour séparé. De son côté, Linda Litzke (Frances McDormand) travaille pour un centre de remise en forme, ou elle a un grand copain, Chad (Brad Pitt). Linda souhaite financer une quadruple opération esthétique, tout en rêvant au grand amour, qu'elle a la malencontreuse idée de vouloir concrétiser par le biais des sites de rencontres. Tout ce petit monde va se retrouver autour d'un mystérieux document, un CD-rom contenant à la fois les données financières du compte d'Osbourne, que son épouse envisageant le divorce a récupéré afin de faire analyser ses chances de rafler la mise, et les notes prises par Osbourne qui souhaite raconter ses années de CIA dans un livre abandonné au bout de trente minutes. Le CD est trouvé dans le club de gym, et Chad et Linda sont persuadés de tenir un document en or qui va les enrichir...

Burn after reading, donc: une fois brûlé, le document ne laissera aucune trace. Et c'est un peu ce qui arrive aussi aux cadavres dans le film, tués en des circonstances diverses, violentes bien sur, souvent tristement comiques pour ne pas dire hilarantes, mais la CIA est là, qui veille, on ne retrouvera donc rien. Pas plus que Linda et Chad n'arriveront à comprendre exactement à quel point le document qu'ils ont en leur possession n'est en fait que rien, un rien aux proportions cosmiques, auquel ils attribuent une dimension ridiculement inverses à sa véritable importance. C'est que dans ce film, personne n'est rien, personne n'est personne. Tout le monde ment, pas grand monde ne comprend. Tout le monde a ses préoccupations, et elles sont loin d'être très hautes, intellectuellement parlant... Les deux maître-chanteurs sont préoccupés de leur physique, Brad Pitt a un vocabulaire très limité, et Clooney se vide l'esprit d'une manière radicale: d'une part, il a une vie sexuelle débridée, d'autre part, il court. Mais il est aussi paranoïaque, sachant que parfois il a raison de se méfier, mais la plupart du temps, il se trompe totalement...

C'est une prouesse d'avoir fait un film sur un tel vide, et on retrouve bien là les tours de passe-passe auxquels nous ont habitués les deux frères dans leurs comédies: monter une histoire de kidnapping quand personne n'a été kidnappé, une affaire de rançon dans laquelle l'argent se perd dans l'indifférence générale, un scénariste qui ne trouve pas une minute pour écrire un script que de toutes façons personne ne semble lui demander, et un chanteur révolutionnaire se fait piquer son créneau par un inconnu qui va devenir Bob Dylan, renvoyant l'autre aux oubliettes... Burn after reading, c'est un film fait sans doute pour patienter entre deux oeuvres majeures, mais on y est bien, parce qu'on y rit et qu'on se lâche... même pour rien.

Et en plus, Brad Pitt est encore plus idiot ici que George Clooney, avec lequel il partage une scène, une seule, mais elle laissera des traces.

Burn after reading (Joel &amp; Ethan Coen, 2008)
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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:40

Depuis Miller's crossing, on sait que les frères Coen excellent dans la reconstitution savoureuse d'une époque, à travers son look (Décor, costumes) mais aussi sa culture (musique, langage) et ses attitudes. Et Barton Fink, The Hudsucker Proxy, The Big Lebowski tourné en 1997 mais situé durant le prélude de la guerre du Golfe, O brother where art thou ou A serious man parmi d'autres l'ont confirmé. Ce dernier long métrage est donc situé à une période clé: en 1961. Le Vietnam n'a pas encore l'importance qu'il aura à la fin de la décennie, Kennedy est un jeune président novice, la révolution folk n'a pas encore eu lieu. A la fin de l'année pourtant, Columbia sortira les premiers enregistrements de Bob Dylan. Le héros de ce film, l'Américain d'origine Galloise Llewyn Davis, n'est ni Dylan, ni sa caricature: c'est un folk singer New Yorkais, qui vit dans la bohême de Greenwich Village, son langage et sa vie quotidienne libérée. Il galère sérieusement, et le film raconte comment il ne peut que tourner en rond...

http://www.livraisondefilms.fr/wp-content/uploads/2013/11/o-INSIDE-LLEWYN-DAVIS-TRAILER-facebook1.jpg

Llewyn Davis chante, un brin de cynisme venant tempérer la fragilité de la peformance. Après son apparition dans le club, il sort pour rejoindre un homme qui a demandé après lui... et le passe à tabac. Puis c'est le matin, il se réveille dans un grand appartement, il y a un chat. Nous sommes dans un flashback depuis peu, et nous ne le saurons qu'à la fin. Le film répond donc à une question: pourquoi le jeune artiste folk se fait-il taper dessus dans une ruelle? Et il faut dire que les raisons ne manquent pas; il le dit lui-même, plusieurs fois: I'm an asshole. Sans domicile, il couche chez les uns et les autres, en fonction de leur tolérance car il est loin d'être facile à vivre, il a déjà engrossé plusieurs amies dont une récemment, et la dame est mariée, il adopte vis-à-vis de son art une posture cynique, mais surtout il ne se remet pas de la mort de son ancien partenaire, Mike, avec lequel il avait enregistré un disque, qui ne s'est pas beaucoup vendu. Après le suicide (Qui est un des fils rouges du film puisque il n'est relaté qu'au milieu) Davis avait bien fait un album, Inside Llewyn Davis, mais celui-ci ne s'est pas plus vendu... Amer, Davis considère essentiellement son art comme une bouée précaire de survie, contrairement à tant d'autres artsistes aperçus ou croisés dans le film, certains ses amis. 

 

http://images.telerama.fr/medias/2013/11/media_104507/inside-llewyn-davis-en-quelques-indices,M131972.jpgDavis ne va nulle part et semble s'en contenter: c'est ce qui ressort de cet étrange parcours, motivé par une astuce de scénario sur laqelle je reviendrai, car sinon, il tourne en rond: pas de domicile, aucune vraie moivation quant à son métier, et des rapports avec les femmes qui se réduisent presque à des engueulades autour de la nécessité d'avorter en toute discrétion. Qui plus est, un rendez-vous chez un médecin qui va pratiquer une intervention lui apprend que son ex-petite amie avait finalement décliné l'avortement qu'il lui avait payé, et était partie s'installer ailleurs (A Akron, Ohio), avec son enfant... Une occasion se présente d'aileurs pour lui permettre de la visiter, mais il n'ira finalement pas.

 

On ne s'étonnera pas si Davis rencontre le diable à une ou deux reprises, sous plusieurs formes potentielles: après tout, l'inconnu qui le passe à tabac en a l'allure, de loin, une silhouette élancée, un chapeau qui lui cache le visage... Un autre personnage, joué par John Goodman, pourrait lui aussi remplir la fonction, d'autant que le passage du film concerné, durant lequel davis se rend à Chicago sur un coup de tête, ressemble presque à un rêve... Mais là encore, contrairement à la rencontre avec le diable dans O Brother Where art thou, l'artiste Davis n'en profitera pas pour devenir un génie en son domaine, et le diable quant à lui est bien mal en point!

http://anotherwhiskyformisterbukowski.com/wp-content/uploads/2013/11/Inside-Llewyn-Davis2.jpg 

Afin de donner un semblant d'intrigue à ce film qui accumule les anecodtes d'échec dès le départ, sans jamais ou presque le démentir, les Coen ont décidé d'utiliser un chat. Ou plus exactement deux: lorsqu'il se réveille au début du film chez ses amis, Llewyn fait sortir malencontreusement le chat roux de la maison, avant de s'enfermer dehors. Le voilà coincé avec l'animal, qui une fois chez d'autres amis s'enfuit de nouveau. Davis croit le récupérer, mais se rend finalement chez les propriétaires de l'animal avec une femelle au lieu d'un male... Celui-ci, qui incarne à la fois un esprit aventureux efficace, l'échec constant du personnage principal, et son manque cruel d'intérêt pour les autres, reviendra au bercail. Il s'appelle Ulysse, et est aussi l'objet d'une allusion à un film Disney contemporain de l'action, The incredible journey dans lequel des animaux entreprennent un périple incroyable en dépit du bon sens: A la fin du film, Davis croise une affiche du film, qui l'interpelle...

   

http://fr.web.img6.acsta.net/pictures/210/052/21005275_20130927183847948.jpgLe choix de situer leur film en 1961 permet aux Coen une belle reconstitution de la vie aux couleurs ternes, brumeuses, qu'on aperçoit sur les pochettes de disques de l'époque. Comme d'habitude, la reconstitution est minutieuse, effectuée avec un talent d'orfèvres, et très efficace. Réalité et reconstitution finissent par se confondre, et on termine presque le film sur une intervention d'un jeune chanteur, frisé et à la voix éraillée, entr'aperçu par Llewyn en sortant d'un club. le sait-il? sa chance est passée, il est passé à côté de la consécration, contrairement à ce jeune Bob Dylan, qui prit d'ailleurs le pseudonyme qui était le sien en référence à un autre Gallois, Dylan Thomas. Le portrait d'un loser, d'un oublié du rève Américain, aussi valide que celui des gens qui ont réussi, est une nouvelle réussite à mettre au diabolique talent des frères Coen, sur un mode voisin du vitriol poisseux de Barton Fink, de The man who wasn't there et son faux caractère de drame, ou de la comédie méchante de A serious man.

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 09:04

La notion de "cruauté intolérable" est l'un des arguments développés depuis toujours par les avocats pour justifier un divorce, surtout dans les années 30 ou 40 lorsque la chose n'était pas aussi établie qu'aujourd'hui. Justement, le 10e film des frères Coen s'attaque à la fois au divrce, sous son versant contemporain toutefois, et à la screwball comedy, genre typique de la période dorée du cinéma Américain. Si l'influence de Sturges et Capra les a toujours inspirés pour accomplir des miracles, y compris dans leurs films mineurs, le fait est que ce film ressemble un peu à un vilain petit canard. La faute à un cynisme particulièrement chargé, ou une interprétation trop poussée vers l'exagération, même pour nos deux frères coutumiers d'un surjeu savamment dosé?

 

George Clooney a dit, à l'époque de Burn after reading, qu'à chaque fois qu'il acceptait un rôle pour les frères Coen, il fallait s'attendre à ce que ce soit un crétin. De fait, Miles Massey est bien un imbécile, un avocat cynique et spécialisé dans le divorce, agressif, auto-satisfait et obsédé par ses dents (Qui symbolisent à n'en pas douter aussi bien son agressivité professionnelle, son culot, que son admiration de lui-même), comme Ulysses l'était par ses cheveux brillantinés dans O Brother where art thou?. Miles tombe un jour sur un os: une femme qui veut se venger de l'avocat qui a contrarié ses plans, Marylin (Catherine Zeta-Jones). Et la farce satirique va flirter avec la comédie romantique puisque les deux vont tomber amoureux...

 

George Clooney et Catherine Zeta-Jones, l'affiche fait envie, et d'une certaine manière sauve un peule film. Mais un peu seulement: On est déçu, bien sur, même si certaines scènes surnagent: le début impeccable avec la participation de Geoffrey Rush en mari trompé, ou encore la visite rocambolesque de la maison occuppée par Marylin par un tueur bas du front, par exemple. Mais l'exagération, la noirceur aussi, finissent par taper sur les nerfs, un peu comme le ton de The hudsucker proxy finissait par aliéner le spectateur. La cible est certes l'Amérique contemporaine, et le cynisme des ambitieux qui font passer la carrière devant la morale, forcément, mais encore une fois, on reste étranger à cette histoire de divorce élevé au rang de sport national.

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Published by Françoic Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 17:18

L'ombre consciente de Psycho plane sur ce film. Pas de la même façon que, disons, celle de The big sleep sur The Big Lebowski, ou les fantômes de Capra et Sturges sur The Hudsucker Proxy, non. A vrai dire, si il est beaucoup question de fuite en avant, d'avoir peur des conséquences d'un crime qu'on n'avait pas prévu de commettre, de motels et même de meurtre dans une salle de bain, le film des frères Coen cite ouvertement une scène du classique d'Hitchcock: lorsque Woody Harrelson monte un escalier, suivi de près d'un meurtrier avéré, on pense à la scène durant laquelle le détective Arbogast se rend dans la maison à côté du motel Bates, et monte lui aussi un escalier fatal... Pas plus que dans Psycho, le film des frères Coen ne s'intéresse vraiment à la notion de justice. Ici, c'est la violence qui règne, suivie dans la mesure du possible par un vieux policier essoufflé, et bien vite rattrappé par les évènements: il suit la trace non pas d'un, mais de deux hommes, et l'un d'entre eux dépasse en invention criminelle tout ce qu'on peut imaginer.

 

Llewelyn Moss (Josh Brolin) chasse dans le désert Texan, lorsqu'il aperçoit une étrange scène funèbre: cinq voitures sont là, et les corps d'hommes qui se sont entretués autour d'un deal de drogue jonchent le sol. Il récupère une valise d'argent qui lui permet enfin d'acéder à tous ses rêves, et va se retrouver pourchassé par les trafiquants, un shériff Texan interprété par tommy lee Jones, et surtout par Chiguhr, un homme dangereux, dont l'arme principale est une bouteille d'oxygène pour laquelle il a trouvé une utilisation diabolique...

 

Le diable, puisqu'on en parle, est souvent invité d'une manière ou d'une autre à participer aux réjouissances chez les Coen. Ici, il est incarné de manière extraordinaire par Javier Bardem, un homme déterminé, froid, habité par le crime et le mal, au point de venir longtemps après avoir clot une affaire tuer la femme d'un protagoniste auquel il avait promis de régler son compte à son épouse. Un homme lent, méthodique, effrayant. Présenté par un autre truand (Harrelson), Chiguhr est effectivement un homme qui possède son propre code d'honneur, mais surtout, n'a aucun sens de l'humour. Quoique... justement, le film possède une certaine poésie drôlatique pour qui a le coeur bien accroché, faite de décalage (Les meurtres froids et ultra-précis de Chiguhr, mis en parallèle avec la lenteur et la gaucherie vieillote de Jones et de son adjoint joué par Garett Dillahunt; les accents poussés juste un tout petit peu vers l'exagération, les petits plaisirs pris par le monstre à parier sur la mort des gens qu'il rencontre), tout en nous donnant à voir, une nouvelle fois, un personnage engagé dans une fuite en avant à cause de circonstances qui le dépassent. C'est Josh Brolin qui interprète ce personnage qui rejoint la longue liste des paumés qui ont cru leur jour de gloire arriver, après Lebowski, Jerry Lundegaard, le coiffeur malchanceux, ou Barton Fink. Preuve que s'ils semblent se retrancher derrière l'adaptation prestigieuse d'un roman de Cormac McCarthy, les frères Coen ne renient rien...  D'autant qu'ils reviennent en territoire connu, qu'on se souvienne de leur premier film tout aussi Texan, et déjà particulièrement violent, Blood Simple.

 

Mais surtout, dans cet opéra Texan superbement mis en images par leur collaborateur habituel Roger Deakins, la violence finit par être le protagoniste essentiel, au point que l'histoire dérape: on assistera à tellement de crimes que les deux frères vont finir par aller d'ellipse en ellipse, au point de laisser le doute sur qui atué qui, voire d'éluder complètement la résolution d'un meurtre: Chiguhr a-t-il tué... Au bout d'un moment, dans le sillage du shériff qui prend sa retraite, harassé par la violence et la cruauté, nous ne saurons nous non plus pas vraiment de quelle façon cette histoire se termine. Mais en passant, nous aurons vu une nouvelle fois à l'oeuvre la guigne qui guette derrière l'âme américaine, sous un visage cette fois encore plus terrifiant que d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:24

Barton Fink et sa palme d'or, c'est un peu l'envol pour les frères Coen, qui passent du statut d'artistes établis mais qui ne remplissent pas les salles de façon encore significative, à celui de metteurs en scène consacrés. Leur quatrième film ne ressemble à aucun des trois précédents, mais des contours stylistiques se dessinen désormais, qui vont créér une passerelle avec tous ceux qui suivront... Par contre il est fort difficile, contrairement à tant de leurs films, dont tous ceux qui ont précédé Barton Fink, de définir un genre pour le film...

 

Les deux frères ont sacrifié au film noir (Blood Simple), à la comédie burlesque (Raising Arizona), à une sorte de néo-film de gangsters (Miller's crossing), et s'attaquent à Hollywood dans une oeuvre noire, lente et sardonique qui prend volontiers le contrepied de toutes les histoires liées à l'arrivée d'un outsider à la Mecque du cinéma: la capitale du rêve se transforme assez rapidement en capitale du cauchemar pour Barton Fink. Suite au succès d'une pièce à Broadway, il se voit offrir un travail à "Capitol studios", une major company (Fictive, mais largement inspirée de la MGM, qui employait Wallace Beery abondamment cité dans le film durant la période concernée); bien qu'il n'ait aucune envie de faire le jeu d'Hollywood, Fink s'exécute, sachant qu'il a besoin d'étendre sa renommée... Et débarque dans un océan de solitude, de bêtise, de décadence et de mort, ou en lieu et place du rêve cinématographique les pires horreurs vont se réaliser...

 

Le film commence par un prologue qui serait presque la présence d'un genre à lui tout seul, le cliché du dramaturge sur de son art, insatisfait par le succès à cause de ce qu'il recèle de compromis, qui se voit offrir une place dans le temple du faux qu'est Hollywood, en compagnie de parvenus tous plus ridicules les uns que les autres, dans restaurant chic à Manhattan; l'arrivée dans la capitale du cinéma se fait d'abord dans un hotel, dont l'unique personnel visible dansle film est Chet, un groom serviable interprété par Steve Buscemi à son plus mielleux. Dès le départ, l'impression de Barton Fink (John Turturro), que nous partageons aisément, est que ça va mal se passer; un moustique, des morts, un serial killer, une enquête de police et des entrevues humiliantes avec des marchands de pellicules incultes plus tard, l'impression tend à se confirmer.

 

Disons que si on applaudit le courage de se moquer d'une industrie qui les accueillait alors à bras ouverts, il n'en reste pas moins que l'humour desespéré qui marque Barton Fink et informe chaque scène au vitriol laisse peu d'espoir, et on comprend de fait que les deux frères se soient ensuite essayé à un pastiche de Capra (The Hudsucker Proxy)... Leur retour à l'humour noir se ferait alors plus fort, avec le superbe Fargo. En attendant,  accrochée au mur de la chambre de Barton Fink, une image le hante, celle d'une jolie fille en maillot révélateur, assise de dos face à l'océan; si cette image de belle fille représente son rêve d'accomplissement et de réussite (Relative...) à Hollywood, avec ses proportions d'écran de cinéma (Anachronique, c'est à peu près du 1.66...), puisque ce sera la dernière image vue, en réalité sur une vraie plage avec une vraie fille, à la fin du film. Mais l'accomplissement du rêve dans ce film onirique passe aussi par la présence insistante d'un personnage qu'on a déjà vu chez les frères Coen, et qu'on reverra sous de multiples formes: cette fois sympathique, forcément complice et tentateur, sémant le feu, la mort et le chaos partout ou il passe, le diable est le personnage le plus présent dans l'oeuvre des frères Coen.

 

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:11

Ces presque 6 minutes sont le meilleur segment d'un film d'hommage à la capitale de notre petit pays, intitulé Paris je t'aime, et divisé en vingt segments: un par arrondissement, et pour chaque segment un réalisateur différent. N'ayant pas de temps à perdre, je me consacrerai uniquement à celui des frères Coen, qui est une petite chose burlesque, drôle et poétique, avec un acteur toujours aussi inspiré, dont le beau visage si parlant s'accomode ici sans aucun problème de ne jamais prononcer une syllabe.

Il faut dire qu'on ne lui en laisse pas le temps, et du reste, il aurait bien du mal: Steve Buscemi est un touriste Américain manifestement un peu intimidé par Paris, et qui attend tranquillement le métro à la station Tuileries. Il consulte nerveusement un livre-guide lui conseillant notamment de ne pas croiser les regards des autres personnes présentes, afin de ne pas s'attirer d'ennuis; c'est ce moment précis qu'a choisi une jeune femme sur le quai d'en face, pourtant très occupée à ses mamours avec un jeune homme, pour le regarder droit dans les yeux. S'ensuit une altercation burlesque entre notre héros et un voyou très remonté ("Kessta? Tu veux te la faire, ma meuf, c'est ça?"), qui s'achèvera dans l'humiliation totale, et qui reste très drôle en dépit de la douleur évidente de la situation pour ce pauvre touriste: au milieu d'un long métrage lénifiant et pontifiant, ces quelques minutes de bouffonerie iconoclaste, dont la malchance du personnage renvoie à d'autres héros marqués par la poisse : Le dude et sa voiture, le 'Serious man', le barbier... et tant d'autres.

Tuileries (Joel &amp; Ethan Coen, 2005)
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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 09:10

Après avoir tripatouillé le film noir et joué avec la comédie burlesque et sentimentale, les frères Coen ont beaucoup fait parler d'eux avec Miller's crossing, à juste titre. Le premier de leurs films dans lequel ils mèlent avec brio toute la gamme de leur inventivité et de leur savoir-faire: leur façon d'aborder un genre, de façon à la fois référentielle et déférentielle, de pousser les numéros d'acteurs juste un poil trop loin de manière à souligner sans trop d'effets la parodie, et de construire un film sur les scènes, chacune d'entre elle étant anthologique. Et de fait, avec l'aide d'un personnage principal revenu de tout qui traverse cette histoire de règlements de compte et de luttes territoriales chez les gangsters de 1929, mieux vaut avoir des scènes auxquelles se raccrocher tant le propos est volontairement compliqué: on songe parfois à The big sleep, et son intrigue sans queue ni tête... qui reviendra de façon inattendue dans The Big Lebowski quelques années plus tard.

Tom Reagan (Gabriel Byrne) est l'homme de confiance du parrain Leo O'Bannion (Albert Finney); pour tout compliquer, il est aussi l'amant de Verna (Marcia Gay Harden), la fiancée de Leo. Celle-ci a demandé à Leo de protéger son frère Bernie (John Turturro), un électron libre qui ne s'attire que des ennuis, et Tom va être amené à croiser la route de celui-ci, mais aussi à "passer de l'autre côté", c'est-à-dire chez la concurrence, incarnée par l'Italien Johnny Caspar (Jon Polito); tombé en disgrace auprès de léo, il se fait en effet engager par le grand ennmi de celui-ci, mais l'une de ses premières tâches est d'éliminer Bernie, et pour celà, d'aller à Miller's crossing, un lieu désolé et à l'écart de tout, ou on va se débarrasser des gens encombrants...

Un motif récurrent, dont Reagan nous dit qu'il est venu d'un rêve obsessionnel, nous montre un chapeau qui tombe sur le sol feuillu du sous-bois de Miller's crossing. Puis le chapeau, emmené par le vent, part et ne peut plus s'arrêter; dans son rêve, Tom Reagan dit qu'il essaie de le rattraper. D'une certaine façon, bien sur, on peut s'arrêter à l'analogie entre le chapeau perdu et Tom qui bien qu'il endosse toute la responsabilité de cette histoire, est aussi un pion dans son propre plan, qui va être amené non seulement à souffrir (Tout le monde ou presque lui en veut), mais aussi à terminer les bras ballants, sans avoir rien gagné... Mais le chapeau a un autre sens, qui renvoie à l'aspect référentiel du film, avec cette obsession des couvre-chefs soulignés par chaque plan, qui identifient Miller's crossing commme un film de gangsters, puisque tous les hommes y portent chapeau!

 

Comme toujours, une obsession maniaque et précise a présidé à l'élaboration d'un dialogue rempli d'argot d'époque légèrement exagéré, et de passages de témoins verbaux, les personnages établissant leurs liens par des expressions qui passent de l'un à l'autre, sans que ce soit aussi marqué que dans The Big Lebowski. Les références ne s'arrêtent pas d'aiellurs à la période de 1929, puisque la scène d'ouverture nous montre une entrevue entre un parrain et un autre homme, dans un bureau: comment ne pas penser à The Godfather de Coppola? Et puis comme toujours chez les deux frères, le diable fait son apparition, mais qui est-il vraiment? L'ange noir déchu Tom reagan, artisan de sa propre mise à l'écart et qui ensuite utilise tout le monde contre tout le monde, ou le "danois" (Eddie Daniels), l'homme de main laconique qui tire les ficelles chez Johnny Caspar?

 

Ce beau film désespérant, sardonique et cruel, est une excellente entrée en matière pour aborder l'univers décalé et plus vrai que nature des Frères Coen, avec sa photographie superbe signée de Barry Sonnenfeld, ses performances baroques (Polito, Turturro), codifiées (Marcia Gay Harden) son parfum d'époque, ses scènes d'anthologie, la meilleur étant sans doute la tentative de meurtre de Leo, avec son montage parfait, et sa tonne de cartouches gaspillées...

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen