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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 10:11

C'est un film plusieurs fois paradoxal: à la fois un film de prestige et un tournage bâclé, un casting prestigieux et une note en bas de page de la plupart des filmographies de ses protagonistes, un film de John Ford ET un film de Mervyn Le Roy... Avec avantage évident au premier, mais ce n'est pas clair...

Le film conte la vie sans enjeu à bord d'un bateau stationné dans le Pacifique, sous la responsabilité d'un capitaine despotique (James Cagney) et détesté de tous: l'équipage, mais aussi son lieutenant Doug Roberts (Henry Fonda), le médecin du bord (William Powell) et un jeune officier qui en quatorze mois a réussi à éviter de croiser son supérieur tellement il lui fait peur (Jack Lemmon)... Roberts reste la mascotte de l'équipage, à force de faire tampon entre les hommes et leur capitaine... Pourtant il souhaite ardemment quitter le navire, non seulement pour échapper à son officier, mais surtout parce qu'il souhaite faire son travail de soldat, ce que la vie indolente du bateau ne lui permet pas de faire. Seulement, en conflit permanent, le capitaine refuse de l'aider à se faire muter.

Le tournage n'a pas été de tout repos: Ford a, paraît-il, été infect sur le plateau, en cherchant constamment des poux dans la tête de Fonda et surtout de Cagney. Pour Fonda, on peut sans doute l'expliquer, puisque le réalisateur vétéran le considérait, comme John Wayne, comme une de ses propres créations à tort ou a raison, et appréciait sans doute peu le fait d'avoir été engagé sur un projet qui venait de l'acteur. Ca ne justifie en rien, mais ça explique... Pour Cagney, en revanche, ça a l'air particulièrement gratuit, et l'acteur ne s'est pas gêné pour opposer une fermeté face à son metteur en scène, que Ford a rarement eu face à lui... Au final, Ford a quitté le plateau, d'autant qu'il était sujet à de sérieux ennuis de santé. Deux metteurs en scène l'ont remplacé, Mervyn Le Roy (qui selon ses dires à imité le style de Ford!) et Joshua Logan, auteur de la pièce, qui a retourné des scènes à la demande de Fonda.

Le résultat porte deux empreintes: une, anonyme, qui peut être aussi bien celle de Logan que de Le Roy, puisqu'il s'agit d'une stricte tendance à filmer les acteurs récitant le texte de la pièce (Le Roy avait tendance à le faire à cette période). On s'apprête à bailler, mais... Fonda, Powell, Cagney, Lemmon. L'autre marque stylistique est du pur Ford: des premières prises, bonnes ou mauvaises, remplies de santé comme pétries de menues erreurs techniques, assez typiques de ce que le vieux réalisateur pouvait faire y compris dans des projets plus personnels (il y a de éléments de ce genre y compris dans The searchers)... Et il y a des moments où certains acteurs, Fonda en particulier, sont de façon évidente saouls. C'est donc du Ford, brut, mal poli, grossier et sans filtre. Y compris, donc, quand c'est du Le Roy imitant Ford!

Pourtant, dans cette comédie de caractères, située sur un bateau en plein Pacifique, il y avait vraiment de quoi attirer le metteur en scène: c'est l'univers dont il se réclamait, et ça se voit aussi dans la façon dont il a mis en valeur les anecdotes pendables, les farces, les resquillages de toutes sortes sur le bateau, où désobéir devient un art. Le temps devient suspendu comme dans la vie au fort dans les films du cycle de la cavalerie... Ford, qui tenait son passage dans la Marine comme le point culminant de sa vie, a quand même du apprécier un peu ce tournage.

Après, tout est affaire de goût: bien sûr que c'est un film mineur, ce n'est pas pour autant un film indigne (il y en a chez Ford, ils s'appellent What price Glory? avec... James Cagney, et The rising of the moon, qui est l'un des pires moments de sa carrière): on y retrouve cet univers foutraque et sympathique, ce sentimentalisme aviné, ce refus de la sophistication qu'on trouve dans tant de ses films. Et puis... il y a Ward Bond, Harry Carey Jr, Jack Pennick et Ken Curtis! 

Lemmon y a gagné ses galons de future vedette, Fonda y fait des adieux probablement très douloureux à son mentor et ami John Ford, et William Powell y fait ses adieux au cinéma avant de prendre une authentique retraite bien méritée... Ce n'est pas rien.

 

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Published by François Massarelli - dans James Cagney John Ford Mervyn Le Roy Comédie
22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 14:47

On ne sait pas grand chose de ce film, et pour cause: il est majoritairement perdu. Il n'en subsiste qu'un fragment de 3 minutes, préservé par la Bibliothèque du Congrès et rendu disponible sur le Blu-ray de Straight shooting, le plus ancien long métrage de Ford qui ait été conservé. C'est un film notable car il contredit la légende souvent répétée que Ford n'ait réalisé avant son passage à la Fox que des westerns de deux à cinq bobines avec Harry Carey: ici, il s'agit d'un film situé au XIXe siècle, mais il semble difficile de dire qu'il s'agisse d'un western. Pour commencer, il se déroule dans le Sud. Un lieu où Ford reviendra: on se souvient de Cameo Kirby, et de la triologie de films avec Will Rogers (Judge Priest, Doctor Bull, Steamboat round the bend) et bien sûr The sun shines bright.

Dans la séquence conservée, deux hommes s'affrontent au poker, dans un bateau vapeur sur le Mississippi. L'un d'entre eux (un ancien Colonel Sudiste) joue gros, et perd, mais son adversaire, Todd (Frank Mayo), tout aussi Sudiste et chevaleresque que lui, ne souhaite pas ruiner le vieil homme... Puis c'est fini. 

Une belle séquence, parfois entrecoupée d'inserts splendides du Mississippi qui nous rappellent que de tous les cinéastes classiques des Etats-Unis, John Ford est l'un de ceux qui avaient un oeil extraordinaire, "an eye for composition", comme il le reconnaissait lui-même. Ces trois minutes sont aussi un rappel que, sur 65 (nombre estimés, car on n'est pas sûr qu'il n'y en ait pas eu d'autres) films tournés par John Ford au temps du muet, seuls 26 ont survécu sous une forme ou sous une autre. La photo qui illustre cet article correspond à une séquence perdue, et c'est bien dommage, car on aurait aimé avoir un exemple aussi ancien du travail de Ford avec le gentleman à droite, J. Farrell McDonald, qui va devenir dès les années 20 l'un de ses acteurs les plus employés.

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Published by François Massarelli - dans John Ford 1920 Muet
22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 14:46

Le plus ancien film conservé de John Ford fait partie d'un ensemble de westerns, produits par Universal. A la base, l'idée était de tourner des films vite faits avec Harry Carey en vedette, d'utiliser les décors (Ceux des studios Universal, mais aussi des paysages aussi naturels que possible) au maximum, et d'assembler deux bobines; mais pour ce film, Ford a été plus loin, et a obtenu un certain succès avec le résultat final, qui emmène les aventures du cowboy joué par Carey vers des hauteurs qu'on ne soupçonnait peut-être pas à l'époque. Cheyenne Harry (Carey) est un hors-la-loi engagé par un gros propriétaire, pour exproprier par la force une famille de fermiers. Harry est prêt à accomplir la mission, mais venant pour menacer, voire tuer ses cibles, il les surprend en pleine cérémonie: ils viennent d'enterrer l'un d'eux, le fils du vieux fermier, abattu de dos. Harry décide de passer de l'autre côté, et va les aider à lutter, puis à ameuter d'autres fermiers pour se défendre.

La prairie, les bêtes, les chevauchées... Ford se définissait à cette époque comme un débrouillard "avec un certain flair pour la composition", et on ne peut lui donner tort. Si le metteur en scène avait déjà la réputation de tourner vite, le style visuel est déjà très fort... Et son talent pour installer une atmosphère particulière avec un rien (Ici, la pluie et une beuverie composent une scène de digression comme il y en aura bien d'autres, dans un saloon miteux), mais aussi pour aller au bout des caractérisations de ses personnages, est là aussi présent. Et un thème, au-delà d'un sentimentalisme familial qui ne le quittera jamais, affleure dans ce film, celui de l'étranger, de l'outsider: Cheyenne Harry, hors-la-loi assimilé à la violence, est attiré par la vie des fermiers auxquels il vient en aide, mais comme Bim (Just pals), ou Ethan Edwards (The searchers), il en est exclu: Ford utilise le cadre de la porte comme il le fera dans d'autres films pour montrer qui est à l'écart, et qui a le droit d'entrer...  Harry tombe amoureux de Joan, la fille du fermier (Molly Malone). Il lui faut choisir: la cavale, ou la vie à deux. Le film ne semble pas vraiment choisir, et on jurerait qu'il plaque deux fins l'une sur l'autre: d'abord, Harry laisse la jeune femme à son ami de toujours, puis Joan vient chercher un obligatoire baiser pour retenir le cow-boy...

Pour finir, sur un film très attachant, on constate que Ford a déjà l'oeil pour repérer des endroits qui donnent un cachet époustouflant à une scène: ce passage étroit entre deux roches, on le reverra souvent chez lui, et chez Keaton aussi. Il profite du surcroît de pellicule dont il dispose pour pousser ses caractérisations à l'extrême, avec cette science des petits gestes qui sera un atout de tous ses personnages dans tous ses films, il expérimente avec le cadre en piquent à son frère Francis une technique de mise en relief par le biais d'objets mis au premier plan (si c'est Francis qui a enseigné ça à son assistant de frère, le fait est que John "Jack" Ford en fera à lui seul une impressionnante marque de fabrique). Il raffine avec bonheur la séquence à la Griffith d'une maison assiégée, qui se solde par une prouesse de montage, et enfin il donne vie à une foule de personnages qui sont autant d'immigrés potentiels, dotés d'une vie propre, à des lieues de tout archétype. Voilà qui en finit de cristalliser au sujet de ce film l'idée qu'on y assiste à la naissance d'un style bien personnel... En même temps qu'à une sorte de vraie naissance d'un genre: une fois que Ford aura montré le chemin le western ne sera plus jamais le même.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1917
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:42

Si les films muets de Ford sont parmi les nombreuses victimes Américaines du temps qui passe, des deux périodes, Universal et Fox, c'est la première qui a le plus souffert. Très peu des films tournés à cette époque (1917-1919), souvent en compagnie de Harry Carey, n'ont survécu.

Mais on le sait, depuis la découverte dans les années 70 d'une copie de Straight shooting, on possède encore quelques belles pièces... Mais peu ont survécu dans une version intégrale: témoin ce By Indian post, film de 1919 dont on pense qu'il totalisait deux bobines, et dont seule une copie divisée de moitié est parvenue jusque à nous.

C'est Lobster, comme souvent, qui a remis en selle cette comédie mineure, mais qui montre bien à quel point Ford était déjà en pleine possession de se moyens dès qu'il s'agissait de faire dans le picaresque, avec cette légère histoire de courrier volé et de cow-boy amoureux, interprétée par Pete Morrison. Le soin apporté à montrer la vie dans une communauté soudée malgré les bisbilles est un trait qui reviendra jusqu'à la fin de sa carrière... Et si la comédie ici ne vole pas très haut, elle reste, de par sa vulgarité roborative, proche de ces écarts grossiers assumés dont le metteur en scène conservera l'habitude d'émailler ses films jusqu'à la fin de sa carrière. 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Comédie Western
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:37

La redécouverte deBucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines...

Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoureux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cow-boys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé.

Mais le film possède aussi la grâce Fordienne en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déjà bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Western 1917
4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 19:11

Sur une petite île de Polynésie française, une petite communauté sans histoires: le père Cluzeot (Marcel Dalio) maintient la petite flamme de son église branlante, Michael "Guns" Donovan (John Wayne), un ancien combattant Irlandais qui a décidé de s'installer, rafraîchit les âmes avec la bière servie à sa taverne, et le docteur Dedham (Jack Warden) s'occupe de la santé de chacun, sous l'oeil morne du gouverneur de l'île (Cesar Romero), qui s'ennuie ferme et souhaite ardemment sa mutation.

Deux événements vont arriver: le premier sera le retour d'un enfant prodigue, le marin Thomas Gilhooley (Lee Marvin), bagarreur insatiable (Et assez inutile à l'intrigue, si ce n'est pour balancer des bourre-pifs); puis l'autre événement, plus difficile à gérer, sera l'arrivée de la fille de Dedham, Amelia (Elizabeth Allen): une Bostonienne pur jus élevée à coups de bible, qui vient afin de vérifier si son père "mérite" de faire partie des actionnaires de la compagnie familiale, c'est à dire afin de vérifier sa moralité. Le médecin est absent, mais ses copains sont embêtés: il vit avec trois jeunes enfants issus d'un mariage avec une princesse locale, depuis décédée...

Quel a été le prétexte déclencheur? l'intrigue vraiment? Ou la perspective de partir faire la nouba dans les mers du Sud avec les copains? Sans doute la deuxième solution, et Ford a du prendre Lee Marvin en stop sur son yacht en chemin, parce que je ne m'explique absolument pas sa présence! ...Sauf si pour la Paramount, l'idée était de recréer l'alchimie particulière développée entre Wayne et Marvin sur le tournage de The man who shot Liberty Valance. Mais dans ce cas... C'est raté! 

Donc le film marche, cahin-caha, pas mieux ni pire que Hatari, pour des raisons similaires. La "famille" Fordienne s'y ressoude autour d'un argument de pacotille, avec des moments qui viennent en droite ligne de The Quiet man, à tel point qu'on les sent forcés. Mais ce petit film rigoureusement inutile se laisse gentiment regarder, comme une sorte de post-scriptum un peu mièvre, devant lequel on passe un peu des vacances par procuration.

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Published by François Massarelli - dans Comédie John Ford
7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 18:41

Tourné en Arizona, principalement à Monument Valley, le très beau film de John Ford prétend pourtant dès le départ être situé au Texas. C'est d'ailleurs visible: les sommets étonnants des gros géants de pierre, l'ocre poussiéreux du sol, l'aridité des paysages: on n'est pas au Texas. Donc avec ce film, Ford a décidé de jeter une fois pour toutes la vraisemblance géographique pour laisser libre cours à son lyrisme visuel.

Au Texas, en 1868, une famille de fermiers installés à l'ombre des grands canyons voit revenir Ethan, le frère d'Aaron, le père de famille. Soldat du Sud vaincu, Ethan revient, mais pas de la guerre; amer, il n'a jamais reconnu la victoire du Nord de 1865. Bien qu'officiellement non-engagé, le Texas a envoyé beaucoup de ses enfants du côté du Sud durant la guerre de Sécession... Ethan, qui a donc mis trois ans à revenir au bercail, est d'ailleurs souvent présenté comme un hors-la-loi en fuite; il a sur lui de l'argent non marqué, donc probablement volé au gouvernement, et il se peut même si ce n'est jamais dit, qu'il ait été un Jayhawker, un de ces soldats sudistes qui se sont enfoncés dans l'illégalité et le terrorisme à la fin de la guerre par jusqu'au-boutisme. Le personnage joué par John Wayne ne laisse jamais passer une occasion de rappeler son engagement dans la confédération des Etats du Sud... Mais Ethan vient se ressourcer en famille, auprès de son frère Aaron, de sa belle-soeur et de leurs trois enfants, Lucy, Ben et la toute jeune Debbie. Mais un groupe de Texas Rangers viennent réquisitionner Aaron pour enquêter sur les exactions d'un parti d'indiens; Ethan part à la place de son frère, mais durant leur absence, la famille Edwards est attaquée par des Comanches. Aaron, Martha et Ben sont massacrés, mais les Indiens ont emmené les petites Debbie et Lucy. Ethan part alors à leur recherche, avec Brad Jorgensen, le fils des plus proches voisins, et Martin Pawley, un jeune homme d'origine métisse recueilli par Aaron edwards après qu'Ethan l'ait trouvé. Les recherches vont être longues, et compliquées par la mort du jeune Brad, et les conflits de plus en plus fréquents entre Ethan qui considère que si les jeunes filles ont été abusées, elle n'ont plus qu'à mourir, et Martin qui pense fort différemment...

L'ouverture est célèbre, et trouve un écho tout aussi connu dans une fin qui éclaire le personnage d'Ethan d'une dimension symbolique. Ethan Edwards, symbole d'un monde disparu dans une société qui ne demande qu'à tourner la page, est un homme de parole, mais aussi de principes. Au capitaine des Texas Rangers, le révérend Clayton (Ward Bond), il rappelle qu'ils ont tous deux juré fidélité à la confédération, mais que Clayton a tourné sa veste en travaillant pour les Texas Rangers. Mais Ethan, qui admet de lui même qu'il 'ne croit pas à la reddition', est surtout obsédé par une haine farouche à l'égard des indiens. Celle-ci se manifeste la première fois lorsqu'il est attablé avec sa famille au début du film, et que Martin Pawley (Jeffrey Hunter) entre. Sans aucun mot d'affection pour celui dont il a pourtant sauvé la vie, il dit tout simplement qu'il ne l'a pas reconnu, et qu'il avait juste cru voir entrer un métis. Leurs rapports sont systématiquement marqués par la volonté de Edwards de taquiner, rabaisser l'autre. Puis, Ethan, qui connait bien les Indiens, leurs coutumes, leurs langages, profane un cadavre en lui crevant les yeux, dans une scène qui fait froid dans le dos. Enfin, bien sur, il devient de plus en plus obsédé par l'idée de tuer sa nièce Debbie (Natalie Wood), la seule survivante des deux captives, parce qu'elle est désormais compromise, étant devenue l'une des épouses du chef Comanche.

Cette obsession raciste est d'autant paradoxale qu'Ethan, très loquace sur ses principes, a pourtant manifestement bien intégré non seulement les bases de la civilisation Comanche, dont il est un expert, mais plus encore dont il a adopté diverses coutumes. Son fusil est protégé par une gaine de peau, à frange et à motifs des Indiens du désert, où il a peut-être séjourné (On sait qu'il vient de Californie, officiellement, au début du film); il porte pour dormir des mocassins faits main, etc. Et lorsqu'il rencontre le chef Scar, ou Cicatriz en Espagnol, il lui dit, entre ses dents: "Tu parles bien l'Anglais pour un Comanche. Quelqu'un te l'a appris?", faisant ainsi allusion à la présence d'une blanche parmi les Indiens. Mais Scar rétorque: "Tu parles bien le Comanche. quelqu'un t'a appris?" La clé de cette répartie, c'est peut-être la découverte quelques minutes plus tard d'un scalp dans la collection de Scar, celui de la mère de Martin. Celui-ci serait-il le fils d'Ethan et d'une métisse? Celle-ci aurait-elle été assassinée par un Comanche? Ces questions ne sont soulevées que par un spectateur attentif, au vu de la haine déraisonnable d'un Ethan par ailleurs très chatouilleux sur sa famille. Ayant vu la jeune Debbie se comporter en Squaw, il la déshérite illico au profit de... Martin Pawley. Et il interrompt les funérailles de sa famille pour aller tuer les Indiens le plus vite possible. Enfin, au terme d'une quête longue et douloureuse, tenant Debbie dans ses bras pour la tuer, il reconnait enfin la jeune femme comme sa nièce, et prononce enfin les mots de l'apaisement: "Let's go home, Debbie..."

A ce personnage aveuglé et par ses principes, et par une rancoeur qui ne s'arrêtera jamais, Ford oppose une communauté fragile mais ténue, de fermiers tous éloignés les uns les autres par des kilomètres de désert. Ces gens sont tenaces, et les femmes le sont encore plus; outre Martha, il faut citer Ma Jorgensen, une ancienne institutrice qui a des belles visions d'avenir d'un Texas enfin acquis à la paix, ou encore sa fille Lucy, amoureuse de Martin Pawley mais qui est prête à se marier à quelqu'un de plus stable, fut-il cette grande andouille de Charlie McCorry (Ken Curtis). Tous ces gens ont appris à faire des compromis, réunis derrière le révérend Clayton. Ils acceptent le changement, le progrès, et on voit leur volonté d'aller de l'avant dans leur vie quotidienne, à travers ces gestes simple que Ford se plait à mettre en valeur... Le bonheur du révérend devant les embrassades des ados et les jeux des enfants, le désir d'un rocking chair, la mise en place d'une liaison postale, et d'une vie sociale symbolisée par un  mariage qui va tourner court. Et une fois de plus, Ford se plait à faire jouer ensemble ces deux magnifiques acteurs que sont Wayne et Bond, en les opposant, créant des étincelles. C'est tout son monde (John Qualen, Harry Carey Jr, Olive Carey, ou encore Mae Marsh pour quelques secondes...) qu'il a réuni dans ce film qui est aussi une chronique d'un monde en construction, dont Ethan, résurgence d'un passé guerrier et haineux, est à la fin irrémédiablement exclu. Il le sait, et laisse tout le monde entrer chez les Jorgensen, restant à la porte pendant que Debbie est enfin accueillie chez les siens. On notera aussi un sous-texte intéressant dans un genre réputé si clairement raciste, dans un film apparemment ambigu à ce sujet: contrairement à ce chef Comanche certes cruel, Ethan lui n'est pas prêt d'accepter le mélange des races. Cette obsession de pureté est d'ailleurs une obsession des blancs, qui vont se doter durant le 19e et le 20e siècle de lois ignobles d'interdiction de mariage inter-racial: pas tendances à tout cloisonner chez les natifs, qui n'avaient eux aucune obsession du pedigree... D'ailleurs Ford qui s'est plu dès les années 20 à donner à des natifs (notamment ses copains Navajos) le rôle des Indiens dans ses films, semble souligner en permanence les yeux bleus et le visage Caucasien de Scar, un chef Comanche qui pourrait bien lui aussi avoir été enlevé aux siens, avant de devenir le chef d'une tribu.

Si l'habillement et l'équipement de Wayne font allusion au métissage, comme on l'a vu, ce métissage est de plusieurs ordres: ainsi, les habits portés par le comédien dans sa première scène sont un mélange détonnant, cape sudiste et pantalon plus jaquette nordiste, sont les témoins d'un passé tumultueux. La recherche, située sur plusieurs années, voit les deux hommes faire beaucoup de kilomètres, depuis le nord (Très belle scène neigeuse dans un sous-bois), jusqu'au Sud, à la lisière du Mexique. Mais Ford se plait à décliner d'autres mélanges, d'autres proportions: les matières naturelles, si nombreuses à monument Valley, sont mises à profit, et on verra beaucoup de poussière, de terre, de sable, mais aussi de boue et d'eau dans ce film. D'une part parce que les Comanches, comme les blancs qui construisent près des points d'eau, suivent les rivières; ensuite, l'eau est la denrée rare de ces contrées semi-désertiques comme se plaisent à nous rappeler certaines scènes. Mais aussi parce que l'eau, qui envahit tout, et qui est présente dans chaque scène, est ici aussi un symbole de passage, de vie, et de mélange. Ethan Edwards, si obsédé par la pureté de la race, devra accepter, laisser couler le flot, ou mourir. Dans la dernière scène, il s'exclut de lui-même... Et laisse enfin vivre les autres.

Pour finir, je sais que Marion Morrison dit John Wayne a fort mauvaise presse; cet homme de droite avait sans doute, pour les jeunes des années 60, du culot d'être encre en vie à l'heure de changer la société de fond en comble. Oui, sans doute certaines idées d'Ethan Edwards sont-elles inexorablement celles de l'acteur. Il n'empêche: celui qui a amené ses propres vêtements, ses propres habitudes de gentleman ranchero Texan au personnage complexe de vétéran habitué à la vie à la dure dans les déserts de l'ouest, a toujours exprimé sa fierté d'avoir incarné un personnage aussi complexe et aussi dur, dans un tel film, qui a toujours eu, du reste, sa préférence.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 17:20

On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!

Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...

Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bo enfant du débt, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le fait, pour faire triompher sa cause.

Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford 1918 Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:16

Tom Mix, à la Fox dans les années 20, c'était un peu le cowboy passe-partout. Une énorme vedette, dont l'authenticité souvent impressionnante des films (Décors naturels, grands espaces, et tant d'endroits encore préservés qui rendaient la triche de studio inutile pour qui cherchait des endroits sauvages) contrastait cruellement avec le côté fabriqué de son personnage: grand chapeau, costume exagéré, et bons sentiments érigés en médaillon inamovible... Mais Tom Mix a tourné pour Ford!

Rappelons qu'en 1923, le grand metteur en scène (Qui signait ses films "Jack" Ford, préférant le diminutif à son pseudonyme pourtant copié d'un auteur de renom) n'a pas encore réalisé The iron horse, le film qui allait faire de lui un auteur remarqué; il est arrivé à la Fox en 1920, et s'est vu confier des tâches qui tournaient autour du western: Just pals, son premier film Fox, par exemple se situe dans une petite ville qui pourrait très bien être une ville de l'Ouest après la pacification. De même pour The village blacksmith, quand à Cameo Kirby, il raconte les aventures picaresques d'une fripouille sur les bateaux à aube du Mississippi... North of Hudson Bay appartient à cette veine, confrontant le Cow-boy Tom Mix aux grands espaces du Grand Nord...

Michael Dane (Tom Mix) se rend vers le nord de la baie D'Hudson, où il envisage de retrouver son frère Peter (Eugene Palette). Mais avant l'arrivée du petit frère, Peter est tué. On accuse son partenaire Angus McKenzie, mais celui-ci jure être innocent du crime. La punition de ces pionniers est une marche forcée, sans arme ni moyen de subsistance, dans la nature: Angus va pourtant y survivre, et il est secouru par Michael... Le problème, c'est que selon l'usage, toute personne qui porte secours à un condamné à la "piste de la mort" doit désormais s'y soumettre lui aussi...

Michael Dane déjouera tous les pièges, et sauvera du même coup son ami Angus, ainsi que la jolie Estelle McDonald (Kathleen Key), une jeune femme qu'il a rencontré au début. Certes, le script passe-partout est particulièrement mélodramatique, mais il a la qualité de permettre à Ford et Mix de faire exactement ce qu'ils voulaient faire: tourner un film en liberté, dans la neige, au milieu des montagnes et des rapides! Et il y a des loups, et les tribus Indiennes locales (Du Nord, oui, mais celui de la Californie, j'imagine) sont venues prêter main forte à l'entreprise... Un bon bol d'air, pour des images saisissantes... Mais il y a aussi, dès le début, une scène domestique qui montre comment maman Dane s'apprête à dire adieu à son deuxième fils: une scène qui se répétera de film en film, et qui montre un attachement viscéral du metteur en scène à l'idée de famille, aux racines.

On regrettera évidemment que ce film de cinq bobines n'ait pas été conservé en entier, même si l'intrigue telle qu'elle est aujourd'hui, resserrée sur quatre bobines, fonctionne encore. Mais, et il est toujours le moment de le rappeler, si on a aujourd'hui récupéré environ 25 films muets de John Ford, dont certains sous la forme de fragments, combien manquent encore à l'appel?

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Published by François Massarelli - dans Muet Western John Ford 1923
1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 09:31
She wore a yellow ribbon (John Ford, 1949)

On repart donc à Monument Valley, pour l'un des films centraux de l'oeuvre de John Ford, un nouveau western avec John Wayne, encore une fois (la quatrième) situé à Monument Valley, et comme Fort Apache tourné l'année précédente, une histoire située dans le quotidien de la Cavalerie. Fort Apache était inspiré de la bataille fameuse de Little Big Horn, cet affrontement dans lequel Custer avait entraîné tout un régiment, dont Ford montrait le mécanisme fatal dans son film. Ce nouveau chapitre de l'histoire (Ou des histoires pour être plus juste) de la Cavalerie commence justement en pleine actualité, en 1876 au moment ou la nouvelle de la défaite spectaculaire de Custer et du 7e de Cavalerie se répand sur la Frontière. Dans un petit fort, on assiste à des mouvements de troupe des tribus Indiennes Kiowa, Arapaho, Cheyenne et Comanche qui mettent de côté leurs différences, et on craint une nouvelle attaque sur l'armée. Le fort étant aux premières loges, le risque est grand. Et justement, le Major Allshard (George O'Brien) commandant le fort est doublement inquiet. Il fait d'une pierre deux coups, il charge son second le Capitaine Nathan Brittles (John Wayne) de patrouiller pour observer les indiens, et leurs trafics avec des contrebandiers qui leurs fournissent les armes, tout en véhiculant deux femmes que le commandant du fort souhaite éloigner de l'éventuel théâtre des opérations: sa propre épouse (Mildred Natwick), et sa nièce (Joanne Dru). Pour Brittles, la période est particulière: il est à cinq jours de la retraite. Une retraite bien méritée pour ce vieux soldat qui prépare activement sa succession en couvant les trois jeunes loups les plus brillants de sa troupe, interprétés par Ben Johnson, John Agar et Harry Carey Jr, mais veut-il vraiment prendre sa retraite? Et surtout, les circonstances vont-elles vraiment le lui permettre?

La patrouille, le risque de guerre Indienne, l'ombre de Little Big Horn... tout ça n'est finalement que prétexte, voire contexte. Une façon comme une autre d'amener les deux véritables sujets du film: la vie quotidienne d'un poste avancé de l'armée Américaine, sur la frontière, dans le territoires qui ne sont plus tout à fait des terres à prendre, mais pas encore des états de l'Union. Cette vie tourne autour d'une certaine dose de discipline, mais tempérée de bon sens: une scène montre Nathan passer sa colère de devoir transporter des civiles dans une mission dangereuse en faisant une réclamation en bonne et due forme, sous les yeux de son supérieur hiérarchique, cible de sa diatribe mais qui lui corrige impassiblement ses fautes, avec une certaine tendresse... L'atmosphère de camaraderie, de solidarité masculine, éclate au grand jour dans l'une des scènes les plus simplement poignantes de tout le cinéma Fordien, lorsque le matin de sa retraite, Brittles voit face à lui toute la troupe, impeccablement rangée, avec un cadeau pour lui... Et la façon dont Nathan couve son soldat préféré (Ben Johnson), le sergent Tyree (Bien que Brittles ait été un soldat du Nord, et Tyree soit du Sud), ou encore l'impayable et sempiternel sergent Quincannon, vieille baderne Irlandaise et alcoolique, interprété comme de juste par Victor McLaglen, tout va dans cette même direction de montrer des hommes unis dans et par l'adversité, dans laquelle la discipline et les éventuelles sanctions ne sont finalement que des pudeurs d'homme. Tous ces gens meurent d'envie de s'embrasser à la moindre occasion... Et pas loin, les Indiens qui se massent en l'attente d'une éventuelle bataille ne sont pas beaucoup plus menaçants. Oui, le danger est là, mais une scène montre Brottles qui va repérer les lieux, et deviser avec le chef Pony-That-Walks (Chief Big Tree) comme on retrouve un vieux camarade. Les deux hommes philosophent au sujet de la vieillesse, leur lot commun...

Avec son troisième film de long métrage en couleurs, Ford a trouvé la palette juste, et ce film est d'une beauté plastique impressionnante, avec des effets de brume et d'orage (Rajouté en post-production!), des crépuscules d'un rouge très vif, et comme toujours chez Ford cet oeil de peintre qui sait tirer parti de n'importe quel environnement pour créer des images inoubliables: Cette façon de faire contraster les rochers gigantesques de Monument Valley, et la petitesse des cavaliers en contrebas, ces jeux de couleurs inspirés de Frederick Remington, qui mettent en scène des Indiens sur le sentier de la guerre, certains d'entre eux d'ailleurs authentiques, car Ford a, en cette période, un carnet d'adresses impressionnant... Il n'oublie pas non plus de continuer à nous montrer ces hommes qui visitent la tombe d'une femme qu'ils ont aimée, comme dans Young Mr Lincoln, une figure courante dans le cinéma Fordien, et qui parfois s'étende à d'autres liens familiaux (Dans My Darling Clementine, Fonda-Earp visite la tombe de son jeune frère). La mort fait partie de la vie de ces soldats, aussi bien dans l'exercice de leur métier, que dans leur vie privée... Elégie à un soldat sur le départ, réflexion désabusée mais tendre sur le crépuscule d'un homme, et l'héroïsme quotidien des obscurs et des sans-grade, ce film est le plus beau des trois films de Cavalerie inspirés de James Warner Bellah, haut la main.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western