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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 08:20
Sergeant Rutledge (John Ford, 1960)

Sergeant Rutledge, souffrant parfois des mêmes petits défauts que la plupart des films de Ford tournés durant la dernière décennie de sa carrière, brille d'un éclat particulier, notamment en raison de son sujet. Surprenant dans sa dénonciation frontale du racisme à la fois de la cavalerie, et de la société Américaine post-Guerre de Sécession, le film permet aussi à Ford de faire quelque chose qu'il n'a pas beaucoup fait dans ses films en couleurs, et encore moins dans ses westerns: il joue avec la lumière et l'ombre, en exploitant de façon importante les possibilités dramatiques. Et encore plus surprenant, il se livre à un morcellement de la narration, par le biais de flash-backs systématiques. Le film étant structuré autour d'un procés, le recours aux retours en arrière n'a bien sur pas grand chose d'exceptionnel, mais c'est peu courant pour un classique comme Ford.

Il y avait eu un procédé cousin dans l'utilisation occasionnelle de lettres lues au coin du feu, et qui résumaient plus ou moins l'action tout en faisant passer sans trop de douleur les années dans The searchers; mais ici, c'est le film entier qui obéit à cette structure: il commence par l'arrivée du Lieutenant Cantrell (Jeffrey Hunter) au procès de cour martiale qui va être l'essentiel du film: un soldat, le sergent Rutledge, est accusé du meutre d'un officier, et du viol d'une jeune femme. Il y a peu de témoins, deux femmes seulement, apparemment, mais il y aura des surprises. Et la cour, assemblée autour du Lieutenant Colonel Fosgate (Willis Bouchey), semble pencher clairement du côté de la culpabilité pour le Sergent, qui fait face à une foule en colère prète à le lyncher: il est, en effet, noir... Membre d'un bataillon exclusivement Afro-Américain dont la plupart des membres sont d'anciens esclaves affranchis de fraîche date, le Sergent Rutledge (Woody Strode) semble désigné coupable dès le départ, et il sera très dur de faire changer d'avis non seulement la foule prète à l'exécuter sur place, mais aussi l'accusateur, le Capitaine Shattuck (Carleton Young), qui n'hésite pas à faire de propos racistes des arguments de l'accusation, ou le témoin Cordelia Fosgate (Billie Burke), épouse du juge, qui avait été très choquée de voir la jeune victime fraterniser avec un noir, qu'elle considérait un peu comme son oncle, et est incapable de parler du Sergent rutledge comme d'un être humaiin, ou même de lui adresser la parole.... Cantrell, supérieur, ami et défenseur de Rutledge, a du pain sur la planche...

D'une part, si le film s'attaque à un problème contemporain de racisme, qui marque les années cinquante et sera encore plus important pour la décennie à venir, et si les producteurs (En premier lieu Willis Godbeck) ont eu l'idée de placer cette intrigue dans le cadre de la cavalerie afin d'attirer Ford et de reformer le tandem Ford-James Warner Bellah, scénariste de la fameuse trilogie de 1948 à 1950 (Fort Apache, She wore a yellow ribbon, Rio Grande), le vieux metteur en scène semble placer toute cette intrigue brulante et ce sujet polémique dans son propre petit cirque, avec certains de ses acteurs fétiches, mais la plupart du temps à l'arrière-plan, à l'exception de Jeffrey Hunter. Il utilise son humour de taverne en occasionnant des ruptures de ton parfois embarrassantes (Il fait ainsi du président de la cour un alcoolique autoritaire, et les officiers qui composent le panel des juges, totalement muets du début à la fin du film, se réveillent pour un poker...), mais a aussi de belles idées, comme celle de filmer l'auditoire en plan large, demandant aux dames massées au premier rang d'agiter frénétiquement leurs éventails lors des rappels des faits les plus croustillants de l'affaire... Surtout, on ne quitte jamais l'enceinte du procès, concentré sur une journée.

D'autre part, Ford utilise un prcédé intéressant pour encadrer les fash-backs: lors des témoignages, il tamise progressivement les lumières sur le lieu du procès, et installe à partir de là des ambiances différentes, qui tranchent sur le pittoresque de cette cour martiale. C'est d'autant plus vrai pour le premier retour en arrière, qui est en fait le premier témoignage de Mary Beecher (Constance Towers), la petite amie de Cantrell, qui a d'une part surpris Rutledge sur les lieux du crime, mais peut aussi témoigner de son caractère héroïque, et de son exemplarité militaire... Nocturne, situé aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur d'une gare isolée, l'épisode joue de l'ombre et de la lumière pour installer le spectateur dans une ambiance de doute, afin de proposer le point de vue du procureur... De fait, Woody Strode (Rutledge) nous apparait comme un personnage inquiétant, voire dangereux. Ford, dans l'exposé de lieux de crime, reprend son style des années 20 et 30, et l'ombre de Murnau est de nouveau très présente chez lui; on constate aussi que le metteur en scène utilise une composition très proche d'une scène de découverte du cadavre d'une jeune femme violée par les Apaches dans Stagecoach.

...Ce qui nous amène au principal motif de fâcherie autour de ce film: certes, il tend à montrer de façon appuyée la stupidité des préjugés contre les soldats noirs, ce qui est relayé par une chanson interprétée au générique, sur les "Buffalo Soldiers" (Le nom donné par les tribus indiennes qui virent arriver ces drôls de soldats, qui avient afin de lutter contre les rigueurs de l'hiver, des peaux de bison); certes, il démontre de façon claire et intéressante dans une intrigue classique mais de bonne tenue, que les préjugés peuvent mener à des erreurs judiciaires, et que les pionniers de l'ouest, comme on l'a vu dans d'autres films notamment The searchers, ont le racisme bien facile. Mais de nombreuses voix se sont élevées afin de dénoncer le traitement des Indiens dans ce film: car si les "Buffalo" sont bien partie intégrante de la cavalerie et de la société Anglo-saxonnes, les Indiens sont une fois de plus l'ennemi invisible, dangereux, etc... C'est un procès classique fait contre le western et je pense qu'il ne faudrait pas en tenir compte: Ford, en narrant les histoires de la cavalerie, a toujours rappelé non seulement la lutte (Historique, on ne peut pas l'occulter) des soldats contre les troupes Indiennes, et celles-ci, dans le Sud Ouest, étaient loin d'être tendres; mais plus encore que dans d'autres film, il traite ici les Apaches plus comme un procédé de scénario qu'autre chose, et on arrive, essentiellement, après les batailles les plus meurtrières.

Ce film (Titré avec une impressionnante invention "Le Sergent Noir" en Français...) est assez singulier, comme je le disais, et si les travers irritants du pittoresque Fordien prennent une fois de plus un peu trop de place, s'il manque de héros Fordien classique (Jeffrey Hunter n'est ni Wayne, ni Stewart, ni Fonda, cela va sans dire), on se réjouit que l'intrigue et son progressisme aient pu être aussi clairs: après tout, une grosse vedette aurait probablement tout gâché, et de toute façon on n'imagine pas Wayne en Lieutenant Cantrell, loin de là! Ford réussit en tout cas un film qui aurait pu être démonstratif dans le pire sens du terme, et qui, bien que possédant les aspects d'un whodunit assez classique (Le vrai coupable des crimes sera finalement démasqué au terme du procès) permet au metteur en scène de remettre quelques pendules à l'heure... On n'oubliera tout de même pas que le générique place Strode en quatrième position, et qu'il a beau être le sujet indéniable du film, le véritable héros reste Cantrell; il y avait donc encore un effort à faire, mais regardez Amistad de Spielberg (Sorti en 1997): c'est exactement la même chose... L'ethnocentrisme a la peau dure à Hollywood, hélas.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 10:05

La réputation de ce film n'est semble-t-il plus à faire: pas un commentateur pour en faire les louanges, et partout où il est mentionné, les mêmes adjectifs, les mêmes remarques, toutes négatives: mal fichu, trop long, mal dirigé, mal monté, ennuyeux, et indigne. d'une part ça fait beaucoup, et même si le film n'est absolument pas à la hauteur de la grandeur de Ford, on a envie d'essayer de le racheter un peu. D'autre part, je voudrais simplement ajouter que de toutes ces critiques, certaines ont été appliquées à The searchers, notamment par Lindsay Anderson qui aimait le film mais y voyait aussi d'irrémédiables défauts du vieux Ford: erreurs de continuité, approximations, etc... Plus encore, tous ces défauts reprochés en bloc à Two rode together, parfois avec raison, sont là encore discernables dans des films aussi divers que The sun shines bright, The last hurrah!, The horse soldiers, Sergeant Rutledge, The man who shot Liberty Valance, Donovan's reef, ou Cheyenne Autumn. Mais malgré tout, c'est toujours ce film Columbia avec Stewart et Widmark, qui prend tout pour lui... Essayons donc d'y voir clair...

Le film conte l'association un peu contrainte entre le marshall Guthrie McCabe James Stewart) et le lieutenant Jim Gary (Richard Widmark). Celui-ci est sur la piste d'un chef Comanche qui aurait dans les dix dernières années enlevé un peu trop de jeunes blancs, et leurs familles se sont liguées pour demander justice, et récupérer leurs enfants... Gary souhaite faire triompher la justice, et a besoin de McCabe qui connait bien le chef Comanche Quanah Parker (Henry Brandon). McCabe, lui, a besoin de prendre du champ, puisque la tenancière d'établissement de loisirs avec laquelle il vit semble en vouloir à son célibat... Une fois arrivés au campement des familles, celles-ci semblent avoir placé un peu trop d'espoir dans l'intervention de McCabe...

Les principaux problèmes de ce film, c'est d'abord d'avoir en commun plus d'un thème avec The searchers, sans en avoir la rigueur ni la portée. C'est assez vrai, mais je reviendrai sur cette filiation plus tard, parce qu'à mon sens elle dépasse même l'influence qu'a pu avoir le film de 1956 et son indiscutable rayonnement, pour toucher à l'ensemble de l'oeuvre de Ford... Donc l'autre source d'embarras, c'est l'impression parfois gênante d'assister à un naufrage de la vieillesse: acteurs mal dirigés, faux raccords évidents, scènes expédiées... C'est d'autant plus courant de soulever ce problème que Ford lui-même ne s'est pas privé de dire à chaque fois qu'il le pouvait que ce film était indigne de lui, et que James Stewart, pour sa première collaboration avec le maître, est souvent mal à l'aise, donnant parfois l'impression d'etre saoul (Ce qui sur le plateau d'un film de Ford, est historiquement envisageable, mais... James Stewart, quand même!!)... La vérité est toujours la même: Ford tournait une prise, à plus forte raison à cette époque. Donc l'acteur devait être bon dès le départ, car il n'y avait pas de seconde chance. Et il livrait à ses monteurs des séquences quasi montées d'avance, avec rien ou presque rien comme second choix, rien ou presque à enlever... Tous les derniers films de Ford ont été tournés avec cette méthode, qui a parfois donné d'excellents résultats, ou des scènes embarrassantes: y compris certains films aujourd'hui considérés à juste titre comme des chefs d'oeuvres, et qui ont leurs petits moments qui font lever les yeux au ciel.

Le film est considéré comme trop long, en effet, bien qu'il soit de durée raisonnable, avec 109 minutes. C'est que Ford a un peu trop laissé faire ses acteurs, qui se livrent parfois à un certain cabotinage, toujours dans le même sens de la chamaillerie un poil trop folklorique. C'est Andy Devine qui s'en prend plein la figure, et on souffre pour lui de voir l'acteur moqué pour un embonpoint qui est bien réel, surtout que c'est Stewart qui livre l'essentiel de la moquerie. Et le film alterne de façon parfois incohérente les passages dramatiques et le picaresque de mauvais gout. Mais au milieu de tout ça, on se prend à cultiver de l'intérêt pour ce film, qui s'attaque comme The searchers à un problème ambigu, et comme Sergeant Rutledge, aborde le problème du racisme: le rejet dans lequel tous les blancs ici présents tiennent les Comanches met en effet Quanah Parker à l'écart (Je rejoins Leonard Maltin quand il estime que Ford aurait pu se saisir du fait que Parker lui même était un enfant d'une blanche enlevé par les Indiens, ce qui est un fait historique. Ca aurait pu donner du corps à son propos...), mais lorsque deux blancs récupérés par les deux héros lors de leur expédition font laur arrivée au camp, ils sont traités avec embarras par toute la population, et cela va aller jusqu'au rejet pur et simple, et au lynchage. Toute une population, mue par un racisme viscéral, refuse la différence représentée par deux personnes qu'il s'attendaient à voir revenir "civilisées". Ce que McCabe et Gary savent, c'est qu'ils sont civilisés, mais qu'il ne s'agit tout bonement pas de la même civilisation, c'est tout. Pour un Ethan Edwards qui renonce enfin à ses idées de vengeance (The searchers), combien de pionniers prêts à rejeter une Mexicaine Catholique qui a vécu cinq ans en tant qu'épouse d'un Comanche, mais ne s'est pas suicidée parce que sa religion le lui interdisait? Combien d'hommes blancs qui refuseront de reconnaitre leur fils parce qu'il parle Comanche, pense Comanche, et agit en Comanche? Il est significatif aussi de constater que dans ce film, Quanah Parker, joué par le même acteur que Scar dans The Searchers, est un allié (Certes par opportunisme et calcul politique) de MacCabe, alors que bien des blancs vont se retourner avec violence contre ce dernier quand il apparaitra aux côtés de sa rescapée Mexicaine.

Donc en dépit de tous ses défauts, et ils sont nombreux, le film se place au moins clairement dans la veine humaniste de Ford, une veine noire, traversée de constats peu ragoutants: pour construire l'Ouest, il a fallu des lynchages, nous rappelle Ford, qui laisse toute l'amertume du destin d'un jeune garçon qui avait été enlevé à l'age de cinq ans éclater au gand jour, et fourni sa véritable fin à un film qui prend ensuite la politesse de trouver une façon moins violente de conclure, ce que ne faisait pas vraiment The searchers. Mais si ce film n'est pas un grand moment, je crois qu'il vaut bien mieux que ce qu'on en dit en permanence, à commencer par Ford lui-même.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:37

Pendant que la chanson qui donne son titre au film se fait entendre, des panneaux en bois, du type de ceux qu'on imagine annoncer les limites d'une ville typique du Far West qu'on aime, en bois vermoulu et troué de balles, déroulent un à un le générique du film... une entrée en matière absolument parfaite pour un film marqué d'une part par sa nostalgie westernienne magique, et d'autre part par son incursion définitive dans la légende de l'ouest, tellement belle qu'on la souhaite crédible... Il s'agit donc pour Ford de donner à voir une vision définitive de la fameuse escarmouche de Tombstone, durant laquelle (Selon la légende, s'entend) la famille Earp, aidée par "Doc" Holliday qui y perdit la vie, a une bonne fois pour toutes réglé leur compte aux bandits de la famille Clanton. Le film se situe entre une légende magnifique, rendue plus belle encore par un décor de ville qui se crée sous nos yeux, et une vérité forcément douteuse, relayée en particulier par l'ex-marshall, ex-hors-la-loi Wyatt Earp, que Ford dit avoir rencontré lors de ses jeunes années, et qui soignait lui-même sa légende. La rencontre entre Earp et Ford, deux menteurs patentés, donc, a du être haute en couleurs...

Pourtant, il y a de la véracité dans ce film, qui évite comme d'autres productions Fox de la même époque (Notamment le magnifique Ox-Bow incident de William Wellman sorti trois ans plus tôt) de tomber dans une imagerie d'Epinal un peu trop angélique: les Earp, après tout, sont avant tout des garçons vachers, pas des redresseurs de torts; ils sont crasseux, pas sophistiqués, mal dégrossis, et on ne saura pas grand chose de plus de leur passé (Je pense en particulier aux aînés, ceux qui survivent d'ailleurs à la fin) que ce qui nous est colporté par les gens de la ville de Tombstone lorsqu'ils croisent Wyatt: "Le Wyatt Earp? Celui de Dodge City?" Déjà légendaires, ils sont loin de se douter qu'ils vont replonger dans la lutte contre le crime. Le crime et la violence, parties intégrantes de tout western qui se respecte, sont situés ici dans une ville qui se pacifie à vue d'oeil, et est surtout représenté par les Clanton, une famille menée par un vieux fermier fascinant, peut-être le plus beau rôle de Walter Brennan, qu'on n'a rarement vu aussi glaçant. Les Clanton sont des gens qui se sont faits à un vieil Ouest, celui d'avant, et ne veulent pas lâcher leur civilisation de la violence: ils veulent, ils prennent, et en cas de litige, la solution est toute trouvée: comme le dit le vieux à l'un de ses fils après avoir distribué les coups de fouet, "Quand tu dégaines, tue un homme!"...

Mais comme on le sait d'autant plus depuis que Ford a concrétisé cette idée par un film superbe (The man who whot Liberty Valance, 1962), parfois la légende est plus belle et plus profitable que la vérité: Wyatt Earp, sous les traits d'Henry Fonda, est plus une idée qu'un homme, plus un symbole du cow-boy, saisi dans toute sa fascinante légende, avant sa disparition. Il ne fait, typiquement, que passer, et apporte avec lui la nostalgie d'une époque en voie de disparition, avec laquelle il s'évanouit au final, attiré un instant par la vie sédentaire que lui offre Tombstone et la perspective de miss Clementine Carter, la petite amie rejetée également par Doc Holliday, mais qui apparaît à Earp, comme à Holliday, comme trop belle et trop sage pour eux. En lieu et place, ils ont été condamnés jusqu'au bout à côtoyer les entraîneuses, les joueurs professionnels, les soiffards, et à tenir salon jour et nuit dans un bar d'ailleurs tenu par une grande figure du passé, J. Farrell McDonald, ancien metteur en scène passé aux rôles de vieil Irlandais bougon, souvent présent chez Ford jusqu'aux années 30... Tombstone, c'est l'émergence d'un futur pour l'ouest, ou tous les cow-boys, Marshalls, bandits et autres figures de l'ouest s'effacent devant une civilisation en marche, comme en témoigne la superbe scène de la danse, menée par une Clementine volontaire, et un Wyatt earp un peu gauche. Du début à la fin du film, les caravanes et les chariots arrivent, la ville se construit sous nos yeux, et Doc Holliday, consumé de l'intérieur par la maladie, ruiné par sa vie, rejoint à son tour les légendes du passé. Introduit par la chanson 'My darling Clementine', dont les paroles sont sans équivoques (You are lost and gone forever), Wyatt Earp est en sursis.

C'est sans doute, par sa lenteur calculée, le film dans lequel on verra le mieux les héros penser... Fonda en particulier, mais Ward Bond (Morgan Earp) aussi, qui voit s'éloigner le père Clanton seul, mais qui sait que le vieux renard a plus d'un tour dans son sac. Morgan, sans quitter le bandit des yeux, recharge son arme... Généralement nocturne, parfaitement dosé entre scènes d'action et de tension, et scènes de contemplation douce-amère, le film de Ford livre tout son sens par une confrontation entre Shakespeare et Tombstone: un acteur tente désespérément de livrer une interprétation de Hamlet, pendant que quelques brutes le harcèlent. C'est Doc Holliday qui l'aidera en remplissant les vides dans sa récitation. L'espace d'un instant, le western épouse les riches heures du passé, et la contemplation du bilan morbide de sa vie par le Prince Danois se confond avec le futur désormais vide de sens de toutes les figures du western qui s'agitent sous nos yeux. Et Ford, par ce film, acquiert la stature d'un Shakespeare Américain, dans une oeuvre sombre, belle et... légendaire.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 09:35

20 ans séparent ces deux films tous deux produits par la MGM, qui racontent la même histoire: deux femmes se disputent le même homme, un aventurier rugueux interprété par Clark Gable. L'une est à la dérive, et l'autre, plus jeune, plus fragile et plus respectable, est mariée à un brave homme. L'attraction entre l'épouse e l'aventurier est la plus forte mais les problèmes moraux et pratiques, sans parler la jalousie féroce entre les deux femmes, compliquent tout. Dans les deux films, on es dans un environnement exotique, donc hostile...

Red Dust est situé en Cochinchine (Sud Vietnam) durant les années 30. Dennis Carson (Gable) y est planteur de caoutchouc, assisté de deux hommes aux tempéraments bien différents: Mac, joué par le vétéran Tully Marshall, est un vieil homme brave, paternel e compréhensif qui veille sur Carson avec une tendresse bourrue, alors que Guidon (Donald Crisp) est un alcoolique qui pour ne rien gâcher a le vin très mauvais. Les Willis (Mary Astor et Gene Raymond) sont un couple don c'est la première visite dans un pays aussi difficile, lui est ingénieur, et elle est assez clairement insatisfaite de sa vie maritale. Carson va tout faire pour éloigner Willis de la plantation, surveillé de près par Vantine (Jean Harlow, une prostituée amoureuse de lui qui veille à ce qu'il ne profite pas trop de la situation pour s'emparer de celle qu'elle surnomme avec dérision "Duchess".

Mogambo pour sa part est situé en Afrique, et gable joue cette fois le rôle de Victor Marswell, un chasseur qui collecte des animaux pour les zoos, organise des safaris, ou apporte sa coopération à des expéditions scientifiques. Il es secondé à nouveau par deux hommes, John Brown-Pryce (Philip Stainton), un Anglais, et Leon Boltchak, (Erik Pohlmann), un Européen de l'Est (sans plus de précisions) qui tend à aimer un peu trop la boisson. Eloise Kelly, une jeune femme qui cherche à joindre un maharajah qui passait du temps avec eux, est interprétée par Ava Gardner et est pour Marswell l'occasion de passer une nuit en galante compagnie, mais une seule. Au moment de partir, elle croise deux nouveaux arrivants, les Nordley (Grace Kelly, Donald Sinden), un couple de jeunes Britanniques venus pour observer les gorilles. Alors qu'Eloise reste finalement, Vicor commence à s'intéresser de très près à Linda Nordley.

Le premier de ces deux films est une merveille, un de ces films réalisés à Hollywood avant que le 'code de production', drastique censure interne établie entre eux par les studios, entre en vigueur. La liberté de ton y est totale, les personnages sont gorgés d'une vie et d'une saveur qui tendra à disparaître du tout-venant du cinéma Américain dans les années à venir; à ce titre, la confrontation entre Harlow, Gable et Astor est un modèle de confection d'étincelles, d'éclairs et de coups de tonnerre. Aucune édulcoration n'étai de toue façon possible avec Jean Harlow, et il est clairement et sans le moindre détour question de sexe et de possession. Pourtant, le film est très clair, Carson et Vantine sont faits l'un pour l'autre, il faudra des flirts plus que suggestifs avec Mary Asor pour s'en rendre compte. Fleming mène l'action tambour battant, et ses trois personnages principaux sont érotisés avec justesse, en particulier bien sur Jean Harlow qui se tire d'un rôle casse-cou avec un aplomb admirable, et d'une scène célèbre de nudité avec une ingénuité rare.

Que reste-t-il de tout cela dans le film de 1952? ma foi, cette fois le code est en vigueur, ce que rappelle un échange certainement pas innocent: lorsque le jeune couple arrive, Marswell leur demande s'ils ne préfèrent pas deux lits jumeaux, cette commodité imposée par le code de production afin d'éviter au spectateur toute pensée malsaine... Ils déclinent sainement l'offre. Le film est plus bavard (Il dure aussi 30 minutes de plus, ce qui explique cela) et accumule les échanges à double sens, de façon parfois irritante. La couleur locale est bien plus présente aussi, parfois avec un côté care postale, parfois avec des soucis techniques indignes: des images mal assorties, comme une séquence de confrontation avec les gorilles qui mêlent le 16 mm (Gorilles) et le 35 mm (acteurs)... Pourtant le film a bien été tourné, au moins partiellement, sur place. Le film est un honnête film d'aventures, sans plus... Reste à déterminer l'apport de John Ford! Celui-ci étai depuis 1946 son propre producteur, alternant projets proposés et projets personnels, et avait besoin par moments de montrer patte blanche à tel ou tel studio s'il voulait ensuite monter ses propres films. C'es sans doute ce qui explique qu'il se soit lancé dans cette aventure, au grand détriment de certains acteurs qui ont parait-il eu à souffrir de son comportement. Le vieux lion a semble-t-il fait son travail sans vraiment s'impliquer, à part peut-être dans quelques scènes: une rencontre des héros, en safari, avec un missionnaire Catholique, en soutane blanche, et filmé de façon révérencieuse par un Ford qui gardait une adhésion sans bornes à la religion, tranche par son ton solennel, et une scène sensuelle entre Gable et Gardner, située au début, montre une rare adéquation entre le décor, l'ambiance et les personnages: on ressent alors l'urgence des corps, la nécessité de laisser parler les sens, le tout avec très peu de moyens: un dosage de la lumière et de l'ombre, une caméra à parfaite distance...

Si le film garde des points communs avec Red Dust, à commencer par sa star, il y a aussi des similitudes don on se serai passé: à la phrase odieuse de Mary Astor, entourée d'indigènes, et demandant à Gable si la présence de gens ne lui manque pas, on oppose dans Mogambo l'impression durable que tous les indigènes autour d"eux font partie de la faune... Bref, le film est un pur reflet d'un colonialisme dont on aimerait à croire que le racisme est condamné à disparaître. Mais on aura beau dire, si pour un film de John Ford est plus que léger, si Red Dust est un de ces fantastiques films dits 'pré-codes', période dorée et fabuleuse d'Hollywood, les deux sont de toute façon les reflets respectables d'un cinéma suranné auquel les cinéphiles feront toujours fête. Des classiques, quoi.

Red Dust (Victor Fleming, 1932)/Mogambo (John Ford, 1952)
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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 16:17

C'est inattendu de trouver dans la filmographie de John Ford cette comédie Columbia, dont le style visuel et le rythme nous renvoient d'ailleurs à Capra; cela n'a rien d'étonnant pourtant: ce dernier préparait alors son film Mr Deeds goes to town, avec Jean Arthur qui joue aussi dans ce film... Mais la comédie de Ford n'est pas aussi "sociale" que les oeuvres contemporaines de Capra: il s'agit ici de partir d'une intrigue liée à une ressemblance frappante entre deux hommes, et les quiproquos qui s'ensuivent lorsque cette ressemblance est rendue publique... En effet, Arthur Jones (Edward G. Robinson) est un employé de bureau minable, falôt, effacé, et qui a le malheur de ressembler trait pour trait à "Killer" Mannion, un bandit de la pire espèce qui vient de s'évader de prison dans le but de faire la peau à celui qui l'a doublé... Une fois Jones arrêté par erreur, le bruit se répand, et Mannion fait irruption chez lui pour profiter de la situation et s'installer dans son ombre.

Ce qui prime ici, c'est le plaisir communicatif des acteurs, et du metteur en scène, devant une histoire qui passe en revue les différentes sortes de confusion, et les péripéties liées à la différence essentielle entre Mannion et Jones (A un moment crucial, Jean Arthur ne reconnait Jones que parce qu'il s'évanouit!), l'un dur, voire ultra-violent, l'autre plus doux et naïf qu'un agneau. Pas de fable à la Deeds ou Smith pourtant ici, même si Ford se plait à peindre, une fois n'est pas coutume, une monde citadin qui n'est pourtant que fort rarement son univers... et on ne s'étonnera pas que les héros, quand on leur demande quelle est leur aspiration profonde, émettent le désir de voyager, pour s'échapper de cet asile de fous qu'est la ville montrée par John Ford.

Et un autre aspect sur lequel je m'en voudrais de ne pas passer, c'est bien sur la prouesse de la double interprétation de Robinson, caricature de Little Caesar d'une part, et pauvre nigaud dépassé par les évènements, qui nous convie lors d'une scène à voir l'effet que font sur lui son premier verre de whisky, et ...son premier cigare! Et mentionner cette prouesse ne serait rien si on n'y ajoutait pas un rappel de l'exceptionnelle photographie de Joseph August qui a eu à mettre au point des effets spéciaux absolument parfaits pour renre crédibles ces allées et venues de deux sosies, souvent ensemble à l'écran. The whole town's talking est un film rare, et honnêtement on se demande bien pourquoi; si ce n'est pas à proprement parler un film dans la tradition de John Ford, c'est un excellent divertissement.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Comédie
25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 18:43

Si on ne connaissait pas aussi bien qu'on les connait les films de John ford, on pourrait assez facilement ne voir dans ce film qu'un superbe attrape-Oscars... Une oeuvre calibrée à l'extrême, donc. Mais d'une part, il suffit de comparer avec You can't take it with you (Capra, 1938), Gone with the wind (Victor Fleming, 1939), et Rebecca (Hitchcock, 1940), ses trois prédecesseurs à avoir obtenu l'Oscar du meilleur film, pour constater que le sentimentalisme du film de Ford n'est présent sous aucune forme, dans aucun des trois. Et il suffit de voir The Quiet man, She wore a yellow ribbon, The searchers, Cheyenne autumn... ce sentimentalisme, Ford n'avait nullement besoin de le forcer: il était naturel... d'une certaine façon, il était un des ingrédients de ce que le cinéma de John Ford était. How green was my valley, gros film Fox prévu pour William Wyler, n'était d'aileurs pas un film très personnel pour celui qui l'aura finalement réalisé, ce n'est pas non plus un film majeur. C'est juste une merveille accessoire, une luxueuse preuve de son savoir faire, et un film dans lequel il a semble-t-il dressé une sorte de vitrine de son style pictural... Autant de raisons d'y puiser avec bonheur, finalement...

 

Adapté d'un roman du Gallois Richard Llewellyn, le film peut sans trop de problèmes êrte associé à ces films Irlandais auxquels Ford est toujours revenu ça et là, depuis les années 20 jusqu'aux années 50. Pourtant, il est situé en plein sud du Pays de galles, cette merveilleuse contrée, dans la vallée de Rhondda, soit en plein pays minier. ...reconstitué aux studios Fox, en utilisant en particulier un décor de village passe-partout qui avait été édifié pour Four sons, du même John Ford, en 1927 (Et qui était supposé figurer un village Allemand...). Il nous conte les mésaventures d'une famille de mineurs, les Morgan; le père (Donald crisp) et la mère (Sara Allgood) ont eu sept enfants: cinq grands gaillards, tous devenus mineurs avec leur père; la jolie Angharad (Maureen O'Hara), et le petit Huw ((Roddy McDowall). Nous suivons leur vie, de mariages en célébrations, de décisions lourdes de conséquences (Grève, exil) en deuils, et on se concentre en particulier sur deux personnages: le petit Huw, narrateur, qui va avoir une chance considérable, celle de pouvoir faire des études, mais préfèrera suivre son père dans la mine, comme l'ont fait ses cinq frères; et Angharad, qui aime le pasteur Gruffydd (Walter Pidgeon), mais se verra obligée de se marier avec le fils du propriétaire de la mine, parce que Gruffydd n'a aucun avenir à lui apporter... Ce ne sera pas un mariage heureux. Enfin, le personnage principal, en creux bien sur, c'est le père Gwilym Morgan, un rôle puissant et taillé sur mesure pour Crisp.

 

Si on accepte de suivre Ford dans son obsession de rendre tangible les liens tissés entre les différents membres d'une communauté en truffant le film de chansons issues du folklore local, interprétées de façon souvent  trop orthodoxe pour être honnête, on acceptera aussi de le suivre dans cette évocation poignante, qui à l'instar d'autres films Fox majeurs de ces années 40 (Grapes of wrath, Ox-Bow incident) sait ne pas se voiler la face devant des problèmes que nous qualifierons de sociaux. Ford, qui a toujours prétendu être un Républicain invétéré, n'a jamais caché ses sympathies à l'égard d'une société d'entr'aide, et le mot de socialisme est prononcé dans le film... C'est indissociable de l'histoire de ces mines, dont les ouvriers étaient en proie à un système qui les tuait, en les payant toujours moins. Cette spéculation sur la misère du plus grand nombre est au menu de ce film. un autre aspect qui apparait clairement, c'est l'appropriation de cette histoire de protestants assez rigoureux, vue au travers du Catholicisme de Ford: Angharad s'élève en pleine chapelle contre l'ostracisme dont a souffert une femme, fille-mère... Son indignation, celle de Ford, est immanquablement partagée par le public.

 

L'aspect le plus fascinant du film reste cette impeccable style visuel, fait d'un sens de la composition qui laisse pantois, d'autant que Ford était un rapide, comme chacun sait. Cette faculté à faire dire à l'image dix fois, cent fois plus de choses que ce qu'elle raconte: ces portraits de femmes dans l'entrebaillure de la porte (Une porte ouverte dans un film de Ford a toujours été riche de sens, et ce dès Straight shootin'!), exprimant le plus souvent une inquiétude de groupe. Ces vieilles femmes silencieuses (Dont Mae Marsh) devant leurs maisons, symboles d'une humanité toujours debout dans la souffrance, ou encore cette pieta à la fin du film, avec Donald crisp, Walter Pidgeon et Roddy McDowall. Ford savait plus que tout résumer les sentiments à travers les images et la position de ses interprètes. mais ici, il est aussi aidé par deux acteurs qui travaillent pour la première fois avec lui. Roddy McDowall, génial de bout en bout, qui ne tournera plus jamais pour Ford, et bien sur Maureen O'Hara, qui elle aura d'autres occasions de briller dans ses films. La façon dont Ford filme son mariage, lui demandant d'être aussi neutre que possible, laissant le soin à son voile de mariée de symboliser toute la misère du monde, est l'une des mille et une idées graphiques géniales d'un film qui a bien mérité son Oscar, même si ce n'est en rien le meilleur film de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 09:31

Ce film est à la fois une des oeuvres les plus personnelles de Ford, un film réalisé en liberté, à sa guise, et avec sa troupe grâce au succès énorme de The quiet man, sorti l'année d'avant et distribué par la même compagnie, en l'occurence Republic pictures, et un film inutile à part si on admet qu'il livre une synthèse de l'humanisme de John Ford... et ses petites manies, bonnes ou mauvaises. L'aspect le plus inutile du film est d'être après tout un remake d'un excellent film de 1933 qui n'avait absolument pas besoin d'être imité, Judge Priest... A Will Rogers, qui interprétait (Sans effort aparent...) le Juge Sudiste dans le premier film, succède Charles Winninger, qui remplit fort convenablement sa tâche, à part qu'il n'est pas Will Rogers. Deux acteurs reviennet dans les mêmes rôles, ou presque: Jeff, l'employé noir du Juge, est interprété par l'insupportable Stepin Fetchit qui se comporte en cliché raciste vivant comme d'habitude, et Francis Ford, dont c'est hélas la dernière apparition, est l'habituel trappeur saoul, affublé d'un nom révélateur: Feeney.

 

Une petite ville du Kentucky, au début du XXe siècle; Le Démocrate William Priest brigue sa réélection au poste de Juge du comté, mais aura fort à faire pour contrer l'offensive du Républicain Horace K. Maydew, un Nordiste parachuté qui séduit toutes les épouses des électeurs avec ses belles manières, et avec un programme tout entier incarné par le rejet de Priest. Des intrigues situées dans le village nous présentent la façon particulièrement humaine, mais aussi assez peu orthodoxe dont le Juge conduit ses affaires, et le vieux filou fait tout ce qu'il peut pour sauver son siège...

 

C'est sympathique, bien sur, on retrouve l'univers de Ford, ses acteurs, ses sales manies aussi: sa propension à se vautrer dans le folklore et le chant, une façon de traiter les personnages Afro-Américains en "Oncle Tom", qui renvoie à Griffith, son idée que tous les hommes sont des alcooliques, et que ce soit un trait de caractère enviable... Bien sur, on a de vrais moments d'émotion parfaitement dosés, dont l'enterrement d'une prostituée durant lequel le Juge est le seul participant aux funérailles à l'exception des pensionnaires du bordel  lcal, avant qu'un à un  les citoyens ne se joignent, sans un mot, à la procession. Mais le final de l'enterrement, avec la chorégraphie bien réglée des ex-esclaves réunis en adoration de leurs maîtres, est selon moi d'un mauvais goût affligeant. De même un embryon de réflexion sur la condition des noirs (Paradoxal, quand on voit à quel point Ford neles comprenait pas à cette époque...) est amorcé par une série de plans d'habitants des quartiers pauvres (Donc noirs) de la ville qui réagissent à un danger qu'on ne voit pas pour commencer: le spectre du K.K.K. passe dans le film, juste pour quelques moments diffus. Mais ça n'ira pas très loin... Si on peut admettre le paternalisme un peu simpliste, inhérent à l'univers de Will Rogers, dont pouvait souffrir Judge Priest, ici, c'est plus qu'embarrassant. Le film est indolent, comme le Sud... mais aussi parfaitement mensonger et inutile, je persiste.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 09:43

Bien qu'il n'y soit pas crédité en tant que metteur en scène (C'est tout de même une 'John Ford Production'), Ford est bien le principal artisan de cette petite comédie, qui se trouve au confluent d'un certain nombre d'aspects de sn oeuvre en cette fin 1928: cinquième et dernier de ses films à sortir en cette année, il vient donc après Mother Machree (Janvier 1928), Four sons (Février), Hangman's house (Mai), et Napoleon's barber (Sorti officiellement la veille de la sortie de Riley, en novembre!). Ce dernier était aussi, en quatre bobines seulement, le mythique (Car aujourd'hui perdu) premier film parlant de Ford, ainsi que le premier film sonore en extérieurs de la Fox! Après Riley, seul un film de Ford allait être muet, le suivant: Strong boy, sorti en mars 1929. Il est aujourd'hui perdu... Donc en ce qui nous concerne, et si on excepte la seule version sauvegardée de Men without women (Janvier 1930), Riley the cop constitue en quelque sorte les adieux de Ford au cinéma muet, et après quelques films aventureux (Upstream, Mother Machree, Four sons et Hangman's house), un retour au style simple, linéaire et fortement teinté de comédie qu'il pratiquait avant l'arrivée de Murnau à la Fox... Le film est aussi notable pour la présence de J. Farrell McDonald, éternel second rôle, qui tient cette fois le haut de l'affiche, une preuve de l'affection du metteur en scène, mais aussi de l'image chaleureuse que le vieil acteur avait auprès du public.

 

Aloysius Riley (McDonald) est un policier New Yorkais, un vrai: Irlandais, plus oncle bourru que véritable bras de la loi, il est aimé de tous, même s'il a un certain ressentiment à l'égard de son collègue Krausmeyer, un immigré Allemand comme son nom l'indique (Harry Schultz). Il estime qu'on mesure l'efficacité d'un policier "aux arrestations qu'il ne fait pas", une devise mise en exergue dans le film et qu'il applique tous les jours. Quand il y a un problème, il se débrouille pour que ce soit sur le territoire de Krausmeyer... Pas grand chose ne se passe, Riley y pourvoie, jusqu'à ce qu'on fasse la connaissance d'un jeune couple d'amoureux, Mary (Nancy Drexel) et Davy (David Rollins). ils s'aiment, mais ne vont pas pouvoir se marier de suite, var Mary doit partir en Allemagne. Le bouillonnant Davy part pour la rejoindre, mais il est entretemps accusé d'avoir volé dans la caisse de la patisserie ou il travaille. On décide d'envoyer Riley en Allemagne, afin de récupérer le jeune; là, il va non seulement procéder à sa première arrestation, celle de Davy qu'il a vu grandir; mais Riley va surtout rencontrer l'amour, en la personne de Lena (Louise Fazenda)...

 

C'est parfois improvisé, tourné entièrement aux studios Fox, et mis en scène à l'économie... Mais une économie qui s'avère efficace. Avec McDonald, on est en territoire Fordien, et le timing de l'acteur est superbe, disons que si ce film ne révolutionnne pas grand chose, il est plus que plaisant! Et la chaleur humaine représentée par ce bon vieux policier autour duquel les gens se sentent si bien qu'ils ne parviennent pas à enfreindre la loi est communicative, faisant de Riley un cousin des personnages incarnés par Will Rogers dans les films de 1933 à 1935. Bien sur, il y est question de consommation gargantuesque d'alcool (Ici, la bière, une motivation pour Riley, qui va pouvoir aller en Allemagne et se pinter légalement en absorbant des quantités dangereuses de ce liquide, alors qu'on est en pleine prohibition!), les gags sur les pieds de Riley chaussés de croquenots de bonne taille abondent (Sur un bateau, un stewart qui cherche un policier nommé Riley le reconnait à ses pieds!), les gags ethniques (Policier Allemands rigides et militarisés) et autres clichés surranés sont légion... Mais ce qui frappe aussi, dans la première partie, c'est l'humanité du personnage, et le fait qu'on nous présente une société multi-communautaire, ou pluri-ethnique, dans laquelle l'harmonie existe, à part peut-être entre Riley et Krausmeyer; et encore, à la fin du film, on réalise que ces deux-là vont probablement être obligés de cohabiter, car... Mais chut!

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1928
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:30

Réalisé peu après The Iron Horse (Et après un autre film perdu, Hearts of oak), ce film est un petit pas pour Ford, pour la Fox aussi: une adaptation d'une pièce de théâtre qui n'avait pour elle que le succès, dont on peut se demander ce qui motivait tant son passage au cinéma... Ford en retire un peu de comédie, réussit à donner à certains passages de procès un petit intérêt, et réussit même une jolie scène de comédie physique, mais le reste est bien poussif... L'intrigue concerne un homme qu'on a surnommé Lightning... (La foudre) précisément parce qu'il est éperdument lent.

 

Au Calivada hotel, situé sur la frontière administrative entre le Nevada et la Californie, les Jones vivotent, profitant surtout de la possibilité de fournir à des femmes désireuses d'aller divorcer à Reno, Nevada (Le Las Vegas du divorce) une discrète adresse en Californie... Mais les affaires ne sont pas florissantes, et un conglomérat véreux veut les exproprier, ce que Madame Jones (Edythe Chapman) souhaiterait, mais Bill 'Lightnin' Jones (Jay Hunt) refuse. Pour le reste, il passe le plus claur de son temps assis à l'extérieur avec son chien Chester, ou à boire avec son ami Zeb (Otis harlan). Il est soutenu dans son refus de partir par son ami l'avocat John Marvin (Wallace Mc Donald), qui fait l'objet dun mandat d'arrêt du Nevada pour son refus de céder ses terres au même groupe qui tente de faire partir les Jones...

 

La lenteur de Lightnin' finit par rejaillir sur le film, qui repose du reste sur une grande quantité de gags plus ou moins douteux liés à la boisson. Ford a toujours montré des dispositions pour un himour picaresque assez douteux, en témoigne un Tobacco Road de sinistre mémoire, mais loyé dans ses films, cet aspect ne pose pas de problème. En revanche, lorsqu'il n'y a que cela, c'est ennuyeux à mourir... Combien de gags liés à la consommation de l'alcool nous faut-il subir pour que l'intrigue de ce film avance? Heureusement qu'un certain nombre de péripéties viennent nous donner un peu plus à voir: Bill Jones part s'installer à l'hospice des soldats (Il est un vétéran de la Guere de Sécession); une scène liée à la présence dans l'hotel même dun marquage de la frontière entre les états devient un prétexte à un petit jeu du chat et de la souris dans le salon de l'hotel entre John Marvin et le shériff (James Marcus), Marvin s'amusant à 'passer la frontière' pour narguer celui-ci; le procès dont le juge est J. Farrell Mc Donald est du grand n'importe quoi, voyant le juge prononcer le divorce d'une femme qu'il courtise avant de commencer le jugement du divorce des Jones (Une surprise pour Bill, qui était donc parti du domicile conjugal).

 

Ce film sert surtout à mesurer combien la Fox, en dépit de succès comme The Iron Horse, avait à se réinventer, y compris lorsque les films louchaient du côté de l'Amérique profonde; il y a un monde entre cette comédie lente et morne et le magnifique Lazybones tourné la même année au même studio par Borzage... Hors du western, dont il était déjà un maitre, Ford était lui aussi encore en devenir, finalement, c'est l'un des enseignements de ce film, et des sympathiques, mais peu ambitieux films qui suivront, The Blue eagle ou The Shamrock handicap.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1925
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:47

just-pals-2.jpgMine de rien, ce petit film (Cinq bobines, 49 minutes et 39 secondes) est le premier pas de John Ford vers le cinéma de prestige: après tous ses petits films pour la Universal le plus souvent avec Harry Carey en cowboy plus ou moins redresseur de torts, il inaugure en effet son contrat avec la compagnie de William Fox avec cette petite histoire qui met en valeur l'un des deux cowboys de la firme, Buck Jones. C'était sans doute grâce à ses efficaces petits westerns humanistes que le réalisateur avait été recruté, et jusqu'à 1924, il allait surtout réaliser des petits films et des films de série, mais un simple visionnage de celui-ci, à mi-chemin entre le western contemporain (Des chevaux et des automobiles) et la chronique rurale montre bien que ce qui faisait son talent était déjà bien là...

 just-pals-5.jpg

Bim (Buck Jones) est le vagabond officiel du village, estampillé bon à rien, et militant de fait: il refuse de lever le petit doigt, sauf éventuellement pour impressionner Mary Bruce, l'institutrice du village (Helen Ferguson) pour laquelle il a un faible. Celle-ci est également courtisée par Cahill (William Buckley), un homme en apparence bien sous tout rapport mais qui va précipiter la jeune femme dans les ennuis. de son côté, Bim se just-pals-7.jpgretrouve flanqué d'un jeune vagabond, Bill (George Stone), un garçon auquel il va s'attacher et qui va aussi lui permettre de se rapprocher de l'institutrice. Mais celle-ci est bien vite soupçonnée de détournement de fonds lorsque l'argent de la commune qu'elle a prété à Cahill ne lui est pas rendu. contre toute attente, c'est Bim qui va agir alors en justicier...

 

Indolence du personnage principal, un décor rural dans lequel toute menace vient fondamentalement de l'extérieur... on pense bien sur à un autre film Fox avec Buck Jones, Lazybones de Frank Borzage. Mais c'est une bien différente affaire! Ici, Ford s'attache à la peinture d'une petite communauté dans laquelle le paria auto-désigné va s'avérer empreint d'une grandeur d'âme que peu de gens possèdent, et le quasi-lynchage dont il va être victime nous montre que même dans cette Amérique tranquille là, le mal peut finalement venir de n'importe où. Et Ford oppose ainsi le bon à rien officiel, bouc émissaire qui montrera sa vraie valeur sans même l'avoir recherché, et les "braves gens" menés par un shériff gâteux, qui finiront bien par découvrir quel brave homme est Bim.

 just-pals-6.jpg

La mise en scène du jeune Ford, passé par la formation accélérée des westerns de la Universal, est bien sur rompue à tous les artifices. Il sait installer une ambiance, composer un plan de façon inventive, il fait déjà une équipe soudée avec son chef-opérateur George Schneiderman, et a déjà un savoir-faire enviable pour les scènes nocturnes; son talent en matière d'action éclate dans les deux dernières bobines, qui voient Bim s'attaquer à tous les problèmes de front: démasquer le véritable voleur de l'argent, empêcher une bande de malfaiteurs d'opérer un hold-up, réhabiliter miss Bruce, et bien sur faire en sorte que Bill ne soit pas placé dans n'importe quelle famille d'accueil: du pain sur la planche, donc! Et Ford, qui fait déjà preuve d'une personnalité peu commune, se paie le luxe de s'auto-citer (Voir illustration ci-dessus!) lorsqu'il fait rejouer à son shériff, pour un gag final, une pirouette qui marquait l'arrivée de Harry Carey dans son premier long métrage, Straight shooting...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1920