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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 18:28

How the west was won est un objet bien encombrant, dont il est difficile de savoir quoi faire; c'est un western, qui couvre un ensemble de sujets particulièrement spectaculaires (Les débuts des déplacements vers l'ouest des pionniers, la ruée vers l'or, l'implication des gens de l'Ouest dans le conflit Nord-Sud, l'expansion due à la construction du chemin de fer, et enfin la fin du banditisme et des guerres Indiennes), sans en approfondir aucun, une collection d'entrées et de sorties, d'allées et venues de stars (James Stewart, Henry Fonda, Richard Widmark, George Peppard, Debbie Reynolds, John Wayne...) et se pose comme l'histoire d'une famille depuis la rencontre sur une rivière entre Eve (Bien entendu) Prescott et Linus Rawlings, elle une fille de fermiers et lui un trappeur, rencontre symbolique entre l'esprit d'aventure et la volonté de bâtir en profondeur donc...

 

Confié à trois metteurs en scène (Ainsi qu'à Richard Thorpe pour quelques transitions), le film est surtout le prétexte à montrer des morceaux de bravoure en Cinerama, depuis la descente mortelle des rapides jusqu'à l'attaque du train en passant par le stampede fatal des bisons... Marshall a pour charge l'épisode durant lequel les incidents émaillent la progression de la construction du chemin de fer, Hathaway a pour sa part signé le plus gros du film: trois épisodes, dont le premier (le meilleur?) situé sur les rivières; Ford laisse sa marque de façon évidente sur l'épisode de la Guerre Civile: sentimental, marqué par la mort des deux protagonistes du premier épisode, le réalisateur semble nous indiquer à quel point le guerre civile entre les Etats de l'est a profondément changé les mentalités de tous les Américains, provoquant une rupture émotionnelle y compris dans l'Ouest... Il en profite aussi pour représenter un duo de généraux, Grant et Sherman dont l'éternel second laconique, qui suit le premier comme un petit chien, est interprété par John Wayne. Les commentaires sur l'alcoolisme invétéré de Grant sont ils une private joke sur Wayne et Ford? Pour le reste, on ne va pas faire trop grand cas de cette Guerre civile; c'est du Ford, mais on n'est pas devant The Searchers...

 

Pour conclure, si How the west was won n'a rien d'un grand western, la sortie de la version blu-ray présentant une recréation de l'effet original du cinerama, sous la forme d'un écran "Smilebox", rend le visionnage extrêmement plaisant: peu importe que le film ne soit qu'une succession de moments faciles, c'est un musée dont le parcours est une source de plaisir... coupable.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Henry Hathaway Western Filmouth
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:01

Tourné entre The blue eagle (1926) et le très étonnant Hangman's house (1928), Upstream a beaucoup fait parler de lui depuis 2009 et la découverte d'une copie dans une archive de Nouvelle-Zélande. Un Ford qui reparait, c'est bien sur un évènement, même si ce film n'est pas de l'importance de The iron horse, de Three bad men ou de Four sons, pour s'en tenir au muet. Il provient d'une période fabuleuse non seulement pour le metteur en scène, mais aussi et surtout pour le studio, qui avait ainsi en ses rangs les metteurs en scène Raoul Walsh, Howard Hawks, Friedrich W. Murnau et Frank Borzage en plus de Ford, et qui sous l'impulsion de William Fox avait décidé de réaliser des films de prestige, artistiquement novateurs et aux moyens luxueux (Seventh Heaven, Sunrise...). Du coup, un certain nombre de commentateurs se sont laisser aller à des spéculations sur ce film, et beaucoup se sont  hasardé à dire des bêtises. On a pu ainsi lire (Télérama, bien sur) que ce film était la seule incursion de Ford dans un style sous l'influence de Murnau, alors que c'est en réalité l'un des derniers films qui n'en ait pas énormément bénéficié: dès Hangman's house, Ford explorera des techniques largement inspirées du grand metteur en scène, auquel il continuera de rendre hommage des années durant, dans des films de tout genre (The searchers, The long voyage home, Four sons... tous les styles explorés par Ford seront pour lui l'occasion d'utiliser sa technique héritée de Murnau, et pas seulement dans un contexte, hum, "expressionniste"...). Donc, en attendant, Ford réalise une petite comédie, dans laquelle il se livre de façon discrète à de petites recherches photographiques et des essais de diffusion de la lumière...

Dans une pension d'artistes, les uns et les autres cohabitent tant bien que mal. Les fins de mois sont difficiles, mais il règne dans l'ensemble une certaine camaraderie. Un agent vient pourtant engager le pire des artistes du lieu: le dernier descendant, infâme acteur, d'une famille d'histrions célèbres, l'idée étant tout simplement d'utiliser la notoriété de son nom pour faire une grande publicité sur une production de Hamlet. Il part, et grâce à quelques conseils prodigués à la va-vite par l'un de ses voisins, va triompher... Et attraper la grosse tête. Lorsqu'il revient dans la pension, il va revenir en triomphateur, du moins le croit-il...

Il y a peu à dire sur ce film, une fois qu'on se sera réjoui qu'un film perdu ait pu être retrouvé... C'est une très charmante comédie qui se voit comme un rien, durant à peine une heure. On y retrouve une certaine tendresse de Ford pour ses personnages, avec ses types (Le charlatan interprété par un Francis Ford apparaissant plus jeune que le soiffard incorrigible que l'on voit habituellement), son humour ethnique (Les deux 'Callahan', qui répètent leur numéro de claquettes en permanence, sont en fait un Irlandais et un Juif, extrêmement complices) et son petit groupe humain en pleine dérive, dans lequel l'entraide finit, comme dans d'autres films plus prestigieux (Iron Horse, Three bad men, Stagecoach, Wagon Master), par aller de soi... Le sentimentalisme du metteur en scène est là et bien là, mais tempéré par une solide dose d'authentique joie de vivre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1927 Comédie
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 16:54

Le Screen director's playhouse consistait en une série de courts métrages réalisés pour la télévision par des metteurs en scène de renom, certains en bout de course (Frank Borzage réalisera ainsi deux films durant sa traversée du désert) d'autres en pleine activité, et non des moindres: Ford, Dwan ou même Ida Lupino vont ainsi s'illustrer, dans des exercices soignés, dont ils auront le plus souvent choisi les scripts. Dans ce court métrage, Ford a choisi de s'intéresser à la légende et à la distortion nécessaire de la réalité... Ce qu'il a souvent fait par ailleurs, voir à ce sujet les deux longs métrages Fort Apache et The man who shot Liberty Valance. Mais il le fait ici hors du cadre westernien, même si le complice John Wayne est lui bien là: il interprète un journaliste sportif à la recherche d'un scoop pour améliorer sa situation et qui découvre qu'un joueur de base-ball, étoile montante, ressemble bien à un autre joueur mythique qui a disparu de la circulation après un scandale: faut-il le révéler, et menacer le bien-être du sportif, ou se taire par respect, et voir échapper le scoop?

Même mineur, un Ford peut être diablement séduisant, ce film en est la preuve. Autour de Wayne, il a convoqué Vera Miles qu'il va retrouver pour The searchers, mais aussi le vieux James Gleason, qui est excellent; ce film est un court métrage, certes, mais il est plus soigné que d'autres films longs du maitre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:19

Un petit village, en Allemagne, qui vit au rythme de ses habitants. on voit le postier, un monsieur d'un certain age, tout fier de son nouvel uniforme. on voit l'instituteur, un homme bien et tout simple qui a le respect des livres et l'affection de la population. Et puis il y a des gens, des braves gens, des petites gens, des gens normaux, dont la petite Frau Bernle, et ses quatre fils. Le plus vieux, Joseph, rêve d'aller aux Etats-Unis, le plus jeune est encore étudiant... Un beau jour, Frau Bernle offre à son fils la possibilité d'acomplir son rêve et de partir s'installer à New York. Durant ces tranquilles journées de bonheur, c'est à peine si on remarque la garnison locale qui s'installe... C'est que le temps de la guerre est venu, et aucun des quatre frères n'y échappera... Seulement l'un d'entre eux ne combattra pas du même coté, c'est tout.

Le très beau film de John Ford est l'une des preuves les plus tangibles de l'influence de Murnau non seulement sur Ford, mais d'une manière générale sur la Fox, en cette superbe année 1928. Ford réutilise le décor du marais de Sunrise, pour obtenir une superbe scène de soldats qui marchent dans la brume, et une macabre découverte qui se transforme en tragédie familiale... La guerre, filmée du point de vue d'une famille dont les membres meurent les uns après les autres, est un mal symbolique qui sépare les gens, et dont mine de rien, l'un des rescapés est Américain... Mais il n'y a pas de message cocardier pour Ford ici, juste un récit poignant et tendre, sur une famille d'êtres humains. Si on n'est pas toujours loin de la caricature (Mais sous influence Allemande, puisque la vision du postier avec son bel uniforme tout penaud à l'idée de propager des mauvaises nouvelles avec ses lettres officielles  bordées de noir, renvoie directement au Dernier des hommes de Murnau...), c'est parce que le film bénéficie d'une tendance visuelle à l'allégorie, et se situe dans un décor (Européen) réinventé, une sorte de paradis perdu, un village reconstitué en studio, qui permet à la caméra étrangement mobile de Ford (par opposition à Three bad men, par exemple) de s'approprier l'espace d'une manière très efficace, sous l'influence décisive de son collègue Allemand. Mais s'il ne choisit pas délibérément de privilégier les USA  (Plus réalistes) sur l'Allemagne, il montre quand même des circonstances différentes: on voit les trains de l'extérieur, en Allemagne, mais on a droit à visiter un wagon de métro aux Etats-unis... L'Amérique reste le pays de l'avenir ou Joseph tente sa chance, et aura des enfants, alors que l'Europe est un peu l'endroit du passé. Ailleurs, Ford se permet une petite blague discrète à l'attention de ceux qui ont vu Die Nibelungen de Lang: lors de l'introduction de Johann (Charles Morton), le forgeron, il cite la scène d'ouverture du grand film très germanique...

Et puis dans ce film qui s'intitule Four sons, comment faire l'impasse sur la mère? Après Mother Machree, avant Pilgrimage, avant The grapes of wrath, cette mère Fordienne jouée par Margaret Mann est un personnage qui a toute la tendresse de Ford, et qui lui donne le rôle central, dans le film, mais aussi dans deux scènes composées autour d'elle: elle fête son anniversaire en compagnie de ses quatre fils, tous autour de la table. c'est un moment sacré. Au début du dernier acte, elle est seule, et les imagine tous autour d'elle, par la magie de la surimpression... Le dernier acte du film nous conte comment Joseph la fait enfin venir chez lui, et ce qui n'aurait du être qu'un simple happy ending devient une anecdote riche, celle d'une vieille dame accidentée par la vie qui est perdue dans une grande ville, ne parlant pas la même langue que les habitants...

Film essentiel, de Ford bien sur, mais aussi de la Fox (Au même titre que Sunrise, Seventh Heaven, Street Angel et A Girl in every port), Four sons est aussi l'un des grands films Américains de 1928, une année exceptionnelle... La perfection du muet!

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1928 Première guerre mondiale
18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 16:46

Lorsqu'en 1939, Stagecoach est sorti, le public a pu avoir le sentiment que Ford était en quelque sorte de retour chez lui, après avoir quitté le western en 1926 avec Three bad men.. Du reste, à la Fox entre 1920 et 1926, seul un autre western de Ford, vendu comme un film de prestige plutôt que sous le patronage de ce genre mal considéré, était sorti: The iron horse (1924). Donc, entre 1926 et 1939, Ford a tout fait ou presque: seuls trois genres ont échappé à son savoir-faire, le western donc, le musical et le film fantastique. Pour le reste, films d'aventure en tous genres (The black watch, The lost patrol, Air mail), évocations de l'après-guerre (Four sons, Pilgrimage), films dramatiques et historiques (Arrowsmith, The prisoner of Shark Island, Mary stuart), chroniques et drames Irlandais (The informer, The plough and the stars), films d'aventures exotiques (The hurricane), comédies (Judge priest, Steamboat round the bend), films de gangsters (Reckless, Up the river) et films de guerre (Seas beneath, Submarine patrol)... Mais si le réalisateur est surtout à l'aise dans le western, son savoir-faire est souvent intact, et certains de ces films, aussi mineurs soient-ils, valent la peine d'être vus, sans parler de ceux qui ont été établis à l'égal de ses chef d'oeuvres de l'ouest, notamment les trois films avec Will Rogers.

 

Four men and a prayer fait partie de la veine la plus légère de Ford; on y est loin de l'ouest et de la cavalerie, voire de l'Irlande. Cette histoire de famille unie qui cherche à laver l'honneur d'un homme mort trop tôt, en distribuant des baffes au passage, ne lui ressemble pas beaucoup, et le film a mauvaise réputation. C'est pourtant un spectacle souvent plaisant: quatre frères d'une noble famille Anglaise souhaitent laver l'affront fait à leur père, qui a été conduit à démissionner de l'armée suite à une manipulation. L'homme est mort, mais ses quatre fils ne croient pas à son suicide, et flanqués de la fiancée de l'un d'eux, les quatre fils enquêtent: George Sanders, Richard Greene, David Niven et William henry, assistés de Loretta Young: celle-ci se greffe sur l'équipée, mais se révèlera finalement intimement liée au drame, sans qu'elle en ait eu l'idée auparavant. Le scénario, prétexte à montrer les quatre frères aux prises avec le monde entier, ressemble souvent à un rève, dans lequel il ne faut chercher ni logique ni vraisemblance. Trois acteurs Fordiens récurrents ont des rôles plus ou moins importants: Barry Fitzgerald, qui déclenche une homérique bagarre dont je suis sur qu'elle n'était pas dans le script, John Carradine et Berton Churchill. Et les quatre frères sont des chamailleurs invétérés, les trois plus grands s'en prenant sans cesse au plus jeune pour un bizutage permanent que n'auraient renié ni Victor McLaglen, pour l'ensemble de son oeuvre, ni John Wayne en Ethan Edwards... Plaisant, donc, et terriblement distrayant.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 18:01

Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit de la guerre civile, à la suite de  l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).

 

1865: Lincoln, qui ambitionne de réintégrer en douceur le Sud dans l'Union, après que le Nord ait vaincu la rebellion confédérée, se fait assassiner par John Wilkes Booth, qui a quelques complices. un homme, le dr Samuel Mudd, se fait arrêter pour avoir prodigué des soins sur Booth, qui s'était blessé durant l'attentat. Le médecin ne savait pas à qui il avait à faire, mais dans le doute, Mudd est condamné à la prison à vie. Son épouse va essayer de le sortir de cette prison, gardée par des requins qui infestenet les douves, d'autant que Mudd est la victime du mépris de tout le personnel de la prison à cause du crime qu'on lui attribue à tort...

 

L'histoire est authentique, même si on soupçonne bien sur la production d'en vaoir rajouté un peu en matière de romantisme, ce film est intéressant par le lien qu'il crée de filiation évidente entre l'oeuvre de Ford et celle de Griffith. Le procès, raconté de façon dramatique, avec des détails violents, est plein de l'indignation qu'aurait sans doute faite sienne le metteur en scène de Abraham Lincoln... La façon dont il met en préface du film l'anecdote de Lincoln faisant jouer Dixie (Chanson folklorique Sudiste) afin de montrer à la nation qu'il ne sera pas le président des uns contre les autres est bien dans la manière de Griffith également, mais on retrouve beaucoup dans ce film une sorte de mélange entre les deux inspirations de Ford, son gout pour des histoires solidement charpentées dans une tradition Américaine, et une préciosité contrôlée de l'image, sous l'influence des Allemands, Murnau en tête. Les images fantastiques de tempête, durant l'épisode de la ièvre jaune, sont à ce titre des moments flamboyants. mais le film, baigné dans un paternalisme d'un autre siècle, dans sa peinture des rapports entre Mudd et ses anciens esclaves, par exemple, est aussi irrémédiablement daté. Ce qui ne l'empêche en aucun cas d'être aussi toujours prenant dans sa dénonciation d'une erreur judiciare un peu trop facilement assumée...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 17:25

Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...

Quelques années après la Guerre Civile Américaine (Egalement connue sous le nom de Guerre de sécession), Thursday (Henry Fonda) un ambitieux ex-général, désormais réengagé sous le grade de colonel, se rend à son poste d'affectation, un fort perdu sur la frontière, en plein territoire Apache. Une fois arrivé, il essaie de mettre bon ordre à une organisation qui n'est pas de son gout, la communauté du fort vivant sous la responsabilité du capitaine Collingwood (George O'Brien) dans un relatif confort humain par trop affectif selon lui. Il s'oppose systématiquement à Kirby York (John Wayne), un subalterne avec une grande connaissance des Apaches, et va déclencher par son aveuglement des hostilités d'une façon irrémédiable, précipitant le bataillon dans le chaos. Par ailleurs, il va aussi combattre un jeune lieutenant s'origine Irlandaise et modeste (John Agar) qui courtise sa fille (Shirley temple)...

Si le meilleur des trois films, bénéficiant d'un scénario plus rigoureux, et de la couleur, sera She wore a yellow ribbon, on est avec ce Fort Apache devant un objet fascinant, un film de Ford sombre et lyrique, qui explore conjointement deux thèmes: d'une part, comme il le fera de façon plus accentuée encore dans les deux suivants, il montre la vie dans la communauté d'un fort, le quotidien militaire, avec humour, parfois peut-être trop d'indulgence aussi: de nombreuses anecdotes renvoient à la saoulographie des sergents Irlandais et consorts, emmenés par Victor McLaglen et Jack Pennick... d'autres intermèdes, notamment musicaux, rappellent que pour cette production Argosy, Ford était son propre maitre, et menait son film comme il le souhaitait: il ya donc une chanson sentimentale Irlandaise, et des passages de folklore dont on aurait peut-être pu se passer. 

Mais à coté de tout ce fatras sympathique, Ford réemploie la légende de George Armstrong Custer, héros de la guerre de Sécession, pour le Nord, et saisi par le virus politique après la guerre, mais qui a essuyé revers sur revers, au point de finir sa vie dans l'armée ou il souhaitait se refaire une réputation par un coup d'éclat. Il entendait en vérité mener une bataille décisive contre les Indiens (Dans son cas, une rare alliance de Sioux, et de Cheyennes), quelque fut leur nombre, en misant sur sa supériorité naturelle puisqu'il était blanc. Que Custer ait donc été massacré dans ce qui reste la seule vraie victoire militaire des Américains natifs, c'était inévitable, j'ai même tendance à penser que c'était totalement mérité. Mais c'est aussi de ce genre de stupidité assumée que sont faits les héros chez les mirlitaires... Thursday, insupportable baderne joué avec un plaisir évident par un Fonda qui rêvait d'échapper à son image de jeunôt un peu naïf, est donc un démarquage ambigu de Custer, dont Ford se garde bien de faire un monstre. Tout au plus le rend-il volontiers antipathique, hautain, pétri de préjugés de la bonne société de Nouvelle-Angleterre face à ces Irlandais qui croient pouvoir s'élever socialement, ignare en civilisations Indiennes, et aveugle à la tragédie dont il va se rendre coupable.

Comme il le fera dans The man who shot Liberty valance, Ford n'hésite pas à nous montrer que la légende prend systématiqueemnt le pas sur la réalité; si la folie du colonel Thursday a poussé les hommes qui lui ont survécu à changer leur vision de l'armée, c'est après tout un peu grâce à lui... "Print the legend": à la fin du film, des peintures glorieuses ont rendu Thursday célèbre jusqu'à Washington. Pour sa part, il a assuré sa descendance en évitant de sacrifier à ses côtés le jeune coq dont pourtant il ne voulait pas pour sa fille.... A coté, Ford retrouve avec plaisir Monument Valley pour la troisième fois, après Stagecoach (Dont il copie sans vergogne la fameuse attaque de la diligence), et My darling Clementine. Forcément, le film n'est est décidément que plus regardable encore...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 18:32

Réalisé par Ford à la Fox, le studio qu'il n'a jamais vraiment quitté avant 1952, ce film partiellement biographique est un chef d'oeuvre, pour lequel j'ai toujours ressenti une affection que je ne me sens d'ailleurs aucunement obligé de justifier. Le cadre d'une Amérique encore en devenir dans lequel le "jeune Mr Lincoln" (Henry Fonda dans son premier grand rôle), la petite vie provinciale partagée entre ambitieux qui utilisent la politique à des fins personnelles et ceux qui vont se lancer par conviction altruiste, et le sens de la proximité dans la justice, permettent à Ford de trouver tout naturellement ses marques...

 

Le jeune Abe Lincoln, après un prologue ou on le voit, hésitant et amoureux, découvrir dans un tonneau des livres de droit, s'installe au fin fond de l'Illinois pour exercer la loi: il sera avocat. Et une affaire lui tombe toute cuite dans les mains: il sera donc le défenseur de deux jeunes frères, accusés tous deux d'avoir tué un homme dans une rixe. Lincoln va faire usage de son bon sens et de son humanité pour dénouer les fils complexes d'une affaire dans laquelle il va faire montre de son sens de la justice...

 

Dans cette histoire de machination, qui voit Lincoln découvrir une vérité pas très catholique sur un témoin capital du meurtre, Ford réussit à faire jouer toute la force symbolique de l'histoire sans pour auatant perdre de vue l'intrigue plus terre-à-terre. si effectivement, dans le meurtre d'un homme, il y avait du mystère, et un coté crapuleux dans une histoire d'intérêt, cela renvoie aussi à l'arbitrage d'après guerre, une posture dans laquelle le rassembleur Lincoln est figé pour l'éternité. Etrange, son fameux geste en faveur du Sud, qu'il venait de vaincre militairement, est repris au début de son film The prisoner of Shark island (1936). Quand au Lincoln visionnaire, homme sage et bâtisseur, il a été déja montré en témoin éclairé de l'histoire en mouvement dans The iron Horse (1924). Ici, de nombreux gestes renvoient au futur père de la nation, comme son choix de favoriser (En trichant! pourtant ce n'est pas Nixon.) une équipe perdante lors d'un jeu, ou son incapacité à juger la meileure de deux tartes, rappellent l'image d'un président foncièrement juste, qui veut laisser sa chance à tous... Mais Lincoln, vu par Henry Fonda et Ford, c'est aussi une silhouette, un homme intouchable, qui n'est pas loin d'une figure christique. La transformation physique de Fonda est époustouflante, et la façon dont il joue de son corps gauche aussi...

 

Enfin, comment ne pas penser devant cette résurrection cinématographique d'un homme dont la réputation est celle d'une juste, d'un tendre, et d'un magouilleur pour le bien, à Will Rogers? En plus Nordiste, bien sur, même si on imagine aisément Fonda, Rogers et Fetchit se rendre à la pêche ensemble en chantant Dixie, sans problème. L'un des joyaux de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 07:52

Dernier film de la trilogie, et avant-dernier film de Will Rogers, cette nouvelle rencontre entre Rogers et Ford est une nouvelle merveille: l'intrigue est entièrement située autour du Mississippi, et d'un bourlingueur, "Doctor John", un sympathique charlatan qui écoule de la bibine le long du fleuve sous le nom de "Pocahontas", la faisant passer pour un remède miracle contre la fatigue. Mais il a d'autres plans de carrière, envisageant de retaper un bateau à aube, et embarquer en compagnie de on neveu, un pilote. manque de chance, celui-ci arrive avec une fiancée et une tonne d'ennuis: la jeune femme est une "fille des marais", appartenant à une famile de paysans de la plus basse extraction, méprisés des autres habitants, et le neveu a défendu l'honneur de sa dulcinée, entrainant la mort d'un homme. seul un témoin les as vus, un prédicateur polus ou moins baptiste et auto-proclamé, le "nouveau Moïse"... Il va donc falloir trouver ce dernier avant qu'on pende le neveu: on est chatouilleux du noeud coulant, dans le Mississippi...

Et tout d'abord, comme Judge priest, ce film fait la part belle au Sud, dans tous ses détails, son accent, ses façons de faire, sa culture... Idyllique? Oui, mais: on constate une ségrégation très présente en ces années 1890, via la prison avec cellules séparées, un signe 'Whites Only" dans la gare... Les Noirs sont clairement identifiés comme subalternes. Ces notations ne sont ni une dénonciation ni une glorification d'un mode de vie, mais donnent une certaine vérité à ce conte. ar ailleurs, le Sud est aussi pour Rogers une obsession politique, puisqu'il passe son temps à se référer au généralissime de la guerre de sécession, Robert E. Lee. L'un des enfants décédés du juge Priest ne s'appelait-il pas Robert E.?

Du reste, la ségrégation apparait aussi sous une autre forme, une ségrégation de classe (Déja présente dans les deux films précédents, mais ici plus symbolique) entre les deux civilisations antagonistes: ceux de la rivière et ceux des marais...

Enfin, le petit théâtre de John Ford s'accomode sans problème de cette accumulationde personnages, et d'acteurs: le prédicateur (Berton Churchill), le matelot saoul (Francis Ford), le shériff sympathique (Eugene Palette), les rivalités entre capitaines de bateaux... Si on a un enjeu dramatique, puisqu'il s'agit d'empêcher la mort d'un homme, on n'en est pas moins comblé par de la comédie basique savamment dosée, qui requinque... Et qui va assez loin, comme dans ces positions osées esquissées par Francis Ford transportant une figure de cire de la "Reine vierge". Improvisation sur la plateau d'un humour de contrebande anti-Hays, ou simple hasard?

Rogers, moins bon génie que dans ses autres collaborations avec Ford, n'en est pas moins typiquement un as de la débrouille, un héros de proximité... Toujours aussi attachant tout en se montrant vaguement contrebandier, menteur, tripatouilleur de vérité, et pour tout dire bardé de préjugés à l'égard des gens des marais. Mais c'est avec humanité qu'il reconnait s'être trompé... On comprend qu'il ait tant manqué depuis cet accident d'avion!

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford
29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 15:55

Dans la même veine que son Doctor Bull, le deuxième film tourné par John Ford avec Will Rogers est un indispensable passage pour qui s'intéresse à la carrière du grand cinéaste. C'est aussi l'un des meilleurs, sinon le meilleur de ses films qui soit basé sur une chronique tendre de la vie des petites gens. Une fois de plus, Rogers est un homme d'un certain âge, dont une large part de sa vie est derrière lui (Son épouse et ses enfants sont décédés, son heure de gloire se situe durant la guerre de Sécession, et il a été élu juge.); L'homme ne fait pas l'unanimité, puisqu'un procureur manifestement Républicain se présente contre lui avec une artillerie lourde d'arguments contre les manières débonnaires du juge. Mais surtout, il y a une intrigue, et un enjeu beaucoup plus marqué que dans Doctor Bull...

Une petite ville du Kentucky, 1891. Le Juge Priest assiste avec plaisir au retour au bercail de son neveu, parti étudier le droit. Le jeune avocat revient et courtise la jeune Ellie May, mais celle-ci n'est pas du gout de la belle-soeur de Priest: elle n'a jamais connu son père, et n'est pas un beau parti. Mais un homme, venu du Nord, prend la défense de la jeune femme, chez un coiffeur ou le nom d'Ellie May a été souillé. Ce même homme va se retrouver acusé de tentative de meurtre dans un procès qui va opposer le juge Priest, son neveu avocat, et l'opposant de Priest, procureur...

 

L'indolence, qu'elle soit assumée par Priest, ses copains vétérans de la guerre de Sécession, Jeff, le noir tellement lent que les mots qu'il tente de prononcer vont plus vite que lui (Stepin' Fetchit, un comédien noir qui s'était fait une spécialité de ce type d'auto-caricature embarrassante), est le maitre mot de ce film ou Ford prend finalement autant son temps pour installer une petite communauté que ses personnages pour siroter un Mint Julep... Bref, on est dans le Sud, un Sud certes très aseptisé: Noirs et Blancs, à 26 ans de la guerre civile, en pleine époque de ségrégation, vivent en bonne intelligence, et le juge va même à la pêche avec Jeff, chante des Spirituals avec sa bonne, etc... Mais c'est un tel bonheur de passer du temps avec ces personnages... Rogers et Ford y reviendront pour leur film suivant, Steamboat Round the bend. Outre Rogers, on verra avec plaisir des acteurs connus, dont Henry B. Walthall (En vétéran de la guerre civile), Berton Churchill 5 ans avant son rôle en Gatewood dans Stagecoach, et bien sur le grand frère Francis Ford en électron libre et saoul dans un procès. La vraie valeur d'un homme, l'honneur, et l'idée que la justice, tout comme la vérité, triomphera d'une manière ou d'une autre, grâce au bon génie de Will Rogers, accompagnent cette nouvelle incursion Fordienne en Americana...

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Published by François Massarelli - dans John Ford