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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 août 2021 7 08 /08 /août /2021 09:28

La petite amie du gangster Jim "Thunderbolt" Lang (George Bancroft), Ritzy (Fay Wray), voit en secret Bob Moran (Richard Arlen), un jeune banquier sans aucun lien avec le crime. C'est le début d'une série d'événements qui conduiront le généralement prudent chef de la pègre au couloir de la mort... Mais il a de la ressource, même en prison: peu de temps après, Moran se fait piéger et le rejoint...

Pour son premier film parlant, Sternberg a tout de suite pris les choses en main, en intégrant le son à sa mise en scène. Il réalise d'une part un film de gangsters très proche de ce qu'il avait réussi brillamment avec Underworld, et du reste la présence de Bancroft est tout sauf un hasard; il y montre un parcours étonnant, celui d'un gangster qui n'a rien à perdre, mais agit en permanence selon des codes complexes qu'illustrent ses actions et son regard. Bancroft, finalement, parle peu... D'autre part, la mise en scène intègre les dialogues comme un choeur grec mais mis en situation, la plupart des personnages en place servant à véhiculer de l'information, faire avancer l'intrigue, etc... Si le dialogue souffre de la lenteur propre à la prudence conseillée par les techniciens qui pensent qu'un débit rapide serait dommageable à la compréhension (ce qui va changer), Sternberg se résout à limiter les répliques, comme le fera Lang deux ans après dans M...

En choisissant de commencer par suivre Fay Wray et Richard Arlen, Sternberg baigne le film de romantisme, mais qu'on ne s'y trompe pas: le héros reste Thunderbolt, et son destin flamboyant... Cela étant les deux tourtereaux s'en tirent bien, surtout Fay Wray en fiancée d'un gangster. L'attitude ferme et décidément aguerrie qu'elle affiche dans la scène située au poste de police nous change de ces sempiternels rôles qui la voient crier plus souvent que parler (cela étant dit avec le respect, bien entendu, qui est dû aussi bien à King Kong qu'à Doctor X). La deuxième moitié du film est dominée par les scènes tournées à Death row, où Sternberg trouve des moyens d'utiliser le son d'une manière novatrice: le dialogue et les bruits ambiants sont partagés entre les personnages vus à l'écran (le plus souvent Bancroft et un savoureux directeur de prison dépassé par les événements, incarné par Tully Marshall), et tout leur environnement, fait largement de voix et de son off. Il en sort une vision forte de cette situation humaine si particulière, qui sied bien au romantisme si original de Josef Von Sternberg...

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 11:30

Et donc, L'ange bleu, film paradoxal: fêté comme un grand moment du cinéma d'un côté, un fort ennuyeux exercice de style qui est l'un des plus vides de tous les films de son auteur, 107 minutes interminables, pesantes, probablement utiles, mais à quoi?

Un professeur de lycée dans une petite ville Allemande tient son rang d'éducateur avec rectitude, courage et un soupçon de présomption: la façon dont sa femme de ménage le traite, et le taudis dans lequel il vit, nous renseignent sur son personnage. Ses élèves ne l'aiment pas mais le craignent: on est en Allemagne, et il est le Professeur, Der Professor Doktor Immanuel Rath, un nom que derrière son dos, les élèves raillent...

Un jour, il a trouvé dans les affaires de son meilleur élève (un blanc-bec à lunettes, voué à effacer le tableau comme le premier censeur venu) des photos (Glissées là par des farceurs) d'une chanteuse qui passe dans un cabaret local. Il s'y rend dans le but de faire entendre raison à des artistes qui corrompent la jeunesse, et tombe amoureux de Lola Lola...

Et on se demande pourquoi, elle chante comme une crécelle.

Donc une bonne fois pour toutes, Jannings fait du Jannings, Dietrich du Dietrich, le cadre est splendide, autant la photographie que le décor vaguement inspiré des glorieux temps de l'Expressionnisme, et l'histoire est celle d'une déchéance. Mais quelle purge! que ennui! une fois admises les qualités plastiques, circulez, il n'y a plus rien à voir, ni surtout à écouter.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg
5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 16:45

En 1951, une poignée de soldats et marins Japonais qui "défendaient" depuis 1944 l'île isolée où le naufrage de leur navire les avait forcés à se retirer, ont été retrouvés et sauvés: ils avaient ignoré tous les indices éventuels de la fin des conflits, croyant à un piège de l'ennemi! Secourus et rendus à leurs familles, leur cas avait attisé la curiosité de Josef Von Sternberg qui y avait vu un prétexte formidable pour un film... Il avait certainement raison.

Donc ce long métrage, tourné à Kyoto, quasiment intégralement en studio, raconte le naufrage, puis la découverte sur l'île d'un couple, deux personnes marées, mais pas ensembles, qui survivaient déjà sans que la raison de leur isolement soit claire... Et entre l'homme et les marins, la quête de la survie allait aussi se doubler d'une lutte de pouvoir sur la femme, Keïko.

J'émets ici une hypothèse, que la copie personnelle du film (fortement érotisée) qui était en possession de Sternberg lui-même, mais aussi son histoire personnelle, et les toiles érotiques qu'il a lissées derrière lui (Car il était aussi peintre) tendraient à corroborer: si les hommes avaient survécu seuls, probablement Sternberg n'aurait-il pas été intéressé par cette histoire au point d'en faire un film à des milliers de kilomètres de chez lui, et d'en être le narrateur omniscient, ainsi que le metteur en scène - scénariste - décorateur et chef opérateur.

Car Keïko est le centre du film, son sujet et son objet, et à partir du moment où elle apparaît, on peut argumenter du fait que la narration stagne! coincée sur l'île, où les hommes hésitent entre regarder ailleurs, et s'entre-tuer, pendant que Keïko, habillée ou non, déambule au milieu de ces mâles qui sont manifestement plus attirés par le pouvoir qu'elle leur confère, que par les sentiments qu'elle éveillerait chez eux. Et la narration froide et détachée, souvent répétitive du metteur en scène, en parallèle avec le côté artificiel du film, en rajoute une couche. 

Non que le film soit irritant ou ennuyeux, c'est juste que son étrangeté (notamment le fait que Anatahan a été conçu non pour les Japonais mais pour les Anglophones, et donc le Japonais des dialogues n'a absolument aucune importance, le seul fil langagier reste l'anglais monocorde de la voix off) nous en dit probablement plus long sur le metteur en scène que sur son intrigue...

Et devant une telle fuite en avant, un tel effort pour aller à l'encontre de tout, on comprend sans doute un peu comment il a pu être si difficile, et finalement impossible, pour le metteur en scène de cet étrange objet cinématographique, de revenir à son métier à partir de la sortie (plus que confidentielle) de ce film, un pur OFNI.

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg
11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 16:09

Tout a une fin... Comme la période dite pre-code, par exemple, qui s'est finie en 1934-1935 lorsque les studios ont été priés de cesser de ruer dans les brancards et de se conformer à un certain nombre de règles édictées par un groupe de pères-et-mères-la-pudeur... Comme par hasard, c'est aussi la période durant laquelle la collaboration légendaire mais probablement un brin vénéneuse entre Sternberg, Dietrich et la Paramount prend fin. Et c'est avec ce film que l'histoire cesse...

Adapté du roman La femme et le pantin de Pierre Louys, déjà adapté deux fois auparavant (et ce ne serait pas la dernière fois), il raconte les amours hautement improbables de Concha Perez (Marlene Detrich), intrigante collectionneuse, et de toute l'Espagne: toreadors, fascistes ou révolutionnaires, militaires ou brigands, tout le monde y passe semble-t-il. La première partie est un peu un passage de relais: Don Pasqual (Lionel Atwill), qui connaît bien la belle, raconte à son ami Antonio (Cesar Romero) ses aventures malheureuses avec celle qui lui a brisé le coeur. Antonio qui était auparavant intrigué, jure qu'il n'essaiera pas de la séduire, mais... se précipite dans ses bras quand même. Les deux hommes iront jusqu'au duel.

C'est un bien étrange film, trop riche sans doute pour être honnête, et dont les coutures sont parfois soulignées par d'évidentes coupes. Pas étonnant dans la mesure où, en cette époque de tentative de coup de frein sur les turpitudes du cinéma, Sternberg n'a pas choisi un matériau très présentable... Il est donc court, et apparaît très concentré. De plus, l'atmosphère semble constamment hésiter entre le mélo baroque à la Morocco, et la comédie, pour laquelle un personnage (irrésistible) a été confié à rien moins que Edward Everett Horton soi-même!

Sternberg (qui avec une certaine ironie s'est débrouillé pour que Lionel Atwill lui ressemble étrangement) signe non seulement la direction mais aussi la photographie, et c'est le point fort du film: son style qui se joue de tout (les décors stylisés et étouffants, les costumes excessivement étranges de Travis Banton pour l'actrice, et bien sûr il maîtrise les éléments: pluie, brume, lumière et ombre. mais cette intrigue dans laquelle Lionel Atwill doit se battre contre Cesar Romero, pour une intrigante qui fait aussi Espagnole que moi je ressemble à un Inuit, et qui par-dessus le marché chante horriblement mal, me laisse froid, mais alors froid... Comme un igloo.

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:15

1931, un certain nombre de personnages quittent Pékin en train pour se rendre à Shanghai: le docteur Harvey (Clive Brook), médecin militaire en route pour soigner un haut dignitaire, un major français (Emile Chautard) en déshérence, qui dissimule un secret qu'il aura du mal à avouer, d'autant qu'il est l'un des rares à ne pas parler anglais; un industriel Américain, Sam Salt (Eugene Palette); Baum (Gustav Von Seyffertitz), un Allemand qui trafique de l'opium; Mrs Haggerty, une Anglaise (Louise Closser Hale), la propriétaire bien comme il faut d'une pension de famille; un pasteur, le révérend Charmichael (Lawrence Grant); un mystérieux Eurasien, Chang (Warner Oland)... Et deux femmes qui vont tout de suite se faire remarquer: Shanghai Lily (Marlene Dietrich), et Hui Fei (Anna May Wong). Deux prostituées de luxe, qui vont immanquablement provoquer la colère des uns, l'ironie des autres, et... la confusion de Harvey, qui a connu Shanghai Lily sous le nom de Madeline, et qui l'aime encore.

Mais c'est la guerre civile, et tout ce petit monde va être mis à rude épreuve lorsque Chang va s'avérer être un chef rebelle important, et qu'il va réquisitionner le train et prendre tous les passagers en otage afin d'obtenir la libération d'un lieutenant...

Le film prend sur plusieurs traditions, toutes ou presque liées au mélodrame: c'est un hus clos, situé dans ou autour du train, et dans lequel Sternberg reconstruit à sa façon (et avec l'aide de nombreux inserts et de transparences filmées en Chine par le grand caméraman James Wong Howe) la Chine dangereuse des films d'aventure. Il alterne le chaud et le froid dans une intrigue qui concerne essentiellement Shanghai Lily, Hui Fei, Chang et Harvey, le reste du casting jouant les choeurs Grecs, notamment en situant les évolutions de l'opinion publique. Le metteur en scène qui à l'instar de Stroheim, sait quelle valeur les signes religieux peuvent avoir dans ce type d'intrigue, va donner un rôle clé au révérend Charmichael, l'homme qui est le plus décidé à vouer les deux "courtisanes" à l'opprobre, va comprendre plus vite que d'autres qu'elles auront sauvé leurs compagnons...

Peut-être ce très rigoureux pasteur, a-t-il lu Boule de Suif? Comme je le disais, les événements rigoureusement faux et baroques de ce film étrange et envoûtant ressortent tous OU PRESQUE du mélodrame, mais la nouvelle de Maupassant, qui allait aussi inspirer à des degrés divers des cinéastes aussi différents que Mizoguchi et Ford avant la fin de la décennie, fait une apparition inévitable, à travers les aventures des deux femmes... Chacune d'entre elle se partage d'ailleurs le lot de l'héroïne de Maupassant... le film, visuellement, donne aux deux actrices une présence phénoménale, et certes, c'est Marlene Dietrich qui est la plus mise en avant, mais Anna May Wong, dotée d'une grande quantité de dialogue, et qui garde longtemps ses mystères, évite l'écueil d'un "rôle exotique" de plus, ou de trop...

Quant à la science de la lumière et de la mise en scène de Sternberg, elle est à son plus haut niveau dans ce film, à l'égal de The scarlet Empress et des trois chefs d'oeuvre muets des années Paramount. Le réalisateur s'est plus à utiliser toutes les opportunités offertes par un train, pour jouer et rejouer avec le cadre, séparant ou rapprochant les voyageurs, emprisonnant les uns dans la morale et les autres dans le mépris ethnique ou de classe... La preuve en images...

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 19:06

Un décor ultra-codifié, des personnages dérivés d'archétypes, une histoire réduite à l'essentiel, et des dialogues souvent réduits à leur plus simple expression... Le premier film de Sternberg de retour de l'expérience de Der Blaue Engel, surprend forcément. Comme peut surprendre le fossé considérable entre l'apparence brute, non raffinée, de sa star dans le film précédent, et sa toute nouvelle sophistication, où a été gommée l'apparente indifférence de Lola Lola vis-à-vis du monde...

Au Maroc, dans une petite ville, se télescopent plusieurs personnes autour d'un cabaret: un légionnaire (Gary Cooper) qui tombe toutes les femmes sans exception (y compris celle de son adjudant et ce dernier, on s'en doute, ne le prend pas très bien); un peintre Français, richissime admirateur des femmes des autres, mais qui a fait le voeu de rester à l'écart du mariage (Adolphe Menjou); enfin, une chanteuse de cabaret qui vient d'arriver et qui a un numéro basé sur une approche provocante et cynique (Marlene Dietrich). Les deux hommes, chacun à leur façon, vont tomber amoureux de la jeune femme, et...

On ne sera pas surpris: Sternberg a privilégié l'atmosphère sur les scènes de son film, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le dialogue est à la portion congrue. Difficile de croire à ces situations qui semblent emprunter à toutes les images d'Epinal du film de légion (un genre très en vogue jusqu'à la fin des années 30), mais les personnages ont une tendance à nous attirer vers nous: y compris Marlene Dietrich, sauf bien sûr quand elle chante...

...Si on peut appeler ça chanter. Reprenons:

Si je regrette que le chloroforme qui a été employé pour créer L'ange Bleu (de tous les classiques obligatoires, probablement le film que je déteste le plus) tend à plomber la première partie du film, j'apprécie de quelle façon Marlene Dietrich, par l'implication personnelle de son personnage de plus en plus évidente au fur et à mesure du film, finit par le sauver. deux scènes, en particulier, quasi muettes, sont fantastiques: la fin, sur laquelle je ne vis rien dire puisqu'il paraît que ça ne se fait pas, mais aussi une très belle séquence où elle entend, d'un salon, les clairons de la troupe qui revient. Elle se précipite dehors, et dévisage absolument tous les légionnaires qui reviennent d'une bataille, longuement, remontant le flot des hommes blessés.

...Si ce n'est pas de l'amour fou, ça y ressemble drôlement. Quels que soient les défauts occasionnels de ses films, leur kitsch assumé, Sternberg n'a pas son pareil pour nous envoûter autour d'un amour sensuel, brutal, entier et profane, qui faisait furieusement tâche à Hollywood. Et comme en plus il le faisait dans le cadre d'un effort photographique inédit (même si Morocco n'est pas le mieux préservé de ses films), le cinéphile a de quoi en profiter.

Tant qu'ELLE ne chante pas.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg
20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 22:35

Helen Faraday a rencontré son mari alors qu'elle se baignait dans une rivière en compagnie d'autres danseuses; il était en vacances en Allemagne et elle faisait partie des curiosités locales... devenue mère de famille aimante aux Etats-Unis, il va falloir qu'elle redevienne une artiste car Ned Faraday est malade: exposé au radium, il risque même la mort; il faut financer un séjour à l'étranger pour le guérir... Elle retourne sur scène, et va rafler la mise en un soir: en effet, un playboy, Nick, est fasciné par l'artiste et lui donne un très gros chèque. Dès le lendemain, Ned part pour une cure, mais Nick est toujours là...

Un mélodrame, donc, mais un gros, un qui n'hésite absolument pas à faire dans l'excessif, le kitsch voire le franchement invraisemblable... Avec Herbert Marshall dans le rôle de son mari et un tout jeune Cary Grant dans celui de l'amant, Marlene Dietrich est encouragée à en rajouter dans les grandes largeurs. Il est évident que c'est un film pour la galerie, une sorte d'expérience qui multiplie les figures du style: ne serait-ce que pour passer de la ménagère Dietrich à la meneuse de revue Marlene, Sternberg fait en permanence le grand écart, et son film essaie de faire concurrence à tout ce qui se pratique à l'époque: Baby face, d'Alfred Green avec Barbara Stanwyck, Susan Lennox de Robert Z. Leonard avec Greta Garbo pour la fuite en avant, et Three on a match de Mervyn Le Roy pour la déchéance fulgurante de Ann Dvorak...

Tout y passe dans ce film dont une fois de plus l"esthétique prime fermement sur l'intrigue, et dont les scènes mémorables s'enchaînent sans vergogne: la scène inaugurale où Sternberg joue avec la nudité (et donc la censure) en montrant des Américains tout émoustillés devant des naïades en tenue d'Eve, mais aussi la célèbre danse avec Marlene Dietrich en orang-outang (mais oui!!!) qui joue d'ailleurs sur les pires clichés coloniaux, et d'autres: une scène nous rappelle le pouvoir de la mise en scène d'un auteur qui avait déjà un talent fou à l'époque du muet: le mari vient de reprendre son enfant à son épouse en fuite, et elle regarde partir le train en silence, mais en un ou deux gestes, l'immense douleur se fait sentir...

Ce n'est pas un grand film, c'est presque un état des lieux,une déclaration d'intentions, ou un catalogue. Mais la photographie est soignée à l'extrême comme de juste, les excès sont tellement voyants qu'ils en deviennent des prouesses, et de toute façon, dans ce monument de kitsch, personne n'est dupe: comment s'étonner qu'à sa façon ce film soit devenu un classique?

Hélas: elle chante, trois fois. Trois fois de trop.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg
7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 14:07

C'est paradoxal: après l'avoir vu hier, je n'ai finalement pas la moindre idée de ce qui est contenu dans le script de ce film... Il semble qu'il y soit question, dans une histoire qui est finalement assez proche du type de mélodrames de luxe qui ont rendu Erich Von Stroheim à la fois célèbre et maudit, d'une histoire d'amour entre une femme du peuple et un soldat issu de l'aristocratie, dans le Vienne du tournant du XXe siècle. Mais là où Stroheim aurait probablement voulu (Ou prétendu, il y a une nuance) recréer l'Autriche dans ses moindres détails, Sternberg utilise lui des moyens de tricherie plus élaborés, et le film était certainement un jalon important dans la carrière du metteur en scène de Dishonored, Shangai Express ou The Scarlet Empress.

Etait, parce qu'il est perdu.

Sauf pour quatre minutes superbes, qui sont d'autant plus frustrantes qu'elles sont conservées dans des conditions extrêmement rares: il suffit au hasard de comparer ces images superbes avec les passages de Metropolis retrouvés en 2008 dans une abominable copie contre-typée en 16mm, ou encore les fragments restants (Et nettement plus substantiels, car ils totalisent, eux, près d'une heure) de The river de Frank Borzage... L'épisode contenu dans ces quatre minutes voit la jeune Lena (Esther Ralston) à une fête foraine, et assister à divers numéros enchaînés dans un tourbillon d'images. Puis elle est repérée par un jeune officier, puis...

Puis c'est tout.

Hélas.

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Published by François Massarelli - dans Muet Josef Von Sternberg 1929 film perdu
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:05
The scarlet empress (Josef Von Sternberg, 1934)

Dans la guéguerre pour le prestige orchestrée à coup de publicité par les deux studios concurrents qu'étaient la MGM et la Paramount, j'ai souvent choisi mon camp: pour la MGM et Garbo, contre la Paramount et Dietrich. Parce que voilà, elle a joué dans des films formidables, mais je n'aime pas Dietrich. Et Sternberg parlant ne m'intéresse pas énormément, surtout ne navet insupportablement kitsch et ridiculement lent qu'est L'ange bleu. Et surtout, elle chantait... Du moins elle essayait, la pauvre.

Mais ce film, c'est vraiment différent... Jusqu'où The scarlet empress était-il une réponse de la Paramount à la MGM, de Dietrich à Garbo, de Sternberg à Mamoulian, je ne le sais pas, mais il venait une année après Queen Christina, déjà un film sur le pouvoir (et la solitude forcée qui en découlait), et déjà un film qui ne se privait pas d'étaler, avec élégance, des conduites qui devaient certainement être immorales aux yeux circonspects des plus puritains des Américains. Mais le film de Sternberg enfonce joyeusement le film de Mamoulian, à tel point qu'on pourrait lui attribuer une grande part du retour programmé de la censure avec le renforcement du code Hays qui se profilait à l'horizon...

Nous faisons la connaissance de la jeune Princesse Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg, une petite Allemande destinée à être un jour l'épouse d'un prince Russe. Elevée dans les contes formidables mais morbides des grands monarques et empereurs Russes, elle doit un jour quitter son pays pour rejoindre Moscou, à la demande de l'impératrice Elizabeth (Louise Dresser) qui la destine à épouse son neveu Pierre, futur Tsar (Sam Jaffe). ce dernier n'aura aucun intérêt pour elle, préférant passer du temps à jouer au soldat, ou en compagnie d'une autre. Elle va vite trouver à se consoler. Mais à la mort de l'impératrice, Pierre prend le pouvoir, et s'aliène non seulement son épouse, mais aussi l'armée... Un coup d'état menace...

Louise Dresser, en 1925, était Catherine II dans The eagle de Clarence Brown: une impératrice qui savait déjà ce qu'elle voulait, à savoir passer du temps en compagnie des jeunes officiers de sa garde impériale, contre leur gré d'ailleurs. On pourrait aisément imaginer, à la fin de ce film, une impératrice Dietrich qui assoirait sa domination de cette façon, mais pour l'heure le film est un conte cruel surprenant, adulte, dans lequel une jeune femme préparée sans le savoir par les histoires sadiques qu'on lui racontait à l'heure du coucher, devient la toute-puissante impératrice de Russie. Si Garbo-Christine vacillait puis abdiquait par amour, Catherine triomphe en décidant se débarrasser de ses sentiments, et en laissant libre cours à ses appétits. le sexe, bien sur, et le pouvoir vont ici de pair, et les hommes vont apprendre à affronter bien meilleure qu'eux à ce petit jeu...

Sternberg est sans doute à son apogée baroque ici, avec ces images étranges, tournées dans des décors envahissants et qui tous renvoient à la fois au sexe, à la religion et au sadisme: des sculptures d'hommes difformes, chargées, figés en des gestes à la fois religieux et profanes, et des lumières qui proviennent de partout, projetant de nombreuses ombres. Et à plusieurs reprises, le film s'emballe, dans des montages délirants qui mêlent des images semblant venir de partout. En particulier, bien sur, pour les images les plus dures à supporter pour la censure, qui en quelques plans, dénoncent les turpitudes les plus hallucinantes imposées à leurs sujets (Surtout les femmes) par les grands empereurs qu'étaient Pierre le Grand et Ivan le Terrible: décapitations, tortures diverses. Le plus fou, c'est qu'on ait laissé passer ces images, comme on a laissé passer le fameux bain de Tarzan et Jane dans Tarzan and his mate! Mais en guise prologue pour le plus extravagant des films de Sternberg, c'est tout à fait approprié. D'autant que ces horreurs sont sciemment fondus et enchaînées avec une séquence durant laquelle l'encore innocente Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg fait de l'escarpolette... Cette juxtaposition, bien sur, entre les horreurs qui ont gavé son imaginaire et son apparente innocence n'est pas un hasard de montage. Le film n'aura jamais la moindre tentation de donner à l'héroïne une quelconque excuse de vouloir participer à cette quête horrifique du pouvoir, dont il suggère qu'elle l'assoira par le sexe, et le maintiendra par la terreur...

Quant au reste, c'est probablement de l'histoire, ça n'a donc que peu d'intérêt dans cette discussion.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 18:50

Dernier des films muets disponibles de Sternberg, Docks of New York fait partie de ces nombreux films passés inaperçus, justement parce qu'ils étaient muets, à l'époque ou on allait voir n'importe quoi du moment qu'on y parle. Et comme beaucoup de films de cette miraculeuse année, il est devenu un classique. A voir pour la poésie crapuleuse, peuplée et fêtarde, de ces bouges portuaires, pour l'éclosion d'une incroyable histoire d'amour entre un gros baraqué et une fragile petite dame suicidaire, et bien sur pour la science de l'image qui transforme, comme dans les autres muets de Sternberg, absolument tous les plans en des photographies sublimes.

George Bancroft y incarne Bill Roberts, un soutier, bien décidé à prendre du bon temps pour son seul jour à terre. En route pour un bar à marins qu'il connait, il sauve une jeune femme de la noyade, qui s'était délibérément jetée à l'eau: c'est Betty Compson, qui incarne Mae. Son prénom n'est connu que pour un intertitre qui est situé vers la fin du film, mais la jeune femme va promener son spleen du début à la fin de l'intrigue, partagée entre trois sentiments difficilement compatibles: une véritable reconnaissance pour Bill, non parce qu'il l'a sauvée, mais bien parce qu'il lui témoignera de l'intérêt; ensuite, elle manifeste une méfiance à l'égard de tout et tous, en particulier Bill! Celui-ci prétend vouloir se marier avec elle sur le champ, ça ressemble surtout à un rituel sexuel plus qu'autre chose et elle n'est pas dupe... Le pasteur qui fait l'office (Gustav Von Seyffertitz) non plus, du reste. Le troisième de ces sentiments, c'est une certaine envie de croire en une chance, ce qui lui fait tenter de voir au-delà des apparences, un futur possible avec Bill. Aussi, quand celui-ci part le lendemain matin, elle manifeste une certaine tendresse... avant de le jeter dehors sans ménagements!

Le film est construit sur deux journées, et peu d'ellipses s'y retrouvent. La principale est la nuit d'amour, qu'on devine torride: Quand Bill se lève, la jeune femme reste à dormir au lit, et il cherche dans sa poche de l'argent. il laisse un billet sur la table de nuit, puis se ravise... et, l'air admiratif, en ajoute un deuxième! Le film ne prend pas de gants avec le milieu qu'il nous dépeint... On est dans un film d'inspiration très européenne. Et au fait, c'est intéressant de constater qu'à l'approche du parlant, de nombreux films à vocation "artistique" se sont tournés vers New York: celui-ci est donc dans une catégorie qui inclut également Speedy d'Harold Lloyd, The Crowd de Vidor, et Lonesome de Fejos. Pourtant, hormis quelques plans quasi-documentaires d'entrée ou de sorties de bateaux dans le port, tout le film ou presque se passe sur les docks, dans les chambres situées dans les environs du bar fréquenté par tous ces gens. Le mariage qui y a lieu est une scène fabuleuse, dans laquelle la poésie la plus inattendue s'installe dans un lieu qui n'y est pourtant pas propice... Les matelots ivres y dansent avec les filles, et Bill y séduit, à sa façon, Mae, avant de rendre la décision (Sans vraiment la consulter) de l'épouser. Et la volonté tranquille du marin, certes éméché, finit par la persuader de ne pas trop s'y opposer... mais la conscience veille: Olga Baclanova incarne dans ce film un personnage extraordinaire de fille qui a du faire face à la faillite d'un mariage avec un homme de la mer, et elle prévient les deux amoureux d'un soir qu'ils font une bêtise.

Pourtant le film, qui commence presque par une scène dans laquelle une femme se jette à l'eau, est aussi et surtout la naissance d'un amour. Un amour qui passera par des gestes tendres, des actes simples mais clairs dans leur signification, et culminera dans une scène finale, celle d'un autre être humain, Bill cette fois, qui se jette à l'eau, aussi bien pour de vrai, que symboliquement (Naissance de l'amour, enfin pour lui, du moins prise de conscience de ses sentiments), qu'au figuré: il se "jette à l'eau", et va enfin assumer d'être marié. Supérieurement photographié par Arthur Rosson qui doit composer des images et régler des lumières pour le metteur en scène le plus doué en ces domaines, et s'en tire avec brio, The Docks of New York est une merveille un film qui ne vous propose rien d'autres que ce qu'il vous montre, et qui vous le montre avec une poésie à tomber par terre. Pourtant vous ne vous ferez pas mal.

 

The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Josef Von Sternberg