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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 15:57

1922: Quand elle arrive à New York, Millie Dillmount (Julie Andrews) remarque bien vite que la mode n'est plus aux jupes longues, aux cheveux longs et aux boucles blondes... Elle commence donc par se mettre à la page, et comme c'est une femme des années 20, elle va à la fois s'installer dans une pension pour jeunes femmes célibataires, et chercher un travail. Non pour être indépendante, mais bien pour trouver un mari: elle est sténo-dactylo, et compte bien trouver un patron à épouser... Mais ce qu'elle ne sait pas, c'est que la pension très comme il faut dans laquelle elle vit sert de vivier pour une association de malfaiteurs: Mrs Meers (Beatrice Lillie), la mystérieuse tenancière, facilite les enlèvements de jeunes femmes isolées pour un cartel de traite des blanches dirigé par deux blanchisseurs de Chinatown...

C'est une comédie musicale, dont la partition est due à Elmer Bernstein, et si l'heure est à la loufoquerie généralisée, cela n'empêche en rien les chansons et la musique en général d'être particulièrement excellentes, à la fois dans un esprit proche de ce qu'on attend de la musique des années 20, et dans des variations qui s'en éloignent... Julie Andrews est comme un poisson dans l'eau, dans cette aventure délirante qui semble parfois sortie d'une capsule temporelle; George Roy Hill (qui y reviendra pour The great Waldo Pepper) s'est en effet amusé avec les codes, les péripéties, la philosophie et la culture des années 20 jusque dans les moindres détails: la mode bien sûr, recréée avec soin et luxe de précision; le langage utilisé par les jeunes acteurs, qui mélange l'insouciance de la jeunesse avec une certaine innocence (par exemple, Julie Andrews raccourcit les mots); l'esprit particulier de la première puissance mondiale qui vient de retirer ce statut d'une guerre sanglante; un optimisme fondamental qui mène des myriades de jeunes gens pleins d'espoir vers la très grande ville; l'extravagance d'une classe dirigeante tellement riche qu'elle ne sait plus quoi faire (à ce titre, carol Channing qui joue une parvenue d'un certain âge, occupe à mon sens un peu trop d'espace); un goût pour les activités extrêmes et dangereuses (le personnage de Jimmy, joué par James Fox, le petit ami de Millie, ne se contente pas de porter en permanence des lunettes rondes, il escalade aussi les immeubles)... Jusqu'au préjugé infâme selon lequel les Sino-Américains sont tous d'ignobles malfrats qui cherchent à enlever des jeunes femmes pour les prostituer à l'autre bout du monde!

C'est d'ailleurs Beatrice Lillie, authentique rescapée des années 20 (elle y a tourné un film, la comédie Exit smiling de Sam Taylor. Certes, un seul, mais quand même, elle avait tout compris) qui entame la fête avec une scène hilarante qui n'aurait pas été déplacée dans un film de Blake Edwards: elle s'introduit dans la chambre 2021 de l'hôtel Priscilla, y endort sans crier gare la jeune femme qui s'y trouve, puis se dirige vers un ascenseur avec sa proie... Durant toute la séquence, on ne verra d'elle que ses bottines à guêtres violets et le bas de sa jupe trop longue. A la fin, l'ascenseur est coincé et elle doit avoir recours à ce qui va devenir un gag récurrent: le seul moyen de le décoincer est de danser... C'est donc alors qu'elle fait des claquettes que l'ascenseur descend, nous permettant enfin de voir son visage.

Deux constats: elle est hilarante en permanence, joignant le statut d'authentique méchante du film (la preuve elle essaie même de faire le coup de la pomme empoisonnée), et pour le spectateur qui vient de commencer le film, le ton est donné. La comédie musicale sera souvent parfaitement intégrée de cette façon, avec des digressions permanentes, et des adresses directes au public par Julie Andrews qui d'ailleurs nous communique ses pensées via des intertitres... Pour un enthousiaste du cinéma de la période, ça sonne comme un miracle cinématographique... Mais le film a un défaut malgré tout: sacrifiant à la mode des années 60 du filmouth (avec prologue, interlude et "exit music"), il est trop long, et le dosage est fatal à la dernière demi-heure. Ca n'empêche pas Thoroughly modern Millie d'être un film précurseur, situé à l'avant-garde de la mode à venir du retour dans la mode et l'art populaire des styles des années 20, et si on le compare avec un autre exercice de style assez proche, le Dick Tracy de Warren Beatty, la comédie musicale l'emporte haut la main.

 

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Published by François Massarelli - dans Julie Andrews Comédie Musical George Roy Hill
19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 17:00

Au début du XIXe siècle, à l'université de Yale, un visiteur Hawaiien plaide pour la venue de missionnaires dans son archipel afin d'y aider l'implantation de la foi rigoriste, et l'avancée de la population. De jeunes idéalistes, étudiants en théologie, décodent de franchir le pas, mais Abner Hale (Max Von Sydow), l'un des plus zélés, apprend qu'il lui faudra être marié, sinon la promiscuité de toutes les jeunes Hawaiiennes pourrait lui être fatale. On lui trouve assez rapidement une candidate idéale, en la personne de Jerusha Bromley (Julie Andrews), une jeune femme de la bonne société de Nouvelle Angleterre; chrétienne, ça oui, jeune, quoique à 22 ans il est temps qu'elle se marie; mais surtout romantique à souhait, elle a d'ailleurs eu une histoire d'amour qui ne s'est jamais résolue dans le passé...

Les deux jeunes mariés partent donc pour leur nouveau monde, et dès le trajet en bateau on ne tarde pas à constater qu'Abner Hale est investi d'une mission d'évangélisation... permanente, et d'une ouverture d'esprit absolument réduite à zéro. La confrontation avec la culture Hawaiienne tournera vite à un choc de civilisations...

Ce très gros film de 1966 a l'étrange réputation d'être un échec commercial cinglant, mais il ne l'était pas, pas du tout même. Sans doute a-t-il fait moins sensation que The sound of music, l'année précédente, ou que Bonnie and Clyde l'année suivante! George Roy Hill, solide metteur en scène (c'est de famille), a soigné sa copie, qui nécessite une grande dose d'ironie pour être pleinement appréciée; en particulier, alors que le film fait partie de cette catégorie de longs métrages excessifs que j'ai baptisés les Filmouths des années 60, il réussit à développer des personnages en contrepoint de la massivité de la production. Dans l'ensemble, ce film à la durée épique est surtout une charge mordante contre l'obsession d'évangéliser, la bigoterie, l'ethnocentrisme et autres sales manies. Il est vrai que cette confrontation entre un prêtre Calviniste plus sec que possible (il se rend malade à l'idée qu'il a avoué son amour à son épouse et se dit qu'il n'aura pas assez du reste de sa vie pour rendre des comptes à Dieu!) et les moeurs, disons, relâchées, de la Polynésie, est parfois du plus haut comique. Le véritable personnage central du film est donc Jerusha , compréhensive, humaine, et jamais effrayée de donner son amour.

A ce titre, le duo qu'elle forme avec Ali I'Nui (Jocelyne LaGarde), véritable cheffe de l'île donne tout son sel au film, dans de nombreuses scènes: les manières d'Ali I'Nui (qui par son choix, est mariée à son propre frère) provoquent le pasteur, qui vitupère et hurle les insanités d'usage ("Satan", "pêché mortel", "morale" et toutes les autres stupidités du même genre), pendant que Jerusha trouve, TOUJOURS, une issue médiane... Le film ne manque pas non plus de scènes dramatiques, mais il souffre probablement d'être un peu trop long, avec pour seuls moments spectaculaires les tempêtes et autres orages qui se déclenchent toujours à un moment opportun, et en deviennent autant de coïncidences troublantes. Et l'idylle entre Jerusha et la marin (Richard Harris) qu'elle retrouve à des kilomètres de son village natal a un gentil goût de grand n'importe quoi.

Reste un film sympathique, prenant pas moments, qui montre plus de compassion et de compréhension pour un peuple qui n'en finit pas d'être agressé par les tenants de la civilisation chrétienne qui vient les rhabiller et leur dire qu'ils sont tous pourris (littéralement), que pour les missionnaires qui sont venus les rhabiller et les dépouiller de leurs coutumes. Et puis si on veut voir Max Von Sydow dans un grand numéro d'excès, c'est ici! Par contre, Julie Andrews, comme d'habitude, est parfaite. A l'impossible, nul n'est tenu: personne ne lui demanderait donc d'être mauvaise ou médiocre.

 

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Published by François Massarelli - dans Julie Andrews Filmouth