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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 11:09

Un bateau rempli d'Américains désoeuvrés (et soucieux de passer du temps en dehors de leurs eaux territoriales afin de s'y adonner aux plaisirs de la boisson) aborde une petite île de Polynésie, et ce qui se passe généralement dans les films situés dans cette région est ici inévitable: les habitants de l'île se précipitent vers eux et se livrent à de multiples acrobaties. L'un des marins, Johnny (Joel McCrea) tombe amoureux d'une belle naïade (Dolores Del Rio) avec laquelle il va très vite essayer de fuir. Sauf que la dame en question est fille de chef, et qu'on ne rigole pas trop avec le protocole dans cette île volcanique où on a tendance à calmer les éléments en leur sacrifiant de jeunes vierges...

Dans son autobiographie, King Vidor disait avoir fait ce film dans le seul but de se payer deux mois au soleil, et au vu du résultat, c'est assez clair que c'est probablement en effet exactement le cas.

Pourtant, ce film jetable, à l'intrigue anémique et aux images trop belles pour être vraies (bien qu'effectivement tournées sur place), porte en germe beaucoup de grandes choses: selznick l'a produit avant King Kong, et Steiner en a aussi écrit la bande originale, du coup Bird of Paradise est un peu un précurseur, tout en renvoyant aussi bien à Tabu de Murnau, qu'à White shadows of the South Seas de Woody Van Dyke. enfin, la fameuse séquence durant laquelle Dolores Del Rio (Ou plus probablement sa doublure) nage sans l'ombre d'un maillot a probablement inspiré les metteurs en scène (ils sont nombreux à être crédités, disons qu'il y a au moins Cedric Gibbons et Jack Conway) de Tarzan & his mate, dans lequel Jane (Maureen O'Sullivan) perd sa robe sous l'eau. Coïncidence? Gibbons était le mari de la belle Dolores...

 

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Pre-code Mettons-nous tous tout nus
1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:02

On devait beaucoup aimer John Gilbert à la MGM en 1926: le principal acteur de The Big Parade passe du statut de jeune premier à celui d'un acteur polymorphe, montreur de monstres dans The Show, artiste amoureux transi dans La Bohême, et enfin bretteur et séducteur énergique dans Bardelys...

Le Marquis de Bardelys (John Gilbert), surnommé Le magnifique en raison de ses succès auprès des dames, accepte un pari avec un rival, le louche comte de Chatellerault (Roy D'Arcy): sous l'arbitrage du roi Louis XIII, il va devoir séduire Mademoiselle de Lavedan (Eleanor Boardman), la très difficile à atteindre fille d'un opposant au Royaume. Mais Bardelys n'avait pas compté sur trois imprévus: d'une part il va usurper l'identité d'un homme mort dans ses bras pour approcher la belle, et cet homme étant un anti-Royaliste notoire cela va lui porter préjudice; Chatellerault, l'infâme, va profiter de la situation pour tenter de se débarrasser de lui; mais surtout, surtout, Christian de Bardelys va pour la première fois de sa vie tomber amoureux...

Après The big parade qui montrait l'étendue de son talent, de son importance et de ses capacités, Vidor avait accepté La Bohême à contrecoeur, et je pense que c'était le cas aussi pour ce film. Il fera d'ailleurs un clin d'oeil appuyé dans Show People, quand William Haines et Marion Davies seront partagés lors d'une projection-test de Bardelys au studio, elle pleurant et lui prenant de très haut ce qu'il appelle un "punk drama"... Mais après la tragédie que Lillian Gish n'entend absolument pas atténuer par un happy-end, au moins Bardelys est-il l'occasion de se détendre un peu, et de s'amuser. Un film de vacances presque, qui permettra au metteur en scène de passer à autre chose (The Crowd), et à l'acteur, du moins le croit-il, d'acquérir un peu de contrôle sur ses films futurs, voire de les mettre en scène... ce qui n'arrivera jamais.

On est mitigé, finalement, tant le pensum semble s'être transformé en plaisir pour tout le monde: John Gilbert se fait un peu passer pour Douglas Fairbanks avec des duels à l'épée, bien réglés; Eleanor Boardman assume avec aise (elle qui dira jusqu'à la fin de ses jours garder un souvenir maussade de son admirable prestation de The Crowd) un rôle classique de jeune femme à marier doublée d'une "damsel in distress"; Roy D'Arcy accomplit son art ultra codifié de villain mélodramatique à souhait en ressortant exactement la même partition que dans The merry widow, ce qui le rend automatiquement impossible à prendre au sérieux; et en filmant une évasion spectaculaire, Vidor a bien du se faire plaisir lui aussi...

Maintenant si tout ça c'est pour rire malgré le budget conséquent et le soin apporté à la pièce montée par la MGM (Ars gratia artis, disaient-ils...), la principale raison pour laquelle le film est précieux aujourd'hui, c'est sans aucun doute parce qu'il a été longtemps perdu avant d'être miraculeusement retrouvé, amputé d'une seule bobine. Enfin, perdu, c'est un bien grand mot: il a été détruit. En 1936, pour libérer des places sur ses étagères, la direction de la MGM a sélectionné quelques-uns de ses films muets, et celui-ci était en tête de liste. On ne devait décidément pas aimer beaucoup feu John Gilbert en 1936 à la Metro-Goldwyn-Mayer... Mais le fait d'avoir été découvert dans des circonstances improbables (en France, et confié à Lobster) lui donne un petit je-ne-sais-quoi que le film n'aurait jamais eu autrement.

 

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Published by François Massarelli - dans KIng Vidor 1926 Muet
26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 15:49

Quand on y pense, cette année 1939 était quand même une extraordinaire période pour le cinéma, surtout Américain... Et il est des films qui continuent à fasciner, 80 ans plus tard, de façon insolente, tel ce Wizard of Oz concocté à la Metro-Goldwyn-Mayer sous la férule de Mervyn Le Roy, qui aura rarement été aussi inspiré. Il est vrai qu'il n'a pas réalisé le film lui-même, mais su déléguer, à Fleming mais pas seulement puisque King Vidor était aussi de la partie, réalisant pour sa part l'essentiel de la partie 'Kansas' en sépia, notamment le mythique numéro musical Over the rainbow.

Ce qu'on retiendra de cette oeuvre inspirée d'un conte aujourd'hui terriblement poussiéreux, ce ne seront ni les péripéties, ni le message, ni même l'onirisme (c'était un rêve, la belle affaire!)... Non: c'est tout simplement qu'on est en plein cinéma absolument pur, filmé dans un studio où tout ressemble à un studio, avec des effets spéciaux géniaux, des maquillages impressionnants, et un refus de tirer la couverture à soi de la part de tous les acteurs.

Le tout distille pendant cent minutes un plaisir foncièrement cinématographique, avec probablement pour plus grand frisson l'un des truquages les plus simples et les plus efficaces qui soient: quand Dorothy s'approche, en noir et blanc et sépia, d'une porte, qu'elle ouvre, et qui laisse désormais voir un paysage plus faux et plus Technicolor qu'on n'ait jamais vu. Il faut le (re) voir pour le (re) vivre... Tel qu'il est, avec l'avantage des années, ce film merveilleux au premier degré se situe en droite ligne en héritier des extravagances maîtrisées du grand Méliès, tout simplement...

Attention toutefois, dans ce film, on tue les sorcières!

 

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming King Vidor
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 16:32

A l'origine, je pense que ce film devait surtout être, dans l'esprit de son créateur principal David O. Selznick, une occasion de faire "un petit western", et en même temps un prétexte pour retravailler avec King Vidor, en souvenir de la petite escapade Polynésienne de Bird of Paradise (1932). Mais Selznick étant Selznick, ça a quelque peu dégénéré: plus de Technicolor, plus de stars, plus de scènes, plus d'érotisme bien lourd, plus de tout... Le résultat n'est pas, à mon sens, un film de Vidor. C'est du reste ce qu'en pensait le réalisateur lui-même. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un film qu'il puisse totalement renier, le scénario reprenant un certain nombre de figures qu'on retrouve dans son oeuvre, et qui pour certaines allaient attendre un peu...

Pearl Chavez (Jennifer Jones), la fille d'un gentleman Sudiste déchu (Herbert Marshall), doit faire un voyage lorsque son père, condamné pour le meurtre de son épouse, est exécuté: il lui a conseillé d'aller chercher refuge chez une de ses anciennes amours, Laura Belle McCanles (Lillian Gish), mariée à un très riche et très irascible propriétaire terrien du Texas (Lionel Barrymore). Celui-ci n'accueille pas Pearl, pour moitié Indienne, d'un très bon oeil, mais ses deux fils Jesse (le gentil, interprété par Joseph Cotten) et Lewton (le méchant, incarné avec excès par Gregory Peck), eux, se réjouissent de l'arrivée de la jeune femme...

Ajoutons pour faire bonne mesure Harry Carey en avocat qui est en lutte ouverte avec le vieux McCanles au sujet de l'arrivée du chemin de fer, Walter Huston en prédicateur auto-proclamé, Charles Bickford en prétendant assassiné, et Butterfly McQueen en domestique de Laura Belle, et on pourra au moins reconnaître que la distribution est impressionnante. Seulement voilà, à trop vouloir refaire l'exploit de Gone with the wind, à trop reprendre des mains de ses réalisateurs (Vidor, mais aussi Dieterle, et il se murmure que Sternberg aurait aussi mis la main à la pâte) son jouet pour le remodeler indéfiniment, Selznick a commis erreur sur erreur... Et le film est excessif en tout. Parfois excessivement beau à voir en même temps qu'excessivement vide, avec trop de stars et trop de trop, on s'étouffe.

Tiens, justement: Jennifer Jones, comme d'habitude et plus que d'habitude, en fait trop. Et si Vidor a pu ressortir quelques idées du placard, et s'intéresser aussi à deux jusqu'au-boutistes qui préfigurent un peu les héros de The fountainhead (1949), il se noie sous le cahier des charges et surtout les aspects passionnels du film: chaque personnage porte en lui un rapport à la passion qui est différent: le vieux McCanles en est revenu, la dame Sudiste l'a vécue et souhaiterait y revenir, le fils raisonnable s'en tient précautionneusement à l'écart... Seuls Lewt et Pearl y succombent: lui volontairement, elle à son corps défendant. On ne s'étonnera pas que ça finisse mal; on ne s'étonnera pas non plus d'apprendre que Jennifer Jones et Selznick filaient le parfait amour: on ne voit que ça.

...Et Lillian Gish, bien sûr, pour l'un de ses rôles les plus substantiels d'après sa période muette. Une bonne raison de voir le film, en somme...

 

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Published by François Massarelli - dans Western King Vidor Lillian Gish
27 juin 2018 3 27 /06 /juin /2018 09:04

Au début du siècle, en Irlande, nous faisons la connaissance de James O'Connell (Russell Simpson), un fier Irlandais sans le sou, qui s'est marié par amour à une Anglaise d'une riche famille... Laquelle ne veut plus entendre parler d'eux. Une petite fille est née, Margaret dite Peg, mais Madame O'Connell se meurt, dans l'indifférence affichée et militante de son propre frère...

Les années passent: Peg est devenue une belle jeune femme (Laurette Taylor) qui accompagne son père dans des diatribes anti-Anglaises insensées. Ils sont vaguement hors-la-loi, et vivent parfaitement heureux, jusqu'à ce qu'un avocat, Montgomery Hawkes (Lionel Belmore) vienne les débusquer: il représente les intérêts de feu le frère de Mme O'Connell, et celui-ci a décidé sur son lit de mort de faire quelque chose pour Margaret. Hawkes persuade donc son père de la laisser partir pour l'Angleterre où elle sera prise en charge par sa tante Chichester (Vera Lewis), moyennant une rente coquette...

Le problème, c'est que personne chez les Chichester n'est au courant... mais une rente annuelle de £3000, n'est-ce-pas, cela ne se refuse pas, surtout quand les circonstances sont si drastiques que même un Chichester envisage éventuellement de... travailler.

Vidor et l'auteur de la pièce originale, J. Hartley Manners, se sont mis d'accord pour changer le début de l'intrigue: dans la version montrée à Broadway, Peg et son père sont aux Etats-Unis, où l'avocat vient les chercher. Mais Vidor a choisi d'amplifier le contraste entre la famille Chichester (la mère, totalement murée dans ses préjugés, le fils qui désire "se sacrifier" en cherchant à "faire carrière", et la fille pourrie et gâtée, mais qui seule comprendra que Peg est quelqu'un de formidable), et la jeune Irlandaise délurée qui va apporter beaucoup de péripéties dans leur foyer un peu trop tranquille.

Celle-ci est interprétée par Laurette Taylor, qui n'est autre que l'épouse de Manners, et c'est sans doute là que le bât blesse: sa présence en haut de l'affiche a valu un crédit de "Superviseur" à son mari, et elle joue le rôle d'une jeune femme bien moins âgée qu'elle (Taylor  39 ans lors du tournage) et... ça se voit. Non seulement, mais comme elle a tendance à jouer un peu à la façon dont Griffith demandait à Carol Dempster et Mae Marsh d'interpréter les femmes-enfants, c'est souvent, disons, gênant... Pour le reste de l'interprétation, il n'y a pas de problème, et Vidor s'amuse avec ce mélange éprouvé de conte de fées, de mélodrame et de comédie. Il n'oublie pas de signer le film, avec une utilisation savante du décor, soit pour pousser son lyrisme (L'Irlande), soit pour montrer les différences sociales (la demeure des Chichester), et surtout il utilise à merveille la nature: le marivaudage dans les vergers, et la scène de la rencontre entre Peg et l'homme de sa vie(Mahlon Hamilton), située pendant un orage, en témoignent...

Cette production Metro bien ficelée a consolidé la position de Vidor, et s'il est clair que le film ne porte pas totalement sa marque et reste un compromis, il n'en est pas moins une pépite, parmi celles qui mènent à The Big Parade.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1922 King Vidor
14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 17:55

Patsy? C'est d'une part un diminutif plausible pour le prénom Patricia, mais c'est aussi un terme qui désigne un bouc émissaire... Ca va donc doublement à Patricia, interprétée par Marion Davies. Elle est la petite dernière d'une famille de quatre personnes, à peine sortie de l'adolescence, où sa mère (Marie Dressler) et sa soeur Grace (Jane Winton) aimeraient la cantonner. Pas son père (Dell Henderson) toutefois: comme il le fait remarquer, il en a marre que sa fille cadette soit le souffre-douleur. Il n'est pas très bien loti non plus, car s'il a réussi à installer son cabinet de médecin et offrir une vie tranquille à son ménage, son épouse lui reproche avec insistance son manque de sophistication... 

La mère et la fille aînée sont unies dans un but précis: faire en sorte que le chevalier servant de Grace, Tony (Orville Caldwell) devienne un jour son mari, quand il aura réussi à s'installer en tant qu'architecte. Mais il y a deux soucis: premièrement, si Grace a effectivement jeté son dévolu sur Tony, ça ne l'empêche pas de flirter et plus si affinités, notamment avec le très douteux fils à papa Bobby Caldwell (Lawrence Gray); deuxièmement, Tony met du temps à s'en rendre compte, mais Patricia est folle de lui, et ne rate aucune occasion de tenter sa chance... Les circonstances (Et son père, aussi) vont l'aider...

C'est un film de commande pour Vidor. Que Marion Davies souhaite travailler avec lui est peu étonnant compte tenu de la réputation du metteur en scène, mais ça veut dire que ce nouveau film est un peu loin des préoccupations du metteur en scène qui souhaitait poursuivre ses portraits de l'Amérique entamés avec le splendide The big parade en 1925, et poursuivi en 1927 avec The crowd... Cela étant dit, il adopte une façon de faire qui est la seule possible: Marion Davies étant la star incontournable du film, il met sa caméra dans ses pas, et permet à l'actrice de laisser libre cours à son talent comique corporel, et à sa fantaisie souvent excentrique, toujours singulière.

Et c'est justement ce qui fait le prix de ce film, basé sur une pièce qu'on devine bavarde, et dont les intertitres et le jeu des acteurs et actrices, reprennent parfois les répliques: pour un film muet, on sait que ce n'est jamais bon signe... Mais Vidor et Davies se sont prémunis, et c'est toujours le slapstick qui prime, en particulier dans la scène d'anthologie la plus célèbre: dans une machination compliquée (et qui n'aboutira d'ailleurs pas du tout au résultat escompté), Patricia s'est introduite chez le playboy Bobby afin de provoquer la jalousie de Tony. Elle souhaite qu'il tente des choses hardies avec elle mais il est saoul, et amorphe. Pour le réveiller, elle tente un pas de charleston, avec un visage impassible, puis va imiter trois actrices dont les portraits sont accrochés aux murs: une scène, à n'en pas douter, qui n'était pas dans la pièce! Et c'est ainsi que Marion Davies imite d'abord Mae Murray (Elle-même une star MGM), dans un portrait pas très gentil, puis Lillian Gish dont elle donne en 2 minutes un florilège, brassant les rôles de l'immense actrice: La bohême, Broken Blossoms, The White sister et The scarlet letter, tout y passe... Enfin, c'est au tour de Pola Negri, la plus limitée des trois caricatures... On pourrait aussi citer les scènes durant laquelle Patricia se fait passer pour folle, qui d'ailleurs nous renvoient à plusieurs films Roach avec Charley Chase.

C'est là qu'on voit ce que William Randolph Hearst n'aimait pas qu'on rappelle: Davies était une actrice physique, qui n'avait aucun tabou sur son visage (pas d'angle de prise de vues prioritaire chez elle contrairement à tant de cabotins), ni sur la façon, toujours énergique, dont elle jouait ses rôles. De plus, elle est ici secondée et complétée par deux immenses acteurs de slapstick, parfaitement géniaux l'un et l'autre: Marie Dressler et surtout Dell Henderson. Avant Show people, Vidor savait bien en tout cas comment diriger sa star, et si on admet que le film n'est le meilleur ni de l'un, ni de l'autre, il reste un plaisir constant, et un rappel de l'importance d'une grande actrice, une vraie.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 King Vidor Marion Davies
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 16:24

J'accueille avec plaisir toute opportunité de voir une épopée biblique basée sur l'ancien testament, et qui ne soit pas à propos de la bisbille entre Moïse et Pharaon! Après tout on a toujours besoin de s'instruire un peu, non? 

Hélas... Le peplum, sous toutes ses formes, n'a jamais été affaire d'instruction (Ce qui en soi n'est pas un drame, après tout), ni de bon goût (Ca c'est un problème!!). Et ce film, situé tardivement dans le cycle du genre dans les années 60, est sans doute l'un des plus mauvais films Américains du canon que j'aie pu voir! On n'échappe à rien: les acteurs gâchés (David Farrar en Pharaon, raide comme un piquet, George Sanders manifestement las de tourner, tant et si bien que ça se lit sur son visage, etc), les dialogues crétins en pseudo-vieil anglais, imposés avec tellement d'emphase dans la voix qu'on croirait entendre des chèvres, des chorégraphies idiotes accompagnées de musiques martiales sonnées dans des trompes moches, par des figurants qui n'ont aucun sens du rythme, et bien sur une actrice dépêchée par la production pour en montrer un maximum, sans pour autant déclencher les foudres de la censure... un bain, peut-être? Au fait, Gina Lollobridgida est plus nulle que jamais, sans parler de sa vulgarité...

Bien sur, on se demandera quelques instants ce que le très grand cinéaste, auteur de The big parade et The crowd, allait faire dans cette galère. Et on essaiera de se rassurer en se disant, après tout, c'était la fin de sa carrière, il lui était sans doute difficile de trouver du travail, il lui fallait sans doute prendre ce qu'on lui donnait... Mais ce serait faire fausse route. D'une part, ce naufrage est du pur Vidor, dans lequel on retrouve les conflits d'égoïstes magnifiques: le roi Salomon contre la plantureuse païenne... Et on y retrouve ce subtil mélange de ferveur et de passion érotique qui parcourt toute l'oeuvre de Vidor depuis au moins Wild oranges! Quant au fait que ce soit la fin de sa carrière, c'est indéniable: comment voulez-vous confier le moindre budget au metteur en scène de Solomon and Sheba?

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Navets
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:36

Ce film qui est le premier des 5 tourné par Lillian Gish pour la MGM entre 1926 et 1928 est aussi un moment intéressant dans l'oeuvre de King Vidor pour cette même firme, situé entre deux films importants, The big parade (1925) et The crowd (1927), si on oublie le (sympathique mais mineur) Bardelys the magnificent (1926), considéré comme une récréation par son metteur en scène. Intéressant, mais certainement pas une pièce maîtresse. Disons qu'il nous éclaire sur la capacité de Vidor à mettre en scène de façon talentueuse un film qu'il n'a pas choisi, et pas vraiment piloté non plus.

De surcroît, il est aussi représentatif de ce que la firme voulait faire à cette époque, après seulement deux ans d'activité: réaliser des films de qualité avec des gens compétents, sur des sujets de qualités, en faisant avancer l'art cinématographique et en plaisant au public: bref, continuer sur la lancée du sublime He, who gets slapped (1924) de Sjöström, le premier film de la MGM. La Bohême est aussi et surtout représentatif du type de films que Lillian Gish avait à coeur de créer, car il est évident tout au long de ce mélodrame que tout le monde, de Vidor à John Gilbert en passant par le directeur de la photographie (Hendrik Sartov, au service de Miss Gish depuis Griffith) et l'ensemble du casting (Renée Adorée, Karl Dane, rescapés de la Grande parade, et choisis expressément par l'actrice après le visionnage privé du film; ou encore Roy d'Arcy, méchant attitré des mélos MGM qui prête son sourire carnassier au "villain" aristocrate) s'est soumis à la volonté de l'actrice. Vidor n'a jamais dit le contraire, La Bohême, c'est Lillian Gish. 

Celle-ci ne pouvait qu'être intéressée par ce mélodrame dans lequel la frêle Mimi, tuberculeuse, se tue à la tache, sacrifiant tout à son fiancé, le dramaturge Rodolphe; au moment ou celui-ci atteint le succès, elle meurt, et se dit heureuse. On le sait, Vidor s'est senti incapable de diriger la dernière scène, tellement les préparations physiques de l'actrice la rendait effrayante de maigreur: plutôt que d'avoir recours au maquillage, elle s'est sous-alimentée, et a à peine bu afin d'arriver à jouer la scène de façon réaliste. Vidor a cru qu'elle mourait vraiment, et cette émotion, qu'on est en droit de trouver risible, ce qui n'est pas mon cas, est palpable aujourd'hui. Autre conséquence d'un tel dévouement, la dame n'a eu aucun mal à diriger moralement la production, ensorcelant au passage son réalisateur, et sa co-vedette. Gilbert n'avait pas encore rencontré Garbo... 

On ne s'étonnera donc pas que tout au long des 93 minutes ce film soit un festival lillianesque, non seulement par sa présence, mais surtout par son style. Elle a dit, et écrit de plus, qu'elle souhaitait essayer avec ce film des scènes d'amour qui sortent de l'ordinaire, et demandait à Gilbert, avec l'approbation un peu méfiante de Vidor, de ne jamais la toucher, ou de ne s'approcher d'elle qu'à condition de pouvoir placer un obstacle dans le champ (Un arbre, une chaise...), l'idée étant bien sur de créer une dimension de désir palpable sans passer par des poses vulgaires ou des intertitres trop voyant. Après intervention du studio, des scènes plus physiques (Des baisers notamment)seront ajoutées (And I ended up kissing John Gilbert, dira Lillian amusée), mais le but de l'actrice est, à mon sens, atteint: lors de leur batifolages, si les deux acteurs dansent, ils n'en donnent pas moins l'impression de ne jamais concrétiser totalement leur désir, ce que confirme la scène ou Mimi défend (Gentiment mais surement, comme Mae Marsh dans Intolerance) à Rodolphe d'entrer chez elle. Leur seule confrontation totalement physique sera une scène de violence dans laquelle Rodolphe frappe Mimi, puis se rend compte que celle-ci crache du sang, justifiant du même coup les réticences de Mimi de se laisser approcher. 

L'apport principal de Vidor, c'est le choix de faire confiance aux acteurs, les impliquant physiquement dans le film, plutôt que de leur demander d'incarner un type, comme il était souvent demandé, en particulier dans un studio aussi compartimenté que la MGM. Gilbert, malgré tout, est un peu gauche, malgré sa sincérité lors de ses scènes en duo avec la diva, durant lesquelles elle l'a laissé la malmener assez sérieusement. Roy D'arcy (Mirko dans La Veuve Joyeuse, Manos Duras dans La Tentatrice) est plus subtil qu'à son habitude, ce qui n'est pas très difficile, il faut le dire... On obtient souvent le même naturel que celui obtenu par Vidor dans les scènes quasi-improvisées de son film précédent. On lui doit aussi d'avoir su tirer parti de la photographie éthérée de Sartov, qui épure les décors au profit des acteurs. Un gros regret par contre, la MGM pratiquait à l'époque une politique de normalisation qui les poussait à imposer la vitesse de 24 i/s, alors que plusieurs scènes en pâtissent (Cette normalisation avait été initiée par les comédies, et les exploitants avaient besoin d'un vitesse standardisée. 24 images permettaient une action plus fluide, et les film plus courts pouvaient permettre plus de représentations); de toute évidence ce film en souffre, notamment les scènes délicates de danse dans les prés, qui virent à la cavalcade...  

Quoi qu'il en soit, le film reste un grand moment grâce à la prestation de Lillian Gish, qui habite littéralement le décor, notamment dans la scène où elle tente de rejoindre Rodolphe, et s'accroche à tout ce qui passe à sa portée, alors qu'elle est mourante; le plan ou elle tombe de la voiture qu'elle avait agrippée, et reste quelques instant par terre, en plein vent, donne la pleine mesure de l'engagement physique de la dame; et le fait que les acteurs semblent tous occuper le décor de la même façon confirme qu'elle avait imposé des répétitions de la pantomime à toute l'équipe. 

Quant à Vidor, il réussit ici à maintenir de façon convaincante un ensemble cohérent, fluide et convaincant alors que le matériau mélodramatique ne lui convient probablement qu'à moitié, et la thématique pas du tout. C'est certainement aussi, pour lui, une forme de sacrifice... De son coté, Lillian Gish allait confirmer ses promesses avec The Scarlet Letter, dans lequel elle allait à nouveau diriger la production en étroite collaboration avec Victor Sjöström. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 King Vidor Lillian Gish
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 18:09

1917: La guerre s'invite aux Etats-Unis, et les volontaires affluent: de tous horizons, les Américains s'engagent dans ce qu'ils imaginent être un simple tour de chauffe en Europe au service de la démocratie triomphante. Là ou des hommes du peuple, comme Slim (Karl Dane), soudeur de son état, ou Bull (Tom O'Brien), barman à New York, vont rejoindre l'armée sans détour, un gosse de riche, le fringant Jim Apperson, ne va partir qu'après avoir vu une parade qui passait dans la rue. Et comme d'une part sa fiancée pense qu'il serait absolument adorable en officier, et que ses parents le considèrent comme un bon à rien, il s'engage... On retrouve les trois quelques mois plus tard, à la veille de leur première participation à l'offensive. Ils fraternisent avec les jeunes françaises, surtout l'adorable Mélisande (Renée Adorée, enfin autorisée à "parler" Français sur le tournage de ce film muet, et ça se voit pour qui sait lire sur les lèvres...), ils bricolent des douches, piquent du vin aux paysans locaux, jusqu'au moment ou ils sont amenés sur le front, pour une mission suicide. Deux d'entre eux ne reviendront pas, et c'est dans un trou d'obus qu'il est amené à partager avec un jeune Allemand mourant que Jim va se faire une opinion sur la guerre...

Qu'un studio comme la MGM ait été à ce point engagé dans ce film me dépasse. Je pense que pour la plupart des professionnels qui y travaillaient, la firme au lion était sans doute le rempart absolu d'une certaine idée calibrée et divertissante du cinéma contre un cinéma engagé... Mais Vidor devait avoir des arguments, puisque c'est à l'initiative bienveillante d'Irving Thalberg que ce film révolutionnaire s'est fait. Bien lui en a pris, puisque le film a fait un triomphe au box-office... Pourquoi "révolutionnaire"? Parce que jusqu'à The big parade, la vision de la guerre dans le cinéma mondial est assez simple: il y est généralement question de la lutte du bien contre le mal, de la démocratie Chrétienne contre la barbarie Allemande: J'accuse, The Four Horsemen of the Apocalypse, Hearts of humanity, Hearts of the world, et même Shoulder arms!, tous même combat... Seul Stroheim, qui n'a jamais filmé la guerre, mais en a parfumé ses films, à commencer par Foolish Wives qui regorge d'allusions, a semble-t-il intégré que pour les populations quelles qu'elles soient, la guerre est un enfer. Et ce film, enfin, va aborder le sujet avec réalisme, lyrisme, et en fait Vidor a peut-être changé la donne à tout jamais: il y aura un avant et un après The Big Parade, qui engendrera d'autres chefs d'oeuvre, partageant cette vision plus objective, moins, le mot une fois de plus est grossier et vulgaire, patriotique.

Le film prend son temps, d'ailleurs, et se contente d'une bataille, anticipant d'une certaine manière sur l'économie d'un Kubrick. Les soldats arrivent, pas très rassurés, et on leur dit de marcher. La scène est célèbre, souvent commentée: les Américains, filmés de front, avancent dans un sous-bois, cibles de la mitraille. Ils voient, ou entendent autour d'eux, les copains tomber les uns après les autres, mais doivent avancer. Au bout de la route, façonné er refaçonné par le pilonnage incessant, le terrain devient un gruyère, et l'enfer s'installe. Résumé en un seul conflit, toute l'expérience d'une guerre semble désormais privée de but, et la seule action d'éclat commise par Jim Apperson le sera sous le coup de la colère, lorsque pour venger la mort d'un camarade il va se livrer à un massacre sans raison valable...

Mais les scènes qui nous font attendre ce conflit, en elles-mêmes, sont d'une grande force, installant la confrontation humaine entre les soldats d'un côté (Jim Apperson perdant de sa superbe assez rapidement, confronté à la camaraderie ambiante), ou entre les soldats et les Français de l'autre. Les scènes de flirt avec Mélisande sont sublimes, d'abord parce que Vidor a su installer une complicité (Qui resservira à la MGM) très forte entre Gilbert et Adorée, et a pu les inspirer à trouver un naturel un peu gauche, qui s'approche, mais oui, d'un certain naturalisme. Cela donne d'autant plus de force au film que la romance entre les deux va servir de structure, et bien sur de motivation pour un héros revenu de tout, sauf de son amour pour la petite Française. Et la scène de séparation en fin de première partie, qui laisse éclater le lyrisme cher à Vidor, est inoubliable.

Et puis si ce film est une grande date, c'est aussi parce que le metteur en scène, qui a permis souvent au mélodrame de se doter d'une âme pas toujours tranquille (Wild Oranges peut en témoigner...) semble d'une seule pièce maitresse doter le cinéma Américain d'un classique qui le fait instantanément passer à l'âge adulte... Ce que Stroheim tentait de faire dans son coin, Vidor l'a fait, et dans le confort d'un studio encore en plus! on connaît la suite: grâce à son sens du compromis (La Bohême, Bardelys the Magnificent, deux films qu'il n'avait pas vraiment envie de faire), Vidor pourra récidiver en tournant The Crowd. Mais la suite, c'est aussi l'arrivée de Raoul Walsh, William Wellman, Lewis Milestone, et tant d'autres qui vont continuer à donner à la représentation de la première guerre mondiale ses chefs d'oeuvre.

 

The big parade (King Vidor, 1925)
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Published by François Massarelli - dans King Vidor Muet Première guerre mondiale 1925
5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:31

King Vidor et le mélodrame, c'est une évidence, étaient faits pour s'entendre... Et pas plus tard qu'en 1923 le futur metteur en scène de Duel in the sun (1946) ou Ruby Gentry (1952) en a déjà tracé les contours dans ce film superbe, tourné pour la compagnie Goldwyn, qui vivait ses derniers instants avant l'absorption au sein de la MGM, le studio qui allait donner ses premiers gros succès à Vidor. Avec un casting réduit à cinq personnages, un décor exotique, on n'est pas très éloigné du film Victory de Maurice Tourneur qui voyait un certain nombre de personnages plus ou moins échoués (Même volontairement) sur une île à l'écart du monde se déchirer autour de la possession de la richesse et d'une femme. Mais là ou Tourneur privilégiait le symbolisme, Vidor laisse libre cours à son lyrisme et à son sens dramatique.

Situé au Sud de la Georgie, dans un rivage propice aux bayous et aux marais, infesté d'alligators, Wild oranges doit son titre à ces fruits qui poussent au hasard de la végétation, et qui sont nous dit un intertitre, d'abord assez peu attirants à la première bouchée, mais un arrière-gout nous pousse à y revenir. Un peu comme cet endroit apparemment désert ou vient accoster le bateau de John Woolfolk (Frank Mayo). Accompagné de Paul Halvard (Ford Sterling), un marin qui lui fait aussi la cuisine, celui-ci a pris la mer afin d'oublier le décès accidentel de son épouse, un traumatisme que le prologue du film nous a présenté. Mais très vite, il va s'apercevoir que le lieu est habité, de trois personnes: Millie Stope (Virginia Valli) y vit avec son grand-père (Nigel de Brulier), un vétéran de la guerre de sécession à demi-fou, qui s'est réfugié dans une peur permanente, de tout, qu'il a communiqué à sa petite-fille; leur voisin, l'inquiétant Nicholas (Charles Post), est une grosse brute clairement attiré par Millie, mais qui va devenir très menaçant quand il va se rendre compte de l'attirance mutuelle entre la jeune femme et Woolfork...

Vidor impose deux types de jeu à ses acteurs: aux habitants du lieu, il mipose un jeu tout en drame et en émotions, là ou Sterling et Mayo ont un jeu plus naturel, plus posé... Mais le théâtre des opérations devient assez vite l'âme humaine, un endroit qui a toujours fasciné Vidor, et ou il aime à faire se promener ses instrigues! Ainsi les marais, les bayous, la plage et le bras de mer traître (Apparemment assez facile à naviguer, il n'en possède pas moins une barre difficile à franchir, et la tempête peut être meurtrière), mais aussi la maison des Stope, avec sa grange envahie par des animaux sauvages (Raton-laveur, grue, chauve-souris gardent les lieux), le metteur en scène fait feu de tout bois pour figurer les tréfonds de l'âme humaine, le théâtre des opérations dans lequel va se jouer le drame du désir et de l'amour. A ce titre, même s'il est un personnage de méchant haut en couleurs, le brutal Nicholas est fascinant par l'affirmation haute et forte de son désir, sans parler du fait que de nombreux épisodes du film le voient prèt à dégainer un couteau pour un oui ou pour un non. Evidemment, pour lui, le désir ne saurait s'exprimer dans la subtilité, et c'est en se livrant à divers chantages qu'il va essayer de triompher du refus de Millie. Mais celle-ci qui va apprendre à cesser d'avoir peur de tout, a choisi Woolfork. Celui-ci va devoir s'impliquer au-delà de la civilité, et batailler ferme, dans une scène de bagarre monumentale marquée par la mort (Le grand-père exécuté par Nicholas qui git aux pieds des deux hommes), le feu (La maison brule dans un dernier feu de joie avant le départ des protagonistes) et d'une manière générale la violence et la passion. Vaste programme? Oui, mais Vidor, lui, il peut tout. Alors on regarde, séance tenante, le premier chef d'oeuvre du futur réalisateur de The big parade!!

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Muet 1923