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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:12

C'est marrant, la première fois qu'on l'a vu, j'étais vaguement goguenard, un brin moqueur devant des "grosses ficelles" qui rendaient la vision efficace, agréable, mais aussi un peu racoleuse. Elles sont, sans doute, toujours là, et en particulier à la fin de ce film, mais il y autre chose...

Nell, c'est une enfant sauvage, qui vit en montagne, près de Charlotte en Caroline du Nord. Le terme "Enfant sauvage" est bien sur impropre, puisque elle a 30 ans et plus et qu'elle a vécu jusqu'à ce jour en compagnie de sa mère: celle-ci vient de mourir. Elle est " découverte" à la faveur d'une inspection de la police locale, une fois qu'un jeune homme local chargé d'amener des vivres à la vieille ermite aura rapporté le décès. S'ensuit une observation par deux scientifiques opposés quant à la marche à suivre, un homme, une femme, et un bras-de-fer avec la justice Américaine afin d'éviter l'internement à Nell, qui culmine dans une intervention de la jeune femme, qui s'exprime dans un Anglais décalé, devant un parterre de juges, avocats, experts et quidams divers et variés, en bonne héroïne d'un film édifiant.

On ne croit pas un seul instant au final, censé probablement sceller l'Oscar de Jodie Foster (Qu'elle n'aura d'ailleurs pas). Mais ce qui fait la valeur du film, c'est Jodie Foster elle-même, et un rôle à la frontière de l'autisme; divers grands mots en relation avec l'autisme sont d'ailleurs prononcés, il y est question d'Asperger, et "Nell" est souvent qualifiée d'autiste, mais ce débat n'est finalement pas résolu, pour se concentrer principalement sur deux aspects de la personnalité de Nell qui rendent le film fascinant, par certains cotés: la perte d'une jumelle, complice et autre moitié, dont les jeux lointains, perpétrés dans le souvenir, sont encore la seule distraction de Nell ainsi que sa clé vers la communication et son rapport au monde; son langage, acquis dans de drôles de circonstances: coupée du monde, la mère s'était retirée suite à un viol (Dont les deux filles seront clairement le produit) mais elle était également atteinte de paralysie faciale, empêchant un discours clair: c'est cet Anglais-là, accompagnés des idiosyncrasies propres à deux fillettes seules, que Nell parle et que les deux "spécialistes" doivent apprendre.

Foster est splendide, donnant beaucoup tant physiquement que verbalement: il fallait rendre crédible corporellement cet isolement dans laquelle la jeune femme a vécu, mais aussi donner à voir le sens qu'elle attribue à ces étranges paroles qu'elle prononce. La morale du film, qui est que globalement on a tout à apprendre y compris de ceux qui comme Nell sont différents, est passée à travers une jolie scène durant laquelle Nell, d'une part, affiche sa complicité avec une petite fille, à laquelle elle a appris les rudiments de son langage, et d'autre part affiche une soudaine mélancolie: La petite fille est un écho de sa soeur perdue (Mary, ou My'i, en langage Nell), de sa complicité disparue, et donc de sa propre enfance désormais finie et bien finie; la confrontation à "notre monde" lui a appris un certain réalisme, et elle n'affiche plus sa frustration par des crises d'angoisse, elle écrase désormais une larme, loin du regard. Un petit rien? Non, un grand pas, croyez-moi. Dans ces cas-là, toute avancée même microscopique est un pas de géant.

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre Jodie Foster
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 21:38
The girlfriend experience (Steven Soderbergh, 2009)

Poursuivant sa carrière expérimentale et touche-à-tout, Steven Soderbergh pose la deuxième pierre d'un édifice entamé avec Bubble, il y a quelques années: faire des films pour rien du tout, avec des acteurs pas forcément professionnels, en inventant des nouvelles formes.

Ici, il prend aussi son inspiration dans une série qu'il avait réalisée en compagnie de George "What else?" Clooney, K Street. Le nouveau film, réalisé en 12 minutes pour trois dollars et douze cents, présente quelques jours de la vie d'une escort-girl de luxe jouée par une "adult film star", Sasha Grey: elle propose une prestation qui va au-delà du zim boum tagada traditionnel: elle incarne pour ses clients une authentique petite amie, à heures tarifées. Par ailleurs, divers bouleversements dans son business trouvent un écho dans la situation politique pré-Obama du pays.

Bon, j'aime Steven Soderbergh, je le vénère, même; tel qu'il est, il me plait, il me fait de l'effet, et je l'aime. Mais là, franchement, la jeune femme en question, ses affaires, ses conversations, tout ça, on s'en fout. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh le coin du bizarre
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 21:33

Le film-d'hopital-psychiatrique-avec-un-patient-différent-qui-change-le-monde-parce-qu'il-a-une-perception-nouvelle-malgré-sa-folie est un genre à part entière, qui croule sous les clichés. Voir un de ces films, c'est bien sur s'engager dans une voie balisée par trop d'académisme, et par des numéros d'acteurs qui visent les Oscars de façons tellement évidente que c'en est lassant.

Ceci dit, et si on admet que ce petit film tombé sitôt sa sortie dans les poubelles de l'histoire fait bien partie de cette catégorie sus-mentionnée, des efforts rigolos ont été commis, notamment un clin d'oeil forcément conscient, dans le choix des interprètes. Si Kevin Spacey est forcément le cas psychiatrique qui prétend venir d'une autre planète ("KPax"), Jeff Bridges incarne le psy qui va s'intéresser à lui, découvrir une histoire enfouie, et résoudre le cas de son patient, d'un point de vue terrien, s'entend. Le clin d'oeil est évidemment à Starman, de John carpenter, dans lequel Jeff Bridges était un alien, venu sur terre et forcément incompris, jugé fou par son entourage. L'inversion permet d'engendrer le doute: et si cet homme qui se prétend un extra-terrestre était vraiment ce qu'il affirme être?

Mais le réalisateur, qui aurait pu s'arrêter à ce petit grain de sable, a trop chargé la barque, plaçant systématiquement sa mise en scène du point de vue de ceux qui croient, faisant automatiquement de ceux qui tentent de rationaliser des imbéciles. et faire de Jeffrey "Lebowski" Bridges, a.k.a. "The Dude" un imbécile, ça il ne faut pas faire. Il est de toutes façons bon, dans le role étouffant du psy qui refuse la vérité; Spacey, bon, c'est Spacey: il jouerait Léon le bourdon, il serait bon quand même.

Sympathique, certes, mais trop de bons sentiments tue les bons sentiments.

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre Science-fiction
16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 17:16

A l'origine de ce film, une bande dessinée (On dit chez les américains "Roman graphique", ça fait plus sérieux. Ca reste de la bande dessinée, après tout) de Eddie Campbell (Dessin) et Alan Moore (Script), parue en 2000. L'oeuvre est ambitieuse, énorme, et très documentée. le but est de recréer l'ambiance de Londres en 1888, au moment des meurtres de Jack the ripper. En s'inspirant de nombreuses légendes urbaines, de faits de l'instruction, de divers faits connus depuis, Moore crée une hypothèse tirée par les cheveux mais liée à suffisamment de vérités pour tenir à peu près la route... Il recrée les lieux, les circonstances, mais aussi les personnages des prostituées, de certains membres de la police, du médecin personnel de la reine... IL nous intéresse surtout à Frederick Abberline (1843 - 1929), l'inspecteur chargé de l'affaire. Dans la bande dessinée, c'est un homme partagé entre une morale à part (Ce n'est pas un Victorien comme les autres, il est nettement plus ouvert d'esprit) et des complexes: il se trouve légèrement trop gros, et est ignoré par ses supérieurs. Il a une sympathie évidente pour la prostituée Mary Kelly... Dans le livre, la franc-maçonnerie prend toute la place au point de rendre certains passages illisibles.

Le film reprend un certain nombre d'éléments, mais simplifie tout. Pas étonnant qu'Alan Moore ait été très virulent à son égard. D'un autre côté, Alan Moore est de toute façon contre toute adaptation de son oeuvre... On est partagé devant un film qui reste très caricatural dans sa vision de l'Angleterre Victorienne, qui réduit le rôle tortueux de la Franc-Maçonnerie dans l'affaire à un saupoudrage ésotérique, et qui malgré tout n'oublie pas ses deux missions: d'une part, montrer l'état des lieux de ce qu'on sait de l'affaire: à ce niveau, le film est instructif (Il fait juste laisser de côté cette rocambolesque histoire de mariage secret entre le prince Albert et une prostituée), et graphiquement sait utiliser les sources. D'autre part, faire un film horrifique. Si possible en citant ses classiques, ce u'il fait à plusieurs reprises: Nosferatu est de la partie, par exemple.

Le Frederick Abberline du film, quant à lui, n'a plus grand chose à voir ni avec le vrai, ni avec la version fictive de la bande dessinée: veuf, traumatisé, il s'adonne à l'opium, l'absinthe et au laudanum, et il voit les meurtres dans des visions. Et puis quoi encore?

Pour le reste, Johnny Depp fait du Johnny Depp. Bref, je le trouve mauvais à vomir.

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Published by François Massarelli - dans Le coin du bizarre
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 08:34

1600: Orlando (Tilda Swinton) est un homme, personne ne peut en douter... C'est donc sous la ferme mais tendre houlette de la vieillissante Elizabeth que le jeune homme s'installe dans la vie, avec une carrière prometteuse comme seuls les nobles peuvent en rêver; la reine lui accorde le droit de garder son chateau et son héritage toute sa vie, pour lui et ses héritiers, à condition qu'il ne vieillisse ni ne s'étiole jamais...

C'est comme si c'était fait...

Pourtant, tout va mal aller: Orlando végète, ne va prendre que les mauvais raccourcis, les mauvaises décisions, se laisser aveugler par l'amour de la belle Sasha (Charlotte Valandrey), et devenir le jouet des hommes qu'il croise, exploitant systématiquement sa gaucherie. A tel point qu'un jour, dans sa longue vie, puisqu'il est immortel, il se réveille une femme. Du coup, on ne lui demande plus les mêmes choses... Mais on ne lui reconnait pas non plus les mêmes droits, puisqu'il est une femme, et qu'en plus selon toute vraisemblance il, ou elle, devrait être mort (e)...

Voilà un film bien intrigant, adapté d'un roman de Virginia Woolf, qui questionnait de façon humoristique par ce conte extravagant d'un homme qui non seulement ne vieillissait pas, sans vraie explication, mais en prime se changeait à sa grande surprise en femme d'un jour sur l'autre! Et Sally Potter ne cherche pas à nous donner plus d'explication, laissant le film passer par la non-narration subtile d'une Tilda Swinton parfaite de bout en bout, qui s'identifie en narratrice à plusieurs reprises par des regards lourds de sens, appuyés, à la caméra.

Ce faisant, Orlando prend possession du récit, et un final en forme de vraie conclusion nous permet de mener cette appropriation à un point satisfaisant. En attendant, Sally Potter s'est bien amusée, a utilisé avec adresse des décors généralement superbes, et a bien profité du paradoxe d'Orlando pour faire passer subtilement des idées un brin féministes, sans trop forcer la dose. Et elle remercie Michael Powell, une preuve de bon gout, mais justifiée: d'une part, le vieux cinéaste (Décédé en 1990) lui a apporté son soutien durant la phase de préparation du film, d'autre part, elle cite ouvertement plusieurs films du maître: Gone to earth, The life and death of Colonel Blimp (Dont l'héroïne interprétée par Deborah Kerr, pâle et rousse, incarnait déjà l'éternel féminin constamment réincarné) entre autres...

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Published by François Massarelli - dans Le coin du bizarre
23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 13:39

Le premier film du cycle "Fantastique, farces et attrappes" de Shyamalan, et peut-être son unique film reconnu par le public est un étrange objet. Tout se passe comme si le réalisateur fuyait le rythme, s'interdisait la pulsion, et se refusait à la moindre vitesse, dans ce qui reste un attrape-nigaud de grande classe: Cole Sears, tout petit bonhomme, cache un secret lourd à porter tout seul, il communique avec les morts. Ce don l'apparente non seulement à une sorte de médium, mais fait de lui aussi le souffre-douleur parfait d'une Amérique qui n'aime que ceux qui sont conformes à ce qu'elle désire. il est donc rejeté, et à du mal à assumer une différence qu'il ne peut en aucun cas revendiquer ni maitriser. C'est là qu'intervient un psychologue, auquel la vie a réservé un coup dur: blessé au bas-ventre, tombé un beau jour victime d'un gamin comme Cole justement, mais qu'il n'avait pas su aider, il est désormais obsédé par la seconde chance: intervenir sur un autre cas similaire, mais réussir à aider l'enfant cette fois. d'autant que Malcolm, le psy interprété par Bruce Willis, a des loisirs: sa femme ne communique plus avec lui et semble chercher une nouvelle vie dans son travail et avec un beau jeune homme... Shyamalan, en fait, est un menteur. il aime à raconter des histoires, et son péché mignon, c'est de faire tomber le spectateur dans un piège. Il fait ça très bien, et convoque habilement les ressources du cinéma fantastique, en particulier l'ellipse, pour enchasser le visionneur consentant dans son dispositif et ne pas le lâcher. Je dois dire qu'en prime, la réflexion sur la différence de la part d'un cinéaste qui réalisait des courts métrages à 6 ans, à de l'intérêt. D'une certaine façon, The sixth sense est aussi un film sur l'autisme. Ce n'est pas si répandu, et il est tellement meilleur que Rain man!!

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Published by François Massarelli - dans Le coin du bizarre
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 17:28

Un village en Nouvelle Angleterre, à une époque indéfinie... Comme on connait Shyamalan, on est sur qu'il s'agit d'un petit coin de Pennsylvanie, l'un des berceaux de la nation Américaine, et l'état dans lequel il a toujours vécu... Une communauté vit en autarcie, rassemblée par la peur de l'extérieur. Et justement, ils ont de quoi avoir peur: ils sont voisins d'une communauté de bêtes sauvages et effrayantes, qu'ils appellent "Ceux dont on ne doit pas parler". Les "anciens", soit les adultes, ont réssi jusqu'à présent, depuis les quelques vingt ans que la communauté s'est créée, à vivre en relative paix avec leurs inquiétants voisins auxquels on donne paroifs un tribut en viande. Mais depuis quelque temps, on retrouve des animaux domestiques morts, dépecés sans avoir été consommés... Parmi les jeunes du village, on s'intéresse à trois personnages différents: pas aussi timoré que ses congénères, Lucius (Joaquin Phoenix) se montre d'une rare maturité; aveugle de naissance, Ivy (Bryce Dallas Howard) a su développer d'autres facultés, et saura étonner tout le village par sa bravoure... Enfin, l'incontrôlable Noah (Adren Brody) est leur camarade, un gentil demeuré que seule Ivy semble pouvoir vraiment calmer... Mais la peur, puis le crime, vont s'intaller dans le village....

The village est l'un des films menteurs de Shyamalan; on aime ou pas ce principe, fondamentalement commercial, et qui a déjà permis la création de purs chefs d'oeuvre: Psycho, d'Hitchcock, qui ment jusqu'à la fin, voire Twelve monkeys de Gilliam qui ment jusqu'après le visionnage. Ces films, comme Les Diaboliques, de Clouzot, ne sont pas qu'une énigme, heureusement, ils sont aussi une construction qui justifie souvent une deuxième vision, voire, comme c'est le cas pour les Hitchcock, Clouzot, ou pour The Others de Amenabar, des dizaines de visions... Le mensonge est inscrit dans de nombreux films de l'auteur de The sixth sense, qui pratique (Avec insistance)la rétention d'information de manière à laisser le spectateur se poser les bonnes questions: comment Bruce Willis parviendra-t-il à aider le jeune garçon dans The Sixth sense? Le prêtre de Signs retrouvera-t-il la foi? Ici, la construction est intéressante, avec une première partie qui prend fin, comme souvent, avec l'une des portions de l'énigme qui est révélée au spectateur en même temps qu'à un des personnages, quoique celle-ci, Bryce dallas Howard, garde la priorité sur nous, grâce à une ellipse opportune.

 

Mais le film est irritant sur un certain nombre de points: d'une part, une large part de son intrigue est basée sur l'idée que le monde est devenu un lieu d'insécurité, et que seule la fuite à l'écart peut sauver l'homme. je ne suis pas sur que cet appel de Shyamalan à faire l'autruche soit entièrement une volonté idéologique consciente, plus qu'un gimmick qui lui permette de jouer avec le spectateur; mais en ces temps de retour à des valeurs féodales de xénophobie et de réflexe sécuritaire (Ce qui aux Etats-Unis a conduit à des excès bien connus dans la décennie durant laquelle le film a été tourné), c'est plus qu'irresponsable: c'est moralement douteux. De plus, le film est principalement un jeu de l'esprit, et cette manie de ne pas livrer toutes ses cartes dès le départ confine ici à l'escroquerie pure et simple... Le film est pourtant sauvé par la mise en scène des peurs et des psychoses, inhérentes à une partie, une partie seulement, des points de vues exposés. Il est sauvé aussi par l'interprétation exceptionnelle de Joaquin Phoenix, William Hurt, Adrien Brody, Brendan Gleeson, Sigourney Weaver... je suis sur d'en oublier, mais j'ai colontairement laissé à l'écart de cette liste Bryce Dallas Howard, qui justifie par son interprétation d'une jeune aveugle le visionnage du film! Le film est sauvé aussi par la photo sublime de Roger Deakins. La façon dont ce dernier donne vie à la très particulière idée de Shyamalan de crééer ce village perdu à l'écart de tout (Mais vraiment de tout...), et dont il donne corps aux jeux de couleurs de l'auteur (Comme toujours, Shyamalan donne un rôle crucial au rouge vif, isolé dans une palette de tons pastels) font qu'on retournera toujours vers ce film. Même si, là encore, on se fait avoir jusqu'au trognon.

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre
16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 18:55

Douze ans après, on peut enfin savourer ce film en dehors d'un contexte qui en faussait la portée: on était en 2000, après la folie de The Sixth sense, et Shyamalan aurait pu consacrer un film à l'histoire du pétomane qu'il aurait eu le feu vert de Touchstone sans aucunes difficultés, à plus forte raison s'il reformait son association avec Bruce willis. Et pourtant ce film a été finalement assez mal reçu par le public, ce qui laisse à penser que les miracles n'ont lieu qu'une fois. Pire, la réputation du metteur en scène, réduit à une caricature d'électron libre ambitieux (Ce qu'il est assurément), de sous-Spielberg (Ce qu'il est aussi, lui qui ambitionnait clairement de remplacer le maître et Hitchcock à lui tout seul dans l'imaginaire collectif), aux antipodes du petit génie de la narration qui avait surpris tout le monde avec son conte de fantômes décalé en 1999... Ce qu'il était malgré tout, et est même resté au moins jusqu'à Happenings en 2008, mais dans l'indifférence générale, cette fois. C'était immérité.

 

Donc, le bien nommé Unbreakable est à nouveau une histoire à tiroirs, avec révélations en cascade, et je vais d'entrée violer un tabou: je vais révéler ce que n'importe qui peut trouver sur internet sur le film en farfouillant ne serait-ce que sur Google. Bruce Wilis y interprète un super-héros qui n'a pas encore admis ses spuer-pouvoirs, ni sa super-mission, et se trouve en attendant être un super-loser: imaginez Clark Kent qui n'aurait jamais eu la révélation de sa différence... il ne serait même pas balayeur du Daily Planet. Eh bien David Dunn (Willis) est un vigile dans un stade à Philadelphia (la ville de Shyamalan), qui vit encore avec son épouse et son fils, mais a priori pas pour longtemps, puisqu'il recherche un travail ailleurs. Et que dans la première séquence du film, il est assis dans un train, et regarde avec un certain intérêt la jolie fille qui s'assied à ses côtés, ce qui le pousse, en douce à retirer son alliance. C'est clair, David Dunn n'est pas heureux. De son côté, Elijah Price (Samuel Jackson) est atteint d'une maladie qui le rend très fragile; il a des os facilement cassables, et a réussi à vivre une vie à peu près normale en découvrant à l'instigation de sa mère la bande dessinée, un monde fascinant dont il est devenu un passionné et un spécialiste. Il tient une galerie spécialisée à Philadelphie. Lorsque le train qui ramène David à Philadelphie déraille, tuant tous les passagers sauf le héros, Elijah prend contact avec lui et essaie d'en savoir plus sur sa vie, car il est persuadé que seul un être 'incassable' doté de super-pouvoirs aurait pu survivre à un tel accident. David commence à laisser l'idée faire du chemain en lui, en même temps qu'il reprend peu à peu sa vie maritale...

 

Construit sur un rythme très lent, le film nous amène tranquillement à l'inévitable scène de naissance du super-héros, ce qui va se faire de façon magistrale: il pleut, et David Dunn porte une pèlerine, qui va partiellement cacher son visage, et agir dans l'inconscient des spectateurs (Les témoins de la scène à l'intérieur de l'intrigue, mais aussi nous autres spectateurs du film) en guise de "cape de Superman", en quelque sorte. Il a choisi son intervention, en s'attaquant au crime le plus sordide, et il va devoir faire face à un homme décidé à se défendre. Il va aussi devoir affronter l'eau, sa pire ennemie, sa Kryptonite en quelque sorte: le bandit contre lequel il se bat, qui a séquestré iune famille, l'envoie dans la piscine. Il panique, mais est sauvé de la noyade par les enfants qu'il a libérés: cette renaissance en milieu liquide est celle du héros en lui. La scène suivant va la prolonger, sous le signe du regard d'un autre, puisqu'elle nous montre David rentré chez lui qui prend sa femme Audrey dans les bras, pour la ramener dans sa chambre à lui; toute la scène est cadrée sur le visage d'Audrey (Robin Wright Penn) qui regarde son mari, tombant sans doute de nouveau amoureuse de lui...

Franchement, le film est une réussite unique, un film qui garde une légère ironie tout en laissant l'histoire se dérouler au premier degré, avec ce talent qu'a Shyamalan pour aller au bout d'une violation de l'immontrable: un truc qu'il a d'ailleurs piqué à Spielberg et HItchcock, c'est vrai, mais pour lequel il est doué. C'est sa façon à lui de prendre le spectateur en main et de l'amener à voir quelque chose d'impossible, ou de trop tabou: un requin qui mange un homme (Jaws), un homme qui a des difficultés à en tuer un autre (Torn Curtain), un fantôme répugnant qui se montre à un enfant (The Sixth Sense) ou un homme qui réalise lentement qu'il est un super-héros, au milieu d'une foule dont il peut ressentir tous les travers ou tendances criminelles. Et il nous plonge au coeur du mythe des super-héros, faisant en réalité le portrait d'un autre homme, Elijah, le reclus, qui va tout faire pour accompagner la réalisation par David de son statut. Il retourne un peu dans les pas de son film précédent, The Sixth Sense, où il montrait avec génie un enfant 'différent', et qui souffrait de manière spectaculaire de son orginalité. C'est aussi le cas d'Elijah Price; Mais au fait, Pourquoi cet homme qui a réussi mais est solitaire, cassant, conscient de sa supériorité intellectuelle, et assez clairement sociopathe, aiderait cette grande brute un peu lente de David Dunn? Réponse dans le film, bien sur.

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Published by Françoise Massarelli - dans Le coin du bizarre
29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 09:06

Ce moyen métrage tourné pour une association de charité est le dernier film de fiction de Michael Powell, mais il est aussi une occasion pour lui de retrouver son ami Emeric Pressburger pour la première fois depuis Ill by moonlight (1957). Celui-ci a écrit le script de cet étrange conte pour enfants, et Powell l'a mis en scène, retrouvant avec plaisir la Grande-Bretagne, après plusieurs années d'exil auto-imposé, après le retentissant scandale de Peeping Tom. Parmi les techniciens, on retrouve aussi le grand chef-opérateur Christopher Challis...

John Saunders, un jeune collégien, a participé avec sa classe à une visite de la Tour de Londres; ça s'est bien mal terminé pour lui: il avait eu l'idée saugrenue d'amener avec lui l'une de ses souris blanches, Alice. Celle-ci s'est fait la malle durant la visite, et John a du mal à s'en remettre. Il s'est endormi pendant un cours de sciences, et a été incapable de réponde à une question, l'enseignant l'a donc renvoyé chez lui... Dans le métro qui le conduit à la maison, il est victime d'un étrange incident, comme du reste tous les autres passagers: il devient subitement jaune. Cette nuit-là, il va faire la rencontre de Nick, un étrange voyageur électronique...

Ca a l'air un brin psychédélique, comme ça, mais c'est tourné avec une certaine rigueur, et une invention burlesque de tous les instants! La souris manquante ne s'appelle pas Alice pour rien, bien sur! Les acteurs (Parmi lesquels on reconnaîtra Esmond Knight) sont excellents, et il y a là un parfum insidieux d'un monde disparu: celui de l'enfance, mais pas celle de n'importe qui, non: la nôtre... D'ailleurs, dans ce gentil film au premier degré rassurant, on se prend à angoisser pour que John retrouve sa souris blanche, et qu'il puisse la ramener chez lui, auprès de son autre rongeur, "Père Noël". Powell prend plaisir à tourner dans Londres après ses années de purgatoire, et de fait la bonne humeur généralisée est assez communicative.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell le coin du bizarre
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:29

Première phrase accrocheuse visant à donner envie de lire. Faits rapidement énumérés dans le but de donner envie au lecteur d'en savoir plus; date de sortie, nom de la compagnie de production, casting et divers faits du même genre en rapide succession afin de montrer le sérieux de la critique, suivis par une phrase volontairement énigmatique dont le but évident est de faire en sorte que le lecteur aille jusqu'au bout de ce texte...

Ca peut paraitre idiot, voire C'EST idiot, de commencer un texte critique comme le paragraphe qui précède. mais c'est dans l'esprit du film, l'inclassable Schizopolis. Après avoir taté de quelques genres, et avant de le faire avec encore plus de moyens, Soderbergh s'est attelé à un film personnel, qui n'a peut-être aucun sens, pas plus si on veut que n'importe quel épisode de Monty Python's flying circus, ou qui traite d'un certain nombre de thèmes, on ne sait pas exactement.

 

Si on choisit la première hypothèse, alors Schizopolis est bien un film inutile, mais réjouissant; du moins pour moi, et je ne suis pas tout le monde, le film ayant été détesté quasi unanimenent au moment de sa sortie ultra-confidentielle... il consiste en une série de scènes vaguement reliées entre elles par une intrigue squelettique, et entrecoupées de saynètes, de liens, de provocations diverses (Un homme nu en T-Shirt, poursuivi par deux infirmiers, un dératiseur fou qui se tape toutes ses clientes en usant d'un langage incompréhensible, avant de changer de "métier" et se de mettre à agresser la terre entière, des flashes de news burlesques prononcées avec le plus grand sérieux, etc...). Le metteur en scène apparait, d'abord en tant que lui-même, tentant de présenter le film à une salle vide, mais aussi dans le double rôle de Fletcher Munson et de Walter Korchek, et la plupart des scènes ont lieu dans le quotidien d'un certain nombre de banlieusards sans âme.

 

Si on prend la deuxième hypothèse, le plus souvent réfutée par Soderbergh lui-même, à savoir que le film aurait un sens, on constate que l'histoire est celle d'un couple, les Munsons qui se désagrège, chacun d'entre eux pouvant exposer son point de vue ce qui résulte en des scènes d'ailleurs hilarantes: dans la version de Fletcher Munson, monsieur (Soderbergh) rentre, et au lieu de dire bonsoir à son épouse (Mrs Soderbergh), lui dit "salutation générale", ce à quoi elle répond par "salutation générale". Toute leur conversation est faite de mentions génériques de cet ordre. Plus tard, on a la version de Madame, qui elle pose vraiment les questions, mais son mari lui répond... en japonais. Lui est employé par un philosophe, et écrit des platitudes vides, d'ailleurs quand il parle, c'est vide aussi... Elle a un amant, qui n'est autre que Walter Korchek, dentiste; ça tombe bien, puisque Fletcher rêve d'être Korchek, et finit par le devenir, et donc se rendre compte de l'adultère... Etc etc etc... Un dénominateur commun à toutes ces scènes généralement drôles (La encore, si on est un aficionado des Monty Python...): le langage: vide de sens, vide de contenu. L'un des motifs principaux du film...

 

Donc, si on suit le raisonnement qui précède, Schizopolis (le titre, tiens donc, a un sens!) est un film sur le langage qui prouve en dissimulant son sens que le langage n'en a aucun... Un film masturbatoire dans lequel le metteur en scène tient le rôle principal d'un homme qui ne sait tellement plus communiquer qu'il se contente de se masturber dans les toilettes... Un film sur un couple qui se désagrège par un couple qui ne va pas très bien. ...Un autofilm? Je vous laisse avec ce terme. Bon visionnage!

 

Conclusion hâtive visant à laisser le spectateur potentiel de ce film sur sa faim, et créer une envie pour le film.

 

P.S.: Nose army. Beef diaper?

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh le coin du bizarre