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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 11:43

Réalisé aux Etats-Unis lors de son escapade de la fin des années 10, ce film de Perret est une curieuse et attachante production qui mêle le ton habituel des comédies du metteur en scène, souvent situées dans le meilleur des mondes, et un esprit patriotique résolument affiché, dans le cadre de l'optimisme glorieux d'après la première guerre mondiale... Ce qui n'empêche nullement l'ironie. Mais ça permet aussi d'utiliser des images de propagande et d'actualité, une aide précieuse des cinéastes pour les années qui s'annonçaient. Car (et ce film le pressent de manière évidente) cette «Grande Guerre», le cinéma du monde entier, à l'aube des années 20, n'en était pas débarrassé...

Doris, ne jeune femme de la bonne société New-Yorkaise, délaisse les occupations mondaines, et ne s'intéresse absolument pas au prétendant (un capitaine Anglais en stage chez les Marines) que son père lui a quasiment élu d'office... En effet, elle dévoue le plus clair de son temps à écrire des lettres, et en recevoir, d'un soldat Américain solitaire, qui n'a personne d'autre qu'elle. Elle apprend un jour qu'il est très mal en point, et décide de faire la traversée: elle sollicite l'aide du capitaine éconduit, qui accepte. Mais les sous-marins rodent...

D'un côté, le film assume son côté propagandesque, dont la copie Française (probablement la seule disponible) accentue encore le délire (le titre français, Les Etoiles de la Gloire, en dit long), mais le réalisateur met un point d'honneur à décrire cette saleté de guerre sous un angle humain. Oui, les hommes (et les femmes, car Doris se dévoue et risque sa vie pour «son» soldat) sont des héros, mais ils vivent, souffrent, et parfois rient aussi. L'ironie que je mentionnai est surtout dans le fait qu'au début du film Perret nos montre les meilleures filles de la meilleure société, qui écrivent des lettres à des soldats comme on élève des cochons d'Inde. Seule Doris y consacre vraiment sa personne...

Et puis, Perret oblige, le film est truffé de scènes de la plus belle composition, aux lumières travaillées, à l'interprétation impeccable. Il nous sort un numéro qui n'est pas éloigné de The little American de DeMille, mais il en fait tellement moins... Et une partie du film, consacrée à la vie des soldats pour tromper l'ennui est l'occasion d'essayer des caches qui ont un effet plastique intéressant. Oui, décidément, Léonce Perret était un cinéaste majeur...

 

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Published by François Massarelli - dans 1919 Première guerre mondiale Léonce Perret Muet
19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 16:40

Léonce Perret n'a pas séjourné longtemps aux Etats-Unis (6 ans, entre son arrivée en 1917 dans le but de produire sur place des films patriotiques, et son retour en France en 1923 pour y tourner Koenigsmark), mais il y a tourné un certain nombre de films, en toute indépendance. Parmi ceux-ci, ce formidable petit mélodrame qui concentre en 70 mn tout ce qu'il faut de plans tordus et d'images sensationnelles, grâce à un recours (lointain) à un classique du roman à suspense: The woman in white, du précurseur génial William Wilkie Collins. Dans ce roman Anglais, un homme fait la rencontre surréaliste d'une femme en blanc, qui semble totalement déboussolée. De cette rencontre, il déduira une affaire trouble d'usurpation d'identité, le tout dans une intrigue étalée avec gourmandise sur plusieurs centaines de pages. Perret retient la femme en blanc, dans une scène située... à la fin. Quant aux machinations, elles nous sont détaillées en ordre chronologique, en partant (presque) du début...

John Bent (Warner Oland) est un petit escroc sans envergure. Il fait la rencontre d'une jeune femme, Daisy (Mae Murray), dont il découvre bientôt qu'elle est, à son insu, la fille disparue d'un magnat de l'industrie; mieux, il a découvert que Daisy est la jumelle de Violet, qui elle aussi ignore qu'elle a un double. Bent fomente un plan incroyable, qui inclut une substitution, un meurtre, un mariage, et au final, une richesse sans partage. Mais parviendra-t-il à ses fins en utilisant ses "pions jumeaux" du titre? Et le brave Bob Anderson (Henry G. Sell), qui aime Violet, le laissera-t-il faire?

Pas facile, quand on ne dispose que d'une copie aux intertitres en flamand, et de résumés dénichés sur internet, et pas tout à fait conformes au déroulement du film, de reconstituer l'intrigue... Mais le film, sans jeu de mot, est d'une grande clarté: et le parti-pris de suivre non pas en priorité les héros "positifs", mais bien la canaille, interprétée avec une grande retenue par Warner Oland, joue en plus en la faveur du film, qui garde jusqu'à aujourd'hui son pouvoir, disons, choquant! La mise en scène est complètement adéquate, et comme Perret n'a pas oublié de savoir traiter la lumière et l'ombre, il fait passer une foule d'émotions, de mystère, par la seule utilisation de l'éclairage, qui est formidable de bout en bout.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Léonce Perret
27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 16:59

Il est toujours malaisé de partir à la chasse des "premières fois" au cinéma; on lit encore des fadaises installées au rang de vérité dans l'histoire du septième art, par exemple, on y apprend que Steamboat Willie est le premier dessin animé de Disney avec Mickey, que The jazz singer est le premier film parlant, ou que The Birth of a nation est le premier long métrage de l'histoire. Tout ça est bien entendu archi-faux, et il est inutile notamment de partir à la recherche du premier long métrage: d'une part, on redécouvre des prétendants toujours plus précoces chaque année, et tout est relatif: le Voyage dans la lune, en 1902, a fait sensation à cause de son impressionnate longueur... d'environ 15 minutes. Le film Français La Passion du Christ, d'Alice Guy, et l'Australien The kelly gang de Charles Tait sont deux prétendants au titre qui ont de fortes chances, ayant été sortis en 1906... Pas cet Enfant de Paris. Pourtant, il est remarquable, et c'est une grande date dans l'histoire du cinéma, en particulier par sa longueur...

Après tout, avant L'enfant de Paris, la plupart des longs métrages Européens sont des peplums ou des drames historiques. Feuillade s'apprête bien à tourner une série de drames policiers, cinq longs métrages, mais ils seront liés entre eux par les personnages récurrents et leur ennemi, Fantômas... En France, le film ambitieux se doit d'être frappé du sceau du film d'art, encore régi par un style cinématographique hérité de L'assassinat du duc de Guise, tourné en 1908: une éternité avant 1913... L'Enfant de paris aurait pu être un serial, dont il adopte le ton populaire et la compartimentation en cinq parties, mais il est une évidence à le voir que le film a une unité que ne posséderont jamais les serials, qui s'adaptaient au fur et à mesure de leurs parutions; il est très probable que le film de Perret ait fait l'objet d'une sortie en épisodes, et que les distributeurs aient eu le choix, mais Perret dont c'était la première oeuvre de longue haleine a tourné son film d'une traite. Mais pas de Rome ou de Grèce, pas de grande histoire, ici, juste un mélodrame splendide qui installe un suspense familial, dans une histoire certes édifiante, on est bien sur chez Gaumont, et il ne faut pas mécontenter le bourgeois...

Suite à la disparition du capitaine Valen lors d'une bataille en Afrique du nord, son épouse meurt de chagrin et laisse à son beau-frère leur fille Marie-laure. Mais le beau-frère est appelé sous les drapeaux et n'a d'autre solution que de laisser la petite dans un pensionnat, ou elle sera maltraitée... a tel point qu'elle s'enfuit. elle est recueillie par un malfrat, le bachelier, qui la confie à un complice, un abominable savetier ivrogne dont l'assistant, un jeune bossu, se prend d'affection pour Marie-Laure, et tente tant bien que mal de la protéger. Un an plus tard, le capitaine qui n'était pas mort mais prisonnier, retrouve la liberté, et à paris apprend la disparition de sa fille... il met tout en oeuvre pour la retrouver...

Voilà, on est en plein dans les Deux orphelines, bien sur. Mais l'intérêt principal de ce film réside dans la parfaite maîtrise des moyens cinématographiques dont Perret fait la preuve en permanence: passée une exposition un peu longuette (un petit défaut qu'on retrouvera dans Le roman d'un mousse, la même année), il se jette avec délices dans le mélodrame, dont il raconte les péripéties avec un sens de l'économie et du rythme qui laisse pantois. il ne partage pas avec Feuillade cette tendance insupportable au didactisme lourdingue, et fait confiance au spectateur pour combler les ellipses de la narration, aime à prendre une scène en cours, et maintient l'intérêt en permanence avec son sens de l'éclairage. Et même les digressions sont maîtrisées, comme cette visite de Nice par le jeune bossu... Le film maintient sans grand effort l'intérêt sur plus de deux heures. Si ce n'est, on l'a dit plus haut, en aucun cas la naissance du long métrage, en tout cas c'est l'une des premières oeuvres populaires de deux heures qui maintiennent une telle cohérence. Un film que l'on ne peut que recommander chaudement, donc...

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 17:09

Sorti après son spectaculaire Enfant de Paris, Le roman d'un mousse est une preuve de plus de la maîtrise dont faisait preuve Léonce Perret avant la première guerre mondiale, et de la place qui fut la sienne au sein de la Gaumont: il est évident qu'il bénéficiait pour ses productions mélodramatiques de moyens à  la mesure de ses ambitions... Le scénario de ce nouveau mélodrame d'aventures est basé sur une intrigue très bourgeoise, dans laquelle un marquis ruiné, associé à un banquier sans scrupules (Sur lequel, hélas, je reviendrai plus loin), se marie à une comtesse fortunée. L'idée est bien sur de se débarrasser de la belle après avoir éloigné son bambin afin de faire main basse sur sa fortune; pour se débarrasser de l'enfant, le banquier se propose de jouer son percepteur le temps de la lune de miel, et de faire croire à une fugue, en laissant une lettre dans laquelle le gosse annonce s'être enfui. Puis, le banquier Werb place le gamin sur un bateau ou il sera ensuite brutalisé parle capitaine. Peandant ce temps, le marquis tente de tuer son épouse mais suite à une maladresse se tue lui-même... la comtesse est accusée du meurtre. Le mousse parviendra-t-il à la disculper à temps?

On le voit, les péripéties se situent dans le droit fil du roman populaire, mais Perret est à son aise avec l'installation d'atmosphères idéales: promenade fatale à St-Malo, ou le banquier drogue le garçon, scènes sur le bateau ou le gamin est en proie à la tyrranie du capitaine qui lui fait faire tous les sales boulots, intérieurs bourgeois rendus inquiétants par des jeux de lumières, décidément une qualité particulièrement représentée chez Perret, etc... Le film se voit sans aucun déplaisir, même si on n'est pas devant un film aussi beau plastiquement parlant, et aussi avancé que L'enfant de Paris... Et il y a aussi le problème que je qualifierai de politique: Werb, de son prénom Elie, est un usurier sans aucun scrupule, un banquier de la pire espèce, qui n'a aucune humanité. Encore une fois, faut-il en accuser le metteur en scène, ou faut-il s'en prendre à Gaumont, dont les idées conservatrices n'ont jamais été un mystère? quoi qu'il en soit, cette trace d'antisémitisme, aussi discrète soit-elle, est un défaut irritant dans ce qui reste une oeuvre accomplie, un film à voir donc d'un metteur en scène qui mériterait d'être plus remis sur le devant de la scène...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Léonce Perret
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 10:54

Ce film de 1912 interprété par Léonce Perret, Suzanne Grandais et Emile Keppens est une merveille, d'abord en lui-même, ensuite parce qu'on peut y déceler la création d'un genre, qui aura sur le cinéma de Gaumont d'abord, de France ensuite et du monde enfin des répercussions importantes. C'est pour ma part mon film préféré des quelques rares oeuvres de Léonce Perret que j'aie eu la chance de voir, et je dois cette découverte à l'inévitable coffret "Gaumont, le cinéma premier, vol.1", sorti en 2008, qui contenait 13 films de Perret.

Le principal apport de ce film , qui n'est sans doute pas le premier à le faire, mais qui fait partie d'un genre en plein développement, c'est de donner à voir un style de films de mystère, à vocation policière, dans lequel les balbutiements du cinéma de suspense sont intégrés, sans pour autant qu'il faille y voir la dette à Griffith. l'histoire racontée est celle d'un héritage qui tourne mal: Suzanne (Grandais) hérite de son vieil oncle, et son cousin Fernand de Kéranic (Perret) qui est nommé son tuteur deviendra automatiquement le légataire universel au cas ou la jeune femme décéderait ou serait frappée de folie. Fernand souhaite épouser la jeune femme, car, on l'apprend très vite, il a de sérieuses dettes. Mais celle-ci est amoureuse et fiancée, et Fernand a tôt fait de trouver un stratagème pour se débarrasser en même temps de l'amant et de sa cousine... ce qu'il n'a toutefois pas prévu, c'est que les deux tourtereaux puissent survivre, quoique sérieusement traumatisés par le traitement qu'ils ont subi aux "roches de Kador", mais aussi que l'on fasse appel à un traitement psychologique révolutionnaire, avec  projection d'un film, pour établir la vérité en provoquant une catharsis...

Derrière cette trame feuilletonesque, se trouve une intrigue à cheval entre deux mondes: les personnages sont bien sur des bourgeois et des aristocrates, des oisifs, sans qu'aucun jugement ne soit porté à cet égard, mais l'intrusion du crime spectaculaire d'une part, et du cinéma comme méthode térapeutique d'autre part, nous renvoient à ce bon vieux 20e siècle. Le film par son sens du spectaculaire photogénique anticipe sur les feuilletons de Feuillade, qui ont commencé dans le sillage de ses 5 Fantomas commencés l'année suivante. La scène selon moi la plus mémorable est celle qui voit Fernand, qui a convoqué le fiancé aux "roches de Kador" après avoir drogué Suzanne, laissée pour morte sur la plage, tirer sur le malheureux, dans un plan qui est pris de point de vue de Fernand, dissimulé derrière les rochers, avec sa victime en contrebas. dans cette séquence, Perret qui a construit la scène avec une grande lisibilité nous entraîne dans le suspense avec ses champs contrechamps. Le suspense ici tient au fait qu'on sait que Fernand a un projet et qu'il a fait venir l'autre homme, tout ce qui nous reste à découvrir, c'est le mode choisi pour son crime. A un suspense de bon aloi, il ajoute donc une violente surprise...

Les scènes de thérapie, rendues dramatiques par un jeu magnifique sur l'obscurité, jouent bien sur sur l'objet cinématographique; la personne qui va regarder un film, à savoir Suzanne, afin de lui faire retrouver la mémoire, est d'abord isolée dans un halo de lumière, étant de fait désignée comme notre cible à nous spectateurs. Cette personne qui est le centre d'un film va regarder un autre film, découvrir la vérité, et revenir à la raison. La mise en abyme est soulignée non seulement par la mise en lumière de la spectatrice, mais aussi par l'obsédant écran blanc qui envahit une bonne partie du cadre, contrastant avec la longue chevelure noire de la jeune femme. la séquence est étrange, visuellement très forte, et franchement inoubliable.

Une dernière chose concernant ce film qui aspire au respect, et qui nous est transmis dans une magnifique copie: une scène fera sans doute sourire les plus indulgents d'entre nous, lorsqu'on nous dit que'une barque dérive au large, sur la mer déchaînée, et que l'on voit un bateau qui est manifestement échoué sur le fond sablonneux de ce quqi est évidemment une plage, on va forcément tiquer. Mais quelle proportion des spectateurs de la plupart des grandes villes françaises en 1912 et 1913 qui ont vu ce film étaient déjà allés à la mer? Combien étaient en mesure de déceler la supercherie? ce qui apparaît aujourd'hui comme une naïveté est juste le rappel qu'en matière de film, il est parfois utile de ne pas en savoir trop, il faut se laisser aller, et permettre au film de prendre le pouvoir. C'est l'une des leçons de ce film essentiel, qui en plus d'être beau à tous points de vue, possède un titre, franchement, qui ne peut que faire rêver.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Léonce Perret
15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:50

Sous ce titre affligeant, se cache bien sur une comédie, typique de la production d'avant-guerre de la gaumont, dans la mesure ou elle est d'inspiration boulevardière, mais cette courte bobine a aussi la particularité d'avoir posé des probmèmes d'attribution; on l'a souvent placée dans la filmographie de Louis feuilade, avant d'en créditer Perret. Pour appuyer cette hypothèse, on constate en effet la présence de son style direct et enlevé, notamment dans les séquences présentant les employées d'un magasin. Le très beau plan du champ de Mars pourrait bien être l'oeuvre du chef-opérateur de Perret, le fidèle George Specht, même si les films de Feuillade ne reculaient pas devant la représentation sublimée de Paris. Enfin, les plans typiques de ses films, qui jouent sur le cadre en filmant depuis un intérieur (l'entrée de la boutique) pourraient bien être effectivement la patte de l'auteur de L'enfant de Paris. Pour le reste, c'est une petite comédie charmante, mais sans grand intérêt. Il y a d'autres "Oscar", mais la série est décidément moins intéressante que celle des "Léonce".

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 18:18

 

Ce film, qui appartient à la veine dramatique de Léonce Perret et de la Gaumont, est basé sur le contraste, à l'image de l'ensemble de ses films, qui passaient de la comédie à des drames mystérieux et des aventures feuilletonesques. Le début du film commence dans un cadre familier et bourgeois, chez un médecin, qui reçoit. Il est temps de coucher la petite, mais celle-ci se sent mal; le médecin diagnostique une diphtérie, se sent impuissant et appelle un collègue, justement un éminent spécialiste; celui-ci annonce sa venue, mais a une panne de voiture; il décide donc de faire le reste du trajet à pieds, à travers bois, et se prend deux doigts d'une main dans un piège à loups. N'écoutant que son devoir, il trouve rapidement une solution... Pendant ce temps, au chateau, on panique...

 

Le film n'est pas basé sur le suspense, on peut considérer cela comme une erreur, mais ce type de narration n'avait pas encore trop fait de petits sur nos contrées. Perret n'est pas Griffith, et du reste le film même s'il n'est pas Death's marathon est suffisamment intéressant tel quel: c'est dans le contraste entre la fête enjouée du début, l'angoisse des premiers symptômes de la petite, mais aussi la quiétude austère de l'étude du médecin qu'on appelle chez lui; contraste encore entre les deux pièces que nous verrons le plus du chateau ou doit se rendre le héros: le salon, allumé, que nous ne traverserons qu'au début, et qui sert ensuite de toile de fond, lorsqu'on se trouve dans une pièce plus sombre, ou l'angoisse monte pour les deux parents. Les invités passent de l'une à l'autre, de l'ombre à la lumière, et Perret utilise comme il le fait souvent le même type de composition, basée sur un encadrement, ici c'est une porte intérieure, ailleurs une fenêtre. Il utilise mine de rien, de façon toujours réaliste et sans se forcer, la profondeur de champ.

 

Quant à la solution trouvée par le docteur, l'une des forces du film est de ne jamais nous la montrer, ne jamais la nommer, et ne la mettre en évidence que par quelques gestes, toujours précis... mais elle ne fait aucun doute! Le film réussit donc à élargir considérablement la palette des films Gaumont, d'un film très bourgeois, pas folichon, à la base, on a entrainé le spectateur croyant assister à un film classique dans un terrible drame d'une grande subtilité.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 18:05

Avec Sur les rails, on aborde un genre particulier de films, qui joue à la fois sur le quotidien, et les histoires de La vie telle qu'elle est, pour reprendre le titre de la série Gaumont, mais aussi sur le sensationnel et le fait divers, que d'aucuns qualifieront de crapuleux. ce film est, en gros, de la même famille que les deux films non attribués déjà chroniqués ici. Mais des trois c'est clairement le meilleur, le plus glauque, le plus austère dans ses intentions, puisqu'il va à l'essentiel. Deux hommes, tous les deux cheminots, aiment une même femme (Valentine Petit). Elle en préfère un (Eugène Bréon) mais l'autre (emile Keppens) ne l'accepte pas, et se lance dans une basse vengeance: il saoule son ami, et l'amène en pleine nuit sur les rails, juste avant le passage d'un train...

la force de ce film ne tient quand même pas qu'à son austérité. il y a là-dedans du savoir-faire, ou plutôt du savoir-montrer, combiné à l'efficacité des acteurs: de plus, le travail de Perret se concentre sur le regard, à travers un certain nombre de plans; par exemple, on voit les deux amoureux se rapprocher, assis sur la fenêtre du café de la gare ou travaille la femme, puis le contrechamp, filmé depuis la maison, nous montre Keppens, dans le fond du plan, situé dans la composition juste entre les deux. le contraste entre la taille des protagonistes d'une part, et l'éclairage (Les deux amoureux sont en ombre chinoise ou presque, Keppens en pleine lumière) met en valeur le désespoir penaud de celui qui est au milieu de ce plan., et dont on a adopté le point de vue.

Il y a beaucoup à voir dans ces 14 minutes, qui donnent plus que jamais l'envie de continuer ce petit voyage chez Perret...

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 17:45

Interprété par Léonce perret, et Mme (Valentine Petit), avec la complicité d'Emile Keppens, L'express matrimonial est une comédie de la série Léonce, qui avait rendu l'image du cinéaste célèbre. Affable et rondouillard, il promène sa bonne mine de film en film, ce qui ne l'empêchera pas de jouer occasionnellement les bandits (Le mystère des roches de Kador). L'intérêt principal de ce film en attendant est de proposer une charmante comédie sentimentale qui tire parti d'avoir été tournée dans un vrai train en marche.

L'ingéniosité déployée par Perret pour s'adapter à la situation, et incorporer en plus la notion de défilement, puisqu'on voit effectivement que le décor bouge derrière les vitres, donne un cachet particulier à ce joli film, qui par ailleurs conte comment Léonce se rend chez son oncle, qui lui a trouvé un beau parti et cherche à lui présenter la dame. Mais le héros a fait une rencontre dans le train, et en dépit de l'horrible chaperonne qui accompagnait la dame en question, a sorti le grand jeu... C'est donc bien moins motivé qu'il arrive à destination.

Plutôt que de baser tous ses gags (il n'y en a pas énormément) et toute sa drôlerie sur la drague, Perret joue parfois la carte de l'embarras, à l'instar d'un Max Linder, mais il le fait plus subtilement que Max, préfigurant à sa façon les futures comédies de Charley Chase. Quelques séquences notables nous montrent des solutions inattendues pour un film de 1912, tels ces plans qui incorporent certains des protagonistes par le biais d'un miroir. il ne s'agit pas contrairement à ce genre de dispositif dans les films plus proches de nous d'étendre le champ de vision de la caméra, mais tout bonnement de trouver une solution pour placer la caméra dans un wagon d'un train en marche... Un autre plan, situé à l'arrivée du train, capte l'activité dans les rues (De Niort, semble-t-il) en 1912, la caméra filmant la sortie des figurants et de Léonce depuis la gare elle-même. le contraste entre la rue baignée de lumière, et la pénombre dont sortent les gens, crée une très belle composition.

Une autre voie pour la comédie, basée en France (Voir les films de Jean Durand ou de Roméo Bosetti) sur l'accumulation, la poursuite, le grotesque... Voilà donc ce que cherchait à produire Léonce Perret. Avec ce film, il y parvient sans aucun problème.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 15:33

Un drame à l'usine (1912)

Le pavé de Paris (1912)

 

Sur le coffret Gaumont, le cinéma premier, Volume 2, figure un ensemble de films non attribués, parmi lesquels trois films qu'un certain nombre de détails permettent de rattacher à la filmographie de Perret; Les deux premiers appartiennent au canon réaliste de la firme à la Marguerite, faisant partie, ou étant plus ou moins rattachés à la série "La vie telle qu'elle est", ou s'illustrera en particulier Louis Feuillade, et on pourrait d'ailleurs argumenter par bien des aspects (poésie faubourienne, noirceur du propos, mais force reste à la loi et au capital, présence d'Eugène, ou Edmond Bréon, etc) de leur appartenance à la filmographie de Feuillade, le père des Vampires!

Néanmoins, les deux films possèdent des atouts qui nous permettent d'émettre une autre hypothèse, surtout le deuxième.

Un drame à l'usine raconte la faute d'un contremaître qui frappe un ouvrier; celui-ci doit être hospitalisé, et le contremaître est licencié, mais plutôt que de se venger, il va être obsédé par le remords, et va d'abord venir en aide financièrement à la famille de sa victime, Pujol. Puis il ira plus loin, et réintègrera l'usine après avoir sauvé ses camarades lors d'un incendie.

L'obsession du héros, la façon dont l'action va droit à l'essentiel, sans les sacro-saintes pesanteurs des films de Feuillade, peuvent éventuellement être rattachés à des films de Léonce Perret; dans Le pavé de paris, en revanche, je dirais que ce sont certains ingrédients, et notamment des trouvailles visuelles (Dont le gros plan d'un pavé dans un iris, qui sert de fil conducteur au film), qui nous rappellent les films du même genre dont on sait que Perret les a signés; de plus, on retrouve encore un certain sens du rythme assez enlevé, avec la tendance à ne pas trop en demander aux acteurs, qui vont à l'essentiel: Feuillade, ou Etienne Arnaud, en demandaient plus, voire trop, à leurs interprètes... De toutes façons, on ne saura jamais qui a oublié de signer ces deux films.

 

Le portrait ovale (1910)

(Le portrait inachevé, ?)

 

Ces deux titres recouvrent donc un seul et même film, retrouvé à la Gaumont, sans titre ni indication de metteur en scène, et inclus dans le coffret déja mentionné sous le titre supposé de Le portrait inachevé, sans qu'aucune indication de date ne nous soit donné. Si le film est encore un peu gauche par rapport, disons, à L'automne du coeur, déja vu il ya deux jours, c'est sans doute qu'il date d'avant; Perret a commencé la mise en scène en 1909, et parmi ses filmographies, on indique un "Portrait ovale", d'après Poe, pour l'année 1910. Ce film se rattache en effet à cette histoire, et conte l'obsession d'un homme, un aristocrate qui a tué la femme de sa vie à l'occasion d'un accident de chasse, alors que le portrait qu'il peignait alors d'elle est resté inachevé. Il cherche des modèles pour la remplacer, en vain, jusqu'au jour ou il rencontre son sosie, physiquement du moins, car la jeune femme est, le pense-t-il, indigne de lui: il voit d'ailleurs Jeanne, sa femme décédée, lui reprocher son choix. jusqu'au jour ou pour lui plaire, Madeleine se grime en jeanne...

 

Ca nous rappelle forcément quelque chose; bien sur, Vertigo vient d'une histoire similaire, mais aussi, plus proche de ce film, le beau et très noir Rêves de Evguenyi Bauer: sur un canevas similaire, le Russe allait plus loin dans le drame, mais les trois fils ont en commun le thème du sosie qui va recréer la femme morte. Mais dans ce film, cela s'exprime d'une façon directe, sans trop de pesanteur ni fioriture: Bauer, dont le film date de 1915, délaiera le temps, jouant sur la tension et les tourments intérieurs. Perret, si c'est bien lui, ne s'attarde pas. Mais la façon dont il montre l'obsession, combinée à la tendance à l'adoration de la femme (les cinq premières minutes du film, avec la séance de pose durant laquelle le marquis est hypnotisé par son épouse), nous renvoient à L'automne du coeur, une fois de plus.

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret