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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 17:57

Mademoiselle Musi (Musidora) est une fervente lectrice des exploits des Vampires, d’après les célèbres films de Louis Feuillade mettant en scène Irma Vep interprétée par... Musidora. Une fois qu’on sera prêt à accepter ce postulat, on regardera d’un œil parfois distrait ce film de moyen métrage, dans lequel Louis Feuillade trouve un ton moins farcesque à la comédie, un peu à l’imitation des œuvres de Léonce Perret:

Lagourdette (Marcel Levesque) courtise Melle Musi, et en l’entendant vanter les exploits de sa bande de criminels favoris, il prend la décision qui s’impose: il va lui montrer que lui aussi peut commettre des crimes… Et pour faire semblant, il propose à ses domestiques de jouer les victimes innocentes, un stratagème qui se retournera contre lui. Car si la jeune femme est fantasque, elle n’est pas sotte pour autant…

Je parlais de Léonce Perret, c’était sans doute l’inspiration pour Feuillade. Mais en terme de comédie et de marivaudage, les deux metteurs en scène ne jouent pas dans la même catégorie. Feuillade était certes plus à l’aise dans les drames baroques, les séries policières et les films sentimentaux, sans oublier les drames patriotiques, passage obligé de l’époque...

Mais il est assez plaisant de voir Musidora en complicité avec Levesque, son ennemi juré dans Les Vampires, dans un film qui ressemble beaucoup à un produit dérivé sans doute sans grande importance.

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade 1916 Comédie Muet
6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 14:19

Romeo Bosetti, c'est l'un des noms qui reviennent souvent lorsqu'on parle des burlesques Français des tous débuts du cinéma. Chez Gaumont, le monsieur précurseur du surréalisme a créé un style propre, fait d'une excentricité contrôlée, jouant plus sur la notion de décalage que sur le chaos, contrairement à un Jean Durand dont la troupe de comédiens-acrobates avait pour mission de faire régner l'anarchie dès le début d'un film. 

Expressions photographiques (1906) est une fantaisie basée sur un principe simple: trouver dans la vie amoureuse des équivalents de ce qu'on fait en photographie, et donc bien sur en matière de cinématographie. La prise d'un cliché, ou l'histoire d'un couple, placés sur le même plan, une idée poétique de Louis Feuillade, qui donne un film court et plaisant. C'st aussi d'une grande sophistication, Bosetti jouant le rôle principal sans aucun dérapage vers le grotesque...

On peut sans doute s'étonner de la présence de Feuillade, le moustachu bourru, futur auteur des serials prestigieux et de drames, au générique de cette comédie, mais voilà: il en va ainsi des trajectoires de cinéma des pionniers, ils étaient souvent versatiles... Et même s'il serait loin de se spécialiser dans le genre, Feuillade a aussi donné dans la comédie en tant que réalisateur.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade Romeo Bosetti
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 13:35

Monsieur et Madame divorcent, car Madame a fauté... C'est donc Monsieur qui obtient la garde de l'enfant. Celui-ci ne tarde pas à se languir, d'autant que son papa, un monsieur important, a du travail, et des affaires qui l'attendent. Avec la complicité de sa belle-mère, la maman réussit à voir son fils, et l'enlève... Le père n'a d'autres ressources que de faire appel aux gendarmes.

C'est un petit film, à peine une bobine, qui a bien du faire pleurer dans les salles, le bon public réuni... Devant une situation où le bon droit tel que la très conservatrice Gaumont et le très traditionnel Feuillade le concevaient, triomphera in extremis: donc le divorce, c'est mal, et il faut un papa et une maman, ce qui nous rappelle les idées nauséabondes d'une frange peu ragoûtante de notre actuel fascisme à la française, mais je m'arrête là sur ce terrain.

Car ce qui compte ici ce ne sont pas les idées, mais bien la faculté du cinéma à se glisser dans le quotidien, et tout en préservant une certaine licence poétique de mélodrame (quelques grands gestes et quelques pleurs pur la grande Renée Carl), Feuillade semble ici rôder le style "réaliste" ou à peu près, qu'il utilisera pour sa célèbre série de films "La vie telle qu'elle est" entre 1911 et 1913.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 10:36

A Paris, une pièce, La vierge de Corinthe, rencontre un énorme succès, et l'actrice Lina Béryl (Suzanne Grandais) y triomphe... La pièce fait l'objet d'un petit mystère, car l'auteur, considéré par tous comme un génie, a souhaité rester anonyme. Mais l'auteur, justement, a vu la pièce et il est littéralement subjugué par son interprète principale, au point de la contacter régulièrement (notamment au téléphone, ce qui occasionne un superbe "split-screen"). Mais toujours à distance: car que se passerait-il si elle apprenait que Paul Darcourt est un nain?

C'est le célèbre nain Delphin qui interprète ce difficile rôle, celui d'un homme qui est né trop petit, mais contrairement à ce qu'on voit souvent dans les films, appartient à une famille aisée. Il vit seul avec sa mère (Renée Carl) dans des appartements cossus, et la brave dame le couve comme elle l'a toujours fait, pour le protéger...

Le film, qui fait partie de la série "sociale" de Feuillade, "la vie telle qu'elle est", nous raconte une histoire qui est une réponse exacte et cruelle à la question posée plus haut... Il est à porter au crédit du metteur en scène et des interprètes, non seulement d'avoir évité les clichés, mais aussi d'avoir traité ce sujet de la différence, du préjugé, et de la difficulté de s'intégrer, d'une manière frontale.

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 10:25

M. et Mme Trévoux (René Navarre et Renée Carl) vivent heureux, ils ont un garçon, et les affaires de Monsieur sont prometteuses. Mais Madame a une attirance pour la chiromancie qui va lui jouer des tours: une dame inquiétante lui révèle que sa main trahit un avenir sombre, elle va "perdre un être cher". Elle a, forcément, des appréhensions quand son mari quitte Paris pour Cherbourg, afin de prendre le bateau pour New York... Et ces appréhensions seront vite confirmées, car le bateau va rencontrer un iceberg...

Deux préoccupations pour Feuillade ici: d'une part intégrer à sa série de films "la vie telle qu'elle est" un scénario sur la chiromancie, vaste entreprise d'exploitation des nigauds très en vogue à l'époque... Mais d'autre part, le réalisateur est à l'écoute de l'actualité, comme le Danois August Blom (réalisateur du film Atlantis la même année): il a été lui aussi frappé par l'anecdote du Titanic, et il introduit cette réalité-là dans son film; ce qui aura pour effet de pilonner un peu plus le charlatanisme des chiromanciennes, d'ailleurs, ce qui était l'intention première.

Comme souvent dans cette série, c'est dans les intérieurs que Feuillade révèle l'étendue de son talent, et on se souviendra longtemps de cette scène captée dans la pénombre, où seule apparaît la silhouette de Renée Carl, éternelle mère inquiète qui veille sur son enfant, et éclairée seulement d'une petite lampe...

Notons pour finir que le film est réduit à 24 minutes, il manque le dernier acte, celui dans lequel on confond les escrocs de la chiromancie. Dommage...

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1912
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:01

La fée des grèves montre le sens de l'histoire de Feuillade, avec un conte que n'aurait pas renié Méliès. En plein seizième siècle, un noble pêche par hasard une sirène, et la ramène chez lui. Ils se marient, mais elle ne peut accepter de vivre loin de son royaume sous-marin. Il prend la décision de la suivre...

Tourné pour moitié dans des décors "naturels" (Et un château en bord de mer), et en studio où le "royaume" sous-marin a été reconstitué (Occasionnant un ballet sub-aquatique de naïades aussi empesées que les "fées" du film Le Printemps de la même année), il a été aussi colorié au pochoir. Là s'arrêtent les comparaisons avec Méliès, le film étant loin de la magie des contes de la Star-film...

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:57

La féérie selon Feuillade... Dans ce film des premiers temps de son oeuvre, on assiste un peu embarrassés à un ballet, disons, artistique... Un genre de film qui fait florès et qui s'inspire du goût des gens bien comme il faut, des spectacles de patronage.

Une vingtaine de femmes, en toges, se livrent à une bacchanale sur le thème de l'arrivée du printemps, parfois accompagnées d'enfants nus. C'est ridicule, c'est vain, et c'était une tendance, ce que n'oubliera pas Chaplin qui fera une parodie ultime de ce genre de films, mais en mille fois mieux, dans Sunnyside...

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:51

On oublie souvent qu'à partir de son arrivée chez Gaumont, Louis Feuillade, d'abord assistant d'Alice Guy, a vite du apprendre à tout faire. on lui doit donc, avant même que ses goûts ne le poussent vers l'exploration gourmande du genre policier, un nombre de films impressionnants dans tous les genres: féeries, drames, et bien sur des comédies. Certaines, regroupées dans des séries (Bébé, Bout-de-Zan) sont embarrassantes à regarder aujourd'hui, mais certaines témoignent au moins du fait qu'il savait attacher une certaine rigueur dans son métier. C'est de cette époque que date ce petit film...

Pour autant, il n'y a pas grand chose à dire sur Une dame vraiment bien, un film entièrement basé sur une idée simple, mais efficace: une dame élégante (Renée Carl) traverse la ville tranquillement, sans se soucier des catastrophes qu'elle déclenche sur son passage. En effet, tous les hommes sont subjugués par elle, et ont la tête toute retournée, aussi bien les commerçants, les passants, les ouvriers et bien sur les gendarmes... J'ai deux hypothèses quant au gag qui illustre cet article, et j'imagine que les émules de Freud s'attacheront à l'une d'elles. Mais je pense que l'autre est plus raisonnable: Feuillade souhaitait faire une allusion aux temps héroïques et déjà lointains des frères Lumière...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:46

Le récit du colonel est ce qu'on n'appelait pas encore, à l'époque, un plan-séquence, basé sur une idée, elle aussi, fort simple: un vieux militaire en retraite a pris l'habitude d'égayer les repas auxquels il est invité en se livrant à des récits vibrants de ses exploits passés. Et pour le mettre en scène, Feuillade nous montre le vieux s'emportant, provoquant par ses éclats de voix de tels sursauts chez les domestiques que ceux-ci en lâchent immédiatement la vaisselle, puis s'emballant de plus en plus, le colonel joint le geste à la parole et commence à tout casser... La fin n'est pas une fin, mais un armistice, et on peut voir les convives revenir sagement s'installer, comme si de rien n'était. Le film est drôle, de par la façon qu'a eu Feuillade d'orchestrer le crescendo...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade
25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 10:40

Ce film de moyen métrage qui s'intéresse à l'actualité brûlante de la guerre fait partie d'une veine qui tient plus de la propagande que de la tranche de vie, pour l'auteur de la série justement célébrée, La vie telle qu'elle est, et bien entendu on n'y trouvera pas l'attrait du mystère si présent dans les films criminels et les séries d'aventure. Cela étant dit, il y a là matière à trouver de l'intérêt...

L'histoire est d'un caractère édifiant, mais n'est pas assimilable à l'esprit "fleur au fusil" des premiers mois de la première guerre mondiale: l'intrigue tourne autour de trois environnements, avec d'un côté, un poilu qui se languit de sa famille quand il est au front, de l'autre la famille à l'arrière et déplacée (leur région est occupée par l'ennemi) et enfin, la "marraine de guerre" du héros, une brave châtelaine Tourangelle, de la meilleure société évidemment, qui va réunir la famille séparée à l'occasion de Noël...

Les bons sentiments, la présence inévitable d'un arrière-plan religieux ('un esprit Catholique d'avant 1905!) trahissent l'esprit Gaumont dans toute sa naïve splendeur, et je ne suis pas sûr que le très comme il faut Feuillade, pourtant si conservateur, se soit beaucoup intéressé à cette histoire. Mais il a su traduire les solitudes, les langueurs des uns et des autres, en images superbes. Il utilise avec verve la pénombre et même la profondeur de champ pour révéler à la faveur d'une porte entrouverte les soldats ennemis qui ont investi une cuisine pour y boire et célébrer leurs victoires. Par moments, on pense au cinéma Tsariste d'un Bauer ou d'un Protozanov, des cinéastes qui n'avaient pas de concurrence pour représenter la détresse intérieure...

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Louis Feuillade Muet