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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 17:07

A l'origine du film, il y a une pièce de Hector Turnbull, qui sera adaptée trois fois avant cette version à la Paramount sous le titre de The cheat: la première et la plus importante des trois versions est la plus importante, c'est bien sûr celle de Cecil B. DeMille, qui proposait une révolution stylistique monumentale, se plaçant quasiment à la source de tout un pan de la sophistication du cinéma Américain muet... Et pas que des Américains, d'ailleurs: en France, des futurs cinéastes seront bouleversés par ce film. Parmi eux: Marcel L'Herbier...

C'est là que ça devient bizarre: Jean Renoir, par exemple, viendra au cinéma après avoir vu Foolish Wives de Stroheim, et y restera malgré des échecs en cascade après avoir vu Greed du même auteur. Il y aura émulation, certes, mais le français ira chercher dans Zola ce que Stroheim a trouvé dans Norris: les vaches sont bien gardée, quoi! Mais j'avoue avoir du mal à comprendre la motivation pour L'Herbier de refaire ce qu'il considère, il l'a souvent dit, comme son film préféré, en tout cas celui qui l'a le plus marqué! Il va aller jusqu'à embaucher l'acteur principal, 22 ans plus tard. Et il enfonce le clou, puisque sa version commence par un rappel de la version de 1915, images à l'appui! 

Le script élabore l'intrigue, donne plus de contexte, en imaginant cette fois des occidentaux venir en orient et non le contraire; c'est là-bas, troublée par l'exotisme, et l'érotisme des Orientaux, que l'héroïne (Lise Delamare) va passer du statut de bonne petite bourgeoise à celui de flambeuse, sous l'influence conjuguée des notables blancs locaux, et d'un mystérieux prince Mongol, Lee-Lang (Sessue Hayakawa), pendant que son mari (Victor Francen) ne s'aperçoit de rien, trop occupé qu'il est à froncer les sourcils en permanence. Et L'Herbier a rajouté un personnage, un bandit dans l'âme dont les manigances ne semblent pas donner beaucoup de résultats (Louis Jouvet), bref un type qui ne sert à rien, si ce n'est être Jouvet, ce qui n'est déjà pas si mal. Et le script délaye au maximum ce qui reste évidemment le clou du spectacle: le marquage au fer rouge de l'héroïne par le prince Mongol...

Bon, Sessue Hayakawa est très bon, mais il ne comprend pas un mot de français, et nous non plus quand il parle. Lise Delamare est intéressante quand elle se tait, mais dès qu'elle l'ouvre... c'est la malédiction de l'acteur français et de ses automatismes: "Oh, ça a l'air si intéressant, à quel jeu jouent-ils, ces charmants petits chinois? Oh, mon dieu, j'ai gâââgné! Victor Francen fronce donc les sourcils, Jouvet est Jouvet et le film est totalement inutile. 

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel L'Herbier
6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 11:57

"Autour de...", c'était depuis Autour de La roue (de Blaise Cendrars, consacré au film-fleuve de Gance) le type de titre qui était donné aux films documentaires consacrés au tournage d'un film. Gance, qui financera lui-même outre Autour de La Roue (une bobine), un Autour de Napoléon (deux bobines) qu'on aimerait revoir, et un Autour de La fin du monde (également deux bobines) précieux qui contient de nombreuses images absentes du film fini, a créé une tendance, mais il n'était pas l'auteur unique des films en question. C'est également le cas de ce court métrage, signé par un journaliste et cinéphile, justement admirateur de Gance et de son cinéma, comme de L'Herbier.

L'idée de Dréville était simple: se déguiser en petite souris (ou pour reprendre l'expression Anglais, en "mouche sur le mur") et filmer le tournage de l'énorme superproduction L'Argent, de Marcel L'Herbier, en essayant de tout embrasser. La liberté dont Dréville a bénéficié sur le tournage se voit à l'écran, et on ne peut qu'être enthousiaste devant un film (de 39 minutes) aussi complet sur le quotidien d'une équipe de film. Il fait voir les images que Dréville a réussi à prendre de Brigitte Helm, Marie Glory, Henry Victor ou Pierre Alcover, tous concentrés sur la réussite d'un film auquel ils croyaient. Il reste que le plus fascinant à regarder est toujours L'Herbier, investi au point de modeler chaque mouvement de chaque geste pour ses acteurs... Et la technique cinématographique, dont l'amateur Dréville n'avait qu'une connaissance de fan, devient souvent non seulement le sujet objectif du film, elle est aussi utilisée à un degré d'invention rare pour un documentaire...

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet Marcel L'Herbier
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 11:50

Dans un cirque, on ne quittera pas la "galerie des monstres" et sa collection de personnages excentriques. Parmi eux, le clown Riquett (Jacque Catelain) vit dans une roulette avec la plus pure et la plus jolie des femmes du cirque, Ralda (Lois Moran)... Sa beauté influence les convoitises, depuis le dompteur au directeur. Celui-ci va tenter de la violer pendant un spectacle, alors que Riquett est en pleine danse de folie...

Marcel L'Herbier n'envisageait pas d'être le seul maître à borde des productions Cinegraphic, et son mode de vie l'encourageait à pousser ses proches à voler de leurs propres ailes, d'où ce curieux film. Jacque Catelain, acteur, écrivain et artiste multi-formes, était à bien des égards le protégé de L'Herbier, le jeune premier de bien des formes, parfois assez peu convaincant, mais qui donnait tout de même de sa personne.

Son film, qu'il a réalisé d'après un scénario adapté de son propre roman par l'obscur Eric Allatine, se distingue des films de L'Herbier par sa brièveté, et son refus d'en diluer le romantisme sec, qui parfois confine au cauchemar. Mais, avec l'apport du maître à la décoration de son film, Jacque Catelain ne peut faire oublier ses influences, en particulier lors d'une scène qui utilise la vitesse, le tourbillon, le délire et un montage ultra-rapide, qui semble venir en droite ligne de Eldorado (1921). Et le film échappe aussi à une tendance "raisonnable" de L'Herbier, qui ne peut pas s'empêcher de faire revenir les acteurs de ses drames dans les limites bourgeoises de l'acceptable. as Catelain, qui choisit de nous montrer que la vie d'artiste, c'est pour toujours, c'est un choix, et on peut y vivre heureux.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Marcel L'Herbier
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:36

Marcel L'herbier n'avait peur de rien et encore moins du ridicule. C'est simple: il suffit de se pencher sur n'importe lequel de ses films muets pour s'en rendre compte. Seulement à tort ou à raison, il habitait ses oeuvres, il se mettait tout entier derrière chaque scène, chaque plan, et se donnait corps et âme. C'est déjà un signe de forte respectabilité, qui fait de lui l'égal d'un Stroheim, d'un Vidor ou d'un Gance... quand ses films sont réussis. Et outre le splendide Feu Mathias Pascal où L'Herbier fait sienne l'ironie de Pirandello en y ajoutant son sens hallucinant du visuel, et laisse Ivan Mosjoukine faire montre de son talent exceptionnel, L'argent est 'un de ces films dans lequel un metteur en scène qui ose tout oser obtient des résultats uniques, brillants et inoubliables...

C'est irracontable: il y est tellement question de spéculation, que le fonds exact des malversations, transactions, coups fourrés et trahisons me semble, après plusieurs visionnage, tout bonnement incompréhensible. Peu importe d'ailleurs: dans ce film adapté plus ou moins de Zola mais transposé dans le Paris boursier de 1928, le metteur en scène nous montre un arroseur arrosé, un de ces hommes qui croit être au-dessus de tout, et posséder tout le monde. Il va jouer, beaucoup gagner, spécule, tenter de s'approprier les êtres, et finalement perdre... mais pas pour longtemps. L'Herbier lui impose surtout ses semblables, et à Saccard (PIerre Alcover), le banquier sans scrupules, il ajoute Gunderman, (Alfred Abel) un homme qui prend ses distances et qui se réfugie lui derrière un style moins carnassier... avec d'excellents résultats. On verra aussi la Sandorf (Brigitte Helm), une dame qui règle les élans de son coeur sur les comptes en banque des prétendants, et bien d'autres. Contrairement au Saccard de Zola qui montrait quelques penchants antisémites chez celui qui n'avait pas encore écrit J'accuse, celui de L'Herbier est surtout un enfant de son siècle, un homme qui a choisi une voie dictée par les dieux de la bourse. Sandorf et Gunderman, chacun avec sa manière (Froide et efféminée chez Gunderman, féline et calculatrice chez Sandorf) lui ressemblent beaucoup.

Mais le petit peuple de la bourse est une faune dans laquelle on trouve de tout, et on y trouve aussi des gens qui se sont perdus en route: ainsi les Hamelin donnent ils un angle d'approche intéressant, qui renvoie qui plus est à l'actualité: Jacques Hamelin (Henry Victor) est un aviateur doublé d'un home d'affaires, qui cherche un financement. Saccard va spéculer sur le héros et mettre tout ce petit monde en danger, et surtout il va essayer de s'approprier Madame Hamelin (Marie Glory) en l'absence de son mari. Une séquence, filmée au plus près des corps, nous montre une tentative de viol d'une violence rare...

Outre le jeu des acteurs, totalement irréprochable (Et à la liste ci-dessus il faudrait ajouter Alexandre MIhalesco, Yvette Guibert, Antonin Artaud et Jules Berry, excusez du peu) c'est bien sur la mise en scène enfiévrée, faite de plans mouvants, L'Herbier ayant tout fait pour bouger ses caméras dans tous les sens; on pense souvent au Dernier des hommes, pour situer, mais le metteur en scène ajoute un angle inattendu: à Murnau, démiurge de l'image, il répond par une sorte de détournement du style documentaire. Il construit des décors intrigants, habités par ses acteurs et sa figuration, et place sa caméra au milieu, en captant le plus souvent l'action centrale à travers le reste: il en ressort un fourmillement, une vie intérieure rare dans un film Français de l'époque. Et comment ne pas penser en voyant ces cercles boursiers vus d'en haut, avec ce grouillement des personnes, à une fécondation bizarre, ou pour le moins à une expérience délirante? L'argent est un joyau vénéneux, un film qui se mérite, le couronnement de la carrière muette de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans 1928 Marcel L'Herbier Muet
13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 09:41

Les problèmes n'ont pas manqué lorsque ce film, une production Cinégraphic réalisée en partenariat avec Gaumont-British, s'est fait: l'un des acteurs de premier plan est décédé, et la star Anglaise Betty Balfour est tombée sérieusement malade, par exemple. Le choix de L'Herbier de tourner tous les extérieurs à Honfleur, le lieu où est sensé se passer l'action, s'est avéré difficile à assumer, et à la sortie du film, le verdict généralisé a été sans appel: c'est comme L'homme du large, mais e moins bien, ont dit les critiques! ...Or c'est on ne peut plus faux! Car si de nombreux commentateurs, y compris aujourd'hui, se plaignent du jeu de Betty Balfour, je pense que c'est un atout, et autant je trouve le film de 1920 souvent ridicule et prétentieux, autant j'aime celui-ci...

A Honfleur, on suit les vies quotidiennes de deux familles, qu'on ne peut pas imaginer plus différentes l'une de l'autre. Les Bucaille sont des fainéants: le père boit tout l'argent de sa paie de marin, la mère laisse les enfants traîner dans les rues, et la fille aînée Ludivine (Betty Balfour) est la meneuse, non seulement de ses deux voyous de jeunes frères, mais aussi de tous les gamins du quartier, qui passent leur temps à faire des crasses... Leurs victimes favorites sont les Leherg, une famille étrangère qui est venue s'installer à Honfleur: le père est marin, et le grand fils Delphin (Jaque Catelain) aussi; la mère maintient sa maison en ordre, et le soir ils s'attablent tous les trois avec pour commencer une prière. Ludivine aime mener des opérations contre eux, qui consistent essentiellement à jeter des pierres sur leur maison, à la faveur de la nuit. Un jour, les deux hommes Leherg sont victimes d'une tempête, et Ludivine est persuadée en être la cause; après une "expédition" chez les Leherg, le père et le garçon lui ont fait part de leur mécontentement! Elle leur a souhaité à tous les deux de mourir... Mais Delphin en réchappe. Lorsque sa mère meurt, de chagrin, Ludivine repentante demade à ses parents de le prendre chez eux. Elle insiste tant, que la famille cède...

Bien sur c'est un mélodrame, complet, avec son improbable histoire d'amour. Mais L'Herbier ne serait pas L'Herbier sans la couleur locale, et ici bien sur c'est l'univers du port de Honfleur, avec ses trognes authentiques, ses cérémonies religieuses et processions avec don d'ex-votos à la vierge: des maquettes de bateaux, sur socle, dans des bouteilles, voire fixées sur des sabots, qui sont sensées les protéger une fois en mer. Le metteur en scène reste fidèle aussi à ses choix d'auteur bourgeois d'histoires populaires (Même si le film est adapté d'un roman de Lucie Delarue-Mardrus, complètement oublié aujourd'hui): sa distinction entre les feignants, les Bucaille, vulgaires, sales et sans dieu, et les braves gens, les Leherg, travailleurs, propres, et pieux, est l'essence même du mélodrame! Mais dans cette intrigue qui se nourrit de l'arrivée extérieure d'une menace, celle d'un malhonnête qui décide de s'approprier Ludivine pour en faire la vedette d'un bar à matelots, et tant pis s'il faut organiser un simulacre de mariage d'abord, fait loucher le flm du côté de Griffith!

Et c'est sans doute là que l'apport de Betty Balfour est crucial, car elle rythme non seulement toute la première partie du film de son énergie communicative, mais en plus elle oppose à Jaque Catelain un jeu tout en contrastes, dans lequel elle sait jouer de ses yeux, et de ses gestes. Il est remarquable d'ailleurs de constater que l'acteur, généralement si fade, semble ici bénéficier de cette partenaire, si différente des rôles interprétés par Marcelle Pradot habituellement! Et Honfleur inspire L'Herbier avec son authenticité visuelle, sans parler du clou du spectacle, une tempête métaphorique dans laquelle Ludivine et Delphin vont enfin admettre leur amour. Le metteur en scène va d'ailleurs concentrer ses audaces de mise en scène à l'approche de cet événement, adoptant pour la première partie un rythme soutenu, mais essentiellement efficace... Bref, on est ici devant l'un des meilleurs films de son auteur, tout simplement.

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1927
22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 17:07

L'Herbier a fondé en 1923 le studio Cinégraphic après quelques années passées à Gaumont, et ce film est sa deuxième réalisation pour cette nouvelle enseigne, après un obscur Résurrection d'après TolstoÏ. L'idée maîtresse du film, pour le metteur en scène, était de rassembler les arts afin de célébrer la modernité des pimpantes années 20: L'Inhumaine met donc en scène un scénario de Mac Orlan, des décors signés de Mallet-Stevens, Fernand Léger (Egalement responsable des formes du générique) et Claude Autant-Lara, une musique de Darius Milhaud, et on retrouve dans la distribution la cantatrice Georgette Leblanc, et les ballets Rolf de Maré font une apparition. Du beau monde, donc... Mais on a envie de demander à L'Herbier: c'est bien joli, mais... et le cinéma dans tout ça?

L'intrigue, quoi qu'on en dise, est du pur L'Herbier: une femme, cantatrice célèbre et étoile inaccessible, se meurt d'amour pour un homme qui le lui rend bien, mais aime tellement jouer les insaisissables qu'elle n'oppose que froideur et apparente indifférence à sa cour. Plus grave encore, elle laisse entendre qu'elle va se marier avec un des nombreux prétendants que compte sa "cour"... L'amoureux éconduit, Einar Norsen, va donc agir... On annonce sa mort, dans un spectaculaire accident. Claire Lescot croit avoir touché le fond, mais elle se relève lors d'une prestation houleuse, sabotée par certains des prétendants jaloux... Mais Einar Norsen, l'ingénieur, inventeur et mystificateur, est-il vraiment mort?

Et là, on a envie de répondre qu'on s'en fout, parce que ce scénario ridicule, qui traîne en longueur, et en prime saboté derechef par des acteurs exécrables, et par des trouvailles avant-gardistes dont le sens échappe au commun des mortels. J'aime l'expérimentation cinématographique, les petits films de Man Ray ou Entr'acte de René Clair, voire Un chien Andalou, mais ici la prétention est telle, et l'ennui est si inévitable, que ce n'est tout bonnement plus possible. Et comment croire que Jaque-Catelain, en combinaison de latex bien mou, tout droit sorti d'un épisode de Flash Gordon, soit l'inventeur le plus génial de tous les temps?Comment croire un instant que Georgette Leblanc (la soeur de Maurice, condition indispensable des co-financiers de L'Herbier) soit l'inaccessible vedette?

Incidemment, histoire qu'on s'instruise un peu, je me permets de rajouter qu'hélas, la partition de Darius Milhaud est perdue. Pour le reste...

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Published by François Massarelli - dans Marcel L'Herbier Muet 1924
16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 08:46

Ce tout petit film est bien intrigant, surtout si on le compare aux superproductions ambitieuses de L'Herbier à la même époque. Il est adapté d'une pièce contemporaine, nous dit-on, mais comme ensuite on apprend par le générique que parmi les acteurs se trouvent Jaque-Catelain et Marcelle Pradot, "des théâtres Gaumont", le doute me prend... Et à la vision du film ce doute se confirme: ce court métrage de 16 minutes est selon moi une parodie, assez bien menée, pour ne pas dire une auto-parodie, du mélodrame. Venant du réalisateur de L'homme du large ou de Le diable au coeur c'est assez gonflé, mais les faits son là: il est impossible de prendre ce film au sérieux, mais à aucun moment, le réalisateur ne souligne trop la supercherie, permettant ainsi au spectateur de croire au sérieux de l'entreprise.

L'histoire de cette miniature tourne autour d'un rectangle amoureux et de la bourse, et est menée dans essentiellement deux décors. Le banquier Prévoyan (Gabriel Signoret) est un home d'affaires carnassier, mais dont la faiblesse est d'aimer passionnément une femme qu'il souhaite posséder, la belle Gaby (Eve Francis). Le secrétaire de Prévoyan (Catelain) est quant à lui amoureux aussi de Gaby qui le lui rend bien, mais sa collègue se consume d'amour pour lui (Pradot). Lors d'un coup en bourse particulièrement bien mené, les langues se délient, et le drame des jalousies éclate.

Dans cet étrange film, les figurants (Les lèche-bottes autour du banquier) sont des "acteurs" luxueux: non seulement peut-on reconnaître le fidèle ami de L'Herbier Philippe Hériat, mais les critiques et collègues Léon Moussinac et Louis Delluc se prêtent aussi au jeu. Mais finalement, le plus intéressant du film c'est qu'en 16 minutes bizarre, L'Herbier préfigure un de ses plus grands films, le superbe L'argent, d'après Zola, qui sera réalisé sept ans après.

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier
13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 16:10

Louis Delluc citait souvent ce film en exemple. L'exigeant critique (Et parfois cinéaste lui-même) y retrouvait un niveau artistique rarement atteint par le cinéma en cette époque... Pourtant une vision du film aujourd'hui produit souvent un sentiment de confusion, parfois d'ennui. Il faut vraiment y revenir pourtant, tant ce film, mélodrame revendiqué (L'Herbier donnait à tous ses films une catégorie changeante: Marine, Eau-forte, etc... C'était bien sur essentiellement de la prétention et un fort snobisme, mais dans le cas d'El Dorado, il a fait simple: la Gaumont a promu le film comme étant un "Mélodrame de Marcel L'Herbier".) tranche en effet sur toute la production Française, et même sur l'avant-garde, fort turbulente à cette période... Et il me fait penser aux efforts contemporains d'un autre cinéaste, et en dépit de la présence de sa muse Eve Francis, ce n'est pas Louis Delluc.

C'est afin de rendre hommage à l'Espagne que L'Herbier en a écrit le scénario, en compagnie de Dimitri Dragomir, son assistant sur plusieurs films. Il a imaginé une histoire de tous les temps, située à Grenade: Sibilla (Eve Francis) est danseuse, dans un bouge, l'El Dorado. Les filles dansent, et même si ce n'est jamais dit, elle vont peut être aussi un peu plus loin. Sibilla est la préférée des habitués, et elle danse toujours avec le sourire, même si la vie n'est pas rose: elle a eu un enfant d'une idylle ancienne, avec une crapule, Estiria, et le petit est malade. Sibilla sait que si personne ne lui vient en aide, le gamin mourra. Elle fait appel à son ancien amant (George Paulet), mais celui-ci marie sa fille (Marcelle Pradot) avec un homme de la haute noblesse, et ne veut pas laisser son passé le rattraper. Lorsque Sibilla découvre que la fille d'Estiria a un amoureux, un peintre (Jacque-Catelain), elle décide rpofiter de l'occasion pour assumer sa vengeance, tout en confiant son fils aux bons soins de la maman du jeune peintre...

L'Espagne de ce film a beau être essentiellement une image, une pose esthétique, L'Herbier lui donne une surprenante sensualité, en tournant quelques scènes-clés dans les palais hérités de la domination Arabe. Il favorise ici des caches très élaborés, rappelant les décorations de ces palais, et nous montre une vie intense et trouble dans les locaux enfumés de l'El Dorado. La faune qui peuple le café est évidemment en contraste avec la bonne société qui tourne autour d'Estiria, mais L'Herbier donne pour une fois à ces bourgeois suffisants une dimension satirique fort méchante, ce qui est une belle avancée pour ce moraliste impénitent... Et l'utilisation de tous les trucs habituels du cinéaste (Flous, caches, déformations) sont en harmonie avec le jeu intériorisé de l'actrice principale: El Dorado est le meilleur film d'Eve Francis, haut la main. Et si L'Herbier ira dans d'autres directions bientôt (L'inhumaine, Feu Mathias Pascal), ici, il se rapproche de Stroheim: même sens de la composition riche en détails, même mélange de sacré et de profane, de beauté et de laideur (Avec une composition étonnante de Philippe Hériat en fou du village qui ne pense qu'à violer Sibilla)... Il manque sans doute à L'Herbier un sens de l'éclairage que Stroheim possédait de manière spectaculaire, un sens plus sobre du montage (Celui de ce film est formidable, mais un peu trop pyrotechnique, contrairement à Stroheim qui savait doser son rythme)... et un scénario un peu plus solide! Mais en l'état, El Dorado, une fois passés les défauts si typiques de L'Herbier (Marcelle Catelain et Jacque-Pradot sont comme d'habitude la définition même de l'adjectif "tarte") est bien un film surprenant qui a après tout mérité son immense succès, et donné des ailes à L'Herbier qui s'apprêtait à lancer sa propre compagnie, Cinegraphic.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Marcel L'Herbier
19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:10

L'Herbier a souvent raconté comment, durant ses années chez Gaumont, il a du batailler ferme contre la bêtise du maître des lieux, Léon Gaumont, qui ne comprenait absolument rien à ses recherches... Lorsque L'Herbier par exemple avait recours à un flou artistique, savamment pesé, calculé, et inséré de façon dramatique dans une scène, au cours de la projection de présentation aux producteurs, le patron ne manquait pas une occasion d'engueuler le projectionniste, accusé d'être incapable de faire le point! On n'a pas forcément idée, en voyant aujourd'hui ses films, quel point il était novateur, et surtout à quel point L'Herbier sentait le cinéma, en ayant pour cet art encore balbutiant des idées qui aujourd'hui ont fini par s'installer... Ainsi que d'autres plus étonnantes qui tendent à rendre son style si distinctif. Dans un film de L'Herbier, pour commencer, aucun plan n'est naturaliste, y compris si l'intention était de capter la vie, il y aura toujours quelque chose pour le distinguer: cadrage, voire encadrement (Il aime les iris inattendus et les caches biscornus, et en use en en abuse avec délectation dans cet Homme du large), teintes recherchées et mélangées au cours d'une séquence, un jeu d'acteurs souvent paroxystique, et une utilisation parfois envahissante des intertitres, qui véhiculent une poésie certes novatrice, mais bien embarrassante. Avant Feu Mathias Pascal, l'oeuvre de L'Herbier est faite de films qui oscillent constamment entre le génie formel et le ridicule de l'intrigue, et ce mélodrame de la mer ne fait pas exception.

On y fait la connaissance d'une famille Bretonne (Les Bretons vus de Paris, ombrageux, superstitieux, chaussés de sabots et pauvres d'esprit comme de bourse), dans laquelle le père (Roger Karl) pêcheur se réjouit de la naissance de son fils Michel. Il décide que le fils sera sa chasse gardée, et que l'épouse se chargera de Djenna, la file aînée. Mais en grandissant, les deux adolescents sont diamétralement opposés: Djenna (Marcelle Pradot) est exemplaire, et Michel (Jaque-Catelain) est un feignant, attiré par le vice, auquel on père passe tout, jusqu'au jour bien sur où e drame s'installera dans le village, à cause évidemment de Michel...

Stylistiquement, c'est souvent enthousiasmant, avec un sens du rythme plus qu'enviable, grâce à un montage hyper serré, et cette touche visuelle qui détache sensiblement es films de L'Herbier du tout-venant. Mais quelle salade! Toujours aussi prétentieux, le metteur en scène appelle son film une "marine", comme il avait appelé Rose-France (1918) une "cantilène", et convoque les figures du mélodrame ultra-conservateur comme si c'était l'évangile. Aveuglé par l'affection, il donne aux deux acteurs qui partagent sa vie le beau rôle, et Pradot s'en sort bien, d'autant qu'elle a un rôle passe-partout, mais Jaque-Catelain est immonde, ayant finalement plus de talent dans la coiffure que dans on jeu d'acteur. Le mélodrame est classique et sans véritable logique, et franchement, dans cette histoire moralisatrice (Michel est vraiment diabolique, la preuve, il va au café le dimanche), on ne voit pas un seul instant où le metteur en scène veut nous amener. Bref, L'Herbier avait beaucoup à dire, il avait aussi et surtout beaucoup à apprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1920