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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 16:26

Les années 50... Deux policiers se rendent à Shutter Island, un pénitencier psychiatrique situé en rade de Boston. Leur mission serait d'aider à trouver une évadée, dangereuse et coupable d'avoir assassiné ses enfants. Mais sur Ted Daniels (Leonardo Di Caprio) les lieux ont un effet négatif, lui faisant revivre beaucoup d'épisodes de sa vie: la mort de son épouse (Michelle Williams), dans des variations constantes; un épisode de la guerre, lorsqu'il a participé à la prise du camp de Dachau, au milieu des cadavres... Bientôt, la paranoïa s'installe pour Ted, d'autant que son partenaire Chuck (Mark Ruffalo) disparaît...

Voilà un film "poupée russe" particulièrement carabiné, dans lequel Scorsese se plaît (sans doute) à varier les approches: noir poisseux au départ, avec ces deux détectives typiquement "hard-boiled" qui débarquent dans un sacré panier de crabes, puis des styles plus étonnants, dans lesquels on ne l'attendait pas: proche du fantastique, et même (la présence de Max Von Sydow, sans doute?) parfois Bergmanien! Mais si on ne l'attendait pas sur ce terrain, c'est peut-être aussi pour une bonne raison: car ça ne lui va pas très bien.

On s'achemine donc inéluctablement vers une résolution d'énigme, et c'est sans doute là que le bât blesse. Il faut toujours savoir se méfier de ce genre de dispositif... Cela dit ça permet au metteur en scène et à son acteur principal de jouer justement sur un type de personnage qui en devient furieusement Scorsesien: un homme qui souhaite tout ignorer de son passé et qui s'accroche à des mythes comme à autant de croyances... Pour autant, on restera poli, mais froid.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Noir
22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 08:32

Le leader syndical Jimmy Hoffa a disparu mystérieusement le 30 juillet 1975, dans des circonstances qui ne seront jamais élucidées. Pourtant un homme, l'un de ses amis, a raconté avant de mourir dans un livre les circonstances de sa disparition, une hypothèse bien sûr, mais c'est cette histoire qui nous est contée ici. 

Et pas que celle-ci d'ailleurs, car Frank Sheeran (Robert De Niro) a plus d'une anecdote à raconter sur sa vie de routier, puis de petite main du crime organisé, puis de bras droit d'un système syndical qui ressemble aussi à du crime organisé... Ces anecdotes, toutes plus croustillantes les unes que les autres, nus sont contées par Frank, retraité et placé dans un foyer (ici on dirait "un EHPAD), manifestement mal en point. Il nous raconte qu'il "peignait" les murs des maisons, mais le plus souvent  en rouge...

Son récit est organisé autour d'une journée particulière durant laquelle Frank, son épouse Irene (Stephanie Kurtzuba) , mais aussi leurs amis Russ (Joe Pesci) et Carrie Bufalino (Kathrine Narducci), ont roulé pour se rendre à un mariage. Mais le chemin est entrecoupé de flashbacks qui remontent jusqu'à 1949, et vont retracer la vie dans l'ombre des gens très louches, d'une sympathique mais dangereuse petite main de la mafia...

Sympathique, ô combien: c'est parce qu'il est un brave type et qu'il a le coeur sur la main que Frank va commencer à travailler pour les gangsters, à commencer par "Skinny Razor" (Bobby Carnavale) en volant les quartiers de viande premier choix pour son compte parce que le gangster a un faible pour le steak... Puis de fil en aiguille il va se rendre indispensable, à Razor mais aussi à Russel Bufalino, un gangster qui n'a jamais un mot plus haut que l'autre (et à ce titre, le Joe Pesci post-retraite est fascinant à voir par sa retenue!) y compris quand il fait exécuter quelqu'un, et Frank va donc se tailler une petite vie tranquille et à l'abri du besoin, en effectuant avec efficacité des boulots divers... 

Mais le film nous montre bien que cette réussite apparente cache une blessure de plus en plus vive, les relations avec sa fille Peggy (Anna Paquin) étant plus que compliquées... Car je le disais plus haut, Frank est dangereux, et sa fille qui l'a vu à l'oeuvre, le sait.

La narration à la Goodfellas, qu'on retrouve aussi dans Casino et The wolf of Wall Street, fait ici merveille, sans jamais passer à d'autres narrateurs. C'est toujours Frank qui nous parle, comme on se confesse, comme on dépose aussi, comme le vrai Frank a du le faire pour le journaliste Charles Brandt quand ils ont ensemble écrit le livre I heard you paint houses, sorti en 2004, et qui était la confession testamentaire de Sheeran...

Nous passons donc dans un maelstrom d'informations, d'un vieil homme ui nous raconte sa vie à des conversations philosophiques, sur la politique, la cuisine Italienne, ou que sais-je encore, et parfois des conversations muettes, les hommes ici n'ayant pas leur pareil pour développer d'un seul regard tout un palabre... Surtout quand il s'agit de tuer quelqu'un. La narration est d'ailleurs émaillée de petits moments inattendus, quand on rencontre un personnage, un texte sur l'écran nous détaille les circonstances historiques de sa mort pendant que le récit continue, ce qui est d'une diabolique efficacité, à la fois pour rassurer les tenants de la morale qui s'émeuvent à chaque film de Scorsese d'une vision du crime qui serait par trop séduisante, mais aussi pour faire avancer la thèse du film, qui est qu'on paye tout, à un moment ou à un autre...

Et c'est cette obsession de la faute, telle que la ressent Frank, qui est la colonne vertébrale du film, plus que la pourtant réjouissante amitié permanente de ces gens qui font exécuter leurs hommes d'un claquement de doigts. La faute qu'il ressent très tôt, vis-à-vis de sa fille qui l'a vu rosser violemment un commerçant qui lui avait manqué de respect quand elle était petite... Puis la faute d'une trahison, consciente, ressentie et douloureuse, qui est le centre du film. 

Dans Goodfellas et les deux autres films, la rédemption passait par le retour à la vie civile, après une période de magnificence forcément crapuleuse. Ici, Scorsese nous indique qu'il n'y aura pas d'échappatoire, et que le salut ne passe que par la mort. Le crime, c'est ici la démonstration, ne paie pas. Peut-être aussi que la différence s'explique par le fait que Frank, contrairement aux personnages des autres films, est un rouage, un osbcur, un sans-réel-grade...

...ce qui n'empêche évidemment pas le film d'être, sur ses 209 minutes, totalement réjouissant, passionnant et constamment drôle. Le retour de De Niro et Pesci dans l'univers de Scorsese, l'arrivée de Al Pacino (en Jimmy Hoffa, et si c'était possible, il réussit enfin à ne pas en faire trop!), la présence de Bobby Carnavale, de Stephen Graham (génial dans le rôle d'un sous-lieutenant du syndicalisme, disons, agressif) dans ce film sont autant de plaisirs... Je suis plus circonspect quant à l'option choisie par Scorsese, de "rajeunir" et parfois vieillir aussi, ses acteurs via un procédé numérique quil a choisi de pratiquer sans filet (sans les capteurs qui sont habituellement utilisés dans cette technique), car il en résulte une irrégularité qui se voit; mais le choix permet au moins aux acteurs d'interpréter à plus de 70 ans, des personnages sur l'essentiel de leur vie, et je le répète: de Niro, Pesci, Pacino, et j'en passe...

Donc le crime ne paie pas, mais il vous permet manifestement de passer du bon temps: je parle ici de Netflix, qui un jour ou l'autre nous privera des salles de cinéma.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 16:49

Toujours se méfier des chefs d'oeuvre officiels. Ces films dont on a un jour décrété qu'on ne peut pas ne pas les voir, et du même coup qu'on ne peut pas ne pas les aimer. 

Taxi Driver est régulièrement cité comme un chef d'oeuvre, un film incontournable, l'une des plus grandes dates du cinéma Américain: il en représente une sorte de paradoxe, aussi: tourné en 1975, il représente un peu l'acte de décès du système des studios, et symbolise une nouvelle époque qui va mettre en valeur les réalisateurs, et qui est déjà en place: William Friedkin, Coppola, Lucas, Malick sont déjà là.

Donc, Robert De Niro incarne Travis Bickle, un chauffeur de taxi qui est un moraliste: il vit à New York seul, consomme et travaille dans la ville, et il souffre d'insomnies permanentes. Il choisit de devenir chauffeur de taxi de nuit, afin d'occuper son temps, et nous parle à travers une voix off prononcée d'une voix morne.

Et Travis Bickle est aussi une éponge, un homme qui capte tout ce qui se dit, se fait dans la ville, et remodèle en permanence ce qu'il dit en fonction de lubies, dont il ne sait pas toujours doser l'effet: quand il sort avec une jeune femme, il l'emmène voir un porno...

Travis Bickle est-il prude, ou est-il gêné par sa propre turpitude? En tout cas il confesse souvent sa propre frustration et son exaspération devant la décadence et la permissivité dont souffre la ville, et la société toute entière, au point d'en avoir de sourdes, sombres idées de violence, difficiles à assouvir et réprimer. Donc Travis achète des armes...

Le reste va couler de source: un sénateur se présente à l'élection présidentielle et Travis sait qu'il peut s'en approcher; un souteneur (Harvey Keitel) a mis dans la rue une ado de douze ans (Jodie Foster) et Travis lui a dit qu'il allait la tirer de là. Alors, tuer un sénateur pour tuer, ou tuer dans tous les sens pour faire le chevalier blanc?

Et d'ailleurs, est-ce si différent?

La très belle musique de Bernard Herrmann devrait être un passeport immédiat, le jeu de De Niro, la narration en voix off, la progression hypnotique... oui, mais voilà: j'ai beau essayer, je reste froid. J'apprécie la tentative, je trouve l'idée intéressante, l'art consommé de l'improvisation de ces acteurs me semble impressionnant, mais... C'est froid, ennuyeux. Souvent vide et embarrassant de silences et d'attente. La fameuse scène souvent citée (par des gens qui ne l'ont sans doute pas vue, car "c'est un vieux film") est assez dispensable, pour ne pas dire franchement inutile...

Un chef d'oeuvre officiel, quoi, le genre qu'on n'a pas le droit de discuter. 

Sans moi.

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Jodie Foster
31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 17:21

Chez Michael Mann, dont le film Heat reste dans la mémoire de tous ceux qui l'ont vu, la rencontre entre un policier et son double, un bandit qu'il cherche à arrêter, donne lieu à une sorte de confrontation cosmique entre deux hommes que tout rapproche parce que tout le oppose! Mais quand Scorsese s'attaque à une histoire de deux infiltrés, l'un chez les policiers, et l'autre chez les truands, c'est encore moins simple...

A l'origine, un homme, point central du film: il contrôle tout dans son quartier de Boston, et pousse le contrôle jusqu'à être informateur pour le FBI. C'est l'Irlandais Francis Costello (Jack Nicholson), dit Frank, et il a pris sous son aile un petit gars bien méritant, quand il s'est décidé à se doter d'un fils de substitution: le brillant Colin Sullivan (Matt Damon), auquel il a même payé les études de l'école de la police, a été loin, très loin et très vite. A moins de trente ans il est devenu sergent, et un homme très en vue. En retour, Colin surveille la police de l'intérieur, et fait très bien son boulot...

Pendant ce temps, la police a aussi réussi à infiltrer Frank, en lui envoyant dans les jambes un informateur, le moins brillant Bill Costigan (Leonardo Di Caprio), dont la famille a un lourd passé; insubordonné, querelleur et impulsif, il n'aura aucun mal à se doter d'un casier judiciaire, d'un petit temps pénitentiaire, et à retourner vers son quartier d'origine pour y devenir gangster... Pour de faux.

Sauf que pour devenir un gangster, même faux, convaincant, il faut payer de sa personne...

Et c'est là que le film devient confortable pour le spectateur: c'est que contrairement à Goodfellas et Casino, ce long métrage qui retourne au sujet de la mafia n'a pas de narrateur qui fait les choix pour nous. Nous sommes assez vite condamnés à nous ranger aux cotés de Di Caprio et à prendre parti pour lui, car contrairement à Colin, qui doit faire semblant d'être du bon côté de la loi, Bill va quant à lui être obligé de commettre des méfaits, s'il veut convaincre son "chef" Costello. Et c'est ce qui passe mal pour le jeune Costigan dont l'engagement dans la police était justement dû à une volonté d'expier les méfaits de ses ancêtres!

Une fois de plus, c'est extrêmement distrayant, mais il y a un plus. En quelque sorte du moins, car on a moins l'impression qu'avec Goodfellas d'assister à l'oeuvre définitive sur le crime organisé. Malgré tout, l'ingrédient supplémentaire est une volonté de baliser le film d'une façon classique, en utilisant notamment un personnage qui n'est pas que symbolique, celui de Madolyn Madden (Vera Farmiga), psychiatre de la police, qui est en couple avec Colin, mais que Bill consulte, en raison justement de ses troubles moraux. Il va de soi que Colin, pour sa part, n'a pas le moindre problème moral... Et la recherche du mouchard chez les bandits, et de la taupe chez les policiers, reste la base excellente d'un suspense fortement marqué.

C'est distrayant, disais-je, c'est aussi forcément un peu roublard: d'une certaine façon, il n'y a plus grand chose de nouveau à raconter dans les figures imposées du genre. Alors on peut constater que Scorsese se repose ici sur des acteurs dont il va utiliser certains talents ou traits marqués: Mark Wahlberg est très convaincant en sergent grossier et aboyeur (Ca lui va si bien), Matt Damon en faux-cul premier de la classe et Di Caprio en impulsif violent et torturé se complètent fort bien, et que dire du Frank Costello, un vrai psychopathe inquiétant... joué par Nicholson? 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Noir
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 09:19

Situé au beau milieu d'une période creuse, voici un film étrange, qui laisse un sale goût indéfinissable tout en étant rigoureux du début à la fin... Il y a débat sur After hours, mais la production (Griffin Dunne, l'acteur principal, a joué à cet égard un rôle important dans la mise en chantier du film) savait parfaitement ce qu'elle faisait, et on a confié la mise en scèe à Martin Scorsese, au pire creux de la pire vague de sa carrière, parce qu'il voulait faire le film, tout bonnement...

Un informaticien rencontre une femme séduisante mais un peu mystérieuse, un soir, dans un diner. Ils échangent quelques mots, et elle lui laisse un numéro de téléphone pour la contacter... Ce qu'il fait une fois rentré chez lui. Elle lui propose de passer, et une nuit de galère absolue commence alors pour Pau Hackett (Griffin Dunne) qui se rend chez la sculptrice Kiki Bridges (Linda Fiorentino), chez laquelle Marcy (Rosanna Arquette) dort actuellement... Et dès le taxi, les choses s'emballent et ne se passent pas comme il faudrait.

C'est froid, parfois même désagréable: ce qui arrive à Paul Hackett dépasse en fait le seuil du désagréable! C'est de là que vient le débat: c'est une comédie, oui, sans doute, mais on n'y rit très peu, et de fait les péripéties qui tombent sur le pauvre type (au fait, ce Paul, il n'a pas grand chose pour lui) sont tellement atroces que le spectateur n'a pas de répit. Scorsese en profite pour brouiller les pistes, et filme comme si c'était un thriller... Du coup c'est le film parfait pour briller en société, et dire aussi haut et fort que possible: "Le nombre de gens qui n'ont pas compris que c'était une comédie!"... Mais voilà, principe numéro un de la comédie: on y rit. C'est drôle. 

Donc...

After hours n'est pas une comédie. Juste un film de plus ou de moins pour un réalisateur certes parfois doué, mais qui déçoit souvent et beaucoup.

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 16:40
The last temptation of Christ (Martin Scorsese, 1988)

Scorsese prévient dès le départ: son film est une fiction, adaptée d'un roman, et non un reflet de la vérité, dit-il. Cette annonce est intéressante, parce qu'elle dit tout ce qu'il y a à dire sur le film et surtout sur la supposée attaque de Scorsese et ses collaborateurs sur la chrétienté: rappelons que ce film a déclenché en France une polémique sans précédent, qui a revitalisé tout un courant de l'extrême droite, avec alertes à la bombe dans les cinémas et autres bêtises du même genre; la faute de ce film? Le blasphème, rien que ça! Pourtant cette annonce en exergue est clairement celle d'un cinéaste croyant, qui ne met pas en doute l'histoire du Christ, et a juste voulu le temps d'une fiction prendre au pied de la lettre l'une des spécificités du Messie, justement...

Jésus est un homme, et c'est dans ce sens que Willem Dafoe l'incarne: empli de doutes, d'une certaine lâcheté face à une force interne qu'il ne comprend pas, il collabore avec les Romains puisqu'il est charpentier et doit occasionnellement fournir les autorités en croix pour les condamnés. Judas (Harvey Keitel) le lui reproche, et est prêt à le tuer; il est attiré par la prostituée Marie-Madeleine mais ne sait pas pourquoi il ne peut se résoudre à coucher avec elle.C'es pour mettre de l'ordre dans ses tourments qu'il se rend au désert, et il en revient autre: l'homme en lui a accepté cette part de divin qui est en lui, et le Divin laisse de la place à l'homme afin de mieux ressentir et voir l'injustice. C'est justement cette part humaine de Jésus, et à travers elle cette part humaine de toute personne qui s'engage dans la foi, que questionne le roman de Nikos Kazantzakis et le film de Scorsese. Si Jésus est bien un homme, si Dieu a choisi de faire de son envoyé un être de chair et de sang, il doit non seulement souffrir mais aussi être soumis à la tentation, y compris e en particulier au moment le plus propice, c'est à dire au moment de mourir... cette logique élémentaire a échappé à tous les poseurs de bombes et autres fondamentalistes bas du bulbe, mais la vérité est pourtant bien là: scénarisé par Paul Schrader, mis en scène par Scorsese, ce film est empreint d'une profonde foi, et d'une logique Catholique...

Scorsese a souhaité faire d'une pierre deux coups, lui qui a toujours été un fan de péplums et de films sur l'antiquité pour des raisons diverses, notamment parce qu'il estime qu'un film comme Land of the Pharaohs (Hawks, 1956) donne à voir le monde tel qu'il était sans doute à l'époque qu'il dépeint... Il s'est donc attaché à créer un Israel plausible, en accumulant les recherches et la documentation... C'es inévitablement le meilleur de son film aujourd'hui, même si c'est partiellement gâché par la représentation irritante des habitants de Nazareth et Jérusalem en W.A.S.P. , dominés par la quasi blondeur de Jésus, qui tranchent tous de façon criante avec les figurants Marocains très 'couleur locale'... Au moins ce film n'a-t-il pas commis la même erreur que la Passion de Mel Gibson, de plonger dans l'Antisémitisme. Mais on n'attendait pas Scorsese sur ce terrain...

Reste, une fois de plus, à constater que le cinéma est décidément bien plus avancé que ses détracteurs, et que ce film qui a malgré tout avancé des arguments provocateurs mais plausibles, avec respect et dans la ligne (Parce que cette idée d'un Christ humain est qu'on le veuille ou non justement dans tous les Evangiles: elle est dans des épisodes de la tentation dans le désert, ou dans la grosse colère contre les Marchands du temple, ou dans la fameuse plainte de douleur "Père, pourquoi m'as-tu abandonné?". Ces trois épisodes sont d'ailleurs repris dans le film... Un sage précaution, qui n'a pas empêché les bombes, les manifestations, les élucubrations contre le film ou l'extrême droite de prospérer. Il y a des gens qui n'évolueront jamais, du moins jamais en avant.

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 11:05

Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio) a eu la belle vie: parti de rien, il est arivé à un poste enviable, une vie de rêve, celle d'un agent de change qui brasse des millions parce qu'il n'a aucun scrupule, et que la bureaucratie de son pays met du temps à permettre à un agent du FBI intègre de lui mettre le grappin dessus...

Finalement, Goodfellas, Casino et The Wolf of Wall Street sont le même film. Non, plutôt le même projet artistique, la même structure, cachée derrière le prétexte du réquisitoire rock'n roll dans le cas du premier et du dernier, et derrière l'alibi de l'opéra pour Casino, mais à chaque fois, il s'agit d'un film tiré d'histoires vraies. Le principe des trois est simple: un narrateur impliqué nous raconte sa vie et sa carrière faite de délits, passée et glorieuse, après être devenu moins que rien... Et à chaque fois le rêve Américain, prétexte selon Scorsese à s'enrichir de façon égoïste, en prend pour son grade. Le tout passe par une narration jouissive, ne faisant pas l'économie de l'adresse au spectateur, et les trois films enfilent les moments d'anthologie sans jamais s'arrêter pour respirer... Et à chaque fois, on marche avec plaisir, à tel point que la troisième fois, on peut commencer à se poser des questions. Et si tout ceci n'était qu'un moyen pour Scorsese d'entrer dans le livre des records en alignant le plus grand nombre de "fuck" et dérivés contenus dans un film? On a bien compris que la cible des trois films est de questionner la morale et de laisser le public condamner les "héros" et leurs activités douteuses, mais dans quelle mesure le cinéaste agit-il moralement en permettant au public de jouir sans entrave des turpitudes de ceux qui certes nous amusent, mais on eux été condamnés pour ce qui nous amuse? Et si il y avait quelque chose d'immoral dans la fascination engendrée par les films en question, parmi les plus réjouissants qui soient à regarder?

Il ne m'appartient pas de répondre à ces questions, même si j'ai mon avis sur la question: les trois films jouent sur la fascination de l'homme pour le crime, une fascination qui dans les trois cas a envoyé les contrevenants en prison. Scorsese le dit depuis toujours, la société n'est ni l'ennemi du crime, ni à l'écart du crime: criminalité et société, à plus forte raison la société Américaine, fonctionnent de concert, suivant les même règles. Sauf que les règles amènent parfois une certaine inégalité, comme le remarque le héros de Goodfellas, une fois qu'il est honnête et a payé sa dette à la société, il ne mange plus dans les bons restaurants et a du mal à joindre les deux bouts. De même Jordan Belfort à la fin du film ne voit-il pas que son principal accusateur, un agent du FBI, prend une fois son travail accompli avec conscience et droiture, un métro rempli de gens comme vous et moi... des losers. Belfort, lui, se rend aux toilettes de son entreprise en yacht.

Cette injustice n'est pas le sujet de ces films, elle est juste le contexte: oui, des gens font exactement ce qui est représenté sur l'écran, il deviennent riches à millions en profitant des autres et en s'asseyant sur la morale, tout en s'envoyant en l'air par tous les moyens possibles, et beaucoup d'entre eux vivront vieux sans jamais se faire prendre alors que les autres vont s'acharner à atteindre aussi honnêtement que possible les 75 ans en survivant et en se tenant à l'écart des excès. C'est comme ça... Mais le problème dénoncé par ces films, ou en tout cas montré sans fards (Avec toutefois une tendance à la surenchère contrôlée afin de rester dans l'esprit, ce qui débouche sur le gros succès du film) est, ce film nous le dit clairement, l'esprit même du rêve Américain... devenir riche, c'est toujours au détriment de quelqu'un. Pour gagner, il faut des perdants. La scène qui le dit aussi crûment que possible est située vers la fin du film. Jordan Belfort, rattrapé par les affaires, est sommé par le FBI de lâcher son entreprise. Il réuni ses employés, et lance un petit discours larmoyant dans lequel il annonce la couleur: notre société, dit-il en substance, c'est l'Amérique. Mais le reste du discours est sans appel: une Amérique qui apprend aux gens à rester entre eux, à élire leur famille et leurs amis, qui aide certes, mais uniquement les siens, et qui saisit toutes les opportunités pour écraser les autres dans la mesure ou ça rapporte à soi... Dans ce contexte, toutes les occasions dans le film où le concept de loyauté, la fraternité, le sens du mot "famille" sont dévoyés sont finalement parfaitement justifiées, et le pire c'est que chaque larme versée par Jordan Belfort et ses amis dans cette scène est parfaitement légitime...

Mais au-delà du ramdam médiatique provoqué par le film, de l'univers de débauche étalé au grand jour (Ce n'est ni la première fois au cinéma, ni la dernière, donc il est inutile d'en faire toute une affaire), de la "morale" relativement sauve même si elle est amère, des doutes quant à la motivation des producteurs et auteurs du film soupçonnés de s'auto-parodier, il y a un constat à faire sur The Wolf of wall Street: ce film dont l'histoire et la pérennité nous permettront de juger s'il est à la hauteur des deux précédents ou s'il faut le comparer au modèle clairement revendiqué par DiCaprio, (Le Caligula de Tinto Brass!!!) vient à point nommé pour nous renvoyer un miroir sans appel de notre société malade. Et si Casino et Goodfellas faisaient exactement cela, celui-ci garde un avantage contextuel certain: les faits dénoncés dans le film ont beau être situés dans les années 80 et 90, ils gardent une actualité bien embarrassante. En d'autres termes, on peut toujours dénoncer de tels agissements, et se réjouir qu'ils aient été dénoncés. Reste qu'ils ne sont pas près de s'arrêter. On a les miroirs qu'on mérite... Raison de plus pour garder cet opéra de coke, de fric et de fesse pour pouvoir comparer avec nos sociétés futures. Sera-t-il si choquant?

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Mettons-nous tous nus
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 13:44

Epopée imposante, marquée par le souffle et l'énergie communicative de son beau casting, Gangs of new York est un film un peu paradoxal, par bien des aspects. Projet de longue date d'un Martin Scorsese désireux de se frotter depuis toujours à des types de films apparemment hors de son canon (Et ils ont été nombreux depuis New York, New York!); le projet a eu des fortunes diverses, avant de se concrétiser sous l'impulsion de Miramax, qui ont poussé Scorsese à travailler avec des stars qu'on n'attendait pas, même si ce qu'on retient essentiellement de l'interprétation, c'est bien sur la prestation fabuleuse de Daniel Day-Lewis, hallucinnant de bout en bout par sa justesse et la vivacité de sa création d'une brute magnifique. Et surtout, le film gagne en intensité par le fait qu'entretemps, la ville dont il nous conte une anecdote oubliée ait été la cible d'une attaque terroriste fortement médiatisée, qui a durablement changé notre façon de voir. Cette attaque est bien sur intervenue alors que le film était fini, ce qui ne doit pas être oublié, mais le rapport fascinant de Scorsese à sa ville, et à son pays d'une manière générale, n'en sont que plus évidemment justes.

 

C'est, en partie, cette justesse que le film transmet: Gangs of New York raconte en effet la vile d'avant la guerre de Sécession, un territoire déjà vaste, principale attraction de l'immigration de plus en plus massive, Babylone moderne dont les beaux quartiers et les ghettos ne se mélangent surtout pas. Il nous raconte aussi accessoirement, au milieu d'une guerre des gangs riche en anecdotes gouleyantes, en trahisons, filiations et stratégies, la montée d'un ras-le-bol de la population face à une guerre incomprise, qui va culminer en une semaine d'émeutes qui vont détruire des quartiers entiers, parmi les plus crapuleux de la ville. de fait, le mélange entre fiction et histoire est d'autant plus facile que dans le chaos des émeutes, une bonne part de la vérité historique a été tout bonnement perdue... Mais ces constatations ne font que renforcer une impression mitigée: ce film est aussi et surtout une somme de compromis, pour un réalisateur qui avait envie de voir aboutir coûte que coûte son projet.

 

On suit donc les aventures d'Amsterdam Vallon (Leonardo Di Caprio), le fils d'un immigré Irlandais qui est mort en défendant son territoire contre un chef de gang rival, Bill "Le boucher" Cutting (Day-Lewis). Lui et sa bande de 'natives' (Des Américains blancs de souche) cultivent le privilège de ce qu'ils estiment être une prérogative ethnique, celle d'être plus Américain que les autres. Particulièrement remontés, évidemment, contre les groupes d'immigrés les plus nombreux en ces années de famine en Irlande: les Irlandais au milieu du XIXe siècle étaient de loin les principaux arrivants.) ont donc pris le contrôle des bas-fonds de la ville, et essaient à leur manière de construire une Amérique moderne, tout en se servant allègrement. Les deux hommes vont donc bien vite cohabiter, puis s'affronter, au milieu d'un tumulte grandissant.

 

Le film nait d'une violence terrifiante, lors d'une bataille qui surgit des profondeurs sales et enfouies des sous-sols des "five points", un endroit peu recommandable qui ne survivra pas aux émeutes. La bagarre ultra-violente est vue d'un petit garçon, le jeune Amsterdam qui va y être témoin de la mort de son père (Liam Neeson). Un début idéal, tragique voire biblique, qui trouvera de multiples échos dans le film, entre reconnaissance d'un héritage, besoin d'assouvir une vengeance, mais aussi transfert d'une paternité réelle (Neeson) vers une paternité symbolique (Day-Lewis). Scorsese utilise le moyen de la voix-off déjà si magnifiquement présentée dans Goodfellas, mais en ne s'attachant pas toujours à suivre le point de vue de Vallon. Les digressions historiques, journaux notamment, ou photographies de Matthew Brady intégrées ou non à la narration, pour permettre de rappeler le contexte brûlant de la guerre et de son effet sur une population de plus en plus prise en tenaille. Le film montre en particulier combien la politique de Lincoln (la guerre qui prenait les fils, mais aussi la mise à égalité des noirs et des blancs, très mal vécue) était loin de faire l'unanimité...

 

Mais au milieu de tout ça, Scorsese raconte à sa façon la "Naissance d'une nation", ou du moins d'une ville nouvelle. Reprendre le nom du film controversé de Griffith a du sens ici, puisque Scorsese en cite jusqu'à la structure, montrant au milieu du film une tentative d'assassinat en présence d'une effigie de Lincoln, dans un théâtre à l'imitation d'une séquence célèbre de The birth of a nation... Le rappel du cinéma antérieur, qui ne nous étonnera pas venant de Scorsese, est également complété par des allusions à Raoul Walsh (The bowery, Gentleman Jim). Scorsese s'est donc aussi fait plaisir, on ne s'en plaindra pas... Le grand regret, par contre, c'est que les frères Weinstein aient insisté pour que le montage de ce film soit plus serré, et qu'aucune version alternative plus longue n'ait été présentée au public; par moments, le découpage se ressent...

Fin d'une époque, aboutissement d'un projet de longue date, le film inaugure également une période durant laquelle Scorsese le touche-à-tout a été très fêté partout, présenté à Cannes, devenu en quelque sorte le porte-parole d'un certain cinéma de qualité. Cet aspect est également présent dans le film, avec la première interprétation de Di Caprio pour Scorsese, et bien sur Cameron Diaz. Il y a un côté grand film de luxe, qui nous perd parfois dans les méandres de ses 2h et 45 minutes, mais on est aussi devant un cinéaste qui réussit malgré tout à accomplir un projet personnel difficile en se renouvelant. et la suite sera passionnante, puisque Scorsese nous régalera avec The aviator, et The departed. La preuve que Di Caprio allait lui permettre de trouver du sang neuf. La preuve aussi que le vieux lion en encore pour une quatrième décennie des choses à dire... Et ce film le montre plus que tout autre, avec cette histoire de ville qui nait du chaos, replonge dans le chaos, pour mieux affronter les siècles.

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:54

La magie du cinéma, vue de l'intérieur, et reconstruite à travers un parcours: celui du jeune Hugo Cabret, un garçon qui vit dans une tour, gare Montparnasse; son père horloger mort, il a été recueilli par son oncle Claude, en charge de l'entretien des horloges de la place. Le vieil alcoolique a ensuite disparu, laissant le gamin faire son travail à sa place, se débrouiller par lui-même, et accessoirement s'occuper l'esprit avec un souvenir de son père: un automate dont des pièces manquent. Une mystérieuse clé, en particulier, devrait apporter des réponses importantes à la raison d'être de cette merveilleuse construction, dont le père disparu assurait que l'automate écrivait de sa main droite! 

Hugo, quand il ne travaille pas à ses horloges ou à son automate, sort dans la gare et vole de quoi manger d'une part, et des objets qui vont lui apporter de quoi réparer son seul compagnon... Ces objets, il les vole essentiellement au vieux monsieur un peu sec qui tient la boutique de jouets et de confiserie de la gare. Un beau jour, celui-ci, excédé, accuse Hugo de l'avoir volé et lui confisque un carnet, souvenir de son père, qui semble bouleverser le vieil homme. Hugo, sans le savoir, vient de rencontrer Georges Méliès.

Martin Scorsese aux commandes de ce film, c'est une garantie de ne pas se prendre les pieds dans le tapis sur au moins deux points: la reconstitution de ces premiers temps du cinéma, et la ferveur qui s'y manifeste, seront traitées à leur juste valeur! Combien de films ont-ils été coulés par les raccourcis limites, les approximations (même un chef d'oeuvre comme Singing in the rain se plante historiquement!)... Avec "Marty" aux commandes, on l'a échappé belle. Maintenant, le film n'est pas historique: il reprend bien la trame générale de l'histoire de la redécouverte de Méliès qui a eu lieu dans les années 30, orchestrée par quelques amoureux du cinéma qui l'ont traqué jusque dans sa boutique, devenu un anonyme vieillard marié à son ancienne actrice Jehanne d'Alcy.

A ce titre, Ben Kingsley compose un Méliès saisissant de ressemblance, et Scorsese s'est plu à faire comme dans The aviator où il recréait le Hollywood du début des années 30 autour de Jean Harlow et Howard Hugues. On a droit ici à de belles séquences de tournage, qui nous plongent de façon assurée dans l'ambiance du magique studio de Montreuil (même si j'ai du mal à imaginer le metteur en scène, homme à tout faire, génie Méliès disant "Action!" comme le premier Michael Bay venu). Et l'idée de montrer aux enfants, principale cible du film, la redécouverte du vieux cinéaste sous la forme d'une énigme, est une bonne idée. Mais Hugo Cabret et la petite Isabelle, une jeune fille de son âge recueillie par Méliès et Jehanne, n'ont bien sûr jamais existé, pas plus que le providentiel 'historien du cinéma' René Tabard: un tel titre n'existait pas en 1935! Mais cette fiction est baignée dans le réel, direct (affiches d'époque, décors parfaitement répliqués), ou indirect: un rêve de Hugo le voit lié à un célèbre accident de train, survenu en 1895 (symbole!) à la gare Montparnasse, alors appelée Gare de L'ouest. Le réel et l'imaginaire s'entremêlent avec bonheur tout au long du film. 

Fort de cette gourmandise qui est la sienne, de cette opportunité de déclarer une fois de plus son amour du cinéma, Scorsese s'est attelé à faire ce qu'on attendait pas de lui: un film pour les enfants, dans lequel le parcours du jeune Hugo tient du voyage initiatique, débouchant sur le merveilleux: l'occasion émouvante de toucher du doigt le génie particulier d'un des premiers inventeurs de forme du cinéma, ici célébré à sa juste valeur, dans son côté artisanal, espiègle, un vieux magicien qui cache un coeur, bien sûr, d'or, sous une rancoeur bien pratique. Pratique, car, et c'est justement ce qui me navre, le film part du principe que la plupart des spectateurs ne vont pas tout de suite repérer qui est ce vieux monsieur à sa boutique de confiserie. Mais de fait, peu de gens dans le public sont au courant de l'histoire, et c'est bien dommage qu'on ne garde pas le contact avec le septième art des premiers temps... Ce qui est valable pour la littérature (Molière et Shakespeare se vendent fort bien...) ne l'est pas pour le cinéma.

Scorsese en tient compte, en lâchant Hugo dans la gare, où il risque à chaque instant de tomber dans les griffes de l'odieux inspecteur de la gare, un ancien soldat estropié, joué avec génie par Sacha Baron Cohen, en militaire de carnaval doublé en humanité par son chien, mais qui va avoir lui aussi sa part de rédemption dans ce conte. Et Hugo, horloger par la force des choses, va lutter contre le temps, en retrouvant à un moment la position d'Harold Lloyd dans un de ses films préférés: Safety Last. Le film affiche une sage, mais saine cohérence en faisant répéter à Hugo, mais aussi au détective, des gestes de Lloyd, vu par ailleurs sur un écran, lors d'une très improbable séance de cinéma dédiée au muet, que Hugo utilise pour donner à Isabelle l'occasion de découvrir un art que son tuteur, le vieux Méliès, lui interdit. Les hommages au cinéma abondent, on retiendra en particulier une jolie scène, durant laquelle Isabelle et Hugo sont dirigés par un vieux bibliothécaire malicieux (Christopher Lee!!!!!) vers un livre d'histoire du cinéma, et l'écran explose alors en extrait multiples des chefs d'oeuvre d'alors: on voit William Hart, Chaplin, Keaton, Intolerance, et c'est beau à pleurer.

Mais en prime, Hugo va devoir passer par le physique, le pyrotechnique, le suspense propre à tous les films pour nos chères têtes blondes. C'est bien fait, plaisant, ça nous accroche gentiment, et ça permet donc de faire efficacement passer toutes les authentiques images merveilleuses contenues dans le film... On mesure à quel point Scorsese, qui a toujours eu à coeur d'étendre son savoir-faire à tous les genres disponibles, a réussi son beau film d'images, dont les couleurs superbes se veulent un reflet d'une époque révolue, et d'une France d'Epinal qui renvoie par instants à Jean-Pierre Jeunet.

Et ça c'est selon moi une grande qualité.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 17:04

Continuant sa fascinante exploration des dessous du rêve Américain, Scorsese dresse, avec la complicité brillante de Leonardo Di Caprio (Dont le film est clairement un projet personnel) un portrait extraordinaire d'un des plus formidables hommes Américains du XXe siècle. Ce n'est pas une biographie, le film étant limité à une période de la vie de Howard Hughes (1905-1976): le milliardaire, passionné d'aviation et porté sur le cinéma, a préféré ne pas choisir entre les deux, et a produit un certain nombre de films (Scarface, de Hawks en 1932; The Mating call de James Cruze, en 1928; The racket de Lewis Milestone en 1928...), en a même réalisé certains, tout en continuant ses recherches visionnaires dans le domaine de l'aéronautique; il a aussi été le patron de la TWA, et a beaucoup fait pour faire progresser les voyages intercontinetaux. L'intrigue du film, après une brève vignette sur l'enfance de Hughes qui prendra du sens dans le reste du film, commence avec le tournage controversé de Hell's angels, entamé en 1927 et qui se poursuivra jusqu'en 1930, et se termine avec la présentation du plus gros avion de tous les temps. Et on assiste au passage du temps, depuis l'époque durant laquelle Hughes est un jeune playboy qui n'a aucun souci pour les tomber toutes (De Jean Harlow à Katharine Hepburn), jusqu'à une époque difficile durant laquelle les phobies du jeune Hughes, encouragé étant enfant par une maman obsédée de pureté, prennent clairement le dessus sur le multimilliardaire au point de le voir s'isoler dans une pièce, nu et se nourrissant exclusivement de lait durant des semaines...

 

La "folie" non diagnostiquée officiellement de Hughes, en fait des TOC, ou Troubles Obsessionnels Compulsifs, est un fait historique, de fait indissociable de son personnage. Di Caprio en fait son cheval de bataille, un personnage avec de telles failles étant par essence fascinant à interpréter. Mais on peut faire confiance à Scorsese aussi pour réussir à suivre un tel caractère jusque dans ses derniers retranchements, et nous donner envie de l'accompagner. Il prend manifestement du plaisir à recréer l'histoire, surtout quand elle se conjugue avec le cinéma; on voit Marty jubiler en trafiquant les couleurs de son film pour les faire ressembler à du Technicolor ou du Multicolor (Un procédé antédiluvien que le milliardaire possédait et qu'il a expérimenté sur Hell's angels, et qui est ici imité sur la première heure du film)... j'imagine avec quel plaisir le metteur en scène a distribué son film, et s'est apprêté à diriger Cate Blanchett en Kate Hepburn... bien sur, la ressemblance physique n'y est pas, pas plus qu'avec Jean Harlow, Erroll Flynn, Cary Grant, Ava Gardner, Spencer Tracy... peu importe, quand les acteurs font un travail superbe.

 

Pour résumer le film, Hughes, c'est un peu la vérité cachée derrière les artifices, ceux du cinéma, comme ceux de la politique et de l'industrie, comme en témoigne l'imbroglio juridico-politique dans lequel le milliardaire est embarqué malgré lui, et qui est magistralement mis en scène par un Scorsese survolté...

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese