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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 08:11

Deux jeunes personnes se disputant: quand un vagabond les a abordés, le jeune homme (Edwin August) a préféré éviter la bagarre. La jeune femme (Mary Pickford) reproche à son ami d’être un lâche… Quand elle est agressée par un prisonnier évadé, le sang du héros ne fait qu’un tour…

Ca va, sans surprise mais de façon toujours aussi satisfaisante, se résoudre par une de ces poursuites bien menées qui font le sel des petits drames en une bobine de Griffith : le suspense va être utilisé avec tout le savoir-faire du metteur en scène, d’une façon impeccable . Et Griffith, qui a désormais bien établi cette thématique, peut se reposer sur l'habitude prise par le public de l'hypothèse d'un "destin pire que la mort", en nous montrant Alfred Paget, qui interprète le prisonnier, dévisager Mary Pickford avec un regard clairement lubrique, pendant qu'à l'extérieur nous savons que les secours arrivent. ...Arriveront-ils à temps?


 

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Published by François Massarelli - dans Mary Pickford David Wark Griffith Muet
16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 08:08

Quand la domestique (Blanche Sweet) d’une famille très comme il faut tombe malade, elle est automatiquement remplacée par la fille de la maison (Mary Pickford)… celle-ci s’acquitte très bien de la tâche, et va du même coup rencontrer un jeune homme (Arthur Johnson) avec lequel elle s’entend particulièrement bien. Mais quand il revient pour s’adresser à la bonne, il a la surprise de constater que ce n’est pas la même personne…

C’est mignon tout plein, et d’une grande simplicité ; le film est enrichi par les prestations de tous les acteurs, dont Kate Bruce, inévitablement préposée au rôle de la mère de l’héroïne, ou Mack Sennett qui interprète le petit ami jaloux de la domestique, la vraie…

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Mary Pickford Muet Comédie
16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 08:05

Avec Mary Pickford, dont le rôle est bien effacé, ce court métrage connu est un film-matrice important dans l’œuvre de Griffith : il s’agit d’une de ces histoires de famille assiégée dont les exemples abondent, et dont Griffith savait faire fructifier le suspense. A ce titre, il est exemplaire !

L’argument est simple : Voulant investir sa maison, des vagabonds éloignent un bourgeois, et assiègent l’épouse et les trois filles (La plus grande est jouée par Mary Pickford, ici s’arrête sa contribution) tandis que réalisant son imprudence, le mari téléphone à son épouse, et revient sur ses pas avec d’autres hommes, et la police. Sa voiture ne fonctionnant pas, il emprunte une roulotte à des bohémiens et arrive à temps. On le voit, c’est pour nous de l’éprouvé, du classique, mais chez le Griffith de 1909, c’est une recette qui reste à établir, et en prime, le metteur en scène va savamment doser le suspense, et ce dès le premier plan : il nous présente en effet les vagabonds qui complotent à l’extérieur avant de nous montrer la famille. Une façon d’annoncer la couleur, et ça marche !

Sinon, il utilise efficacement les ressources à sa disposition : voiture, téléphone (Un échange téléphonique est d’ailleurs à la source du dispositif de montage qui fait monter le suspense : l’épouse et les filles assiégées/ le mari qui téléphone depuis un café/l’épouse qui répond /le mari qui exprime sa surprise/les bandits qui assiègent la pièce ou sont les trois fille et la mère/retour à la mère, etc…) ; Les plans sont courts, nombreux, et le film est une fois de plus très excitant à suivre, et très maitrisé. Il y aura des variantes, et même un remake, cette fois centré sur les filles : The Unseen Enemy (1912), d’autant plus célèbre que les Sœurs Gish y assurent leur première apparition chez Griffith.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet Mary Pickford
7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 09:18

Un homme (Charles West) rencontre dans une fête "bohémienne" (comprendre "décadente") une veuve (Vivien Prescott) qui le fascine. Ils deviennent amants, mais elle garde sa vie d'avant. Persuadé de son erreur par des amis, il part s'installer loin de la ville, et rencontre une jeune femme pour laquelle il a un coup de foudre (Mary Pickford). Il demande sa main, mais la veuve arrive pour le reprendre et essayer de le forcer à l'épouser, car elle veut la sécurité financière...

Bon, eh bien voilà: le décor et les personnages sont plantés, c'est tout un univers qui s'installe sous nos yeux. La femme fatale (et forcément attrayante, suivez mon regard), la jeune fille pure et enfantine, la campagne qui soigne et la ville qui corrompt... Le film se laisse suivre et Mary Pickford échappe aux clichés de comportement que Griffith imposera à Mae Marsh et aux soeurs Gish, mais on est ici plus devant la préoccupation de bouillir la marmite, que de révolutionner le cinéma naissant...

A noter, ce film était, et est toujours perdu sous la forme de copies; ce qui en subsiste est une version papier déposée à la bibliothèque du congrès à Washington: un dépôt de copyright... Ces excellentes photos ont été scannées en 4K, nettoyées, et le résultat est plus que troublant. Ce travail a été entamé il y a quelques années, le but tout simple étant de restaurer tous les courts métrages du maître.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet Mary Pickford
19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 10:51

C'est un court métrage d'une bobine, tourné la deuxième année de la période durant laquelle David Wark Griffith était metteur en scène à la Biograph; c'est aussi l'un de ses premiers films présentant une actrice de premier plan: Mary Pickford...

Celle-ci interprète une jeune femme qui est soliste dans le choeur d'une église. Le pasteur de la paroisse (Arthur Johnson) est amoureux d'elle et la fait répéter le soir. C'est lors d'une de ces occasions que des passants l'entendent, et subjugués par sa voix ils viennent lui proposer une carrière internationale. Une fois installée dans sa nouvelle vie de diva, la jeune femme va se laisser corrompre, et le jeune prêcheur décide de la tirer de là coûte que coûte, pour "sauver son âme" comme le suggère le titre...

C'est un film des premiers temps et pourtant... le parcours émotionnel des deux protagonistes est impressionnant, ainsi que la richesse thématique du film. Griffith joue sur toutes les ficelles et/ou cordes sensibles qu'il manipulait déjà à la perfection: l'opposition entre cité et campagne, la première corruptrice et la deuxième salvatrice: une vieille rengaine du mélodrame qui va faire des petits dans le cinéma, mais aussi un prétexte ici à des scènes qui virent au baroque. Les moyens déployés dans ce petit film d'une seule bobine sont considérables, du reste. Et le parcours de cette jeune artiste, qui a du mal à cacher son mal-être en arrivant sur scène (pendant qu'autour du pasteur atterré les spectateurs mâles, dont Mack Sennett, se rincent l'oeil sans vergogne), avant d'arborer un sourire forcé, va aller bien au-delà de ce que le mélodrame des chaumières pouvait proposer à l'époque: dans son script, Griffith a en effet imaginé que le jeune homme d'église, pour remettre la femme qu'il aime dans le droit chemin, serait prêt à... la tuer.

Ce court métrage est une belle entrée en matière pour se faire une idée de la collaboration entre un metteur en scène surdoué, et une actrice de génie, à l'aube du cinéma.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith Mary Pickford
15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 11:32

Bien que la plupart du temps, c'est à Rosita de Lubitsch qu'on pense quand il s'agit d'aborder un tournant dans la carrière de Mary Pickford, le fait est que la star n'a jamais cessé d'expérimenter avec son métier d'actrice, conservant parfois, mais pas toujours, son joker: des rôles de petite fille ou de jeune adolescente, riche ou pauvre selon le script, dans des contes de fées: des rôles qui lui ont assuré une sorte d'ancrage auprès du public. Mais que ce soit dans ses films avec Cecil B. DeMille en 1917, ou dans Pride of the Clan de Maurice Tourneur, dans Rosita déjà mentionné, ou dans Sparrows, Mary Pickford s'est remise en jeu et a pris des risques. Et il y a My best girl, qui lui ne ressemble définitivement à aucun autre, et est un film formidable...

Déjà My best girl vient dans une continuité heureuse: après Little Annie Rooney (1925) et Sparrows (1926), tous les deux réalisés par William Beaudine sous l'oeil attentif de Jack et Mary Pickford, deux longs métrages qui ont placé la barre très haut. Ensuite, l'idée pour Pickford était clairement de mettre l'accent sur la comédie, en engageant le metteur en scène Sam Taylor remarqué pour sa participation aux films d'Harold Lloyd, et passé en freelance depuis, avec un excellent long métrage MGM au ton unique, Exit Smiling, dans lequel la vedette masculine aux côtés de la comédienne Beatrice Lillie, était justement Jack, le petit frère de Mary Pickford... Par ailleurs, les acteurs convoqués ici sont souvent de solides comédiens, et on reconnaîtra d'ailleurs Lucien Littlefield et Mack Swain, entre autres... Parmi les crédits du film, on notera la présence de Clarence Hannecke, un ancien de chez Hal Roach qui travaillait comme assistant du réalisateur Stan Laurel, et ici, il est "assistant à la comédie"... L'introduction du personnage de Mary Pickford dans ce film, vue par ses jambes, et dont on devine qu'elle a du mal à avancer car elle sème des casseroles sur son chemin (un plan ensuite nous confirme qu'elle en porte une vingtaine) est totalement dans l'esprit des gags introductifs des films de Lloyd, tout en permettant à Mary Pickford de donner libre cours à son talent corporel: elle joue un rôle avec les jambes et est aisément reconnaissable sans qu'on voie son visage. D'une manière générale, le film la situe d'ailleurs cinq à six années plus âgée que ses rôles habituels, avec certes des préoccupations sentimentales, mais celles-ci sont adultes: fonder une famille, vivre heureuse auprès d'un époux.

Maggie Johnson (Mary Pickford) est une modeste employée d'un magasin, qui accueille un nouvel employé, Joe Grant (Charles Buddy Rogers). Mais on apprend très vite que son vrai nom est Merrill, et qu'il vient en réalité pour travailler incognito et faire ses preuves dans l'un des magasins qui ont fait la fortune de son père (Hobart Bosworth). Le jeune homme, en effet, s'apprête à voler de ses propres ailes, quand il aura épousé la richissime Millicent (Avonne Taylor), qui plaît tant à sa maman... Et bien sûr, si "Joe Merrill" est inaccessible pour elle, Maggie tombe très vite amoureuse de "Joe Grant". Et... c'est réciproque.

Le film est intégralement situé en ville, et laisse la part belle à une comédie de situation généralement placée dans le monde du travail (le magasin où Joe et Maggie recréent une sorte d'univers à part), le cocon familial (celui des Johnson, une famille pittoresque qui contraste avec le monde policé et formellement ennuyeux, donc totalement privé de comédie, des Merrill); le suspense lié à la situation sentimentale est intéressant, et permet bien sûr une observation de tous les instants, des différences sociales entre les deux familles, qui culminent dans des scènes de rapprochement: Joe a réussi à attirer Maggie chez lui, sans qu'elle sache qui il est exactement, et le rapprochement est vécu de façon totalement différente par les personnages. Par contraste, Taylor joue la carte de la comédie pour la rencontre entre Joe et la famille de Maggie: au tribunal, sous les yeux éberlués du juge Mack Swain, Joe découvre les farfelus avec lesquels sa petite amie vit...

Mais la ville, c'est aussi une comédie urbaine que Taylor connaît bien pour l'avoir pratiquée avec Harold Lloyd, en particulier dans Safety Last. My best girl se repose beaucoup sur ce type de poésie, et nous montre des scènes tournées dans les rues au début du film (au cours desquelles Maggie et Joe entament un flirt inattendu autour d'un parcours en camionnette), puis un plan-séquence qui nous montre les deux amoureux comme seuls au monde dans une rue bondée à la circulation intense (c'était l'année de Sunrise de Murnau, et Lonesome de Paul Fejos allait venir quelques mois plus tard)... Tel un clochard (Nigel De Brulier) qui assiste avec tendresse à l'éclosion de l'amour chez les deux protagonistes du film, Sam Taylor cherche donc à placer ses personnages dans un contexte urbain qui est totalement en synchronisation avec le jazz age. D'ailleurs, dans quel autre film verrait-on Mary Pickford dire, via un intertitre, "I'm a red hot mamma", une cigarette au bec?

Voilà, je ne sais pas si c'est le meilleur film de Mary Pickford, et à ce niveau d'excellence, il n'y pas lieu de se mettre en quatre pour effectuer un classement. Mais ce film d'une année magique est une merveille de justesse, qui ne vous lâchera pas durant ses huit bobines... 

 

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Published by François Massarelli - dans Mary Pickford Muet Comédie 1927 Sam Taylor
19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 16:46

Ceci est le sixième et dernier de ceux réalisés par Neilan pour le compte de Mary Pickford, et il est aussi la première production personnelle de l'actrice, distribué comme les deux suivants par First National avant que Pickford ne fasse distribuer ses longs métrages par United Artists. Il est évident que le film est conçu dès le départ comme une oeuvre très importante, et aussi bien la star que le metteur en scène vont s'y déchaîner...

Jerusha "Judy" Abbott ne s'appelle ainsi que parce qu'il fallait bien lui trouver un nom. Elle est une enfant trouvée, placée dans l'orphelinat de John Grier, un bienfaiteur qui comme tous les bienfaiteurs, se lave un peu les mains des conditions dans lesquelles les enfants dont il finance l'éducation, sont pris en charge: l'orphelinat est un enfer, où la fantaisie et l'inventivité de la petite Judy (Mary Pickford) entrent en conflit avec l'autorité discutable des gérants du lieu... Mais quand elle approche des dix-huit ans, une des âmes charitables qui ont investi dans l'asile réussit à décider un mécène de financer des études pour elle, car elle la trouve brillante... Judy se trouve donc confrontée au grand monde, mais aussi... à l'amour: entre le jeune play-boy un peu immature, Jimmy McBride (Marshall Neilan) et le séduisant mais un peu plus âgé Jarvis Pendleton (Mahlon Hamilton), quel sera l'heureux élu? Et Judy réussira-t-elle à aller au-delà de sa condition d'orpheline pour se marier? Et surtout, qui est 'Daddy-Long-legs', comme elle a surnommé le mystérieux bienfaiteur qui semble refuser de la rencontrer mais la soutient dans ses études?

Ces questions, bien sûr, trouveront toutes des réponses dans ce très joli film, où Pickford a tout fait pour qu'on s'y trouve autant dans une atmosphère de comédie, qu'une intrigue mélodramatique. L'actrice a en effet fait le pari de jouer toutes les scènes de la première moitié comme une enfant, faisant passer la dureté (châtiments corporels, menaces lourdes de conséquences sur les enfants, et même la mort d'un petit dans les bras de la jeune fille) derrière l'énergie phénoménale de la star.

Et cette extravagance qui semble profiter de l'indépendance de la jeune actrice, paie en permanence. On comprend pourquoi elle a confié la mise en scène à Neilan, avec lequel elle s'était si bien entendue pour cinq films consécutifs à a compagnie Artcraft, et qui tranchait sur les autres réalisateurs: Tourneur et DeMille étaient sans doute moins enclins à l'écouter, alors que le style visuel et le type de direction de Neilan s'adaptent totalement à l'univers que cherche à créer l'actrice: dès le départ, le choix de prendre son temps dans une série de vignettes qui installent les deux mondes (les privilégiés et les malchanceux), puis la façon dont la mise en scène se met en permanence au diapason du personnage de Judy, donnent au final un film absolument formidable.

...Et l'un des rares où Pickford peut se voir vraiment évoluer, en passant de l'enfance espiègle, à l'âge adulte, en changeant son personnage avec subtilité de séquence en séquence. Elle s'y révèle, décidément, une actrice exceptionnelle. Elle reviendra, pour un film nettement moins enjoué, à ce type de personnage de "grande soeur" des orphelins, avec l'admirable Sparrows de William Beaudine, tourné en 1926.

 

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet Mary Pickford Marshall Neilan Comédie
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 11:14

Amarilly Jenkins (Mary Pickford) vit de ce que d'aucuns considèrent comme le mauvais côté de San Francisco, avec sa famille Irlandaise: elle a quatre frères, ceux qui sont adultes sont devenus policiers, et ceux qui ne le sont pas encore sont plus ou moins des voyous... La mère (Kate Price) est une fière lavandière, fille de lavandière et si Amarilly veut bien suivre la lignée, mère de lavandière. Une famille simple, saine, qui vit sa petite vie tranquille loin des soucis, et en plus Amarilly a un petit ami, le barman Terry (William Scott). Jusqu'au jour où, à l faveur d'une bagarre qui a éclaté alors qu'il s'encanaillait, Amarilly ramène à la maison le beau dandy Gordon Philips (Norman Kerry), un oisif qui est doté d'une famille qui est tout le contraire de celle d'Amarilly. A partir du moment où la jeune femme est entrée dans la vie de Gordon et de sa riche famille, ceux-ci se mettent en tête de l'élever socialement et humainement, si possible...

Marshall Neilan et Mary Pickford, avec ce scénario insubmersible de Frances Marion, visent la comédie tout de suite, et ils ont raison!: l'énergie déployée par tous les acteurs, Pickford en tête, pour mettre en valeur les qualités humaines et la vie profondément enthousiaste des Jenkins, ne peuvent aller que dans ce sens. Du coup le film se joue de coups de théâtre qui en d'autres circonstances auraient pu tourner au drame, et la rencontre entre les Jenkins et la richesse va devenir, pour la famille Irlandaise, juste une expérience burlesque. Dans le contexte cinématographique éminemment édifiant de la fin des années, c'est une excellente idée, et c'est assez novateur.

Le film, durant vingt minutes, nous promène d'ailleurs dune famille à l'autre avec un montage parallèle discret, nous permettant d'avoir fait notre choix au moment où Norman Kerry et Mary Pickford se rejoignent. Le choix de l'acteur est excellent, car il n'a pas son pareil pour jouer à la fois une fripouille et un type sympathique... Et il extrêmement crédible en fêtard. La bonne humeur générale, la vivacité de la production, l'abattage de Pickford, rien n'est raté dans ce joli film, l'un des derniers de l'actrice pour Artcraft avant la création de sa compagnie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1918 Marshall Neilan Muet Comédie Mary Pickford
22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 17:52

On a écrit tellement de bêtises sur Rosita (probablement autant que sur Greed, Citizen Kane et Intolerance) que la légende l'a emporté: un film que sa star aurait détesté, sur lequel elle aurait tant affronté son metteur en scène qu'il en aurait été viré, au point qu'un autre (Raoul Walsh) aurait été convoqué manu militari pour finir le film... Au final, un film raté qui aurait été un tel flop qu'il devenait impossible à quiconque de prononcer le nom de Lubitsch devant Pickford! 

Du reste, si on lit les commentaires a posteriori de Pickford sur le film et sur le metteur en scène, c'est vrai: elle a en effet pris le film et son auteur en grippe, une fois sa carrière achevée... mais elle a eu tendance à faire d'un film qui ne fut pas un énorme succès, le flop qu'il n'était pas. Et les historiens qui lui ont emboîté le pas ont non seulement contribué (à une époque où il était assez facile de ne pas voir les films dont on parlerait abondamment, dans la mesure où le public ne les verrait pas plus!) à officialiser le film comme étant mauvais, ils ont aussi contribué à sa quasi-disparition. Rosita était virtuellement un film oublié, impossible à voir dans de bonnes conditions depuis des décennies...

C'est Pickford qui a fait venir Lubitsch aux Etats-Unis, une belle idée: si elle ne l'avait pas eue, il est probable que quelqu'un d'autre l'aurait eue... Sinon la face du cinéma Américain eut été changée. Je pense que ce qu'elle voulait était ce cinéma vigoureux, légèrement excentrique, mais au soin remarquable, qui triomphait dans le films les plus spectaculaires du metteur en scène: on ne s'étonnera donc pas trop que Rosita ressemble par certains côté plus aux films Allemands de Lubitsch, qu'à ses futurs films Américains. 

Rosita (Mary Pickford) est une jeune femme qui vit à Séville, pendant le règne d'un roi d'espagne (Holbrook Blinn) aussi dépravé que son épouse (Irene Rich) est juste et vertueuse; la jeune femme chante d'une façon provocatrice des chansons qui attaquent la moralité et la corruption de la cour. Quand elle est arrêtée, alors qu'elle vient de chanter en public devant un inconnu fasciné mais masqué, le roi incognito, le noble Don Diego (George Walsh) prend sa défense et tue un garde: il sera condamné à mort. Mais Rosita, protégée par le roi, va au contraire se voir dotée d'une villa luxueuse... Jusqu'à quel point pourra-t-elle échapper aux implications de sa nouvelle condition? ...Et comment sauver Don Diego, l'homme dont elle est instantanément tombée amoureuse?

Ce qui me frappe, c'est de voir à quel point le film est un confluent: si Rosita existe, c'est non seulement par la volonté conjuguée de sa star et de son metteur en scène, mais aussi par le fait que les collaborateurs les plus prestigieux se sont succédé: Hanns Kräly, venu avec Lubitsch, a apporté sa touche au script, le décorateur William Cameron Menzies (qui s'échauffait pour The thief of Bagdad, et ça se voit!) a partagé son crédit avec un autre import, Svend Gade, le cinéaste-décorateur du Hamlet de Asta Nielsen, et on retrouve sa patte dans la façon dont Lubitsch va composer avec des décors imposants mais qui restent étonnamment, si j'ose dire, à taille humaine! Enfin, Charles Rosher, le chef-opérateur attitré de Mary Pickford au cours des années 20, est déjà en place. 

Le film est intéressant aussi pour son maniement des foules, un point fort de Lubitsch dans tous ses films Allemands à grand spectacle: ici, il s'amuse de l'atmosphère de quasi-orgie permanente dans Séville... Car ce film de Mary Pickford, assez notable, est en effet la première tentative des années 20 de sortir l'actrice de son rôle d'éternelle petite fille, et Lubitsch a pris cette mission à coeur: tout ce qui tourne autour du personnage de Rosita permet à Pickford de jouer d'une façon surprenante, qu'on n'avait que peu vue jusqu'alors: un rôle d'adulte, de femme aimante, et lors d'une scène, il n'est pas très difficile de comprendre que Rosita a passé une nuit d'amour avec Don Diego (pour information, ils se sont mariés entre-temps, rassurez-vous)... Mary Pickford se joue avec génie de la façon dont Lubitsch fait exploser les frontières du drame et de la comédie autour d'elle, comme dans la scène célèbre du panier de fruits...

Autour d'elle, Holbrook Blinn interprète un roi qui est une insatiable fripouille, donc un rôle fort rigolo à jouer. Il est très Lubitschien, aussi, versant Emil Jannings: pas très éloigné du Henry VIII du film Ann Boleyn (1920), soit un type capable d'aimer avec tendresse la même personne qu'il exécutera deux années plus tard... un rôle de fieffé coquin sympathique, qui va quand même commettre deux trois exactions malfaisantes sans se départir de sa bonne humeur. Ceux qui verront Irene Rich en mère-la-pudeur un peu sèche en seront pour leurs frais à la fin du film, et... George Walsh n'est pas formidable, par contre... C'est amusant quand on apprend que Pickford voulait travailler avec Ramon Novarro, quand on sait que ce dernier a remplacé Walsh dans le rôle de Ben Hur...

Le film n'est pas un chef d'oeuvre, mais un cas intéressant, une sorte de ballon d'essai pour Mary Pickford comme pour Ersnt Lubitsch, qui mélange ici les genres avec maestria, mais se retrouve quand même avec une intrigue finalement assez anecdotique. Restent de belles scènes qui permettent au talent exceptionnel de Mary Pickford de s'exprimer. Mais l'expérience a été de courte durée: l'actrice a vu le succès mitigé du film comme un signe qu'il aurait mieux fallu s'abstenir, et a eu tendance à la fin de sa vie à en blâmer Lubitsch, ce qui est inélégant au possible: je répète que ce n'est pas son plus grand film, mais ce Rosita permet au moins au réalisateur de donner un film qui possède une grande classe. Quant a crédit de Walsh (Raoul, pas George) répété à l'envi par tous les journalistes sous-informés, je pense qu'il faudrait en tracer la source dans le fait qu'en 1923, Walsh était un visiteur fréquent du couple Pickford-Fairbanks, alors qu'il préparait The Thief Of Bagdad avec l'acteur (et incidemment avec William Cameron menzies). Peut-être a-t-il été consulté ça et là, peut-être était-il plus facile de dialoguer avec lui qu'avec Lubitsch, qui ne maîtrisait pas l'Anglais. Peut-être une Mary Pickford âgée a-t-elle souhaité arranger l'histoire en choisissant de donner le beau rôle à un Irlandais, comme elle? ...Ou peut-être que le whisky... Bref. On a enfin une restauration décente de Rosita, et ça, c'est formidable!

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 Muet Ernst Lubitsch Mary Pickford
20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:25

Annie Rooney, c'est une petite ado pétillante, qui habite un quartier populaire de New York en compagnie de son papa; Tim Rooney senior est un policier respecté de son quartier, qui vit en très bon voisinage avec les parents des copains de sa fille: ils s'appellent touts de noms assez exotiques, et certains sont Irlandais, d'autres Grecs, d'autres Chinois, d'autres Italiens, ou encore Juifs. Tous cohabitent, sans aucun problème, une vie doucereuse finalement et sans enjeu, me direz-vous? Sauf que non: si les plus jeunes cohabitent comme le font leurs parents, et tout en se flanquant des roustes collectives et monumentales, se préparent surtout à vivre une vie d'adultes sans histoires, les jeunes adultes eux louchent plutôt du côté de l'illégalité. C'est de là que viendront les troubles: un de ces voyous, un soir, va tuer un homme, et le problème c'est que la victime sera justement le père de la petite Annie...

Une claque! Une vraie claque! C'est pourtant un film dont l'existence est due essentiellement à la nécessité pour Mary Pickford, qui cumule les postes de productrice, actrice et scénariste, de retrouver le succès après les échecs de deux films consécutifs dans lesquels elle était une adulte. Une seule solution pour celle qui en avait assez de porter des boucles de gamine: retourner à ce qui avait fait son succès, et assurer le spectacle. Donc un film bien dans la formule... Ce n'était pas bien parti, et la seule façon d'ajouter de l'intérêt à ce qui aurait pu devenir un abominable pensum, était de trouver une histoire, des personnages et un lieu emblématique. D'où l'idée superbe de placer la caméra dans un merveilleux quartier populaire et multi-ethnique reconstruit en studio, et plus vrai que les vrais: dès les premières minutes, qui voient un affrontement homérique entre les gamins de la bande d'Annie et ceux de leurs ennemis jurés (à coups de briques fatales!), le film nous capte par le rire, la tendresse et le sourire... mais ça ne durera pas: je parle de cette atmosphère de comédie, qui cesse après une heure environ.

Le film est formidablement construit, superbement filmé (Charles Rosher est aux commandes de l'image et de la lumière et il se fait plaisir de bout en voit) et pour tourner ce retour aux affaires, Mary Pickford a choisi un vétéran du cinéma, le très expérimenté mais quasi inconnu William Beaudine, un choix motivé par le fait qu'il fallait pour obtenir du naturel de la part de son casting juvénile (des vraies numéros d'acteurs sont ici réservés aux enfants), et Beaudine qui avait dirigé plusieurs films de comédie avec des enfants, était en effet le candidat idéal! Il tire de ses jeunes interprètes un jeu naturel, énergique, mais aussi profondément subtil. Il fait en particulier voir de quelle manière Spec O'Donnell interprète Abie Levy, le petit voisin Juif de la petite Annie. La complicité qui les unit est prétexte à de nombreuses scènes qui demandaient un acteur confirmé: il est excellent (et rejouera souvent en grandissant, un rôle similaire aux côtés de Max Davidson). 

Car c'est l'un des atouts du film: la façon dont sont dépeints les rapports entre tous ces enfants d'origine différente, qui parlent parfois des langues différentes, s'envoient des briques pour un rien, mais sont tous prêts à se mettre en quatre les uns pour les autres. Un melting-pot de fait, que les adultes prennent souvent en exemple, et qui a en plus le mérite de souvent nous faire rire. Mais pas que: la façon dont Beaudine et Pickford traitent l'annonce de la mort du père Rooney est un moment de bravoure pour l'actrice, et un modèle d'utilisation de toutes les ressources à sa disposition pour Beaudine: montage, point de vue, champ-contrechamp, et le péché mignon de Miss Picford: les accessoires. Elle réussit ici à nous tirer des larmes avec son utilisation des bougies d'un gâteau. C'est donc sans aucun étonnement que nous retrouverons Beaudine aux commandes l'année suivante du prochain film de la star, Sparrows, dont on peut sobrement dire qu'il n'est pas mal non plus!

J'ai failli oublier: en plus, dans ce film, le jeune voyou fort sympathique qui fait rêver l'héroïne n'est autre qu'un jeune William Haines dans l'un de ses premiers rôles... Il est absolument irrésistible.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Mary Pickford Muet