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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 16:55

Ce long métrage est le dernier que Mariaud tournera en France, et l'avant-dernier film de sa carrière. Il n'a quasiment pas tourné depuis 1924, et sa place dans l'histoire du cinéma, ou plutôt son absence, semble déjà scellée. C'est avec un studio indépendant qu'il tourne ce film policier, qui lui permet de retrouver les lieux de son enfance: le réalisateur a grandi à Alger...

L'intrigue, un récité original co-écrit avec Jean-François Martial, qui interprète le rôle principal, est une histoire d'aventures rocambolesques de détective, de déguisements, de coup de théâtre et d'objets mystérieux. Un titre alternatif annonce d'ailleurs mieux la couleur: L'énigme du poignard... L'objet en question devient un McGuffin au sein d'une enquête du valeureux et intrépide commissaire Delcamps (Martial) qui va secourir la belle chanteuse Miralda (Jeanine Lequesne), séquestrée par trois vils impresarii... 

Ca commence sur un bateau qui fait la navette entre la côte Nord-Africaine et Marseille, et les allers et retours sont nombreux entre les deux continents. Le film, qui aligne les coups de théâtre et les bagarres, permet à Maurice Mariaud de mettre en scène quelques scènes durant lesquelles il transcende intelligemment la violence, en en limitant la représentation. Comme un Michael Curtiz (mais sans sa maîtrise en ce domaine), il utilise avec adresse les plans d'ombres pour ajouter du mystère. Enfin, il se permet aussi une poursuite dans le désert dont on set qu'elle a du faire plaisir à l'équipe!

Le film n'est pas  très sérieux (le principal collaborateur de Delcamps est son chien Sherlock...), et ne se départit jamais d'un esprit boy-scout suranné, mais ça n'empêche pas les bonnes idées, comme un traumatisme de la jeune héroïne, qui se remémore une terrifiante anecdote en voyant le visage grimaçant d'un de ses tortionnaires en quatre exemplaires... Mais l'essentiel, paradoxalement, me semble être le plaisir de tourner à Alger, où Mariaud a ses repères. Il sait bien choisir ses lieux pour obtenir le meilleur effet de ses décors, et ceux-ci sont naturels... 

Puisqu'on parle de naturel, je ne peux m'empêcher de penser qu'en représentant deux bandits, poursuivis par des cavaliers aguerris, qui s'enfoncent vers la mort dans le Sahara, Maurice Mariaud envoyait probablement un clin d'oeil appuyé à un très grand nom du cinéma: toutes proportions gardées, comment ne pas penser en effet au final sardonique de Greed? Ici, Mariaud en fait le triste destin de deux canailles...

Bref, c'est un bon film en dépit d'un héros un peu terne, mais c'est surtout un film qui ne va pas marcher et va tout bonnement disparaître de la mémoire collective pendant des années. Remercions une fois de plus Frédéric Monnier, l'auteur du seul livre consacré au cinéaste, de ses efforts pour remettre le nom de Maurice Mariaud dans l'histoire du cinéma, et de nous permettre en prime, de voir une poignée de ses films sur un DVD paru avec l'ouvrage.

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Maurice Mariaud
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 13:33

Aucun rapport avec Tati, bien sûr! Sorti en 1925, ce film de cinq bobines est également connu sous le titre de Mon oncle de Passy. On a l'excellente surprise d'y retrouver le grand René Navarre, inoubliable interprète de Fantômas dans les cinq films de Louis Feuillade (1913 à 1914), un habitué des rôles inquiétants... Mais pas ici!

Le matin, dans un refuge pour miséreux à Paris, deux hommes parlent de leurs perspectives: Jean Bonnefous, dit "le père Jean" (René Navarre), est bien décidé à travailler parce qu'il a une morale, mais pas "la Bricole" (Paul Menant) qui lui attend de la vie qu'elle lui fournisse des combines. Jean se rend sur les quais de la Seine, où il a ses petites habitudes, travaillant auprès d'un toiletteur pour chiens. mais celui-ci n'a rien pour lui... si ce n'est un chien abandonné dont il souhaite se débarrasser. Quelques pas plus loin, Jean trouve au sol un paquet de vêtements, et des papiers. Une lettre, signée de Maurice de Champleux, annonce la couleur: l'homme, fatigué de vivre dans la solitude, a décidé de se jeter à l'eau. Il laisse une villa cossue, un coffre-fort et des clés. Le père Jean qui n'y croit à peine, se rend sur les lieux, et à sa grande surprise se retrouve le seul habitant d'une villa très confortable...

Mais "la Bricole", renseigné par un malfrat de ses amis, s'y rend cette nuit-là, et a la surprise d'y trouver le vieux Jean, qui le chasse sans ménagement. Le lendemain, conforté par une nuit passée dans la villa, Jean a la surprise d'y trouver une famille venue de nulle part: c'est la nièce du propriétaire (Francine Mussey, vue dans l'excellent La maison du mystère de Alexandre Volkoff) qui a décidé de reprendre le contact avec "son" oncle qu'elle ne connait pas, et dont elle ne peut pas savoir qu'il est décédé. Partagé entre l'affection d'une très mignonne nièce, et la menace du retour de "la Bricole", Jean s'enfonce dans le mensonge...

Certes toute cette histoire est impossible, et le ton est résolument à la comédie, mais derrière cette histoire structurée sur des besoins moraux (celui de Jean de ne pas aller trop loin dans un mensonge embarrassant, et celui du spectateur que la vérité éclate afin que la gentille nièce ne souffre pas à cause du héros), Maurice Mariaud se plaît à suivre les aventures d'un homme coincé dans une situation embarrassante dont il ne peut se sortir sans ajouter à son embarras. C'est le ressort le plus souvent utilisée à cette même époque dans les comédies de Leo McCarey avec Charley Chase! Et quand on annonce au faux Maurice de Champleux qu'il va devoir "recommencer" à écrire des romans à succès, la réaction de Navarre est impayable!

Et si bien sûr le film ne s'adonne jamais au slapstick, le ton reste constamment à deux doigts du drame sans pour autant y sacrifier. Le fait que Navarre soit formidable dans le rôle, bien évidemment, nous aide à adhérer au film, et celui-ci est très soigné. On notera de quelle façon le metteur en scène utilise le décor, que ce soit les quais de Paris, ou l'intérieur cossu de la villa. Et les quatre personnages (à Jean, sa nièce et le dangereux La bricole, vient s'ajouter un secrétaire timide, qui cache un intéressant secret) ont dans leur interaction de quoi soutenir un film entier sans forcer... Avec son histoire de vagabond embarrassé qui n'a pourtant rien de Chaplin, c'est une nouvelle excellente découverte, un film superbement interprété, toujours avec le ton juste, à voir séance tenante!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Maurice Mariaud Comédie
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 09:59

Ce livre paru cette année est le résultat d'une enquête minutieuse, voire gourmande: en effet, de Maurice Mariaud, cinéaste Français (1875-1958), contemporain des Feuillade, Fescourt et Perret, on ne savait jusqu'à présent pas grand chose. La faute à qui? Peut-être partiellement la sienne, remarquez: le bonhomme, qui a quitté le cinéma au début des années 30 après avoir été acteur et scénariste-réalisateur, n'était pas du genre à se laisser enfermer dans un moule, et a travaillé pour beaucoup de compagnies, et pris des chemins de traverse. Et il a laissé une empreinte diffuse et originale, mais presque légendaire sur son chemin: certains se rappelaient de lui (Musidora, par exemple) quand d'autres n'avaient tout bonnement pas la moindre idée de son existence: Henri Langlois, pour commencer, ne le connaissait pas, ce qui en dit long quand on connaît la légende du fondateur de la Cinémathèque Française!

Frédéric Monnier, dont Mariaud était incidemment l'arrière-grand-oncle, s'est intéressé à lui de la façon la plus objective qui soit,, et en a tiré un portrait attachant, et aussi complet que possible, tout en montrant une nouvelle vision d'une époque fascinante mais mal connue du grand public: cet âge de formation du cinéma Français, quand un artiste pouvait du jour au lendemain passer d'un rôle d'acteur à celui de réalisateur sur un film, réaliser une grosse production (un Tristan et Yseult de 1920 qui posa de nombreux problèmes, un chapitre passionnant à lire!) puis devenir persona non grata dans un studio auquel il aura tant apporté. Adepte d'une conception méthodique de l'histoire du cinéma, l'auteur a soigné son livre, qui est une véritable enquête, basée sur des archives impressionnantes: car Maurice Mariaud ne s'est pas contenté de passer d'un studio à l'autre (Gaumont, Le film d'art, Phocéa, Nalpas...), mais s'est en prime retrouvé, à l'heure où d'autres (Perret, Capellani) partaient pour les Etats-Unis, l'un des pionniers du cinéma Portugais!

Et cet itinéraire pour reprendre le titre, est largement illustré d'extraits d'ouvrages nombreux, de critiques d'époque et de témoignages vivants des acteurs même de l'épopée: du moins, tous ou presque, sauf un: car Maurice Mariaud n'a pas laissé de témoignage, d'article ou d'interview. Tout au plus quelques lettres, citées ça et là. Tout se passe comme si la presse l'avait ignoré, à une époque il est vrai où le métier de faiseurs de films échappait à tant de personnes... C'est dire si le travail qui consiste à raconter son histoire a du être difficile. Et pourtant elle est là, et avouons-le, elle est rendue plus passionnante encore par le fait de la rareté des documents, et... celle des films! Car ce livre nous rappelle aussi que les films de Maurice Mariaud sont pour une très large part disparus, incomplets, ou invisibles... Du coup, cette reconstitution d'un parcours devient une indispensable renaissance d'un artiste qu'on va enfin pouvoir remettre à sa place. Et pour commencer, réintroduire dans l'histoire du cinéma, qui s'est jusqu'à présent contentée de citer son nom... ou pas: en faisant le lien avec la partie connue de l'histoire de ces années (Feuillade, Perret, la Gaumont, des témoignages cités d'Abel Gance, de Jean Epstein ou Henri Fescourt), Mariaud devient enfin plus qu'un nom.

Non seulement c'est bien documenté, et c'est écrit avec rigueur, mais aussi une certaine verve, mais en prime Frédéric Monnier a tenu à recouper, prouver, montrer le doute occasionnel quand il s'agit d'attribuer la paternité d'un film, par exemple. Il se base sur les recherches des quelques historiens qui ont cité Maurice Mariaud, et nous dit si le doute subsiste: une vraie démarche d'historien qui ne cherche pas à noyer le poisson! Le livre est richement illustré: les nombreuses photographies nous permettent d'approcher les films, qu'ils soient encore existants, ou non. Tout ça donne furieusement envie de voir les films qui restent...

Et justement...

Le livre, et c'est la cerise sur le gâteau, comme on dit, est édité en compagnie d'un DVD qui contient quatre films, deux courts et deux longs métrages de Maurice Mariaud, tous intéressants et bien sûr tous mentionnés dans le livre. Une sélection pensée pour ratisser au plus large : rien de chez Gaumont (une période symboliquement illustrée par la présence du film Au pays des lits clôs (1913) dans le coffret Gaumont: le cinéma premier, volume 1), mais un film Phocéa de 1919, un film Portugais de 1923, et deux longs métrages: Mon oncle de 1925, et Le secret du cargo, le dernier film Français de Maurice Mariaud, sorti en 1929.

Voici un lien pour se procurer ce voyage en forme d'enquête dans le passé du cinéma:

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 10:21

Ce film, un court métrage de deux bobines tourné au Portugal, est basé sur un tableau de José Malhoa, dont Maurice Mariaud a extrapolé une intrigue, assez simple, qui lui permet de montrer un aspect de la vie à Lisbonne dans les années 20. Il est dominé par le réalisme, et certaines scènes, tournées dans un café, ne sont pas sans nous rappeler Fièvre, de Louis Delluc, tourné à la même époque, ou même pour changer totalement de continent, un film rare mais dans lequel le metteur en scène utilise une ambiance assez proche pour re-transfigurer une oeuvre d'art existante: Fultah Fisher's boarding house, de Frank Capra (1922). Un pur hasard, à n'en pas douter...

Un forgeron quitte le foyer familial pour se rendre dans un cabaret où il dispute les faveurs d'une femme à un chanteur de fado. Celui-ci va ensuite oeuvrer dans l'ombre pour pousser la famille de son rival à venir le chercher. La principale victime, dans le film, reste bien sûr la femme, réduite à sa condition après avoir vécu une nuit de répit dans son destin...

Le film est court, assez sobre, sans doute parce que le but du cinéaste est de donner un contexte à un tableau : celui-ci est « reproduit » à la fin du film, nous montrant le musicien à droite, et la femme désormais soumise à son destin, à gauche, dans une position très recherchée... C'est un travail concentré autour de cette situation finalement assez simple, qui vaut surtout par son naturalisme marqué. Maurice Mariaud s'y révèle un observateur de l'humain, attaché aux détails : la façon dont il plante le décor pour mener à la représentation du tableau, le voit utiliser tous les aspects possibles : les visages, les objets (la mandoline, bien sûr), les vêtements...

Venu au Portugal à la demande de producteurs locaux qui souhaitaient vraiment faire démarrer une authentique production locale, il est sans doute assez paradoxal de voir ce sujet si iconique de la culture Portugaise (le fado est un genre musical exclusif au pays) illustré par un cinéaste Français. C'est une miniature, avec ses qualités mais aussi ses limites. Mais elle donne envie de voir les autres films Portugais du réalisateur, dont ses Gardiens de phare (1922), un long métrage qui a été conservé...

On peut voir O fado , en compagnie de trois autres films, dans le DVD qui accompagne la biographie de Mariaud par Frédéric Monnier, éditée par l'AFRHC (Association Française de Recherche sur l'Histoire du Cinéma) :

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud Muet
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 10:15

Les films de Maurice Mariaud sont rares : il a relativement peu tourné, mais surtout seule une petite moitié de son œuvre subsiste sous une forme ou une autre. Et le bonhomme est peu connu, je vous renvoie à sa biographie par Frédéric Monnier, parue cette année chez ACHCF : Maurice Mariaud, itinéraire d'un cinéaste Français, des Buttes-Chaumont au Portugal.

S'il a débuté en tant que réalisateur chez Gaumont, c'est à un petit studio qu'on doit ce moyen métrage, réalisé pour Phocéa-films. Le nom de la compagnie est clair : c'est bien à Marseille qu'il était situé, et Mariaud n'a pas manqué une occasion de saisir les lieux dans la poésie de ses extérieurs... Ce film est essentiellement un conte édifiant, qui nous parle des dangers de l'alcool en passant d'un certain réalisme naturaliste au quasi fantastique à travers un rêve, sans perdre ni sa verve ni sa cohérence.

François travaille sur le port, et il est d'une grande rigueur, fustigeant ses camarades qui partent passer une heure ou deux au café au lieu de rentrer chez eux: nous assistons en effet au retour du brave homme chez lui, et il ne manque pas de saluer son épouse, son vieux père qu'il a décidé d'héberger chez lui, et son fils qui lui tend les bras à son arrivée. La tablée est heureuse... Mais quand son frère, matelot, arrive pour un ou deux jours au port, François se laisse aller, et il se saoule. En revenant chez lui, il se comporte d'une manière violente et irresponsable. La nuit, il va faire un rêve étrange et un peu burlesque, qui lui fait ouvrir les yeux...

La première partie du film reste la plus intéressante, qui saisit François et sa famille dans la vérité de leurs vies. Le port de Marseille, avec son vieux pont transbordeur visible au fond des plans, et ses quais pleins de vie, et pas de la plus grande propreté, les hommes au travail, montrent un goût certain pour le naturalisme. Si la peinture de la vie en famille des Estaban, chez eux, n'est pas aussi enlevée que les intérieurs Bretons d'Au pays des lits clos avec son utilisation savante de la lumière, Mariaud s'y concentre plutôt avec intensité sur le jeu des acteurs. Lui, qui interprète François Estaban, trouve le ton juste aussi bien dans le naturel de son personnage quand il est est sobre, que dans sa scène d'ivresse qui est remarquable, et servie par la sobriété (sans jeux de mots!) des interprètes qui l'entourent... Le rêve, plus baroque, qui voit François devoir choisir entre boire et se comporter en brute, et tomber dans le piège qui lui est tendu, vaut au moins pour l'idée de l'avoir tourné dans les collines Provençales.

Certes, c'est un petit film, mais il montre un goût, une voix distinctive dans le cinéma Français de l'époque. Et il nous montre aussi un cinéaste qui à l'écart des studios, avec un budget sans doute très réduit, fait beaucoup avec peu, en se basant d'abord et avant tout sur son exigence... le message moralisateur tranche avec la vraie vie de Mariaud telle qu'elle nous est contée dans sa biographie, mais justement, le traitement du rêve nous permet de prendre nos distances avec cet aspect !

Pour le voir, on peut se procurer l'ouvrage que je mentionnai plus haut, l'auteur ayant eu l'excellente idée d'y adjoindre un DVD contenant quatre films du réalisateur tournés entre 1919 et 1929.

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Mariaud Muet 1919
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 17:03

C'est de la mer que viendra l'aventure, ou tout du moins l'intrigue de ce film: un bateau brûle au large d'un petit village côtier du Finistère, et le sauvetage s'organise. Dans une maison, les femmes sont inquiètes et nous faisons la connaissance d'Annaïck (Yvonne Mario), une jeune Bretonne qui vient de sortir en chemise de nuit de son lit clos pour s'enquérir de l'agitation qui vient de prendre tout le village... 

C'est frappant, comment Mariaud réussit, dès le début de son film, à camper de façon totalement tangible à la fois le décor, ses traditions, la vérité des corps et des métiers des uns et des autres: les vieilles pierres des maisons, dont les murs ont été usés par les embruns, le pavé rustique, les rues étroites... et les sauveteurs qui mettent le bateau à la mer pour aller secourir les victimes: on est en Bretagne, ça ne fait aucun doute.

Puis au retour des matelots, l'intrigue proprement dite va pouvoir commencer: seul rescapé du naufrage, un mystérieux jeune homme est devenu amnésique. Annaïck va se charger de lui, lui faire reprendre pied dans la vie, avec douceur et patience... Mais aussi avec des contes de fées auquel elle va l'intéresser. Mais ce sera justement l'un d'entre eux, qui révélera l'identité du jeune homme, au grand dam de la famille qui l'avait recueilli, et surtout d'Annaïck qui perdra plus qu'un ami.

Ce film superbe prouve qu'il n'y avait finalement pas que Feuillade et Perret à la Gaumont avant 1914: Mariaud, l'un des cinéastes les plus mystérieux qui soient, avait lui aussi un talent visuel distinctif, qui éclate dans la façon dont il traite le cadre dans ce beau film. A bonne distance des acteurs, mais juste de quoi leur donner le champ nécessaire pour composer une certaine vérité. Le jeu est sobre, contenu, mais suffisamment expressif pour aller droit au but...

Et Maurice Mariaud (au fait, ne serait-ce pas lui qu'on voit dans les premiers plans, sonner l'alarme après avoir repéré le bateau qui brûlait?) s'est déplacé jusqu'en Bretagne, et il n'y est pas allé pour rien: sa séquence de sauvetage, dont il se sert précisément pour camper son décor et ses personnages, est fort belle et bien vue, et la façon dont il se sert aussi de la pierre, mais aussi de l'authenticité des intérieurs sombres, de la texture boisée du lit clos, nous transportent aussi sûrement qu'un TGV! Ce qui ne l'empêche pas de montrer, à partir de sources de lumière pas forcément évidentes, de jouer avec brio sur l'éclairage, pour souligner l'angoisse de la jeune femme restée à la maison, durant le sauvetage dramatique, et pour montrer la tranquillité de la petite communauté réunie à la veillée, et éclairée depuis le modeste foyer de la cheminée.

On reparlera de ce cinéaste, d'autant que Frédéric Monnier, au terme de plusieurs années de recherches pour reconstituer le parcours du cinéaste méconnu, et explorer sa filmographie (moins d'une vingtaine de films sur 40 ont survécu), vient de lui consacrer un livre. La nouvelle est d'importance, et elle a été assez peu relayée dans les médias: un oubli à réparer, en se procurant l'ouvrage, accompagné d'un double DVD contenant une poignée de films. ...Quand je vous disais qu'on en reparlerait!

Pour se procurer cet ouvrage: http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100222630&fa=details

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Maurice Mariaud